L'homelie du dimanche

6 juin 2021

La croissance illucide

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La croissance illucide

Homélie pour le 11° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
13/06/2021

Cf. également :

Un Royaume colibri, papillon, small, not big
Le management du non-agirL’ « effet papillon » de la foi
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le pourquoi et le comment

La croissance illucide dans Communauté spirituelle le-bonheur-illucide--homlies-2009-10--anne-cIllucide : nous avons déjà utilisé ce néologisme pour évoquer le bonheur de la Toussaint (Toussaint : le bonheur illucide), ou la justice du Carême (Cendres : soyons des justes illucides). Et voilà que notre évangile de ce dimanche (Mc 4, 26-34) le remet à nouveau au premier plan de la vie spirituelle : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ».
L’adjectif lucide vient du latin lux, lucis = lumière. Est lucide celui qui voit les choses en pleine lumière, conscient de ce qui se passe. Est illucide celui qui ne sait pas comment les choses arrivent, ni même ce qui arrive.
Le bonheur de la Toussaint est illucide car nous ignorons la vraie valeur de nos actes : nous avons heureusement oublié le verre d’eau accordé à l’assoiffé. La justice du Carême est illucide car c’est « en secret » que tout se joue, et Dieu seul voit réellement le secret de chacun, car lui seul sonde les reins et les cœurs (Jr 17,10 ; Rm 8,27), nos passions et nos amours.

La tradition catholique – légèrement volontariste ! – a su valoriser la lucidité comme objectif spirituel. Sans doute parce que la lucidité et le mérite sont liés : si je suis lucide sur le bien que j’ai fait, sur ma valeur personnelle, alors je peux m’en attribuer le mérite, la récompense de mes actes, et me glorifier de mes efforts. D’ailleurs, le Christ n’a-t-il pas dit : « celui qui fait la vérité vient à la lumière » ? Préférer l’obscurité à la clarté, n’est-ce pas le signe que nous nous habituons à notre péché et que nous avons peur qu’il soit dévoilé ?
Soit. Mais l’orgueil n’est jamais loin quand je peux faire la liste de tout ce que j’ai fait de bien, tel le pharisien au Temple alors que le publicain, lui, n’a rien à présenter. À force de croire que je peux voir clair entièrement en moi ou chez les autres, je passe à côté de la complexité des choses et des êtres…

La-Docte-Ignorance Esprit dans Communauté spirituelleHeureusement, les mystiques ont toujours contesté ce volontarisme très catholique.
Marie la première confesse ne pas savoir comment l’Esprit pourrait susciter la vie en elle : « comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » En acceptant de ne pas savoir, elle engendre un être unique, plus grand qu’elle.
D’ailleurs, dès le commencement, « ne pas savoir comment » préside au surgissement de l’autre : la mystérieuse torpeur qui s’empare d’Adam lorsque Dieu façonne Ève de son flanc (Gn 2,21) garantit le mystère de la relation homme-femme, son infinie profondeur et dignité, car Adam ne sait pas comment Ève a surgi face à lui.
Les Pères du désert parlaient de repos en Dieu (hésychie), au-delà du bien et du mal, où le seul désir est de laisser agir l’Esprit en nous, sans savoir comment il agit.
Les mystiques rhénans (Tauler, Eckhart, Suso) traitent de ‘pauvres fous’ les gens pieux qui comptabilisent leurs bonnes actions pour aller au ciel. Ils prêchent l’abandon (Abgeschiedenheit), le détachement, la dépossession, le non-savoir.
Nicolas de Cues chantait la « docte ignorance », ce fruit de l’Esprit qui nous libère de toute mainmise sur nos œuvres.
Et Jeanne d’Arc, à qui l’évêque demandait si elle était en état de grâce, savait répondre, illucide : « si je n’y suis pas, Dieu m’y mette. Si j’y suis, Dieu m’y garde ». Autrement dit : ‘il ne m’appartient pas de savoir si je suis en état de grâce ou non ; c’est le travail de Dieu en moi, et prétendre connaître la réponse – positive ou négative – l’annulerait par là-même’.
Saint Jean de la Croix chante quant à lui « la nuit obscure » où la bien-aimée (l’âme humaine) cherche son bien-aimé (le Christ), car elle ne sait pas où il est. Et c’est « en secret » que Dieu prépare son cœur à la rencontre, sans qu’elle sache comment.

Être illucide ne signifie donc pas être inconscient – au sens psychologique du terme – ni inactif. C’est plutôt le désir de se laisser conduire au lieu de tout maîtriser, de travailler gratuitement à la vigne au lieu d’en comptabiliser les fruits. Le bonheur, la justice ou la croissance ne sont pas des objectifs à poursuivre, mais des fruits à accueillir, toujours surprenants, inattendus. Un bienfait collatéral, en quelque sorte. Vouloir être heureux, c’est déjà ne plus l’être. Celui qui l’est ne sait pas qu’il l’est, et son bonheur est parfait. Vouloir être juste, c’est s’épuiser à accumuler des bonnes actions, des œuvres remarquables, alors que Dieu comble son bien-aimé quand il dort, et que le bon larron est accueilli sans avoir rien fait que de croire.
Les artistes du Moyen-Âge ne signaient pas leurs œuvres, s’effaçant devant leur création. Ceux de la Renaissance y déposaient leur nom pour être couverts de gloire. L’illucide préfère l’anonymat, selon la parole de Jésus : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite… » (Mt 6,3)

semence hétimasieDans la parabole du grain qui pousse tout seul de ce dimanche, Jésus nous remet devant l’illucidité de toute croissance authentiquement spirituelle : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi ».
Bien sûr que le cultivateur connaît le processus de germination, ce qu’il y faut d’engrais, de pluie, de soleil etc. Mais fondamentalement, une fois qu’il a planté la graine, tout cela se passe sans lui, et en tout cas il n’est pas le maître absolu de la nature. Bien des récoltes seront décevantes alors qu’elles s’annonçaient généreuses ; bien des vendanges seront compromises par la grêle, le gel, des maladies imprévues.
La croissance de la graine est une dynamique vitale qui se passe largement de nous (les immenses forêts primaires sont là pour nous le rappeler). La sagesse populaire dit fort bien qu’on ne fait pas pousser une plante en tirant dessus !

La croissance dont parle Jésus est d’abord celle du Royaume autour de nous : nous n’en sommes pas maîtres. Si vous avez un jour accompagné des adultes dans le catéchuménat vers le baptême, vous connaissez déjà cette liberté qu’a l’Esprit pour susciter des conversions là où on ne les attendait pas. Des gens découvrent le Christ par hasard, sans action pastorale planifiée. Des peuples comme la Corée au XVIII° siècle grandissent dans la foi en lisant la Bible loin de toute société missionnaire. Des acteurs courageux – très loins du Christ – produisent soudain des fruits admirables, tel le roi perse Cyrus autorisant Israël à revenir de sa déportation de Babylone. Et tout cela sans que nous y soyons pour grand-chose. Le Royaume grandit autour de nous, et nous ne savons pas comment. Et c’est tant mieux ! Car sinon nous pourrions imaginer que c’est grâce à nous, nous pourrions avoir la tentation de vouloir domestiquer et contrôler cette croissance selon nos propres vues.

