L'homelie du dimanche

21 mars 2016

Le Jeudi saint de Pierre

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Le Jeudi saint de Pierre
Cf. également :

Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint


Homélie pour le Jeudi saint / Année C
24/03/2016

 

La marche de fiducie

Connaissez-vous cet amusant exercice de cohésion, souvent pratiqué dans les séminaires de team building (ou les camps de jeunes !) ? Il s’agit, les yeux bandés, de former une file avec des collègues, chacun tenant l’autre de devant par les épaules. Seul le dernier de la file a les yeux ouverts. Il doit, sans parler, par des gestes sur les épaules de son voisin de devant, guider la file vers un but donné dans la pièce (exemple : aller mettre un ballon dans un panier). C’est bien une question de confiance (fiducie).


Nous sommes ces joueurs aveugles, obligés de compter les uns sur les autres, nous laissant guider par le Christ caché et invisible, hors de nos regards, à travers d’innombrables médiations aussi difficiles à déchiffrer qu’une légère pression sur l’épaule…

 

Dieu par surprise

C’est bien à une marche de fiducie que Jésus invite ses amis pendant cette semaine sainte, à commencer par le geste étrange du lavement des pieds ce Jeudi soir. Pierre a du mal à ce jeu-là : il nous ressemble, ou l’inverse !

Nous avons du mal à comprendre comment Dieu agit à notre égard.

Nous avons des préjugés, des conceptions préétablies de ce qu’il devrait être ou faire. Et voilà qu’il nous déçoit parfois, qu’il nous surprend souvent, en agissant à contre-courant, en nous prenant à contre-pied.

C’est ce qui arrive à Pierre le soir de ce dernier repas. Sa conception de la puissance de Dieu ne cadre pas avec l’attitude du domestique lavant les pieds des invités au repas. Comme nous, il a un geste de recul en voyant le Christ s’abaisser, aux pieds de ses disciples, proche de leur saleté, de leur transpiration, de la poussière accumulée sur les routes.

« C’est toi Seigneur qui me laves les pieds ? » La surprise et l’étonnement de Pierre doivent être les nôtres : si nous voulons discerner les signes de l’action de Dieu dans nos vies, commençons par repérer ce qui nous étonne, ce qui nous scandalise, ce qui nous surprend, ce qui ne cadre pas avec nos conceptions. Car Dieu agit souvent par effraction, comme un voleur : à nous  de chercher ailleurs que là où nous avons commencé à le trouver…

 

Plus tard tu comprendras

Afficher l'image d'origineL’avertissement de Jésus vaut également pour nous. Sur le moment, nous comprenons rarement ce qui nous arrive et où cela nous conduit. Que ce soit un événement heureux (une rencontre, une opportunité, une réussite etc.) ou difficile  (une séparation, une porte qui se ferme etc.), il nous faut du temps, comme à Pierre, pour deviner où cela peut nous conduire. Ce n’est qu’après Pâques que Pierre comprendra. Nous, c’est après bien des cheminements, après bien des discussions, bien des silences en solitude également que nous pourrons dire : « je comprends pour quoi cela m’est arrivé… »

Ne pas tout comprendre est notre condition humaine. Cela n’invalide pas notre quête du pourquoi. Mais cela nous aide à laisser ouverte à l’infini la question du pour  quoi. Et du coup à nous laisser conduire sans savoir où nous allons…

 

Pierre le radical

Quand Pierre comprend qu’il ne fera pas changer d’avis Jésus, il radicalise son geste : « pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »

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Décidément, il n’a guère le sens de la mesure… Confondant le signifié et le signifiant – pourrait-on dire – Pierre croit que c’est la matérialité du bain qui compte et non la disposition intérieure qu’il incarne. Un peu comme des nouveaux convertis croient volontiers que c’est l’accumulation des prières, des jeûnes, des grandes croix sur la poitrine qui leur garantiront l’identité chrétienne. La quantité des actes dits ‘religieux’ est beaucoup moins importante que le désir d’y conformer toute son existence. Nous en ‘rajoutons’ parfois, comme Pierre, sur les pèlerinages, les messes, les chapelets, les retraites en monastère etc. comme si le lavement des pieds devait s’étendre à tout le corps, alors que le bain d’eau du baptême nous a déjà transformé au plus intime.

