L'homélie du dimanche (prochain)

17 mai 2026

La soudaineté de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La soudaineté de Pentecôte 

 

Homélie pour le Dimanche de Pentecôte / Année A 

24/05/26 


Cf. également :

Le délai entre Pâques et Pentecôte
La séquence de Pentecôte
Pentecôte : un universel si particulier !
Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre


1. ἄφνω, la marque de l’Esprit

Voilà un petit mot qui en dit long sur l’irruption de l’Esprit dans nos vies : « soudain » (φνω en grec = afnō) : « Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière » (Ac 2,1-2). La soudaineté est l’une des caractéristiques les plus typiques de l’événement de Pentecôte : l’Esprit fond sur nous à l’improviste, sans que nous ayons pu le calculer ou le prévoir, sans que nous puissions le maîtriser. L’imprévisible et le non maîtrisable sont de bons marqueurs de la venue de l’Esprit en nous : pur don, il échappe à nos maturations et à nous efforts ; pure liberté, il ne se laisse pas instrumentaliser et nous ne pouvons pas mettre la main sur lui.

 

La soudaineté de Pentecôte  dans Communauté spirituelle df93f6_70a68b60191040409cda9c79c43ff289~mv2Ici à Pentecôte, l’Esprit fond sur le groupe du Cénacle pour les libérer de leur peur et leur donner l’audace du témoignage devant la foule, « avec assurance ». On retrouve d’ailleurs le caractère soudain de cette libération un peu plus loin avec Paul, lorsque de manière inattendue un tremblement de terre lui ouvre les portes de sa prison et rompt ses liens : « Tout à coup, il y eut un violent tremblement de terre, qui secoua les fondations de la prison : à l’instant même, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les détenus se détachèrent »  (Ac 16,26). Comme une réplique sismique de la première Pentecôte… Cette libération inespérée est aussi rapide que la foudroyante morsure d’un serpent venimeux (Ac 28,6). Ce sont là les seuls usages du terme φνω (rapportés à l’Esprit), et ils sont dans les Actes. 

Pour en mesurer la portée, on peut les comparer aux autres usages qu’en fait la LXX (Septante = version grecque de l’Ancien Testament). Ils décrivent des situations beaucoup plus sombres : l’arrivée subite du plus fort (Jo 10,9), la terreur du châtiment qui approche (Pr 1,27), le temps du malheur auquel l’homme est tout à coup enlacé comme dans un filet (Qo 9,12), le campement dévasté en un clin d’œil (Jr 4,20) par des bandes armées qui fondent  sur le peuple (Jr 18,22), la chute incroyable de Babylone devant les Perses (Jr 51,8 ; Is 47,11), ou la terreur de Job que son ami voudrait expliquer par son aveuglement devant sa faute (Jb 22,10). On le voit : dans la LXX, φνω est associé au jugement, à la catastrophe, à la terreur. Le contraste est saisissant avec le φνω des Actes qui annoncent au contraire une libération, une grâce. Avant le Christ, φνω manifeste la ruine, le malheur, la chute. Après le Christ, φνω annonce la plénitude, la richesse spirituelle, la naissance de l’Église. Le φνω de la LXX détruisait pour punir. Le φνω de Pentecôte détruit (les verrous du Cénacle) pour libérer. Il détruit la peur, le repli communautaire, la barrière des langues.

Avant, φνω est le cri de qui est surpris par la colère de Dieu. Dans les Actes, c’est le souffle de celui qui est surpris par son amour. Dans les deux cas, cela signifie : « vous n’êtes plus maîtres du temps ».

 

Lorsque nous sommes dépossédés en un clin d’œil de notre maîtrise sur ce qui nous arrive, il y a des chances qu’une petite Pentecôte soit à l’œuvre en nous…

Ce qui n’est pas prévu, ce qui nous échappe, ce qui nous transforme instantanément : voilà les traces auxquels nous reconnaîtrons avoir été visités par l’Esprit de Pentecôte !

 

2. « L’événement sera notre maître intérieur »
L'événement sera notre maître intérieur
La phrase est du philosophe chrétien Emmanuel Mounier [1] (1905-1950), fondateur du personnalisme. Elle peut nous permettre d’articuler les événements de notre vie avec la soudaineté de Pentecôte. Mounier constatait que l’humanité a tendance à s’endormir dans ses habitudes, ses systèmes et certitudes. Sortir de notre zone de confort nous est pénible. L’événement est ce qui vient « violer » cette clôture. Comme le φνω a brisé les verrous des disciples auto-confinés au Cénacle, l’événement est ce qui vient « violer » notre autosuffisance et nous projeter à l’extérieur, là où des foules étrangères nous attendent. L’événement devient un maître parce qu’il nous force à sortir de notre porte propre centre. Personne ne commande à l’Esprit Saint : nous expérimentons l’événement comme une autorité qui nous déplace.

Pour Mounier, c’est par cette confrontation dans l’événement à ce qui nous dépasse que nous devenons réellement nous-même : l’événement nous personnalise, en ce sens qu’il nous met en relation avec ce qui nous fonde, ce qui nous suscite comme sujet, et qui est plus grand que nous. Il nous fait devenir nous-même. Le maître intérieur, c’est bien ce souffle de Pentecôte qui nous saisit entièrement et nous propulse vers une histoire renouvelée.

Il y a dans le φνω de Pentecôte une pédagogie de désappropriation : la vérité ne se possède pas, elle survient. L’événement soudain est la ligne de fracture de cette transformation de notre être.