Le grain qui pousse tout seul désigne également la croissance du Royaume de Dieu en chacun de nous. Nous savons pas comment, mais un jour nous nous réveillons plus libres, ou plus décidés, ou plus aimants. N’avez-vous jamais été surpris de découvrir en vous des forces neuves, une gaieté retrouvée, une paix intérieure évidente et durable ? Je me souviens que, au lycée, j’aimais bien plancher sur des problèmes de mathématiques ardus juste avant de me coucher. Et au petit matin, comme par enchantement, grâce à une bonne nuit de sommeil, tout se dénouait facilement : j’écrivais d’une seule traite la solution aux exercices les plus difficiles. Toutes proportions gardées, c’est bien le même processus d’abandon qui est à l’œuvre : Dieu comble son bien-aimé quand il dort (Ps 126,2) ! Tout se dénoue un jour lorsque nous abandonnons en Dieu nos problèmes les plus insolubles. Et nous ne savons pas comment. Mieux : le fait de ne pas savoir, de ne pas vouloir savoir, libère en nous la puissance de cette force prodigieuse qui travaille en nous sans que nous puissions la maîtriser.

4-niveaux-de-competence illucideAbraham Maslow (l’auteur de la célèbre pyramide !) avait théorisé les 4 étapes de l’apprentissage, qui conduisent au savoir illucide :
Phase 1 : Je ne sais pas que je ne sais pas …
C’est le stade du candidat à l’apprentissage ignorant tout de sa discipline.
Phase 2 : Je sais que je ne sais pas …
L’apprenti découvre les immenses possibilités de son art, qu’il ne maîtrise pas. Il apprend.
Phase 3 : Je sais que je sais …
L’apprenti commence à maîtriser consciemment l’expertise apprise.
Phase 4 : Je ne sais plus que je sais
L’apprenti est devenu un maître, accomplissant les subtilités de son art sans même s’en rendre compte.
La progression de la vis spirituelle suit ces 4 étapes, jusqu’à parvenir à la compétence illucide, s’accroissant sans cesse sans même le savoir.


Une telle croissance illucide est le fruit de l’Esprit, ‘qui est Seigneur et qui donne la vie’.

L’illucidité de cette croissance entraîne trois conséquences spirituelles :

Toujours espérer dans la force du travail de Dieu en moi.
Si moi je perds cœur, lui ne perdra pas son Souffle. Si moi je ne vois rien grandir, lui saura me faire discerner comme Isaïe au Mont Carmel le petit nuage gros comme le poing à l’horizon qui deviendra une pluie bienfaisante (1 R 18, 44). Si moi je désespère d’avoir les mains vides devant lui, lui me les remplira mieux que je n’aurais su le faire. Tels les 5 pains et les 2 poissons pour une foule de 5000 hommes, le peu de bonne terre que chacun a en lui suffit à Dieu pour y faire pousser des arbres remarquables ! Il n’y a qu’à le laisser faire – même si nous ne savons pas comment il le fait – au lieu de le faire à notre façon.

– Toujours espérer dans la puissance du travail de l’Esprit en l’autre.
Aimer son prochain comme soi-même demande en effet de voir en lui le même potentiel de croissance que celui que je découvre en moi. Lui aussi – fut-il le pire criminel – possède en lui ce presque-rien, cette minuscule graine qui ne demande qu’à croître et porter du fruit. Certes, l’autre peut la piétiner, l’étouffer, s’en détourner. Reste qu’il est créé à l’image de Dieu, et rien – pas même le pire péché – ne peut totalement déraciner ce reflet divin de son être. S’il rencontre quelqu’un qui croit en lui, qui porte sur lui un regard d’espérance, la graine germera. S’il s’écœure lui-même à force de méchanceté, il sera surpris un jour de découvrir en lui une parcelle d’humanité qui ne demande qu’à croître.
C’est l’une des raisons théologiques les plus fortes à notre opposition radicale à toute peine de mort : Dieu n’en a jamais fini avec nous. Même dans le condamné le plus ignoble, l’Esprit a la liberté de faire grandir une humanité admirable, et nous ne savons pas comment.

analyse-trans1 Jésus

 

– Laisser à l’Esprit une réelle marge de manœuvre.
© 1988 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
Si notre croissance spirituelle est largement illucide, alors plus nous voulons tout maîtriser et moins nous grandissons ! Certains croient que la foi est une morale où il faut accumuler les bonnes œuvres. D’autres planifient leur vie religieuse comment construire un gratte-ciel, en ne laissant rien au hasard. Or, les ingénieurs prévoient toujours quelques degrés de liberté dans leur construction, pour qu’elle vive, qu’elle respire, qu’elle s’adapte à l’imprévu. Regardez les ponts par en dessous : vous verrez les joints de dilatation qui permettent à la structure de ne pas être figée, de bouger, de se dilater sous l’action de la chaleur. Eh bien, laissez de la place à Dieu dans vos ambitions humaines ! Laissez du vide à ne surtout pas combler, des espaces pour vous dilater lorsque la chaleur de l’Esprit vous embrasera ! Ne prévoyez pas tout, car vous ne savez pas comment va croître le Royaume de Dieu en vous et autour de vous. Les gens affairés qui ont un agenda rempli à ras bord n’ont plus de place pour l’imprévu, la rencontre fortuite, le hasard qui pourrait bouleverser leur vie. Ils avancent, mais sur des rails, alors que l’Esprit souffle où il veut ! Si vous acceptez de ne pas savoir comment s’opère cette croissance en vous, alors vous serez disponibles à l’inattendu, capable de bifurquer là où l’Esprit vous emmène.

Les orthodoxes ont une disposition liturgique fort symbolique pour cela (l’hétimasie) : ils laissent vide la chaise cathédrale, car elle ne peut être occupée que par le Christ en personne, absent physiquement de l’histoire. L’évêque (ou le patriarche) qui siège dans cette cathédrale a son trône toujours placé en dessous du trône vide du Christ, le Chef invisible de l’Église. Si quelqu’un prend sa place, comment se laisser guider par le Christ ?

Laissez donc du vide dans vos agendas, vos projets, vos constructions. Alors grandira le Royaume au-dedans de vous et autour de vous, et vous ne saurez pas comment

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

 

PSAUME
(91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)
R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

 

DEUXIÈME LECTURE
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

 

ÉVANGILE

« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)
Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ;le semeur est le Christ ;celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
.Patrick Braud

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16 mai 2021

Pentecôte : un universel si particulier !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pentecôte : un universel si particulier !

