L'homelie du dimanche

19 avril 2019

Pâques : il vit, et il crut

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 23 h 30 min

Pâques : il vit, et il crut

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année C
21/04/2019

Cf. également :

Deux prérequis de Pâques
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Les Inukshuks de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Incroyable !
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Les sans-dents, pierre angulaire

« Moi je suis comme saint Thomas : je ne crois que ce que je vois ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cet argument pour justifier le scepticisme vis-à-vis de la foi ? Or ce soi-disant argument comporte de nombreuses failles, dont l’une a trait à l’Évangile de Pâques lu ce dimanche.

 

1. Il n’y a pas pire sourd…

Pâques : il vit, et il crut dans Communauté spirituelleLes contemporains de Jésus ont vu ses miracles, et n’ont pas cru pour la plupart. Ils connaissaient l’aveugle-né et sa famille, ils évitaient soigneusement les dix lépreux avant qu’ils soient guéris, ils ont pleuré sur Lazare au tombeau, ils ont croisé au Temple l’homme à la main desséchée etc. Aucun de ces faits se déroulant sous leurs yeux ne les a convaincus. Alors, comme dit Jésus : « s’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus (Lc 16,31) ».

Les miracles officiels reconnus à Lourdes ne convainquent toujours personne ou presque. Car la foi ne repose pas sur du prodigieux, du magique qui s’imposerait à tous. Au contraire, comme l’amour, elle se donne à qui veut l’accueillir, sans autre preuve qu’elle-même et ses effets induits dans l’existence des croyants.

 

2. Méfiez-vous de ce que vous voyez

Aujourd’hui encore les gens ne croient que ce qu’ils ont envie de croire, quelle que soit la réalité. On a déjà évoqué le concept de post-vérité, qui traduit le bricolage numérique notamment que chacun et chaque groupe fait des événements pour y retrouver les croyances qui le réconfortent. Rappelons sa définition : le terme post-vérité décrit une situation dans laquelle il est donné plus d’importance aux émotions et aux opinions qu’à la réalité des faits.

On savait déjà, en économie par exemple, que les croyances ne s’appuient sur rien, mais peuvent produire beaucoup d’impact. Ainsi les prophéties auto-réalisatrices  (self fulfilling prophecy) annoncent une tendance économique ou boursière, et parce que les acteurs économiques leur font confiance (à leurs auteurs, leur réputation) il se passe exactement ce qui était annoncé, car tous agissent en fonction de ce qu’ils  pensent voir arriver, et le font arriver par là-même ! Les cracks boursiers en sont hélas de lugubres exemples.

On pourrait également rappeler que la monnaie est toujours fiduciaire, c’est-à-dire qu’elle repose sur la confiance que font les acteurs de l’échange à un bout de papier, une ligne électronique dans un compte de banque, une monnaie de bronze ou d’argent. Si cette confiance s’en va, la valeur de la monnaie s’écroule, la banque fait faillite, car elles ne reposent que sur ce que les acteurs leur accordent comme valeur : pas de monnaie sans foi !

Bref, celui qui demande des preuves pour croire se cache derrière cet alibi pour justifier sa volonté de ne pas croire. C’est ce qu’on appelle… de la mauvaise foi.  Jésus a souvent pesté contre cette fringale de preuves qui en demande toujours plus sans pour autant se laisser toucher : « Cette génération est une génération mauvaise; elle demande un signe ! En fait de signe, il ne lui en sera pas donné d’autre que le signe de Jonas » (Lc 11,29).

Nos sens nous trompent : le réel est au-delà des apparences.

Une vidéo est devenue virale sur Internet et a été vue des millions de fois. On y voit Barack Obama critiquer vertement (et même insulter !) son successeur à la Maison-Blanche. Jusqu’à ce qu’un acteur vienne expliquer que ce n’est qu’un montage, un trucage digne de Photoshop mais en vidéo !

« Nous entrons dans une ère où nos ennemis peuvent faire croire que n’importe qui dit n’importe quoi à n’importe quel moment », peut-on entendre dans la bouche de Barack Obama. « Ainsi, ils pourraient me faire dire des choses comme, je ne sais pas, (…) le président Trump est un idiot total et absolu ! » lâche-t-il dans cette  vidéo partagée par le média Buzzfeed. Très vite, le subterfuge est révélé : il s’agit d’un montage d’images réalisé avec l’aide du cinéaste Jordan Peele et d’une intelligence artificielle spécialisée dans les « deepfake », ces faux créés à l’aide de méthodes d’intelligence artificielle particulièrement sophistiquées.

