L'homelie du dimanche

8 décembre 2019

Le doute de Jean-Baptiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le doute de Jean-Baptiste

Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année A
15/12/2019

Cf. également :

Dieu est un chauffeur de taxi brousse
L’Église est comme un hôpital de campagne !
Du goudron et des carottes râpées
Que demander dans la prière ? 

Les religieuses ‘Missionnaires de la charité’ en restaient bouche bée : le Père Kolodiejchuk  venait de leur lire une lettre de Mère Teresa, leur fondatrice, décédée en 1991, dans laquelle elle montrait un tout autre visage que son éternel sourire accroché à son sari bleu et blanc :

« Jésus a un amour tout particulier pour vous. Pour moi, le silence et le vide sont si importants que je regarde et ne vois pas, que j’écoute et n’entends pas », a-t-elle écrit en 1979 à un confident, le pasteur Michael Van Der Peet.
Dans plus de 40 lettres rédigées au cours de 66 années, la religieuse catholique d’origine albanaise, qui s’est consacrée à l’aide aux pauvres et aux mourants dans les bidonvilles de Calcutta en Inde, écrit sur « l’obscurité », la « solitude » et la « torture » qu’elle traverse.
« Où est ma foi – tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité – mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n’ai pas la foi », a-t-elle écrit dans une lettre non datée adressée à Jésus.
En 1962, la religieuse écrivait: « Si un jour, je deviens une Sainte, je serai sûrement celle des ‘ténèbres’, je serai continuellement absente du Paradis ».

La célèbre sainte de Calcutta traversait donc d’intenses moments de doute, et personne ne le voyait, pas même ses sœurs !
Pourtant, la plupart des gens pense que le doute et la foi s’excluent mutuellement : douter empêcherait de faire confiance, croire éliminerait le doute. Et voilà que Jean-Baptiste dans notre Évangile (Mt 11, 2-11) se pose comme Mère Teresa des questions essentielles, irrésolues. Il ne sait quoi penser de son cousin, Jésus de Nazareth : « es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

jean-baptiste-en-prison

Celui qui doit venir, c’est Élie, le grand prophète dont le retour signifierait la venue des temps messianiques, où il n’y aurait enfin plus de guerre ni d’injustice, mais l’Alliance intégralement vécue avec Dieu et partagée entre tous les hommes : « Souvenez-vous de la Loi de Moïse, mon serviteur, à qui j’ai donné, à l’Horeb, des lois et des coutumes pour tout Israël. Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que ne vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, celui des fils vers leurs pères pour que je ne vienne pas frapper la terre d’interdit » (Ml 3,22–24).

Devant ce portrait décrit par Malachie, Jean-Baptiste doute : ‘ça ne colle pas. La loi de Moïse ? Jésus semble prendre des libertés avec elle, guérissant le jour du sabbat alors que tout travail est interdit, s’invitant à la table des pécheurs alors que la Loi les déclare impurs, mangeant ce que la cacherout interdit, faisant bon accueil aux étrangers jusqu’à proclamer qu’un centurion romain a plus de foi que tout Israël… non, ça ne colle pas exactement à l’idée que je me faisais du Messie’, se dit Jean-Baptiste. Du fond de sa prison où il est détenu par Hérode depuis plus d’un an, les actes et la prédication de Jésus ne lui parviennent que de manière étouffée, indirecte. Il l’avait désigné comme l’Agneau de Dieu au bord du Jourdain, mais est-ce la même chose que le Messie ?

Nos propres doutes s’enracinent souvent dans un pareil éloignement du Christ. Lorsque nous ne le fréquentons plus dans la lecture des Écritures, lorsque nous ne l’entendons plus prêcher le dimanche, soigner et guérir dans nos associations caritatives, lorsque nous ne nous confrontons plus à son absence dans la prière, alors il peut nous sembler comme à Jean-Baptiste très loin du portrait-robot dont nous aurions envie.

Jean-Baptiste « avait entendu parler des œuvres du Christ réalisées par le Christ » mais par ouï-dire, indirectement. La rumeur se déforme davantage encore en traversant les murs de sa prison. Sa prison est la conséquence de son courage éthique – pourrait-on dire – car il a dénoncé publiquement la forfaiture d’Hérode couchant avec la femme de son frère. Notre prison à nous, c’est parfois la conséquence d’engagements très forts, très exigeants, dont les contraintes nous gardent le nez dans l’action, un peu comme Mère Teresa le seau à la main auprès des mourants de Calcutta. Ayant pris des risques pour le Christ, nous pourrions espérer que tout serait limpide, qu’il serait ostensiblement présent à nos côtés, dissipant toujours les doutes et les obstacles. C’est là qu’il se dérobe à nous, alors que nous avons déjà parié gros sur lui. Un flot de questions nous assaille : n’était-ce qu’un mirage ? pourquoi suis-je déçu ? cela en valait-il la peine ?

Jean-Baptiste a pressenti quelque chose de la grandeur du Christ au Jourdain, mais là il ne comprend pas pourquoi tout ne se passe pas comme Malachie l’annonçait, pour Israël qui ne reconnaît pas son Messie, comme pour lui Jean-Baptiste qui croupit en prison sans que Jésus fasse quelque chose en sa faveur. Comment cela se fait-il ?

Le doute de Jean-Baptiste – comme les nôtres – se nourrit donc d’un éloignement déformant la réalité, et d’une déception de ne pas voir nos attentes se réaliser.

