L'homélie du dimanche (prochain)

10 février 2016

L’île de la tentation

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L’île de la tentation

Cf. également :

Ne nous laisse pas entrer en tentation 

L’homme ne vit pas seulement de pain 

Une recette cocktail pour nos alliances

Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe

Et plus si affinité 

Homélie du 1° dimanche de Carême / Année C
14/02/2016

 

L’île de la tentation

Avez-vous déjà regardé ce jeu de télé-réalité ? Le principe est connu : isolés sur une île, quatre couples non mariés et sans enfant doivent tester leur amour face à la tentation de vingt-deux beaux(belles) célibataires, bronzé(e)s et affriolant(e), pendant un séjour de douze jours : les tentateurs(trices).

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Des rendez-vous romantiques avec les célibataires ont lieu tous les jours.

Au bout des douze jours, dans un ultime feu de camp, chaque couple doit alors décider s’il reste uni ou non à l’issue de l’émission.

Le jeu voudrait nous faire croire que la tentation principale est celle de l’infidélité conjugale. Par contre, il n’a pas tout à fait tort lorsqu’il situe la tentation sur une île, et comme une île : car la solitude est bien la conséquence d’une rupture du lien de communion avec Dieu ou avec les autres.

Au désert, en ce début de carême, le Christ va connaître son ‘île de la tentation’ à lui : le combat intérieur pour rester uni à son Père, alors que le diable voudrait qu’il arrête d’être fils et qu’il n’existe que par lui-même.

 

Quelles sont vos tentations ?

Les récits évangéliques du Christ tentés au désert marquent chaque premier dimanche de carême. On croit les connaître par cœur.
À tort sans doute. Car il faut du temps dans une vie humaine pour identifier clairement ce qui au fond est le véritable combat spirituel.

Jeune, on croit facilement que la tentation a le visage du succès, du pouvoir, du désir. Au fil des ans, la question : quel est mon combat essentiel ? s’avère plus complexe, plus subtile, plus difficile à répondre.

Pilate par exemple aurait pu croire que le piège de la gloire ou du pouvoir était le plus dangereux pour lui. Dans le dialogue avec le Christ durant sa Passion, il découvre que c’est plutôt cet espèce de cynisme qui se nourrit d’un certain scepticisme envers la vérité : « qu’est-ce que la vérité ? »

Caïphe, en tant que grand prêtre juif, devait craindre l’impureté rituelle et l’infidélité à la Loi comme ses plus grandes tentations. Il va s’entendre basculer du côté de l’utilitarisme meurtrier : « il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple ». Il ne savait pas que c’était de ce côté-là qu’il serait tenté.

Judas aurait pu croire que le manque de courage pour aller au bout de la lutte armée contre l’occupation romaine serait sa tentation principale. Mais voilà que la séduction du désespoir sera bien plus fatale, jusqu’au suicide.

Chacun de nous découvre ainsi tôt ou tard qu’identifier la vraie tentation contre laquelle il lutte est une révélation. Cela nous est révélé par la remarque d’un autre, par la violence d’une de nos réactions, par les conséquences immenses et inimaginables de tel faux pas etc.

Jésus de Nazareth lui-même, pourtant « rempli de l’Esprit de Dieu », fait ici au désert d’apprentissage de ce qui sera le combat de sa vie. Et le diable voit juste, comme toujours : il ne porte pas ses attaques sur la peur d’être trahi, le désir de réussir ou la fuite de la douleur. Il sait que là-dessus le Christ ne lui laisse aucune prise. Alors il se concentre sur l’essentiel, sur la raison d’être même de Jésus : es-tu oui ou non le fils de Dieu ? Tout le reste en découle. Jésus est tenté, comme chacun de nous, à partir de ce qu’il a de plus cher. Et pour lui, c’est l’intimité qu’il partage avec son Père, dans l’Esprit. Si Satan arrive à déstabiliser l’homme Jésus en le faisant douter de cette identité partagée, il aura gagné.

La tentation la plus dangereuse pour chacun sera celle qui nous atteint ainsi dans notre identité la plus essentielle.

Puisque le Christ a été tenté, n’imaginons pas avancer sur le chemin avec lui sans rencontrer nous aussi les tentations qui nous correspondent.

