L'homelie du dimanche

6 décembre 2020

Gaudete : je vois la vie en rose

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gaudete : je vois la vie en rose

Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année B
13/12/2020

Cf. également :
Réinterpréter Jean-Baptiste
Que dis-tu de toi-même ?
Un présent caché
Tauler, le métro et « Non sum »
Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter

La rosée biblique

Gaudete : je vois la vie en rose dans Communauté spirituelle pape-francois-gaudete-laetareEn voyant la chasuble rose de votre prêtre de paroisse ce dimanche, vous vous poserez sûrement des questions : est-ce une marque de soutien LGBT ? A-t-il trop fredonné le succès planétaire d’Édith Piaf qui voit « la vie en rose » ? Cette couleur sucrée annonce-t-elle les confiseries sous le sapin ?

Foin de tout cela, bien sûr ! Ce troisième dimanche de l’Avent est traditionnellement appelé le dimanche de la joie, en latin le dimanche du Gaudete, car l’antienne d’ouverture de la liturgie chantait : « Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus : Dominus enim prope est. Nihil solliciti sitis : sed in omni oratione petitiones vestræ innotescant apud Deum ». « Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins. Elle reprend en cela la deuxième lecture de ce dimanche : « Soyez toujours dans la joie » (1 Th 5,16), ainsi que la première lecture : « Je tressaille de joie dans le Seigneur » et le cantique de Marie qui nos sert de psaume : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !« .

Alors que la couleur des vêtements liturgiques de l’Avent est le violet, en signe de préparation pénitentielle à Noël, le rose peut ce jour-là remplacer le violet pour anticiper en quelque sorte la joie de la venue du Verbe de Dieu, et pour tenir bon jusqu’à Noël, parce que nous savons qu’il est déjà venu et qu’il vient.

wp71658eff_06 aurore dans Communauté spirituellePourquoi le rose ? Les tentatives d’explications sont vagues et embrouillées. Le rose n’est pas une couleur biblique. Par contre, la rosée – qui est de la même racine que la couleur – est un phénomène bien connu à qui l’Ancien Testament fait référence une quarantaine de fois. Pendant l’Exode par exemple, la rosée est associée à la manne, car les deux descendent ensemble du ciel pour nourrir le peuple au petit matin : « Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol » (Ex 16, 13 14). La rosée annonce que Dieu va prendre soin de son peuple et ne le laissera pas dépérir en plein désert.

Ce phénomène naturel résonne également comme une promesse de fécondité, car le sol  humidifié par la rosée est le terreau idéal pour la prolifération de la vie. À tel point que la Parole de Dieu y est comparée : « Mon enseignement ruissellera comme la pluie, ma parole descendra comme la rosée, comme l’ondée sur la verdure, comme l’averse sur l’herbe » (Dt 32,2) et que Dieu lui-même s’engage : « Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban » (Os 14,6).

118327308_o AventEn s’habillant de rose, l’Église célèbre l’Avent comme la rosée de l’avènement ultime. Déjà les premières gouttes de la pluie de grâce bienfaisance de la venue du Christ nous transforment. Elles font disparaître nos raideurs, nos sécheresses. Elles préparent une nourriture incomparable. Elles favorisent l’élan vital qui ne demande qu’à jaillir de nous.

La rosée en vint ainsi à désigner la douceur de vivre ensemble lorsqu’on se sent frères et sœurs d’un seul Père : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! [...] On dirait la rosée de l’Hermon qui descend sur les collines de Sion. C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours » (Ps 132, 1.3)

D’ailleurs la couronne de l’Avent est souvent composée de trois bougies rouges et d’une rose, allumée le troisième dimanche.
Cette pédagogie n’est pas propre qu’à l’Avent : pendant le carême, il y a le dimanche du « Laetare », où la couleur rose peut être aussi de mise (anticipation de Pâques).

 

La couleur de l’aurore

Les navigateurs ayant bataillé la nuit entière au creux des vagues de l’océan témoignent souvent de leur éblouissement lorsque l’aube s’annonce : le ciel timidement se réchauffe, une pâle lueur se mélange à la nuit et trace l’horizon bien avant que le soleil le franchisse. Tout se teinte d’un rose délicat aux multiples nuances : c’est l’aurore qui pointe, espérance d’un jour nouveau.

Dès que, fille du matin, parut l'aurore aux doigts de rose...Les poètes l’ont chanté :
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et rose
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.
[…]
Création pure !
Être universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !                                Victor HUGO (1802 – 1885), L’aurore s’allume.

Saint-John Perse guette sa venue, « un peu avant l’aurore et les glaives du jour, quand la rosée de mer enduit les marbres et les bronzes, et l’aboiement lointain des camps fait s’émietter les roses à la ville » (Amers),
La liturgie y voit la figure de Marie, la première arrivée au terme de notre course :
« Aujourd’hui la Vierge Marie, la mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel, parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin » (Préface pour la messe de l’Assomption).
Jean-Paul II appelait Marie : « aurore du monde nouveau », car en elle notre humanité a déjà basculé de l’autre côté de la ligne d’horizon, dans le monde de la Résurrection….
S’habiller de rose est alors revêtir par avance la joie dont Marie est déjà comblée en plénitude ; c’est célébrer la venue prochaine du Soleil de justice dissipant nos ténèbres.

 

Les trois joies que l’Avent fait descendre sur nous comme la rosée du ciel.

