L'homélie du dimanche (prochain)

31 mai 2026

Fractale eucharistie !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Fractale eucharistie !

 

Homélie pour le Dimanche de la Fête du Saint-Sacrement
du Corps et du Sang du christ (Fête-Dieu) / Année A 

07/06/26 


Cf. également :

Communier, est-ce bien moral ?
Fêtons le Saint Sacrement avec Chrysostome
Le réel voilé sous le pain et le vin
L’Alliance dans le sang
Les 4 présences eucharistiques
Bénir en tout temps en tout lieu
Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

 

1. La séquence de la Fête-Dieu

On l’appelle Lauda Sion car ce sont les mots latins qui commencent la séquence de ce dimanche : « Sion, célèbre ton Sauveur… ». Elle résonne à Lourdes Fractale eucharistie ! dans Communauté spirituelle ostensoirchantée par des milliers de fidèles chaque jour lors de la procession eucharistique. Saint Thomas d’Aquin, qui l’a composée, y affirme bien sûr le dogme du Concile de Trente, sous sa forme la plus simple (pas de transsubstantiation ici) : « le pain se change en son corps, le vin devient son sang ». Il continue avec d’autres phrases qui parlent particulièrement aux scientifiques d’aujourd’hui :

« Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.
Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. […]

Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.

Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. »

71+XhsOh1uL._SL1384_ eucharistie dans Communauté spirituelleThomas d’Aquin formule ici un principe que le génie du mathématicien français Benoît Mandelbrot explicitera dans les années 70 dans une théorie célèbre : la théorie dite « fractale ». En effet, pour Thomas, l’eucharistie est ainsi structurée que « le Tout est dans la Partie ». Peu importe le nombre de fractions des hosties ou de gorgées dans le calice : la présence divine du Christ reste intacte et complète dans chaque morceau de pain, dans chaque goutte de vin.

Dans le rite de la Fraction du Pain, le prêtre rompt l’hostie. Pour l’esprit logique, diviser un objet, c’est le fragmenter. Mais dans l’Eucharistie, la division ne concerne que les « espèces » (l’apparence du pain) et non la « substance » (la présence du Christ).

Pour expliquer ce paradoxe du tout et de la partie, l’image classique est celle du miroir. Si vous brisez un miroir, chaque petit éclat, aussi minuscule soit-il, ne reflète pas seulement un « bout » de votre visage, mais votre visage tout entier.

Que l’hostie soit grande ou réduite à une miette, le Christ n’est pas « partagé » (au sens de découpé en morceaux). Il est présent intégralement sous chaque parcelle. « Il y a autant sous le fragment que ce que couvrait le tout » affirme Thomas d’Aquin.

 

On croirait lire Mandelbrot, qui a défrayé la chronique par ses superbes objets fractals mystérieux et fascinants !

Les objets fractalsImaginez que vous regardez une côte rocheuse ou un flocon de neige. De loin, vous voyez une forme complexe. Si vous vous rapprochez et que vous regardez un petit détail à la loupe, vous vous apercevez que ce petit détail ressemble exactement à la forme globale que vous voyiez de loin.

C’est ça, l’essence d’une fractale : un objet dont les parties ressemblent au tout.

La théorie fractale de Mandelbrot repose sur trois piliers, trois propriétés mathématiques :

- L’autosimilarité (l’effet « poupées russes »)

C’est le concept clé. Une forme fractale est composée de copies d’elle-même, mais en plus petit.

Prenez par exemple un chou-fleur : Si vous coupez une petite fleurette de ce chou, elle a exactement la même forme pyramidale et spiralée que le chou entier. C’est le même chou, en plus petit ! Si vous recoupez encore cette fleurette, la minuscule partie ressemble toujours au chou de départ.

- Une rugosité infinie

Dans la géométrie classique (celle qu’on apprend à l’école), on étudie des formes lisses : des cercles parfaits, des lignes droites, des triangles. Mais Mandelbrot disait : « Les nuages ne sont pas des sphères, les montagnes ne sont pas des cônes. »

La théorie fractale sert à mesurer et comprendre les objets irréguliers de la nature. Plus vous regardez une fractale de près, plus vous découvrez de nouveaux détails. Elle n’est jamais « lisse », peu importe le niveau de zoom.

Représentation de l’ensemble de Mandelbrot.- L’itération

Comment crée-t-on une forme aussi complexe ? Avec une règle très simple que l’on répète à l’infini. C’est ce qu’on appelle une itération.

Prenez une forme de base (par exemple un segment). Appliquez-lui une transformation (par exemple, ajoutez une pointe au milieu). Recommencez l’opération sur chaque nouveau segment obtenu, encore et encore. Au bout de quelques étapes, les itérations successives obéissant à une règle toute simple produisent une complexité fascinante et magnifique.

 

Pourquoi est-ce révolutionnaire ?

Avant les fractales, on pensait que le chaos de la nature était impossible à mettre en équation. Mandelbrot a montré qu’avec une formule mathématique très courte, on pouvait modéliser le réseau de nos vaisseaux sanguins, la structure des galaxies, les variations de la Bourse, le relief des montagnes etc.

En résumé : La théorie fractale, c’est découvrir que l’infiniment complexe est souvent construit à partir d’un motif infiniment simple qui se répète à différentes échelles.

 

Voilà donc que Thomas d’Aquin nous met sur la voie d’une interprétation fractale de l’eucharistie ! Car le concept de « tout est dans la partie » fait écho au principe d’autosimilarité, et constitue le cœur du mystère eucharistique.

C’est l’affirmation que l’infini ne se contente pas de « visiter » le fini, mais qu’il s’y loge tout entier.

L’œil voit une partie (un petit morceau de pain) mais la foi perçoit le tout (le corps glorieux, la divinité et l’humanité de Jésus).

 

2. Conséquences spirituelles

Cette vision fractale de « la partie qui contient le tout » a des conséquences sur notre vie spirituelle.


- L’eucharistie révèle l’infinie valeur de l’instant : 
si le Tout est dans la partie, alors chaque instant de la vie, aussi « petit » ou « banal » soit-il, peut contenir la plénitude de la présence de Dieu.


- L’eucharistie révèle la dignité de chaque personne humaine individuelle :
 dans le « Corps Mystique » (l’Église), chaque personne est une « partie ». Puisque le Christ est tout entier dans l’Eucharistie reçue par chacun, chaque fidèle devient un porteur de la totalité du Christ. Le « petit » n’est plus négligeable, il est le réceptacle de l’Absolu.

 

- L’eucharistie révèle la primauté absolue du don sur l’avoir : dire que « tout est dans la partie », c’est affirmer que l’amour de Dieu n’est pas une ressource limitée qu’il faudrait rationner. C’est une structure de don : en recevant la parcelle de pain, vous ne recevez pas une « dose » de Dieu, vous recevez Dieu sans mesure. C’est le passage de la quantité à la qualité pure. La « partie » n’est pas un échantillon, c’est le rendez-vous total.