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année B
23/05/2021

Cf. également :

Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Le lien de notre unité

Le 3 octobre 2018, Gérard Collomb, socialiste, ministre de l’Intérieur démissionnaire, avait énoncé lors de sa passation de pouvoir ce constat inquiétant : « Aujourd’hui, on vit côte à côte. Moi, je le dis toujours : je crains que demain on vive face à face ». Qu’un homme politique de gauche s’alarme des tensions opposant les Français entre eux résonne comme une alerte. Depuis, la succession de crimes terroristes, de troubles en banlieues, de  radicalisations de tous bords mettent cette question de l’unité du pays sous le feu des projecteurs. Des journalistes et sociologues observent cette évolution attentivement. Souvenez-vous de Christophe Guilluy (La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014), montrant que les territoires perdus de la République se constituent en périphéries de plus en plus coupées des centres. David Goodhart prenait le relais en montrant dans son livre : The road to somewhere. The populist revolt and the future of politics, Hurst Publishers, 2017 qu’il voyait poindre une fracture entre les gagnants de la mondialisation, prêts à vivre et travailler n’importe où en changeant plusieurs fois de pays (les anywhere), et les perdants de la mondialisation, enracinée dans leurs territoires, attachés à leur identité locale, voyant leur niveau de vie décliner (les somewhere). Jérôme Fourquet (L’Archipel français, 2019) dressait quant à lui un tableau clinique très froid de « l’archipélisation de la France », ce que Gérard Collomb appelait le côte-à-côte, craignant qu’il ne devienne un face-à-face générateur de violence.

Pentecôte : un universel si particulier ! dans Communauté spirituelle archipel-fran%C3%A7ais-j%C3%A9r%C3%B4me-fourquet-1Puis la loi sur les séparatismes a montré le vif débat et les divergences d’analyse sur ce phénomène social. L’extrême-gauche rappelle que le premier apartheid social est celui imposé par les riches. Ils se regroupent pour vivre entre eux, le plus souvent à l’ouest des  métropoles, dans les mêmes écoles, clubs de sport, résidences etc. Faisant monter le prix du mètre carré, ils rejettent ainsi les autres au nord ou à l’est, et dans les banlieues lointaines. L’extrême droite dénonce le séparatisme religieux – musulman le plus souvent – qui fait se regrouper des familles dans un quartier bientôt dominé par les barbus. Tous dénoncent l’emprise des caïds de la drogue sur ces quartiers, mais préconisent des remèdes fort différents pour en sortir (aide sociale vs ordre républicain).

La mosaïque France semble prise d’un vertige d’éparpillement implacable…

Qu’y a-t-il de commun en effet entre une famille aisée du centre de Paris qui a fui le confinement pour aller passer le mois d’avril les pieds dans l’eau du Golfe du Morbihan dans une belle résidence secondaire avec un grand jardin, et une famille d’immigrés musulmans pratiquant le ramadan, coincée dans une étroite maison 1930 en briques rouges des anciennes courées du Nord ? Elles ne se connaissent pas, ne se rencontrent pas, ne se parlent pas, leurs enfants ne jouent pas ensemble, ne vont pas dans les mêmes écoles, clubs ou associations etc. L’une parlera de littérature, cinéma, culture et éduquera au débat ;  l’autre parlera dans une autre langue des prochaines vacances au bled (Maghreb) ou au village (Afrique noire).

 

Les peuples de Pentecôte cités dans les Actes

Que devient le fameux vivre ensemble dans tout cela ?
Qu’est-ce qui unit encore des groupes de populations aussi disparates, voire opposées ?
Sommes-nous loin de la fête de Pentecôte de ce dimanche ? Pas tant que cela. Nous le savons : l’enjeu de Pentecôte est l’unité de tous les peuples en un seul corps.
Jean-Paul est un témoin représentatif de cette exégèse :

Le récit de l’événement de la Pentecôte souligne que l’Église naît universelle : tel est le sens de la liste des peuples – Parthes, Mèdes, Élamites… – qui écoutent la première annonce faite par Pierre. L’Esprit Saint est donné à tous les hommes, quelle que soit leur race ou leur nation, et il accomplit en eux la nouvelle unité du Corps mystique du Christ. Saint Jean Chrysostome souligne la communion réalisée par l’Esprit Saint à travers cette observation concrète : « Qui vit à Rome sait que les habitants des Indes sont ses membres » (Audience générale du 17/06/1998).

Salzburg_Sankt_Peter_Antiphonar_-_Pfingsten Esprit dans Communauté spirituellePour être fidèle au texte de notre première lecture, il faut souligner que c’est d’abord de la maison d’Israël dont il s’agit ici. Pierre précise bien dans son discours qu’il s’adresse aux « hommes d’Israël » : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem… », « Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici… », « Que toute la maison d’Israël le sache… ». Et Luc précise que ce sont les juifs pieux et prosélytes du monde entier qui sont réunis à Jérusalem pour la fête juive de Chavouot (Pentecôte). Les non-juifs ne sont pas encore concernés. Il faudra une autre Pentecôte, une autre intervention décisive de l’Esprit, pour ouvrir le baptême à des païens comme le centurion romain Corneille et sa maisonnée (Ac 10). Pour l’instant, il n’est question que de la communauté juive dispersée (diaspora) dans tous les pays du monde, comme le clame Pierre : « que toute la maison d’Israël le sache… ».

Cette liste des peuples d’Ac 2, 8-11 est toujours étrange à nos oreilles. Ces anciens territoires, au nom parfois imprononçable ou mal prononcé au micro de l’ambon, n’évoquent plus grand-chose aujourd’hui. Et l’on peut se demander avec raison : pourquoi saint Luc s’est-il senti obligé d’en dresser la liste ?

Elle ressemble à la Table des nations de Gn 10, déjà mentionnée à propos de l’envoi en mission des 72 disciples (Lc 10), qui dresse la liste des descendants de Noé et de leurs territoires. Ou encore à la liste des nations d’Is 11, 10-12 : « Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Ce jour-là, une fois encore, le Seigneur étendra la main pour reprendre le reste de son peuple, ce reste qui reviendra d’Assour et d’Égypte, de Patros, d’Éthiopie et d’Élam, de Shinéar, de Hamath et des îles de la mer. Il lèvera un étendard pour les nations ; il rassemblera les exilés d’Israël ; il réunira les dispersés de Juda des quatre coins de la terre ».

Le plus important est de relever ce que le parcours de notre première lecture suggère au lecteur : en trois vagues successives (quatre peuples, puis quatre provinces romaines, puis quatre régions), Luc dresse l’image du monde vu de Jérusalem. Les trois cycles en effet suivent chacun un mouvement circulaire autour de la Ville sainte. C’est donc une image du monde qu’a voulu dresser Luc, mais en précisant que la foule est composée de juifs et de prosélytes, il restreint ce microcosme au judaïsme de la diaspora. En d’autres termes, l’universalité de la Pentecôte n’est encore qu’interne au judaïsme.

Pourquoi cette restriction au judaïsme dans l’empire romain ? Luc est historien et théologien. Comme historien, il sait que l’extension universelle de la mission chrétienne ne fut pas immédiate, mais a résulté d’un processus évolutif. Comme théologien, il maintient qu’Israël est le premier destinataire de la venue du Messie.