Si nous croyons que Dieu nous doit la santé, nous serons dans le doute avec la maladie.
Si nous croyons que Dieu nous doit la prospérité, nous serons dans le doute si nous sommes au chômage ou dans la pauvreté.
Si nous croyons que Dieu nous doit l’amitié des autres, nous serons dans le doute si nous nous trouvons isolés.
Si nous croyons que Dieu nous doit des émotions paisibles, nous serons dans le doute si nous nous trouvons en proie à l’anxiété ou la colère.

La réponse de Jésus aux envoyés de Jean-Baptiste vaut également pour nous :
« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ».
C’est une réponse en actes, et non une idée, une théorie, un raisonnement ou une leçon de morale. Luc d’ailleurs donne une version encore plus réaliste que Matthieu :
« A l’heure même, Jésus guérit plusieurs personnes de maladies, d’infirmités et d’esprits mauvais, et il rendit la vue à de nombreux aveugles » (Lc 7, 20-21).
C’est la praxis qui compte, aurait écrit Marx (ou Ludwig von Mises, auteur d’un traité de praxéologie devenu un classique en économie : L’Action humaine, 1949). Autrement dit : mettez de côté vos a priori, vos préjugés, vos prétextes, et regardez les faits tels qu’ils sont. Si les boiteux marchent, votre conception du Messie doit marcher avec eux ; si les lépreux sont guéris, votre déception sera guérie avec eux ; si les aveugles voient, c’est que vous pouvez ouvrir les yeux avec eux sur la vraie nature du Christ. Si la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, c’est donc que ce prophète, si surprenant et dérangeant qu’il soit, est bien « celui qui doit venir ».

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le prix Nobel d’économie a été attribué en 2019 à trois économistes (Michael Kremer, Abhijit Banerjee et Esther Duflo) s’inspirant de cette attitude mettant de côté les idéologies pour juger d’après les faits. Ils ont par exemple observé à quelles conditions l’aide au développement pouvait être efficace, en constituant deux groupes similaires à qui ils appliquaient des politiques différentes (comme on le fait pour tester l’efficacité d’un médicament), pour constater de la façon la plus objective possible quels sont les leviers économiques et politiques qui peuvent aider à sortir de la misère. Leur approche basée sur les expérimentations (et non sur les théories) a transformé l’économie du développement.

Traverser nos doutes demande donc de revenir à la réalité des événements de notre vie, sans le prisme déformant de nos projections sur Dieu ou sur nous-mêmes. Quels sont les signes qui accompagnent notre histoire ? Quelles sont les visages qui nous ont parlé de Dieu ? Quels textes ou œuvres d’art nous ont bouleversés ? Quelle proximité d’avec les pauvres nous a touché au plus intime ?

La foi n’est pas sans le doute, elle serait plutôt au prix du doute : en le traversant, elle est purifiée, transformée, pour accueillir ce que nous n’attendions pas, car nous ne savons pas ce qui est bon pour nous… Jésus à Gethsémani en fait l’expérience la plus déchirante : il éprouve de l’angoisse, de l’effroi devant sa Passion imminente et se demande si c’est bien là le chemin à emprunter. Il pourrait encore s’échapper. Ce dilemme le déchire intérieurement au point d’en suer « comme des gouttes de sang » nous dit Luc. Comment la volonté du Père pourrait-elle se réaliser si tout cela finit aussi lamentablement sur la croix ? « Père, si cela est possible, que cette coupe s’éloigne de moi. Cependant, que ta volonté soit faite et non la mienne » (Lc 23,42).

Se laisser conduire au moment où le déroulement des événements nous fait douter de la promesse divine est notre combat pour devenir fils dans le fils.

Pierre Chrysologue, un théologien du VI° siècle, écrit dans son Sermon 79 : « Il doute profondément, celui dont la foi est plus profonde. Il ne peut pas être trompé, celui qui n’est pas enclin à accepter des ouï-dire. Adam, sans expérience, est tombé rapidement en croyant rapidement ». Il n’y a donc pas de foi sans discernement, sans questionnement, sans doute.

Saint Augustin écrit dans son livre sur la Trinité, au chapitre 10 : « si l’homme doute, il comprend. S’il doute, il veut  être certain ; s’il doute, il pense ; s’il doute, il juge qu’il ne doit pas donner son assentiment à la légère ».

Le romancier Georges Bernanos avait cette formule lapidaire : « La foi, c’est 24 heures de doute moins une minute d’espérance ».

Le théologien jésuite Joseph Moingt  écrit : « le doute est partie intégrante de toute recherche de vérité et de toute relation humaine ; tantôt, on le laisse suivre son chemin, si troublant qu’il soit, car on sent qu’il conduit au vrai ; tantôt, on le bouscule et on l’écarte de sa route, car il empêche d’avancer » [1].

Il y a assez de lumière dans la foi pour croire et assez d’obscurité pour douter.

 « Es-tu celui qui doit venir ou dois-je en attendre un autre ? »
Faisons nôtre le doute de Jean-Baptiste, pour qu’il fasse grandir notre foi et la purifie de toute attente qui ne viendrait pas de Dieu.

 


[1]. Joseph Moingt, Croire quand même : Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, Flammarion, coll. Essais, 2013

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu vient lui-même et va vous sauver » (Is 35, 1-6a.10) 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

PSAUME

(Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a)
R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous ! ou : Alléluia ! (cf. Is 35, 4)

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Tenez ferme vos cœurs car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

ÉVANGILE
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-11)
Alléluia. Alléluia.L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : ,

9 décembre 2018

Un baptême du feu de Dieu ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Un baptême du feu de Dieu ?


Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année C
16/12/2018

Cf. également :

Faites votre métier… autrement
La joie parfaite, et pérenne
Éloge de la déontologie
Du feu de Dieu !

Quand un soldat part au combat pour la première fois, on dit que c’est son baptême du feu : s’il revient vivant, il sera considéré comme un militaire à part entière et non plus comme un ‘bleu’. De même pour un pompier qui va éteindre son premier incendie. Le baptême du feu dans le langage courant est donc un rite d’initiation, une première fois qui fait passer du statut de débutant au statut d’adulte confirmé.

Jean-Baptiste pensait-il à une épreuve de la sorte lorsqu’il promettait au peuple qui était dans l’attente du Messie : « lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ? »

« Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » (cf. Lc 3, 10-18)

Cette double mention est assez énigmatique en fait, et a donné lieu à des tonnes d’interprétations.

Passons-les en revue.

Y aurait-il trois baptêmes ?

Il faut d’abord s’expliquer sur l’opposition que Luc fait entre le baptême d’eau de Jean-Baptiste et le baptême dans l’Esprit Saint et le feu de Jésus.

Un baptême du feu de Dieu ? dans Communauté spirituelle l-ablution-volume-1-de-la-collection-amine-et-amina-l-enseignement-islamique-familialLe baptême d’eau est tout simplement un rite d’ablution bien connu des juifs, dont les musulmans ont hérité à travers les ablutions rituelles avec de l’eau à faire avant la prière, ou pour se purifier.

« Ô les croyants ! lorsque vous vous levez pour la salat, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes ; passez les mains mouillées sur vos têtes; et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles » (Coran 5,6).

Si vous avez voyagé en pays musulman, vous avez sans doute été surpris de n’apercevoir aucun papier dans les toilettes privées ou publiques (sauf les grands hôtels) mais des douchettes, grâce auxquelles un petit jet d’eau vous permet de vous laver et de vous purifier…

La symbolique du baptême d’eau au Jourdain est bien celle-là : l’homme cherche à se purifier en étant lavé de ses souillures. Ce que Jean-Baptiste traduit par un baptême de repentance pour le pardon des péchés. C’est donc d’abord une démarche de l’homme : vouloir se détacher du mal commis pour retrouver le lien de communion avec Dieu et une vie  juste.

Le baptême (ou l’ablution) avec de l’eau n’est donc pas identique au baptême dans l’Esprit Saint, même si le second inclut le premier. L’un est avec (l’eau), l’autre est dans (l’Esprit). Le premier tient à l’homme qui se repent ; le deuxième tient à l’Esprit de Dieu qui vient en nous en nous entourant de toutes parts. L’effort de conversion de l’homme sera inclus et accompli dans le mouvement inverse du don gratuit de Dieu.

Les deux sont désormais indissociables pour toutes les Églises (qui baptiserait sans eau ou sans mention de l’Esprit Saint ?), qui pourtant mettent des accents différents sur les deux mouvements.

Mais alors, que vient faire la mention unique du baptême « dans le feu » ? Nulle trace de ce troisième baptême dans tout le Nouveau Testament. Être plongé dans l’Esprit Saint grâce au baptême, le livre des Actes des Apôtres de Luc en parle à longueur de pages. Paul  fait référence sans arrêt au « bain d’eau qu’une parole accompagne » par lequel l’Esprit Saint devient notre hôte intérieur. Par contre, être plongé (baptisé) dans le feu n’est pas une pratique des premières communautés chrétiennes ! Seul Jean y fait peut-être allusion lorsqu’il annonce que Dieu jettera dans un lac de feu les mécréants au jour du jugement dernier (Ap 20,14-15). Perspective peu rassurante, destinée à réveiller le courage et la fidélité des chrétiens persécutés de l’époque, tenté de renier leur baptême sous l’épreuve des exécutions romaines.

Trois interprétations

On peut résumer le débat autour de ces trois baptêmes en trois grands courants d’interprétation.

1. Il n’y a qu’un seul baptême, qui inclut l’eau, l’Esprit Saint et le feu

Bapteme-par-immersion.jpgC’est notamment la position catholique, qui profite de la symbolique des langues de feu de Luc à Pentecôte pour assimiler le feu à la confirmation. Les Églises réformées y voient plutôt l’évocation de l’action purificatrice du feu de l’Esprit Saint. La note de la Traduction œcuménique de la Bible rédige ainsi l’exégèse majoritaire :

Luc voit sans doute dans cette parole une annonce de la Pentecôte : il rapportera en effet la venue de l’Esprit sous forme de langues de feu (Ac 2,3-4). Cette image peut signifier pour lui l’œuvre purificatrice de l’Esprit.

Les Églises orthodoxes quant à elles ne séparent pas les deux sacrements du baptême et de la confirmation comme le font les catholiques, mais les donnent en même temps. Elles  lisent dans notre passage une validation de leurs pratiques.