 

Relisez les Écritures : il y a de l’inattendu et des surprises à tous les chapitres ! Telle bataille tourne au désastre ou au contraire au triomphe. Quand le peuple se détourne de Dieu, le surgissement d’un prophète peut changer la pratique collective, mais peut également se heurter à la dureté de cœur du peuple. Même en Exil où apparemment tout est perdu, il suffit d’un roi nouveau pour que tout redevienne possible : donner à Cyrus le titre de Messie (Is 45,1) est cette reconnaissance de l’action divine à travers l’événement inattendu de son décret de retour en Israël.

Bataille, prophète, nouveau roi perse…: les textes bibliques scrutent les bifurcations de l’histoire pour y discerner l’inattendu de Dieu.

Le discernement historique est alors une école d’interprétation, où les événements en tant qu’énigmes, surgissements de non-maîtrisable et créations de possibles imprévus, sont nos maîtres, selon la formule d’Emmanuel Mounier : « l’événement sera notre maître intérieur ».

 

Jésus-Christ est en personne l’événement par excellence, l’action par laquelle Dieu met fin à l’ancien monde. Il ne l’est pas en tant que fait établi du passé. Il l’est en tant qu’événement présent, en tant qu’il s’adresse à chacun ici et maintenant dans la lecture ou la prédication. À la lecture ou l’audition de l’évangile, Dieu entre en relation avec l’homme, l’éternel pénètre dans le temporel, le transcendant se manifeste au sein de l’immanent. C’est l’instant présent de cette rencontre qui change tout et fait tout basculer. Dans l’accueil de la Parole du Christ se joue maintenant l’événement du salut.

 

Finalement qu’est-ce qu’un événement

Cone temporelC’est ce qui introduit une brisure de symétrie fondamentale entre passé et futur : une modification dont on repère après coup l’importance (ou au contraire l’insignifiance) en ce qu’elle aura provoqué ou permis une évolution vers un état ultérieur qui n’était pas strictement prédictible auparavant (de façon nécessaire et univoque).

De tels événements n’ont lieu qu’une fois, et cessent d’exister une fois réalisés, au sens où ils ne réapparaîtront jamais identiques à eux-mêmes. En ce sens, ils sont irréversibles, contrairement à beaucoup d’autres choses que nous faisons et répétons.

Notre vie est remplie de tels événements, qui se présentent à nous, venus d’ailleurs, comme des bifurcations possibles. 

Ce peut être une crise financière, un divorce aussi bien qu’une naissance, une rencontre fortuite comme un accident… 

Suite à une jambe cassée qui lui donne le temps de lire, Ignace de Loyola devient le fondateur des jésuites au lieu d’un noble chevalier.

Suite à un éblouissement sur le chemin de Damas, Saul deviendra Paul au lieu du persécuteur.

Suite à l’écoute du Magnificat derrière un pilier de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Paul Claudel se convertit et écrira ensuite : « je suis devenu chrétien en un instant ».

À nous de déchiffrer « ce qui nous arrive », heureux ou douloureux, comme autant d’événements, c’est-à-dire d’appels à nous engager avec le Christ pour devenir nous-même, et écrire notre propre histoire à la manière de Luc.

« L’événement sera notre maître intérieur » : Luc peut nous serve de grand frère pour – nous aussi - donner un sens aux événements qui nous tombent dessus, et pour nous engager dans les bifurcations qu’ils dessinent…

 

À travers ce qui nous arrive (ex-venire : l’événement est ce qui surgit de l’extérieur), ce qui est imprévu, ce qui nous est donné gratuitement, la dynamique de Pâque fait son travail en nous. Nous sommes appelés à pratiquer une lecture pascale de notre histoire.

Pratiquer une lecture pascale de son existence, c’est discerner, avec l’aide de l’Esprit (et d’un bon accompagnateur spirituel !) ce qui en moi demande à mourir, à disparaître, et ce que Dieu appelle à faire surgir. 

C’est relire les événements qui me bousculent pour y discerner les appels de l’Esprit.

C’est accepter de traverser les inévitables petites morts d’un parcours humain pour s’ouvrir aux renaissances à venir. 

C’est déchiffrer le sens caché, le sens profond, de telle rencontre, de telle parole. 

C’est aller jusqu’au bout des vrais désirs, des désirs forts, des saints désirs que Dieu suscite en moi et pour lesquels je dois bousculer ma vie. 

C’est contempler la Passion du Christ, et y reconnaître la passion que je suis appelé à vivre avec lui, pour vivre avec lui. 

 

recitatif_20230213 évènement dans Communauté spirituelleSi la Pentecôte n’était pas φνω (soudaine), elle serait une déduction logique de la foi des apôtres. Parce qu’elle est φνω, elle est un événement pur. Elle devient alors ce « maître » qui ne vient pas de nous, mais qui parle en nous, nous rendant enfin « personnes » au sens de Mounier : des êtres de relation, de don et de témoignage. « L’événement est notre maître intérieur car il nous révèle à nous-même en nous arrachant à nous-même ».

 

La Pentecôte n’est pas une évolution lente. Ce n’est pas le résultat d’un séminaire de formation ou d’une montée en puissance psychologique des apôtres. C’est une irruption. C’est le passage de la ligne de faille entre notre temps humain — celui où l’on attend, où l’on calcule, où l’on s’enferme — et le temps de Dieu, qui est celui de l’événement pur.

 

S’arrêter sur ce « soudain », c’est comprendre que la vie spirituelle n’est pas une possession, mais une surprise. Les disciples étaient là, dans la chambre haute. Ils priaient, certes. Mais ils étaient aussi verrouillés par la peur, par le deuil, par l’incertitude du « et maintenant ? ».

Dieu nous dit : « Je ne demande pas la permission de vos habitudes pour venir vous sauver. » La Pentecôte, c’est l’anti-confort. C’est la preuve que Dieu est vivant parce qu’il est imprévisible.

