L'homélie du dimanche (prochain)

31 août 2025

N’idolâtrez pas vos proches !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

N’idolâtrez pas vos proches !

Homélie pour le 23° Dimanche du Temps ordinaire / Année C
07/09/25

Cf. également :
La vie est courte…
La docte ignorance
Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?
S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Les cimetières de la Toussaint

1. Quand la famille tue
Souvenez-vous de l’assassinat de Carlo, le beau-frère du Parrain II, Michael Corleone. Carlo battait sa femme, Connie, la sœur de Michael. Un jour, après une nouvelle scène de violence domestique, Connie appelle Sonny Corleone, son frère aîné, impulsif et violent, pour l’alerter. Mais c’était un piège. Carlo a provoqué la dispute exprès, sachant que Sonny viendrait — et qu’il tomberait dans une embuscade. Sonny est criblé de balles, dans l’une des scènes les plus violentes du film. Carlo est responsable de la mort de Sonny, par vengeance et ambition.

Des années plus tard, Michael Corleone, devenu le nouveau Don, fait mine d’avoir pardonné à Carlo. Il lui fait croire qu’il sera réintégré dans les affaires, qu’il est désormais accepté comme un vrai membre de la famille. Mais en réalité, Michael a décidé que Carlo devait mourir. Pas pour se venger personnellement, mais pour restaurer l’honneur du clan et assurer la sécurité de la famille. Dans la scène finale du film, Michael confronte Carlo :
« Tu as trahi la famille. Tu as livré Sonny ». Il lui fait avouer, puis lui dit :
« Je ne te ferai pas de mal. Tu quittes la ville, ta vie est épargnée ».
Mais au moment où Carlo monte dans la voiture… il est étranglé à mort par un homme de main.

Voilà le paradoxe moral : un meurtre « au nom de l’amour de la famille », Michael fait tuer le mari de sa propre sœur. Il ment à Carlo, simule le pardon, pour mieux l’éliminer. Il prétend agir sans colère, mais par devoir envers le clan. Ce meurtre est l’illustration parfaite de la logique mafieuse : l’amour de la famille justifie tout, y compris le meurtre.

Le meurtre de Carlo est aussi le début de la fin pour Michael. Il perd peu à peu son âme, sa femme (Kay), ses illusions, puis son fils (dans Le Parrain III).
Il est englouti par la logique d’un amour familial dépourvu d’amour véritable. En cherchant à sauver la famille, il finit par la perdre.

N’idolâtrez pas vos proches ! dans Communauté spirituelle Miniature-800x445Voilà à quoi conduit l’amour de la famille lorsqu’elle est idolâtrée au point de tout lui sacrifier. Jésus de Nazareth sait bien que donner la priorité absolue à ses proches conduit à l’injustice, au mensonge, aux pires violences. Lorsqu’il est ainsi désordonné, l’amour des siens est une idole qui – telle Moloch – dévore ses propres enfants. Ce n’est qu’en ordonnant cet amour à un plus grand que lui qu’il pourra s’épanouir au service du bien commun. D’où l’avertissement de notre lecture de ce dimanche (Lc 14,25-33) : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,26).

Éliminons d’emblée les contresens possibles à partir du verbe haïr (μισέω = miseo, en grec). L’usage de ce verbe en Israël est en réalité un sémitisme – quasi intraduisible – lorsqu’il s’applique à deux personnes. Haïr signifie alors préférer l’une à l’autre, comme il est écrit en Dt 21,15 : « Lorsqu’un homme a deux femmes, il peut arriver qu’il aime l’une et haïsse l’autre, et que toutes les deux lui donnent des fils. Si l’aîné est le fils de la femme qu’il hait… » La Loi n’indique pas une haine émotionnelle de la part du mari, mais seulement une préférence pour la première épouse, avant la deuxième épouse. De même Paul emploie ce verbe pour comparer Jacob et Ésaü : « comme il est écrit : J’ai aimé Jacob, j’ai haï Ésaü. » (Rm 9,13 ; cf. Mal 1,2–3). Ésaü n’était pas haï de son père, ni de YHWH, mais Jacob était le préféré d’Isaac, comme Joseph sera le préféré de Jacob. Si cette notion de préférence vous choque, rappelez-vous que c’est une relecture a posteriori de la vie de chacun. Il se trouve que Jacob a été plus fidèle à YHWH qu’Ésaü, et Joseph plus que ses frères. C’est pour expliquer leur réussite spirituelle à la différence des autres que les auteurs bibliques les revêtent d’une préférence divine. Les autres, frères, épouses ou proches, qui sont médiocres ou infidèles sont qualifiés de « haïs ».

C’est donc à une gestion de nos priorités que nous invite Jésus : « Dieu premier servi »,  selon la devise de Jeanne d’Arc. Si Dieu passe avant nos proches, nous pourrons aimer mieux, davantage, en vérité.
« Ce que le Christ demande, ce n’est pas que nous haïssions notre père ou notre mère au sens propre, mais que nous ne les aimions pas plus que lui, surtout si cet amour devient un obstacle à sa volonté » (Jean Chrysostome, Homélie 35 sur Matthieu).
« Il faut quitter tout ce qui est nôtre, même ce qu’il y a de plus intime, si cela empêche de s’attacher totalement à Dieu. La vraie liberté commence là où l’on cesse de posséder, même les siens » (Grégoire de Nysse, De la vie de Moïse).

Pourquoi ? Proposons quelques arguments rationnels qui nous invitent à ne pas idolâtrer nos proches.

2. Préférer le Christ remet chacun à sa juste place
Faire de ma famille un absolu, c’est lui rendre un très mauvais service. Car l’autre n’est pas Dieu, fut-il mon conjoint, mon père, ma mère, ma sœur, mon frère ! Aimer Dieu en premier, c’est placer chaque relation sous le signe de la vérité.

Nos proches ne sont plus des absolus, ni des moyens de nous combler, mais des personnes confiées à notre amour et à notre liberté.
Cela permet un amour juste, capable de dire « non » quand c’est nécessaire, de pardonner sans oublier, de prendre soin sans s’effacer. C’est un amour qui respecte la liberté de l’autre, qui ne cherche pas à le façonner à notre image, mais à l’aider à grandir dans sa vocation propre.
Dédiviniser nos proches, c’est également ne pas tout attendre d’eux. L’être aimé n’est pas là pour me combler. Il ne possède pas automatiquement tout ce qui me manque. C’est injuste de lui demander de compléter mes lacunes, de dissiper les angoisses, d’abolir ma solitude, de toujours m’apporter l’aide nécessaire. Lacan aimait à répéter avec humour :
« Aimer, c’est donner quelque chose que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » (Séminaire VIII) !
L’amour vrai ne comble pas le manque chez l’autre : au contraire, il le creuse. Partager le manque-à-être est une alliance respectueuse de l’altérité de chacun, creusant le désir d’être-plus au lieu de le saturer.

prosternez-vous-à-l-amorce-12596847 amour dans Communauté spirituelleIdolâtrer, c’est faire de l’autre un tout, un absolu, ce qui l’aliène à notre représentation et à notre narcissisme ; ce qui nous enchaîne nous-même à l’illusion d’une complémentarité impossible.
Croire que l’autre va réparer notre incomplétude, c’est tomber dans une forme d’idolâtrie affective étouffante. C’est ce que Jésus dit (sans avoir lu Lacan !) : si tu demandes à l’autre de remplir la place de Dieu, tu le perds – et tu te perds.