Nous devons apprendre, et apprendre à nos enfants, à nous méfier des documents ou témoignages produits par les médias, les réseaux sociaux, la communication officielle des États et des groupes de tous ordres. Il faut au minimum prendre le temps d’analyser, de croiser les sources, de soumettre à plusieurs expertises techniques etc. Il sera de plus en plus difficile de savoir si ce que l’on entend ou voit est vrai ou non (truqué, tronqué, coupé de son contexte). Le risque est grand de voir pulluler les mouvements d’opinion suite à des fake news ou deepfake, chacun se repliant sur ce qu’il a envie de croire quelle que soit l’avalanche d’informations dont on le bombarde.
Il est donc très dangereux de croire ce que l’on voit ou ce que l’on entend !
La nature également nous trompe, et nos sens ne sont pas assez fins pour discerner ce qu’il y a derrière tel phénomène optique, tel camouflage naturel, telle ruse de l’évolution…

 

4. Le suaire et les bandelettes

Au matin de Pâques, point de journalistes, point de caméras ni de blogueurs. Au contraire, des femmes : les moins fiables des témoins possibles à l’époque. Du coup, Jean et Pierre veulent faire l’expérience par eux-mêmes, et après tout c’est bien le mouvement de la foi : pouvoir dire « je » comme les samaritains retrouvant Jésus au puits. « Ce n’est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons ; nous l’avons entendu nous-mêmes et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde » (Jn 4,42).
Pierre est alourdi par l’embonpoint et l’âge ; il court moins vite que le jeune Jean. Celui-ci penche la tête vers le tombeau vide ; il remarque le linge qui enveloppait le corps roulé à part, les bandelettes qui tenaient les mâchoires de la tête également pliées et rangées.

Il vit et il crut. Aurait-il eu plus de chance que Thomas ? Non, car ce n’est pas le ressuscité qu’il voit ici, mais son absence. Il voit les traces en creux d’une disparition qui vient en un flash éclairer et donner sens à tout ce qu’il a connu de Jésus auparavant. Comme sur le négatif d’une photographie argentique, il lit dans le suaire, les bandelettes, le vide du sépulcre autant d’indices concordants que la résurrection de Jésus est bien crédible. Sans être pour autant l’unique explication possible, car les autorités juives par exemple feront courir le bruit que les disciples sont allés voler le cadavre la nuit pour inventer une rumeur.

Jean « voit » l’absence, et il croit.

C’est peut-être dans les absences de nos histoires humaines qu’il faut chercher de quoi nourrir notre foi. Lorsque l’océan se retire lors des grandes marées, les grèves sont jonchées d’algues, de coquillages sur des kilomètres. Celui qui les parcourt peut deviner que la mer était là. Si l’archéologue sait déchiffrer les fossiles pétrifiés des forêts américaines ou des déserts africains, il pourra reconstituer ce qui s’est passé et qui témoigne de l’immersion de ces régions jadis. C’est donc nous aussi en retrouvant et déchiffrant patiemment les traces de l’action de Dieu dans notre histoire que nous pourrons y fonder nos raisons de croire aujourd’hui.

Il faut peut-être une certaine capacité – voire un certain courage – de scruter le vide autour de soi et en soi pour se découvrir croyant.
Tombeau-vide1-300x214 bandelettes dans Communauté spirituelleEt puis il y a le suaire « affaissé », les bandelettes (mentonnière) « roulées à part » : ces indices, presque des détails, qui nous mettent sur la voie. Ce n’est pas d’abord du suaire de Turin dont il s’agit (d’ailleurs son historicité reste débattue, et il ne convertit que peu de monde même s’il fascine les foules). Le suaire que Dieu vient « poser à plat » dans nos tombeaux vides est sans doute plus personnel : une pacification intérieure inexplicablement donnée après une épreuve, une mauvaise habitude qui s’en va sans effort, des béquilles psychologiques sociales qui deviennent inutiles, un deuil qui enfin accepte sereinement la perte, un regard d’amitié ou d’amour qui rend le rôle de composition inutile…

Nous passons tant de temps et d’énergie à envelopper les cadavres de nos vies ! Nous ferions mieux d’entendre l’ordre de Jésus aux proches de Lazare : « déliez-le, et laissez-le aller » (Jn 11,44).