Ce qui nous arrive — ce qui nous bouscule, ce qui nous déloge de nos certitudes — est souvent le lieu où Dieu nous enseigne le mieux.

Les apôtres n’ont pas appris l’Esprit Saint dans des livres. Ils l’ont appris parce qu’ils ont été traversés par l’Événement. Ce « maître intérieur », ce n’est pas une petite voix tranquille qui nous murmure ce que nous avons envie d’entendre. C’est une force qui, une fois entrée, devient la nouvelle boussole de notre existence.

Avant le soudain de la Pentecôte, les disciples se regardaient eux-mêmes. Après le soudain, ils regardent le monde. Le Maître intérieur les a déplacés. Il ne leur a pas donné des réponses, il leur a donné un élan.

 

Nous vivons souvent dans l’attente d’un moment favorable pour témoigner de notre foi, pour pardonner, ou pour changer de vie. Nous attendons d’être « prêts ».

Mais la Pentecôte nous enseigne que l’on n’est jamais prêt pour l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui, en survenant, nous rend aptes.

L’événement nous arrache à nous-même. L’événement nous « personnalise », c’est-à-dire fait de nous des êtres ouverts à la relation, capables de parler une langue que les autres comprennent.

Regardez Pierre : quelques semaines plus tôt, il tremblait devant une servante. Soudain, le voilà debout devant la foule qui parle avec assurance. Qu’est-ce qui a changé ? Est-il devenu plus intelligent ? Plus courageux par lui-même ? Non. Il a laissé l’événement — cette rencontre fulgurante avec le Souffle — devenir son seul Maître. Il ne s’appartient plus.

 

Aujourd’hui, où sont nos portes closes ? Quelles sont les chambres hautes de nos vies où nous restons enfermés par peur du dehors ?

La Pentecôte n’est pas un anniversaire historique. C’est une structure de la vie chrétienne. Demander l’Esprit, c’est accepter de ne pas être le maître de son propre calendrier. C’est accepter que Dieu puisse faire irruption dans nos vies, soudainement, par une rencontre, par une épreuve, par une joie inattendue, et que cet événement devienne notre boussole véritable.

Que ce « Maître intérieur » nous apprenne à ne plus craindre l’imprévu de Dieu. Car c’est dans la brèche de l’imprévu que l’Esprit se glisse pour faire de nous des témoins de la Résurrection.

 

Prière au Dieu de l’Imprévu

Seigneur, Dieu du Souffle et de l’Instant,

Nous venons devant Toi avec nos agendas et nos sécurités,

Avec nos chambres hautes bien verrouillées et nos silences prudents.

 

Départ au lof sou spiNous attendons souvent un signe que nous puissions contrôler,

Une lumière qui ne nous éblouisse pas trop.

Mais Toi, Tu es le Dieu du φνω, le Dieu du Soudain.

 

Tu ne frappes pas à la porte pour demander si l’heure est venue,

Tu surgis là où l’espoir s’essoufflait,

Tu brises les verrous par la violence de Ta douceur.

 

Esprit Saint, viens être ce Maître intérieur dont nous avons peur.

Arrache-nous à la stagnation de nos habitudes.

Que Ton événement ne soit pas une simple date sur nos calendriers,

Mais la secousse qui nous remet debout,

Le vent qui disperse nos poussières et nos vieux doutes.

 

Quand l’imprévu nous bouscule et nous désarme,

Apprends-nous à ne pas y voir une menace,

Mais Ta main qui nous déloge pour nous faire grandir.

 

Fais de chaque événement de nos vies —

Qu’il soit joie fulgurante ou épreuve subite —

Une école où Ta voix nous enseigne l’audace.

Ne nous laisse pas nous rendormir dans le confort du connu.

 

Fais de nous des êtres de Pentecôte :

Des hommes et des femmes qui acceptent de ne plus s’appartenir,

Pour devenir, par Ta grâce, les échos de Ta Parole

Dans le tumulte de ce monde.

Amen.

_______________________________

[1]. Lettre d’Emmanuel Mounier en septembre 1949 à Jean-Marie Domenach (directeur de la revue Esprit).


MESSE DU JOUR


PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »


PSAUME
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)


Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.


Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.


Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.


DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.
Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.


SÉQUENCE
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.


ÉVANGILE
« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Patrick BRAUD

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14 mai 2026

Conjuguer l’Esprit de Pentecôte au féminin

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Conjuguer l’Esprit de Pentecôte au féminin 

 

Homélie pour le 7° Dimanche de Pâques / Année A 

17/05/26 

Cf. également :
Je viens vers toi…
Le confinement du Cénacle
Ordinaire ou mortelle, la persécution
Dieu est un trou noir
Le dialogue intérieur

1. Hommes et femmes à Pentecôte

La peinture de la Pentecôte sur l’autel principal de la cathédrale de Valence, en Espagne (1506 - 1510).Entre Ascension et Pentecôte, Luc décrit le petit groupe qui persévère dans la prière à Jérusalem, ne sachant trop quoi ou qui attendre (Ac 1,12-14). Il y a là les Onze (Judas n’est pas encore remplacé), les frères de Jésus (au sens sémitique = ses cousins), « avec des femmes, avec Marie, la mère de Jésus ».

Ce groupe est donc mixte. Et il le restera ! Le récit de l’événement de Pentecôte commence au chapitre 2 par ces mots : « Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble » (Ac 2,1). La continuité du groupe est certaine  dans le texte : aucune rupture ou départ des femmes entre le chapitre 1 et le chapitre 2. Le « tous » (pantes, en grec) englobe l’ensemble du groupe cité précédemment.

