L'homelie du dimanche

25 novembre 2018

Quand le cœur s’alourdit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quand le cœur s’alourdit


Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année C
04/12/2018

Cf. également :

Bonne année !
Sous le signe de la promesse

- Attends-moi ! Je n’en peux plus…
Éric traîne sa valise comme un boulet dans les couloirs du métro depuis l’immense tapis roulant de Montparnasse. Arrivé au sommet de l’escalier de la Gare de Lyon, il s’éponge le visage trempé de sueur.
- Ouf ! On est enfin arrivé.
– Pas tout à fait… Nos places sont en voiture deux, à l’extrémité du train, tout au bout de la deuxième rame du TGV.
– Non ! ? Quelle galère…
Effectivement, à cause de ses 130 kilos arrondis à la dizaine inférieure par bienveillance hier sur la balance, Éric a traîné sa valise sur la centaine de mètres du quai au compartiment comme un forçat sa brouette de cailloux à la fin d’une journée d’esclave. Son surpoids – maladif – est devenu un handicap pour tous les actes de la vie quotidienne : prendre le train, faire ses courses, marcher, monter ou descendre de voiture, gravir quelques marches d’escalier, prendre le métro… : toutes ces habitudes autrefois simples semblent lui être maintenant interdites, et peut-être dangereuses. L’alourdissement de son corps met en péril ses articulations (genoux, chevilles) son souffle, son cœur même.

Quand le cœur s'alourdit dans Communauté spirituelle 7693467_b76a5d92-4d39-11e8-a1d7-bfb12f379ace-1_1000x625

Quand Jésus parle aujourd’hui d’un cœur qui s’alourdit, il faut transposer au domaine spirituel la surcharge pondérale qui ralentit et paralyse tant d’adultes en Occident. Si l’obésité physique est un problème de santé publique préoccupant, l’alourdissement du cœur est son pendant spirituel, et il n’est pas moins inquiétant.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet. (Lc 21,34)

Jésus cite deux poids qui peuvent nous handicaper au point de ne plus discerner sa venue en nous : l’alcoolisme et les soucis de la vie.

Pour l’alcoolisme, nul besoin hélas de développer : les ravages de cette maladie sont bien connus. Qu’il soit mondain chez les classes sociales aisées cherchant à se divertir (au sens pascalien du terme), ou qu’il soit ivresses récurrentes chez les classes sociales populaires noyant leur précarité dans l’alcool, l’alcoolisme est une figure de la perte de conscience qui nous empêche de voir ce qui nous arrive (au volant par exemple, c’est mortel !), d’être vraiment présents aux autres, de raisonner avec intelligence.

Arrêter de boire avec l'hypnose

Aux beuveries et à l’ivresse dont parle Jésus, on peut joindre les addictions modernes produisant des effets semblables : l’addiction aux écrans et au virtuel, la dépendance aux drogues douces et dures, les liens malsains à l’argent, au sexe, à la gloire etc. Nous mettons tant d’énergie à poursuivre des buts qui nous dominent en retour ! Nous nous attachons à des idoles qui nous privent de notre liberté.

Attendre le Christ suppose de nous désintoxiquer de nos addictions, aliénantes, plus radicalement qu’un drogué n’entre en sevrage, plus durablement qu’un alcoolique ne décide d’arrêter.

La deuxième cause de l’alourdissement de notre cœur cité par Jésus est plus pragmatique, plus ordinaire, moins effrayante que les excès d’alcool : les soucis de la vie. Il faut dire que les soucis de la vie, en ce moment, on les cumule : les factures de gaz et d’électricité qui s’envolent, le prix du carburant qui flambe, les pensions de retraite qui régressent, la fiscalité qui devient incompréhensible etc. Ajoutez-y les soucis de santé qui arrivent à l’improviste, les soucis de couple et de famille qui statistiquement touchent tout le monde tôt ou tard, de près ou de loin etc. et vous aurez raison de protester : « Jésus, la vie est dure. On a tellement de choses à porter, de proches sur lesquels veiller, de démarches à assumer ! On voudrait bien t’y voir, toi. Si tu avais une famille, des emprunts, un loyer, un boulot en pointillé, tu comprendrais… »