Communier dans l’amour suppose une certaine distance à cultiver, une réelle distinction des deux, car l’amour-fusion aliène et détruit. Développer cette distance intime au cœur de la relation est au-dessus de nos seules forces, si nous ne le recevons pas de Dieu-Trinité, en qui relation et distinction se conjuguent en communion de personnes différentes.
Revenir à la source trinitaire de l’amour nous permet d’irriguer nos amours humains à leur image et ressemblance. Tels les saumons remontant la rivière pour donner la vie, il nous faut refluer en Dieu, afin d’y puiser la qualité de relation avec laquelle nous chérirons nos proches.

3. Préférer le Christ rend l’autre libre
Idolâtrer nos proches, c’est en réalité les asservir, comme on assigne une idole à la poursuite de nos intérêts égoïstes. On se prosterne devant une statuette pour obtenir la guérison, on porte une amulette pour être protégé, on danse autour de totems pour obtenir la pluie : tous ces petits dieux ne sont que des inventions des fantasmes de notre désir de toute-puissance.

Idolâtrer l’être aimé, c’est le posséder, faire de lui la solution à mes problèmes, le bouche-trou de mes manques, l’esclave de mes demandes les plus folles.

L’altruisme cache souvent un désir possessif inavoué, à l’image des dames patronnesses du XIXe siècle qui allait nourrir « leurs pauvres ».

Regardez la vie associative : sous prétexte de générosité, combien de bénévoles ne récupèrent-ils pas un statut social, une autorité, une reconnaissance qui leur faisaient cruellement défaut ? Ils font croire que ce sont des militants désintéressés, mais ont soif de pouvoir, de domination, de gloire, à travers une militance apparemment innocente et humaniste. Très vite, ils veulent devenir indispensables, incontournables ; ils ont du mal à passer le relais (sous prétexte qu’il n’y a personne derrière) ; ils imposent leurs idées ; leur gouvernance, leur vision.
« Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi… » (Mt 20,26)

L’agapè, c’est cet amour qui aime sans condition de réciprocité. Mais pour qu’il ait valeur, encore faut-il qu’il ne serve pas de masque à un désir de maîtrise. L’amour chrétien n’attend pas tout de l’autre, car l’affection peut être facilement détournée en amour captatif s’il ne fait pas un certain travail de deuil sur le désir, sur le manque.
On peut se croire altruiste et être profondément possessif !
Or le samaritain se retire et disparaît avant que le blessé puisse le remercier. Et Saint-Vincent de Paul n’abordait le soin des pauvres qu’avec crainte et tremblement : « Quand vous donnez à un pauvre, il faut se retirer avant qu’il puisse vous remercier ». « Cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés ; reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services ».

L’amour immodéré de sa famille – quand on la place au-dessus de tout, même de la vérité, de la justice ou de la liberté – peut devenir immoral, dangereux, voire illégal.
Le népotisme par exemple fait des ravages chez les puissants (et même dans l’Église !) : Napoléon avait placé ses enfants sur les trônes des royaumes d’Europe, Trump se sert de ses proches comme ambassadeurs fantômes ou négociateurs de l’ombre ; nos dirigeants confient des postes à des membres de leur famille sans compétences réelles ; des chefs d’entreprise détournent de l’argent pour leur famille etc.
La corruption, la justice, les inégalités se nourrissent fort bien de l’amour familial désordonné !

Par amour de leur famille, certains parents taisent le crime de leurs enfants, et des enfants mentent pour innocenter leurs parents.
Par amour de la famille, j’ai vu en Afrique des parents empoisonner leur fille qui refusait un  mariage arrangé, et les déshonorait par cette insoumission.
Par amour de la famille, les vendettas continuent à semer la mort en Corse, au Kosovo ou ailleurs.
Par amour de la famille, les « crimes d’honneur », si fréquents dans les cultures traditionnelles (Maghreb, pays slaves etc.) font régner un climat de terreur.
Par amour de la famille, des enfants « différents » (handicap, homosexualité, opinions politiques ou religieuses) sont mis à la porte, exclus, ou pire.
Par amour de la famille, des parents vont élever leur enfant-roi loin de tout repère et de toute limite.

L’amour du Christ nous libère de la peur et du besoin de possession. Quand on aime d’abord le Christ, on ne demande plus aux autres de combler ce que Dieu seul peut remplir : un besoin absolu de reconnaissance, de sécurité, de sens. Cela évite de transformer nos proches en « béquilles affectives » ou en idoles, et de les aimer pour ce qu’ils nous donnent, plutôt que pour eux-mêmes.
L’amour du Christ, qui est inconditionnel, guérit l’angoisse du manque et nous ancre dans une paix intérieure. Cela rend notre amour plus libre, moins centré sur nous, plus ouvert à l’autre tel qu’il est.

4. Aimer nos proches en Dieu
Le Christ est le raccourci le plus efficace entre les autres et nous. Aller vers l’autre en passant par Lui, c’est l’humble chemin de qui veut laisser Dieu aimer en lui et à travers lui.

Jean-Paul II l’écrivait : « L’homme ne peut se comprendre pleinement sans le Christ. Il ne peut non plus aimer véritablement les autres sans passer par le Christ, qui révèle pleinement l’homme à lui-même » (Redemptor Hominis, n° 10).
Et Benoît XVI complétait : « L’amour devient divin dans la mesure où il vient de Dieu et nous unit à Dieu. Il nous transforme jusqu’à ce que nous n’aimions plus seulement en nous, mais aussi à partir de Dieu, en Dieu ».
Le pape François abondait en ce sens : « Il ne s’agit pas de remplacer l’amour humain par l’amour divin, mais de l’inscrire dans l’amour de Dieu pour le rendre plus vrai » (Amoris laetitia, n° 104).

 familleC’est donc à partir de Dieu que nous pouvons le mieux aimer.
Quand vous voulez chérir vos proches, changez de point de vue, adoptez le point de vue de Dieu ! Voyez-le comme Dieu lui-même le voit.

Être plongé dans le cœur de Dieu est le plus court chemin pour être unis nos frères, et réciproquement la prière continuelle nous conduit de la compassion envers autrui à l’union à Dieu, et de l’union à Dieu à l’amour d’autrui, en les aimant à partir de Dieu et en Dieu.

