L'homelie du dimanche

21 mai 2017

Désormais notre chair se trouve au ciel !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 00 min

Désormais notre chair se trouve au ciel !


Homélie pour la fête de l’Ascension / Année A
25/05/2017

Cf. également :

Jésus : l’homme qui monte

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

Ascension : la joyeuse absence

Ascension : l’ascenseur christique

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Les vases communicants de l’Ascension


« Sens dessus dessous.

Actuellement, mon immeuble est sens dessus dessous.
Tous les locataires du dessous voudraient habiter au-dessus !
Tout cela parce que le locataire  qui est au-dessus  est allé raconter par en-dessous  que l’air que l’on respirait à l’étage au-dessus était meilleur que celui que l’on respirait à l’étage en-dessous !… »

Ainsi commence un sketch célèbre de Raymond Devos, magicien des mots. Quand l’ordre habituel est bouleversé au point de ne plus respecter les séparations entre les étages, l’immeuble tout entier est sens dessus dessous !

C’est notre humanité tout entière qui aujourd’hui est sens dessus dessous, avec cette fête de l’Ascension. Le départ du Christ nous fait monter au ciel avec lui, puisqu’il emporte notre nature humaine au plus haut. L’ascenseur christique promet à chacun de nous de partager un jour, corporellement, la plénitude de divinité : folie pour les sans-Dieu, scandale pour les juifs et les musulmans…

Et bientôt, 50 jours symboliques après Pâques, la fête de Pentecôte retracera le mouvement descendant, symétrique : l’Esprit de Dieu viendra habiter en-bas, et l’effusion de l’Esprit deviendra la marque de l’église pérégrinante.

Vraiment, le voisin du dessus passe en-dessous, et celui du dessous au-dessus…

L’Ascension donne lieu à ce chassé-croisé improbable, ainsi condensé par St Jean Chrysostome :

« Nous avons donc, grâce à lui (le Christ), une garantie au ciel : la chair qu’il a prise de nous, et ici-bas : l’Esprit Saint qui demeure en nous. [1] 

D’habitude, notre représentation est inverse : l’homme est en-bas, et Dieu est au ciel. Ici, c’est notre chair qui est au ciel, là-haut, et l’Esprit qui est en-bas, depuis la Pentecôte qui approche. Vraiment, l’Ascension du Christ met tout sens dessus dessous, comme Raymond Devos le pressentait !

Au-delà du jeu de mots, quels sont les enjeux pour nous de ce double mouvement d’ascension (du Christ) / descente (de l’Esprit) ? Dieu et l’homme se croisent dans l’ascenseur post-pascal : quelles conséquences ?

 

1. Notre chair humaine y revêt une noblesse incomparable

Rendez-vous compte : si Jésus en chair et en os a été élevé dans l’intimité divine, alors notre chair actuelle peut espérer une telle transformation elle aussi ! Déjà, la transfiguration du Christ sur la montagne nous avait laissé entrevoir une promesse inouïe : le corps humain peut rayonner d’une beauté incroyable lorsqu’il se laisse habiter par l’Esprit ! Avec l’Ascension, Dieu nous promet que nos éblouissements furtifs, nos transfigurations fulgurantes deviendront l’ordinaire de la vie après.

De quoi donner une sacrée valeur à ce que nous appelons la chair humaine, c’est-à-dire notre mode de présence au monde actuel. Notre chair, muscles et sangs mêlés en action, c’est notre interface, notre hub in and out, qui nous permet d’être présents aux autres, à la création. Cette chair-là sera ressuscitée : un nouveau mode de présence nous sera donné au monde nouveau qui nous attend. La bonne nouvelle est quelle sera l’accomplissement de notre chair actuelle, non sa négation ni son oubli. Si le Ressuscité fait toucher ses plaies à Thomas, s’il mange du poisson grillé sur le bord du lac de Tibériade, c’est bien qu’il y a à la fois continuité et transfiguration dans ce que nous deviendrons à travers la mort. Dès maintenant, notre chair humaine a une valeur immense, puisque Dieu ne nous fera pas monter auprès de lui sans elle, transformée, renouvelée pour le monde de la résurrection.