Protester ainsi contre le Christ est légitime. Les psaumes le font à longueur de chants. Exposer au Christ tout ce qui compose notre fardeau quotidien est le meilleur moyen pour qu’il s’en charge et nous procure le sien en échange : « venez à moi vous qui ployez sous le fardeau et je vous procurerai le repos ». « Prenez sur vous mon joug ; il est facile à porter. » Ce qui se joue dans ce dialogue intérieur, dans cette prière un peu rude où nous prenons le Christ à partie, c’est l’allégement de notre cœur. Peu à peu, même en râlant, nous déposons au pied du Christ nos fardeaux, nos jougs, nos soucis. Lui les prend sur ses épaules, ce qui ne veut pas dire qu’il faut attendre de solution magique ! Lui confier nos soucis de la vie signifie plutôt lui faire confiance pour que tout cela se dénoue, devienne vivable, pas après pas, jour après jour. C’est croire que la force de l’Esprit nous est donnée pour faire face, souci après ceci, sans perdre cœur. Un divorce à mener, un proche qui va mourir, un licenciement qui s’annonce : les soucis de la vie sont si graves qu’ils peuvent nous faire douter de l’amour de Dieu, nous éloigner de la paix intérieure que pourtant il nous donne dans ces situations-là.

À l’inverse, ceux pour qui tout va bien – au moins dans l’instant – sont peut-être davantage en péril spirituellement. Car la graisse du succès et de la réussite alourdit leur cœur, selon le constat des psaumes :

Les impies sont enfermés dans leur graisse, ils parlent, l’arrogance à la bouche. Ils marchent contre moi, maintenant (Ps 17,10)
L’orgueil est leur collier, la violence, le vêtement qui les couvre; la malice leur sort de la graisse, l’artifice leur déborde du cœur. (Ps 73,7)
Leur cœur est épais comme la graisse, moi, ta loi fait mes délices. (Ps 119,70)
Fils d’homme, jusqu’où s’alourdiront vos cœurs, pourquoi ce goût du rien, cette course à l’illusion? (Ps 4,1)

Résultat de recherche d'images pour "coeur graisse"

Ceux qui ont de l’argent sans compter, une famille sans problèmes, un travail rémunérateur et valorisant peuvent avoir la tentation de se passer de Dieu. Ils peuvent éteindre en eux la soif spirituelle (au moins l’alcoolisme révèle une autre soif !). Ils deviennent insensibles aux malheurs des autres qu’ils ne côtoient plus, qu’ils ne connaissent plus, car leur univers s’est séparé des autres classes sociales. Apparemment, tout va bien pour eux. Mais c’est eux que Jésus tance avec ses béatitudes cinglantes : « Malheureux, vous les riches. Malheureux êtes-vous si tout le monde dit du bien de vous ». « Insensés, vous comptez vos greniers pleins à ras bord, mais cette nuit même on va vous demander votre vie ! »

Pire que l’alcool ou les soucis de la vie, la réussite, la santé et la richesse peuvent aveugler et dévoyer les meilleurs d’entre nous. S’ils ne font pas régulièrement l’équivalent d’une cure de désintoxication, d’amaigrissement ou de simplification de leur existence, ils deviendront spirituellement des obèses, handicapés dans la quête de Dieu, incapables d’avoir soif de l’Évangile et de marcher vers le but ultime de toute histoire humaine.

Quelles sont les dépendances qui nous empêchent de désirer plus que la survie quotidienne ? Comment déposer au pied du Christ les « soucis de la vie » qui nous alourdissent en ce moment ?

Et si tout va bien pour vous, comment maintenir vivante la quête d’un au-delà de vos satisfactions actuelles ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Je ferai germer pour David un Germe de justice » (Jr 33, 14-16)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda : En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem habitera en sécurité, et voici comment on la nommera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

Psaume
(Ps 24 (25), 4-5ab, 8-9, 10.14)
R/ Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu.
(Ps 24, 1b-2)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Les voies du Seigneur sont amour et vérité
pour qui veille à son alliance et à ses lois.
Le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent ;
à ceux-là, il fait connaître son alliance.

Deuxième lecture
« Que le Seigneur affermisse vos cœurs lors de la venue de notre Seigneur Jésus » (1 Th 3, 12 – 4, 2)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. Amen.
Pour le reste, frères, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons, oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus. Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.