 

- L’eucharistie révèle la vraie nature de l’union à Dieu : d’ordinaire, l’homme se sent comme une goutte d’eau dans l’océan de Dieu. La mystique eucharistique renverse cette perspective : l’Océan se fait tout petit pour entrer en chacun.

330px-Llyfr_Caniad_Solomon_-_Caerwynt_2 fractalC’est ce que les auteurs spirituels appellent l’union mystique. Dans le fragment, Dieu ne s’impose pas par sa démesure, mais par sa « petitesse volontaire ». Le Tout se contracte par amour (Kénose) pour devenir assimilable. Le fragment n’est plus une limite, c’est une porte dérobée vers l’Infini.

Dans la mystique rhénane (chez Maître Eckhart par exemple), il existe au fond de l’âme un « point » incréé, un centre immobile. L’Eucharistie est le miroir de ce point. Recevoir le « Tout dans la partie », c’est la rencontre de deux centres : le Point-Christ (l’hostie) vient épouser le Point-Âme (le cœur, la fine pointe de l’âme).

À ce niveau de profondeur, les dimensions spatiales s’effondrent. Il n’y a plus de « petit » pain ni de « grand » Dieu, il n’y a qu’une présence pure qui remplit tout l’espace intérieur.

 

Mystiquement, cela signifie que lorsque je communie, je ne reçois pas seulement Jésus, mais je reçois tous ceux qui sont en Lui.

Puisque le Tout est dans la partie, dans ma parcelle d’hostie, il y a le Christ, et avec Lui, les anges, les saints, et mon voisin de banc.

C’est la fin de l’isolement. La mystique eucharistique nous révèle que nous ne sommes pas des individus juxtaposés comme des grains de sable, mais que nous sommes mutuellement inclus les uns dans les autres par le fragment partagé. C’est la présence « fractale » du Corps Mystique, que Thomas d’Aquin annonçait si bien : « Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. »

 

Sainte Thérèse de Lisieux ou Élisabeth de la Trinité parlent de cette présence comme d’un soleil caché dans une petite demeure. Le commentaire mystique ici est celui de l’éblouissement discret : la « partie » (l’hostie) sert de voile protecteur. Si nous voyions le « Tout » tel qu’il est, nous serions pulvérisés. Le fragment est donc une miséricorde géométrique : Dieu réduit son échelle pour ne pas effrayer sa créature, tout en restant intégralement Lui-même.

 

« Celui qui mange mon Corps et boit mon Sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6, 56). Dans cette demeure mutuelle, la structure fractale atteint sa perfection : l’Hôte devient le Lieu, et le Lieu devient l’Hôte. C’est le mystère de l’inhabitation : vous ne contenez pas Dieu comme un vase contient de l’eau, mais comme une éponge est imbibée par l’océan. L’éponge est dans l’océan (le Tout), et l’océan est dans l’éponge (la Partie). Tout est un.

 

3. Conséquences politiques et économiques

- L’eucharistie promeut une vision personnaliste de l’être humain.

Si l’Eucharistie est une structure fractale où le Tout est dans la partie, alors elle devient le manifeste d’une révolution sociale et politique radicale. Elle déconstruit les hiérarchies de puissance pour instaurer une « géométrie de la dignité ». Elle signe la fin de la « Masse » au profit du « Corps »

En politique classique, l’individu est souvent une unité statistique, une particule interchangeable dans une masse. L’eucharistie opère une inversion fractale de cette vision très individualiste (au sens libéral) : si chaque « partie » contient le « Tout », alors le citoyen (le fidèle) n’est plus une fraction de la société, mais le porteur de l’entièreté de la dignité humaine et divine. En conséquence, aucun pouvoir n’a le droit sacrifier une « petite partie » au nom du « tout » (l’État, le Parti, le Marché), car blesser une partie, c’est blesser la totalité du Christ.

 

- L’eucharistie promeut une économie du Don. 

L'économie de communion, une utopie ?Le système politique et économique mondial repose sur la rareté : la valeur d’un objet dépend de son abondance (la crise actuelle du pétrole nous le rappelle…). Dans la multiplication des pains comme dans l’eucharistie, la division n’appauvrit pas, elle multiplie. Saint Augustin n’écrivait-il pas que, alors qu’il est partagé, le Christ ressuscité augmente au lieu de diminuer ? (dum dividetur, augetur)

L’Eucharistie propose une société où la richesse ne se définit pas par l’accumulation (avoir le « tout » pour soi), mais par la circulation. Le « Tout » se donne dans la « Partie » pour que chaque partie puisse être comblée sans déposséder l’autre. C’est la base d’un socialisme de la charité ou d’une écologie intégrale.

 

- L’eucharistie promeut une subsidiarité radicale. 

En politique, la subsidiarité consiste à laisser à la plus petite unité possible (la partie) le pouvoir de décider de ce qui la concerne. Puisque le Christ est présent tout entier dans la plus petite parcelle, l’autorité ne réside pas seulement « en haut » (le centre du cercle), mais dans chaque « fragment » de la communauté. C’est une forme de décentralisation qui s’enracine ainsi dans l’acte sacramentel : la périphérie n’est jamais « loin » du centre, car le centre (le Christ) s’est déplacé dans chaque périphérie.

 

- L’eucharistie promeut une unité politique sans uniformité ni exclusion.

Une structure fractale est complexe et diverse, mais régie par une seule loi de construction. L’Eucharistie force à voir l’unité politique non pas comme une uniformisation (tout le monde doit être pareil), mais comme une communion. Si le « Tout » est dans chaque « Partie », alors la diversité des cultures, des classes sociales et des nations n’est pas une menace pour l’unité, mais une itération variée de la même humanité habitée par Dieu. Le racisme ou le mépris de classe deviennent des impossibilités métaphysiques : on ne peut mépriser une « partie » qui contient le « Tout ».

 

- L’eucharistie promeut une « Politique du Fragment », où le local et le global sont inséparables.. 

Global et localL’interprétation sociale du Saint-Sacrement nous dit que la « petite politique » (le soin des pauvres, le geste local, le quartier) n’est pas moins importante que la « grande politique » (les traités, les parlements).

L’acte local contient l’enjeu global. Ramasser une miette, s’occuper d’un seul exclu, c’est restaurer l’ordre du monde entier. C’est une politique de l’attention au fragment, car dans le fragment réside la seule puissance capable de transformer la totalité.

 

Lier la théologie eucharistique du « Tout dans la partie » à la pensée économique peut sembler audacieux, mais plusieurs économistes hétérodoxes et philosophes de l’économie ont théorisé des modèles qui rompent avec la rareté pour privilégier la communion et la subsidiarité.

On peut citer beaucoup d’économistes qui ont essayé de développer une « économie de communion » fidèle au principe eucharistique d’inhabitation mutuelle du tout et de la partie. 