L’intérêt de ce premier courant d’interprétation est d’associer l’Esprit Saint et le feu, ce qui permet de comprendre comment Dieu agit en nous. Comme le feu du buisson ardent, l’Esprit de Dieu nous rend brûlants du désir d’aimer sans nous y consumer. Comme le feu sublime le métal, l’Esprit Saint nous transfigure à l’image de Dieu. L’encens qui brûle et se change en parfum enivrant en est un beau symbole. La vie spirituelle est bien cet incendie intérieur qui nous pousse à vivre l’Évangile et témoigner du Christ par toute notre vie. Si ce feu sacré chancelle en nous, il nous faut souffler sur les braises pour qu’il reprenne : d’où la confession, les pèlerinages, les retraites et autres exercices spirituels (au sens ignacien)…

 

2. Le feu est celui de l’épreuve à venir

http://leblogdumesnil.e.l.f.unblog.fr/files/2015/01/martyre-de-saint-polycarpe.jpgPlus sensible à l’importance du témoignage, les Églises dites confessantes lisent souvent ce passage de Luc comme l’annonce des tribulations qui attendent le nouveau baptisé. Elles peuvent s’appuyer pour cela sur de nombreux autres passages où le feu a pour rôle de vérifier si la foi du converti est solide et résistera aux épreuves de la persécution, de la calomnie, des châtiments infâmes comme la crucifixion publique ou les fauves de l’arène.

Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu -, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. (1P 1, 5-7)

On est proche de notre baptême du feu militaire. Jean-Baptiste annonce que les épreuves ne manqueront pas de tomber sur les nouveaux chrétiens qui seront plongés dans la tourmente suite à leur baptême dans l’eau et l’Esprit Saint.

L’intérêt de cette interprétation est de souligner les conséquences et les risques auxquels nous expose la foi chrétienne. Le martyre demeure la condition ordinaire de ceux qui se laissent conduire par l’Esprit Saint, car la défense de la justice, des plus faibles, des exclus et de l’Alliance avec Dieu nous expose inévitablement à finir comme Jean-Baptiste la tête tranchée ou sur la croix comme Jésus…

 

3. Le baptême dans le feu est pour ceux qui ne croient pas

Cette troisième interprétation vient des courants chrétiens plutôt apocalyptiques. Ils veulent raviver l’attente du jour dernier et agitent la menace du feu pour obliger les peuples à se réveiller avant qu’il ne soit trop tard.

Que l’on construise sur la pierre de fondation avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ou avec du bois, du foin ou du chaume, l’ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière. En effet, le jour du jugement le manifestera, car cette révélation se fera par le feu, et c’est le feu qui permettra d’apprécier la qualité de l’ouvrage de chacun. Si quelqu’un a construit un ouvrage qui résiste, il recevra un salaire ; si l’ouvrage est entièrement brûlé, il en subira le préjudice. Lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu. (1Co 3, 12-15)

mOpj1jg2utm5zRp17hw5lMoijyM baptême dans Communauté spirituelleIl faut dire que Luc lui-même donne à penser cela en écrivant juste après l’annonce du  baptême de feu : « il (Jésus) brûlera la paille (de blé) dans un feu qui ne s’éteint pas ». En y joignant les passages où la condition condamnation éternelle est comparée à un feu, on a ainsi un matériau impressionnant pour frapper les esprits et les inviter à se convertir avant ce jour ultime.

Puis la Mort et le séjour des morts furent précipités dans l’étang de feu – l’étang de feu, c’est la seconde mort. Et si quelqu’un ne se trouvait pas inscrit dans le livre de la vie, il était précipité dans l’étang de feu. (Ap 20, 14-15)

Le feu de l’enfer a souvent été utilisé jadis pour faire peur et ramener les mécréants à la raison ! Cette prédication de la peur a connu un certain succès [1] mais elle nous semble aujourd’hui inadaptée. Seuls quelques noyaux chrétiens radicaux (ou les Témoins de Jéhovah) s’appuient sur la promesse du lac de feu aux mécréants pour essayer de les faire changer d’avis…

Reste que l’avertissement vaut pour chacun de nous : il y a bien de la paille à brûler en nous. Nettoyer (pénitence, conversion) ne suffit pas : nous avons tant de superficiel comme la paille à faire disparaître, tant de déchets à incinérer ! Le feu de la géhenne demeure un possible, même si nous souhaitons que personne n’y tombe et prions pour cela.

Que retenir de ces trois interprétations ? Finalement, comme toujours, il est intéressant de constater qu’aucune n’épuise le message du texte biblique. L’enjeu est pour chacun de s’ouvrir aux dimensions du baptême de feu qui lui sont moins naturelles, et d’en tirer les conséquences pour lui-même.

En guise de conclusion, je vous propose en finale encore une autre interprétation, beaucoup plus symbolique, que les Pères de l’Église pratiquaient facilement. Pour eux, la dynamique sacramentelle de l’initiation chrétienne (baptême – confirmation – eucharistie, dans cet ordre) est une et indivisible (cela devrait d’ailleurs changer les pratiques catholiques !). La comparaison avec la fabrication du pain leur donne une pédagogie simple et familière pour relier l’eau, le feu et le blé à travers le baptême, la confirmation et l’eucharistie :

« Quoique nombreux, un seul corps. Rappelez-vous que le pain n’est pas formé d’un seul grain de blé mais d’un grand nombre. Au moment des exorcismes, vous étiez comme broyés. Au moment du baptême, vous avez été comme imbibés d’eau. Et quand vous avez reçu le feu de l’Esprit Saint, vous avez été comme passés à la cuisson. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. (…)

Vous êtes le corps du Christ et ses membres. Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur. C’est votre propre symbole que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et cette réponse marque votre adhésion. Tu entends : le corps du Christ, et tu réponds : Amen. Sois un membre du corps du Christ afin que ton Amen soit vrai. »
Augustin, Sermon 272

 


[1]. cf. Jean Delumeau, La peur en Occident, Fayard, 1978.