Citation Beaute, Ame & Passer (Simone Weil - Phrase n°56303)

Apprenons donc à aimer cette chair, au sens fort, au sens spirituel du terme, la nôtre et celle des autres. La chair de l’être aimé comme la chair de l’ennemi, la chair des animaux comme celle des arbres, celle des créatures magnifiques et admirées comme celle dégradée et repoussante des SDF ou des malades défigurés…

Ni le mépris ni l’idolâtrie de la chair ne sont fidèles à l’expérience de l’Ascension. Aimons  notre propre chair, chérissons-la, nourrissons-la, matériellement et spirituellement, afin de faire de même les uns pour les autres.

 

2. Si la chair est au-dessus et l’Esprit en-dessous, c’est donc que la vie spirituelle se joue en-bas

Autrement dit : rien de plus spirituel que le travail humain pour transformer cette terre, que l’économie pour la gérer, les sciences pour la déchiffrer etc. ! En christianisme, il n’y a pas d’évasion par le haut : « pourquoi restez-vous là à fixer le ciel ? » s’étonne notre texte d’évangile de l’Ascension. C’est en-bas que se joue notre salut. Même les ermites qui s’isolent pour anticiper le face-à-face avec Dieu reconnaissent le travail manuel comme une école de sainteté, et la visite du passant comme une épiphanie à laquelle ils ne peuvent se soustraire au nom de l’élévation dans la prière. Selon le mot de St Vincent de Paul, c’est « quitter Dieu pour Dieu » que de passer de la liturgie à la diaconie, de l’oraison au service des pauvres, de la contemplation au labeur professionnel. Il est possible de vivre son métier, sa vie de famille, ses engagements comme de vrais chemins de communion avec Dieu, à chaque instant. La vie spirituelle ne commence pas le dimanche matin : elle est une autre manière d’expérimenter la rencontre des autres, le travail humain. De l’écran d’ordinateur au lit conjugal, des courses en hypermarché au bain des enfants, des embouteillages du matin au bulletin d’information du soir, rien n’est plus spirituel que de vivre ces merveilles du quotidien habités par l’Esprit de Dieu. Alors nous vivons ce battement caractéristique que les électriciens appellent opposition de phase [2]: sans cesse notre nature humaine et l’Esprit de Dieu montent et descendent, et l’abaissement maximum de la divinité correspond à l’élévation maximum de notre humanité…

Désormais notre chair se trouve au ciel ! dans Communauté spirituelle image012

Que cette fête de l’Ascension nous donne de voir autrement notre chair humaine, et celle des autres. Puissions-nous l’aimer de tout cœur. Car depuis la montée du Christ aux cieux, elle est promise elle aussi à la plus belle ascension qui soit…

 


[1] . St Jean Chrysostome (+ 407), sur l’Ascension, 16-17, PG 52, 789-792.

[2] . Deux tensions alternatives (sur deux fils différents) sont en phase (ou en opposition de phase) lorsqu’elles passent à la valeur zéro simultanément. Si le maximum de l’une coïncide avec le minimum de l’autre, les deux courbes sont dites « en opposition de phase ».

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

PSAUME
(Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9)
R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. ou : Alléluia ! (Ps 46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut,
le redoutable, le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Ep 1, 17-23)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens
Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l’a établi au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination, au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer, non seulement dans le monde présent mais aussi dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.