Le starets Silouane, du mont Athos, raconte comment son intercession pour les ouvriers travaillant sur les chantiers de l’île le conduit au cœur du mystère divin, où là il retrouve les visages de ces ouvriers, qui à nouveau le mènent en Dieu seul etc., dans un mouvement perpétuel de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu :
« Au début, je priais avec des larmes de compassion pour Nicolas, sa jeune femme et leur petit enfant mais, à mesure que je priais, le sentiment de la présence divine m’envahissait de plus en plus ; à un certain moment, il devint si intense que, perdant de vue Nicolas, sa femme, leur enfant, leurs besoins, leur village, je n’eus plus conscience que de Dieu seul. Le sentiment de la présence de Dieu m’entraîna dans un recueillement de plus en plus profond ; soudain, au sein même de cette présence, je rencontrai l’amour de Dieu et, au cœur de cet amour, Nicolas, sa jeune femme et l’enfant ; alors, avec l’amour même de Dieu, je recommençai à prier pour eux ; mais je me sentis derechef attiré dans de nouveaux abîmes au fond desquels je rencontrai une fois de plus l’amour de Dieu. C’est ainsi que se passent mes journées : je prie pour chacun de mes ouvriers, tour à tour, l’un après l’autre ; la fin de la journée je leur dis quelques paroles, nous prions ensemble et ils vont se reposer. Quant à moi, je regagne le monastère pour m’y acquitter de mes devoirs monastiques » [1].


Conclusion :
aimer-son-prochain-300x158 idole
Aimer le Christ en premier, ce n’est pas aimer les autres moins — c’est les aimer mieux :

en vérité, sans mensonge ni illusion,
en liberté, sans dépendance affective,
avec une force qui dépasse nos limites humaines.
C’est un amour qui désencombre, qui élargit le cœur, et qui permet à chacun d’exister dans la lumière de Dieu, non dans l’ombre de nos attentes.
Aimer Dieu en premier n’abolit pas l’amour humain, mais l’élève,
L’amour du Christ purifie les attachements affectifs.
L’amour des proches, s’il est centré sur Dieu, devient plus vrai, plus libre, plus fort.
Les autres amours s’éclairent, se purifient et se fortifient lorsqu’ils sont ordonnés à l’amour du Christ.
L’amour du prochain devient plus vrai quand il est enraciné dans l’amour de Dieu, et non dans le besoin affectif et la peur de la perte.

Ne pas idolâtrer ses proches, c’est accepter leur altérité, leur manque, leur non-réponse.
C’est renoncer à la fusion, au désir d’être leur tout ou de faire d’eux notre tout.
C’est aussi savoir aimer sans posséder, jusqu’à accepter de perdre la vie au lieu de vouloir la garder : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ».

___________________________________

[1]. Mgr Antoine Bloom, L’école de prière, Seuil (LV 143), 1972.


LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13-18)

Lecture du livre de la Sagesse
Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

PSAUME
(Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)
R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
 (Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

DEUXIÈME LECTURE
« Accueille-le, non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé » (Phm 9b-10.12-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon
Bien-aimé, moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus, j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ. Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur. Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile. Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers. S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur. Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c’était moi.

ÉVANGILE
« Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 25-33)
Alléluia. Alléluia.
Pour ton serviteur, que ton visage s’illumine : apprends-moi tes commandements. Alléluia. (Ps 118, 135)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’ Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix. Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , ,

18 mai 2025

Si vous m’aimiez…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Si vous m’aimiez…


Homélie du 6° Dimanche de Pâques / Année C
25/05/25


Cf. également :
Se réjouir d’un départ 

L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…
L’agneau mystique de Van Eyck

Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous
La gestion des conflits
L’Esprit et la mémoire
Dieu nous donne une ville
L’Esprit nous précède
Lier Pâques et paix
La Trinité en actes : le geste de paix
La paix soit avec vous
Les chrétiens sont tous des demeurés
Ton absence…
Ascension : la joyeuse absence

 

1. Ne pleure pas si tu m’aimes

La mort n’est rien, je suis seulement passé de l’autre côté,
Je suis Moi, tu es Toi.
Ce que nous étions l’un pour l’autre, je le suis toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné,
Parle-moi comme tu l’as toujours fait,
N’emploie pas un ton différent,
Ne prends pas un air solennel ou triste,
Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Prie. Souris. Pense à moi. Prie pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été :
sans emphase d’aucune sorte , sans une trace d’ombre.

La vie signifie toujours ce qu’elle a toujours signifiée,
Elle reste ce qu’elle a toujours été : le fil n’est pas coupé.

Pourquoi serai-je hors de ta pensée ? Simplement parce que je suis hors de ta vue ? 
Je t’attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin…

Tu vois, tout est bien…
Ne pleure pas si tu m’aimes !
Si tu savais le don de Dieu et ce qu’est le ciel !
Si tu pouvais d’ici entendre le chant des anges et me voir au milieu d’eux !
Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les nouveaux sentiers où je marche !

Si un instant, tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent !
Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui m’enchaînaient, et quand, un jour que Dieu seul connaît, ton âme viendra dans ce ciel où l’a précédée la mienne… ce jour-là, tu me reverras et tu retrouveras mon affection purifiée.
À Dieu ne plaise qu’entrant dans une vie plus heureuse, je sois fidèle aux souvenirs et aux vraies joies de mon autre vie et sois devenu moins aimant.
Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur, non plus attendant la mort, mais avançant, d’instant en instant avec toi, dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie !

Alors… essuie tes larmes, et ne pleure plus…
Si tu m’aimes !…
St Augustin

Ce texte est souvent choisi par les familles en deuil pour accompagner la célébration des obsèques d’un proche. En le lisant, je me rappelle immanquablement les funérailles traditionnelles que j’ai vécues autrefois (il y a 45 ans !) en Afrique Noire. Quand c’est un ‘vieux’ – rassasié de jours – ou un notable qui meurt, le village organise trois jours de fête avec repas et bière de mil à volonté pour tous. Parfois, on sort les masques qui dansent pour accueillir le défunt dans la compagnie des ancêtres. Et puis une longue procession avec tambours, chants, youyous des femmes et pas de danse de la foule transporte le cercueil du défunt jusqu’au cimetière. J’ai vu des cercueils voler en l’air portés par des explosions de vieux fusils et l’allégresse de la multitude se passant le cercueil à bout de bras pour se réjouir du sort du défunt ! Les fanfares de jazz entourant le corbillard dans sa marche funèbre à la Nouvelle-Orléans en Louisiane sont un héritage direct de ce rapport joyeux à la mort, qui en étonne plus d’un…

Et si c’était eux qui avaient raison ? Un certain christianisme européen avait transformé le deuil en tristesse obligée, en chagrin démonstratif, avec catafalques, crêpes noirs et pleureuses de circonstance. La modernité a inversé ce rapport dramatique à la mort en l’évacuant de notre horizon : on meurt à l’hôpital, seul le plus souvent. On incinère discrètement, sans flonflons ni fanfares. On revient au bureau ou à l’usine deux jours après, comme si rien ne s’était passé, comme s’il ne fallait pas en parler.

Entre ces deux extrêmes, l’Évangile de ce dimanche (Jn 14,23-29) nous invite à concevoir l’absence autrement : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je pars vers le Père ».