Lectures de la messe

Première lecture
« Le Seigneur exultera pour toi et se réjouira » (So 3, 14-18a)

Lecture du livre du prophète Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. »

Cantique (Is 12, 2-3, 4bcde, 5-6)
R/ Jubile, crie de joie, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël.
(cf. Is 12, 6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut

Exultant de joie, vous puiserez les eaux
aux sources du salut.
« Rendez grâce au Seigneur,

proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »

Redites-le : « Sublime est son nom ! »
Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,

et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

Deuxième lecture
« Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.

Évangile
« Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10-18)
Alléluia. Alléluia.
L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,

18 juin 2018

Dès le sein de ta mère…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dès le sein de ta mère…


Homélie pour le 12° dimanche du temps ordinaire, fête de la Nativité de St Jean Baptiste / Année B
24/06/2018

Cf. également :

Personne dans la famille ne porte ce nom-là
Faites votre métier… autrement
Un présent caché
Révéler le mystère de l’autre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Éloge de la déontologie
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

 

Dès le sein de ta mère…

L’Irlande vient de voter par référendum ce 26 mai 2018 à plus de 66 % la légalisation de l’avortement. Bien sûr, cette décision historique est saluée en France et dans de nombreux pays occidentaux comme un progrès social. Et nos commentateurs sont persuadés qu’il y a là comme une loi de l’histoire, inexorable : plus les pays sont développés, plus ils pratiquent l’IVG ; plus ils sont démocratiques, plus ils autorisent, remboursent et banalisent l’acte d’avorter.

Les pro-avortement exultent à l\'annonce des résultats du référendum, le 26 mai à Dublin.

Soyons clairs : même si l’Église catholique se désole de ce résultat, elle doit absolument l’accepter. Car qui a le droit d’imposer sa morale aux autres ? De plus, elle devrait avec humilité mesurer le fossé qui s’est creusé entre la morale individuelle contemporaine et ses propres points de repères en la matière. C’est de sa responsabilité en grande partie : perte de confiance à cause des scandales multiples, règles morales trop rigides et mal argumentées, position d’autorité – des évêques notamment – qui frise à l’autoritarisme sur ces sujets familiaux etc.

Quand j'étais dans ton ventreReste que la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste en ce dimanche nous met sous les yeux des textes impossibles à édulcorer (Is 49, 1-6) :

« J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. […] Le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur… »

Pour le prophète Isaïe, il n’y a pas de discontinuité entre l’être humain qu’il est aujourd’hui et celui qu’il était dans le sein de sa mère !

Cette intuition spirituelle se voit aujourd’hui confirmée par la science : il n’y a aucune discontinuité biologique entre l’œuf fécondé, l’embryon, le fœtus et finalement l’enfant nouveau-né. La nature a programmé ce cycle pour qu’un enfant apparaisse sans qu’on puisse isoler l’instant où des cellules deviendraient soudain humaines alors qu’elles ne l’étaient pas auparavant. 12 semaines, 14 semaines, un cœur qui bat ou un cerveau qui devient visible : qui peut dire le seuil où avant il y avait une chose et ou après il y aurait un être humain ? Aux yeux de Dieu, tel que la Bible nous le transmet, celui/celle qui est dans le ventre maternel n’est pas un sujet différent de l’homme mûr. Notre psaume 138 de ce jour le dit très simplement :

Dieu, c’est toi qui as créé mes reins,
qui m’as tissé dans le sein de ma mère. […]
Mes os n’étaient pas cachés pour toi
quand j’étais façonné dans le secret.

Plus tard, l’Incarnation du Verbe en Marie sera saluée par Gabriel et la tradition unanime comme le Messie rempli de l’Esprit saint dès sa conception en Marie.

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit » (Mt 1,20).

La Visitation marquera un moment privilégié où la relation mère enfant à naître est bouleversante de communion : « l’enfant a tressailli d’allégresse au dedans de moi » (Lc 2,44) dira Élisabeth en parlant de Jean-Baptiste. La rencontre des deux cousines Marie et Élisabeth manifeste un lien entre ceux qu’elles portent en elles, Jésus et Jean-Baptiste. D’ailleurs, Jésus, Marie et Jean-Baptiste sont les trois seuls personnages du calendrier chrétien dont on fête la naissance. Pour les autres saints, on fête leur mort (leur naissance à la vie éternelle). La naissance et la vie avant la naissance de ces trois-là est donc particulièrement importante.

La liste des autres textes bibliques appelant au respect de la vie dès le ventre maternel est bien connue :

« Avant de t’avoir formé dans le sein de ta mère, je t’ai choisi ; et avant ta naissance, je t’ai consacré : je t’ai destiné à être prophète pour les peuples ». (Jérémie 1,5)

« Si des hommes, en se battant, heurtent une femme enceinte et causent un accouchement prématuré, mais sans qu’il y ait d’autre conséquence grave, l’auteur de l’accident devra payer une indemnité dont le montant sera fixé par le mari de la femme et approuvé par arbitrage. Mais s’il s’ensuit un dommage, tu feras payer vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, contusion pour contusion ». (Ex 21, 22-25)

« Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. » (Luc 1,41).

« Comme tu ne sais pas quel est le chemin du vent, ni comment se forment les os dans le ventre de la femme enceinte, tu ne connais pas non plus l’œuvre de Dieu qui fait tout. » (Ecclésiaste 11,5).