Méfions-nous donc de tout les radicalismes qui prétendraient imposer des rituels à n’en plus finir sous prétexte de faire comme le Christ.

Pendant les persécutions antichrétiennes des trois premiers siècles, la question était d’importance : que faire des lapsi, ceux qui avait renié leur foi à cause de la peur, la prison, la menace contre leur famille ? Les radicaux voulaient l’exclusion totale, mais d’autres, et les papes avec eux, se sont souvenus de la miséricorde et n’ont pas voulu imposer davantage que le lavement des pieds pratiqué par le Christ, sous la forme de la confession réintégrant dans la communion ecclésiale.

Que le Jeudi saint de Pierre nous révèle notre propre résistance à laisser le Christ  nous servir en toute humilité.

 

 

Messe du soir
1ère lecture : Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.  Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

2ème lecture : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
 Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Evangile : « Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.

 Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

 Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick BRAUD

 

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6 janvier 2016

De Star Wars au baptême du Christ

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De Star Wars au baptême du Christ

 

Homélie pour la fête du baptême du Christ / Année C
10/01/2015

Cf. également :

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

Yardén : le descendeur

 

« Je suis ton père ».

C’est sans doute la réplique la plus célèbre du cinéma mondial, la réplique-culte déclinée à l’infini sur les réseaux sociaux. Le dernier épisode (numéro 7) de la saga Star Wars a relancé une effervescence populaire inégalée autour de ces personnages devenus mythiques [1] : Obi-Wan Kenobi, Dark Vador, Luke Skywalker, Princesse Leia, D2R2 etc.

Osservatore romano Star Wars 7

Je suis ton père

« Je suis ton père » : c’est dans l’épisode 5 (l’Empire contre-attaque) que Dark Vador fait cette révélation-choc à Luke Skywalker, au cours d’un duel au sabre laser devenu culte lui aussi, avec la mutilation de Luc juste avant sa chute sans fin dans la Cité des lumières…


« Tu es mon fils bien-aimé ».

La déclaration centrale de notre évangile du baptême du Christ est comme un anti-écho de cette aventure. Impossible de ne pas étudier le parallèle (souvent antithétique) entre Star Wars devenue une quasi religion et les Évangiles [2] ! On parle même de « jediiisme » pour ce  nouveau mouvement religieux non théiste revendiquant 500 000 membres et trois temples aux USA !

Les inspirations du réalisateur George Lucas ne sont pas d’abord chrétiennes, mais plutôt bouddhistes. « Je n’ai pas voulu inventer une religion. J’ai voulu essayer d’expliquer de façon différente les religions qui ont existé. J’ai voulu les exprimer toutes. » Le créateur de Star Wars assume parfaitement la dimension religieuse de sa saga, qu’il a évoquée à de nombreuses reprises. De parents méthodistes, mais élevé par une gouvernante luthérienne, et lui-même agnostique, George Lucas a emprunté à toutes les religions et toutes les spiritualités possibles: monothéismes, spiritualités orientales, et aussi chamanisme indien et mythologies antiques. Ainsi il n’existe pas de Dieu personnel dans la saga, mais plutôt la Force, champ d’énergie impersonnelle qui englobe tout, de manière très orientale.

D’autres inspirations sont plutôt littéraires : George Lucas s’inspire de la structure du récit du voyage du héros, développée par Joseph Campbell dans le livre ‘Le Héros aux mille et un visages’ en 1949. Il reprend notamment les éléments que l’auteur décrit comme étant les épreuves suprêmes, le paroxysme de l’aventure : le héros se retrouve face à sa plus grande peur et doit en triompher. L’une de ces épreuves est l’affrontement avec la figure du père, grâce auquel le personnage devient plus adulte et plus sage.