Une paroisse a demandé à ses fidèles d’écrire librement sur un quart de feuille la joie qui irrigue leur vie en ce moment. L’avalanche de bulletins roses qui en résulta surpris tout le monde, car l’ambiance n’est pas particulièrement à l’optimisme en cette fin de confinement ! On peut en restituer la substantifique moelle à travers la sélection suivante, regroupée autour de trois têtes de chapitres : la joie humaine, la joie de Dieu, la joie chrétienne. Donnons la parole à l’expérience ordinaire de nos assemblées, pour y entendre comment le sens de la foi (sensus fidei) nourrit les chrétiens et leur fait voir la vie en rose :

 

1. La joie humaine

Il y a des moments, dans la vie, qui sont de purs ravissements de bonheur, qui sont des joies simples mais profondes. Ce sont celles-là qui nous nourrissent au plus profond de notre cœur. En voici quelques-unes.

Racontez-nous la joie des hommes.

-    La joie, c’est quand un papa soulève son enfant au bout de ses bras, le lance en l’air et le reprend tout contre lui, quand les deux rient aux éclats et que leurs yeux brillants se mirent les uns dans les autres.
-    La joie, c’est quand la fiancée repose tendrement dans les bras de son fiancé, en silence et en amour, et que ce moment pourrait durer une éternité sans sombrer dans l’ennui ou la distraction.
-    La joie, c’est quand les enfants reviennent de l’école et, tout en savourant une tartine et un verre de lait, racontent en toute confiance leur journée à leur maman qui les écoute avec amour.
-    La joie, c’est quand toute la famille, profitant du congé des Fêtes, va skier et glisser à la montagne, avant de partager ensemble un bon repas chaud.

———-

-     La joie, c’est quand, après avoir vécu une grande angoisse, tu retrouves soudain la paix pour un nouveau départ.
-   La joie, c’est quand ton cœur, las de tristesse et de douleur, trouve consolation et réconfort auprès de personnes que tu aimes et qui t’aiment.
-    La joie, c’est quand tu retrouves un ami perdu depuis longtemps et qui, par un soir d’hiver, frappe à ta porte et te serre chaleureusement dans ses bras.
-     La joie, c’est quand tu es malade ou seul et que, sans s’être annoncée, de la belle visite envahit ton foyer et vient te causer amicalement.
-    La joie, c’est quand une maman met au monde un enfant sous les yeux émus du papa et le montre ensuite, éblouie, à la famille, à la parenté, aux amis, aux visiteurs.

———–

-    La joie, c’est quand, de ta fenêtre, tu regardes la neige tomber en silence et décorer tranquillement l’épinette de ta pelouse et que ton cœur chante au-dedans de toi.
-    La joie, c’est quand tu regardes les gens passer dans ta rue et que, même emmitouflés jusqu’au cou, tu les trouves beaux et bons.
-   La joie, c’est quand tu te promènes le soir dans les rues et que tu regardes toutes les décorations de Noël, et que tu te dis : « Que c’est beau ! »
-   La joie, c’est quand tu donnes un cadeau à un enfant ou à un plus pauvre que toi et que tu vois leurs yeux briller comme des soleils, et que tu te dis : « Que c’est bon ! »

————

-    La joie, c’est une petite source d’eau claire qui chante sa douce musique au creux de ton cœur, qui rafraîchit tout ton être et te fait trouver bonne la vie.
-    La joie, c’est une petite fleur de rien du tout qui pousse soudainement au jardin de ton âme, qui parfume tout ton être et embellit toute ta vie.
-    La joie, c’est une petite lumière qui vient éclairer ta nuit, une étoile minuscule qui t’indique le chemin, qui te rassure, te console et te pacifie.
-    La joie, c’est un nuage qui te fait un clin d’œil dans le ciel, un oiseau qui passe en chantant, un enfant qui te sourit, un vieillard qui te regarde aimablement, c’est la vie toute simple qui t’apporte un supplément d’être.
-    La joie, c’est l’amour que tu donnes et que tu reçois, qui te réjouit le cœur et allume des lumières dans ta vie…

 

2. La joie de Dieu

S’il y a la joie des humains, il y a aussi celle de Dieu lui-même. Dieu, qui nous envoie son Fils pour nous sauver, n’est pas un Dieu triste et revanchard. Tout au contraire, il est un Dieu aimant et aimable et qui trouve sa joie précisément dans cet amour.

Racontez-nous la joie de Dieu.

-     La joie de Dieu, c’est de nous regarder vivre comme un père ou une mère regardent leurs enfants, avec beaucoup d’amour au cœur et dans les yeux.
-     La joie de Dieu, c’est de nous accompagner sur tous nos chemins, qu’ils soient heureux ou malheureux, bons ou mauvais, et de ne jamais nous abandonner.
-     La joie de Dieu, c’est de nous accueillir dans sa maison en tout temps et encore plus quand nous revenons de loin, de si loin parfois que nous l’avions presque oublié.
-     La joie de Dieu, c’est de s’approcher de nous, d’être avec nous, jusqu’à nous donner son Fils unique comme preuve de son amour de toujours et pour toujours.
-     La joie de Dieu, c’est ce petit enfant qui repose dans une crèche et qui dort paisiblement en notre cœur.


3. La joie chrétienne

La joie chrétienne repose principalement sur notre foi en notre Dieu qui nous aime et qui nous sauve à chaque instant. C’est une joie que même les plus grands malheurs ne peuvent assombrir. Regardons-la un peu.

Racontez-nous la joie chrétienne.