Le Saint Suaire de Turin à Montigny-Montfort - Journées du Patrimoine 2016Restent les bandelettes, ces franges de tissu qui entouraient la tête pour maintenir les mâchoires fermées avant que la rigidité cadavérique ne déforme le visage sinon (cf. la trace de ces bandelettes le long des joues du visage sur le suaire de Turin). Comme si on voulait faire taire les morts. Avec l’embaumement, cela faisait partie des rites funéraires relevant de la thanatopraxie : autrefois on voulait que les morts soient les plus beaux possibles. Aujourd’hui encore certes (et surtout après des attentats ou des accidents de voiture), mais la vue des corps morts est actuellement insupportable à nos mentalités occidentales. Nos sociétés cachent cette réalité : dans les maisons funéraires, à l’écart du domicile. On fait des courtes visites, mais plus de longues veillées auprès du corps. On ne fait plus de masque mortuaire ni de photos sur le lit de mort (ce qui était encore très populaire dans les années 50), on ne touche plus les morts (on les embrassait autrefois) et on interdit aux enfants de s’en approcher de peur que cela les traumatise. Les bandelettes du sépulcre traduisaient le respect et l’affection pour un visage qu’on voulait jusqu’au bout préserver de la déchéance. Lorsqu’elles sont vides et rangées à part, Jean y voit un signe de la transfiguration de Jésus, dont le visage rayonnait d’une telle gloire que rien ne peut la contenir.

Peut-être nous faut-il prendre soin de la beauté des autres, de la dignité du visage des oubliés, pour nous aussi pressentir que leur carcan de souffrance et de misère les défigurant est désormais hors d’usage, roulé à part. Leur visage est libre de parole ; il n’est plus enserré par les liens du tombeau où on voulait les figer en leur imposant le silence.

Jean vit, et il crut.

Pas à la manière de Thomas. Plutôt à la manière du renard du petit Prince. Les yeux de la foi déchiffrent en creux dans les traces qui jonchent les grèves de nos existences les indices concordants qui font que le cœur s’affole et que l’intelligence s’éclaire : « il est vivant ! »

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

Première lecture
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

Psaume
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
(Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Deuxième lecture
« Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.  Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

Séquence

À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen.

Évangile
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia.
Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

5 octobre 2016

De la santé au salut en passant par la foi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

De la santé au salut en passant par la foi

Homélie du 28° Dimanche du temps ordinaire /
Année C
09/10/2016

Cf. également :

Faire miniane

Quel sera votre sachet de terre juive ?

Et encore :

Quelle lèpre vous ronge ?

Pour en finir avec les lèpres

Le communautarisme fait sa cuisine

 

Qui fixe les frontières de l’impur ?

Afficher l'image d'origineLes débats de cet été en France autour du burkini sont passés à côté d’un enjeu fondamental : la question du pur et de l’impur. Les interdits juifs et musulmans concernant la cuisine, l’alimentation, les vêtements et tant d’autres comportements quotidiens ont une obsession quasi pathologique : la pureté rituelle.

Des ablutions au voile en passant par la manière de tuer les animaux ou de faire ses besoins, l’islam et le judaïsme orthodoxe enserrent le croyant dans une multitude d’obligations pratiques très contraignantes. Aux 613 commandements juifs répondent les innombrables prescriptions du Coran et de la charia sur ce qu’il conviendrait de faire ou de ne pas faire pour rester pur aux yeux de Dieu.

Notre évangile se situe dans ce contexte où la maladie contractée – ici la lèpre – devient source d’impureté qui exclue de la vie de la communauté. Dans un premier temps, Jésus semble respecter cette mentalité : il reste à distance des lépreux pour ne pas devenir impur à leur contact, il les renvoie aux prêtres pour faire constater la guérison et ainsi être réintégrés. Heureusement, le 10° lépreux, constatant lui-même sa guérison en chemin, fait demi-tour au lieu d’aller voir les prêtres de Jérusalem. C’est donc que pour lui, Jésus est le grand prêtre qui peut le déclarer pur. Ce n’est plus la loi (juive ou musulmane) qui fixe les frontières de l’impur, c’est le Christ en personne.

Ce 10° lépreux souffrait d’une deuxième impureté, sociale celle-là, que les prêtres de Jérusalem ne pouvaient absoudre : il était samaritain, l’équivalent d’un huguenot hérétique pour les catholiques du XVI° siècle ! Double peine en quelque sorte : lépreux et hérétique. Cette double impureté ne tient pas devant le Christ, lui qui a déclaré purs tous les aliments et est devenu le champion d’une fraternité universelle. Après son départ, l’Esprit poussera Pierre à baptiser le centurion Romain Corneille - doublement impur lui aussi - et Paul imposera des mains aux samaritains pour qu’ils reçoivent l’effusion de l’Esprit comme les juifs.