Évangile

« Votre rédemption approche » (Lc 21, 25-28.34-36) Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.
Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,

27 novembre 2017

Laissez le présent ad-venir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Laissez le présent ad-venir


Homélie du 1° Dimanche de l’Avent / Année B
03/12/2017

Encore un Avent…
Bonne année !
Se laisser façonner
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Sous le signe de la promesse
L’absence réelle
La limaille et l’aimant
La « réserve eschatologique »
Le syndrome du hamster

La météo du jour

Laissez le présent ad-venir dans Communauté spirituelle

- Savez-vous quel temps il fera demain ?
- Facile ! me direz-vous. Un clic sur le site de météo France et j’ai les prédictions : « pluies éparses ».
- N’y a-t-il pas une autre information à côté du nuage avec ses gouttes ?
- Si : un chiffre. 3.
- Et donc ?
- ? ? ?
- C’est ce qu’on appelle l’indice de confiance des prédictions météo. Il varie entre 0 (très peu sûr) à 5 (quasi certain). Car en réalité, il n’y a rien de plus difficile à prévoir que la météo, terrestre ou marine. La prédiction du lendemain est à peu près fiable (quoique localement cela puisse varier beaucoup !). Celle de la semaine est moyennement fiable. Celle à 15 jours n’est qu’une indication de tendance. Et on a pu démontrer qu’au-delà de 15 jours, il est strictement impossible (mathématiquement) de prédire quel temps il fera…

 

À l’improviste

Jésus ne pouvait connaître la théorie du chaos qui sous-tend cette imprévisibilité radicale de ce qui va arriver. Mais il en a l’intuition spirituelle. Pour lui visiblement, le présent de Dieu n’est pas la simple prolongation du passé humain. Il peut se produire du neuf à tout instant, déjouant les plans, les stratégies, les calculs. « Vous ne savez pas… » : ce constat d’inconnaissance revient très souvent dans les Évangiles. « Vous ne savez pas quand ce sera le moment. [...]  Vous ne savez pas quand vient le maître de la maison…»

Ici, c’est l’ignorance de la date du cambriolage, du retour du maître parti en voyage, du royaume de Dieu lui-même. C’est « à l’improviste » que se manifeste l’arrivée du maître.

slide_2 Avent dans Communauté spirituelleLe présent de Dieu ne peut donc pas se programmer, se planifier. Il n’est pas prédictible, plus encore que la météo à 15 jours. Surveiller ou contrôler ne sert à rien. C’est veiller qui est l’attitude juste, c’est-à-dire guetter les signes d’une ad-venue inattendue et imprévisible.

Le présent de la foi chrétienne est un événement, au sens littéral du terme : ex-venire = ce qui vient d’ailleurs. Il nous est donné par un Autre. Il échappe à toute mainmise.

Plus encore : ce présent nous vient du futur. Le Christ ressuscité venant à notre rencontre engendre dans notre vie ces événements par lesquels il nous invite à orienter notre existence vers la plénitude finale. « Deviens qui tu seras » : notre vocation en Christ reflue sur notre condition actuelle, tel le mascaret remontant de la mer au fleuve par l’embouchure en une étrange vague à contre-courant…

D’où le nom du temps liturgique qui commence : ad-ventus = Avent = ce qui vient vers nous.

 

De Laplace à Planck

Les conséquences spirituelles de cette conception adventiste du présent sont majeures. Prenons une comparaison avec les sciences physiques. La mécanique classique d’Isaac Newton et Johannes Kepler assignait une place et une vitesse à chaque chose, à chaque instant, de façon sûre et certaine. Le physicien Pierre-Simon de Laplace affirmait triomphalement que les lois de la nature avec les conditions initiales suffisaient à tout prévoir de l’évolution du monde [1] !

Puis est venu Henri Poincaré avec la démonstration qu’on ne sait mathématiquement pas résoudre les équations de l’attraction gravitationnelle de trois corps distincts. À trois c’est impossible, alors avec des myriades de planètes… !

61LtHkQ5oGL chaos

Konrad Lorenz a enfoncé le clou avec son fameux effet papillon pour illustrer l’imprédictibilité de la météo : les battements d’ailes d’un papillon au Brésil peuvent provoquer de proche en proche un ouragan sur les côtes du Texas ! Les équations du temps sont trop sensibles aux infimes variations des conditions initiales pour qu’on sache réellement où elles conduisent. Elles se mettent à diverger très vite.

Benoît Mandelbrot a enchaîné avec sa théorie des fractales, où de surprenantes figures apparaissent d’elles-mêmes dans la nature comme dans les mathématiques.