Afficher l'image d'originePourtant, il y a bien des parallèles - souvent à l’envers - à établir entre les personnages, leur mission, leurs noms mêmes. Par exemple, le nom du moine Yoda vient de YOD, la plus petite lettre hébraïque (traduit par iota : cf. Mt 5,8 « pas un iota de la Loi ne passera »). Le plus petit, ici bas, en apparence, est en fait le plus grand. « Un grand guerrier ? Personne par la guerre ne devient grand » dira Yoda à Luke.

Obi-Wan Kenobi viendrait de : “Oh be one. Can you be ?” = « Oh sois un. Peux-tu l’être ? » Être un, ne faire qu’un avec le grand Tout est le but ultime de la quête bouddhiste.

Le nom de Dark Vador vient de Père obscur (Dark = sombre, Vador en anglais vient de Pater = père en latin, Father en anglais). Alors que le Père de Jésus est appelé « Père des lumières ».

Quant à l’autre Jedi quasi messianique, son prénom est un clin d’oeil au réalisateur (Lucas => Luke) et son nom signifie : « celui qui marche dans le ciel » (Skywalker). À tel point que les premières versions françaises voulaient le traduire en l’appelant au… Luc Courleciel ! (traduction heureusement abandonnée très vite). La différence avec le nom de Jésus là encore est flagrante : au lieu de se référer à ses propres pouvoirs (comme celui de maîtriser la Force pour Luke), au lieu d’être auto-centré, le nom de Jésus est hétéro-centré. Il renvoie à un autre que lui-même, qui seul est le salut (Yeshoua = Dieu sauve). Exister par soi-même, marcher dans le ciel à la force du poignet (ou d’une ascèse de vie tout orientale) est bien différent de mettre sa confiance en un autre, de le laisser agir à travers moi…

Dark Vador ressemblerait plutôt… à Lucifer, avec son long vêtement noir sinistre et son casque nazi ! Pour obtenir l’immortalité (la survie de son fils menacé à sa naissance) il préfère basculer du côté obscur de la Force, tenté en cela par le sénateur Palpatine, figure à peine voilée du serpent de la Genèse murmurant à l’oreille du Jedi Anakin Skywalker que l’immortalité est à portée de main. Jedi déchu comme fut déchu l’ange Lucifer, Anakin deviendra Dark Vador, incarnant le principe du mal cherchant à tout attirer à lui. La transformation d’Anakin Skywalker, jeune Jedi aux capacités sans précédent, en l’un des méchants les plus célèbres de l’histoire du cinéma, n’est pas une chute brutale mais un lent basculement fondé sur les meilleures intentions, de celles qui, paraît-il, pavent les chemins de l’enfer. Un Lucifer moderne en quelque sorte. Sauf que dans le sixième épisode, il se sacrifie pour détruire l’étoile de la mort : même un Jedi déchu peut devenir le sauveur de tous !

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Dark Vador à la Washington National Cathedral, D.C.

Les autres parallèles entre Star Wars et la saga biblique sont nombreux.

Par exemple, le conflit central de Star Wars est bien la quête du père, voire le parricide, réactualisant en cela le mythe d’Œdipe, ou celui du dieu grec Zeus, qui accède au pouvoir en éliminant son père Chronos comme lui-même l’avait déjà fait pour son propre père. Or  dans la Bible, le conflit central n’est pas le parricide, mais le fratricide : le premier meurtre fut celui d’Abel par son frère Caïn. Le meurtre le plus lourd de conséquences fut celui de Jésus par ses frères juifs, rejeté hors de la vigne par ceux qui étaient ses frères de sang et de religion.