 

Il faut rendre justice à la présence de ces femmes à Pentecôte. Ce que les icônes officielles effaceront ensuite, en ne représentant que des hommes, ou avec Marie à la rigueur. Tous ont reçu l’Esprit de Pentecôte qui n’est réservé ni à quelques-uns seulement (la « hiérarchie »») ni aux seuls hommes. D’ailleurs Pierre lui-même le comprend bien lorsqu’il cite le prophète Joël pour expliquer ce qui vient de se passer avec les langues de feu : « Je répandrai mon esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes je répandrai mon esprit en ces jours-là » (Jl 3,1-2). Vous avez bien lu : les filles, les jeunes gens, les servantes sont elles aussi remplies de l’Esprit et se mettent à prophétiser ! Impossible de restreindre le charisme au genre masculin !

 

Paul va encore plus loin : la résurrection du Christ inaugure un monde nouveau où les divisions d’autrefois n’ont plus cours : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28). L’Église est le sacrement, l’anticipation de ce monde nouveau de la résurrection, et doit donc traduire en actes dans sa vie, son fonctionnement, sa gouvernance, ses communautés qu’il n’y a plus ni l’homme ni la femme, car l’Esprit du Christ établit une fraternité (une sororité) nouvelle entre tous, une communauté d’amour qui abolit les anciennes divisions et relativise toutes les conventions sociales sur les relations hommes-femmes.

 

2. Hommes et femmes dans la première évangélisation

Les conséquences de l’effusion de l’Esprit de Pentecôte sur tous, hommes et femmes, sont visibles immédiatement. Dès les premiers temps de l’Église décrits dans les Actes, on voit des femmes exercer des fonctions liées au don de l’Esprit.

 

– Ministère de la Parole et de l’enseignement

Une certaine Priscille, avec son mari Aquilas, sont préposés à l’instruction approfondie du savant Apollos qui vient de se convertir : « Il se mit donc à parler avec assurance à la synagogue. Quand Priscille et Aquilas l’entendirent, ils le prirent à part et lui exposèrent avec plus de précision le Chemin de Dieu » (Ac 18,26). Notons que Priscille est citée avant son mari, ce qui suppose qu’elle avait une autorité doctrinale prépondérante.

 

– Ministère prophétique

Les femmes de saint PaulMalgré sa misogynie réelle ou supposée, même Paul est obligé de reconnaître que les femmes prophétisent à haute voix dans les assemblées, et que cela est totalement légitime (1Co 11,5). Rappelons que la prophétie n’est pas la divination ni la voyance : prophétiser, c’est faire acte de discernement pour interpréter le présent et y dégager le message, la Parole que Dieu nous y adresse. Ainsi les quatre filles du diacre Philippe sont qualifiées de prophétesses par Luc : « Il avait quatre filles non mariées, qui prophétisaient » (Ac 21,9). Il faut d’ailleurs se souvenir que la prophétesse Anne était aux côtés de Syméon au Temple de Jérusalem lorsque l’enfant Jésus y fut présenté par ses parents (Lc 2,36-38).

 

– Ministère « domestique »

L’Église primitive ne se réunissait pas dans des temples, mais dans des maisons privées, des « églises domestiques ». Plusieurs femmes ont visiblement joué un rôle de responsable de ces communautés domestiques dont elles organisaient l’hospitalité et la tenue. Lydie par exemple (Ac 16) – la première converti européenne ! – accueille la communauté chez elle dans la ville de Philippe. Puis elle voyage de Corinthe à Éphèse et à Rome, gérant des manufactures de tentes tout en en implantant des Églises locales.

Paul salue l’Église qui est dans la maison de Nympha à Laodicée : « Saluez les frères de Laodicée, et aussi Nympha et l’Église qui se rassemble dans sa maison » (Col 4,15). Et Chloé semble diriger un groupe de chrétiens qui informent Paul des problèmes de la communauté : « Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères, par les gens de chez Chloé, qu’il y a entre vous des rivalités » (1Co 1,11). La mère de Jean-Marc réunit la communauté chez elle pour prier lors de l’emprisonnement de Pierre. Elle possède une maison assez vaste pour accueillir un grand groupe et emploie des servantes, signe d’un certain statut social mis au service de l’Évangile. : « S’étant repéré, Pierre se rendit à la maison de Marie, la mère de Jean surnommé Marc, où se trouvaient rassemblées un certain nombre de personnes qui priaient » (Ac 12,12).

Une autre femme, Tabitha (Dorcas) est reconnue comme disciple bienfaitrice de la communauté. Sa résurrection par Pierre renforce la foi à Jaffa : « Il y avait aussi à Jaffa une femme disciple du Seigneur, nommée Tabitha, ce qui se traduit : Dorcas (c’est-à-dire : Gazelle). Elle était riche des bonnes œuvres et des aumônes qu’elle faisait » (Ac 9,36). Damaris est une femme grecque mentionnée en Ac 17 comme l’une des rares intellectuelles de la cité à adhérer au kérygme de Paul à l’Aéropage d’Athènes : « Cependant quelques-uns  s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, ainsi que d’autres avec eux » (Ac 17,34).

 

– Ministère diaconal

L’existence de diaconesses dans l’Église primitive (et jusqu’au Moyen-Âge) est une réalité historique et textuelle attestée, même si leur rôle et leur statut ont évolué au fil des siècles.

Le terme grec diakonos signifie « serviteur » ou « ministre ». Dans le Nouveau Testament, il est utilisé aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

La figure biblique de référence pour le diaconat au féminin est Phébé.

Dans l’Épître aux Romains (16, 1-2), Saint Paul écrit : « Je vous recommande Phébé, notre sœur, qui est diacre [diakonos] de l’Église de Cenchrées ».

Il demande à la communauté de l’accueillir « d’une manière digne des saints » et précise qu’elle a été une « protectrice » (prostatis) pour beaucoup, y compris pour lui-même. Phébé n’est pas simplement une aide bénévole ; elle est une figure officielle envoyée par Paul pour porter et probablement expliquer sa lettre la plus complexe aux Romains.