ÉVANGILE

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 16-20)
Alléluia. Alléluia. Allez ! De toutes les nations faites des disciples, dit le Seigneur. Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,

2 mai 2016

Jésus : l’homme qui monte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Jésus : l’homme qui monte

Homélie pour la fête de l’Ascension
05/05/2016

Cf. également :

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

Ascension : la joyeuse absence

Ascension : l’ascenseur christique

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Les vases communicants de l’Ascension

Afficher l'image d'origineEn France, à gauche, on dit d’Emmanuel Macron que c’est l’homme qui monte en ce moment. Il monte dans les sondages. Sa cote médiatique est de plus en plus haute. Il séduit et paraît pouvoir rassembler largement au-delà des frontières de son camp. Bien qu’il ait fait Sciences-Po, l’ENA, banquier d’affaires chez Rothschild, directeur de cabinet, secrétaire général de l’Elysée, ministre, son ascension politique repose sur l’apparence qu’il a su se donner d’être un homme neuf.
À droite, on regarde attentivement la courbe de popularité de Bruno Lemaire : lui aussi est l’homme qui monte, à la surprise de beaucoup !

De tout temps, on emploie spontanément ce vocabulaire de l’Ascension, sociale ou politique, pour décrire la trajectoire de quelqu’un qui devient un personnage public, bien en vue, au-dessus des autres. 

Les évangélistes n’échappent pas à la règle. Face à l’étrange phénomène qui marque la fin des apparitions pascales, ils recourent à ces images de montée, d’élévation, d’ascension. À tel point que la fête de ce Jeudi en a pris le nom. Alors que le mot ne figure pas dans les textes.
Luc parle en effet de séparation, emporté au ciel. Dans les Actes des Apôtres (Lc 24,52), il écrit que Jésus s’en allait, s’éleva, et qu’une nuée vint le soustraire aux yeux des apôtres (Ac). Devant cette batterie de verbes, on devine que Luc est dépassé par l’événement que nous appelons l’Ascension, qui ne ressemble à rien de connu.

Pour mieux en apprécier la singularité, comparons l’Ascension de Jésus à celle d’Emmanuel Macron ou de Bruno Lemaire (chacun mettra qui il veut à leur place !). 

Au moins trois différences majeures nous permettent de ne pas réduire l’Ascension du Christ à ce que nous croyons en connaître.

 

1. Lorsque Jésus s’élève, ce n’est pas pour être visible

Afficher l'image d'origineLuc est formel : le ressuscité disparaît. Il n’est plus dans le champ des regards humains. Quand un leader politique s’élève, ou un chef d’entreprise, ou un personnage médiatique, c’est à l’inverse parce qu’il est de plus en plus sur le devant de la scène. « L’homme qui monte » est invité sur tous les plateaux de télévision. Le chanteur qui comme Renaud remonte des enfers (de l’oubli, de la drogue) est omniprésent le temps du lancement de son disque.
S’élever implique normalement d’être surexposé. D’ailleurs, pour grimper dans la hiérarchie d’une entreprise, il faut savoir se rendre visible, voire indispensable, être ‘bien vu’…
Jésus fait exactement l’inverse : au moment où il s’élève au plus haut, il n’est plus visible.

Il s’évanouit en quelque sorte en tant que personnage en vue.

Une ascension en toute humilité pourrait-on dire, où le fait d’être exalté au-dessus de toutes les créatures n’a rien d’imposant, de contraignant pour ceux qui regardent puisque justement il n’y a plus rien à voir (mais tout à croire !).

L’ambition chrétienne ressemble à cela : non pas être bien en vue, admiré de tous, imposant sa présence à tous. Au contraire : ne pas apparaître comme l’incontournable, ne pas sidérer ses proches en les forçant à nous regarder, fascinés par notre parcours.