Quant à la légendaire formule: « Que la Force soit avec toi », on serait à peine étonné que la réponse soit « et avec ton esprit »… !

 

Tu es mon fils bien aimé

Revenons à la déclaration du baptême du Christ. Lui seul entend cette voix intérieure ; un autre que lui-même l’assure de son identité : tu es mon fils bien-aimé. Dieu ne dit pas : « je suis ton père ». La différence est de taille : Dieu désire assurer Jésus dans l’existence, et le susciter comme sujet libre, distinct de lui. C’est un Je qui parle à un Tu. Dark Vador centre la révélation sur lui-même : « je suis ton père », comme pour mieux aliéner la liberté de son fils à le suivre du côté obscur de la Force. Ce père-là n’est pas vraiment aimant, alors que le fils Jésus est « bien-aimé ». La même réalité : une filiation cachée aux yeux des hommes, est traitée de deux façons diamétralement opposées. L’une est une déclaration d’amour inconditionnelle, l’autre est une révélation qui fait pression pour obtenir l’obéissance de Luke à imiter son père en choisissant le mal. 

Il suffit en cette fête du baptême du Christ de rester sur cette déclaration centrale : « tu es mon fils bien-aimé ». Elle inaugure le départ en mission de Jésus, sa guerre à lui, contre l’étoile de la mort et du mal qui attire l’homme vers le néant. D’ailleurs le titre anglais de la série est bien : Star Wars (les guerres de l’étoile) et non pas la traduction française : la guerre des étoiles (Stars War). Dommage… C’est par une multitude de combats que le Christ s’attaque à la racine du mal en l’homme, l’étoile noire, jusqu’à la victoire de la croix. 

Comment s’engager dans un tel combat si l’on n’est pas sûr de ses arrières ? Comment affronter le père du mensonge (Satan) si l’on n’est pas ancré dans la vérité sur sa propre identité : « fils bien-aimé » ? Tous les éducateurs vous le diront : si l’amour parental vient à manquer, si les paroles et les preuves de ce lien indéfectible et inconditionnel ne sont pas données et redonnées sans cesse, alors l’enfant doutera de lui-même, sera tenté par la violence ou le repli. Impossible de prendre des risques dans la vie si l’on n’a pas quelque part en soi cette solide assise :« tu es mon fils bien-aimé ». Entreprendre, s’aventurer, sortir de soi, innover : toutes ces prises de risques qui conduisent à l’âge adulte demandent une solide base affective, une assurance d’alpiniste reposant sur la confiance en soi, parce que aimé d’un autre.

Est père celui qui donne cette assurance à un enfant, et non  celui qui veut obliger son fils à lui ressembler…

 

« Je suis ton père » : dans la bouche de Dark Vador, c’est la clé de son  cheminement personnel, de Jedi à père obscur. C’est la volonté de ramener Luke de son côté, lui infligeant la marque de la main coupée (comme Dieu marquant Caïn  après son fratricide ?), symbole d’une vie mutilée par une filiation inhumaine.

« Tu es mon fils bien-aimé » : dans la bouche du Père du ciel, c’est le don gratuit fait à Jésus pour qu’il aille librement au bout de sa mission.

 

Laissons la prière, la méditation des Écritures, la rumination des événements nous rendre attentifs à cette voix intérieure qui nous dit : « tu es mon fils bien-aimé », aux moments importants de notre histoire où il nous faut partir, risquer, changer, s’exposer, comme le Christ à partir du Jourdain.

File:Hortus deliciarum baptism of Jesus.jpg

Enluminure du Hortus deliciarum (XIIe siècle), Allemagne


[1]. Un film « confus et flou », qui ne fait que « singer les choix du passé », critique pourtant sévèrement L’Osservatore Romano dans son édition du 18/12/2015  cf. http://www.osservatoreromano.va/it/news/star-wars-confuso-e-sfocato

 

Une des plus belles déclarations d’amour d’un père à son enfant !