Conjuguer l’Esprit de Pentecôte au féminin  dans Communauté spirituelle 

Pourquoi constate-t-on un ministère spécifique pour les femmes dès les Actes ?

À mesure que l’Église se structure (II° – IV° siècles), le besoin de femmes officiellement établies dans un ministère devient pratique et théologique pour plusieurs raisons :

- Le baptême : À l’époque, le baptême se faisait par immersion totale et les candidats étaient nus. Pour préserver la pudeur des femmes, les diaconesses étaient chargées de les accompagner dans l’eau et de pratiquer l’onction d’huile sur leur corps.

- La catéchèse : Elles instruisaient les femmes qui se préparaient au baptême, car il n’était pas toujours jugé convenable qu’un homme passe beaucoup de temps seul avec une femme pour l’enseigner.

- La visite aux malades : Elles pénétraient dans les maisons privées pour soigner et visiter les femmes malades ou en difficulté, là où les diacres hommes auraient pu causer un scandale social.

- L’ordre dans l’assemblée : Elles assuraient l’accueil et le bon ordre du côté des femmes lors des célébrations liturgiques.

 

Il est important de noter que dans plusieurs traditions anciennes (notamment en Orient), les diaconesses recevaient une véritable imposition des mains (chirotonie) par l’évêque, tout comme les diacres hommes.

Les Constitutions Apostoliques (IV° siècle) donnent même la prière de consécration :

« Ô Dieu éternel [...] qui as rempli d’Esprit Saint Déborah, Marie [la sœur de Moïse] et Hulda… regarde ta servante ici présente, choisie pour le diaconat, et donne-lui l’Esprit Saint ».

Bien que le titre soit le même, il y avait des distinctions fonctionnelles avec le diaconat masculin. Les diaconesses n’avaient généralement pas de rôle de présidence liturgique à l’autel (elles ne distribuaient pas la communion de la même manière). Leur ministère était tourné quasi exclusivement vers le public féminin de la communauté.

 

Pourquoi ont-elles disparu ?

Le déclin des diaconesses commence vers le VI° siècle en Occident et plus tard en Orient. Plusieurs facteurs expliquent cette disparition :

- Le baptême des enfants : comme on ne baptisait plus d’adultes nus, le rôle principal des diaconesses pendant le baptême (le bain nue et l’onction d’huile) est devenu inutile.

- La montée du monachisme : beaucoup de fonctions exercées par les diaconesses ont été transférées aux abbesses dans les couvents.

- L’évolution du droit canonique : des conciles régionaux ont commencé à interdire l’ordination des femmes par peur des influences des cultes païens environnants ou par une lecture plus restrictive des textes de Paul.

Aujourd’hui, la question du rétablissement d’un diaconat féminin est un sujet de réflexion majeure au sein de l’Église catholique, et existe déjà dans certaines Églises orthodoxes (comme le Patriarcat d’Alexandrie).

Le Patriarcat orthodoxe d’Alexandrie ordonne une Zimbabwéenne comme première diaconesseEn 2004, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a voté en faveur du rétablissement des diaconesses, principalement pour encadrer la vie dans les monastères féminins. L’idée était de permettre à des moniales d’assumer des fonctions liturgiques internes (lectures, encensement) sans avoir besoin de faire venir un diacre extérieur. Bien que la décision soit officielle, les ordinations féminines restent rares en pratique en Grèce et se limitent presque exclusivement au cadre monastique clos.

En novembre 2016, le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie et de toute l’Afrique a voté le rétablissement du diaconat féminin. Les premières consécrations ont eu lieu en février 2017 au Zimbabwe. Dans le rituel de l’ordination diaconale des femmes, l’évêque impose les mains sur la tête de la candidate (chirotonie), place sur ses épaules l’étole diaconale (orarion) et lui remet le calice qu’elle va reposer sur l’autel. La prière récitée par l’évêque fait explicitement le lien avec les femmes de la Bible que nous avons évoquées :

« Seigneur, Tu ne rejettes pas les femmes qui s’offrent elles-mêmes [...] pour servir tes saintes Demeures. Accorde le don de ton Esprit Saint à ta servante qui désire se consacrer à Toi… comme Tu as accordé la grâce de ton diaconat à Phébé, que Tu as appelée à l’œuvre de ton ministère ». L’ordination est donc réelle : ce n’est pas une simple bénédiction comme celle d’un lecteur ou d’un chantre.

 

L’Esprit ne fait pas de distinction : l’Esprit reçu à la Pentecôte est le même qui descend sur la diaconesse lors de son ordination.

La diaconesse est souvent décrite comme une figure de « seuil » : elle fait le pont entre le sanctuaire (l’autel) et le monde (les fidèles, les pauvres, les femmes en retrait). C’est exactement le rôle que jouaient les femmes dans les Actes des Apôtres.

 

Conclusion : C’est donc justice que de permettre à tous les baptisés, hommes et femmes, de participer à égalité au discernement spirituel que l’histoire requiert de nos Églises. Les prophétesses de la Bible nous ont montré ce qu’est discerner en paroles et en actes, avec toutes les implications politiques, sociales, religieuses que cela entraîne. 

Paul a posé les bases d’une égalité réelle entre hommes et femmes ; il a osé transgresser les interdits juifs et romains concernant le rôle des femmes en leur confiant le ministère de la Parole, du service, de l’accueil domestique, du financement communautaire etc. Ce faisant, il a prolongé la liberté étonnante que Jésus avait avec les femmes qui l’entouraient et l’accompagnaient. Et cet élan ne doit pas cesser, ne doit pas se figer. Tôt ou tard, il portera des fruits politiques : non pas imposés par des forces révolutionnaires, mais librement choisis par tous.