C’était la manière des artistes du Moyen Âge, sculpteurs de cathédrales et verriers virtuoses : plus ils s’élevaient dans leur art, moins ils signaient leurs œuvres, laissant le prestige retomber sur le chef-d’œuvre roman ou gothique sans qu’on puisse y discerner leur signature nulle part. Seuls quelques compagnons maçons inscrivaient discrètement dans la pierre quelques symboles ou initiales à l’attention de leurs confrères. Le véritable talent était alors anonyme…

 

L’ascension chrétienne est incompatible avec l’orgueil, la domination (sinon du mal), le renom, la gloire individuelle (même Jésus reconnaît que sa gloire lui vient du Père), l’omniprésence… Vouloir s’élever pour être plus visible et ainsi admiré, envié, adulé ou craint est l’exact mouvement inverse de Jésus ressuscité disparaissant aux yeux de ses amis…

 

2. Lorsque que Jésus s’élève, c’est pour élever les autres

Afficher l'image d'origineSocialement ou politiquement, l’homme qui monte est un séducteur. Au sens étymologique du terme : il cherche à conduire à lui (en latin : se-ducere) des électeurs, des médias, l’attention du plus grand nombre.

Rien de cela dans l’Ascension du Christ. Il empêche ses disciples de « rester là à fixer le ciel », il les renvoie vers le Temple de Jérusalem, vers leurs frères en Galilée, vers l’attente de l’Esprit qui va les projeter ailleurs.

Il ne cherche pas à séduire, mais à conduire vers l’autre / vers le Tout-Autre.
Car sa passion n’est pas d’être le plus grand, mais d’ouvrir à chacun le chemin de la grandeur.
En ce sens, il y a là une certaine similarité avec ce que nous appelons une ascension sociale. Car l’ambition des parents est que leurs enfants vivent mieux qu’eux, et que, grâce à l’éducation, à la liberté d’entreprendre, ils profitent du fameux ascenseur social qui fait que les classes laborieuses deviennent des classes moyennes, avec l’espoir de continuer de génération en génération à avoir de meilleurs jobs, une plus grande qualité de vie.

Le ressuscité « entrant dans le ciel » (He) est le véritable ascenseur christique qui nous offre d’être élevé avec lui.

Puisque notre nature humaine est indissolublement liée à la sienne, le Verbe de Dieu assis à la droite du Père, « au plus haut », est le premier de cordée qui a planté le drapeau de notre humanité en pleine terre divine.

 

L’ascension chrétienne de chacun d’entre nous est à cette image : non pas nous élever pour être au-dessus, mais pour que ceux du dessous soient élevés avec nous. Une éruption solidaire en quelque sorte, ou la puissance de l’amour soulève les montagnes jusqu’au ciel et lève les obstacles à la dignité humaine des plus méprisés, des plus petits.

 

3. Lorsque Jésus s’élève,… c’est un passif !

Pour un homme politique, c’est un tour de force que de s’élever au-dessus des autres. Il y faut de l’énergie, de la ténacité, de la rage, de l’obstination… Des heures et des heures de réunion dans des salles à moitié vides, des tournées exténuantes de villages en immeubles, des alliances savamment négociées, des déceptions laborieusement surmontées, des trahisons qui font mal… Bref, c’est à la force du poignet qu’on s’élève chez les enfants des hommes.


Afficher l'image d'originePour le Ressuscité, c’est tout différent. Il
« est emporté », il « est enlevé », « exalté », il « est soustrait » à leurs yeux… : il s’en va, comme attiré de tout son être par un aimant puissant vers qui il se laisse aller.

De la même manière que Jésus ne s’est pas ressuscité lui-même, il ne s’est pas élevé à la force du poignet. Tout le contraire d’un self-made-man ! Il a repoussé par trois fois l’ultime tentation qu’on lui a fait miroiter alors qu’il pendait, lamentable, au bois du supplice : « sauve-toi toi-même ! » Parce qu’il est le Fils, en plénitude, il ne peut ni ne veut se sauver lui-même. Il reçoit tout de l’amour d’un autre qu’il appelle son Père. Son ascension également est un passif : il « est élevé ». Dans la force de l’Esprit, il participe de tout son être à se laisser attirer par son Père. En ce sens on peut dire qu’il s’élève, parce qu’il est élevé. Comme il s’est livré, parce que Dieu l’avait livré entre les mains des pécheurs.
Depuis l’origine, le Verbe de Dieu se reçoit de l’échange incessant l’unissant à son Père dans la circulation de l’Esprit d’amour entre eux et en eux. L’Ascension est cet ultime mouvement d’amour trinitaire où le Ressuscité ne s’approprie ni la vie reçue à travers la mort ni la gloire qui le porte au plus haut. Il continue à se recevoir, pour se donner, de toujours à toujours.