 

Un universalisme progressif

L’universalisme de Pentecôte est donc graduel, progressif. D’abord Jérusalem, puis la diaspora juive de tous les pays, puis les païens. On le voit : il ne s’agit pas de renoncer au particularisme juif pour s’ouvrir à l’universel. Il s’agit de l’assumer en Christ, en gardant le cœur du judaïsme sans encombrer les païens avec l’accidentel du judaïsme. Le cœur, c’est l’élection par Dieu comme responsabilité envers tous, les Écritures comme trésor de révélation sur l’homme, le Dieu Un, l’importance de l’éthique comme amour concret, la relecture de l’histoire collective et individuelle etc. L’accidentel, c’est la circoncision, les interdits alimentaires (la cacherout), les vêtements (barbe, papillotes, téphillim), la lettre de la Torah et ses 613 obligations etc. Non pas que cet accidentel soit sans valeur, loin de là. Et après tout, des milliers de chrétiens juifs l’ont conservé pendant des siècles ! Mais il n’a pas à être imposé aux non-juifs souhaitant devenir chrétiens.

Luc tient à faire savoir que, dès le commencement, l’universalité était préfigurée. C’est pourquoi, si l’explosion spirituelle de la Pentecôte est destinée au judaïsme exclusivement, le discours interprétatif de Pierre, qui suit l’événement, fait résonner déjà des échos universels : « Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Ac 2, 39). Et plus loin : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12).

Or, ces accents massivement universalistes évoquent immanquablement l’espérance prophétique de la restauration eschatologique d’Israël, avec le rassemblement attendu des exilés de toutes nations sur le mont Sion annoncé par Isaïe. L’évènement de Pentecôte sonne ainsi l’essor mondial de la Parole tout en réalisant l’antique promesse du pèlerinage eschatologique des exilés de la Diaspora à la Ville sainte.

descarga Esprit SaintRépétons-le : il a fallu des Pentecôtes successives nombreuses pour que peu à peu l’Église naissante comprenne ce travail de discernement et le mette en œuvre. Les Samaritains reçoivent l’Esprit avant le baptême, montrant ainsi que les schismatiques peuvent être intégrés à la construction commune (Ac 8). Puis c’est le centurion Corneille qui reçoit l’Esprit avec sa famille, avant le baptême lui aussi, montrant que les païens sont associés au même héritage que les juifs (Ac 10). Ce qui au passage rend toute nourriture pure à manger, et pour Pierre c’est une vraie révolution, inconcevable sans le passage en force de l’Esprit de cette mini-Pentecôte dans la ville de Joppé (notons au passage que c’est Pierre – et non Paul – qui initie le passage aux païens, sous l’impulsion de l’Esprit Saint) ! Imaginez aujourd’hui des musulmans renoncer à l’interdit halal pour s’ouvrir à d’autres cultures que celle de leur origine… Puis c’est l’assemblée de Jérusalem (le premier concile ! Ac 15) qui expérimenta une autre Pentecôte, puisqu’elle décide sous l’inspiration de l’Esprit de ne pas imposer la circoncision et autre obligations juives aux païens qui demandent le baptême : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… ».

Passer du particulier à l’universel demande donc un énorme travail de discernement et beaucoup de Pentecôtes successives !

Le judaïsme chrétien des débuts de l’Église a été capable de ce travail de discernement pour garder l’essentiel du particularisme juif tout en l’ouvrant d’abord aux autres cultures juives de par le monde, puis aux païens. N’en doutons pas : ce travail est toujours devant nous, notamment pour l’Église latine qui doit s’ouvrir à d’autres cultures que l’Occident.

Articuler le singulier (Pierre, chacun des 120 disciples), le particulier (l’identité juive) et l’universel (l’ouverture aux païens) a été l’alchimie réussie de Pentecôte. À nous de poursuivre aujourd’hui cette alchimie ecclésiale…

 

De Rome à Jérusalem

La liste des peuples énumérés par Luc dans le récit des Actes est à ce titre très instructive. Quand on suit sur la carte les noms alignés par Luc, on voit qu’il balaie le monde connu de l’époque, d’est en ouest, avec la Judée et Jérusalem au milieu, presque comme centre de gravité de l’ensemble. Vision très contestatrice de l’ordre impérial romain qui soumettait alors tous les royaumes, tous les peuples.

carte-ac-2-pentecote particulier

Mentionner Rome à la fin de cette liste, en codicille, est un pied-de-nez à l’orgueil des maîtres du monde de l’époque. C’est l’affirmation de Jérusalem comme vrai centre du monde : la Torah au-dessus de l’Empire, le particularisme juif plus vrai que l’impérialisme romain. L’accent est polémique : tandis que Rome vantait son rôle ambitieux de maîtresse du monde habité, et se servait à cette fin de listes des peuples soumis, Luc revendique par cette « liste des peuples » la seigneurie de Jésus et de l’Église sur l’humanité, en contestant celle de Rome.

Aujourd’hui encore, l’universel chrétien conteste les grands centres de pouvoirs qui dominent le monde (Wall Street, Pékin) pour réhabiliter le droit des peuples à cultiver leur identité propre au sein d’une unité organique très différente de celle des marchés américains ou de l’idéologie chinoise. Ironie de l’histoire, après la chute de Rome aux mains des barbares, l’Église latine a cependant réintroduit en son sein le centralisme romain qu’elle contestait à ses débuts…

L’Église de Pentecôte unit « toute la maison d’Israël » en parlant toutes les langues de la terre. Mais elle réalise cette union dans une communion vivante qui relie en permanence ces communautés : parler la langue de l’autre, se visiter, s’entraîner, échanger, former un seul corps dans le respect de la diversité de ses membres, et d’abord des plus fragiles.

 

L’Esprit, lien de l’unité

AggloSeineEure_Fourapain-Cover_StGermaindePasquier_Octobre-2020 PentecôtePour terminer, lisons à nouveau la belle image de saint Augustin voyant dans le feu de l’Esprit de Pentecôte le lien de l’unité entre tous les grains de blé formant un même pain, le Corps du Christ parlant toutes les langues de la terre :

« Pourquoi sous l’apparence du pain ? Ne disons rien de nous-mêmes; écoutons encore l’Apôtre, voici comment il s’exprimait en parlant de ce sacrement: « Quoiqu’en grand, nombre, nous sommes un seul pain, un seul corps (1 Co 10,17) ». Comprenez et soyez heureux. O unité ! ô vérité ! ô piété ! ô charité ! « Un seul pain ». Quel est ce pain ? « Un seul corps ». Rappelez-vous qu’un même pain ne se forme pas d’un seul grain, mais de plusieurs. Au moment des exorcismes, vous étiez en quelque sorte sous la meule ; au moment du baptême, vous deveniez comme une pâte ; et on vous a fait cuire en quelque sorte quand vous avez reçu le feu de l’Esprit-Saint. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. Voilà ce qu’enseigne l’Apôtre sur ce pain sacré ».
Augustin  (+ 430), Sermon 269

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

 

PSAUME
(103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! (cf. 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.
 

