L'homelie du dimanche

26 février 2020

Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge

Homélie du 1° dimanche de Carême / Année A
01/03/2020

Cf. également :

Brûlez vos idoles !
Un méridien décide de la vérité ?
L’île de la tentation
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…
Les trois tentations du Christ en croix

8 janvier 2020 : un Boeing 737 ukrainien s’écrase quelques minutes après son décollage de l’aéroport de Téhéran, faisant 176 victimes civiles. Après l’assassinat par Donald Trump du général iranien Qassem Soleimani le 3 janvier, le monde entier soupçonne des représailles se trompant de cible. Malgré les preuves s’accumulant dès le 8 janvier, les officiels et la télévision iranienne persistent pendant plusieurs jours à nier l’évidence et à affirmer n’y être pour rien. Les boîtes noires une fois retrouvées, devant la perspective d’une commission d’enquête internationale, le régime est obligé de céder et de reconnaître que ce sont bien des missiles iraniens qui ont abattu – par erreur – l’avion. Trois présentatrices-vedette des chaînes de télévision d’État démissionnèrent pour avoir soutenu l’inverse avec assurance. L’une d’elle (Golare Jabbari), très populaire en Iran, a été encore plus explicite en avouant : « Ce fut pour moi très dur d’admettre que notre propre peuple a été tué […]. Pardonnez-moi de l’avoir su si tard. Et pardonnez-moi de vous avoir menti pendant 13 ans », a-t-elle écrit sur Instagram, le réseau préféré des Iraniens. Aussitôt, le peuple descendit dans la rue, les étudiants en tête, pour dénoncer ce régime autoritaire basé sur le mensonge. Des centaines de milliers de manifestants réclamèrent la destitution des mollahs au pouvoir. Les journaux du monde entier titrèrent :
« Iran. La République islamique ou l’empire du mensonge ».
« L’Iran en révolte contre le mensonge ».
« La légitimité perdue des mollahs » etc.

De tout temps, le mensonge est la base de l’oppression. Les textes de ce dimanche y insistent : le serpent de la Genèse ment pour instaurer une rivalité entre l’humanité et Dieu ; le diable au désert ment à Jésus pour essayer de le détourner de sa vocation de fils unique du Père.
Voyons comment, et comment ce mensonge continue de courir dans nos tentations d’aujourd’hui.

 

Le mensonge des origines

Rusé, le serpent de la Genèse sait bien qu’il suffit de tordre légèrement une parole pour lui donner une tout autre signification, comme quelques dixièmes de degré d’écart dans la trajectoire d’une balle la font dévier de plusieurs mètres. Aussi, au lieu de rappeler fidèlement les mots mêmes de Dieu : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir (Gn 2,17) », il les transforme presque imperceptiblement : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? ».Mais la différence est grande. L’interdit sur un arbre n’est pas l’interdit sur tous les arbres. Et cet interdit n’est pas castrateur contrairement aux apparences : il fonde au contraire la relation au monde et aux autres en posant une limite salutaire. Comme le soulignait Lacan, l’interdit en français est ce qui est dit entre deux sujets (inter-dit), et donc ce qui fonde la parole, le dialogue, la communion entre les deux en respectant une certaine distance. Lorsque cet interdit est transgressé (interdit de l’inceste, du meurtre, du vol…), il y a effectivement des morts physiques, psychologiques ou spirituelles. C’est le sens de l’avertissement divin : si vous mangez de ce fruit-là (les autres sont possibles) vous mourrez. Non pas par suite d’un quelconque châtiment divin, mais par conséquence de votre déni de relations. L’interdit de YHWH au jardin d’Éden était une mise en garde paternelle : attention, ce fruit est mortel, n’y touchez pas ! Un peu comme on avertit des ramasseurs de champignons de ne pas cueillir d’amanites phalloïdes… Le serpent transforme cet interdit salutaire en censure générale : aucun fruit ! Et il sous-entend que Dieu ferait périr les transgresseurs, alors que la transgression porte en elle-même son fruit de mort.

Le deuxième mensonge vient d’Ève, à son insu semble-t-il. Troublée et déstabilisée par les insinuations du serpent, elle défend Dieu en rappelant qu’un seul arbre est interdit, mais elle se trompe d’arbre : « pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas » ». Or l’arbre hors d’atteinte n’était pas celui-ci ! Au milieu du jardin est l’arbre de la vie, alors que Dieu désigne l’arbre de la connaissance du bien et du mal comme mortel. Non seulement la vie n’est pas interdite comme semble le dire Ève, mais elle est abondamment disponible et offerte au milieu de ce jardin. Par contre, connaître le bien et le mal, décider à la place de Dieu ce qui est bien et ce qui est mal, voilà qui est suicidaire et dont nous devons nous abstenir sous peine de nous faire périr nous-mêmes. Le serpent exploite à fond cette confusion d’Ève : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». Ce mensonge est ici proprement diabolique, puisque le but est vrai (devenir participant de la nature divine cf. 2P 1,4) mais le chemin pour y arriver est mensonger (prendre au lieu de recevoir, rivalité mimétique au lieu de communion gracieuse). Notons que ce n’est pas la connaissance en général qui est inter-dite, mais la connaissance du bien et du mal. Nous sommes les acteurs de la connaissance (par la sagesse, les arts, les techniques et les sciences) mais pas les auteurs de la délimitation entre bien et mal (malgré le mensonge démocratique qui veut nous faire croire que ce que pense la majorité est forcément bien).