L’ascension chrétienne ne relève donc pas d’un orgueil démesuré. L’objectif pour nous n’est pas dans une ascèse impitoyable où il faudrait nous élever par nous-mêmes, ni dans son avatar contemporain qui est la quête d’un développement personnel harmonieux à tout prix, grâce à moult techniques de méditation ou d’ascèse revisitée. 

Être élevé n’est pas un effort : c’est une joyeuse acceptation.

Être assis au plus près de Dieu n’est pas la récompense accordée au bout d’un long parcours du combattant : c’est la joyeuse surprise du bon larron qui découvre qu’il va jouir de ce qu’il n’a pas mérité !

À nous de relayer cette divine surprise auprès de ceux qui se croient indignes, comme auprès de ceux qui s’épuisent à en être dignes.

 

Ne pas être visible, élever les autres, accepter de recevoir : il y a bien d’autres traits étonnants dans l’Ascension du Ressuscité, mais ces trois-là peuvent déjà transformer notre ambition professionnelle, familiale, sociale… et pourquoi pas politique ! ?

 

 

 

1ère lecture : « Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »  Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Psaume : Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9

R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor.
ou : Alléluia ! (Ps 46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : « Le Christ est entré dans le ciel lui-même »(He 9, 24-28 ; 10, 19-23)
Lecture de la lettre aux Hébreux

 Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent. Frères, c’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus : nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire ; or, ce rideau est sa chair. Et nous avons le prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.

Evangile : « Tandis qu’il les bénissait, il était emporté au ciel » (Lc 24, 46-53)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
De toutes les nations, faites des disciples, dit le Seigneur.
Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur dit : « Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. à vous d’en être les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. » Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , , ,

11 mai 2015

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Quid hoc ad aeternitatem ? »

 

cf. également :

Ascension : la joyeuse absence

Ascension : l’ascenseur christique

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Les vases communicants de l’Ascension

 

Homélie de l’Ascension 2015 / Année B
Jeudi 14 Mai 2015

 

« Quid hoc ad aeternitatem ? »

On raconte qu’une ancienne mère abbesse d’une communauté bénédictine répondait par cette phrase laconique aux moniales qui venaient lui exposer leurs petits problèmes de vie communautaire (car elles en ont elles aussi !).

« Quid hoc ad aeternitatem ? »

En latin : « Qu’est-ce que cela par rapport à l’éternité ? »

Autrement dit : « Remettez vos problèmes en perspective. Ne perdez pas de vue le but, le terme de votre présence ici. Alors vous relativiserez les petits soucis, et surtout vous trouverez le souffle nécessaire pour traverser les difficultés en gardant les yeux fixés sur le but de votre aventure humaine. »

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? » dans Communauté spirituelle eternity-sign 

« Quid hoc ad aeternitatem ? »

C’est sans doute l’une des significations de la fête de l’Ascension du Christ : Dieu non seulement a ressuscité Jésus d’entre les morts, mais en plus « il l’a placé plus haut que tout », « il l’a placé au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent ». (2° lecture Ep 1,17-23). Depuis l’Ascension, nous savons que le but de notre vie n’est pas ici-bas, mais en Dieu-même, unis au Christ, dans la communion de l’Esprit Saint.

ascension Ascension dans Communauté spirituelleDès lors, levons les yeux ! Fixons notre regard sur le terme qui nous attend ! Comme le marin se règle sur la lueur du phare par-dessus les vagues (ou sur l’aiguille de son compas, la flèche de son GPS…), ne laissons pas les soucis de l’instant présent nous détourner du but ultime. Et ce but ultime, ce n’est rien de moins que d’être élevé avec le Christ dans la gloire du Père, c’est-à-dire en fait d’être divinisé, de devenir Dieu lui-même ! « Il est monté au ciel pour nous rendre participants de sa divinité » (2° Préface de l’Ascension).