DEUXIÈME LECTURE
« Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

SÉQUENCE ()

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE
« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)
Alléluia. Alléluia.Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

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25 décembre 2020

Le vieux couple et l’enfant

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 15 h 00 min

Le vieux couple et l’enfant

Homélie pour la fête de la Sainte Famille/ Année B
27/12/2020

Cf. également :

Honore ton père et ta mère
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Aimer nos familles « à partir de la fin »
Une sainte famille « ruminante »
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime?

Un tel titre fait penser au ‘vieil homme et la mer’ d’Ernest Hemingway, où un vieux pêcheur tombe sur un poisson énorme, pareil à un cachalot, et lutte pour l’amener à bord de son canot à la force de ses bras.
Dans les textes de notre fête de la Sainte Famille, les pêcheurs s’appelleraient plutôt Abraham et Sara, Syméon et Anne. Quant au poisson, Isaac et Jésus l’incarneraient assez bien, fruit d’une surprise que les découvreurs ne peuvent posséder…

Sarah Abraham.jpgVieux, Abraham et Sara l’étaient certainement lors de l’annonce d’une naissance inespérée. La Bible dit qu’Abraham avait alors environ 100 ans et Sara 80 ! Et voilà qu’Isaac survient, ‘enfant de vieux’ dirait-on aujourd’hui, en tout case enfant-surprise comme il y en a tant de par le monde encore aujourd’hui malgré la maîtrise moderne de la fécondité !

Vieux, Syméon, prophète au temple de Jérusalem, devait l’être également puisqu’il n’attendait qu’une chose : « s’en aller en paix » après avoir vu le salut, la lumière, la gloire d’Israël, ce qu’il a reconnu en l’enfant Jésus qu’il tenait dans ses bras.

Vieille, Anne l’était assurément : 84 ans à l’époque c’est une performance ! Le chiffre bien sûr est symbolique (7 fois 12, dont 7 ans de veuvage) d’Israël (le peuple est féminin en hébreu, 7 est le chiffre de la création, 12 celui des tribus d’Israël). Le grand âge d’Anne évoque donc la création d’Israël, attendant le huitième jour, celui du Messie. Anne fait penser à la Sagesse, proclamant les louanges de Dieu, « parlant de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance ».

La liturgie de la Sainte Famille nous met devant ces deux couples âgés confrontés à un tout-petit qui bouscule tout en surgissant dans leur vie. Comment ont-ils pu accueillir cet enfant ? Et nous qui sommes collectivement chargés de siècles, comment pourrions-nous accueillir la nouveauté de Dieu aujourd’hui ? Si nos cheveux sont blancs, c’est la fécondité de notre vie qui est en jeu. Si nous sommes nés au XXI° siècle, c’est notre capacité à discerner le moment présent qui est en jeu, afin de porter du fruit.

Essayons de repérer ce qui a permis à ces seniors des temps bibliques de tenir dans leurs bras un enfant à nul autre pareil.

 

D’Abram / Saraï à Abraham / Sara

Le vieux couple et l’enfant dans Communauté spirituelle bc-abrahamsons02Avez-vous remarqué le changement d’appellation presque imperceptible entre le début et la fin de notre première lecture (Gn 15, 1-6; 21, 1-3) ? Au début, en Gn 15,1, Dieu parle à Abram. À la fin, Sara enfante un fils à Abraham. Entre les deux, Dieu change son nom : « Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham, car je fais de toi le père d’une multitude de nations » (Gn 17, 5).

Rajouter une lettre à un prénom n’est pas chose banale ! D’autant qu’ici, c’est la lettre hébreu h, qui évoque le souffle (Ruah). Elle est ajoutée à Abram pour qu’il devienne Abraham. Abram – contraction de Abiyram – signifie père d’Aram, son pays d’origine, « araméen errant… ». Quand Dieu introduit la lettre h dans son nom, il introduit la lettre de la création, du souffle de la création (Ruah YHWH). Abraham est créé de nouveau et il va pouvoir devenir père, et même « père d’une multitude ». Il passe ainsi de « père d’Aram » à « père d’une multitude », du clan à l’humanité, du territoire à l’universel.

Comment s’opère ce changement d’identité ? C’est justement lorsqu’Abraham accepte d’appeler sa femme Sara (princesse) et non plus Saraï (ma princesse). « Dieu dit encore à Abraham : Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus du nom de Saraï (ma Princesse, car la lettre hébraïque ï indique le possessif); désormais son nom est Sara (c’est-à-dire : Princesse) » (Gn 17, 15). Elle devient Sara libre, non mélangée, capable de quitter la condition de dépendance. À 80 ans, elle qui était stérile va porter un fruit inespéré.

Autrement dit, c’est lorsque Abram renonce au possessif envers sa femme qu’il devient Abraham.

Lorsque sa femme (Saraï) devient libre (Sara) – princesse sans tutelle – alors tous deux engendrent Isaac, dont le prénom rappellera toujours à Sara qu’elle a ri (rire nerveux de doute, ou d’espoir ne voulant pas être déçu ?) lors de l’annonce de sa grossesse. Car Isaac est un dérivé du prénom hébraïque Yitsh’aq. Ce dernier s’inspire du terme tsahaq qui signifie « rire ».

Abraham : père d'une multitude de nations

Suivant les commentaires du grand exégète juif du Moyen Âge Rachi, la psychanalyste Marie Balmary a écrit des pages enthousiastes sur cette redécouverte du passage de Saraï à Sara, lui permettant d’enfanter Isaac [1]. Elle en oublie un peu l’autre transformation, concomitante, nécessaire, d’Abram en Abraham. Avoir du souffle (grâce à la lettre h) et engendrer, recevoir l’Esprit et ne plus posséder : les deux mouvements s’alimentent mutuellement ! Le grand âge de nos deux époux vient souligner le caractère exceptionnel, sur-naturel, de cette transformation : ce n’est pas à la force du poignet qu’Abraham devient le patriarche d’une multitude. C’est vraiment par l’accueil du souffle de Dieu qu’enfin il relâche son emprise sur Saraï, lui rend sa liberté de princesse, tout en étant lui-même changé en Abraham, le père d’une multitude plus nombreuse que les étoiles dans le ciel.

Cette double transformation n’est pas une question d’âge. Les plus jeunes d’entre nous, parfois trop sûrs d’eux, se mettront à l’école d’Abram et Saraï pour apprendre engendrer mieux qu’à la manière humaine. Les plus vieux, parfois résignée, verront en Abraham et Sara leur espérance de porter du fruit pendant des années encore, selon la parole du psaume : « vieillissant, il fructifie encore » (Ps 91,15).