La conséquence de ce double mensonge partagé avec Adam sera l’obligation de se dissimuler sans cesse : « Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes » (Gn 3,7). Impossible désormais d’être « nu » l’un devant l’autre en vérité, car le mensonge est venu s’insérer dans le regard, en y introduisant la convoitise, la rivalité, le mimétisme, l’envie de prendre et la violence qui l’accompagne. Le rêve rousseauiste des naturistes ne peut se vivre qu’en pointillé, de façon exceptionnelle et clôturée, sans que la nudité physique soit garante des autres nudités tout aussi importantes (de sentiment, d’intelligence, de pensée etc.).

Le diable des 40 jours

Dans l’Évangile, le diable recourt à la même ruse du mensonge que le serpent de la Genèse. Par trois fois, il essaiera de s’appuyer sur la dignité de « Fils de Dieu », sur une citation de l’Écriture (partielle, voire tronquée) ou sur la gloire de Dieu pour leur faire dire l’inverse de leur intention originelle. Le diable fait mentir l’Écriture en suggérant à Jésus qu’elle l’autoriserait à assouvir sa convoitise de nourriture (« si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains »), de pouvoir miraculeux (« si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre »), de gloire universelle (« Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi »).

Par trois fois Jésus dé-tord cet usage malhonnête de la parole de Dieu en appliquant ce qu’on appellerait aujourd’hui un principe de cohérence : on ne peut pas faire dire à un verset ou un concept quelque chose qui contrarierait gravement l’ensemble des Écritures. Car pour l’ensemble de la Bible, la faim spirituelle est plus fondamentale que la faim physique. Le pouvoir miraculeux est pour guérir et sauver les faibles et non pour un intérêt égoïste. La gloire universelle est donnée par Dieu et non conquise par l’homme se prosternant devant des idoles.

Les tentations de ce premier dimanche de Carême reposent sur le mensonge. D’où l’intérêt de discerner les mensonges qui irriguent actuellement notre vie personnelle et collective.

 

Les mensonges collectifs récents

Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge dans Communauté spirituelle alexsolCollectivement, on a déjà cité les régimes islamiques fondés sur le mensonge permanent. Pas simplement le mensonge d’État comme pour le Boeing abattu, mais un mensonge sur l’homme, bien plus profond et difficile à éradiquer. Ce mensonge islamique a pris le relais du mensonge communiste à l’Est pendant le XX° siècle. Soljenitsyne avait averti ses concitoyens que l’État soviétique mentait sur pratiquement tout : les goulags, les résultats économiques, les succès sportifs (dopage institutionnalisé), la liberté religieuse, la pauvreté, les libertés individuelles… Dans tous ces domaines, une propagande officielle aveuglait jusqu’à l’intelligentsia occidentale fascinée par l’utopie égalitaire qui semblait réussir à l’Est.
Jusqu’aux chars du Printemps de Prague, jusqu’aux témoignages des déportés, jusqu’à l’ouverture des archives sur les famines, les tortures, les millions de morts, jusqu’aux grèves de Gdansk ou de RDA, nul ne pouvait imaginer avant 1989 que le colosse communiste avait des pieds d’argile et allait bientôt s’écrouler lorsque ses mensonges seraient dévoilés. Il en sera de même pour tous les régimes actuels fondés sur le mensonge.
La chute du régime soviétique n’exonère pas pour autant les sociétés occidentales, elles aussi minées de l’intérieur par un certain mensonge sur l’homme. Car la personne humaine dont la Bible fonde la dignité n’est pas l’individu néolibéral dont les puissances d’argent cherchent à nous convaincre. Le corps humain n’est pas une marchandise à disposition, de la conception à la fin de vie. Devenir sans cesse plus riche n’est pas un objectif. Réussir dans la vie n’est pas la même chose que réussir sa vie. Accumuler sans cesse ne rend pas plus heureux. La croissance économique n’est pas innocente de la dégradation de la planète. Faire passer le droit avant le bien est fondamentalement injuste. La démocratie représentative n’est pas l’ultime système politique. Etc.

Tous ces mensonges génèrent une violence sociale, sourde et imperceptible au début, mais qui finissent par déferler comme en 1981… L’Église elle-même n’est pas exempte des mensonges – nombreux et graves – qui parsèment son histoire hélas.