La joie chrétienne, c’est…

-     savoir que Dieu habite au plus profond de ton cœur et que tu peux lui parler où tu veux, quand tu veux, de ce que tu veux…
-     aider un plus malheureux que toi et de reconnaître en lui le Seigneur lui-même qui se cache dans ses frères et sœurs les plus humbles…
-     s’arrêter à l’église en revenant de tes courses de Noël pour dire à Jésus que tu l’aimes et pour l’écouter te dire qu’il t’aime aussi…
-     faire une prière à Jésus avec ton petit enfant quand tu bordes son lit le soir et lui raconter une histoire pour l’endormir…
-     regarder les enfants jouer dans la cour et de demander humblement au Seigneur de leur ressembler un peu…
-     découvrir Jésus en chaque personne, même la pire…

————–

La joie chrétienne, c’est…

-     quand tu te pâmes pour Dieu, que tu le trouves formidable, merveilleux, extraordinaire, unique, super…
-     quand tu fermes les yeux devant qui te fait du mal et que tu ouvres bien grands ton cœur et ta maison pour l’accueillir au nom de Jésus…
-     quand tu tournes ton cœur vers le Seigneur dans ta vie de pécheur, étant sûr que son cœur est bien plus grand que toutes tes bêtises…
-    quand tu te mets à danser et à chanter avec tes frères et sœurs dans la foi tellement tu es heureux que Jésus soit au rendez-vous de nos vies…
-   quand, même au milieu de grandes épreuves, tu sais que le Seigneur ne t’abandonnera jamais, qu’il sera toujours là pour t’écouter et te tendre la main comme un père aimant et une maman très douce…

———–

La joie chrétienne, c’est…

-     quand tu donnes ton pardon ou que tu en reçois un au nom de Jésus et qu’ils te lavent l’âme aussi nette qu’une grande ondée de printemps…
-     quand tu découvres, dans l’émerveillement, qu’au fond Dieu seul suffit pour que tu vives le vrai bonheur…
-     quand tu pleures, tellement le bonheur inonde ton cœur, parce que tu comprends de plus en plus de quel amour profond le Seigneur t’aime et t’aimera toujours…
-     quand le Seigneur place sur ton chemin un ange de paix et de lumière qui panse tes plaies et te relance sur le chemin de l’espérance…
-     quand tu découvres qu’en ce petit enfant, couché dans une crèche, il y a tout l’amour du monde, tout l’amour d’un Dieu…

Et vous : qu’écririez-vous de votre joie actuelle sur un quart de feuille rose ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je tressaille de joie dans le Seigneur » (Is 61, 1-2a.10-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.
Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

CANTIQUE

(Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54)
R/ Mon âme exulte en mon Dieu.   (Is 61, 10)

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour

DEUXIÈME LECTURE
« Que votre esprit, votre âme et votre corps soient gardés pour la venue du Seigneur » (1 Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

 

ÉVANGILE
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 6-8.19-28)
Alléluia. Alléluia.L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »
Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

29 novembre 2020

Justice et Paix s’embrassent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Justice et Paix s’embrassent

 Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année B
06/12/2020

Cf. également :

Réinterpréter Jean-Baptiste
Consolez, consolez mon peuple !
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
Le polythéisme des valeurs

Le Psaume 84 de ce dimanche nous invite à unir l’amour et la vérité, la justice et la paix. Deux fiancés avaient choisi ce psaume pour leur mariage. L’homélie de la célébration explore pourquoi :

·  Deux moines s’apprêtaient à traverser une rivière à gué. Une belle jeune femme les rejoignit. Elle aussi devait passer sur l’autre rive, mais la violence du courant l’effrayait. Un des moines la charge sur ses épaules et la déposa de l’autre côté. Son compagnon n’avait pas desserré les dents. Il fulminait : un moine n’était pas autorisé à toucher une femme, et voici que celui-là en portait sur ses épaules !
Des heures plus tard, en arrivant en vue du monastère, le moine puritain annonça :
- je vais informer le père abbé de ce qui s’est passé. Ce que tu as fait est interdit.
Le moine secourable s’étonna :
- de quoi parles-tu ? qu’est-ce qui est interdit ?
- as-tu oublié ce que tu as fait ? s’indigna l’autre. Tu as porté une belle jeune femme sur tes épaules !
- ah oui, bien sûr, se souvint le premier en riant. Il y a belle lurette que je l’ai laissée au bord de la rivière. Mais toi, est-elle toujours dans tes pensées ?

Justice et Paix s’embrassent dans Communauté spirituelle

Lequel des 2 moines a respecté cette femme davantage ?

· Tel est un peu le message chrétien : traverser ensemble les rivières de l’existence, juché sur les épaules l’un de l’autre, alternativement, sans que jamais cela ne devienne une possession ou une domination.

Tu n’es pas moine Kevin - çà se saurait ! - ni toi Sarah, mais vous êtes aujourd’hui confiés l’un à l’autre, pour poursuivre votre histoire, dans le respect mutuel, dans l’entraide, le soutien réciproque.
Depuis 5 ans que vous vous êtes retrouvés – et chaque année la fête de la musique  ravivera pour vous la mémoire de ces premiers moments – vous avez déjà construit une vie commune, une orientation professionnelle au service des plus jeunes.
Votre couple vous a mûri, le dialogue vous a permis de surmonter les tensions et les malentendus qui font partie de la vie ordinaire à deux.

Est-ce à dire que vous êtes fin prêts et que vous êtes sûrs de vous ?
Il n’y aurait pas besoin alors de venir se marier devant Dieu et devant l’Église !
Non, je crois qu’au contraire vous percevez qu’il y a dans le mariage chrétien un réservoir inépuisable de courage, une source intarissable d’énergie, pour que ce que vous avez commencé à bâtir puisse durer et se fortifier.