Voilà donc une innovation extraordinaire : le pur et l’impur ne viennent plus de l’extérieur (animaux, maladie, origine sociale ou géographique etc.) mais du cœur de l’homme (violence, haine, amour de l’argent, convoitise etc.). Pour être guéri, plus besoin de rites compliqués ou mystérieux : la confiance en chemin est le vrai remède à nos lèpres, de toutes sortes.

 

La guérison n’est pas la foi

Afficher l'image d'origineUn seul des 10 lépreux revient se prosterner au pied de Jésus. Les neuf autres ont bien été guéris physiquement, mais seul le samaritain a épousé la foi chrétienne. La guérison n’est donc pas identique à la foi !

De même qu’à Lourdes il y a des centaines de guérisons physiques qui ne sont jamais déclarées miraculeuses, on a avec ces neuf lépreux un constat un peu amer : beaucoup de choses nous sont données sans que nous les rapportions à leur source ; beaucoup de bonnes choses nous arrivent sans qu’elles changent réellement notre vie d’avant. Nous aimons, nous craquons devant un enfant dans son berceau, nous goûtons la joie de vivre devant un somptueux paysage ou une musique bouleversante, et puis tout reprend comme si cela ne changeait rien…

Imaginez un patineur sur un lac gelé. Il savoure la vitesse et la glisse jusqu’à ce qu’un point plus fragile de la couche de glace cède sous son poids. Les neuf lépreux agissent comme s’il suffisait de laisser la glace se refermer et obturer le trou pour se remettre à patiner, comme si rien ne s’était passé. Le 10° lépreux lui se souviendra de sa chute, de l’eau glacée, de celui qui l’a tiré d’une mort certaine.

Qu’est-ce qui fait passer de la guérison à la foi ? La gratitude ! Le sentiment de reconnaissance, l’action de grâces à celui qui nous a sauvés. Faire de sa vie une eucharistie a exactement ce sens-là : reconnaître avec gratitude les dons reçus gratuitement, prendre le temps de le célébrer devant Dieu, ne pas s’arrêter à la seule jouissance des guérisons obtenues, remonter à leur origine pour ne jamais se couper de la source qui nous abreuve…

 

Le salut n’est pas la guérison

Afficher l'image d'origine« Ta foi t’a sauvé » : les neuf lépreux n’ont pas entendus cette déclaration du Christ. Physiquement et socialement ils vont mieux. Mais ce n’est pas encore le salut. Être sauvé ne veut pas dire aller mieux, mais communier au Christ Sauveur. Bonne santé (richesse, réussite…) et salut sont deux réalités différentes ! À tel point que beaucoup aujourd’hui on l’une sans l’autre, et vice-versa…

À Lourdes, vous pouvez rencontrer des personnes malades, handicapées, qui ne seront jamais guéries, qui iront même de plus en plus mal, et qui pourtant rayonnent du salut accueilli au plus profond de leur être. En sens inverse, nous connaissons tous des personnalités et des célébrités (médiatiques, financières, politiques…) apparemment en pleine réussite et pourtant si peu ‘habitées’.

L’objet de la prière n’est alors pas tant de chercher la santé, la richesse, la réussite etc. que de s’enraciner dans la gratitude, la reconnaissance, la louange.

Relisez le journal intime d’Etty Hillesum, jeune femme juive hollandaise du ghetto d’Amsterdam. Elle parcourt un chemin intérieur éblouissant alors que la barbarie nazie défigure l’Europe. C’est parce qu’elle veut apprendre à goûter la vraie beauté des êtres en Dieu qu’elle a su traverser la violence nazie, jusqu’à être déportée au camp de Westbrook, sans perdre la joie du salut qui jaillissait en elle et hors d’elle…

 

Le salut est une résurrection en marche

Afficher l'image d'origine« Lève-toi et va » : les deux verbes adressés au 10° lépreux sont éminemment symboliques. Le premier est celui de la résurrection : se lever d’entre les morts. Le second est celui de l’itinéraire spirituel : « va vers toi », ordonne YHWH à Abraham, et Jésus reprend souvent cet impératif pour obliger quelqu’un à renaître, comme on dit de sortir à l’enfant lors d’un accouchement.