 

Les mensonges de chacun

Dans nos vies personnelles également le mensonge est à l’œuvre. Nous nous y sommes tellement habitués qu’il faut un choc extérieur pour en prendre conscience. Une lecture (biblique notamment) peut nous dévoiler nos petits arrangements avec la vérité, comme Jean-Baptiste reprochant à Hérode d’avoir pris la femme de son frère, ou comme le prophète Nathan reprochant à David d’avoir pris Bethsabée à son mari qu’il a fait tuer à la guerre. Une rencontre peut nous ouvrir les yeux sur les faux discours dont nous couvrons nos intérêts, comme le lépreux pour François d’Assise ou le mendiant en haillons pour saint Martin. Une discussion avec des gens d’opinions différentes peut nous inviter à relativiser nos affirmations trop péremptoires. Le témoignage de rescapés des ‘camps de la mort’ d’aujourd’hui (bidonvilles, migrants, travail des enfants, eugénisme…) peut nous presser de nous engager au lieu de fermer les yeux etc.

Les insinuations du serpent de la Genèse peuvent prendre tant de visages ! Les déformations de la vérité par le diable des 40 jours de Jésus au désert peuvent nous paraître si appétissantes ! Difficile de résister aux mensonges sans se faire aider : un accompagnement spirituel délicat, de vrais amis osant dire les choses, une exigence intellectuelle et spirituelle à partager avec d’autres…

Le contraire de la vérité n’est pas l’erreur, mais le mensonge, proprement diabolique au sens où il divise (dia-balein en grec = jeter en dispersant) les humains entre eux et d’avec Dieu.

Pendant ces 40 jours, asseyons-nous et relisons tranquillement les grandes convictions qui animent notre course : où le mensonge pourrait-il s’y nicher, consciemment ou non ? Qui pourrait m’aider à y voir plus clair ? Suis-je résolu à ne jamais m’habituer à « vivre dans le mensonge » [1] comme l’écrivait Soljenitsyne ?

 


[1]. Soljenitsyne, « Ne pas vivre dans le mensonge », dernier texte publié en URSS en 1974, en samizdat (article clandestin), juste avant son expulsion.

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Création et péché de nos premiers parents (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)

Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

PSAUME

(Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)
R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. Ps 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir. Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus : d’une part, en effet, pour la faute d’un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d’autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

ÉVANGILE
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Patrick Braud

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14 février 2018

Poussés par l’Esprit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Poussés par l’Esprit


Homélie du 1° Dimanche de Carême / Année B
18/02/2018

Cf. également :

Ne nous laisse pas entrer en tentation
Une recette cocktail pour nos alliances
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?


Poussés par l’Esprit dans Communauté spirituelle Saint_Ignace_de_Loyola_exercices_spirituelsAvez-vous déjà fait l’expérience d’une retraite ignacienne ? Et particulièrement de cette  retraite, inspirée des Exercices spirituels de St Ignace de Loyola, qu’on appelle retraite d’élection ? Il s’agit, pendant une semaine ou un mois, dans un lieu retiré (abbaye, Foyer de Charité…), accompagné par un maître expérimenté, dans la solitude et le silence, de prendre le temps de méditer les Écritures, de relire son histoire, de se taire pour entendre autre chose, de porter devant Dieu et en Dieu ses choix à venir, ses décisions à prendre les plus engageantes.

Ce premier dimanche de carême nous parle du désert où Jésus va demeurer. Non pour nous inquiéter, mais au contraire pour nous donner le courage et la force de le traverser nous-mêmes.
Une fois n’est pas coutume, commentons le début de ce passage ligne à ligne.

 

·      « Jésus vient d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert ».

900_1828873HighRes Carême dans Communauté spirituelleLe premier effet du baptême pour Marc est d’être poussé par l’Esprit à faire des choses qu’on ne faisait pas avant. La vie spirituelle commence ainsi lorsqu’on se laisse conduire au lieu de maîtriser sa route. Être poussé par l’Esprit peut arriver en répondant à un coup de fil, à une demande imprévue, ou bien à travers un événement littéralement dé-routant. Il faut pour cela écouter cette petite voix intérieure qui me souffle telle interrogation, tel désir neuf. Être habité par l’Esprit suppose de lui laisser de l’espace, et de ne pas étouffer sa voix par trop de décibels provenant de notre rythme de vie ordinaire.

Être baptisé, comme l’écrit Pierre dans sa deuxième lecture, n’est pas « être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite ». Ce n’est donc pas la pratique religieuse (aller à la messe, recevoir les sacrements, donner au Denier  de l’Église…) qui caractérise d’abord l’identité du baptisé. C’est la capacité à se laisser conduire par l’Esprit, tel un voilier qui suit le vent grand largue pour aller au meilleur de son allure.