Werner Heisenberg et Max Planck avec la mécanique quantique ont troublé encore davantage la vieille conception déterministe en démontrant que dans l’infiniment petit, on ne pouvait pas connaître à la fois la masse et la vitesse d’une particule, et qu’il fallait donc parler de probabilité de présence plutôt que de présence…

« Vous ne savez pas… » semble être le refrain de cette théorie du chaos, déterministe (Lorenz) ou indéterministe (Planck). Le fait d’accepter de ne pas savoir permet paradoxalement d’observer des phénomènes inaperçus autrement. C’est comme si le nuage d’inconnaissance (ouvrage anonyme du XIV° siècle) ou la docte ignorance (c’est le titre d’un ouvrage de Nicolas de Cues au XV° siècle) filtraient la lumière pour éclairer des événements surgissant à l’improviste. Dans cette nouvelle physique, le réel possède la capacité de s’auto-organiser, sans autre apport que lui-même. De nouvelles structures, de nouvelles organisations émergent sans que personne les aient prévues, sans qu’on ait pu les annoncer, les décrire ou même les imaginer auparavant.

 

Un présent adventiste

61PpiWFUwWL._AC_UL320_SR194,320_ effectuationToutes proportions gardées, le présent du royaume évoqué par Jésus ressemble à l’émergence des physiques du chaos. Les psychanalystes et les tenants du développement personnel vous répètent à l’envie que c’est notre passé qui vous détermine. Avec une approche très mécaniste, ils croient que c’est en plongeant dans la préhistoire de la souffrance qu’on peut s’en libérer, par la parole, la reconnaissance de victimes et de coupables. Symétriquement, les idéologies politiques du XX° siècle nous ont vendu une autre approche elle aussi très mécaniste : faire table rase du passé et fabriquer le surhomme (communiste ou nazi) à la force du poignet.

Le présent évoqué par Jésus ne relève ni de Freud, ni de Marx ou Nietzsche. C’est un présent émergeant, événementiel, où la confession de non-savoir entraîne la vigilance, qui permet de discerner les signes d’une émergence inouïe, d’une advenue étonnante. C’est un présent qui nous vient de notre avenir en Christ et non de notre passé humain.

C’est par exemple Jacques Fesch devenant saint en allant vers l’échafaud.
C’est Paul Claudel surpris et bouleversé par un Magnificat à Notre-Dame de Paris.
C’est Thérèse de Lisieux entendant son père soupirer après la ‘comédie’ de Noël faite pour elle.
C’est l’Abbé Pierre laissant éclater sa colère devant un bébé mort de froid en l’hiver 1954.
C’est la facture de la jambe d’Ignace de Loyola qui l’immobilise et lui fait lire la vie des saints.
C’est Bernadette Soubirous attentive à l’inhabituel dans la tutte aux cochons (grotte de Massabielle) lorsqu’elle va ramasser du bois mort pour sa famille.
C’est Augustin le manichéen qui dans sa quête intérieure entend le fameux : ‘tolle et lege’ (‘prends et lis ’) pour découvrir la Bible.
C’est…

Le Christ vient aujourd’hui dans nos vies, comme un voleur, « à l’improviste ». Il y a des surgissements qui ne s’expliquent qu’ainsi, des événements qui en sont la trace, des émergences spirituelles qui en prennent des formes surprenantes. Le tout est d’être assez éveillés pour ne pas les manquer, assez vigilants pour en accueillir l’imprévu.

L’Avent est le temps de cette radicale disponibilité au présent de Dieu, capable de faire surgir ce qui n’aurait pas dû ou pas pu arriver, capable de créer du si neuf qu’il en est inimaginable ou impossible auparavant.

 

Du management à l’effectuation

Un petit clin d’œil pour terminer. Ce débat entre déterminisme et imprédictibilité qui agite les scientifiques rebondit de façon intéressante dans un autre domaine. Il oppose en management les tenants d’une conception classique à ceux qui essaient de penser le chaos et l’auto-organisation en entreprise. Les tenants du management classique sont connus : Ford et le taylorisme, Toyota et le lean management, les psys ou les coaches individuels et le développement personnel, les entraîneurs sportifs et le coaching d’équipe etc. Les offres pullulent sur le marché des cabinets conseils ! Chacun essaie de bâtir son concept-clé (organisation scientifique du travail, lean, coaching, équipe performante etc.), écrit des livres dessus, et trouve ainsi des clients pour tester leurs théories.