Il s’agit bien d’aller (et non pas d’aller bien !) : la marche est essentielle au salut, car celui qui se croit arrivé n’a plus besoin de faire confiance à un autre. Le drame des pharisiens à l’époque de Jésus est de s’être installés dans la Loi et ses innombrables coutumes. Le drame des islamistes aujourd’hui est de ne pas vouloir interpréter le Coran, en refusant de le resituer dans son contexte historique et social. De tout temps, de tous bords, l’intégrisme est une vérité immobile, qui meurt de ne pas se mettre en mouvement.

En ordonnant « Va ! » au lépreux-samaritain guéri-croyant, Jésus lui dit simplement de continuer son chemin intérieur, d’aller jusqu’au bout de sa quête.

« Va ! » : va vers toi, va vers tes vrais désirs, va ton propre chemin, va vers les compagnons  de route qui te seront donnés, va vers l’inconnu où tu te découvriras davantage, va vers ton Dieu sans savoir où le chercher…

Cet ordre est libérateur. Il est le salut en marche, en cours de route.

Bob Marley chantait autrefois : « get up, stand up, don’t give up your fight » (lève-toi, debout !, n’abandonne pas ton combat). Le philosophe Henri Bergson écrivait presque la même chose : « le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais ».

Comment entendre cet impératif pour moi aujourd’hui ?

 

 

1ère lecture : « Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17) Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

Psaume : Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité,
son amour, en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

2ème lecture : « Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

Evangile : « Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez-vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.  L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,

28 décembre 2015

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

 

Homélie pour le 1° Janvier, fête de Marie « Mère de Dieu »

 

Émeutes populaires à Constantinople

Nous sommes en 428. Nestorius, évêque de Constantinople – ville impériale s’il en est – Marie Theotokos, ou la force de l'opinion publique dans Communauté spirituelleprovoque un vif émoi parmi le peuple. En effet, dans ses homélies et à la cathédrale, il refuse d’appeler Marie « Mère de Dieu » (Theotokos en grec) et ne lui accorde que le titre de « mère du Christ ». Il est tellement préoccupé de sauvegarder la grandeur de Dieu qu’il ne peut aller jusqu’à penser que Dieu en la personne de Jésus ait voulu avoir une mère en la personne de Marie. Cette opinion influencera fortement la rédaction du Coran d’ailleurs deux siècles plus tard. Or le peuple chrétien vénère Marie comme Theotokos, et n’accepte pas que son évêque ne professe pas la même foi que lui. La foule allait même jusqu’à coller des placards sur les murs de la cathédrale et de l’archevêché en signe de protestation! En refusant de donner à Marie le titre de Theotokos, Nestorius se heurte au sens de la foi (sensus fidei) de son Église locale.

 

Tout cela provoque un tel tintamarre que l’empereur Théodose II convoque un concile à Éphèse pour Pentecôte 431 afin de trancher la question. Nestorius y est désavoué : puisque le Christ est vrai Dieu et vrai homme, « sans séparation ni confusion », la mère de l’homme Jésus est donc en même temps la Mère de Dieu, la Theotokos. Sinon, cela reviendrait à dire qu’en Jésus la divinité et l’humanité ne sont pas vraiment unies l’une à l’autre.

 

Pourquoi ce rappel historique ? Pour montrer l’importance du sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) et de la réception dans l’Église : l’enseignement de Nestorius n’est pas reçu dans son Église locale, et cela suffit pour, sinon invalider, du moins soupçonner cet enseignement, et appeler à un débat au plus haut niveau d’autorité de l’Église. Appeler Marie Mère de Dieu, c’est se souvenir que la piété mariale du Peuple de Dieu a été dans l’histoire un lieu théologique important.

 

La force de l’opinion publique

Fêter la Mère de Dieu au tout début d’une année qui préparera l’élection présidentielle charge cette fête d’une harmonie particulière. Va-t-on écouter l’opinion publique, celle des petites gens (qui gagnent environ le SMIC) qui ont des choses à dire sur les choix de société ? Ce peuple va-t-il s’organiser pour faire entendre sa voix ? Ou faudra-t-il attendre des révoltes, des colères sociales protestant devant trop d’inégalités ? Le pouvoir des urnes sera-t-il un réel pouvoir de choix ? S’il n’est pas relayé par  des associations courageuses, par des corps intermédiaires bien vivants (syndicats hélas en survie actuellement, organisations professionnelles etc.) ce pouvoir démocratique ne sera que celui d’un fusil à deux cartouches, les deux tours de l’élection.