Est musulman celui qui observe les cinq piliers de l’islam. Est juif celui qui est né de mère juive. Est chrétien celui qui est poussé par l’Esprit… Voilà une identité à nulle autre pareille !

Ici, l’Esprit pousse Jésus au désert.

Nous connaissons bien la résonance biblique de ce mot : le désert primordial d’où surgit la création, le désert d’Égypte où le peuple hébreu a erré 40 ans avant d’être conduit en Terre promise, le désert des prophètes où Dieu conduit Israël pour se fiancer à elle (le peuple est féminin en hébreu) etc. Le désert, c’est également ces retraites spirituelles avant de commencer une période nouvelle de son histoire etc. On dit que Gandhi passait un jour par semaine en silence. S’abstenir de parler lui amenait la paix intérieure. Ces jours-là il communiquait avec les autres en écrivant sur un papier. C’était son désert hebdomadaire…

Le désert prendra encore bien d’autres formes au cours d’une existence. L’essentiel est de ne pas le choisir (par orgueil), et de le traverser, poussé par l’Esprit…

 

·      « Et dans le désert, Jésus reste à 40 jours, tenté par Satan ».

40 jours pour le déluge, 40 jours et 40 nuits pour le retrait et le jeûne de Moïse sur la montagne, 40 ans d’errance pour le peuple hébreu avant de rejoindre Canaan, 40 ans de règne pour les rois David et Salomon, 40 jours de désert pour Jésus, 40 jours de carême avant Pâques, 40 jours après la Résurrection pour monter vers le Père : 40 est donc un temps codé pour signifier l’épreuve ou la durée nécessaire.
C’est en tout cas suffisamment consistant pour ne pas être juste un touriste prenant quelques photos de désert en 4×4 lors d’une excursion de quelques heures !

3 désertRester dans le désert est aride. Éprouver sa monotonie et pas seulement sa grandeur, sa canicule, son effet perte de repères n’est pas une mince affaire. C’est d’ailleurs le terreau propice à toutes les tentations, que Marc ne détaille pas comme Luc et Matthieu, mais dont il précise la source : Jésus est tenté par Satan. La nouvelle traduction du Notre Père nous habitue désormais à cette justesse théologique : la tentation ne vient pas de Dieu. « Ne nous laisse pas entrer en tentation » est la prière pour ne pas être exposé, car ce n’est pas Dieu qui me soumettrait à la tentation. St Jacques dit clairement :

« Que nul, s’il est éprouvé, ne dise: « C’est Dieu qui m’éprouve. » Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne. Mais chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre » (Jc 1, 13-14).

Le génial St Augustin nous encourageait ainsi :

Dans le Christ, c’est toi qui étais tenté, parce que le Christ tenait de toi sa chair, pour te donner le salut ; tenait de toi sa mort, pour te donner la vie ; tenait de toi les outrages, pour te donner les honneurs ; donc il tenait de toi la tentation, pour te donner la victoire.
Si c’est en lui que nous sommes tentés, c’est en lui que nous dominons le diable. Tu remarques que le Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu’il a vaincu ? Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui ; et alors reconnais que c’est toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter de lui le diable ; mais, s’il n’avait pas été tenté, il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui dois être soumis à la tentation, comment on remporte la victoire. (Homélie sur le psaume 60)

Reste un personnage mystérieux – Satan – dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est ici qu’il ose tenter le Christ lui-même. Il a au moins le mérite d’innocenter Dieu du mal omniprésent… Pourquoi le laisser nuire encore ? Pourquoi cette puissance négative trouve-t-elle tant d’écho en nous ? L’énigme du mal et de la tentation ne sera levée qu’à la fin, lorsqu’enfin nous connaîtrons comme nous sommes connus…

 

·      « Jésus vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ».

Il y a comme un parfum messianique de réconciliation universelle dans cette peinture à la Rousseau. Les prophètes annonçaient que la venue du Messie s’accompagnerait de cette harmonie contre nature : « Le loup et l’agnelet paîtront ensemble, le lion comme le bœuf mangera de la paille, et le serpent se nourrira de poussière. On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, dit Yahvé » (Is 65,25)

mc-1_-12-15-jesus_anges EspritL’homme et les bêtes sauvages ne sont plus en concurrence, en rivalité ni domination. En Christ, un monde nouveau advient où le règne animal est ami de l’humanité, où la sauvagerie ne se traduit plus par des égorgements mais des modes de vie différents, apaisés, coexistant sans se dévorer. Cette harmonie s’étend au monde de l’invisible : les anges servant le Christ sont les annonciateurs d’un jour où les forces invisibles nous seront familières, et seront à notre service.

La belle-mère de Pierre fut la première dans l’Évangile de Marc à servir Jésus et ses disciples. Au désert, les anges prennent le relais : en Christ, notre nature humaine est promise à régner sur l’univers, et même les anges nous serviront ! Autant dire que nous n’avons rien à craindre de l’invisible, et donc que toute pensée magique est inutile, toute  pratique occulte dangereuse.