 

1ère lecture : « La gloire du Seigneur se révélera, et tout être de chair verra » (Is 40, 1-5.9-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.

Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Psaume : Ps 103 (104), 1c-3a, 3bc-4, 24-25, 27-28, 29-30

R/ Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !

(Ps 103, 1)

Revêtu de magnificence,
tu as pour manteau la lumière !
Comme une tenture, tu déploies les cieux,
tu élèves dans leurs eaux tes demeures.

Des nuées, tu te fais un char,
tu t’avances sur les ailes du vent ;
tu prends les vents pour messagers,
pour serviteurs, les flammes des éclairs.

Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela , ta sagesse l’a fait ;
la terre s’emplit de tes biens.
Voici l’immensité de la mer,
son grouillement innombrable d’animaux grands et petits.

Tous, ils comptent sur toi
pour recevoir leur nourriture au temps voulu.
Tu donnes : eux, ils ramassent ;
tu ouvres la main : ils sont comblés.

Tu caches ton visage : ils s’épouvantent ;
tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

2ème lecture : « Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint » (Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle.

Evangile : « Comme Jésus priait, après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit » (Lc 3, 15-16.21-22)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Voici venir un plus fort que moi, proclame Jean Baptiste ;
c’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Patrick BRAUD

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21 janvier 2015

Qui est votre Ananie ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Qui est votre Ananie ?

 

Fête de la Conversion de St Paul
Dimanche 25 Janvier 2014 – Année B

cf. également : Quel Éli élirez-vous ?

 

Qui est votre Ananie ?

 

Saint Paul raconte sa conversion par 3 fois !  : Ac 9, 1-19 / Ac 22, 1-21 / Ac 26, 1-29. C’est donc que c’est pour lui le vrai tournant de son existence. A l’écouter, on est frappé de l’importance jouée par ce personnage nommé Ananie, ce syrien de Damas, inconnu autrement des Écritures. Ananie a joué pour Paul le rôle de « frère aîné dans la foi », dirait-on avec nos mots actuels.

 

Qui est votre Ananie ? dans Communauté spirituelle paul_ananie


C’est grâce à Ananie – dont le nom signifie : ‘Dieu est favorable’ – que des écailles tombèrent des yeux de Saul et qu’il retrouva la vue. Ce qui veut dire sans doute qu’Ananie a aussi éclairé Paul sur la lecture des Écritures et son aveuglement d’autrefois.

C’est grâce à Ananie et par lui qu’il est baptisé, car Paul ne peut se baptiser tout seul : il découvre que c’est l’Église qui le baptise, cette même Église qu’il persécutait avant…

C’est grâce à Ananie qu’il prend de la nourriture, lui qui ne pouvait plus rien avaler depuis ce choc intérieur sur la route de Damas. Ananie le sauve de l’anorexie, tant physique que spirituelle, en lui donnant les aliments de la foi. On pense à la nourriture que l’on donne depuis toujours aux catéchumènes pour les fortifier sur leur route vers le baptême : l’imposition des mains lors des scrutins du Carême, la transmission du Notre Père et du Credo, la remise du livre des Évangiles…

 

Il est intéressant de ne pas dissocier Paul d’Ananie, ni Ananie de Paul.
Paul ne serait jamais devenu chrétien sans ce syrien, cet étranger de passage dans sa vie suite à une chute célèbre sur le chemin de Damas…

Il est intéressant également de se souvenir de l’autre Ananie, qui avec sa femme Saphire  a voulu tricher avec le partage dans la première communauté chrétienne de Jérusalem (Ac 5, 1-11) : là où l’Ananie de Paul donnera gratuitement (le baptême, la grâce), l’Ananie de Saphire a menti et gardé pour lui ce qu’il voulait soustraire au partage…

 

Et vous, qui a été votre Ananie ?