 

Le printemps arabe de 2011 à démontré encore une fois, après la chute du communisme en  Dieu dans Communauté spirituelle1989, que l’opinion publique est capable de « renverser les puissants de leurs trônes » comme le chante Marie dans son Magnificat.

On a vu également les indignés manifester en Espagne, et donner naissance à Podemos.

Et malheureusement on a vu les partis islamistes ou les militaires engranger les bénéfices électoraux des printemps arabes…

C’est donc que l’opinion publique a la fragilité de sa force : elle peut tout emporter, mais aussi préparer pire encore…

 

Dans l’Église catholique également, la nécessité d’une opinion publique forte, structurée, constructive, est plus que jamais nécessaire. Beaucoup s’en vont sur la pointe des pieds faute de trouver un moyen de se faire entendre. Des questions  graves et douloureuses ne sont même plus sujets de débat autorisé. Des raidissements idéologiques se généralisent et la tentation du repli identitaire décourage ceux qui ne sont pas du petit cercle des initiés.

 

Afficher l'image d'origineC’est sans doute Pie XII qui a défini le plus clairement l’importance et le rôle de l’opinion publique, non seulement dans la société (d’où le rôle de l’Église pour éclairer le débat d’idées, notamment dans les médias) mais aussi dans  l’Église. Dans un discours au Congrès international de la Presse Catholique du 17/02/1950, il disait [1]:

« L’Église (…) est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie, si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les Pasteurs et les fidèles (…). Le publiciste catholique (…) aidera avec une ferme clarté à la formation d’une opinion catholique dans l’Église, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitiste et matérialisant. » 

 

Ce discours est très neuf par rapport à tout ce qui était dit avant sur les médias et le danger supposé qu’ils représentent pour l’Église. Il introduit même dans la responsabilité ministérielle la charge d’animer la communauté sur ce plan de l’opinion ecclésiale: loin de confisquer le débat et de n’être que des « haut-parleurs » de la hiérarchie, les ministres doivent veiller à ce qu’une légitime opinion publique puisse se manifester au sein d’une paroisse, d’un diocèse etc… On voit comment les consultations et enquêtes publiques pré-synodales, ou encore le courrier des lecteurs dans les journaux (catholiques ou non), ou même un certain recours judicieux aux sondages d’opinion etc… peuvent mettre en oeuvre concrètement cette intuition théologique : l’Église n’est pas une communion si la parole n’y circule pas, si la communication ne se fait que dans un sens. Les pasteurs doivent particulièrement y veiller.

« L’opinion publique dans l’Église apparaît ainsi comme une circulation de pensées dont les responsables de la communauté sont les promoteurs principaux (…). Manifestation de la sainte liberté des enfants de Dieu, l’opinion publique dans l’Église, c’est le dialogue de la famille dans l’obéissance surnaturelle, appelé par l’encyclique Ecclesiam Suam. Loin d’être une critique de l’Église, elle apparaît comme un signe d’amour à son égard. » 

 

Le sens de la foi des fidèles

Si le peuple de Constantinople a su proclamer Marie Theotokos contre l’enseignement de son évêque, ne faudrait-il pas croire qu’aujourd’hui encore le peuple chrétien a quelque chose à dire sur la vie de son Église ?

En termes théologiques, cela s’appelle le sens de la foi des fidèles.

Vatican II lui accorde une importance considérable :

« La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13 ), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre. » (Lumen Gentium n° 12)

 assembl%C3%A9e%20synodale%202%20024%20petite(1) Eglise

Vox populi, vox Dei.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

La fête de Marie Mère de Dieu nous le rappelle dès le début de cette nouvelle année.

Puissions-nous contribuer à faire entendre cette voix, dans la société comme dans l’Église !


[1]. Cf. le recueil de textes sur la question: Les médias. Textes des Églises,  Centurion, Paris, 1990.

 

 

 

 

1ère lecture : Voeux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos c?urs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

Mots-clés : , , , , , , , ,

26 août 2015

Quel type de pratiquant êtes-vous ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quel type de pratiquant êtes-vous ?

 

Homélie du 22° Dimanche du temps ordinaire / Année B
30/08/2015

 

Cf. également :  Signes extérieurs de religion

 

Que veut dire être pratiquant aujourd’hui en France ?