 

·      « Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » ».

Jesus-marche tentationVoilà. Le temps du désert est terminé. Car tout désert se termine un jour. Et il est bon pour nous de le savoir afin de tenir bon jusque-là.
Le temps de l’action commence. Pour Jésus, c’est l’itinérance prophétique, qui le conduira de village en village. Il sait grâce à ces 40 jours quel est le cœur de son message : le royaume de Dieu. Il se centre sur cet essentiel, et ne le perdra jamais de vue.
Heureux désert qui lui a permis de se mettre ainsi en marche, sûr de ses appuis, cherchant l’unique nécessaire !

Désert ou action, tentation ou assurance prophétique, puissions-nous vivre ce carême « poussés par l’Esprit » là où il veut nous conduire…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Alliance de Dieu avec Noé qui a échappé au déluge (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. »

PSAUME
(24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9)
R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance. (cf. 24, 10)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

DEUXIÈME LECTURE
Le baptême vous sauve maintenant (1 P 3, 18-22)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances.

ÉVANGILE
« Jésus fut tenté par Satan, et les anges le servaient » (Mc 1, 12-15)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Patrick BRAUD

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13 mars 2017

Le chien retourne toujours à son vomi

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Le chien retourne toujours à son vomi

 

Homélie du 3° Dimanche de Carême / Année A
19/03/2017

Cf. également :

Leurre de la cruche…

Les trois soifs dont Dieu a soif

La soumission consentie

Changer de regard sur ceux qui disent non

 

Massa et Mériba

Le chien retourne toujours à son vomi dans Communauté spirituelle massa_meriba_2Avez-vous déjà mis Dieu à l’épreuve ? Vous êtes-vous déjà querellés avec lui ? Si oui, rassurez-vous : le peuple de Dieu est passé par-là. Notre première lecture (Ex 17,3–7) nous raconte la soif des hébreux au désert, et le doute qui s’installe : « oui ou non, Dieu est-il au milieu de nous ? » 

Massa (Épreuve) et Mériba (Querelle) est le nom double que Moïse (dont justement le bégaiement est célèbre) donne au lieu où la source a jailli du rocher grâce à son bâton de sourcier.

Trois éléments caractérisent ici l’attitude d’Israël, et sans doute également la nôtre dans nos traversées du désert : la soif / la nostalgie de l’esclavage / le doute.

 

1. La soif

samari10 Carême dans Communauté spirituelleC’est le trait commun avec l’évangile de la Samaritaine en ce dimanche. Le peuple souffre du manque d’eau. Il éprouve ce dessèchement physique qui le rend semblable aux cailloux du désert. Paradoxalement, sans cette soif éprouvante, pas de progression spirituelle. S’il était comblé physiquement comme en Égypte avec les marmites de viande et les puits d’eau fraîche, le peuple ne pourrait pas découvrir combien Dieu l’aime et ce qu’il est prêt à faire pour lui. Pour nous, la transposition de la soif physique à la soif spirituelle est facile. Seuls ceux qui ont soif de la vraie vie, quitte à se rebeller contre Dieu, peuvent expérimenter la gratuité du don de Dieu (« si tu savais le don de Dieu »…).

Dieu a soif de notre soif.

Sans elle, il ne peut rien espérer en nous. « L’homme comblé ne dure pas. Il ressemble au bétail qu’on abat », chantent les psaumes (Ps 48,13). Le jeûne du carême a justement pour but de nous rappeler cette sensation de manque. En refusant de laisser la nourriture – mais aussi nos instruments, nos écrans – prendre toute la place, nous revendiquons le droit au vide comme un pilier de la santé spirituelle. Il y a bien des jus détox pour faire régulièrement des cures de purification corporelle, pourquoi n’y aurait-il pas un détox spirituel ! Ressentir à nouveau la soif de vivre vraiment, avec authenticité et cohérence, est le premier pas de notre exode intérieur. Certains regarderont du côté de la sobriété heureuse, d’autres prendront une semaine de congés payés pour une retraite en monastère, d’autres partiront au loin découvrir d’autres cultures… Peu importe ! L’essentiel est d’avoir soif ! Même si quelques-uns (et nous-mêmes) se trompent de cible en courant après des idoles, au moins ils sont en manque ! Manque de reconnaissance, de profondeur, d’amour… D’ailleurs, le péché en hébreu se dit hattat, qui signifie « rater sa cible », et non pas faire le mal. Changeons donc de regard sur les pécheurs publics d’aujourd’hui qui au moins manifestent une envie de vivre bien loin de la tiédeur vomie par Dieu (Ap 3,16).

C’est ce que fait Jésus avec la Samaritaine et ses cinq compagnons successifs : sa fringale affective et sexuelle se trompait de cible, mais Jésus sait voir en elle sa véritable soif de vérité et de liberté. Il frappe ce rocher adultère du bâton de sa parole, et la voilà devenue  fontaine pour tous les villageois de Samarie à qui elle raconte sa trouvaille !