On ne le répétera jamais assez :
on ne se marie pas à l’église seulement parce qu’on s’aime, mais aussi pour s’aimer davantage, pour s’aimer dans la durée, pour s’aimer dans la vérité.

·      C’est ce qui m’a frappé dans votre préparation au mariage : votre souci de ne jamais séparer amour et vérité.

Mensonge dans le couple (Le)- Être vrai l’un devant l’autre, sur son passé familial, sur ses émotions, ses désirs profonds, chercher la vérité sans la posséder jamais. À l’image du couple du Cantique des cantiques : escalader des montagnes – et Dieu sait qu’il y a des routes dures à grimper dans le mariage ! – franchir les collines, accourir vers l’autre, le désirer, susciter son propre désir : « Lève toi mon amie, ma toute belle, ne reste pas blottie dans tes peurs, dans les pièges de ton histoire, parle-moi, montre-moi ton vrai visage ! » (Cantique des cantiques)

La Bible a toujours vu dans le jeu du désir entre l’homme et la femme le signe, le sacrement du désir entre l’humanité et Dieu. Saint Augustin disait cela d’une façon originale, qui s’applique aussi bien à la quête spirituelle qu’à la quête amoureuse : « le chercher avec le désir de le trouver et le trouver avec le désir de le chercher encore ».

- Être vrai dans l’amour engendre alors ce respect, cette juste distance que chantait Khalil Gibran :
« soyez ensemble, mais sachez demeurer seuls ; grandissez ensemble mais pas dans l’ombre l’un de l’autre. »
Seul le temps permet de conjuguer ainsi amour et vérité ; sans la durée, l’amour se réduit au sentiment amoureux, à l’illusion de l’émotion.
Lorsque des gens mariés trompent leur conjoint, c’est souvent qu’ils se sont trompés sur eux-mêmes, qu’ils avaient oublié ou négligé leur vérité intérieure, ou plus précisément la recherche de cette vérité. Seules les années qui passent permettent de purifier la relation pour la rendre plus humaine, plus réelle, plus vraie, dans la miséricorde et la tendresse envers soi-même comme envers l’autre.

- Être vrai l’un devant l’autre : vous y tenez fortement et c’est un de vos atouts à développer.
Je  suis également témoin que vous voulez être vrais devant l’Église et devant Dieu.
En reconnaissant que Dieu est pour vous à l’heure actuelle plus une question qu’un compagnon.
En laissant ouverte cette interrogation et du coup le questionnement que cela peut provoquer.
En redécouvrant l’Église, au-delà des images de l’enfance, comme une amie sur la route, respectueuse de votre liberté.
En devinant que vos enfants viendront vous pousser plus loin  encore dans votre quête, lorsqu’il faudra leur transmettre les valeurs, les savoirs que vous jugerez bons pour eux.
En accueillant encore les événements, dans les larmes ou l’enthousiasme, pour y déchiffrer une possibilité de progresser en humanité.

 

·      « Amour et vérité se rencontrent » prophétisait le psaume en parlant de la venue du Messie.
Faites venir le Messie en mariant l’amour et la vérité dans votre vie de couple et de famille !
L’amour sans la vérité devient vite la règle du subjectif, de l’illusion, des sincérités successives.
La vérité sans l’amour dégénère en idéologie et en dogmatisme.

Votre métier d’éducateur et d’enseignant vous invite à éviter ces deux pièges dans votre vie professionnelle. Puisse votre mariage dans cette église vous aider à les éviter dans votre relation de mari et femme ! 

Kevin, à toi maintenant de prendre Sarah sur tes épaules, pour lui faire traverser le gué – et de même Sarah pour ton mari – en sachant déposer l’autre à terre dès qu’il peut, en acceptant d’être porté un jour à son tour.

Soyez pour nous des signes vivants, des sacrements d’un Dieu qui n’a jamais fini de chercher avec passion, « car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer sans cesse » (Grégoire de Nysse IV° siècle).

 

Au-delà de cette célébration de mariage, la réflexion doit continuer sur la nécessaire tension entre la justice et la paix :

 

Ne pas réduire la justice à la domination du plus fort, ni la paix l’absence de conflits

Selon le Psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent. »
Justice & PaixRappelez-vous : la France et l’Allemagne étaient soi-disant en paix en 1918. Mais le traité de Versailles était si injuste que ce sentiment d’injustice favorisera la progression nazie dès les années 30…

Rappelez-vous : l’Amérique n’était pas en guerre dans les années 60, mais les lois raciales étaient si injustes qu’elles auraient pu déchaîner la violence entre Noirs et Blancs, si Martin Luther King et le mouvement des Droits civiques n’avaient pas puisé dans la Bible le courage de conjuguer la paix et la justice.

Regardez les récentes élections aux USA : comment être en paix lorsque les Républicains ont le sentiment de s’être fait voler le succès de Trump, ou lorsque les Démocrates ont le sentiment que Biden est injustement attaqué sur les votes par correspondance ? Quelle réconciliation si la justice n’est pas clairement manifestée et acceptée par tous ?

Pour la Bible, c’est clair : c’est la justice et la paix, jamais l’une sans l’autre, que ce soit entre les peuples, entre innocents et coupables, dans une entreprise ou dans un couple.