Si nous gardons en mémoire cette perspective grandiose que l’Ascension nous ouvre, alors nous ne serons pas submergés par les inévitables aléas du présent ; alors la véritable importance des choses et des êtres pourra se révéler à nous ; alors une autre hiérarchie des priorités pourra guider notre vie…

Votre voisin vous semble insupportable ? C’est peut-être vrai, mais :« quid hoc ad aeternitatem ? »

Votre voiture est en panne, et la série noire de ce genre de problèmes vous décourage ? « Quid hoc ad aeternitatem ?… »

Cela ne veut pas dire être indifférent à tout. Mais tout replacer dans l’axe de l’Ascension : quel est le poids de ce qui m’arrive si je le place dans la perspective du Christ qui me fait monter auprès de son Père ? Même la mort d’un être aimé, même une maladie cruelle peut être baignée d’une autre lumière si je lève les yeux vers le Christ en Ascension, à l’instar de toutes les figures de pierre sculptées sur la façade de nos cathédrales.

« Mets en nos coeurs un grand désir de vivre avec le Christ en qui notre nature humaine est déjà près de toi » (oraison de l’Ascension) …

 

Même la crise économique actuelle peut être vécue autrement à la lueur de cette espérance.

Un chef d’entreprise écrivait : « J’opposerai la logique du profit financier à court terme à celle, légitime à mon sens, du profit économique à long terme, nécessaire pour l’investissement, et outil de mesure de la performance. »

Le danger pour bien des acteurs économiques, c’est de rester fascinés, hypnotisés par le court-terme. L’Ascension nous invite à voir les choses de haut, à prendre de la hauteur, avec le recul de l’histoire, pour refuser la dictature du court-terme ; pour refuser l’angoisse de ceux qui n’ont pas de mémoire longue, ni d’espérance plus longue encore.

jeune_pousse BergsonLes « âges sombres », dark ages selon la formule des historiens anglais de l’Antiquité tardive comme de l’époque contemporaine, font apparaître l’enchevêtrement de deux cités : la terrestre et celle de Dieu. Et cet enchevêtrement radical oblige à parler d’une ambivalence du temps de l’Histoire, où les processus de décadence s’accompagnent le plus souvent de processus de renouveau. Tel est le diagnostic que nous pouvons poser sur notre époque.

Les statistiques ne doivent pas nous inquiéter davantage. Elles sont respectables, utiles, précieuses, mais de là à accorder aux sondages une espèce d’autorité transcendante, non ! C’est pourquoi les obsessions quantitatives actuelles : combien de baptisés ? combien d’ordinations ? combien de conversions ? sont très  ‘courte vue’.

« La qualité est la quantité à l’état naissant » (Bergson).

Or c’est l’état naissant qui nous intéresse, l’aube du jour présent.

 

Vous le voyez, fêter l’Ascension du Christ peut changer notre lecture de la crise économique ou  ecclésiale actuelle. Puisque le Ressuscité est élevé auprès de Dieu avec notre nature humaine, le but de notre existence est « en-haut ».

Alors ne laissons pas les vagues et les vents contraires nous détourner de ce but ultime. Et si une contrariété légère ou une épreuve sérieuse vient à vous troubler, répondez-lui avec l’humour de l’ancienne abbesse : « quid hoc ad aeternitatem ? »

 

 

 

1ère lecture : « Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu.  Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »  Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »  

Psaume : 46 (47), 2-3, 6-7,8-9

R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. ou : Alléluia ! (46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre,
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : « Parvenir à la stature du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 1-13)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous. À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ. C’est pourquoi l’Écriture dit : Il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs,il a fait des dons aux hommes. Que veut dire : Il est monté ? – Cela veut dire qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.