La foi qui ne repose que sur des signes ne pourra traverser les déserts que la vie nous impose. Forcer Dieu à multiplier encore et encore les faveurs de sa grâce pendant 40 ans a fini par priver cette génération d’esclaves hébreux de l’entrée en Terre promise.

 

2. La nostalgie de l’esclavage.

Tiraillé par la soif, le peuple se met à récriminer : il râle contre Moïse, il regrette l’ancien temps où les marmites étaient pleines de viande et les jarres d’eau fraîche.

Le discours de la servitude volontaireVoilà un trait de notre humanité : nous sommes capables de préférer l’esclavage à la liberté, pour peu que les avantages matériels fassent la différence. Ce que La Boétie appelait la « servitude volontaire » ou Gramsci « le consensus actif des dominés » est caractéristique de Massa et Mériba.

Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu’il faut plutôt en gémir que s’en étonner) ! c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes !
Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549.

Les hébreux ne sont pas encore libres dans leur tête, même sortis d’Égypte. Les liens avec leur ancienne condition d’esclave ne sont pas tranchés. La soumission est toujours là, intériorisée, consentie. Le simple souvenir des faveurs accordées aux esclaves le fait hésiter, regretter, douter.

C’est bien notre combat de carême : ne pas laisser la nostalgie de nos anciens esclavages nous submerger, inciser chirurgicalement les adhérences qui nous rattachent à ses cancers de l’esprit colonisant nos énergies, notre intelligence, notre désir.

Mon chien mange de l’herbe , est ce normal?« Le chien retourne toujours à son vomi », constatent amèrement la sagesse du livre des Proverbes et l’apôtre Pierre (Pr 26,11 ; 2P 2,22). Chacun de nous est traversé par cette complicité avec des soumissions diverses. Chacun de nous se querelle avec Dieu, avec les autres, à cause de cette tentation de préférer la quiétude de l’esclavage à l’aventure de l’homme libre.

Or le Dieu de la Bible ne veut pas la soumission (à la différence du dieu du Coran prônant l’islam = soumission). Il désire notre désir, il a soif de notre soif, il libère notre liberté…

 

3. Le doute

« Oui ou non, le Seigneur est-il au milieu de nous ? »
Le doute s’est installé dans le peuple, parce qu’il fait encore reposer sa foi sur des signes. Donc, lorsque les signes manquent, la confiance vacille. L’enjeu de Massa et Mériba est peut-être d’apprendre à se passer de signes… Cesser de mettre Dieu à l’épreuve, c’est faire confiance sans demander des preuves. Croire sur parole et non sur miracle. Chaque matin, dans l’office de Laudes, l’Église chante avec le psaume 94 qu’elle désire ouvrir son cœur à la foi et non au marchandage :

« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
comme au jour de tentation et de défi (Massa et Mériba)
où vos pères m’ont tenté et provoqué.
Et pourtant ils avaient vu mon exploit » (Ps 94, 7b–9).

Le doute reviendra régulièrement dans l’histoire d’Israël, jusqu’à l’ultime mise à l’épreuve sur la croix : « si tu es le Messie, sauve-toi toi-même ! Descend de la croix et nous croirons en toi ».

Saint Jean de la Croix fustigeait ses contemporains lorsqu’ils demandaient toujours plus de miracles, comme autant de marmites de viande et de puits égyptiens :

La montée du mont CarmelCelui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté. Dieu pourrait en effet lui répondre de la sorte : Si je t’ai déjà tout dit dans ma parole, qui est mon Fils, je n’ai maintenant plus rien à te révéler ou à te répondre qui soit plus que lui. Fixe ton regard uniquement sur lui; c’est en lui que j’ai tout déposé, paroles et révélations; en lui tu trouveras même plus que tu ne demandes et que tu ne désires. Tu me demandes des paroles, des révélations ou des visions, en un mot des choses particulières; mais si tu fixes les yeux sur lui, tu trouveras tout cela d’une façon complète, parce qu’il est toute ma parole, toute ma réponse, toute ma vision, toute ma révélation. Or, je te l’ai déjà dit, répondu, manifesté, révélé, quand je te l’ai donné pour frère, pour maître, pour compagnon, pour rançon, pour récompense. […] Mais maintenant si quelqu’un vient m’interroger comme on le faisait alors et me demande quelque vision ou quelque révélation, c’est en quelque sorte me demander encore le Christ ou me demander plus de foi que je n’en ai donné: de la sorte, il offenserait profondément mon Fils bien-aimé, parce que non seulement il montrerait par là qu’il n’a pas foi en lui, mais encore il l’obligerait une autre fois à s’incarner, à recommencer sa vie et à mourir. Vous ne trouverez rien de quoi me demander, ni de quoi satisfaire vos désirs de révélations et de visions. Regardez-y bien. Vous trouverez que j’ai fait et donné par lui beaucoup plus que ce que vous demandez.
Jean de la Croix, La montée du Carmel, ch. XX