 Ananie dans Communauté spirituelleFaites mémoire dans votre prière de ceux et celles qui ont joué ce rôle « d’aîné dans la foi » pour vous. Rendez grâce dans l’Eucharistie pour ces visages qui sont passés dans votre vie, quelquefois très vite, mais à qui vous devez tant…

Alors vous pourrez devenir à votre tour, un Ananie pour vos frères !

Comment ?

En acceptant de vous laisser envoyer vous aussi vers des étrangers et des gens de passage.

En surmontant votre peur de l’autre, comme Ananie surmontant sa peur du persécuteur juif qu’était Saul avant d’être Paul.

En accompagnant les catéchumènes et les chercheurs de Dieu d’aujourd’hui.

En les éclairant avec l’Évangile, en les nourrissant de la foi de l’Église, en leur redonnant des forces par un soutien fraternel…

 

Car Ananie symbolise le lien indissoluble qui existe entre Jésus et son Église.

Une même phrase revient dans les 3 récits que Paul fait de sa conversion : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ». Impossible d’être plus clair sur le lien qui unit le Christ-Tête à son Corps qu’est l’Église ! Faire du mal à l’Église, en paroles ou en actes, c’est persécuter Jésus lui-même. Mépriser l’Église, c’est faire insulte au Christ en personne. Serait-ce aimer que d’aimer la Tête de quelqu’un sans aimer son corps ? Et réciproquement… Imaginez – disait Saint Augustin – que vous vous approchez du Christ pour l’embrasser au visage alors que vous lui écrasez les pieds avec de gros souliers ferrés. Eh bien – s’écriait St Augustin – « le Christ criera plus fort pour ses pieds qu’on écrase que pour sa tête qu’on honore » !

Impossible d’être chrétien sans Église dans l’expérience de Paul, impossible d’être croyant sans avoir de lien avec une communauté, car le Christ et l’Église sont unis comme la Tête et le Corps, comme l’Époux et l’Épouse…

Cette découverte est tellement énorme pour Paul qu’il la raconte 3 fois dans le livre des Actes ! Trois fois, avec des variantes, des différences, et des points communs. Car celui qui a vécu une expérience forte de conversion ne se lasse pas de raconter ce qui lui est arrivé. Il en a besoin : pour lui-même, afin de mettre des mots sur cette rencontre éblouissante ; pour les autres, afin de les inviter eux aussi à raconter les grands virages, les grands tournants de leur existence. Avec les années, ce même récit se transforme : on se souvient d’autre chose, on mesure mieux la portée de tel détail, on va y puiser d’autres courages…

 

Chemin_choix_routes_carrefour baptêmeEt vous, pouvez-vous faire le récit des grands tournants de votre existence ?

Quand s’est-il passé pour vous quelque chose qui ressemble au chemin de Damas pour Paul ?

Ne dites pas : ‘moi je n’ai rien à raconter ; je n’ai rien vécu d’extraordinaire.’ Souvenez-nous de la ferveur première de votre couple si vous êtes à deux, souvenez-vous des premières expériences de la mort, de la beauté du monde, de la grandeur de votre moi intérieur, de la brûlure de certains textes bibliques… Racontez-vous à vous-mêmes, puis racontez à d’autres, les chutes éblouissantes qui vous ont laissé le souffle court, les yeux aveuglés, l’estomac noué devant l’indicible…

 

Alors vous retrouverez les Ananie qui on jalonné votre route.

Alors vous pourrez devenir des Ananie pour vos frères…

 

1ère lecture : Saint Paul raconte sa conversion (Ac 22, 3-16)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Paul, menacé de mort par les Juifs de Jérusalem leur parlait ainsi : « Je suis Juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse, comme vous le faites tous aujourd’hui. J’ai persécuté à mort les adeptes de la Voie que je suis aujourd’hui ; je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes ; le grand prêtre et tout le conseil des Anciens peuvent en témoigner. Eux-mêmes m’avaient donné des lettres pour nos frères et j’étais en route vers Damas : je devais faire prisonniers ceux qui étaient là-bas et les ramener à Jérusalem pour qu’ils subissent leur châtiment. 

Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa soudain. Je tombai sur le sol, et j’entendis une voix qui me disait : ‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?’ Et moi je répondis : ‘Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.’ » Mes compagnons voyaient la lumière, mais ils n’entendaient pas la voix de celui qui me parlait, et je dis : ‘Que dois-je faire, Seigneur ?’ Le Seigneur me répondit : ‘Relève-toi, va jusqu’à Damas, et là on t’indiquera tout ce qu’il t’est prescrit de faire.’ Comme je n’y voyais plus, à cause de l’éclat de cette lumière, mes compagnons me prirent par la main, et c’est ainsi que j’arrivai à Damas. Or, Ananie, un homme religieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les Juifs habitant la ville, vint me trouver et, arrivé auprès de moi, il me dit : ‘Saul, mon frère, retrouve la vue.’ Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis. Il me dit encore : ‘Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la parole qui sort de sa bouche. Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi hésiter ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus.’ »

Psaume : Ps 116, 1,2

R/ Allez par le monde entier annoncer la Bonne Nouvelle !

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

 

Evangile : « Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle » (Mc 16, 15-18)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Gloire au Christ qui est au dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Alléluia. (Rm 9, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres :
« Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.
Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »
Patrick BRAUD

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7 janvier 2015

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Le plongeur de Dieu


Homélie du Baptême du Seigneur
Dimanche 11 Janvier 2014 – Année B

cf. également :

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

 

En cette froide et (enfin !) neigeuse saison d’hiver, transportons-nous par la pensée en plein été, au bord d’une immense piscine bleu lagon…

Souvenez-vous des jeux d’eau que l’on organise pour les enfants au bord de la piscine.

Un de ces jeux consiste à laisser tomber des billes au fond de la piscine, et les enfants doivent plonger pour aller les repêcher. Pour y arriver, ils plongent le plus profond possible, jusqu’à toucher le carrelage du fond, ramasser la bille, et remonter ensuite en donnant un vigoureux coup de pied contre le fond de la piscine.

 

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu dans Communauté spirituelle 

C’est ce que l’Esprit fait faire à Jésus aujourd’hui dans le Jourdain.

Il lui donne assez de souffle pour plonger au plus profond de notre humanité, se ranger dans la file des pécheurs publics sans se noyer dans le péché. Il lui donne assez d’amour pour aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, comme le plongeur ramassant l’objet perdu au fond de l’eau…

Au sud du lac de Tibériade, l’endroit où Jésus est plongé dans le Jourdain n’est pas une belle piscine d’eau immaculée, mais le lieu où l’eau est la plus polluée par les villes du bord du lac, car tous les égouts y convergent. Dans son baptême, Jésus accepte donc de « faire les poubelles » de l’humanité, d’être compté parmi les pécheurs. Il descend au plus bas, au plus sordide. Il descendra même aux enfers, au séjour des morts, nous dit le Credo, pour que même les morts remontent à la surface dans le sillage de ce plongeur étonnant.

 

 cf. Yardén : le descendeur


Voilà – dès le début de l’évangile de Marc – de quoi nous révéler la véritable identité de Jésus.

- Parce qu’il est le Fils bien-aimé, il peut aller rejoindre ceux qui ne se croient plus des fils/filles.

- Parce qu’il est rempli d’Esprit (ruah = souffle en hébreu) Saint, il peut faire corps avec ceux qui sont à bout de souffle et désespèrent d’eux-mêmes.

- Parce qu’il est l’Homme en plénitude, il n’a pas peur de se ranger avec ceux qu’on ne considère plus comme des êtres humains (les silhouettes fantomatiques qui errent au milieu de nos poubelles pour y récupérer de quoi survivre…).