Ces économistes, bien que venant d’horizons différents, rejoignent l’intuition eucharistique sur plusieurs points clés :

- Non-fragmentation : on ne peut pas diviser l’humain (travailleur, consommateur, fidèle). Chaque « partie » de l’activité humaine porte la dignité du tout.

- Anti-utilitarisme : la valeur n’est pas dans l’accumulation, mais dans la qualité du lien (la « fraction » du pain qui crée la communauté).

- Localité universelle : l’action locale (le fragment) a une résonance globale (le tout).

- La Relation comme « Substance ». Le dogme eucharistique affirme que le Christ est présent dans la relation entre les espèces et le fidèle. Des économistes comme Stefano Zamagni développent à partir de là une ontologie relationnelle : c’est la relation qui crée l’être, et non l’inverse L’être humain n’est pas un individu (atome insécable), mais une personne (nœud de relations). « L’identité de la personne est constituée par ses relations. Comme dans le mystère eucharistique où le Tout est présent dans la fraction, la dignité de l’humanité entière est présente dans chaque relation interpersonnelle. »

 

Approchez donc de ce fragment de pain azyme avec en tête l’image d’un bel objet fractal de Mandelbrot : par l’acte de communier, le Christ est en moi, je suis en Christ, nous sommes son corps, chacun et ensemble.

Comme l’itération génère la figure fractale, répétons ce geste de fragmentation eucharistique (par le don, l’amour partagé) à l’infini dans nos responsabilités ordinaires, afin que le Christ ressuscité devienne « tout en tous »

 

« Le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.
On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.

Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. […]

Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.

Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. »

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » (Dt 8, 2-3.14b-16a)


Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »


PSAUME
(Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20)
R/ Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! (Ps 147, 12a)


Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt. 


Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.


DEUXIÈME LECTURE
« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1 Co 10, 16-17)


Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.


SÉQUENCE

Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges »


Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants.
Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer.
Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges.
Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères.
Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs !
C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution.
À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne.
L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit.
Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui.
Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut.
C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.
Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.
L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.
Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.
On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.
Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.
Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort.
Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent !
Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.
Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué.

* Le voici, le pain des anges, il devient  le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.
D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.
Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants.
Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.


ÉVANGILE
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)
Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51.58)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD

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15 juin 2025

Une étoile à la mer

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Une étoile à la mer

Homélie pour la fête du Saint Sacrement Corps et Sang du Christ / Année C
22/06/25

Cf. également :
Le réel voilé sous le pain et le vin
Comme une ancre jetée dans les cieux
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie
L’Alliance dans le sang
Bénir en tout temps en tout lieu
Communier, est-ce bien moral ?
Fêtons le Saint Sacrement avec Chrysostome
Comme une ancre jetée dans les cieux
Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange

Écoutez cette histoire, comme une parabole.
Bassin d’Arcachon : un tapis d’étoiles de mer au pied de la dune du PilatUn jour, je marchais sur une plage déserte, au coucher du soleil. Peu à peu, je commence à distinguer la silhouette d’un autre homme dans le lointain. Quand il fut plus près, je remarquais que l’homme ne cessait de se pencher pour ramasser quelque chose qu’il rejetait aussitôt à l’eau. Maintes et maintes fois, inlassablement, il lançait des choses à tour de bras dans l’océan. En m’approchant encore d’avantage, je me rendis compte que l’homme ramassait en fait des étoiles de mer, que la marée avait rejetées sur la plage, et une par une il les relançait dans l’eau. Intrigué, j’aborde l’homme et je lui dis :
– « Bonsoir mon ami. Je me demandais ce que vous étiez en train de faire ».
– « Je rejette les étoiles de mer dans l’océan. C’est marée basse, voyez-vous, et toutes ces étoiles de mer ont échoué sur la plage. Si je ne le rejette pas à la mer, elles vont mourir du manque d’oxygène ».
– « Je comprends, mais il doit y avoir des milliers d’étoiles de mer sur cette plage ! Vous ne pourrez pas toutes les sauver. Il y en a tout simplement trop. Et vous ne vous rendez pas compte que le même phénomène se produit probablement à l’instant même sur des centaines de plages tout au long de la côte. Vous ne voyez pas que vous ne pouvez rien y changer ? »
L’homme sourit, se pencha et ramassa une autre étoile de mer. En la rejetant à la mer, il répondit :
– « Pour celle-là, ça change tout ».

En ce dimanche de la Fête-Dieu, de la fête du Corps et du Sang du Christ, des milliers d’enfants dans nos paroisses font leur première communion Cette histoire d’étoile de mer peut s’entendre à plusieurs niveaux.

Une étoile à la mer dans Communauté spirituelle catechisme-1024x1024-1-1024x1024Pour les éducateurs que nous sommes – personnel ou enseignants en école catholique, catéchistes en paroisse – c’est une grande espérance. Même si vous avez parfois l’impression que votre travail d’éducation est une goutte d’eau dans la mer, il suffit d’un seul enfant que vous aurez aidé à se construire, humainement ou spirituellement, pour qu’une vie entière de labeur éducatif soit justifiée. Beaucoup d’enfants resteront peut-être échoués sur la plage, mais ceux que vous aurez mis à l’eau témoigneront pour vous.

Pour vous, les parents, cette histoire vous invite à semer sans compter. Les étoiles de mer, ce sont peut-être tous ces gestes que vous avez faits et refaits par amour inlassablement sur vos enfants en vous demandant parfois si cela sert à quelque chose. Eh bien, il suffit d’une parole qui fasse son chemin dans le cœur de votre fils, il suffit d’un geste d’affection, de pardon ou de confiance qui s’imprime dans la mémoire de votre fille et ils en seront changés pour toute leur vie !

Pour nous tous en Église, cette parabole d’étoiles de mer nous appelle à ne pas laisser ces enfants s’asphyxier. À leur donner le souffle de l’Esprit comme une réserve d’oxygène pour s’aventurer dans l’océan et aller au large, au lieu de vivoter et de se dessécher à marée basse. La mer pour l’étoile, c’est son milieu nutritif. C’est là où elle se nourrit, où elle puise de quoi grandir, de quoi rejoindre le large. L’eucharistie est la nourriture qui va permettre à ces enfants de première communion de nager loin, loin dans les eaux de leur baptême.

Communier aujourd’hui, communier demain, communier dans les jours de détresse comme dans les jours d’allégresse : cette première communion leur ouvre un chemin où ils pourront toujours ouvrir la main pour recevoir de quoi continuer leur route. Une étoile de mer sans la mer se dessèche et meurt. Un baptisé sans l’eucharistie vécue en Église se dessèche et sa vie intérieure meurt peu à peu. « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement », dit Jésus, en parlant de lui-même. Il est la vraie nourriture, il est la vraie boisson comme le dit saint Jean.
Tant il est vrai que se nourrir d’amour vaut mieux que toutes les autres nourritures.