« Amour et vérité se rencontrent. Justice et Paix s’embrassent… »

« La loi d’amour de l’Évangile n’invite pas les hommes à se résigner à l’injustice. Elle les appelle, au contraire, à une action efficace pour la vaincre dans ses racines spirituelles comme dans les structures où elle prolifère. C’est une fausse théologie de l’amour qui est invoquée par ceux qui voudraient camoufler les situations conflictuelles, prôner des attitudes de collaboration dans la confusion, en minimisant la réalité des antagonismes collectifs de tous genres. » (Les évêques de France, Pour une pratique chrétienne de la politique, Lourdes 1977)

Mais c’est de Dieu que nous recevons, d’une paix juste, ou d’une justice paisible.
C’est du Christ que nous recevons la force de faire la paix, même avec des gens que nous aimons peu, avec qui on a eu des problèmes, peut-être même faire la paix avec des adversaires.

« L’Eucharistie est-elle possible entre adversaires ?
Nelson Mandela nouvellement élu président de l'Afrique du Sud serrant la main de son prédécesseur, F.W. de Klerk, au Cap, en 1994.
Quand l’Eucharistie sera réalisée dans de telles communautés, par des adversaires, voire des ennemis, elle témoignera, à leurs propres yeux et aux yeux de tous, de l’unité essentielle et impossible. Certes, à transcender trop rapidement, pour communier ensemble, les oppositions et les irréductibilités de l’existence politique, on risque de donner l’impression de ne pas prendre au sérieux cette existence. Mais, à l’inverse, refuser de communier ensemble, c’est sous-estimer l’impact, ici et maintenant, sur l’existence politique, de la communion eucharistique pour renvoyer sa réalisation à la fin des temps.

La célébration de l’unité engage à vouloir, et donc à chercher, sa réalisation sur le terrain politique. Mais le rassemblement plural qui la conditionne démontre qu’elle ne peut être attendue que d’une grâce qui n’est pas de la terre. Ce serait une ignoble comédie de se désintéresser de l’avènement de ce qu’on célèbre symboliquement, mais ce serait une affreuse détresse de ne pouvoir jamais, entre militants opposés, affirmer ensemble à la face du monde, dans un moment de fête, qu’arrivera le terme final où les ennemis se mueront en compagnons, où les adversaires se reconnaîtront frères. » (ibid.)


Tel est
le geste de paix que nous échangeons avant de communier : non pas parce que nous sommes déjà en paix, mais pour le devenir.

Non pas notre paix, mais la paix du Christ qui nous vient de lui, devant, qui nous vient de l’avenir.
Nous nous souhaitons la paix du Christ, shalom Messiah : ce n’est pas un geste sentimental, c’est le désir d’anticiper la paix promise. C’est la volonté de mettre en œuvre une harmonie que je n’arrive pas à réaliser tout seul.
Voilà pourquoi on peut souhaiter la paix à son conjoint avec lequel on est pourtant en peine crise.
Voilà pourquoi un syndicaliste et un patron peuvent accomplir ce geste sans trahir leurs convictions ni d’être hypocrites.
Voilà pourquoi nous avons besoin de venir à la messe : nous n’arriverons pas à faire la paix si nous ne la recevons pas d’un Autre qui est plus grand que nous.


Le Christ, lui, est notre paix.
Il dirige vers nous la paix comme un fleuve.
Que la paix du Christ coule entre nous comme un fleuve, dans notre maison, dans notre cœur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

 

PSAUME
(84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,et donne-nous ton salut.  (84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.

 

ÉVANGILE
« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

22 novembre 2020

Dans l’événement, l’avènement

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dans l’événement, l’avènement

Homélie pour le premier Dimanche de l’Avent / Année B
29/11/2020

Cf. également :

L’événement sera notre maître intérieur
Se laisser façonner
L’Apocalypse, version écolo, façon Greta
Quand le cœur s’alourdit
Laissez le présent ad-venir
Encore un Avent…
L’absence réelle
Le syndrome du hamster

Le cygne noir

Dans l’événement, l’avènement dans Communauté spirituelle 41Ptb+MJrsL._SX330_BO1,204,203,200_Avant la découverte de l’Australie au XVIIe siècle, les Européens étaient persuadés que tous les cygnes étaient blancs sans exception. Ils procédaient par induction, c’est-à-dire en généralisant ce que leur expérience empirique leur fournissait comme renseignements : ‘nous n’avons vu que des cygnes blancs jusqu’à présent, et des milliers. C’est donc qu’ils doivent être tous blancs’. Quel choc lorsque les explorateurs témoignèrent avoir vu des cygnes noirs sur la terre australe ! L’événement fit sensation. Il suffit d’un seul volatile sombre pour ruiner une croyance de plusieurs générations…

Depuis, l’expression « cygne noir » est devenue le symbole de ces événements surprenants qui viennent casser la trajectoire établie des idées et des croyances. C’est un ancien trader américain, statisticien de formation, qui en a popularisé l’usage en 2007 avec son best-seller : « Le cygne noir. La puissance de l’imprévisible » (Éditions Belles-Lettres). Nassim Taleb discernait ainsi quelques événements, inattendus et puissants, qui ont occasionné autant de bifurcations dans l’histoire contemporaine : les attentats du 11 septembre 2001, la guerre civile libanaise, le krach boursier de 1987 ou encore l’ouragan Katrina.

Pour Taleb, le « cygne noir » a trois caractéristiques : son « aberration » (il sort totalement du cadre ordinaire), son impact extrêmement fort, et sa prévisibilité rétrospective (on élabore après coup des théories explicatives).