couvertureUn autre courant (avec le même risque) essaie depuis peu de s’inspirer de la théorie du chaos pour mieux libérer l’énergie des travailleurs. Plutôt que de contrôler, de prévoir et d’organiser, les managers et dirigeants auraient peut-être intérêt à accompagner, laisser s’auto-organiser, favoriser l’émergence [2] de ce qu’on n’a pas prévu. La co-construction, l’itération, la centration sur les moyens disponibles plus que sur des objectifs irréalistes, la confiance dans l’initiative sont quelques-unes des valeurs clés de ces nouveaux leaders. Cela relève de la maïeutique (accompagner le réel pour qu’il accouche de lui-même) et non du calcul prévisionnel. Ce management par effectuation se caractérise par le discernement des effets possibles, des efforts produits par les libres interactions entre les collaborateurs, et avec le marché [3]. Il cherche à profiter des opportunités qui surgissent et non à les provoquer, à laisser le chaos proliférer au lieu de tout contrôler en mode directif descendant, confiant dans la capacité d’auto-organisation et d’émergence qui fera surgir de ce chaos de nouvelles initiatives. Bref : en management également, laisser advenir le présent est peut-être plus humanisant, plus fécond, que de diriger les hommes et finalement de les manipuler (c’est la même racine que le mot management).

Que ce temps de l’Avent nous convertisse à l’ouverture du cœur : laissons le présent advenir en nous.

 


[1]. C’est le fameux « démon de Laplace » : « Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était suffisamment vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. », Essai philosophique sur les probabilités, 1814.

[2]. Une structure est dite émergente si elle apparaît brutalement et est issue de la dynamique, c’est-à-dire que ses propriétés n’existaient pas préalablement dans les éléments qui l’ont composée. On appelle « émergence » une combinaison préexistante d’éléments préexistants produisant quelque chose de totalement inattendu. Un exemple classique de ce type de phénomène est celui de l’eau, dont les caractéristiques les plus remarquables sont totalement imprévisibles au vu de celles de ses deux composants, l’hydrogène et l’oxygène ; pourtant la combinaison des deux ingrédients donne naissance à quelque chose d’entièrement neuf.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7)
Lecture du livre du prophète Isaïe

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face.
Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

PSAUME

(79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19)
R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! 79, 4 

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

DEUXIÈME LECTURE
Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 3-9)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, à vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

ÉVANGILE

« Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » (Mc 13, 33-37) Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

14 décembre 2016

Sois attentif à tes songes…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Sois attentif à tes songes…


Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année A
18/12/2016

Cf. également :

Deux prénoms pour une naissance

Laisser le volant à Dieu

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

« Tu as de la visite »

 

L’annonce faite à Joseph…

On connaissait l’annonce faite à Marie : voici que l’incroyable nouvelle est annoncée à Joseph. Et de quelle manière ! En songe !

Tiens : Dieu nous parlerait-il lorsque nous sommes endormis ? La parole de Dieu se faufilerait-elle dans cette immense activité nocturne que nous appelons tantôt rêve, tantôt songe ?

 

Distinguer rêve et songe

On peut en effet distinguer les deux : le rêve est un travail de reconstruction effectué par l’inconscient pour donner sens aux évènements récents ou aider à les supporter. Par exemple, si dans la journée votre voisin ou votre patron vous a copieusement insupporté, vous allez rêver de lui la nuit en vous imaginant en train de prendre votre revanche sur lui…

Le songe est d’un autre ordre, surtout dans la Bible. C’est un message, un signal, qui surgit de l’intérieur, lorsque le sommeil a fait tomber nos défenses naturelles, et qu’alors Dieu a un peu plus de champ libre pour déployer sa parole…

Rappelez-vous les songes célèbres qui jalonnent l’Ancien et le Nouveau Testament :

- Le songe de Jacob qui fuit devant son frère Ésaü (Gn 28, 10-22) : il rêve d’une échelle dont le sommet atteint le ciel, avec les anges de Dieu en train d’y monter et descendre. En se réveillant, il n’a plus peur ; il croit que Dieu n’est pas loin de l’homme. Et Jésus lui-même se reconnaîtra dans ce rêve lorsque dans son procès il voit le Fils de l’Homme venant d’en haut. La croix sera cette échelle où Dieu et l’homme apprennent à communiquer et à communier l’un à l’autre…

- Le songe de Joseph, fils de Jacob, ministre de Pharaon ensuite en Égypte. (Gn 37)

Il voit les gerbes de ses frères s’incliner devant ses gerbes, ainsi que le soleil, la lune et les étoiles se prosterner devant lui. Ce songe lui révèle sa vraie vocation et sa vraie grandeur. Plus tard, il saura déchiffrer les songes de Pharaon, la période des vaches grasses et la période des vaches maigres, épargnant ainsi à l’Égypte une famine meurtrière (Gn 41). Les ministres des finances devraient savoir déchiffrer les rêves de leur président…

- Les mages seront avertis en songe de repartir par un autre chemin pour éviter la jalousie d’Hérode.