Mais au fait, de quoi nourrissez-vous votre enfant ?
trop-decrans-pour-vos-enfants communion dans Communauté spirituelleOn fait de plus en plus attention – et on a raison – à ce qu’il y a dans l’assiette familiale. Pas trop sucré pour éviter l’obésité, un peu bio pour respecter la planète, un peu de qualité pour éduquer le goût, en circuit court pour manger local.
Faites-vous autant attention à ce dont vos enfants vont se nourrir, par la lecture, la vision, leur imaginaire, etc. ?
Dans quelle mer plongez-vous vos petites étoiles pour ne pas les laisser sur le sable ?
Toutes les enquêtes montent que les enfants en France, en moyenne, passent plus de temps devant la télé qu’en classe à l’école. Si vous ajoutez tous les écrans qui nourrissent l’imaginaire d’un enfant aujourd’hui, il y a de quoi réveiller votre vigilance de parents : Internet, jeux vidéo, téléphones portables, etc. Une étude publiée en 2023 avait mesuré les temps d’écran chez les enfants français. On y apprend que les enfants de 1 à 6 ans passent en moyenne 2h par jour devant un écran, 3h30 de 7 à 12 ans, et 5h10 de 13 à 19 ans !!!

Infographie: Combien de temps les jeunes passent-ils devant les écrans ? | Statista

Un ancien fait divers sordide, montre hélas que la nourriture virtuelle des enfants peut avoir une profonde influence sur eux. En 2008, un pré-adolescent –  comme on dit – de 11 ans invite chez lui son ami de 12 ans, qui vient accompagné de sa petite sœur de 10 ans. Les parents étant absents, ils regardent un film pornographique sur un DVD. Une fois la séance terminée, les jeunes entreprennent de reproduire toutes les scènes du film avec la petite sœur. La petite fille était complètement sous l’emprise psychologique des deux garçons et n’a rien pu faire pour leur échapper. Les deux collégiens se filment avec leurs smartphones et diffusent de leurs ébats durant une semaine dans leur classe de sixième au collège. Rapidement, l’histoire et la vidéo font le tour de l’établissement de plusieurs centaines d’élèves issus de ce coin huppé des Yvelines. L’enquête sur l’environnement familial révélera que ce ne sont pas des enfants livrés à eux-mêmes. Ils évoluent comme tous les enfants de ce collège dans des milliers sociaux plutôt favorisés, ajoutent un gendarme. Les parents sont effondrés.

Vous voyez l’urgence de proposer à vos enfants d’autres nourritures que celles qu’ils vont trouver à marée basse, au risque de s’asphyxier. Nourriture artistique, littéraire, spirituelle et éducative, nous n’en manquons pas en fait ! Mais parfois, nous n’osons pas transmettre. Nous nous réfugions derrière de faux alibis : « Il choisira plus tard ». « Je ne veux rien lui imposer ». « Tout se vaut après tout… ». Ce pain-là conduit à la mort spirituelle. Alors que celui qui mange du paix eucharistique vivra, et il vivra éternellement nous promet le Christ. Et une promesse du Christ, c’est quelque chose ! C’est plus fort même que la cover-r4x3w1200-654b52abd6c85-043-dpa-pa-221215-99-913175-dpai étoilepromesse scoute, et même que la promesse du mariage ! Lui tient sa promesse. Il nous fait vivre, en se donnant en nourriture, dans sa Parole, dans son Corps qui est l’Église, dans son corps et son sang qui est l’eucharistie.

Petites étoiles de mer, vous les enfants de la première communion, même s’il vous arrive  dans votre vie de suffoquer à marée basse, de vous asphyxier sur du mauvais sable, revenez à l’eucharistie. Souvenez-vous plus tard de votre première communion. La messe dans l’assemblée du dimanche, tout simplement, peut devenir votre océan et vous ouvrir une belle, une profonde, une indicible course au large.
Bonne navigation ! Et n’oubliez pas : se nourrir d’amour vaut mieux que toutes les autres nourritures…

 

Lectures de la messe

Première lecture
Melkisédek offre le pain et le vin (Gn 14, 18-20)

Lecture du livre de la Genèse
En ces jours-là, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il bénit Abram en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Psaume
(Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4)
R/ Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melkisédek.
(cf. Ps 109, 4)

Oracle du Seigneur à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

De Sion, le Seigneur te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

Le Seigneur l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

Deuxième lecture
« Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Séquence
Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants.
Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer.
Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges.
Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères.
Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs !
C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution.
À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne.
L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit.
Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui.
Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut.
C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.
Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.
L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.
Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.
On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.
Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.
Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort.
Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent !
Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.
Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué.

* Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.
D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.
Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants.
Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

Évangile
« Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés » (Lc 9, 11b-17)
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu, et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Patrick BRAUD

 

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29 mai 2025

Que tous soient un

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Que tous soient un

 

Homélie du 7° Dimanche de Pâques / Année C
01/06/25

 

Cf. également :
Étienne, protomartyr, maître es-témoignage
Sans séparation ni confusion …
Lapidation : le retour !
Poupées russes et ruban de Möbius…
Le dialogue intérieur
Sois un être de désir !
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste

 

1. Polyphonie

Que tous soient un dans Communauté spirituelle 02430234f3ecad7a06fcc07a274393f1J’ai ce grand bonheur – comme environ 3,5 millions de Français ! – de chanter chaque semaine avec une chorale amateure. Notre répertoire est plutôt Gospel. Les sopranes ont  souvent la voix la plus mélodieuse, celle qu’on retient facilement pour chanter sous la douche après avoir écouté le titre une fois. Les basses jouent un rôle de feutre surligneur : elles stabilotent la mélodie en l’accompagnant d’harmoniques profondes et en la rythmant  façon percussion. Mon registre ténor est contrasté : parfois brillant et s’élevant au-dessus des autres, souvent tout en nuances pour donner de la profondeur aux sopranes. Les alti  ont le rôle le plus ingrat : voix discrètes, à la fois féminines et graves, rarement mises en avant, mais indispensables à l’équilibre global.

Sur certaines partitions, ces quatre voix se conjuguent à merveille. Par exemple, les chorals de Bach les font dialoguer pour s’élever d’un seul cœur en une prière bâtie comme une cathédrale. Sur d’autres partitions, les voix « frottent » les unes contre les autres, et ces dissonances produisent un effet de feu d’artifice éblouissant ou au contraire de conversation croisée intime.

Le bonheur de ces chorales amateures, c’est de tisser ces quatre fils vocaux en une solide trame chatoyante. Elles s’en donnent « à chœur joie », pourrait-on dire, car le plaisir est justement de chanter d’un seul cœur en chœur !

 

Cette unité polyphonique exaltant les différences qui se conjuguent en un chant unique pourraient bien servir de référence à l’unité que Jésus demande à son Père pour ses disciples dans sa fameuse prière sacerdotale de ce dimanche (Jn 17,20–26) :

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ».