Prenez l’itinéraire de la vie de couple. S’il y a un divorce pour deux mariages environ, c’est qu’il y a bien plus d’adultères encore avant les séparations ! Avec l’allongement de la durée de vie et la lassitude des années, avec les rythmes de travail qui éloignent et provoquent de multiples occasions de tromper l’autre, avec cette immaturité psychologique qui nous fait nous tromper avant que de tromper et qui ne se révèle que des années après, avec la fameuse crise de milieu de vie qui vient tout bouleverser en murmurant qu’il faut tout changer pour redevenir soi-même, les causes sont si nombreuses !…

La tentation de l’infidélité sera multiple et multiforme : impossible d’y échapper. Mieux vaut accueillir la tentation comme l’invitation à plus de profondeur, de liberté.

N’est pas fidèle celui qui n’a jamais été tenté, mais celui qui a traversé la tentation en renforçant le lien mis en cause.

 

La tentation comme une île

Afficher l'image d'origineAu désert, le Christ identifie les trois combats qui vont tenter de le faire chuter tout au long de sa mission : séduire par des prodiges, s’imposer par la force, s’annonçer soi-même au lieu de conduire à Dieu. Lorsqu’il rencontrera ces trois tentations sous d’autres formes, il saura ainsi les démasquer, leur enlever leur force, et en être victorieux. La dernière tentation du Christ, sur la croix, ne concerne pas Marie-Madeleine comme le romancent Nikos Kazantzakis (la dernière tentation du Christ) ou Dan Brown (auteur du fameux Da Vinci code) mais le lien à son Père : « sauve-toi toi-même », lui crie-t-on  par trois fois, comme le diable au sommet du Temple dans le désert. Le Christ  refuse d’être à lui-même son propre salut, car il est le fils, celui qui se reçoive d’un autre, dans l’amour.
Jusqu’au bout, il choisit de faire confiance à celui à qui il crie  pourtant sa déréliction (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).
Jusqu’au bout il se reçoit, au lieu de prendre.
Jusqu’au bout il s’appuie sur le fait d’être aimé plutôt que de se sauver tout seul.
En cela il est vraiment le fils, d’une manière unique, car nul homme n’a vécu une telle intimité avec Dieu.

Le piège de la tentation, c’est de faire croire à chacun qu’il est un île, qu’il peut se sauver tout seul, qu’il peut prendre au lieu de recevoir, qu’il peut accaparer au lieu de donner. Et l’île de la tentation dans la Bible est la solitude à laquelle se condamne celui qui croit pouvoir se sauver lui-même.

 

Discerner sa tentation la plus essentielle

Alors, quelle tentation sera la vôtre ? La tentation principale, le fer de lance de l’attaque qui viendra vous déstabiliser au plus intime ?

Comme dans un duel à l’épée, les premières escarmouches seront portées là où c’est assez superficiel, juste pour voir si vous résistez relativement bien. Si oui, alors l’intensité montera d’un cran et vous en viendrez aux choses sérieuses.

Chaque digue tient bon tant que l’eau n’attaque pas ses points névralgiques. Dès qu’elle a trouvé la faille, le point sensible, le cheval de Troie de la digue, l’eau n’a de cesse d’user sa résistance en concentrant sa pression là où elle peut faire des dégâts…

Identifier sur quoi porte la vraie tentation de son histoire personnelle est un long discernement, qui ne se fait pas sans aide extérieure. Les vrais maîtres de sagesse sont ceux qui ont apprivoisé cette faille intime, avec humour et confiance. Ils se savent exposés, d’autant plus qu’ils progressent. Toujours en danger, ils en deviennent d’autant plus fidèles qu’ils s’appuient sur Dieu pour, non pas y être soustraits, mais se nourrir de la tentation pour devenir plus soi-même…

 

1ère lecture : La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)
Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.

Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume : Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Evangile : « Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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7 décembre 2013

Crier dans le désert

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Crier dans le désert

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année C
08/12/2013

 

En français, l’expression n’est guère encourageante. Celui qui crie dans le désert a la désagréable impression que personne ne l’écoute, que son cri n’est pas entendu, et donc que son action est aussi stérile que le désert auquel finalement il s’adresse. Sans aucun doute, crier dans le désert est une expression dérivée de la Bible, et notamment de la figure de Jean-Baptiste décrite dans l’évangile de ce dimanche, mais de manière si déformée qu’elle en est arrivée à signifier à peu près l’inverse. Car Jean-Baptiste certes est dans le désert, mais son cri n’est pas stérile. Au contraire : sa prédication attire. Des foules quittent les villes pour le rejoindre au désert. Toutes les classes sociales viennent se faire baptiser – plonger – dans le Jourdain. Beaucoup écoutent la voix de ce prophète original – poils de chameau et sauterelles * - et acceptent de se convertir, de croire au pardon, d’en tirer toutes les conséquences pour eux-mêmes.

« Une voix crie dans le désert ».

Dans le livre d’Isaïe, cette voix annonce le retour d’exil, et c’est donc une sacrée nouvelle terriblement efficace (Is 40,3-5). Un problème de ponctuation a transformé le texte : « une voix crie : dans le désert préparez les chemins du Seigneur » en supprimant les « : ». Et après, on a oublié la force de cette voix, fasciné par l’autre force, celle du désert semblant tout engloutir dans la solitude.

D’ailleurs en hébreu, désert se dit midebar, que l’on peut traduire : hors de la parole, dabar signifiant parole ou chose, et mi signifiant « hors de » ou « à partir de ». Le grec erêmos (qui a donné : érémitique) a exactement le même sens, rêma signifiant parole ou chose, et e signifiant « hors de » ou « à partir de ». Jean-Baptiste affronte donc le mutisme du désert en y portant une parole forte.

Par contre, le latin desertum vient du verbe « sero » = je connecte.  Le désert évoque ainsi un lieu sans connections, sans routes. Jean-Baptiste oblige les foules qui veulent le rejoindre à tracer dans le désert une route qui mène à lui.

Or le retour de Babylone à Jérusalem en 536 av. J.C. est un événement aussi important que le retour des juifs en Palestine après la deuxième guerre mondiale en 1948 ! La voix qui annonce ce genre d’événements est tout sauf stérile ou inefficace.

La voie biblique qui crie dans le désert ne parle pas à un mur **.

Elle est puissante, efficace ; elle attire à elle l’humanité en quête de rédemption.

Elle ose être différente, singulière – poils de chameau et sauterelles ! – justement pour provoquer un choc salutaire.

Elle est en retrait, au désert pour obliger chacun à se déplacer de chez soi au Jourdain.

Elle ne cherche pas à plaire, mais à provoquer un mouvement : de même que vous êtes sortis de chez vous pour venir m’entendre au désert, sortez de votre ancienne vie pour pratiquer une vie droite. Quittez vos habitudes mauvaises et noyez-les dans l’eau du Jourdain, comme l’esclavage de vos ancêtres a été noyé dans la Mer Rouge en sortant d’Égypte.

Autrement dit : dans la Bible, crier dans le désert est une mission prophétique indispensable au redressement de la vie sociale.

Les baptisés héritent de cette mission.

À eux de crier dans le désert médiatique pour appeler au respect de la vie humaine, dès sa conception, jusqu’à sa fin.

À eux de proclamer – même minoritaires – que la différence homme-femme fait partie de la dignité fondamentale de l’humanité : l’image de Dieu en nous.

À eux de prêcher à temps et à contretemps le combat pour le respect des plus petits, dans l’univers du travail notamment.

À eux de montrer publiquement la grandeur et la beauté de toute personne humaine : avec les handicapés dans l’Arche de Jean Vanier, avec les chiffonniers du Caire dans l’oeuvre de soeur Emmanuelle, avec le peuple du Quart Monde dans le mouvement ATD fondé par le père Joseph Wrézinski etc. etc.

La liste est longue de ces voix dans le désert qui finissent par toucher bien des coeurs, bien des intelligences, et provoquent des conversions, des changements de vie radicaux. Ainsi, des jeunes traders donnent quelques années de leur vie pour les plus pauvres. Des volontaires partent en Afrique ou dans nos cités pour lutter contre l’exclusion. Des grands professionnels donnent de leur temps et de leurs compétences pour imaginer d’autres entreprises, d’autres modes d’insertion, d’autres rentabilités?

 

Un exemple récent parmi 100 000 : les Semaines Sociales de France.