 

3. Conjuguer l’Esprit au féminin

L’Esprit est féminin en hébreu (la Ruah YHWH). Que peut-on en déduire sur l’articulation entre l’Esprit Saint et le féminin, particulièrement lors de l’effusion de la Pentecôte ?

 

- Une dimension « maternelle » de Dieu

il_794xN.3635913714_63kr diaconesse dans Communauté spirituelleDans la pensée biblique, la Ruah est le souffle, le vent, mais aussi la force vitale qui « couve » la création (Gn 1, 2), comme une mère-oiseau sur son nid.

L’effusion de l’Esprit sur les femmes à la Pentecôte n’est pas l’ajout d’une force « étrangère » ou uniquement masculine. C’est la reconnaissance que la dimension féminine de Dieu (sa capacité à donner la vie, à consoler, à envelopper) s’exprime pleinement à travers elles. D’ailleurs, la tradition juive explique que les femmes n’ont pas besoin d’un rite comme la circoncision chez les hommes, car chez elles l’alliance dans le sang est naturelle (menstruation)…


Le passage du féminin hébreu (Ruah) au neutre grec (Pneuma) puis au masculin latin (Spiritus) a parfois invisibilisé cette nuance, mais la racine hébraïque rappelle que l’Esprit n’a pas de sexe, ou plutôt, qu’il concerne les deux.

 

- La prophétie comme « enfantement » de la Parole

Si l’Esprit est féminin, l’acte de prophétiser (reçu par les femmes en Ac 2,17) peut être vu comme une forme d’enfantement spirituel.

À Pentecôte, les femmes ne reçoivent pas seulement une autorisation de parler ; elles deviennent des canaux naturels d’un Esprit dont le nom résonne avec leur propre identité de porteuses de vie. Cela crée un lien direct entre Marie (l’ombre de l’Esprit qui la couvre à l’Annonciation) et les femmes de la Pentecôte. Le même Esprit qui a engendré le Christ en une femme engendre maintenant l’Église à travers un groupe d’hommes et de femmes.

 

- La Sagesse et l’Esprit

Dans l’Ancien Testament, la Sagesse de Dieu est elle aussi une figure féminine (חָכְמָה). Les premiers chrétiens ont souvent identifié l’Esprit Saint à cette Sagesse.

En recevant l’Esprit « à part égale », les femmes sont établies comme dépositaires de la Sagesse divine. Cela explique pourquoi, dans les Actes, on voit des femmes comme Priscille capable de corriger et d’enseigner des docteurs de la loi. Elles ne sont pas sous tutelle spirituelle, elles sont « inspirées » directement.

Pourquoi est-ce important pour la Pentecôte ?

Si l’Esprit était perçu comme une force purement masculine, l’effusion sur les femmes pourrait être vue comme une « concession » ou une anomalie. Mais si la Ruah est féminine, la présence des femmes est indispensable pour que l’image de Dieu soit complète dans l’Église.

L’égalité à la Pentecôte n’est pas une « uniformisation » (devenir comme les hommes), mais la manifestation de l’Esprit qui se reconnaît en elles.

En syriaque (une langue proche de l’araméen parlé par Jésus), l’Esprit Saint est resté féminin pendant des siècles dans la liturgie. On y priait l’Esprit comme une « Mère consolatrice ».

 

Les centaines de milliers de béguines qui ont irrigué l’Europe du Nord de leur spiritualité mystique et amoureuse, du XI° au XX° siècle, sont nos plus proches témoins de la fécondité de Pentecôte au féminin, jusque dans les conséquences sociales de leurs béguinages : indépendance et liberté des femmes, retour à l’Évangile, soin des pauvres et des petits, contestation des hiérarchies inégalitaires…

 

Puissions-nous nous encourager mutuellement – hommes et femmes ensemble – à conjuguer l’Esprit également au féminin, afin que « tous » soient réellement inspirés par la bourrasque de Pentecôte !

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière » (Ac 1, 12-14)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.


PSAUME
(Ps 26 (27), 1, 4, 7-8)
R/ J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. ou Alléluia ! (Ps 26, 13)


Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?


J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie,
pour admirer le Seigneur dans sa beauté
et m’attacher à son temple.


Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »


DEUXIÈME LECTURE
« Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous » (1 P 4, 13-16)


Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Que personne d’entre vous, en effet, n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là.


ÉVANGILE
« Père, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1b-11a)
Alléluia. Alléluia. Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ; je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (cf. Jn 14, 18 ; 16, 22)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »
Patrick BRAUD

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1 juin 2025

Pentecôte béguine sur l’Europe !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pentecôte béguine sur l’Europe !


Homélie du Dimanche de Pentecôte / Année C
08/06/25


Cf. également :

Pentecôte, où la nécessité d’une parole publique
Le délai entre Pâques et Pentecôte
La séquence de Pentecôte
Pentecôte : un universel si particulier !
Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Parresia : le courage pascal 

 

1. Accorder Pentecôte au pluriel
Les salariés parlent avec délice du pont (voire du viaduc !) de Pentecôte. Les chrétiens fêtent Pentecôte comme le point d’orgue du temps pascal. On pourrait se méprendre et croire que Pentecôte est un peu comme l’armistice de Mai 1945 : un événement unique dont il importe de célébrer l’anniversaire. Or il n’y a pas une mais des Pentecôtes dans le livre des Actes des Apôtres. À tel point que des exégètes préfèrent appeler ce livre : les Actes de l’Esprit, tant le vrai sujet du récit est l’Esprit, avant les Douze.