Comment se comprendre ce lien absence–joie établie par le Christ ?

 

2. Vous ne m’aimez pas

Saint Augustin – toujours lui ! – relève d’abord que Jésus gifle ses amis par cette remarque cinglante :

Si vous m’aimiez… dans Communauté spirituelle« Si vous m’aimiez » ; que veulent dire ces mots ? « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père. – Si vous m’aimiez », ne signifie-t-il donc pas : « Vous ne m’aimez pas ?  » Mais alors qu’aimez-vous ? La chair que vous voyez et que, pour ce motif, vous, ne voulez pas perdre de vue. Mais « si vous m’aimiez », moi, moi-même qui suis le Verbe existant dès le principe, existant en Dieu et Dieu même, comme le dit encore saint Jean ; « si donc vous m’aimiez » en tant que je suis le Créateur de toutes choses, « vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père ». […]

Défaites-vous donc de vos désirs trop humains. Il semble que le Seigneur ait dit à ses Apôtres : « Vous ne voulez pas me quitter : tous vous êtes comme celui qui ne veut pas se séparer de son ami et qui lui dit en quelque sorte : Reste avec nous encore un peu de temps, car notre âme se ravive en te voyant ; mais il vous sera plus avantageux de ne plus voir ce corps et de songer davantage à ma divinité ».

(Sermon 264)

 

‘Tu ne m’aimes pas’ : oseriez-vous dire cela à votre ami intime ? à votre conjoint ? à votre collègue ou responsable hiérarchique ?

‘Si vous m’aimiez’ => ‘Vous ne m’aimez pas’ : par cette implication logique, saint Augustin souligne le double courage de Jésus, qui peut devenir le nôtre :

– le courage du constat

– le courage du reproche

 

Constater courageusement

On peut se faire illusion, de bien des manières, et longtemps, afin de sauvegarder l’apparence d’une relation de qualité avec des proches, des amis, des collègues, un conjoint.

Le déni est la stratégie inconsciente la plus répandue pour éviter une difficulté, un conflit, une rupture.

En ce moment par exemple, le déni du risque de guerre en Europe tente à nouveau les pacifistes de tous bords – catholiques, LFI ou RN – au nom de beaux idéaux. Ce même déni a déjà paralysé Chamberlain et Daladier devant Hitler, les communistes français devant les goulags russes, les belles âmes maoïstes devant la Révolution culturelle chinoise ou les camps de rééducation de Pol Pot etc. …

 

Constater un désamour demande du courage. Accepter que le réel soit ce qu’il est demande de quitter sa grille de lecture habituelle.

Un écrivain racontait un jour cette anecdote : lors d’une randonnée en montagne avec un ami, tous deux se perdent au milieu des massifs et des sentiers. Son ami déploie alors une carte, observe attentivement les lignes du relief autour de lui et déclare solennellement : « Ce paysage est faux ! ». Plutôt que de remettre en cause sa lecture des cartes, il préférait s’enfermer dans sa vision idéologique du monde qui l’entoure, quitte à affirmer que ce monde n’existe pas s’il ne correspond pas à ce qu’il veut y lire !

Cette anecdote rappelle le lapsus d’Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle de 2022 (03/02/22), qui mérite également une palme : « Je ne vois que ce que je crois ». On ne saurait mieux décrire l’aveuglement idéologique qui empêche de voir le réel (ce qui nous guette tous) !

Ainsi en est-il de nos désamours : ils devraient nous crever les yeux, et nous préférons détourner le regard pour continuer à y croire.

Combien se sont laissé détruire par ce refus de voir ce qui est ?

 

Jésus, lui, ne laisse pas s’installer de fausses amitiés, de dangereux sous-entendus.

Non, Pierre, tu n’es pas mon ami si tu veux éviter la Croix.

Non, Judas, tu ne sers pas la cause des pauvres en rêvant de violence et de domination inversée.

Non, Marie, tu n’es pas ma mère si tu mets les liens du sang au-dessus des liens de la Parole.

Il faut prendre conscience de la violence véhiculée par le courage du constat.

Dire : ‘Tu ne m’aimes pas’, c’est violent, c’est risqué. Dans la bouche de Jésus, c’est salvateur, car il appelle ainsi ses amis à une opération-vérité : pouvez-vous m’aimer pour moi-même, et non pour le réconfort que je vous apporte ?

 

Le courage du reproche

coeur-amour-geste-mains-t157h0 amour dans Communauté spirituelleJésus ne s’arrête pas au triste constat : « Vous ne m’aimez pas ». Il formule le grief qu’il ressent à l’encontre de ses amis : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez ». Il leur reproche de ne pas se réjouir pour lui, car ils s’attristent pour eux. Ce reproche n’a pas pour but de rompre le lien avec eux : au contraire, il leur indique la voie pour une autre communion d’amour avec lui. Autrement dit, il ne nous reproche pas pour s’éloigner, mais pour nous rendre proches à nouveau.

Il reproche pour rapprocher.

Trouver le ton juste, le bon moment, les paroles qui conviennent à ce type de reproche est l’œuvre de l’Esprit de Dieu en nous.

Proféré avec menace, il peut tout casser.

Dis au mauvais moment, il est inaudible.

Rempli de paroles destructrices, il peut désespérer.

Le reproche dans l’Esprit est une main tendue ; il propose à l’autre une alternative pour contourner l’obstacle ; il désire qu’il change et non qu’il disparaisse.

 

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière », et « cette vérité vous rendra libres ». Le reproche ‘façon Jésus’ est l’opération-vérité qui, avec nos collègues, notre famille, nos amis, nous permettra de ne pas mettre sous le tapis les blessures subies, et nous rendra mutuellement libres pour franchir une nouvelle étape dans notre relation.

 

3. Si vous m’aimiez…

depositphotos_63587897-stock-illustration-i-love-jesus-heart-sign JésusQue propose Jésus à ses amis pour surmonter leur égoïsme ? De se réjouir de ce qu’il devient, et non de s’attrister de ce qu’il n’est plus. Reprenez l’image du deuil évoqué par saint Augustin. La plupart des gens pleurent sur eux-mêmes plus que sur leur défunt ! Ils sont tristes de ne plus recevoir de lui affection, chaleur humaine, présence, amour, amitié. Mais ils ne pensent pas un seul instant à ce que le défunt devient en Dieu à travers la mort ! Or, si c’est vraiment la communion avec Dieu et en Dieu qui nous attend, comment pourrait-on être triste pour l’être aimé qui va rejoindre cette plénitude ? Demandez aux mères : la douleur de l’accouchement s’efface devant la joie de voir une autre vie apparaître. Demandez aux parents qui ont appris à se réjouir du départ de leurs enfants, car ils doivent aller vers eux-mêmes.

Il est possible – et même salutaire – de se réjouir de l’absence d’un être aimé…

Sans cette espérance de le savoir en Dieu, il ne reste plus que le chagrin et la blessure.

VentsLeman reproche

Le vent souffle où il veut…

 

Garder sa Parole, c’est vivre dans la liberté de l’Esprit, qui sait tirer du neuf de l’ancien.