Crier dans le désert dans Communauté spirituelle affiche_semaine_socialeChaque année, des centaines de chrétiens se rassemblent autour d’un thème de société. Pendant trois jours, ils planchent ensemble sur les conversions à vivre et à proposer à nos contemporains dans le domaine social et économique. Cette année, c’était sur le thème du travail : « réinventer le travail ».

Plus de 180 ateliers réalisés en partenariat avec 52 mouvements ont été animés du 22 au 24 novembre 2013, à Lyon-Villeurbanne, Paris et Strasbourg (cf. http://www.ssf-fr.org/ssf ).

Peu relayées par les médias, les Semaines Sociales de France sont pourtant une voix qui crie dans le désert, et dont la portée se mesure année après année aux initiatives originales qui fleurissent dans le monde de la finance, de l’industrie, des services. Cette poignée de croyants peut suffire à transformer bien des entreprises. Ce petit groupe ignoré des médias porte en germe une puissance de renouveau qui étonnera le monde.

 

Le message de Jean-Baptiste au désert est fort : n’ayez pas peur vous aussi de crier alors qu’au début personne ne semble vous entendre. Ne vous découragez pas d’être ignorés des grands de ce monde, des modes médiatiques et du bling-bling des people. Tenez bon en proclamant vos convictions : elles attireront ceux que la Parole de Dieu pourra bouleverser à travers vous. Ne regardez pas le vide apparent du désert qui vous entoure, mais la source d’eau vive dans laquelle plonger avec les compagnons de route qui vous sont donnés.

Jean-Baptiste – on le sait – paiera de sa vie sa liberté de parole. Il osera reprocher haut et fort à Hérode d’avoir épousé la femme de son frère, Hérodiade. Salomé (fille de Hérodiade) se vengera en le faisant décapiter. Mais on ne fait pas taire la voix de la vérité en éliminant ses porte-parole. La force de la voix au désert est telle qu’elle démasque l’hypocrisie des puissants, qu’elle renverse les tyrans de leur trône, qu’elle redonne aux humbles le courage de ne pas se laisser dominer.

Chaque baptisé reçoit cette mission prophétique avec l’onction d’huile.

Qu’en faisons-nous ?

Quelle est notre voix, et dans quel désert est-elle appelée à retentir ?

Croyons en la puissance de cette voix, et la parole qu’elle porte pourra à travers nous convertir des foules entières à vivre une vie plus droite. Dans nos familles, nos entreprises, le quartier, des foules attendent qu’on les appelle au désert pour noyer leurs esclavages.

Ne nous dérobons pas à cette vocation prophétique, qui passe par le courage d’être différents, minoritaires, afin d’ouvrir à tous le chemin du salut.

 

 ________________________

* Les poils de chameau symbolisent la solidarité de Jean-Baptiste avec les nations païennes impures, et le salut qui leur est offert. Car le chameau est un animal impur pour les juifs. Et les sauterelles renvoient sans doute aux plaies d’Égypte : un avertissement pour souligner l’urgence de la conversion avant qu’il ne soit trop tard.

** La langue familière dit aussi : pisser dans un violon !

1ère lecture : Le Messie, roi de paix (Is 11, 1-10)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur Dieu :
Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines.
Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur,
qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire.
Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant.
Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira.
La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le b?uf, mangera du fourrage.
Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main.
Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompusur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Psaume : Ps 71, 1-2, 7-8, 12-13, 17

R/ Voici venir un jour sans fin de justice et de paix.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice, 
grande paix jusqu’à la fin des lunes ! 
Qu’il domine de la mer à la mer, 
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle 
et le malheureux sans recours. 
Il aura souci du faible et du pauvre, 
du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ; 
sous le soleil, que subsiste son nom ! 
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ; 
que tous les pays le disent bienheureux !

2ème lecture : L’espérance offerte par l’Écriture s’étend à toutes les nations (Rm 15, 4-9)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture. Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous selon l’esprit du Christ Jésus. Ainsi, d’un même coeur, d’une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.
Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens. Si le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, c’est en raison de la fidélité de Dieu, pour garantir les promesses faites à nos pères ; mais, je vous le déclare, c’est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ; comme le dit l’Écriture : Je te louerai parmi les nations, je chanterai ton nom.

Evangile : Jean Baptiste annonce que le Messie vient juger le monde (Mt 3, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route : tout homme verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui,
et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. 
Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick Braud

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