Lorsque nous laissons installer le doute, nous adoptons une logique binaire qui plaît tant à notre culture occidentale digitale et médiatique : ‘oui ou non… ? Vous avez 1mn pour répondre’.
Le doute écarte de l’art subtil du discernement, où rien n’est blanc ni noir à 100 %.
Il récuse la patience et l’attente.
Il préfère le simplisme au complexe, le monochrome à l’arc-en-ciel, l’univocité à la polysémie.
La dictature du format court (les 140 caractères de Twitter, les SMS, France Info ou bien BFM etc.) nous pousse à adopter sans nous en rendre compte cette logique du doute : oui ou non ?

Jésus savait échapper à ce piège qu’on lui tendait régulièrement (cf. la question de l’impôt à payer à César) : et nous ?
Saurons-nous dégager du temps, du recul, des appuis, pour refuser cette dictature du court-terme et entrer dans la longue marche de l’Exode ?

Soif véritable / amour de la liberté / confiance sur parole : que Massa et Mériba résonnent à notre esprit comme un avertissement salutaire à ne plus jamais préférer la soumission à l’amour de Dieu !

 

 

PREMIÈRE LECTURE
« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël. Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

PSAUME
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,  nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,  lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu.  Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.  Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions.  Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien.  Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

ÉVANGILE
« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)

Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Tu es vraiment le Sauveur du monde, Seigneur ! Donne-moi de l’eau vive : que je n’aie plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui. Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. » Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD

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10 février 2016

L’île de la tentation

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L’île de la tentation

Cf. également :

Ne nous laisse pas entrer en tentation 

L’homme ne vit pas seulement de pain 

Une recette cocktail pour nos alliances

Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe

Et plus si affinité 

Homélie du 1° dimanche de Carême / Année C
14/02/2016

 

L’île de la tentation

Avez-vous déjà regardé ce jeu de télé-réalité ? Le principe est connu : isolés sur une île, quatre couples non mariés et sans enfant doivent tester leur amour face à la tentation de vingt-deux beaux(belles) célibataires, bronzé(e)s et affriolant(e), pendant un séjour de douze jours : les tentateurs(trices).

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Des rendez-vous romantiques avec les célibataires ont lieu tous les jours.

Au bout des douze jours, dans un ultime feu de camp, chaque couple doit alors décider s’il reste uni ou non à l’issue de l’émission.

Le jeu voudrait nous faire croire que la tentation principale est celle de l’infidélité conjugale. Par contre, il n’a pas tout à fait tort lorsqu’il situe la tentation sur une île, et comme une île : car la solitude est bien la conséquence d’une rupture du lien de communion avec Dieu ou avec les autres.

Au désert, en ce début de carême, le Christ va connaître son ‘île de la tentation’ à lui : le combat intérieur pour rester uni à son Père, alors que le diable voudrait qu’il arrête d’être fils et qu’il n’existe que par lui-même.

 

Quelles sont vos tentations ?

Les récits évangéliques du Christ tentés au désert marquent chaque premier dimanche de carême. On croit les connaître par cœur.
À tort sans doute. Car il faut du temps dans une vie humaine pour identifier clairement ce qui au fond est le véritable combat spirituel.

Jeune, on croit facilement que la tentation a le visage du succès, du pouvoir, du désir. Au fil des ans, la question : quel est mon combat essentiel ? s’avère plus complexe, plus subtile, plus difficile à répondre.

Pilate par exemple aurait pu croire que le piège de la gloire ou du pouvoir était le plus dangereux pour lui. Dans le dialogue avec le Christ durant sa Passion, il découvre que c’est plutôt cet espèce de cynisme qui se nourrit d’un certain scepticisme envers la vérité : « qu’est-ce que la vérité ? »

Caïphe, en tant que grand prêtre juif, devait craindre l’impureté rituelle et l’infidélité à la Loi comme ses plus grandes tentations. Il va s’entendre basculer du côté de l’utilitarisme meurtrier : « il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple ». Il ne savait pas que c’était de ce côté-là qu’il serait tenté.

Judas aurait pu croire que le manque de courage pour aller au bout de la lutte armée contre l’occupation romaine serait sa tentation principale. Mais voilà que la séduction du désespoir sera bien plus fatale, jusqu’au suicide.

Chacun de nous découvre ainsi tôt ou tard qu’identifier la vraie tentation contre laquelle il lutte est une révélation. Cela nous est révélé par la remarque d’un autre, par la violence d’une de nos réactions, par les conséquences immenses et inimaginables de tel faux pas etc.