Il se montrait même prophétique en envisageant un jour qu’un virus profitant de la mondialisation pourrait remettre en cause bien des croyances en économie et en politique : « Plus l’on voyagera sur cette planète, plus graves seront les épidémies. (…) Je pressens le risque qu’un grave virus, très étrange, se répande à travers la planète. » (p. 1093 dans l’édition française). La mondialisation, à travers la complexification des échanges et l’ultra-connexion démultiplient l’impact des « cygnes noirs » : nous vivons selon le mot de Taleb en « Extremistan », là où les risques systémiques extrêmes sont accrus.

 

Les quatre Avents

Traditionnelle couronne de l'Avent.Par bien des aspects, l’Évangile de ce premier dimanche de l’Avent (Mc 13, 33-37) rejoint l’avertissement de Nassim Taleb sur les cygnes noirs qui surgissent autour de nous : « Veillez ! ».  « Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis ».

C’est comme si Jésus nous prévenait : il y aura des cygnes noirs que vous devrez discerner pour repérer la venue du maître de maison, à l’improviste. Discerner les cygnes des temps, en quelque sorte, en attendant la venue du Christ. C’est bien le sens profond de cette période de l’Avent qui commence : mettre tous nos sens en éveil afin de repérer ce qui pourrait révéler la venue du Fils de l’Homme. Les Pères de l’Église distinguaient deux avènements du Christ : dans l’histoire (à Bethléem), et à la plénitude de l’histoire (le retour du Christ, sa Parousie). Ainsi saint Jean Chrysostome (IV° siècle) : « Nous annonçons l’avènement du Christ : non pas un avènement seulement, mais aussi un second, qui est beaucoup plus beau que le premier. Celui-ci, en effet, comportait une signification de souffrance, et celui-là porte le diadème de la royauté divine ».

Plus tard, la Parousie tardant (c’est le moins que l’on puisse dire !), les chrétiens, fatigués d’attendre l’étape ultime de l’humanité, se sont concentrés sur leur fin individuelle : la mort omniprésente depuis la grande peste et les guerres qui déchiraient l’Occident. Heureusement, en même temps, s’est développé un courant mystique d’intériorisation de la venue du Verbe en nous : aujourd’hui Christ prend naissance en nous. Chaque instant présent peut avoir une intensité eschatologique.

Nous avons donc quatre interprétations de l’Avent (= ad-ventus = venue) du Christ : Noël, la Parousie, la mort individuelle, le présent mystique.
Explorons davantage ce dernier sens de l’Avent, à l’aide de l’événement-cygne-noir qui nous prévient de la venue du maître de maison.

Deux mots du texte de Marc peuvent nous aider à repérer les caractéristiques de cette venue intérieure : moment de grâce / καιρὸς (kairos) et soudain /ἐξαίφνης (exaiphnes).

 

L’événement Kairos

Cronos vs. KairosLa distinction entre Kronos et Kairos est bien connu : le premier est un sens linéaire, mesurable (chronométrable) qui s’écoule selon des lois numériques précises ; il est donc prédictible. Le second est davantage de l’ordre de la disruption, d’une fracture qui rompt la continuité et la linéarité de l’histoire ; il est imprédictible. Le Kairos est l’événement de grâce en qui se manifeste et se récapitule l’amour de Dieu pour tous et pour chacun. Chez Marc, c’est le temps du royaume de Dieu (Mc 1,5 : « Le temps (kairos) est accompli, et le royaume de Dieu est proche »), le temps de récolter les figues sur l’arbre (Mc 11, 13 : « en s’approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison (kairos) des figues. »), le temps de vendanger la vigne dont Dieu désire les fruits (Mc 12, 2 : « Le moment (kairos) venu, il envoya un serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par eux ce qui lui revenait des fruits de la vigne. »), le temps où l’on criera : ‘voilà le Messie !’ (Mc 13,33). Matthieu précise : « mon temps (kairos) est proche » (Mt 26,18) et l’on devine que ce Kairos est lié à l’heure de Jésus selon saint Jean, dont l’événement de la Croix constitue l’accomplissement paradoxal et étonnant.

Retrouver la capacité de discerner l’événement-Kairos dans l’instant présent de notre Kronos est un enjeu spirituel de ce temps de l’Avent.

Cela demande d’être présent à soi-même, de guetter les bifurcations, les ruptures, les disruptions qui viennent soudain percuter notre trajectoire personnelle. Veiller ainsi, c’est reconnaître le passage de Dieu dans le présent, ce que l’engourdissement de la routine habituelle risque de nous faire manquer. Ce Kairos peut advenir lors d’une lecture intense, une musique bouleversante, un croisement de regards, un visage, un silence contemplatif, tout ce qui dilate le cœur à l’infini… Dieu se faufile dans nos vies mieux que les fragrances à travers les pores d’un diffuseur de parfum !

 

La soudaineté de l’événement

 avènement dans Communauté spirituelleUne deuxième caractéristique de la venue du maître de maison dans notre Évangile est sa soudaineté, à l’improviste (Mc 13,36). Le terme ἐξαίφνης (exaiphnes) est utilisé cinq fois dans le nouveau Testament :

- dans notre évangile : « s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. » (Mc 13, 36)
- à Bethléem : « Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : » (Lc 2, 13)
- lors de la libération subite d’un épileptique de sa maladie : « et il arrive qu’un esprit s’empare de lui, pousse tout à coup des cris, le secoue de convulsions et le fait écumer ; il ne s’éloigne de lui qu’à grand-peine en le laissant tout brisé. » (Lc 9, 39)
- sur la route de Damas, quand Saül est soudain enveloppé de lumière : « Comme il était en route et approchait de Damas, soudain une lumière venant du ciel l’enveloppa de sa clarté » (Ac 9, 3). « Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, soudain vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa de sa clarté » (Ac 22, 6).