 

Comment pouvons-nous recevoir la grâce de cette unité pour laquelle le Christ a prié, pour laquelle il est mort ?

Essentiellement à travers les deux « sacrements de l’unité » que le Christ nous a laissés afin de nourrir notre difficile conversion à cette manière de vivre qui est celle de Dieu en lui-même, communion d’amour.

 

2. L’Église, sacrement de l’unité du genre humain

051c communion dans Communauté spirituelleC’est l’enseignement le plus important de Vatican II : « L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (LG 1).

 

Le Catéchisme de l’Église Catholique recueille cet apport essentiel du concile en qualifiant sans cesse l’Église de « sacrement de l’unité » :

“ Être le sacrement de l’union intime des hommes avec Dieu : c’est là le premier but de l’Église. […] Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’unité du genre humain » (n° 775). 

« Pour l’homme, cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était ‘comme le sacrement’ (LG 1) » (n° 1045). 

“Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est ‘le sacrement de l’unité’, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des Évêques » (n° 1126). 

1525  Le Christ a réconcilié les hommes avec Dieu et fait de son Église le sacrement de l’unité du genre humain et de son union avec Dieu (n° 2305).

 

Voilà la vocation de l’Église : être le sacrement de l’unité du genre humain. Un sacrement, soit un signe et un moyen.

Signe de l’unité trinitaire, l’Église l’est lorsqu’elle rappelle la vocation des peuples, des nations, des communautés diverses à s’entendre pour bâtir la paix, la concorde, l’échange. Elle oriente nos actions vers le Royaume, plus grand que nos réalisations humaines qui y contribuent pourtant.

Moyen de l’unité du genre humain, l’Église l’est lorsqu’elle propose dans ses paroisses, mouvements, communautés et groupes divers une expérience d’amitié, de communion, de solidarité qui permet à chacun et tous de progresser vers l’unité divine. Elle veut offrir à tous les hommes de bonne volonté un lieu de vie où il est possible d’expérimenter la communion fraternelle à la manière trinitaire, dans le respect et la conjugaison des différences donc. Une communion polyphonique.

C’est le grand défi de toutes nos assemblées : ne pas devenir un club fermé entre gens bien, mais unir toutes les sensibilités, classes sociales, origines ethniques etc. en un seul corps. Il y a un islam marocain, un bouddhisme laotien, mais il ne peut y avoir de christianisme national. Par essence, par vocation, nous sommes catholiques, c’est-à-dire selon l’étymologie grecque (καθ – ὅλος , kath-olon) : orientés vers le tout. Aucun groupe se disant chrétien ne peut s’enfermer dans une seule particularité (sociologique, spirituelle, politique, liturgique…).

 

Dès les premiers siècles, les schismes et les petites chapelles à part sont ressenties comme des déchirures de l’unique tunique sans couture du Christ.

« Pourquoi des disputes, des colères, les divisions, décision est la guerre parmi vous ? N’avons-nous pas un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit de grâce répandu sur nous, et une seule vocation dans le Christ ? Pourquoi écarteler et déchirer les membres du Christ, pourquoi nous révolter contre notre propre corps, et en arriver à une telle démence : oublier que nous sommes membres les uns des autres ? […]

Vos scissions en ont détourné beaucoup, elles en ont jeté beaucoup dans le découragement, beaucoup dans le doute, et nous tous dans le chagrin. Et votre désaccord se prolonge ! » (Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens). 

 

Il s’agit de ne pas faire mentir la mort du Christ, dont le seul but est de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

Le mouvement œcuménique essaie – laborieusement – de réparer les coups de poignards qui ont lacéré l’unité ecclésiale depuis 2000 ans. Mais il nous faut commencer au plus près : dans nos paroisses, nos équipes liturgiques, nos groupes bibliques, nos pèlerinages etc.

Et peut-être également commencer par nous-mêmes : suis-je vraiment Un ? unifié autour de ce qui est essentiel pour moi ? Rappelons-nous que le diable (διάβολος , dia-bolos = disperser, éparpiller) est le diviseur là où le Christ est le symbole (σύμβολον, syn-bolon = mettre ensemble).

 

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3. L’eucharistie, autre sacrement de l’unité

« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1Co 10,17).
32228506-bread-and-wheat-ears EgliseAugustin commente à l’infini cette parole de Paul sur le pain unique qui engendre un seul corps. Face aux schismes qui déchirent l’Église d’Afrique, il répète inlassablement l’exigence d’unité que comporte la communion eucharistique, mouvement d’unité qui s’étend à l’humanité toute entière, destinée à être rassemblée en l’unique Corps du Christ. « Les aliments qui vous tombent sous les yeux sont le sacrement de notre unité. (…) La coupe comme le pain recèlent le mystère de notre unité » (Serm. Jour de Pâques). « Ce pain nous apprend combien nous devons aimer notre unité! (…) C’est là comme un symbole de notre unité » (Serm. 227). Les citations seraient innombrables et vont toutes dans ce sens: le Christ est venu rassembler dans l’unité trinitaire l’humanité entière; il a donné sa vie pour cela. Le mémorial de son sacrifice nous donne d’avoir part dès maintenant, dans et par l’Église, à ce mouvement d’unification de la famille humaine, afin de tendre vers l’unité universelle, eschatologique et cosmique de la Cité de Dieu.

 

Au premier siècle, l’unité ecclésiale était forte et évidente, car il y avait chaque dimanche une seule eucharistie dans une ville, présidée par l’évêque entouré de son presbyterium. Très vite, les communautés chrétiennes se sont multipliées, en campagne notamment, et ne pouvaient plus se joindre à l’eucharistie centrale. D’où la multiplicité des célébrations dominicales. On garde cependant en tête le modèle, l’archétype de la célébration unique, signifiant l’unité de l’Église et du genre humain. Car cette multiplicité d’assemblées était ressentie comme un écart par rapport à un idéal, car la fonction sacramentelle de l’Église réalisant l’unité eschatologique de l’humanité est beaucoup moins bien signifiée dans ce morcellement d’assemblées.

Pour bien garder cette signification, et pour rappeler que l’assemblée eucharistique unique est la norme dans un diocèse, l’Église de Rome avait inventé la pratique du fermentum, attestée par Irénée à la fin du II° siècle: une parcelle (fermentum) du pain consacré par l’évêque de Rome lors de l’eucharistie présidée par lui à la cathédrale était envoyée aux Églises de la ville de Rome qui ne pouvaient se regrouper autour de cette eucharistie unique. Les diacres apportaient cette parcelle consacrée, ce ferment d’unité, qui était mise dans le calice avant la communion, en signe de la communion de cette assemblée avec celle présidée par le pape.