C’est ne jamais s’arrêter à ce qu’on a cru comprendre de la foi.

C’est privilégier l’inspiration à la copie, le pont à la barrière, l’Exode à la servitude.

« Le vent souffle où il veut » : si nous aimons le Christ, nous garderons sa Parole dans le souffle de l’Esprit, qui nous conduit vers la vérité tout entière en renouvelant toute chose.

 

Oser reprocher, avec le désir de bâtir une communion plus vraie, plus forte : que la parole du Christ nous apprenne cette patience envers les autres et envers nous-mêmes!
Si toutefois nous aimons le Christ plus que ce qu’il nous apporte…

 


Lectures de la messe


Première lecture
« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas. Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »


Psaume
(Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)
R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
ou : Alléluia.
 (Ps 66, 4)


Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.


Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.


La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !


Deuxième lecture
« Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel » (Ap 21, 10-14.22-23)


Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau.


Évangile
« L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)
Alléluia. Alléluia.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , ,

27 avril 2025

Lier responsabilité et amour

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Lier responsabilité et amour

 

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année C
04/05/25


Cf. également :
Mais pourquoi diable Pierre était-il tout nu ?
Les 153 gros poissons
Quand tu seras vieux…
Le devoir de désobéissance civile
Les 7 mercenaires
L’agneau mystique de Van Eyck
Manager en servant-leader
Jesus as a servant leader


Le choix des Douze

On raconte que Jésus s’interrogeait beaucoup sur le choix de ses associés les plus proches au début de son ministère public. Pour en avoir le cœur net, il demanda à un célèbre cabinet-conseil de la capitale, expert en management, une étude sur l’équipe qu’il avait constituée. Voici la réponse qu’il a reçue :

 

Lier responsabilité et amour dans Communauté spirituelleCabinet McKinsey Palestine

3 Rue du Calvaire Jérusalem

 

Cher Monsieur Christ,

 

Nous vous remercions de nous avoir confié les CV des douze hommes que vous avez sélectionnés pour leur confier des postes de responsabilité dans votre nouvelle entreprise internationale de « pêcheurs de têtes ».

Suite à de nombreux examens et entretiens avec nos consultants en aptitude pour le ministère, ainsi qu’une rencontre avec notre psychologue spécialisé, nous vous faisons part des résultats de ce processus d’évaluation. Malheureusement, il s’avère que la plupart de vos candidats manquent d’expérience, de formation et d’aptitudes pour le genre d’entreprise dans laquelle vous comptez vous lancer. Ils n’ont pas l’esprit d’équipe et leur connaissance des langues étrangères est nettement insuffisante. Nous vous recommandons donc de continuer vos recherches en vue de découvrir des candidats qui aient de l’expérience dans la gestion des affaires et qui aient prouvé leurs compétences.

 

Afin de vous permettre de cibler qualitativement vos prochaines candidatures, voici le résultat de certains profils que vous nous avez transmis.

  • Simon Pierre est un instable émotionnel, en proie à des sautes d’humeur, un peu borné pour tout dire.
  • André n’a aucune disposition pour assumer des responsabilités.
  • Les deux frères Jacques et Jean, les fils de Zébédée, placent leur intérêt personnel au-dessus du dévouement envers la société.
  • Thomas a tendance à douter de tout et pourrait avoir une influence négative sur le groupe.
  • Nous nous voyons dans l’obligation de vous faire savoir que Matthieu figure sur la liste noire de la « commission de Jérusalem pour la transparence des affaires ».
  • Jacques a une tendance dangereuse à la radicalisation et à l’utopie, stigmatisant les riches sans raison.
  • Les relations de Simon – dit le zélote – avec des milieux extrémistes font de lui un élément difficile à contrôler et susceptible de mener des actions irresponsables.
  • Les autres postulants sont sans relief, quasiment invisibles.

 

Toutefois, un des candidats a de grandes possibilités…. Il est capable et imaginatif, a le contact facile et un sens développé des affaires, il ne manque pas de relations avec les personnalités haut placées. Son goût pour la discrétion et pour l’organisation sont de vrais atouts et les différents entretiens réalisés ont montré qu’il est motivé, ambitieux et n’a pas peur des responsabilités. Nous vous conseillons donc de prendre Judas Iscariote comme votre administrateur et bras droit. 

 

Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans votre nouvelle aventure.

En joignant à cette étude notre facture (à régulariser sous huitaine), nous restons à votre disposition pour compléter votre recherche et vous aider dans le développement de votre organisation à laquelle nous souhaitons succès et durée.

 

Comme quoi le choix des Douze ne s’aligne pas sur les modes managériales d’une époque ! 

Ce dimanche, c’est le choix de Pierre qui est sous le feu des projecteurs (Jn 21,1-19). En répétant par trois fois : « M’aimes-tu ? » « Sois le pasteur (leader) de mes brebis », Jésus ne rappelle pas seulement à Pierre son triple reniement – trois fois pardonné – mais surtout il lui confie une mission particulière, il lui donne une responsabilité majeure : « Sois le pasteur de mes brebis ».

 

Parce qu’il aime, Pierre sera pasteur. Dans cet ordre.

Est-ce ainsi que les responsables sont nommés dans notre monde actuel ?
Passons en revue quelques fondements de l’autorité dans nos entreprises, familles ou Églises, afin de de les comparer à la pratique de Jésus envers Pierre et les Douze.

 

L’accès aux responsabilités selon les païens


– Fonder la responsabilité sur la compétence

133549680 amour dans Communauté spirituelleC’est l’une des premières raisons auxquelles on pense : confier les plus grosses responsabilités à ceux qui sont les plus compétents. En France, cela a donné Polytechnique et l’ENA ou Science-Po comme voie royale pour devenir haut fonctionnaire, député ou ministre.

Jésus a-t-il choisi des énarques de son temps ? Pas sûr que Pierre ait réussi un grand oral de quelque concours de grande école que ce soit… Car le problème du critère de compétence, c’est qu’il s’appuie sur le passé, sans préjuger du futur. Et quelle compétence ? Sur quels critères ? À quel horizon (le court-terme est souvent en contradiction avec le moyen ou le long-terme) ? Si bien que le ‘principe de Peter’ fonctionne à plein dans nos administrations et nos entreprises : on promeut de plus en plus haut quelqu’un qui a réussi, jusqu’à ce qu’il se révèle inefficace au poste confié, parce que qu’ayant dépassé son seuil de compétence maximum, et donc ayant atteint son seuil d’incompétence…
De plus, on confond souvent plusieurs types de compétences : l’expert maîtrise son sujet technique, le manager sait animer une équipe et valoriser chacun. Mais un bon expert ne fera pas forcément un bon manager ! Promouvoir un excellent expert à un poste managérial peut s’avérer désastreux (et réciproquement).