 

Discerner le moment présent

Dans l’évangile de ce dimanche (Lc 2, 22-40), le vieillard Siméon se révèle prophète, en reconnaissant en ce bébé de Nazareth le salut des nations et la gloire d’Israël.
Giotto_-_Scrovegni_-_-19-_-_Presentation_at_the_Temple Abraham dans Communauté spirituelle
À 84 ans, Anne n’a rien perdu de son acuité spirituelle, puisqu’elle chante les louanges de Dieu en croisant cet enfant, et elle parle de lui à tout le monde.
Or, discerner dans ces quelques kilos de chair et de sang – sanglé dans les langes de l’époque – plus qu’un bébé blotti contre sa mère, c’est tout sauf évident !

Présentation de Jésus au Temple : textes de St Luc et Maria ValtortaOn devine que, pour être aussi perspicace, Syméon a dû scruter les Écritures des nuits entières pendant des décennies. On devine également en Anne une grande priante, qui prit  le temps d’habiter le silence et la louange pour attendre le Messie. Elle est l’une des cinq femmes dont l’huile de la prière ne manque jamais pour accueillir l’époux, en pleine nuit devant la salle de noces où ici en plein jour devant le Temple de Jérusalem.
Sinon, comment auraient-ils pu voir tous les deux en filigrane dans cet enfant la marque de l’Esprit de Dieu ?

L’art du discernement spirituel ne porte pas sur le futur, mais bien sur le présent.
De quoi suis-je témoin ?
Quel est le sens de tel événement maintenant ?
Qu’est-ce qui est en jeu dans telle rencontre apparemment anodine ?
Ces questions sont les nôtres devant les irruptions de l’Esprit qui nous bouleversent et nous remettent en cause. Comment faire pour ne pas passer à côté d’un nouveau commencement possible ?
Comment être maintenant dans la louange grâce à telle rencontre ordinaire ?
Comment reconnaître en ces ‘petits’ croisés par hasard le visage du Messie d’Israël ?

Voilà sans doute un enjeu de cet Évangile : discerner dans le moment présent la visite de Dieu lui-même, déchiffrer un visage pour se laisser éblouir par sa profondeur et son mystère.

Notons au passage que c’est en dehors de sa famille que Jésus reçoit tout petit ses  premiers signes de reconnaissance : les bergers, les mages, Anne, Syméon… Comme quoi fêter la Sainte Famille n’est pas enclore nos familles sur elles-mêmes ! Comme Marie et Joseph, nous avons à accepter que nos proches reçoivent une révélation sur eux-mêmes de la part d’étrangers plus que de nous.

Toujours la même chose : renoncer aux possessif, se laisser conduire par l’Esprit…

Êtes-vous Abram ayant besoin de puiser un nouveau souffle pour ne plus posséder vos proches ?
Êtes-vous Saraï ayant besoin d’être libérée de l’emprise de quelqu’un qui vous aime mal ?
Êtes-vous ce vieux couple qui ose attendre et espérer une fécondité nouvelle ?
Ou êtes-vous Syméon pour reconnaître sur le visage d’un tout petit de ce monde la lumière venue d’en haut ?
Ou êtes-vous Anne persévérant dans la prière jusqu’à ce que votre louange éclate après une rencontre ? Jusqu’à parler à tous de celui qui vous a frôlé de sa présence ?

 


[1]. Marie BALMARY, Le Sacrifice interdit, Paris, Grasset, 1986, pp.94-97.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ton héritier sera quelqu’un de ton sang » (Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, la parole du Seigneur fut adressée à Abram dans une vision : « Ne crains pas, Abram ! Je suis un bouclier pour toi. Ta récompense sera très grande. » Abram répondit : « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ? Je m’en vais sans enfant, et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. » Abram dit encore : « Tu ne m’as pas donné de descendance, et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. » Alors cette parole du Seigneur fut adressée à Abram : « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier, mais quelqu’un de ton sang. » Puis il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. Le Seigneur visita Sara comme il l’avait annoncé ; il agit pour elle comme il l’avait dit. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse, à la date que Dieu avait fixée. Et Abraham donna un nom au fils que Sara lui avait enfanté : il l’appela Isaac.

 

PSAUME
(104 (105), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Le Seigneur, c’est lui notre Dieu ;il s’est toujours souvenu de son alliance.(104, 7a.8a)

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ;
chantez et jouez pour lui,
redites sans fin ses merveilles.

Glorifiez-vous de son nom très saint :
joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !
Cherchez le Seigneur et sa puissance,
recherchez sans trêve sa face.

Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
vous, la race d’Abraham son serviteur,
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il s’est toujours souvenu de son alliance,
parole édictée pour mille générations :
promesse faite à Abraham,
garantie par serment à Isaac.

DEUXIÈME LECTURE
La foi d’Abraham, de Sara et d’Isaac (He 11, 8.11-12.17-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.
Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.
Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

 

ÉVANGILE
« L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (Lc 2, 22-40)
Alléluia. Alléluia.À bien des reprises, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculinsera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterellesou deux petites colombes.
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »
Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Patrick BRAUDPatrick BRAUD

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19 juillet 2020

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Homélie du 17° Dimanche du temps ordinaire / Année A
26/07/2020

Cf. également :

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien
Que demander dans la prière ?
Quelle sera votre perle fine ?
Acquis d’initié
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie

« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »

Qui oserait écrire cette énormité aujourd’hui ? après la Shoah, comment soutenir que cette barbarie peut finalement servir le bien ? Après la boucherie de 14-18, comment prétendre qu’il pourrait y avoir un bilan positif pour quiconque ? Plus près de nous, les morts du Coronavirus auraient-il une utilité ? La souffrance des centaines de milliers de licenciements à venir en France peut-elle être convertie en quelque chose de bien ?

Écouter notre deuxième lecture (Rm 8, 28-30) de ce dimanche sans broncher, c’est avoir la tête ailleurs, et ne pas écouter ! Battons-nous contre ce texte jusqu’à ce qu’il rende les armes…

Il y a d’abord un problème de traduction.

 

Les choses, ou la main invisible

Bernard de Mandeville, La Fable des abeillesEt pas un petit, car des traductions différentes donnent des interprétations différentes, ici particulièrement. La Traduction Oecuménique de la Bible écrit (comme beaucoup de Bibles) : « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu ». Comme si les choses par elles-mêmes s’ordonnaient en lignes de force pour converger vers le bien. Une main invisible en quelque sorte, à la manière de celle d’Adam Smith ordonnant le marché pour servir l’intérêt général. Il se peut d’ailleurs que cette croyance fondamentale du libéralisme provienne de Rm 8 lu à travers le prisme de l’État minimum : laissez les choses se dérouler d’elles-mêmes et vous verrez que le résultat final sera meilleur que les autres, malgré les inégalités inévitables. Cette interprétation accorde à l’ordre du monde un quasi personnalité, immanente : tout se passe comme si les événements, ressentis comme bons ou mauvais, convergeaient d’eux-mêmes vers un optimum. Comme si les passions humaines, morales et immorales, servaient finalement à leur insu le bien commun. La Fable des abeilles de Mandeville (1714) racontait déjà comment les vices et les vertus de chacun dans la ruche humaine s’intégraient avec brio dans la réussite de la construction commune :
« La Vertu ne peut faire vivre les nations dans la Splendeur.
Qui veut Ramener l’âge d’or doit accueillir également le Vice et la Vertu. »