Le sens symbolique était clair: il s’agissait de compenser l’impossibilité de l’assemblée unique, qui est pourtant la norme, par un signe de la communion ecclésiale réalisée par la communion à la même eucharistie.

 eucharistieLe Pape Innocent I écrivait en 416 à l’évêque de Gubbio : « Quant au fermentum que nous envoyons, le dimanche, dans les divers titres, il est superflu pour toi de nous consulter à ce sujet. Chez nous, en effet, les Églises sont toutes bâties à l’intérieur des murs de la cité. Leurs prêtres qui, ce jour-là, à cause du peuple qui leur est confié, ne peuvent pas célébrer avec nous, reçoivent donc par des acolytes le fermentum confectionné par nous, afin qu’ils ne se sentent pas, surtout ce jour-là, séparés de notre communion. Mais cela, je ne pense pas qu’il faille le faire dans les parties rurales des diocèses, parce que les sacrements ne doivent pas être portés au loin… »

L’usage du fermentum ne fut certes pas universel ; peut-être est-il propre à Rome, et il disparaît progressivement vers le VII° siècle. L’immixtion, c’est-à-dire le mélange d’une parcelle d’hostie au calice avant la communion, demeure pour nous aujourd’hui une lointaine trace du fermentum. Mais sa signification ecclésiale s’est perdue, et a été remplacée par une signification de type ontologique. Dans le climat de polémique contre les protestants au sujet de la communion sous les deux espèces, ce geste en est venu à signifier l’intégralité de la présence du Christ sous chaque espèce (non-séparation du corps et du sang du Christ, l’un dans le pain et l’autre dans le vin), et donc la légitimité de la communion au pain seulement. Triste exemple de la « césure meurtrière » (Congar) entre l’Église et l’eucharistie…

 

Pour le dire de manière radicale, l’enjeu de l’eucharistie n’est pas l’adoration, ni même la présence, mais bien l’unité du genre humain ! Le véritable sacrifice eucharistique n’est pas dans l’ascèse, l’immolation ou la pompe liturgique. L’eucharistie ‘fait du sacré’ (sacrifice) lorsqu’elle nourrit et bâtit l’unité du genre humain : elle contribue ainsi à la divinisation de tous et chacun.

Mains-ensemble-21 unitéÀ plusieurs, ne faire qu’un : voilà l’enjeu majeur de nos messes, de nos cultes de Sainte Cène, de nos divines liturgies. La Tradition unanime ne cesse de le marteler.

« Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été recueilli pour devenir un, qu’ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton royaume » (La Didachè des Apôtres).

« Qu’est donc ce pain ? C’est le Corps du Christ. Que deviennent ceux qui le reçoivent ? Le corps du Christ : non pas plusieurs corps, mais un seul corps. En effet, comme le pain est tout un, bien qu’il soit constitué de multiples grains, qui, bien qu’on ne les voie pas, se trouvent en lui, tels que leur différence disparaisse en raison de leur parfaite fusion, de la même manière nous sommes unis les uns aux autres et nous sommes unis tous ensemble au Christ » (Chrysostome, Homilia in primam ad Corinthios 24,2).

 

Dieu fait ainsi de son Église l’offrande eucharistique par excellence : « Le plus grand sacrifice que l’on puisse offrir à Dieu, c’est notre paix, c’est la concorde fraternelle, c’est le peuple rassemblé par cette unité qui existe entre le Père, le fils et le Saint Esprit »  (Cyprien de Carthage, La prière du Seigneur).

« C’est Dieu qui conserve dans l’Église son amour qu’il a répondu en elle par l’Esprit Saint. Il fait ainsi de cette Église un sacrifice qui lui est agréable, afin qu’elle puisse toujours recevoir la grâce de l’amour spirituel, et que cette grâce lui permettre de s’offrir continuellement en un sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu » (Fulgence de Rome, à Maxime).

 

Cette vocation unitaire de l’eucharistie à une tonalité eschatologique qui affleure dans le symbolisme du repas eucharistique.

Isaïe fait du festin fraternel une figure annonciatrice du banquet eschatologique (Is 25,6‑7). Jésus reprendra cette image pour parler du Royaume (Lc 13,29 ; 22,28-30 ; Mt 22,1-14…), et Jean pour parler du banquet des noces de l’Agneau (Ap 19,5-10). L’eucharistie annonce cette unité eschatologique où « les hommes de toutes races, de toutes langues et de toutes cultures seront réunis et rassemblés autour de la table de ton Christ » (Prière eucharistique pour la réconciliation). Elle annonce la vocation de l’Église à devenir « le monde réconcilié », selon le mot d’Augustin. Il est à noter que cette communion eschatologique n’est pas le fruit et le résultat de la volonté des participants, mais de l’invitation du Christ lui-même se donnant en nourriture. La dimension ‘verticale’, transcendante de la communion eucharistique fonde et réalise la dimension ‘horizontale’, fraternelle de cette même communion de table, et non l’inverse.

 

À plusieurs, ne faire qu’un : c’est le défi majeur de nos existences humaines, en nous-même, avec nos proches et nos lointains.

C’est pour cela que « le Christ est mort, afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

C’est dans ce but que l’Église nous est proposée en tant que signe et moyen.

C’est la visée ultime du sacrifice eucharistique : nous unir comme les membres du Corps du Christ.

C’est également la visée du sacrement de mariage : manifester l’amour qui unit le Christ à son Église.

 

Méditons en cette semaine sur ce défi de l’unité – polyphonique ! – en nous appuyant sur la prière de Jésus : « que tous soient un, comme toi Père tu es en moi et moi en toi » !

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je contemple le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 55-60)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume
(Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9)

R/ Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre !
ou : Alléluia !
(Ps 96, 1a.9a)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
justice et droit sont l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.

À genoux devant lui, tous les dieux !
Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre :
tu domines de haut tous les dieux.

Deuxième lecture
« Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 12-14.16-17.20)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Évangile
« Qu’ils deviennent parfaitement un » (Jn 17, 20-26)
Alléluia. Alléluia. 
Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur, je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Patrick BRAUD

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13 avril 2025

Jeudi Saint : Qu’avons-nous fait de l’Homme ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jeudi Saint : Qu’avons-nous fait de l’Homme ?

 

Homélie pour le Jeudi Saint / Année C
17/04/25


Cf. également :

Jeudi Saint : aimer jusqu’au « telos »
Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds
Jeudi saint : les réticences de Pierre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Jeudi Saint : pourquoi azyme ?
La commensalité du Jeudi saint
Le Jeudi saint de Pierre
Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
Je suis ce que je mange
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint
De l’achat au don
Pâques : les 4 nuits

 

Maurice Zundel méditait ainsi sur le lavement des pieds de la dernière Cène (Lausanne – Montalivet, le Jeudi saint 7 avril 1966) :


Qu’avons-nous fait de l’Homme ? C’est la question que nous pose cette Liturgie du Jeudi Saint. Qu’avons-nous fait de l’Homme ?
Si nous avions compris l’Évangile de Jésus, est-ce que le monde serait dans l’état où il se trouve aujourd’hui ? Évidemment non !