« Celui qui m’a créé dans le ventre de ma mère ne l’a-t-il pas créé ? Le même Dieu ne nous a-t-il pas formés dans le sein maternel ? » (Job 31,15).

« Tes mains m’ont formé, elles m’ont créé, Elles m’ont fait tout entier… Et tu me détruirais! Souviens-toi que tu m’as façonné comme de l’argile; Voudrais-tu de nouveau me réduire en poussière? Ne m’as-tu pas coulé comme du lait? Ne m’as-tu pas caillé comme du fromage ? » (Job 10, 8-12)  

« Oui, tu m’as fait sortir du sein maternel, Tu m’as mis en sûreté sur les mamelles de ma mère; Dès le sein maternel j’ai été sous ta garde, Dès le ventre de ma mère tu as été mon Dieu ». (Psaume 22, 9-10   )

Il y a encore plusieurs textes soulignant la continuité d’une vie personnelle avant et après la naissance: Genèse 25, 22-23 (même rivalité avant et après la naissance); Luc 1,15.41.44 (même ministère de Jean-Baptiste); Ps 139.13-16; Jérémie 1.5; 20.17-18; Job 10.18-19 etc.

Pratiquants en franceIl y a consensus entre croyants (juifs, musulmans, chrétiens) pour respecter la vie dès le sein maternel autant que possible [1], et également pour ne jamais mettre en danger la vie de la mère en cas de grossesse difficile. Il y a débat sur les cas de viol, inceste ou grave malformation physique ou mentale. Mais l’immense majorité des IVG ne concerne pas ces situations douloureuses. Le fait que les croyants soient minoritaires en Europe occidentale et aux USA sur cette question reflète leur  position minoritaire dans ces sociétés, et c’est finalement fort logique. C’est peut-être également parce que beaucoup de ceux qui se disent croyants ne suivent plus là-dessus leur Église, leurs rabbins, leurs imams. Ainsi en Irlande, 80 % de la population se déclarent catholique, avec une pratique de 40 % en moyenne. Ce n’est donc pas à cause d’une situation minoritaire que l’Église catholique n’a pas été suivie en Irlande lors du référendum sur l’avortement. C’est parce qu’un divorce a  éloigné le peuple des clercs, suite aux multiples scandales qui ont ruiné leur crédibilité, suite à des prises de position trop autoritaires et mal fondées.

En France ou ailleurs, être minoritaire demande d’accepter de l’être. On peut être en désaccord avec la pensée ambiante sur l’IVG sans chercher pour autant à imposer son point de vue à quiconque. Il suffit que chacun soit cohérent avec sa conscience pour lui-même. Le sort des enfants non-nés peut certes être un angle mort sociétal qui un jour sera donc dénoncé comme tel par tous. Et pour ceux qui croient que la vie intra-utérine possède tout de la dignité humaine, le fait qu’une grossesse sur cinq n’arrive pas à terme est un grand malheur, la généralisation de l’IVG résonne comme un signal social très grave.

En attendant, la liberté de choix permet aux croyants comme aux non-croyants d’être respectés dans leurs convictions, pour peu que l’objection de conscience et le débat sur le fond continuent à exister. Difficile donc de se réjouir du résultat de ce référendum irlandais ; difficile également de ne pas l’accepter démocratiquement.

Mieux vaudrait pour les catholiques notamment revoir leur discours sur la contraception en particulier et la sexualité en général. Mieux vaudrait réformer l’Église de l’intérieur pour qu’elle soit plus proche des pauvres et les petits.

Nous connaissons tous des personnes touchées de près ou de loin par un avortement, peut-être nous-mêmes directement. L’accueil inconditionnel et la miséricorde sans jugement doivent toujours être notre premier réflexe. Cela n’empêche pas de continuer à réfléchir, débattre, argumenter. La Bible, le Talmud  ou le Coran fournissent pour les croyants des points de repère clairs et exigeants. Les discussions scientifiques et philosophiques doivent permettre d’élargir ce débat à tous les hommes de bonne volonté. L’humanité a pu pendant des siècles pratiquer l’esclavage sans mauvaise conscience et se désintéresser de la souffrance animale. Il y a toujours un temps où les yeux s’ouvrent et où les comportements changent…

 


[1]. Cf. par exemple pour l’Église catholique le n° 2271  de son catéchisme : « Depuis le premier siècle, l’Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n’a pas changé. Il demeure invariable. L’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme une fin ou comme un moyen, est gravement contraire à la loi morale : ‘Tu ne tueras pas l’embryon par l’avortement et tu ne feras pas périr le nouveau-né’ (Didaché 2,2 cf. Barnabé, ep. 19,5 Épître à Diognète 5,5 Tertullien, apol. 9). Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables ( GS 51 ). »

 

Messe du jour
Première lecture
« Je fais de toi la lumière des nations » (Is 49, 1-6) 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois. Il m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Psaume
(Ps 138 (139), 1-2.3b, 13-14ab, 14c-15ab)
R/ Je te rends grâce, ô mon Dieu, pour tant de merveilles. (cf. Ps 138, 14)

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;
de très loin, tu pénètres mes pensées,
tous mes chemins te sont familiers.

C’est toi qui as créé mes reins,
qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige,
l’être étonnant que je suis.

Étonnantes sont tes œuvres,
toute mon âme le sait.
Mes os n’étaient pas cachés pour toi
quand j’étais façonné dans le secret.