 

Le problème avec cette traduction si répandue de Rm 8,28 est qu’elle n’est pas fidèle au texte grec ! En voici le mot à mot (qu’on appelle version interlinéaire grec-français) :

Οἴδαμεν Nous savons δὲ maintenant ὅτι τοῖς ἀγαπῶσι τὸν θεὸν que pour ceux aimant Dieu πάντα toutes choses συνεργεῖ (il) travaille ensemble εἰς ἀγαθόν pour le bien

 

Dieu, ou la Providence

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu dans Communauté spirituelle couv_peb_53_providence-212x300Le sujet du verbe synergei (συνεργεῖ : travailler ensemble à = concourir à) n’est pas « tout » (panta = toutes choses). C’est soit « Dieu » (ho theos : mais cette locution vient de certains manuscrits où elle a été rajoutée [1]), soit plutôt l’Esprit (Pneumatos), en cohérence avec la phrase précédente : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles » (Rm 8, 20 27).

Si l’on choisit Dieu comme sujet du verbe synergei, on a alors la théorie selon laquelle c’est Dieu qui fait travailler ensemble les événements pour le bien de ceux qu’il aime. C’est l’option de la Bible de Jérusalem, ainsi que de la traduction liturgique : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour » (Rm 8, 28). On rejoint ainsi le thème de la mystérieuse Providence divine à l’œuvre dans l’histoire. Le philosophe Leibniz a théorisé cette idée : selon lui, Dieu ayant en main des cartes et une vision bien plus grande que les nôtres, compose avec le mal et la souffrance pour obtenir ce que lui sait être le meilleur. Ce monde est vraiment le meilleur des mondes possibles, même s’il nous révolte par son absurdité et son injustice apparente.

Le Catéchisme de l’Église catholique semble suivre cette piste au n° 313 :
« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu  » (Rm 8,28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité :
Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à  » ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive » : « Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but ».
Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille : « Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous ».
Et Lady Julian of Norwich : « J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes… Et tu verras que toutes choses seront bonnes ».

Cette figure de la Providence divine a eu son heure de gloire dans les siècles passés, lorsqu’il s’agissait de prêcher la résignation à ceux qui gémissaient sous le poids du fardeau social, la soumission à ceux qui étaient tentés de se révolter devant les inégalités, les richesses, la domination des puissants, la peste, la famine… [2]

Quel est ce Dieu qui demanderait de s’accommoder du monde tel qu’il est sous prétexte que lui saurait en tirer un bon parti pour les croyants ? D’ailleurs, la plupart du temps, les commentateurs situaient le résultat final (« le bien de ceux qui aiment Dieu ») dans l’au-delà de la mort, expliquant ainsi que cela vaut la peine de souffrir ici-bas si c’est pour la gloire future. Or Paul ne parle pas d’un bien futur en Rm 8. Il décrit son expérience passée, sur laquelle se fonde cette espérance. Nous y reviendrons plus tard.

 

L’Esprit, puissance de transformation

La troisième interprétation fait de l’Esprit du verset 27 le vrai sujet du verbe synergei. Paul n’a pas voulu le répéter, de même que nous employons le pronom « il » afin de ne pas reprendre deux fois le même terme. « L’Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas ce que nous devons, selon nos besoins, demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements ineffables; et celui qui sonde les cœurs connaît quels sont les désirs de l’Esprit; il sait qu’il prie selon Dieu pour des saints »  (Rm 8, 26-27). J’avoue préférer cette troisième voie, faisant de l’Esprit l’acteur historique d’une transformation de toutes choses – même le mal – en occasion de progrès pour ceux qui aiment Dieu. C’est le parti de la traduction de la New English Bible : « en toutes choses, il (l’Esprit) coopère (fait concourir toutes choses) pour le bien avec ceux qui aiment Dieu ». Ce qui n’excuse pas le mal ni ne l’explique. Ce qui ne dispense pas de lutter contre lui, au contraire. Mais ce qui affirme que le mal n’aura pas le dernier mot. Constatant sa présence (sans l’expliquer) les croyants trouveront en deux la force spirituelle de transformer sa négativité en quelque chose de plus grand et de meilleur.

Résultat de recherche d'images pour "hillesum etty une vie bouleversée"Le Catéchisme de l’église Catholique suit cette voie au n° 2379 :
« Chez S. Paul, cette confiance est audacieuse (cf. Rm 10,12-13), fondée sur la prière de l’Esprit en nous et sur l’amour fidèle du Père qui nous a donné son Fils unique (cf. Rm 8,26-39). La transformation du cœur qui prie est la première réponse à notre demande ».

La version sécularisée de cette intégration du mal dans un bien supérieur grâce au travail de l’Esprit est bien sûr la dialectique hégélienne :

« L’Esprit conquiert sa vérité seulement à condition de se retrouver soi-même dans l’absolu déchirement […]. L’Esprit est cette puissance seulement en sachant regarder le négatif en face, et en sachant séjourner près de lui. Ce séjour est le pouvoir magique qui convertit le négatif en être » [3].

Il s’agit d’utiliser la puissance du négatif pour en faire sortir autre chose : le travail du négatif par l’Esprit pourra finalement faire émerger un bien supérieur, une œuvre utile. Le dépassement (Aufhebung) du mal ne le détruit pas, mais l’assume et l’intègre dans une œuvre plus grande. Puisqu’il existe, puisqu’il est là, autant en faire quelque chose ! Ceux qui croient au travail de l’Esprit en eux trouveront l’alchimie par laquelle convertir le négatif en force de transformation vers le bien.

On échappe ainsi aux justifications douteuses que la Providence fournissait autrefois pour expliquer le mal et s’y habituer. Chez Hegel comme chez Job, le mal est injuste, inacceptable. Le vaincre n’implique pas de le nier ou de l’expliquer, mais de le dépasser.

Etty Hillesum, jeune femme juive dans le ghetto d’Amsterdam, déportée à Westerbork, puis à Auschwitz où elle mourra en 1943, en est témoin :

« Mes enfants je suis pleine de bonheur et de gratitude, je trouve la vie si belle et si riche de sens. Mais oui, belle et riche de sens, au moment même où je me tiens au chevet de mon ami mort - mort beaucoup trop jeune – et où je me prépare à être déportée d’un jour à l’autre à des régions inconnues. Mon Dieu je te suis si reconnaissante de tout. » [4]

 