 

Les compétences passées de Pierre ne sont pas exceptionnelles : il n’avait rien pêché (même de nuit) la première fois que Jésus l’a rencontré. Il n’a rien compris à l’annonce de la Passion, jusqu’à se faire traiter de ‘Satan’ par le patron en personne. Et il a renié publiquement trois fois celui qu’il disait avec fanfaronnade être capable de suivre au bout du monde. Pas brillant ! Pourtant, Jésus ne voit pas en lui le pécheur du passé, mais le pêcheur d’hommes du futur. Il fait le pari qu’avec l’Esprit Saint, ce caractère sanguin et entier se donnera entièrement à sa mission, avec brio. On dirait aujourd’hui qu’il fait le pari de l’empowerment de son associé : il saura grandir à la hauteur de l’énorme responsabilité « papale » que le Ressuscité lui confie.

 

Fonder la responsabilité sur la seule compétence passée (et laquelle ? mesurée comment ?) est trop court.

 

– Fonder la responsabilité sur le mérite

C’est une variante de la compétence. On fait souvent l’éloge du mérite républicain pour récompenser ceux qui ont su avoir un beau parcours d’études ou d’affaires grâce à leur travail, sans rien devoir à l’héritage. Pourquoi pas ? Récompenser un talent sorti de nulle part a valeur d’exemple. À condition que ce parcours de réussite soit possible pour le plus grand nombre et pas seulement quelques-uns. Et il restera encore à vérifier que ce mérite passé se traduira bien en mérite futur, que le médaillé d’hier ne devienne pas le petit chef de demain…

- Fonder l’autorité sur le vote
C’est presque une évidence de nos démocraties occidentales. On remet à l’heureux élu les manettes du pouvoir politique (élections des maires, députés, présidents etc.), managérial (par le vote du Conseil d’administration), on attribue aux distingués une autorité morale (prix littéraires, Eurovision etc.). Pourtant, les frasques d’un certain Donald (le bien nommé !) nous montre que cette assise de l’autorité sur le vote est fragile : les élections reviennent très souvent et peuvent se contredire les unes les autres (Biden/Trump, Merkel/Merz etc.) car les opinions publiques sont versatiles, et manipulables. De plus, on sait d’expérience que le vote populaire peut se tromper et amener le pire.
Les chrétiens savent en outre que le vote de la foule a condamné Jésus lors de son procès (« Crucifie-le ! »). Le Bien ne découle pas forcement de l’avis d’une majorité, ni le Beau, ni le Vrai… Sans transcendance, le vote démocratique n’est jamais que le reflet des intérêts, des peurs, des égoïsmes des individus (Cf. par exemple la question de l’IVG).

Nécessaire, mais non suffisant : le vote est utile, mais ne peut fonder à lui seul l’autorité légitime.

– Fonder la responsabilité sur le copinage

copinage_tunis leadershipC’est une pratique plus courante qu’on ne le croit ! Les grenouilles se font reines les unes les autres… Au moment de recruter un collaborateur, c’est plus facile de faire appel à des gens qu’on connaît déjà par ailleurs, et avec qui le courant passe bien. C’est ainsi que les anciens élèves des grandes écoles se cooptent de promotion en promotion : on est sûr de rester dans un certain moule de pensée. C’est ainsi que Richard Ferrand a été nommé président du Conseil Constitutionnel, lui qui n’a aucune compétence juridique mais peut seulement se prévaloir du passeport de son amitié avec Emmanuel Macron. On pourrait également citer Alexandre Kohler, Emmanuelle Wargon, Christophe Castaner, Amélie de Montchalin, Jean Castex, Stéphane Séjourné, Florence Parly etc. La République des copains !

C’est encore une des raisons de la prospérité des clubs où l’on pratique l’entre-soi (Rotary, Lions club, loges maçonniques etc.).
C’est ce qui motive certains à être de serviles béni-oui-oui des puissants, dans l’espoir de bénéficier des prochaines promotions. À l’extrême, c’est le principe mafieux de la famille, de la Cosa Nostra, des amis débiteurs, de la corruption généralisée…

 

Or les nominations par copinage affaiblissent le pouvoir : par manque d’altérité, par oubli de la compétence, par le sentiment d’injustice qu’elles génèrent. Même les monarques absolus choyaient leur fou du roi, qui les aidait à penser contre eux-mêmes.

Jésus n’a pas choisi ses amis pour devenir les Douze. Il a pris douze inconnus, il en a fait ses amis parce qu’il les avait choisis, et non l’inverse.

 

Fonder la responsabilité sur le copinage est un confort relationnel qui trop souvent finit en catastrophe (et c’est vrai dans l’Église comme ailleurs…).

 

– Fonder la responsabilité sur la richesse

Elon Musk a déjà la plus grosse fortune du monde et pourrait mettre le cap sur les 1.000 milliards de dollarsOn y pense moins, mais c’est aux riches qu’on attribue fréquemment des charges prestigieuses, des titres impressionnants. Pensez à Elon Musk : voilà un jeune ingénieur surdoué qui cumule compétences technologiques et réussite entrepreneuriale, fortune immense et copinage avec Trump. Alors qu’il n’est pas élu, le voilà à la tête d’un quasi-ministère chapeautant des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux, avec un statut de quasi vice-Président aux USA et de quasi chef d’État à l’étranger !

‘On ne prête qu’aux riches’ : il semblerait qu’on leur prête également beaucoup de responsabilités, auxquelles les citoyens modestes ont du mal à accéder. Et ne parlez pas des milliards de Donald Trump, de Vladimir Poutine ou de MBS (Mohammed Ben Salmane, Arabie Saoudite) et autres richissimes chefs d’État… !

 

Jésus a expressément choisi les Douze parmi les gens ordinaires de son peuple. Il n’a jamais méprisé les riches, mais savait combien c’est difficile pour eux d’entrer dans le royaume des cieux (Mt 19,23). Dès lors, il a conditionné l’accès aux responsabilités dans son Église à l’abandon de toute cupidité, de toute soif d’accumulation. Pierre était le petit patron d’une PME familiale de pêche, mais il ne roulait pas sur l’or. Les papes qui après lui ont cédé à la fascination de la richesse – et il y en a eu, hélas ! – ont été considérés comme des renégats par l’opinion publique ecclésiale. À juste titre.

 

– Fonder la responsabilité sur la capacité d’influence

Devin AstérixChoisir des collaborateurs qui appuieront ma cause auprès des puissants, parce qu’ils sont bien introduits dans les sphères du pouvoir : la tentation du carnet d’adresses est une dérive toujours actuelle. Choisir un fils de famille pour avoir sa parenté dans la poche, un cadre du Parti pour décrocher la bénédiction de la nomenklatura, un membre de telle congrégation religieuse pour la canaliser : cela fait des siècles que l’on voit des chefs débarquer à un poste grâce à leur carnet d’adresses plus qu’à leurs compétences.

Elon Musk – encore lui – est un peu cet influenceur (réseau X, ex Twitter) incontournable que Donald Trump a intérêt à flatter en lui confiant des titres ronflants. Mieux vaut l’avoir comme allié – même encombrant – que comme ennemi, vu son incroyable impact social !