 

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que Jésus descend dans cette décharge publique, dans cette poubelle de l’humanité qu’était devenu le Jourdain à l’endroit du baptême de Jean. Pourquoi lui refuserais-je de descendre aujourd’hui dans ma déchetterie intérieure, dans ces zones d’ombre en moi, où moi-même je n’ose plus m’aventurer ?

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que le Christ n’a cessé toute sa vie d’aller au plus bas de la condition humaine : en accueillant les putains, les collabos, les mendiants, les samaritains (ces hérétiques), les païens (ces étrangers), les lépreux (ces impurs).
Descendant toujours plus bas, le Christ a fait corps avec l’homme abîmé, dégradé par le mal commis ou subit. Saint Paul dira : « Il a été fait péché pour nous » (2 Co 5,21). Dans le Jourdain, c’est ce qui se passe : il est identifié aux pécheurs.

Lui, le Saint de Dieu, se soumet à un rite destiné aux impurs !

 

Il nous révèle ainsi un Dieu à contre-courant de nos représentations morales instinctives.
Nous, nous aurions envoyé Jésus prêcher aux pécheurs, mais pas se mélanger avec eux !
imgscan-contrepoints-990.jpg-morale-811x1024 baptême dans Communauté spirituelleNous, nous aurions d’abord exigé de Zachée qu’il rende l’argent volé, de la femme adultère qu’elle regrette son infidélité, de la prostituée qu’elle arrête son commerce avant de verser des larmes sur les pieds de Jésus… Eh bien Jésus fait exactement l’inverse : il va rejoindre le pécheur, lui révèle qui est Dieu « riche en miséricorde » – et l’appelle après, en réponse, à ajuster sa vie au don gratuit qu’il vient de recevoir sans condition préalable.

« Le Dieu de Jésus-Christ n’est pas une récompense que la religion serait chargée d’accorder aux vertueux et de refuser aux pécheurs. »

« Le Dieu de Jésus Christ n’est pas une récompense pour le pécheur converti, qui semble au contraire être une récompense pour Dieu » (J. Pohier) selon les mots même de Jésus : « il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7).

 


Dans le baptême de Jésus au Jourdain, comme dans son accueil fait aux pécheurs, vous avez un renversement formidable de la morale. La morale chrétienne n’est pas une morale de préalable : « fais ceci et alors tu seras proche de Dieu ». C’est une morale de réponse : « éprouve combien Dieu est proche de toi, puis alors ajuste ta vie en conséquence ».

La morale chrétienne ne fait pas de Dieu une récompense pour les justes, mais elle proclame que ceux qui étaient perdus sont la récompense pour Dieu qui va les rechercher, à la manière du plongeur ramassant l’agate coulée au fond de la piscine pour la sortir hors de l’eau…

 

Méditons là-dessus : le baptême du Christ dans le Jourdain nous invite à une morale de réponse et non de préalable.

Les conséquences dans le domaine de l’éducation des enfants, dans la gestion de la culpabilité, dans l’accueil des pécheurs d’aujourd’hui etc. sont incalculables…

 

 

1ère lecture : « Venez, voici de l’eau ! Écoutez, et vous vivrez » (Is 55, 1-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef.  Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur  qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu  qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission

Cantique : (Is 12, 2, 4bcd, 5-6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : « L’Esprit, l’eau et le sang » (1 Jn 5, 1-9)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,

celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ;  celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons  que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ;  et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu  est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit  que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un. Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu,  c’est celui qu’il rend à son Fils.

– Parole du Seigneur.

Evangile : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Mc 1, 7-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Voyant Jésus venir à lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Alléluia.  (Jn 1, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi  celui qui est plus fort que moi ;  je ne suis pas digne de m’abaisser  pour défaire la courroie de ses sandales.  Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ;  lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée,  et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.  Et aussitôt, en remontant de l’eau,  il vit les cieux se déchirer  et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.  Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ;  en toi, je trouve ma joie. »
Patrick BRAUD

 

 

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