Car justement cette liturgie du Jeudi Saint cumule, en quelque sorte, toutes les consécrations de l’Homme par Jésus-Christ. Le « Mandatum » , la dernière consigne de Jésus :   « C’est à cela que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés  » (Jn. 13, 35).
Quel paradoxe ! Le dernier mot du Christ ! Le dernier mot du suprême Prophète, le dernier mot du Fils de l’Homme et du Fils de Dieu, c’est d’aimer l’Homme et de faire de l’amour de l’Homme, le test, le critère, la pierre de touche de l’amour de Dieu.
Et cet amour de l’homme, Jésus va le manifester dans cette scène incomparable, inépuisable, bouleversante, du Lavement des Pieds. Il va nous montrer Dieu à genoux devant l’Homme, devant l’Homme qui est le Royaume de Dieu, devant l’Homme qui porte l’infini dans son cœur, comme le dit le Pape saint Grégoire, exprimant cette nouveauté merveilleuse :  « Le ciel, c’est l’âme du Juste ».

Jésus à genoux devant l’Homme ! Il n’y a plus maintenant, rien à ménager. Il ne s’agit plus de conduire les disciples par une parabole, il faut les mettre brutalement en face de la réalité, car la catastrophe est imminente : le Sauveur du monde va être immolé, la toute-puissance de Dieu va connaître ce formidable échec, en apparence. Le salut va venir par la mort sur la Croix.
Il faut donc que le vrai visage de Dieu s’imprime maintenant dans le cœur des disciples et qu’ils sachent que Dieu, justement, est au-dedans d’eux-mêmes, d’une Présence confiée à toute conscience humaine. C’est à cela que Jésus veut les conduire ses disciples, c’est ce Royaume de Dieu qu’il voulait ériger au-dedans de nous, nous révélant que le ciel est ici, maintenant, dans cette éternité de l’amour, au cœur de notre plus secrète intimité.
C’est donc là qu’il faut chercher Dieu, dans l’Homme ; et pour atteindre à la perfection chrétienne, il faut que tous les Hommes ensemble constituent un seul corps, une seule vie, une seule personne en Jésus ; et tout cela justement, que l’Eucharistie va sceller.
L’Eucharistie qui pour l’éternité, l’affirmation qu’il n’y a pas d’accès possible à Dieu, autrement que par le chemin de l’Homme, car Jésus, le Christ notre Seigneur, bien sûr, ne cesse jamais d’être avec nous. Il est toujours comme sur le chemin d’Emmaüs, le compagnon de nos vies, davantage, il est toujours au-dedans de nous, au-dedans de chacun de nous.

C’est pourquoi tout ce que nous faisons aux autres en mal ou en bien, le frappe, l’atteint, le comble ou le déchire, parce que, il est intérieur à chacune de nos humanités, parce qu’il est une attente infinie dans chacune de nos consciences.
Alors, s’il est déjà là, pourquoi l’Eucharistie ? Si toute grâce vient de lui et si ce que nous appelons l’état de grâce, c’est-à-dire cette vie divine en nous, est issue de son cœur, et nous est communiquée par sa Présence, si donc son humanité en est le canal et l’instrument inséparable, si vraiment donc Jésus est toujours avec nous, pourquoi l’Eucharistie ?

C’est justement pour affirmer que jamais, au grand jamais, il ne sera possible de l’atteindre sans prendre en charge toute l’humanité. Pourquoi ? Mais parce que Jésus, justement, est le second Adam, parce qu’il est le Fils de l’Homme dans un sens unique, parce que, il est à l’intérieur de chacun, n’ayant pas de limites, ne s’appartenant aucunement dans son humanité, qui est le sacrement diaphane, immense, de la Présence divine ; son humanité n’ayant pas de frontière peut être ouverte sur toute l’humanité, peut rassembler toutes les générations, peut rendre tous les Hommes de tous les siècles contemporains.

Et lui seul, justement, est le lien d’une humanité libérée de ses limites, d’une humanité où chacun rejoint l’autre par le dedans, où chacun rejoint l’autre par sa liberté, par son ouverture, par cette respiration de Dieu qui conditionne toute notre dignité.
Pour atteindre Dieu, il faut donc – j’entends le Dieu vivant, le vrai Dieu, le Dieu qui est au-dedans de nous un espace infini – il faut donc ouvrir nos cœurs, il faut les faire aux dimensions de son cœur, il faut nous rendre universels, il faut dépasser nos frontières et nos limites, il faut que nous devenions une Présence à tous et à chacun.
Et c’est alors que nous atteindrons, que nous rejoindrons, que nous découvrirons le vrai Dieu. Si nous en faisons une idole à notre mesure, si nous le restreignons à nos besoins, si nous réduisons Dieu à un monopole de secte ou de parti, il s’agit d’un faux dieu.
Le vrai Dieu n’a pas de frontières, le vrai Dieu est un Amour illimité, le vrai Dieu est tout entier et infiniment en chacun un don illimité.
Jésus était présent à ses Apôtres ; ils ne l’ont pas connu ; il était devant Pilate, il ne l’a pas connu ; il comparaissait devant Caïphe, il ne l’a pas connu ; parce que tous le voyaient du dehors, ils le voyaient devant eux, au lieu de le voir au-dedans d’eux-mêmes, comme le principe, comme le lien qui unit tous les Hommes et qui peut faire de tous un seul Corps, une seule vie. Et c’est cela justement que le Seigneur voulait.

A l’Eucharistie, ce n’est pas une idole où on met un morceau de pain dans sa bouche, une idole où on fait de Dieu un objet portatif dont on dispose ! C’est tout le contraire ! L’Eucharistie c’est l’impossibilité d’atteindre Dieu sans passer par toute l’humanité, sans assumer toute l’Histoire, sans s’ouvrir à toutes les douleurs, à toutes les solitudes, à tous les abandons, à tous les crimes, à toutes les misères, à toutes les, à toutes les attentes, à tous les espoirs.


Jeudi Saint : Qu’avons-nous fait de l’Homme ? dans Communauté spirituelle VISUEL+LE+CORPS+DU+CHRIST+%25282%2529Vous ne pourrez venir à moi, c’est cela que veut dire l’Eucharistie, qu’en vous faisant d’abord mon Corps.
 C’est quand vous serez tous ensemble mon Corps Mystique, quand circulera, entre vous, un même Amour qui fera de vous les membres les uns des autres, c’est alors que vous pourrez m’appeler d’une manière efficace, c’est alors que vous serez en prise sur mon intimité, parce que justement votre intimité sera devenue illimitée et universelle.
Vous m’appellerez et je répondrai. Vous m’appellerez et je serai présent. Vous m’appellerez et je serai l’aliment de ce banquet universel qui vous rassemble tous autour de ma table et où vous vous échangez les uns les autres en échangeant la Présence divine elle-même.