- Pilate, hélas, n’obéira pas au rêve de sa femme (Messieurs, écoutez vos femmes lorsqu’elles rêvent !…) lorsqu’elle le prévient que la complicité du meurtre de Jésus serait une grande souffrance (Mt 27,19) ; c’est souvent en rêve que nous percevons la nature réelle d’un être…

- Dans les Actes des Apôtres, Pierre voit en songe une immense nappe remplie d’animaux impurs pour les lois juives : « Debout Pierre prend et mange. Ce que Dieu a déclaré pur, ne le déclare pas souillé ! »

- C’est par un songe encore que commence la mission en Europe avec Paul qui entend un Macédonien (La Macédoine est au nord de la Grèce) lui apparaître en songe et le prie : « Pars en Macédoine et vient à notre secours ». Cette décision qui va bouleverser l’histoire européenne n’est pas le fruit d’une stratégie ou d’une réflexion politique : c’est une impulsion venue d’un songe… voilà qui laisse songeur…

Il y a encore des dizaines de songes qui dans les textes bibliques jouent un rôle prophétique de discernement du présent !

On voit à travers tous ces songes l’influence de la Bible sur Freud lorsqu’il bâtit sa théorie de l’interprétation des rêves…

Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origine

 

Jusqu’au bout de mes rêves

Mais nous, faisons-nous comme Joseph, cet homme juste qui voulait ajuster sa vie au désir de Dieu, et qui à cause de cela était attentif à ses rêves pour détecter si Dieu ne pouvait pas lui parler à travers les images de la nuit ? Est-ce que ça vous arrive de noter vos rêves ? De repérer ceux qui reviennent ? D’en parler à quelqu’un, et d’abord à vous-mêmes ?

Regardez Joseph : il est dans une situation impossible. Sa fiancée est enceinte d’un autre, mais il l’aime et ne veut pas lui faire honte publiquement… comment agir ? La répudier, c’est la déshonorer. L’épouser sans rien dire, c’est ne pas être en vérité avec elle…

Le Pape François décrit le déchirement intérieur de Joseph ainsi :

Au lieu de se défendre et de faire valoir ses droits, Joseph choisit la solution qui pour lui représente un énorme sacrifice. Et l’évangile dit : « Parce que c’était un homme juste, il ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret » (Mt 1,19).
Cette courte phrase résume un drame intérieur véritable, si nous pensons à l’amour de Joseph pour Marie ! Mais même dans cette circonstance, Joseph veut faire la volonté de Dieu et décide, certainement avec une grande douleur, de répudier Marie en secret. Il faut méditer sur ces paroles, pour comprendre quelle a été l’épreuve à laquelle Joseph a dû faire face les jours qui ont précédé la naissance de Jésus. Une épreuve semblable à celle du sacrifice d’Abraham, lorsque Dieu lui a demandé son fils Isaac (cf. Gn 22) : renoncer à la chose la plus précieuse, à la personne la plus aimée.
Pape François, Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent 2014

Comme souvent lorsqu’un dilemme nous travaille, nous sommes agités toute la journée et plusieurs jours… Vient alors la nuit où tout cela se décante, dans le relâchement intérieur. Et au réveil, des questions obscures confuses deviennent claires et simples : « c’est cela qu’il faut que je fasse… ». Ainsi pour mes devoirs de maths au collège : je me couchais sur la solution impossible et me levais à six heures du matin pour terminer le problème d’un seul jet, comme s’il s’était dénoué tout seul en rêvant…

C’est que dans le rêve, je n’ai pas toute la maîtrise de ma vie. Mes inhibitions, mes blocages, ma pudeur même, ne sont plus sur le qui-vive ; les douaniers de la pensée laissent passer quelques visiteurs clandestins aux frontières de notre esprit… Dans l’abandon physique, psychologique et spirituel de la nuit, il arrive que Dieu se faufile, habilement déguisé sous les traits d’un songe un peu étrange au début (cf. François d’Assise entendant en rêve : « reconstruis mon église…»)

Attention ! : tous les fantômes de la nuit ne sont pas parole de Dieu, loin de là. Il y a les chimères de l’inconscient, les projections de notre égoïsme, les souhaits de puissance, de domination, la recherche éperdue de reconnaissance et de gloire etc… Mais il y a parfois telle ou telle mise en scène qui pourrait bien avoir Dieu comme réalisateur et producteur… Alors, au sortir de la nuit il nous faut travailler comme le pêcheur qui a ramené ses filets à terre : patiemment, il les nettoie, les démêle, trie les algues, les poissons, les coquillages, et les ferle à nouveau pour la prochaine pêche…

Que saint Joseph, cet homme juste qui a accueilli Marie en reconnaissant le travail de Dieu fait en elle, nous rende attentif à nos songes où, aujourd’hui encore, Dieu nous dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ».