L’approche liturgique

Pratique religieuse

Les sociologues et statisticiens suivent cette question de près depuis longtemps. Dans les années 60, les célèbres enquêtes du chanoine Boulard ont fait prendre conscience de la ‘déchristianisation’ de la France, en relevant méthodiquement le nombre de ‘messalisants’ (ceux qui vont à la messe chaque dimanche), de ‘pascalisants’ (ceux qui ‘font leurs Pâques’ en se confessant et communiant) etc.

On obtient alors des courbes impressionnantes par leur déclin : la pratique religieuse se juge selon cette approche au nombre d’actes liturgiques et sacramentels posés par un pourcentage de citoyens de plus en plus restreint chez nous.

Cette définition de la pratique par la liturgie marque toujours notre inconscient. Dire : je ne suis pas très pratiquant signifie pour beaucoup : je ne vais pas souvent à la messe. À Normale Sup, on a même fini par appeler les étudiants catholiques les talas, parce qu’ils sont les rares qui vont-à-la messe…

Actuellement, selon cette approche liturgique, il n’y aurait ainsi que 5 % à 10% environ de pratiquants plus ou moins réguliers en France (cf. encadré).

 

L’approche éthique

Les lectures du jour semblent pourtant critiquer fortement cette approche finalement très réductrice où la liturgie est le seul marqueur de la pratique religieuse. Saint Jacques est le plus explicite dans notre deuxième lecture : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde… » (Jc 1, 17-27)

Pour lui, la véritable pratique religieuse est donc éthique. Rien ne sert d’aller à la messe si nos comportements quotidiens ne sont pas profondément transformés, et différents de ceux des païens.

Jésus dans l’évangile de ce dimanche (Mc 7, 1-23) souligne l’importance de la priorité de l’éthique sur les rites : lavage de coupes, de carafes et de plats sont des pratiques inventées par les hommes, des traditions purement humaines qui servent d’alibi à l’hypocrisie des scribes et des pharisiens. La vraie pureté ne vient pas de la façon de cuisiner (casher ou halal) ou de manger, mais de l’intérieur du cœur de l’homme. La longue liste des comportements contraires à la pratique religieuse selon Jésus (« inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure »…) démontre que le prophète de Nazareth appelle à une éthique fraternelle comme premier marqueur de l’identité croyante. En cela, il est le digne héritier de tous les prophètes juifs, qui n’ont cessé de spiritualiser les obligations légales pour mettre l’amour de l’autre au cœur de la pratique de la foi.

 Ablution Photo stock éditorial

Liturgie / Éthique / Foi

Liturgie, éthique : un troisième terme vient également jouer dans la composition de la pratique religieuse. C’est tout simplement la foi. Saint Pierre l’affirme de manière très claire à propos du baptême : « être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite » (1P 3, 18-21).

Jésus d’ailleurs avait déconcerté ses disciples en affirmant que « faire l’œuvre de Dieu, c’est croire en celui qu’il a envoyé ». Voilà donc que pratiquer a également à voir avec affirmer sa foi. Les Églises protestantes qu’on appelle confessantes ont redécouvert cette dimension de l’identité chrétienne au XVI° siècle en affirmant l’éthique comme une résultante de la foi et non l’inverse.

 

Nous voici alors devant un triangle : liturgie / éthique / foi, qui est celui du baptême lui-même. Souvenez-vous : l’onction d’huile (chrismation) qui fait du baptisé un autre Christ est accompagnée de la parole : « Dieu te marque de l’huile sainte afin que tu demeures éternellement membre de Jésus-Christ, prêtre prophète et roi ».

Prêtre renvoie à la dimension liturgique de la pratique (célébrer).

Prophète renvoie à la dimension de la foi (annoncer la Parole de Dieu).

Roi à la dimension éthique (gouverner le monde).

Être pratiquant, c’est articuler ces trois dimensions : il y a donc plusieurs manières de pratiquer, qui découlent de la hiérarchisation faite par chacun entre la Foi (F), la Liturgie (L), l’Éthique (E).

FLE

En ne retenant que les positions les plus claires (idéal-typiques, diraient les wébériens), on obtient 6 configurations de la pratique religieuse, selon l’ordre d’importance accordée à chaque composante :

 

· FLE : la foi est première, la liturgie et l’éthique sont secondes, dans cet ordre. Cela correspond assez bien historiquement à la position des Églises évangéliques, très confessantes. L’insistance est mise sur l’annonce (le kérygme) et la relation personnelle à Jésus reconnu comme Seigneur et Sauveur. Le culte et l’assemblée sont plus importants que dans le reste du protestantisme. L’éthique vient ensuite.