Oui, c’est cela l’Eucharistie, elle n’a pas pour but de rendre présent le Christ. Il est toujours déjà là, c’est nous qui ne sommes pas là
. L’Eucharistie a pour but de nous rendre présents au Christ et de fermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles et de faire jaillir en nous la plénitude de sa vie, dans la mesure où nous lui apportons la plénitude de la nôtre. Et un immense appel qui n’a pas été entendu et qui aurait dû y être.
Si cet appel avait, avait été entendu, est-ce qu’il aurait encore un esclavage pour les deux tiers de l’humanité ? Est-ce qu’il y aurait des Stalines ? Est-ce qu’il y aurait des abandons et des trahisons, si cet appel avait été entendu ?
Nous avons fait de Dieu une idole, de l’Eucharistie une idole, nous avons processionné autour de cette idole, et nous n’avons pas vu qu’elle était une exigence formidable, qu’elle demandait de chacun de nous qu’il se surmonte, qu’il se dépasse, qu’il fasse de son cœur un cœur illimité, qu’il accueille les autres au nom du Christ, en voyant en eux le Christ et en leur donnant le Christ, par sa fraternité même.


Ah ! Il faut que nous rendions à l’Évangile son réalisme incomparable, car personne n’a jamais aimé Dieu, je veux dire, n’a jamais aimé l’Homme comme Jésus-Christ. Personne n’a la passion de l’Homme comme Jésus-Christ. Et cette Passion que nous célébrons, ce Mystère de la Foi, il signifie justement au cœur de Dieu cette passion infinie pour l’Homme.
Le prix de notre vie, c’est lui, c’est lui-même, offert pour nous. Comment donc pourrions-nous le joindre sans assumer l’Homme, sans découvrir la grandeur de l’Homme, sans comprendre que le Royaume de Dieu ne peut s’accomplir qu’au-dedans de l’Homme, sans mettre au-dessus de tous nos intérêts, cette grandeur divine de l’Homme qui est tout le Royaume de Dieu dans une Incarnation de Dieu qui se continue jusqu’à la fin des siècles.


Et voilà la question qui nous est posée ce soir : qu’avons-nous fait de l’Homme ? Qu’avons-nous fait de l’Homme ? Est-ce que nous continuerons à processionner autour d’une idole ? D’une idole que nous avons construite en méconnaissant le don de Dieu.
Bien sûr, le Christ se donne réellement à nous; par l’Eucharistie vraiment il se communique. Mais s’il se communique par l’Eucharistie, c’est en réponse à cet appel de l’Église qui, seule, peut prononcer les paroles délicates qui actualisent cette Présence.
L’Église : Corps Mystique, mais l’Église, c’est nous ! Ce Corps Mystique, nous avons tous à le former, et il faut le dire : s’il n’y avait pas ce soir dans l’humanité quelqu’un qui aime, quelqu’un qui aime l’humanité, s’il n’y avait pas ce soir dans la Communauté chrétienne quelqu’un qui s’efforce vers l’universel, s’il n’y avait pas une âme au moins, dans le monde, en état d’ouverture plénière à Jésus-Christ, eh bien, la Consécration serait impossible ; elle serait invalide, parce que elle n’est pas un acte magique. Les paroles consécratrices sont le cri de l’Église, le Christum mystique
Il n’y aurait plus de Corps Mystique, s’il n’y avait pas au moins une âme, ce soir, en état de charité, pour répondre à cette Passion de Dieu envers toute l’humanité.
Dieu fait, ce soir, nous rassembler autour de sa table pour nous transformer en lui, en se donnant à nous. Il est donc impossible de disjoindre l’Eucharistie, le Lavement des Pieds, le  « Mandatum » , le suprême commandement, car ces trois sommets ont la même signification : impossible d’aller à Dieu autrement que par le chemin de l’Homme.


 eucharistie dans Communauté spirituelle

Nous allons donc communier, tout à l’heure, à l’humanité d’abord, pour communier à la Présence divine. Nous allons essayer d’étendre notre regard à toutes les douleurs, à toutes les souffrances, à toutes les solitudes, à tous les désespoirs, à toutes les famines… Mais pour que cela soit vrai, il faudra que ce soir, nous ôtions de nos cœurs tout ce qui nous sépare de l’amour humain, de l’amour de nos frères : toutes nos rancunes, tous nos ressentiments, tous nos refus de pardonner, et il faudra que ce soir en rentrant chez nous, nous apportions à ceux que nous rencontrerons, ce soir, un autre visage, un visage qui laisse transparaître Dieu, un visage où Dieu pourra se respirer comme l’appel du plus haut Amour, un visage enfin, qui sera une Présence, c’est-à-dire, un don silencieux, un don agenouillé, un don intérieur, un don à travers lequel le vrai Dieu, enfin, pourra se manifester.


L’Eucharistie, il ne faut jamais l’oublier, cette Présence communautaire par la Communauté, dans la Communauté, pour la Communauté, cette Présence est un appel constant à l’universel. On ne peut pas prendre la Communion pour soi tout seul. On communie toujours avec les autres, pour les autres, pour être le viatique de tous et de chacun, pour que personne ne soit abandonné, pour qu’aucun gâchis ne soit sans consolation, pour qu’aucune détresse ne ressuscite pas à l’espérance, pour qu’aucun malade n’éprouve un soulagement, pour que tous enfin se sentent appelés, entourés, et que s’ils passent de cette vie à l’invisible, nous ayons communié pour eux et qu’ils aient communié à travers nous.
Nous voulons demander au Seigneur, en poursuivant cette liturgie, nous voulons lui demander de sceller dans notre cœur cet appel, cette exigence infinie, afin que cette question :  « Qu’avons-nous fait de l’Homme ?  » devienne pour nous, chaque jour un programme, un désir, pour témoigner de Jésus-Christ, d’empoigner les problèmes humains avec la volonté de les résoudre.


Et surtout, puisqu’enfin il s’agit d’agir dans le plus concret et le plus immédiat, surtout que surgisse en nous, chaque jour, cette volonté de ne jamais ajouter, volontairement, à la douleur d’autrui, aujourd’hui, de ne pas ajouter à la peine de ceux qui nous entourent ; mais au contraire d’alléger leur fardeau et de leur faire apparaître Dieu comme la joie de notre jeunesse, de le leur révéler comme ce Cœur qui n’est qu’un Cœur, comme cet Amour qui n’est que l’Amour, comme celui enfin, qui a donné à l’humanité toutes ses dimensions en nous révélant cette Passion de l’Homme, infinie, qui brûle au Cœur de Jésus-Christ et qui fait qu‘il nous rassemble ce soir, autour de sa table, afin que nous devenions avec lui, en nous donnant à lui, comme il se donne à nous, pour nous donner à lui en nous donnant à toute l’humanité, afin que nous devenions en lui, un seul Corps, une seule vie, une seule personne, un seul pain vivant !


Messe du soir


1ère lecture : Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)


Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »


Psaume : 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18
R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)


Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.


Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?


Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.


2ème lecture : « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.


Évangile : « Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick BRAUD


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