« Ne crains pas d’accueillir ton conjoint, ton proche, tel que le travail de Dieu l’a façonné. C’est toi qui donneras son nom à l’enfant qui va naître ; c’est toi qui pourras nommer la vie que Dieu enfante encore aujourd’hui ».

Sois seulement attentif à tes rêves : un songe pourrait s’y glisser …


1ère lecture : Dieu promet un sauveur (Is 7, 10-16)
Lecture du livre d’Isaïe

Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz :
« Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets. »
Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »
Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
Eh bien ! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).
De crème et de miel il se nourrira, et il saura rejeter le mal et choisir le bien.
Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler. »

Psaume : Ps 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire !

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !

C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.

Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche la face de Dieu !

2ème lecture : L’Apôtre annonce le salut en Jésus Christ (Rm 1, 1-7)
Commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Moi Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé par Dieu pour être Apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle que Dieu avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures, je m’adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome.
Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés.
Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Evangile : La venue de l’Emmanuel annoncée à Joseph (Mt 1, 18-24)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia.(Mt 1, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.
Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.
Patrick Braud

Mots-clés : , , ,

7 décembre 2016

Dieu est un chauffeur de taxi brousse

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dieu est un chauffeur de taxi brousse


Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année A
11/12/2016

L’Église est comme un hôpital de campagne !

La joie parfaite, et pérenne

Du goudron et des carottes râpées

La revanche de Dieu et la nôtre

 

« Bientôt »

Une gare routière – ou équivalent – au Niger. Voyageant jusqu’à Alger à travers le désert, je me renseigne devant un taxi brousse qui affiche partir vers la frontière :

- Quand partez-vous ?
- Bientôt.
- Bientôt ? Mais c’est quand bientôt ?
- C’est bientôt ! Tu peux attendre là.
- … ?

Et me voilà à cheval sur une branche près du taxi brousse, guettant le moindre signe d’activité préparant un départ éventuel. La même scène se répète une fois, deux fois, dix fois… D’autres voyageurs me rejoignent et me font signe d’arrêter de m’agiter inutilement. Finalement, nous ne partirons que le lendemain après-midi, lorsque le nombre de voyageurs sera tel qu’il sera impossible à la pauvre 404 bâchée de loger plus que la trentaine de passagers, avec leurs bagages empilés sur la galerie au-dessus et sur les côtés.

Le bientôt du chauffeur n’était pas celui d’un occidental, mais d’un africain qui attend que son taxi brousse soit plein à ras bord avant que de donner le signal du départ.
Un autre rapport au temps…

Afficher l'image d'origine

Et si Dieu se comportait avec nous comme le chauffeur de ce taxi brousse ? Et si son retard apparent était en réalité l’expression de son désir de rassembler le plus de monde possible ? Et s’il avait un autre rapport au temps que le nôtre ?

C’est ce que semble suggérer l’apôtre Jacques dans sa lettre. Il fait la comparaison avec le cultivateur, qui est obligé d’attendre que la terre porte son fruit, sans pouvoir rien faire d’autre que de patienter avec confiance :

« Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. » (Jc 5, 7-10)

Le temps de l’Avent a pour but de le réveiller en nous l’attente de la venue du Christ à la fin des temps, et ainsi de nous éduquer à la patience, pour ne pas nous décourager ni renoncer à attendre…

 

La tentation de s’installer à son compte

Les premiers chrétiens auxquels Jacques s’adresse supposaient que ce retour du Christ en gloire allait être imminent : demain, la semaine prochaine, au plus tard dans quelques mois. Aussi, plus les années passaient, plus ils étaient déçus et s’éloignaient de cette perspective.

Afficher l'image d'origineAlors nous, deux mille ans après, nous avons 2000 raisons de plus d’être impatients  (qu’est-ce qu’il attend pour rétablir enfin la justice dans ce monde ?) ou désabusés (il ne viendra pas ; à nous de nous organiser sans lui).