· FEL : Restant sauve la priorité de la foi, l’éthique vient juste après. La liturgie est bien là, mais moins importante.

C’est grosso modo la situation de la plupart des Églises réformées : la relation personnelle au Christ est première, et l’engagement social vient largement avant la dimension ecclésiale ou cultuelle.

· EFL : la transformation de la société est plus importante que les questions de dogmes, et la liturgie est minimisée. On peut y reconnaître la position du catholicisme social façon Action Catholique du début du XXe siècle : par notre action militante, ‘nous referons chrétiens nos frères’.

· ELF : l’éthique reste première, mais la liturgie vient la nourrir et soutenir le militantisme. C’est le catholicisme social façon Semaines sociales de la deuxième moitié du XXe siècle : nourris par les sacrements, les catholiques pourront exercer leurs responsabilités sociale pour le bien commun. Ce courant est plus marqué par l’appartenance ecclésiale que le précédent (qui était plus contestataire, au moins au début).

· LFE : c’est l’ordre choisi par la Lettre aux catholiques de France (1996) : leitourgia / kerygma / martyria. La « proposition de la foi » est cette construction assez originale de la pratique religieuse où, minoritaire, le petit reste catholique français sent qu’il ne tiendra pas s’il ne se nourrit pas d’abord des sacrements vécus dans l’assemblée liturgique.

· LEF : assez proche de la proposition de la foi, cette triade en est cependant distincte par l’importance accordée à l’éthique. On peut y reconnaître l’appartenance vécue dans la plupart des communautés dites nouvelles. L’expérience charismatique est essentiellement liturgique (au cours de la prière, en assemblée), et débouche sur un changement radical de vie (il y a un avant et un après la conversion). La foi fait est un peu le parent pauvre (proclamer Jésus Seigneur suffit).

 

Idéal-typiques, ces 6 configurations de la pratique religieuse ne se rencontrent jamais à l’état pur dans les personnes et les groupes réels. Elles permettent cependant de se repérer dans la constellation des sentiments d’appartenance.

On peut les projeter dans un espace identité religieuse / engagement social, car ces deux axes sont ceux qui produisent des effets visibles dans la société.

On obtient la visualisation suivante :

Pratique religieuse

Pratique religieuse

Les voisinages deux à deux de ces différentes formes de pratiques religieuses peuvent étonner, mais sont finalement très logiques. La proposition de la foi rejoint l’intuition évangélique d’une minorité active qui doit être la lumière du monde. Les communautés nouvelles reprennent en fin de compte les principes de l’Action Catholique la plus fidèle à l’enseignement ecclésial, en conciliant liturgie et éthique. Les sensibilités réformées (protestantes traditionnelles) sont assez proches de celles des militants d’Action Catholique dans leur aspect contestataire et prophétique des injustice sociales etc.

 

Entre ces 6 façons de pratiquer, il y a bien sûr une infinité de nuances et de gradations. Demandez par exemple à un groupe de personnes de noter de 0 à 3 l’importance que chacune donne à la foi, la liturgie et l’éthique dans la pratique religieuse, et vous verrez qu’il y a environ… 64 combinaisons et possibilités de se définir plus ou moins religieux !

 

L’important n’est pas de complexifier cette classification au risque de s’y perdre, mais de repérer ‘à la louche’ dans quel endroit et proche de quelle configuration vous vous situez.

Tenir ensemble foi / liturgie / éthique demande d’être à la fois lucide et critique sur l’articulation pratiquée entre les trois (personnellement d’abord, mais également collectivement, dans la paroisse, le groupe, l’Église qui est la mienne).

Seule une circulation incessante entre ces trois dimensions nous permettra de marcher à la suite du Christ, de pratiquer en vérité.

 

 

1ère lecture : « Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur » (Dt 4, 1-2.6-8)
Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’ Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

Psaume : Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5
R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.

Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.

Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.

2ème lecture : « Mettez la Parole en pratique » (Jc 1, 17-18.21b-22.27)
Lecture de la lettre de saint Jacques
Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde.

Evangile : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Le Père a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures.
Alléluia. (Jc 1, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres,mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , ,
12

Servants d'Autel |
Elder Alexandre Ribera |
Bibliothèque paroissiale de... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tishrimonaco
| Elder Kenny Mocellin.
| Dixetsept