Veiller nous invite alors être attentifs à tous ces éclairs qui zèbrent nos ciels d’orage : lorsque soudain quelque chose ou quelqu’un traverse notre espace intérieur et y laisse une trace éblouissante, inoubliable. La surprise et l’événement sont liés : se laisser étonner par ce qui arrive est sans doute une condition pour rester vigilant comme le Christ nous y appelle. Ce qui nous arrive soudainement, à l’improviste, de façon imprévue et imprévisible a de fortes chances de pouvoir être interprété comme un des signes (des cygnes) avant-coureurs d’une venue divine en nous. Rien d’automatique à cela : à nous de discerner, d’éprouver la fécondité de ces éclaire de foudre, de les connecter à notre travail ordinaire de serviteurs.

Kairos et soudaineté : ces deux caractéristiques de l’événement de grâce nous permettent  de discerner l’avènement du Christ dans le présent de nos vies.
L’Avent, c’est maintenant : c’est aujourd’hui le jour du salut (2 Co 6,2).
On peut d’ailleurs sans peine relier ces caractéristiques à celles que décrivait Taleb pour le cygne noir : leur étrangeté, leur fort impact, l’éclairage qu’ils projettent après coup sur notre histoire.

« Les événements ont cessé de faire grève », écrivait le sociologue Jean Baudrillard quelques jours après le 11 Septembre 2001 : les avions se fracassant sur les tours jumelles venaient mettre un point final à une décennie d’apparente « fin de l’histoire ». Imprévisible, inattendu, aux conséquences inouïes, le 11 Septembre avait tout de ce que Nassim Taleb appelle un « cygne noir ». La pandémie du Coronavirus prend le relais, ainsi que – hélas ! – les attentats en France en Octobre.

Et chacun connait de tels cygnes noirs, petits ou grands, dans sa vie personnelle.

Réapprenons pendant ces cinq semaines d’avant à repérer les moments privilégiés (Kairos) et soudains où le Christ vient au-devant de nous, à l’improviste, comme par effraction.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face.
Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

PSAUME
(79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19)
R/ Dieu, fais-nous revenir ;que ton visage s’éclaire,et nous serons sauvés !  (79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

 

DEUXIÈME LECTURE
Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 3-9)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, à vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

 

ÉVANGILE
« Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » (Mc 13, 33-37)
Alléluia. Alléluia.Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

25 novembre 2018

Quand le cœur s’alourdit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quand le cœur s’alourdit


Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année C
04/12/2018

Cf. également :

Bonne année !
Sous le signe de la promesse

- Attends-moi ! Je n’en peux plus…
Éric traîne sa valise comme un boulet dans les couloirs du métro depuis l’immense tapis roulant de Montparnasse. Arrivé au sommet de l’escalier de la Gare de Lyon, il s’éponge le visage trempé de sueur.
- Ouf ! On est enfin arrivé.
– Pas tout à fait… Nos places sont en voiture deux, à l’extrémité du train, tout au bout de la deuxième rame du TGV.
– Non ! ? Quelle galère…
Effectivement, à cause de ses 130 kilos arrondis à la dizaine inférieure par bienveillance hier sur la balance, Éric a traîné sa valise sur la centaine de mètres du quai au compartiment comme un forçat sa brouette de cailloux à la fin d’une journée d’esclave. Son surpoids – maladif – est devenu un handicap pour tous les actes de la vie quotidienne : prendre le train, faire ses courses, marcher, monter ou descendre de voiture, gravir quelques marches d’escalier, prendre le métro… : toutes ces habitudes autrefois simples semblent lui être maintenant interdites, et peut-être dangereuses. L’alourdissement de son corps met en péril ses articulations (genoux, chevilles) son souffle, son cœur même.

Quand le cœur s'alourdit dans Communauté spirituelle 7693467_b76a5d92-4d39-11e8-a1d7-bfb12f379ace-1_1000x625

Quand Jésus parle aujourd’hui d’un cœur qui s’alourdit, il faut transposer au domaine spirituel la surcharge pondérale qui ralentit et paralyse tant d’adultes en Occident. Si l’obésité physique est un problème de santé publique préoccupant, l’alourdissement du cœur est son pendant spirituel, et il n’est pas moins inquiétant.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet. (Lc 21,34)

Jésus cite deux poids qui peuvent nous handicaper au point de ne plus discerner sa venue en nous : l’alcoolisme et les soucis de la vie.

Pour l’alcoolisme, nul besoin hélas de développer : les ravages de cette maladie sont bien connus. Qu’il soit mondain chez les classes sociales aisées cherchant à se divertir (au sens pascalien du terme), ou qu’il soit ivresses récurrentes chez les classes sociales populaires noyant leur précarité dans l’alcool, l’alcoolisme est une figure de la perte de conscience qui nous empêche de voir ce qui nous arrive (au volant par exemple, c’est mortel !), d’être vraiment présents aux autres, de raisonner avec intelligence.

Arrêter de boire avec l'hypnose

Aux beuveries et à l’ivresse dont parle Jésus, on peut joindre les addictions modernes produisant des effets semblables : l’addiction aux écrans et au virtuel, la dépendance aux drogues douces et dures, les liens malsains à l’argent, au sexe, à la gloire etc. Nous mettons tant d’énergie à poursuivre des buts qui nous dominent en retour ! Nous nous attachons à des idoles qui nous privent de notre liberté.