Un savoir expérimental

Qui fait concourir toutes choses au bien de ceux qui aiment Dieu ? Et comment ?
Au-delà de ces questions, il faut revenir à l’auteur de Rm 8,28. Ce qui est écrit est énorme, mais ce n’est pas un philosophe qui a trouvé ces mots. Ni un moraliste ou un conseiller du prince. Paul n’est pas en train de réfléchir ou de se lancer dans une spéculation intellectuelle. Non : il relit sa vie ; il relie les événements heureux et malheureux qui l’ont jalonné ; il constate au cœur de ce chaos apparent qu’une fidélité et une ligne de conduite ont progressivement émergé ; il découvre en lui cette capacité étonnante à faire feu de tout bois – même du pire – pour devenir ce qu’il est appelé à être : l’apôtre des nations. Il aura connu les naufrages en Méditerranée, le fouet, les caricatures de procès juifs et romains, les chaînes, le froid, la faim, la soif, le supplice, la prison, le mépris, et finalement la décapitation dont il se doute qu’elle l’attend à Rome. Mais tout cela a finalement servi sa mission : annoncer l’Évangile aux païens. À chaque étape, il a puisé en lui – ou plutôt dans le travail de l’Esprit en lui – une force (dynami) grandissante lui donnant par expérience cette certitude époustouflante qu’il crie dans cette longue litanie de la même lettre aux Romains :

« Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 8, 31 39)

 Esprit dans Communauté spirituellePaul proclame une confiance qui s’appuie sur son expérience passée, et non sur un raisonnement ou des idées. C’est un savoir expérimental, et non théorique. Il témoigne de son espérance invincible en la victoire sur la mort et le mal pour soutenir le combat spirituel des chrétiens de Rome exposés aux menaces, aux persécutions, à la dérision. Les martyrs romains l’ont entendu cinq sur cinq ! Ils chanteront dans l’arène face aux fauves ; ils pardonneront à leurs bourreaux ; ils béniront ceux qui les maudiront. Et Tertullien constatera au troisième siècle que l’incendie qu’ils ont allumé n’est pas celui de Rome par Néron, mais l’Évangile se répandant comme une traînée de poudre autour du bassin méditerranéen : « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Nul éloge des persécutions dans cet adage, mais le constat historique que « l’Esprit fait concourir toutes choses au bien de ceux qui aiment Dieu ».

Paul expose dans les versets précédents le rôle de l’Esprit en nous : (Rm 8,26 27). C’est vrai : nous ne savons pas ce qui est bon pour nous. Nous appelons « bien » la santé, la richesse, la tranquillité alors qu’elles sont peut-être en train de nous éloigner de Dieu. Nous appelons « mal » nos déceptions, nos fragilités, nos finitudes, alors qu’elles pourraient peut-être nous faire grandir en humanité. Voilà pourquoi l’Esprit prie en nous mieux que nous-mêmes, car nous ne savons pas quoi demander. La vraie demande n’est pas tel ou tel bien particulier (est-ce si bien que cela ?) mais la Sagesse demandée par Salomon, l’Esprit du Veni Creator. Jésus avait indiqué à ses disciples comment accomplir la prière de demande : « combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11, 13) Quel bien plus grand que l’Esprit Saint pourrions-nous demander ?

Le travail de l’Esprit en nous est d’abord de nous déprendre de nos représentations (au-delà du bien et du mal, aurait dit Nietzsche) pour nous donner d’accueillir toutes choses comme un matériau à transformer en vue d’un bien supérieur révélé en cours de route…

Faites vous-même cet exercice de relecture qui était celui de Paul : quelles sont les blessures, les catastrophes de votre existence que finalement vous avez réussi à transformer en autre chose ? À l’inverse, quelles réussites, quels succès vous apparaissent aujourd’hui trompeurs et superficiels ?

 

Et ceux qui n’aiment pas Dieu ?

 HegelUn dernier mot sur la fin de notre désormais célèbre phrase : « pour le bien de ceux qui aiment Dieu ». Ah bon ! Et les autres ? Ceux qui n’aiment pas Dieu ? L’Esprit les laisserait tomber ? Ou pire : Dieu se vengerait en les broyant dans la grande machine de l’Histoire ? Comment notre amour de Dieu pourrait-il être un pur amour, gratuit et désintéressé, s’il avait pour moteur d’obtenir que tout s’arrange pour le mieux en finale ? Interrogations un peu anachroniques, car ce n’est pas le problème de Paul. Lui veut réconforter et soutenir les croyants dans la tourmente romaine. Il écrit une lettre aux chrétiens de Rome, pas à leurs persécuteurs. D’ailleurs, comment savoir qui aime Dieu et qui ne l’aime pas ? Saint Augustin disait avec finesse à propos de l’Église : « il y en a qui se croient dedans alors qu’ils sont dehors ; il y en a qui se croient dehors alors qu’ils sont dedans ». Paul affirme que l’Esprit a la puissance de tout transformer pour peu que l’on soit porté par l’amour de Dieu. Son but ici n’est donc pas d’affirmer la perte des ‘méchants’, mais la force de l’amour que nous portons à Dieu dans l’adversité. Et qui sait si « le bien de ceux qui aiment Dieu » n’inclue pas le salut des ennemis ?
Ne transformons pas en machine de guerre contre nos adversaires réels ou supposés ce qui est essentiellement une proclamation d’espérance :
« rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ».

 

Conclusion

Résumons-nous : Rm 8,28 n’est pas une théodicée justifiant le mal par son utilité ; pas besoin d’une mystérieuse Providence à qui attribuer tout ce qui arrive ; pas de résignation devant ce qui arrive non plus, parce que les choses n’ont pas de consistance en elles-mêmes  (il n’y a pas de destin ; Paul parle de vocation, d’appel et non de destin).

Paul nous appelle à découvrir ce trésor de l’extraordinaire énergie de l’Esprit, capable de tout transformer – même le pire – à l’avantage de ceux qui aiment Dieu, justement parce que cet amour (agapê dans le texte) est le vrai moteur de l’Histoire.

Apprenons donc à relire notre vie, les événements qui nous touchent, en positif comme en négatif, pour que cette alchimie spirituelle les transforme en quelque chose de plus grand.

 


[1]. Karl Lachmann Lachmann a ajouté ho theos après synergei dans son Nouveau testament grec en 1831, en s’appuyant sur le Papyrus P46 datant d’environ l’an 200 et d’autres sources, notamment les manuscrits A (5e siècle) et B (4e siècle) ainsi que la version copte sahidique. Cette variante a permis d’avoir la traduction faisant de Dieu le sujet du verbe synergei.

[2]. Le Catéchisme de l’Église Catholique au n° 395 utilise même Rm 8,28 pour justifier l’existence de l’activité diabolique, car elle ne peut empêcher la réalisation du Royaume de Dieu :

« La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais  » nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » (Rm 8,28).

[3]. G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, Préface (1807).

[4]. Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Journal 1941-1943, Seuil, 1985, p. 206.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Tu m’as demandé le discernement » (1 R 3, 5.7-12)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, à Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »
Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

 

PSAUME

(Ps 118 (119), 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)
R/ De quel amour j’aime ta loi, Seigneur ! (Ps 118, 97a)

Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or ou d’argent.

Que j’aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

Aussi j’aime tes volontés,
plus que l’or le plus précieux.
Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Il nous a destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils » (Rm 8, 28-30)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

 

ÉVANGILE

« Il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44-52)
Alléluia. Alléluia.Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ». Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Patrick BRAUD

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