Evangile : « Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16, 15-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples, dit le Seigneur. Moi, je suis avec vous tous les jours
jusqu’à la fin du monde.
Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus ressuscité se manifesta aux onze Apôtres et leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

 Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

27 mai 2014

Ascension : la joyeuse absence

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Ascension : la joyeuse absence

Homélie de l’Ascension
29/05/2014

« Dieu a fait l’homme comme la mer a fait les continents : en se retirant »

Ascension : la joyeuse absence dans Communauté spirituelle 90520052-be09-11de-ae22-0dfae99a5dc9

Cette phrase d’un poète allemand (Hölderlin) peut nous aider à mieux comprendre cette fête de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui.

Car, rendez-vous compte : la joie qui est la nôtre aujourd’hui est paradoxale !

Celui que nous aimons nous est enlevé.

Celui que depuis Pâques nous reconnaissons comme le Vivant devient absent, insaisissable ;
le Christ ressuscité disparaît à nos yeux, et nous pourtant nous fêtons cela comme l’un des grands évènements liturgiques de l’année, au point de nous faire revenir à la messe en ce milieu de semaine !


L’image de la mer qui se retire pour laisser la terre ferme exister peut nous aider à comprendre le départ du Christ et sa remontée vers le Père comme une nouvelle création. Plus encore, une re-création du monde dont la naissance de l’Église à la Pentecôte sera le premier acte. « Il est bon pour vous que je m’en aille
 », disait Jésus, « car si je pars, l’Esprit Saint ne viendra pas à vous ». Oui, le départ du Christ vers son Père, son absence apparente, sont pour nous la chance d’une nouvelle création, d’une liberté nouvelle en Église sous l’influence de l’Esprit. Et ce n’est pas par hasard que Luc commence son Livre des Actes des Apôtres comme il avait terminé son Évangile par le récit de l’Ascension : début d’une nouvelle période de l’humanité, commencement de la vie de l’Église, comme une nouvelle Genèse.

Les textes d’aujourd’hui nous le redisent : le Christ glorifié a été élevé au-dessus de tout. Ses disciples ne peuvent plus le voir en restant les yeux fixés au ciel : ce n’est qu’en vivant en Église et en étant missionnaire que l’on peut percevoir les signes, les traces de l’action du Seigneur qui travaille toujours avec nous.

Un peu comme lorsque vous vous promenez sur la plage à marée basse : les traces et les coquillages sur le sable témoignent du travail de la mer lors de sa venue.

Le Christ élevé de terre n’est plus là, du moins n’est plus là comme nous le voudrions : nous ne pouvons plus le voir, le toucher, le saisir, comme les apôtres ont pu le faire pendant les 40 jours symboliques après Pâques.

Le Christ est absent, et pourtant il travaille avec nous, nous dit Évangile de Marc. Il est monté auprès du Père et il reste Dieu avec nous. Il est assis à la droite de Dieu et pourtant il est plus intime à nous mêmes que nous-mêmes.

Cette expérience de la présence-absence, nous la faisons souvent dans notre vie.
- C’est l’absence de l’enfant qui part de la maison lorsque pour ses études, son métier, il doit habiter ailleurs dans une autre ville.

- C’est l’absence des amis lorsque par suite de déménagements ou d’obligations professionnelles, on est obligé de couper des relations pourtant très fortes.

- C’est l’absence du pays pour l’étranger ou le voyageur loin de chez lui.
- C’est encore l’absence de l’être aimé lorsque la mort nous l’a enlevé…

Oui en vérité, tout homme fait dans sa vie l’expérience de l’absence.