 

Ces calculs machiavéliques d’alliances et d’influences manipulatrices n’ont jamais été des critères pour le ministère dans l’Esprit de Jésus. Simon Pierre ne connaissait pas grand monde à Jérusalem, et encore moins à Rome ! Pourtant, c’est bien de lui dont on parle encore à Rome, plus que des empereurs habiles en stratégie relationnelle…

 

Fonder la responsabilité sur la capacité d’influence est un calcul païen dangereux : acquérir par ruse des alliés ne remplacera jamais les amis que Jésus s’est acquis par le lavement des pieds et le sang versé.

 

– Fonder la responsabilité sur ‘la nature des choses’

pyramide_des_castes-min Pierre

On l’a oublié, mais autrefois la naissance suffisait à fixer à chacun son poste de responsabilité. Être de sang royal suffisait à prétendre à la couronne. Appartenir à la noblesse suffisait à se voir confier des terres, du personnel domestique, des fonctions administratives. Être né paysan ne donnait comme horizon que de reprendre la ferme familiale, sans ambitionner d’autres responsabilités.

On considérait comme ‘naturel’ d’attribuer à chacun selon sa naissance, et non selon sa compétence, son mérite ou même ses richesses. Le système des castes en Inde continue à reproduire ce schéma social. Et en France, il est encore peu fréquent de voir des femmes, des personnes handicapées ou des figures issues de la diversité parmi les grands dirigeants et responsables… Ne parlons même pas de l’accès des femmes à un réel pouvoir de gestion et de décision dans l’Église ! Nous n’en sommes encore qu’à des balbutiements (même si cela progresse) !

 

Fonder la responsabilité sur ‘la nature des choses’ nous rend aveugles sur les dominations cachées, les fausses légitimations construites dans l’intérêt de quelques-uns.

 

Lier responsabilité et amour

3eme-dimanche-de-Paques-2022-1 responsabilitéArrêtons-là la liste des fondements païens de la responsabilité. Si certains sont nécessaires, ils ne sont jamais suffisants. Et Jésus les critique radicalement en mettant l’amour comme critère d’entrée : « M’aimes-tu ? » « Sois le pasteur de mes brebis ». Pas un amour vague et sentimental. Un amour de service (lavement des pieds des subordonnés) et de don de soi (Passion). Jésus voyait bien comment les hauts placés de son époque avaient obtenu leurs grades, leurs médailles, leurs titres et comment ils exerçaient leur pouvoir : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave » (Mt 20,25-27).

 

Fonder la responsabilité sur la compétence, le mérite, la richesse, le copinage, la capacité d’influence ou la nature des choses : parmi nous, il ne doit pas en être ainsi 

Dans l’Église, ces pratiques païennes du pouvoir devraient être dénoncées, combattues, et remplacées par un authentique amour fraternel. Dans la société (l’économie, la politique, l’associatif…), les chrétiens doivent révéler l’inhumanité des pratiques courantes de l’accès aux responsabilités, et témoigner que l’amour-service est le critère le plus pertinent, le plus réaliste, le plus efficace.

 

Avant de confier ou d’accepter une responsabilité, laissons résonner en nous cette question à poser à l’autre et à nous-même : « aimes-tu ? »

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit Saint » (Ac 5, 27b-32.40b-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » Après avoir fait fouetter les Apôtres, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume
(Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.Douze, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur, tu m’a relevé. ou : Alléluia.
 (Ps 29, 2a)

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.


Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.


Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !


Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !


Deuxième lecture
« Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse » (Ap 5, 11-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange. » Toute créature dans le ciel et sur la terre, sous la terre et sur la mer, et tous les êtres qui s’y trouvent, je les entendis proclamer : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, la louange et l’honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. » Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ; et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Évangile
« Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson » (Jn 21, 1-19)
Alléluia. Alléluia.
Le Christ est ressuscité, le Créateur de l’univers, le Sauveur des hommes. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

28 octobre 2024

La roue de Gaza

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 30 min

La roue de Gaza

 

Homélie pour le 31° Dimanche du Temps ordinaire / Année B
03/11/24

Cf. également :
Sorcières ou ingénieurs ?
Conjuguer le verbe aimer à l’impératif
Simplifier, Aimer, Unir
J’ai trois amours
Aime ton Samaritain !
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Boali, ou l’amour des ennemis
Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Dorothée de GazaGaza résonne aujourd’hui à nos oreilles comme le lieu d’un drame apparemment insoluble, avec ses milliers de morts de civils de chaque côté des belligérants… Il n‘en fut pas toujours ainsi : Gaza était dans les premiers siècles un foyer du christianisme naissant, rayonnant de sainteté par ses monastères, ses écrits, son insertion paisible dans l’Empire romain, ses figures spirituelles (Procope, Jean l’Ancien, Dosithée, Barsanuphe de Gaza etc.). Méditant l’évangile de ce dimanche (Mc 12,28b-34), Dorothée de Gaza (VI° siècle), un père abbé devenu célèbre, prêchait ainsi aux fidèles des environs de Gaza venus l’écouter nombreux dans son monastère [1] :


Appliquez votre esprit à ce que je vous dis.

Imaginez un cercle. Imaginez que ce cercle c’est le monde, le centre Dieu, et les rayons les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l’intérieur, ils se rapprochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s’approchent de Dieu, plus ils se rapprochent les uns des autres ; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s’approchent de Dieu.

Et vous comprenez qu’il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l’extérieur : il est évident alors que, plus on s’éloigne de Dieu, plus on s’éloigne les uns des autres, et que plus on s’éloigne les uns des autres, plus on s’éloigne aussi de Dieu.

Telle est la nature de la charité. Dans la mesure où nous sommes à l’extérieur et que nous n’aimons pas Dieu, dans la même mesure nous avons chacun de l’éloignement à l’égard du prochain. Mais si nous aimons Dieu, autant nous approchons de Dieu par la charité pour lui, autant nous communions à la charité du prochain ; et autant nous sommes unis au prochain, autant nous le sommes à Dieu.

Roue Gaza

Une roue pour montrer combien l’amour de Dieu et l’amour de l’homme sont intimement liés : il fallait y penser ! C’est la pointe de l’Évangile d’aujourd’hui : dans l’Écriture, tout dépend de ces deux commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu … Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Oui, ce triple amour est vraiment la clé qui ouvre le cœur à l’intelligence de toute l’Écriture, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse.