Jugez plutôt : après notre épicentre pentecostal d’aujourd’hui (Ac 2,1–4) nous avons peu de temps après une dizaine de répliques tout aussi déterminantes !

Pentecôte béguine sur l’Europe ! dans Communauté spirituelle 21e7489_1715689453752-pns-971659Ac 4,31 : l’Esprit renouvelle l’assurance (en grec : la parresia) des croyants pour continuer à annoncer le Ressuscité malgré l’arrestation de Pierre et Jean et les menaces de coups de fouet s’ils parlent.

Ac 8,16-17 : l’Esprit descend sur les Samaritains par l’imposition des mains de Pierre et Jean.

Ac 9,17–18 : Paul se convertit, retrouve la vue et il est rempli de l’Esprit comme les Douze.

Ac 19,44–48 : l’Esprit descend sur le centurion romain Corneille (sans imposition des mains) et sa famille tandis que Pierre leur annonce le Ressuscité.

Ac 11,15–17 : Pierre est obligé de se répéter, et de raconter à nouveau la petite Pentecôte qu’il a vécue avec Corneille.

Ac 13,2–4 : l’Esprit intervient directement pour envoyer Paul et Barnabé vers les païens.

Ac 15 : c’est sans doute la deuxième plus grande Pentecôte de l’Église. L’Esprit inspire à l’assemblée des décisions neuves et courageuses pour l’accueil des païens, au sujet de la circoncision, de la cacherout, des prescriptions mosaïques.

Ac 19,1–7 : à Éphèse, environ 12 disciples reçoivent l’Esprit par l’imposition des mains de Paul, et se mettent à parler en langues et à prophétiser, comme à Jérusalem.

La liste n’est pas exhaustive.

Bref : les Pentecôtes se succèdent à un train d’enfer ! L’Esprit ne descend pas une fois sur l’Église, mais sans cesse, à chaque tournant décisif notamment. Il n’y a pas moins de 69 occurrences du terme grec πνεῦμα = pneuma (Esprit) dans les Actes : c’est vraiment lui le héros de ces pages !

Toute ces Pentecôtes ne s’arrêtent pas avec l’écriture du Nouveau Testament : l’histoire de l’Église continue d’être l’histoire de l’Esprit conduisant l’Église à travers les siècles. Que l’on songe aux conciles œcuméniques des six premiers siècles, de Nicée à Constantinople ! Ce sont des répliques du tremblement de terre de la Pentecôte initiale à Jérusalem (Ac 2 ; 15).

 

Pour nous persuader que l’histoire est désormais un déferlement de Pentecôtes successives, évoquons le phénomène incroyable – et mal connu en France – qui submergea l’Europe du Nord à partir du XII° siècle : les béguines !

 

2. Essor et apogée des béguinages

Si vous voyagez au nord de Lille, vous visiterez Gand, Bruges, Ypres, Oudenarde, Anvers, Louvain, Malines, Amsterdam etc. Vous tomberez à genoux devant la beauté de ces villes flamandes : la Grand-Place bordée de façades à pignons des XVII°-XVIII° siècles, le beffroi dominateur, les ruelles médiévales, les canaux, les moulins à vent, les églises, les voiliers aux larges gouvernails latéraux etc. Et puis vos pas vous conduiront, par hasard ou délibérément, à l’entrée du béguinage de la ville : un oasis de paix, de verdure, constitué de quelques rangées de maisons modestes – mais si mignonnes ! – autour d’un jardin et d’une chapelle.

Grand béguinage de Louvain

Grand béguinage de Louvain

On les appelait béguines. Pourquoi ? Peut-être parce que leurs vêtements étaient beiges. Peut-être parce qu’en néerlandais beggen signifiait « réciter des prières » (beggelen en flamand = ‘bavarder à haute voix’, cf. beten en allemand = « prier »), et que ces femmes murmuraient tout le temps leurs prières, seules où ensemble. Peut-être parce qu’on attribue (à tort) au prêtre liégeois Lambert le Bègue (+ 1177) la fondation du premier béguinage à Liège. Peut-être parce qu’elles étaient bienveillantes, ce qui en latin se dit benigna. Marie d’Oignies, souvent considérée comme la première béguine, est ainsi décrite comme « une benigna du Christ » et cette appellation qui devient synonyme de béguine se répand d’ailleurs largement en Europe au XIII° siècle.

On ne sait plus trop. Mais on sait que ce mode de vie connut un essor extraordinaire du XII° au XVI° siècle. À tel point qu’on comptait environ 1000 béguines à Gand au XIII°  siècle, et 200 000 en pays flamand à l’apogée du mouvement ! Comment ne pas y voir une Pentecôte féminine, qui a irrigué les Églises du Nord d’un sang neuf, et a répandu un parfum d’Évangile sur toutes ces contrées bien plus que les révolutions franciscaine ou dominicaine.

Avec cette expansion incroyable, l’Esprit a donné à l’Église des figures de sainteté extraordinairement inspirantes pour nous encore aujourd’hui. Il suffit de citer par exemple Hadewich (Edwige) d’Anvers (1220–1166) dont les visions, poèmes, lettres et mystique nous paraissent si modernes. On peut y ajouter sainte Marie d’Oignies (1176–1213), Mechthild de Magdebourg (1207–1283), qui écrivit : « La lumière fulgurante de la divinité » ; Ste Christine von Stommeln (1242–1312) ; Sybille de Gages (fin XII°-1250), latiniste renommée ; la poétesse Ida de Léau (+ 1260) ; Marguerite Porete (1250–1310) dont le livre : « Le miroir des âmes simples » lui valut le bûcher etc.