C’est même une des expériences les plus bouleversantes qu’il nous soit donné de faire.
Tout au long de notre existence, de déchirure en déchirure, de départs en départs, nous serons arrachés aux cercles de nos amis, de nos parents, de nos relations.
‘C’est la vie’, et ce n’est pas forcément négatif.

La maison familiale vide d’enfants qu’on avait connue bruyante et agitée, c’est quelquefois triste pour les parents qui restent, mais c’est aussi le signe que les enfants sont devenus hommes et femmes, qu’ils volent maintenant de leur propres ailes. Et d’ailleurs, quand les enfants sont au loin, on les découvre parfois différents, sous un autre angle : plus profondément, en échangeant à égalité les soucis familiaux, professionnels avec eux.

L’épreuve des disciples au jour du départ de Jésus fut également d’abord l’expérience humaine d’une perte. Mais le Ressuscité les empêche de se complaire dans la nostalgie : « ne rêvez pas dans les nuages, ne restez pas les yeux fixés au ciel, allez vers les hommes annoncer la Bonne Nouvelle, vivez en Église et là vous me verrez ».

Un humoriste disait : à l’Ascension, Jésus a dit à ses disciples : « Allez voir ailleurs si j’y suis ». Ils y allèrent et effectivement il y était…

Effectivement Jésus est toujours ailleurs ; il disparaîtra toujours au moment où nous voudrions mettre la main dessus pour en faire une idole. Les disciples d’Emmaüs en savent quelque chose !

Toujours présent, toujours ailleurs, jamais atteint : l’Ascension nous empêche de faire du Christ glorifié une idéologie ou un système.


Ainsi en est-il de l’expérience de l’absence dans nos vies : si nous refusons de la voir en face, de l’assumer, nous restons prisonniers de notre mélancolie et de notre imaginaire.
Si nous refusons de perdre les gens que nous aimons, nous nous condamnons à l’immobilité, voire à la régression, nous privant ainsi de la possibilité de les retrouver vivants, d’une autre manière.

Si au contraire nous assumons ce qui dans notre vie est absence, vide, manque, alors nous sommes appelés à de nouvelles rencontres, de nouvelles relations, à repartir vers d’autres aventures.

Célébrer l’Ascension, c’est vivre l’expérience de l’absence, comme un moteur pour aller vers les autres. Une absence positive qui crée des relations nouvelles.

C’est refuser que le vide inscrit dans nos c?urs soit comblé, refuser que la blessure de l’amour du Christ en nous se referme.

C’est découvrir dans l’Eucharistie le vrai Corps du Christ qui est l’Église : par l’Église seulement, par l’amour fraternel vécu entre nous, nous pourrons toucher et voir celui qui n’est plus là devant nos yeux et qui nous attend pour nous faire nous aussi asseoir à la droite du Père.
Que l’absence réelle, la joyeuse absence de ce jour de l’Ascension nous fasse vivre autrement toutes les absences qui peuplent nos histoires humaines…

1ère lecture : L’Ascension du Seigneur (Ac 1, 1-11)
Commencement du livre des Actes des Apôtres

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis.
C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.

Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche. Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. »
Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? »
Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine.
Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient :
« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Psaume : Ps 46, 2-3, 6-7, 8-9
R/ Dieu monte parmi l’acclamation, le Seigneur aux éclats du cor.

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : Domination universelle du Christ assis à la droite du Père (Ep 1, 17-23)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment.
Qu’il ouvre votre c?ur à sa lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu’il déploie pour nous, les croyants. C’est la force même, le pouvoir, la vigueur, qu’il a mis en ?uvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux.
Il l’a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir.
Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.

Evangile : « Allez vers toutes les nations…je suis avec vous »(Mt 28, 16-20)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur s’élève parmi l’acclamation, il s’élève au plus haut des cieux. Alléluia. (cf. Ps 46, 6.10)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,
12

Servants d'Autel |
Elder Alexandre Ribera |
Bibliothèque paroissiale de... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tishrimonaco
| Elder Kenny Mocellin.
| Dixetsept