Essayons de mieux saisir l’originalité et la force de cette réponse de Jésus :


1 impératif / 2 commandements / 3 amours 
 

 

1/ Ce sont des commandements

La roue de Gaza dans Communauté spirituelle army-160087_1280Jésus dit : « Tu aimeras ».  Ce n’est pas facultatif, c’est impératif ! Vous vous rendez compte ? Conjuguer le verbe aimer à l’impératif ! Est-ce qu’on peut commander à quelqu’un d’aimer ? Il ne faut pas évacuer trop vite ce paradoxe : il y a une loi de l’Amour, et c’est pourtant l’Amour qui fait la loi… Peut-être, à travers cet impératif catégorique qui parcourt toute la Bible, nous est-il signifié qu’aimer n’est ni immédiat, ni naturel.  Ce n’est ni simple ni facile en effet d’aimer un Dieu dont on éprouve souvent l’absence et le silence.  Ce n’est ni simple ni facile d’aimer le prochain qui ne pense pas comme moi, n’a pas la même couleur, la même culture, qui est laid et repoussant.  Et, en plus le Christ nous appelle à aimer même nos ennemis, ceux qui nous veulent du mal et nous font mal !  Ce n’est ni simple, ni facile, et pourtant c’est capital et c’est passionnant ! Oui, chacun de nous, homme, femme, enfant ou adulte, nous sommes faits pour aimer. Pour aimer, c’est-à-dire être passionné pour l’autre, jusqu’à accepter de mourir soi-même pour que l’autre puisse vivre. Vivre pour l’autre, tous les autres, pour Dieu le Tout-Autre, et non plus pour nous-mêmes uniquement. Telle est la loi évangélique, qui n’est pas une contrainte imposée de l’extérieur, mais au contraire le secret du bonheur, le secret d’une vie vraiment humaine.


2/
 Ces commandements sont au nombre de deux

Ici encore, c’est une tentative de piège pour discréditer Jésus.  Pourquoi un piège ? Parce que les Pharisiens très pointilleux voulaient maintenir l’importance de toute la Loi de Moïse dans le détail et ils comptabilisaient  à l’époque 613 commandements à observer, avec 365 interdictions et 248 autres prescriptions !  Les rabbins discutaient à perte de vue et les croyants étaient un peu perdus dans ces listes d’interdictions et de préceptes.  Jésus tranche.  Sans innover  totalement, car il prend le premier commandement dans le livre du Deutéronome (Dt 6,5), et le second dans le livre du Lévitique (Lv 19,18).  Là où il apporte du neuf, c’est qu’il simplifie et qu’il unifie. Jésus simplifie la piété un peu maniaque des Pharisiens.

Dieu est simple : ne nous perdons pas trop dans les détails ; ne perdons jamais de vue quel est l’essentiel de la vie : l’amour pour Dieu, l’amour pour les autres, le prochain, l’amour pour soi (« aime … comme toi-même »).

Mais ne confondons pas non plus trop vite ces 3 amours : Jésus ne réduit pas la Loi à un seul commandement, comme on le lui demande d’ailleurs, mais à deux, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas interchangeables.


Ces 3 amours ne sont pas identiques mais équivalents.
  C’est-à-dire qu’ils sont distincts mais que l’un implique l’autre et l’autre implique l’un.  

Screenshot-2022-08-15-at-08.46.12-1024x448 amour dans Communauté spirituelleRappelez-vous l’image de la roue de Gaza : le mouvement vers le centre et le rapprochement mutuel sont deux trajectoires différentes, mais qui s’impliquent l’une l’autre :

A <=> B (A implique B et B implique A mais A est différent de B).

Tout le fragile équilibre du christianisme tient dans cette double référence à Dieu et à l’homme, sans séparation ni confusion.

 

Forcez trop le 1er commandement et c’est le drame de l’intégrisme religieux.  

Sous prétexte de défendre l’honneur de Dieu, on sacrifie des vies humaines comme en Iran, où l’on se coupe de la communion de l’Église comme Mgr Lefebvre dans les années 1970. Or comment aimer Dieu sans aimer l’homme, et les pauvres et les petits en premier ?  

Forcez trop le 2nd commandement, et c’est le drame de l’humanisme athée.  

Sous prétexte de défendre l’honneur, on l’asservit dans des systèmes inhumains parce qu’ils nient Dieu, que ce soit à l’Est ou à l’Ouest. Or comment aimer l’homme en vérité si on ne laisse le Christ lui-même aimer l’homme en nous ?


3/
 Ces deux commandements lient 3 amours en 1 

Car il y a bien 3 amours : de Dieu, de l’autre, de soi.  On oublie trop souvent le 3° : or celui qui ne s’aime pas lui-même le fait chèrement payer aux autres (agressivité, violence…). Soi-même comme un autre (Ricoeur) : pourquoi exclure de mon cercle d’affection la personne que je suis ? Les éducateurs savent bien que les enfants qui ne sont pas sûrs d’eux, sûrs d’être aimés, sombrent plus facilement dans la délinquance, la violence, la drogue… En entreprise ou dans la vie associative, on voit que bien des adultes passent leur temps à utiliser les autres pour essayer de régler leurs questions personnelles non résolues…
3 en 1Mais comment s’aimer soi-même sans se découvrir grâce à l’amour que Dieu a pour nous ? 

Comment aimer l’autre sans faire le détour par Dieu ? Comment aimer Dieu sans aimer l’homme ?…  

La ligne de crête des chrétiens est entre ces deux abîmes : le spirituel désincarné d’une part, et l’horizontalisme réducteur d’autre part. C’est la finale de l’argumentation de Jésus : en indiquant que le second commandement est équivalent au premier, il réconcilie la lutte et la contemplation. Lui seul Jésus peut le dire en plénitude, car lui seul est vrai Dieu et vrai homme.

En lui, Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. En lui, blesser l’homme, c’est blesser Dieu.

En lui, aimer Dieu, c’est s’engager pour l’homme. Par lui, c’est comme un système de vases communicants qui s’est établi entre le Dieu-Trinité et notre humanité : on ne peut toucher à l’un sans affecter l’autre.

Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme ?

Qui donc est l’homme pour avoir une telle valeur aux yeux de Dieu ?


Aimer Dieu en l’homme, en soi. S’aimer soi-même en Dieu, aimer l’autre en Dieu, sans séparation ni confusion : 
que cette eucharistie nous fasse pénétrer de l’intérieur ce triple amour – l’amour de Dieu / des autres / de soi  - qui ne fait qu’un, dont Jésus lui-même nous a aimé, jusqu’à en mourir.

____________________________________

[1]. Dorothée de Gaza, Œuvres spirituelles, Instruction VI, Cerf, coll. Sources chrétiennes, n° 92.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Écoute, Israël : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur » (Dt 6, 2-6)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses décrets et ses commandements, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie. Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a dit le Seigneur, le Dieu de tes pères.
Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. »

Psaume
(Ps 17 (18), 2-3, 4, 47.51ab)
R/ Je t’aime, Seigneur, ma force.
(Ps 17, 2a)

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon ro ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu !
Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.
Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !

Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire,
Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie.

Deuxième lecture
« Jésus, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, dans l’ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de rester en fonction. Jésus, lui, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas. C’est pourquoi il est capable de sauver d’une manière définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, car il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur.
C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. La loi de Moïse établit comme grands prêtres des hommes remplis de faiblesse ; mais la parole du serment divin, qui vient après la Loi, établit comme grand prêtre le Fils, conduit pour l’éternité à sa perfection.

Évangile
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. Tu aimeras ton prochain » (Mc 12, 28b-34) Alléluia. Alléluia.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,
12345...10