Dans un pays pourtant ultrareligieux comme les États-Unis, un sondage de 2010  indiquait que 40 % des Américains seulement croyaient et espéraient en le retour du Christ. En France, il y a fort à parier que moins de 10 % de réponses seraient positives…

Notre tentation actuelle n’est plus l’impatience eschatologique, mais plutôt l’installation dans le seul horizon de ce monde-ci, sans autre perspective. Même les chrétiens les plus fervents seront tentés de s’investir dans une espérance à court terme, sans rien attendre d’autre finalement que le résultat du travail de leurs mains. Il chante l’anamnèse avec cœur à chaque eucharistie (« nous attendons ta venue dans la gloire ») mais reviennent à leurs activités de la semaine comme si la venue du Christ n’allait jamais se produire, et surtout comme si de toute façon cela ne changerait rien, car cela arrivera bien trop tard pour moi…

Tout au plus transférons-nous l’événement de la rencontre du Christ glorieux à l’heure de notre mort personnelle : là, oui, ce monde finira, au moins pour le mourant. Mais l’autre fin du monde, pour tous… : on a le temps ! Les générations futures verront ça après nous, peut-être.

À force de trop attendre, nous avons largement renoncé à espérer.
Espérer que l’histoire humaine ne débouche pas sur elle-même, mais sur la rencontre d’un autre.
Espérer que la justice soit pleinement manifestée (le juge est à notre porte).
Espérer que l’homme ne soit pas seul à transformer cette planète et cet univers.
Espérer un avenir collectif, communautaire, communionnel, et non pas une vague survie individuelle après la mort.

 

La société ouverte de Karl Popper

En mathématiques – plus précisément en topologie – on dit d’un espace qu’il est ouvert s’il existe une suite convergente d’éléments de cet espace dont la limite n’appartient pas à cet espace.

Afficher l'image d'origineKarl Popper, philosophe des sciences, s’est basé sur son concept de réfutabilité pour définir ce qu’il appelle une société ouverte [1]. Toute assertion scientifique n’est vraie que provisoirement, en attendant qu’une autre proposition vienne la réfuter, ce qui arrive inéluctablement dans le développement de la pensée scientifique. C’est donc que la vérité scientifique n’est pas immuable, ni absolue. La science est une quête, indéfinie, inachevée par essence, car ne bouclant jamais sur un résultat définitif. En transposant cela à la sociologie politique, Karl Popper définit une société ouverte comme une société où le pluralisme (démocratique) fait en sorte qu’aucun pouvoir ne soit absolu, immuable, définitif. Une société ouverte est caractérisée par l’alternance pacifique des gouvernances, par le côté relatif et contestable de tout pouvoir. Une société ouverte laisse de la place à autre chose qu’elle-même, alors qu’une société fermée est totalitaire, et empêche toute altérité de contester le pouvoir en place.

On pourrait dire que l’Avent nous oblige à maintenir ce monde ouvert, au sens topologique, comme au sens de Popper : la résultante de tous nos efforts humains n’appartient pas à ce monde-ci, mais au monde autre que le Dieu tout autre viendra inaugurer dans la venue du Christ et la résurrection finale. Le progrès humain reste contestable, « réfutable », et n’ouvre pas de lui-même sur l’avenir de l’humanité.

Le taxi brousse divin est encore bien loin d’être plein ! Nous attendons à côté, avec une foule de passagers qui grossit, de toutes langues, couleurs, nations. Il nous semble que cela dure depuis trop longtemps. Certains dorment sur leurs valises. D’autres sont déjà repartis à pied ailleurs. D’autres se lamentent et gémissent.

Soyons de ceux qui, comme Jacques, invitent à la persévérance et à la patience.
Oui, tout cela va bien quelque part.
Non, je ne sais pas quand ni comment.
Mais je suis sûr que le chauffeur du taxi brousse va nous appeler bientôt.
Un bientôt divin, qui ne s’inscrit pas dans notre temps humain.
Un bientôt qui vise le salut du plus grand nombre.

 


[1] . Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, 2 tomes, 1945.

 

 

1ère lecture : « Dieu vient lui-même et va vous sauver » (Is 35, 1-6a.10)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

Psaume : Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a

R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous !
ou : Alléluia !  
(cf. Is 35, 4)

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

2ème lecture : « Tenez ferme vos cœurs car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

Evangile : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-11)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »

 Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,
12345...7

Servants d'Autel |
Elder Alexandre Ribera |
Bibliothèque paroissiale de... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tishrimonaco
| Elder Kenny Mocellin.
| Dixetsept