Deuxième lecture
« Jean le Baptiste a préparé l’avènement de Jésus » (Ac 13, 22-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : « Dieu a, pour nos pères, suscité David comme roi, et il lui a rendu ce témoignage : J’ai trouvé David, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur qui réalisera toutes mes volontés. De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Au moment d’achever sa course, Jean disait : “Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.” Vous, frères, les fils de la lignée d’Abraham et ceux parmi vous qui craignent Dieu, c’est à nous que la parole du salut a été envoyée. »

Évangile
« Son nom est Jean » (Lc 1, 57-66.80)
Alléluia. Alléluia. Toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : tu marcheras devant, en présence du Seigneur, et tu prépareras ses chemins. Alléluia. (Lc 1, 76)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. » On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L’enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , ,

11 décembre 2017

Que dis-tu de toi-même ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Que dis-tu de toi-même ?


Homélie du 3° Dimanche de l’Avent / Année B
17/12/2017

Le Verbe et la voix
Un présent caché
La joie parfaite, et pérenne
Tauler, le métro et « Non sum »
Crier dans le désert
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Qui es-tu ?

Si l’on vous posait la question à brûle pourpoint, que répondriez-vous ?
Après avoir décliné votre identité (nom, prénom, adresse…), on vous relancerait :
- Cela ne nous suffit pas pour te connaître. Qui es-tu vraiment ?
Vous pourriez alors évoquer votre métier, vos passions, votre vie de famille etc. et en même temps, vous sentiriez le piège : cette commission d’enquête qui m’assaille de ses questions doit bien avoir une idée derrière la tête… Elle cherche à me ranger dans une de ses cases préétablies. Mais peut-on définir quelqu’un en quelques signalements ? Le mystère de chacun est si grand qu’il résiste à toute réduction à son métier, sa taille, son origine ou autre. Son identité échappe à toute classification savante.
- Une fois que je vous aurai dit mon nom, mon métier, ma famille, mes hobbies, saurez-vous qui je suis ?

Que dis-tu de toi-même ? dans Communauté spirituelle mp-je-est-un-autre« Je est un autre », écrivait Rimbaud avec son expérience poétique du caractère insondable du mystère de chacun. La psychanalyse a souligné le trait en explorant la part d’inconscient qui nous façonne. « Wo es war, soll Ich werden » (là où ça était, je dois advenir) : la maxime de Freud indique le ‘je suis’ comme un travail sur soi, long, onéreux et patient labeur de parole et d’analyse. Les sciences sociales lui ont emboîté le pas : la sociologie avec le déterminisme social qui prédestine notre identité à reproduire le comportement normatif de sa classe ; l’anthropologie avec les lois et les structures sculptant l’identité d’une ethnie ; l’économie avec d’autres lois qui aliènent ou libèrent celui qui se définit par son travail etc. Bref : l’être humain est un mystère, et bien malin qui pourra répondre « je suis ceci où je suis cela », comme si c’était suffisant pour le définir.

D’ailleurs, Dieu lui-même ne fait pas autre chose. Quand Moïse insiste plusieurs fois : « qui es-tu ? », Dieu répond par l’énigmatique Tétragramme YHWH, qui unifie les trois modalités du verbe être en une seule identité (« je suis qui je serai » est la moins mauvaise traduction sans doute). Comme quoi l’identité divine elle aussi - et elle la première - échappe à toute mainmise humaine, à toute définition ou classement (et c’est d’ailleurs pour cela que le Tétragramme ne doit pas être prononcé dans la foi juive).

Voilà le piège tendu à Jean-Baptiste par la commission d’enquête composée de prêtres et de lévites envoyée par les fonctionnaires du Temple de Jérusalem. S’il répond en cochant une des cases de leur questionnaire (Élie, le Messie, le grand prophète qui doit venir), il sera accusé de blasphème ou traité d’usurpateur. S’il ne répond rien, on le traitera de pauvre fou - avec ses poils de chameau et ses sauterelles - qui ne sait même pas qui il est.

Ce piège nous est souvent tendu à nous également, pourtant bien moins gênants et bien moins prophétiques que Jean-Baptiste ! Au travail, en politique, en famille, la question revient pour nous enfermer sous telle ou telle étiquette : qui es-tu ? que dis-tu de toi-même ?

Jean-Baptiste déjoue ce piège par trois fois en affirmant d’abord ce qu’il n’est pas. Je ne suis pas (cf. le sermon de Tauler intitulé : non sum) Élie, ni le Messie, ni le grand prophète. L’identité personnelle chez Jean-Baptiste est d’abord négative. Il faut éliminer les fausses images préconçues à son sujet pour découvrir qui il est.
La fécondité de cette identité négative est toujours aussi étonnante pour nous aujourd’hui. Je ne suis pas le sauveur du monde (ni de mon conjoint ou de mes enfants). Je ne suis pas l’indispensable maillon de mon entreprise. Je ne suis pas le champion aux exploits indépassables… Cette série de confessions de non-être peut devenir très libératrice, car je n’ai plus besoin alors de courir après des modèles héroïques imposés par d’autres. Elle peut également devenir joyeuse, car faire le deuil de ce que je ne suis pas me recentre avec bonheur sur ce qui me correspond vraiment.

À l’instar de Jean-Baptiste, faites donc votre liste de « non sum », pour ne pas vous laisser embarquer dans des courses à une identité étrangère à la vôtre.

 

Que dis-tu de toi-même ?