Attendre le Christ suppose de nous désintoxiquer de nos addictions, aliénantes, plus radicalement qu’un drogué n’entre en sevrage, plus durablement qu’un alcoolique ne décide d’arrêter.

La deuxième cause de l’alourdissement de notre cœur cité par Jésus est plus pragmatique, plus ordinaire, moins effrayante que les excès d’alcool : les soucis de la vie. Il faut dire que les soucis de la vie, en ce moment, on les cumule : les factures de gaz et d’électricité qui s’envolent, le prix du carburant qui flambe, les pensions de retraite qui régressent, la fiscalité qui devient incompréhensible etc. Ajoutez-y les soucis de santé qui arrivent à l’improviste, les soucis de couple et de famille qui statistiquement touchent tout le monde tôt ou tard, de près ou de loin etc. et vous aurez raison de protester : « Jésus, la vie est dure. On a tellement de choses à porter, de proches sur lesquels veiller, de démarches à assumer ! On voudrait bien t’y voir, toi. Si tu avais une famille, des emprunts, un loyer, un boulot en pointillé, tu comprendrais… »

Protester ainsi contre le Christ est légitime. Les psaumes le font à longueur de chants. Exposer au Christ tout ce qui compose notre fardeau quotidien est le meilleur moyen pour qu’il s’en charge et nous procure le sien en échange : « venez à moi vous qui ployez sous le fardeau et je vous procurerai le repos ». « Prenez sur vous mon joug ; il est facile à porter. » Ce qui se joue dans ce dialogue intérieur, dans cette prière un peu rude où nous prenons le Christ à partie, c’est l’allégement de notre cœur. Peu à peu, même en râlant, nous déposons au pied du Christ nos fardeaux, nos jougs, nos soucis. Lui les prend sur ses épaules, ce qui ne veut pas dire qu’il faut attendre de solution magique ! Lui confier nos soucis de la vie signifie plutôt lui faire confiance pour que tout cela se dénoue, devienne vivable, pas après pas, jour après jour. C’est croire que la force de l’Esprit nous est donnée pour faire face, souci après ceci, sans perdre cœur. Un divorce à mener, un proche qui va mourir, un licenciement qui s’annonce : les soucis de la vie sont si graves qu’ils peuvent nous faire douter de l’amour de Dieu, nous éloigner de la paix intérieure que pourtant il nous donne dans ces situations-là.

À l’inverse, ceux pour qui tout va bien – au moins dans l’instant – sont peut-être davantage en péril spirituellement. Car la graisse du succès et de la réussite alourdit leur cœur, selon le constat des psaumes :

Les impies sont enfermés dans leur graisse, ils parlent, l’arrogance à la bouche. Ils marchent contre moi, maintenant (Ps 17,10)
L’orgueil est leur collier, la violence, le vêtement qui les couvre; la malice leur sort de la graisse, l’artifice leur déborde du cœur. (Ps 73,7)
Leur cœur est épais comme la graisse, moi, ta loi fait mes délices. (Ps 119,70)
Fils d’homme, jusqu’où s’alourdiront vos cœurs, pourquoi ce goût du rien, cette course à l’illusion? (Ps 4,1)

Résultat de recherche d'images pour "coeur graisse"

Ceux qui ont de l’argent sans compter, une famille sans problèmes, un travail rémunérateur et valorisant peuvent avoir la tentation de se passer de Dieu. Ils peuvent éteindre en eux la soif spirituelle (au moins l’alcoolisme révèle une autre soif !). Ils deviennent insensibles aux malheurs des autres qu’ils ne côtoient plus, qu’ils ne connaissent plus, car leur univers s’est séparé des autres classes sociales. Apparemment, tout va bien pour eux. Mais c’est eux que Jésus tance avec ses béatitudes cinglantes : « Malheureux, vous les riches. Malheureux êtes-vous si tout le monde dit du bien de vous ». « Insensés, vous comptez vos greniers pleins à ras bord, mais cette nuit même on va vous demander votre vie ! »

Pire que l’alcool ou les soucis de la vie, la réussite, la santé et la richesse peuvent aveugler et dévoyer les meilleurs d’entre nous. S’ils ne font pas régulièrement l’équivalent d’une cure de désintoxication, d’amaigrissement ou de simplification de leur existence, ils deviendront spirituellement des obèses, handicapés dans la quête de Dieu, incapables d’avoir soif de l’Évangile et de marcher vers le but ultime de toute histoire humaine.

Quelles sont les dépendances qui nous empêchent de désirer plus que la survie quotidienne ? Comment déposer au pied du Christ les « soucis de la vie » qui nous alourdissent en ce moment ?

Et si tout va bien pour vous, comment maintenir vivante la quête d’un au-delà de vos satisfactions actuelles ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Je ferai germer pour David un Germe de justice » (Jr 33, 14-16)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda : En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem habitera en sécurité, et voici comment on la nommera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

Psaume
(Ps 24 (25), 4-5ab, 8-9, 10.14)
R/ Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu.
(Ps 24, 1b-2)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Les voies du Seigneur sont amour et vérité
pour qui veille à son alliance et à ses lois.
Le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent ;
à ceux-là, il fait connaître son alliance.

Deuxième lecture
« Que le Seigneur affermisse vos cœurs lors de la venue de notre Seigneur Jésus » (1 Th 3, 12 – 4, 2)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. Amen.
Pour le reste, frères, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons, oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus. Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.

Évangile

« Votre rédemption approche » (Lc 21, 25-28.34-36) Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.
Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,
12345...8