Jésus de Nazareth lui-même, pourtant « rempli de l’Esprit de Dieu », fait ici au désert d’apprentissage de ce qui sera le combat de sa vie. Et le diable voit juste, comme toujours : il ne porte pas ses attaques sur la peur d’être trahi, le désir de réussir ou la fuite de la douleur. Il sait que là-dessus le Christ ne lui laisse aucune prise. Alors il se concentre sur l’essentiel, sur la raison d’être même de Jésus : es-tu oui ou non le fils de Dieu ? Tout le reste en découle. Jésus est tenté, comme chacun de nous, à partir de ce qu’il a de plus cher. Et pour lui, c’est l’intimité qu’il partage avec son Père, dans l’Esprit. Si Satan arrive à déstabiliser l’homme Jésus en le faisant douter de cette identité partagée, il aura gagné.

La tentation la plus dangereuse pour chacun sera celle qui nous atteint ainsi dans notre identité la plus essentielle.

Puisque le Christ a été tenté, n’imaginons pas avancer sur le chemin avec lui sans rencontrer nous aussi les tentations qui nous correspondent.

Prenez l’itinéraire de la vie de couple. S’il y a un divorce pour deux mariages environ, c’est qu’il y a bien plus d’adultères encore avant les séparations ! Avec l’allongement de la durée de vie et la lassitude des années, avec les rythmes de travail qui éloignent et provoquent de multiples occasions de tromper l’autre, avec cette immaturité psychologique qui nous fait nous tromper avant que de tromper et qui ne se révèle que des années après, avec la fameuse crise de milieu de vie qui vient tout bouleverser en murmurant qu’il faut tout changer pour redevenir soi-même, les causes sont si nombreuses !…

La tentation de l’infidélité sera multiple et multiforme : impossible d’y échapper. Mieux vaut accueillir la tentation comme l’invitation à plus de profondeur, de liberté.

N’est pas fidèle celui qui n’a jamais été tenté, mais celui qui a traversé la tentation en renforçant le lien mis en cause.

 

La tentation comme une île

Afficher l'image d'origineAu désert, le Christ identifie les trois combats qui vont tenter de le faire chuter tout au long de sa mission : séduire par des prodiges, s’imposer par la force, s’annonçer soi-même au lieu de conduire à Dieu. Lorsqu’il rencontrera ces trois tentations sous d’autres formes, il saura ainsi les démasquer, leur enlever leur force, et en être victorieux. La dernière tentation du Christ, sur la croix, ne concerne pas Marie-Madeleine comme le romancent Nikos Kazantzakis (la dernière tentation du Christ) ou Dan Brown (auteur du fameux Da Vinci code) mais le lien à son Père : « sauve-toi toi-même », lui crie-t-on  par trois fois, comme le diable au sommet du Temple dans le désert. Le Christ  refuse d’être à lui-même son propre salut, car il est le fils, celui qui se reçoive d’un autre, dans l’amour.
Jusqu’au bout, il choisit de faire confiance à celui à qui il crie  pourtant sa déréliction (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).
Jusqu’au bout il se reçoit, au lieu de prendre.
Jusqu’au bout il s’appuie sur le fait d’être aimé plutôt que de se sauver tout seul.
En cela il est vraiment le fils, d’une manière unique, car nul homme n’a vécu une telle intimité avec Dieu.

Le piège de la tentation, c’est de faire croire à chacun qu’il est un île, qu’il peut se sauver tout seul, qu’il peut prendre au lieu de recevoir, qu’il peut accaparer au lieu de donner. Et l’île de la tentation dans la Bible est la solitude à laquelle se condamne celui qui croit pouvoir se sauver lui-même.

 

Discerner sa tentation la plus essentielle

Alors, quelle tentation sera la vôtre ? La tentation principale, le fer de lance de l’attaque qui viendra vous déstabiliser au plus intime ?

Comme dans un duel à l’épée, les premières escarmouches seront portées là où c’est assez superficiel, juste pour voir si vous résistez relativement bien. Si oui, alors l’intensité montera d’un cran et vous en viendrez aux choses sérieuses.

Chaque digue tient bon tant que l’eau n’attaque pas ses points névralgiques. Dès qu’elle a trouvé la faille, le point sensible, le cheval de Troie de la digue, l’eau n’a de cesse d’user sa résistance en concentrant sa pression là où elle peut faire des dégâts…

Identifier sur quoi porte la vraie tentation de son histoire personnelle est un long discernement, qui ne se fait pas sans aide extérieure. Les vrais maîtres de sagesse sont ceux qui ont apprivoisé cette faille intime, avec humour et confiance. Ils se savent exposés, d’autant plus qu’ils progressent. Toujours en danger, ils en deviennent d’autant plus fidèles qu’ils s’appuient sur Dieu pour, non pas y être soustraits, mais se nourrir de la tentation pour devenir plus soi-même…

 

1ère lecture : La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)
Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.

Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume : Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Evangile : « Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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