Vient ensuite le moment crucial où il ne suffit plus de décrocher les grappins des identités autres que la vôtre.
- Que dis-tu de toi-même ?
Il faut bien répondre quelque chose. Mais quoi ?
- « J’ai telles qualités, tels défauts ? » (on dirait un mauvais entretien d’embauche).
- « Je gagne tant par an, j’ai telles responsabilités et telles médailles » ? (cela sonne comme un éloge funèbre)…

9782251334318 Jean BaptisteLe génie de Jean-Baptiste est là encore de ne pas rester centré sur soi, mais sur un autre. « Je suis la voix qui crie dans le désert… » Or la voix ne peut exister sans le corps qui la porte. Or la voix n’est rien sans la parole au service de laquelle elle met son timbre, sa couleur, sa largeur de tessiture etc.

Autrement dit : l’identité de Jean-Baptiste (et la nôtre !) est relationnelle. Elle vient d’un autre (comme la voix vient du corps), et elle est pour un autre encore (comme la voix est pour la parole ou le chant). Elle est un trait d’union entre des personnes. Les sciences humaines diraient : « je » n’advient comme sujet que dans l’interaction avec d’autres sujets émergeant eux-mêmes de ce réseau de relations, de parole, de communion entre des êtres. Saint Thomas d’Aquin osait dire qu’en Dieu il n’y a pas d’abord l’être (la nature divine) puis les trois Personnes. « En Dieu, la relation est substantielle », disait-il, c’est-à-dire : c’est la communion d’amour unissant le Père et le Fils dans l’Esprit qui fait exister chacune des trois Personnes avec son identité propre.

Notre identité humaine, à l’image de Dieu, n’est pas figée, pré-écrite. Elle n’est pas anarchique non plus. C’est dans à la relation, mieux : dans la communion d’amour avec d’autres que je deviens qui je suis réellement.

« Deviens qui tu seras » est la maxime des chrétiens qui attendent de voir pleine révélation des fils de Dieu dans le Christ en gloire. Alors « nous connaîtrons comme nous sommes connus ». D’ici là, nous ne nous voyons nous-mêmes que de manière floue, comme dans un miroir, en énigme, en attendant que se lève le voile d’ignorance posée sur notre propre connaissance de nous-mêmes (cf. 2Co 13,12).

 

Église, que dis-tu de toi-même ?

Terminons en mentionnant que la question : que dis-tu de toi-même ? vaut pour l’identité collective comme pour l’identité personnelle. Ce fut la principale question au cœur des travaux et des débats du concile Afficher l'image d'origineVatican II. Mgr. Philips, l’un des principaux artisans du texte sur l’Église (Lumen Gentium) le raconte longuement. Il affirme que dès le départ la question centrale pour les Pères est celle-ci : « Église de Dieu que dis-tu de toi-même ? Quelle est ta profession de foi sur ton être et sur ta mission ? » [1].

Pendant quatre ans (de 1962 à 1965), l’Église catholique a parcouru à sa manière le chemin de Jean-Baptiste pour répondre à cette question centrale. Elle l’a fait en répondant d’abord par la négative : non l’Église n’est pas pyramidale. Non elle n’est pas toute entière concentrée à Rome. Non elle n’est pas l’Église des riches et des puissants. Le geste prophétique des papes du concile accompagnèrent ces dénégations successives. Jean XXIII renonça à la tiare et à la chaise à porteurs. Il se fit enterrer dans un simple cercueil de bois nu. Paul VI sortit du diocèse de Rome pour voyager à travers le monde entier. Il se faisait appeler serviteur des serviteurs…

Et puis vint la réponse positive à la manière de Jean-Baptiste.
- Église, que dis-tu de toi-même ?
- Pour parler de moi, je parlerai de ma relation à un autre, le Christ, dont la lumière inonde mon visage pour que je la réfléchisse vers tous les peuples de la terre.
D’où le titre de la constitution conciliaire : le Christ est la lumière des nations (Lumen Gentium) et l’Église renvoie quelque chose de cette lumière à tous pour qu’ils ne marchent plus dans la nuit. Mieux encore, le plan de la constitution conciliaire reprend la dynamique suggérée par l’image de la voix criant dans le désert. L’Église en effet naît de la Trinité (comme la voix sort du corps), elle porte l’Évangile à toute créature (comme la voix est au service de la parole), et elle retourne à la Trinité avec dans ses bagages la part d’humanité qui a écouté sa voix et son message.
Méditez sur le plan de Lumen Gentium : ces huit chapitres sont – dans leurs intitulés et leur succession – un petit bijou spirituel nous aidant à penser notre propre identité, ouverte, relationnelle, communionnelle…

La prochaine fois qu’on vous pressera de questions sur votre identité : qui es-tu ? que dis-tu de toi-même ? (ou équivalent), pensez à l’humble réponse de Jean-Baptiste : je ne suis pas… Je suis la voix…

 


[1]. Mgr Philips, L’Église et son mystère au deuxième Concile du Vatican : histoire, texte et commentaire de la Constitution Lumen Gentium, coll. Unam Sanctam, Tome I, Paris, Desclée et Cie, 1967, p. 15.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je tressaille de joie dans le Seigneur » (Is 61, 1-2a.10-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.  Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

 

CANTIQUE
(Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54)
R/ Mon âme exulte en mon Dieu.   (Is 61, 10) 

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour

DEUXIÈME LECTURE
« Que votre esprit, votre âme et votre corps soient gardés pour la venue du Seigneur » (1 Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

ÉVANGILE

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 6-8.19-28)
Alléluia. Alléluia. L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.  Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »  Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,
12345