 

À partir du XVI° siècle, l’institution ecclésiale hiérarchique reprit en main les béguinages (hélas !) et les transforma en couvents religieux plus classiques. Les béguines en effet étaient mal vues par l’Église hiérarchique, car non soumises à l’autorité directe des ordres religieux. Plusieurs d’entre elles sont soupçonnées d’hérésie, comme Marguerite Porete, brûlée en 1310. Le Concile de Vienne (1311-1312) condamna certaines formes de béguinisme, mais le mouvement continua, sous une forme plus encadrée. Peu à peu, il  s’essouffla, et s’éteignit progressivement, jusqu’au XX° siècle (la dernière béguine meurt à Courtrai en Belgique en 2013) [1].

 

Les fruits de cette Pentecôte géante s’étalent sur plusieurs siècles ; ils sont considérables. Passons en revue quelques avancées spectaculaires que l’Esprit de Pentecôte a suscitées à  travers ces femmes libres.

 

3. Les fruits spirituels des béguinages

Dispersées dans d’humbles maisons de bois à travers la ville, ou rassemblées dans un havre de maisonnettes alignées avec soin dans le béguinage, les béguines ont légué à l’Église un patrimoine spirituel inestimable.

  • Le primat de l’expérience sur le dogme

Wisdom-of-Beguines-cover béguine dans Communauté spirituelleLes béguines parlent de leur vie comme des femmes parlent de leur rendez-vous amoureux. Elles n’écrivent pas en latin comme les savants, mais en langue locale (néerlandais, français, allemand de l’époque) pour être accessibles au plus grand nombre. Leurs récits décrivent  avant tout des expériences mystiques d’union à Dieu, avec un langage affectif (voire  sensuel), féminin, poétique, symbolique (exemple : la métaphore du miroir de l’âme). Les théologiens les interrogeaient sur leurs croyances et systèmes de pensée. Elles répondaient en racontant leur expérience : « voilà ce que je vis ». Cette mise en avant du sujet – femme, aimante et dévote – était révolutionnaire au XII° siècle ! Bien avant la dévotion moderna qui permettra de dire Je dans la parole de foi, les béguines proclament simplement qu’être chrétien c’est d’abord rencontrer le Christ vivant (dans l’Écriture, la prière, l’extase, la vie fraternelle etc.). Non pas des vérités à croire, mais quelqu’un à aimer : l’approche béguine de la foi nous émerveille aujourd’hui encore par les profondeurs de son adhésion au Christ.

Et c’est une expérience d’amour :

« Alors l’Amour vint à moi,

vêtue de noblesse, brillante de clarté.

Elle me dit :

“Je suis l’Amour,

et je suis celle qui doit t’enseigner.”

Et elle me donna un baiser,

tel que nul ne pourrait le comprendre

s’il n’a jamais été ivre d’Amour.”

Hadewich d’Anvers, Vision 7

 

  • Des femmes libres
sb-b-begijnhof-2 Hadewich

Plan du béguinage de Courtrai (1644)

Elles pouvaient entrer et sortir librement de la communauté. Cela choquait à l’époque où le cloître était vu comme la seule voie religieuse pour les femmes.

Quand elles se regroupaient en béguinage, elles élisaient une « Grande Dame », élue pour quelques années, qui n’était pas leur supérieure, mais la garante du respect de chacune et de l’esprit commun du béguinage. C’est une forme d’autogestion féminine inédite. De même, chaque béguinage édicte ses propres règles, toujours modifiables. Rien n’est imposé : ni l’habillement, ni l’habitat. La plupart des béguines vivent seules dans une maisonnette où elles prennent leur repas.

On verrait aujourd’hui dans cette égalité entre béguines l’amorce de la Réforme, ou de Vatican II, reconnaissant l’égale dignité de tous les baptisés.

 

  • Des femmes qui pratiquent l’enseignement et la direction spirituelle

ob_fa6089_marie-d-oignies PentecôteL’accès à la Bible, à l’écriture, à l’homélie, à l’enseignement était réservé aux hommes, aux clercs religieux. Qu’à cela ne tienne ! Les béguines vont commenter la Bible en racontant leur expérience spirituelle. Leurs écrits seront largement diffusés et toucheront une audience considérable. Ce seront la plupart du temps le Cantique des cantiques, les psaumes et autres passages « amoureux » qui seront l’objet de leurs interprétations enflammées. Ainsi, à côté de l’enseignement hiérarchique officiel, elles popularisent une lecture des Écritures à la fois simple et profonde, accessible à tous.

 

Outre leur engagement spirituel, de nombreuses Béguines étaient également impliquées dans des activités éducatives et sociales. Elles enseignaient dans des écoles ou dans des institutions de charité, comme les hôpitaux, où elles prenaient en charge les malades, les pauvres et les démunis. Les Béguines ont joué un rôle clé dans l’éducation des jeunes enfants, particulièrement des filles. Elles leur enseignaient non seulement des matières religieuses (lecture des Écritures, prières) mais aussi des compétences pratiques comme le tricot, la couture, et d’autres métiers artisanaux. Cela leur permettait d’avoir une certaine autonomie économique tout en restant ancrées dans une vie religieuse. Les Béguines prêchaient également à travers leurs actions sociales, en apportant une assistance spirituelle et matérielle à ceux qui en avaient besoin. Leur engagement dans les œuvres de charité et leur travail auprès des malades, des pauvres et des marginaux étaient considérés comme une forme de prédication vivante reconnue de tous.

 

En recevant d’autres béguines pour s’entretenir avec elles, en leur écrivant régulièrement, elles pratiqueront un accompagnement spirituel authentique, non sacramentel. On redécouvre aujourd’hui que l’accompagnement spirituel est un charisme non lié à l’ordination. Des mouvements comme CVX (Communautés de Vie chrétienne) ou les Foccolaris et même des diocèses développent cet accompagnement spirituel par des laïcs, en formant et supervisant ceux et celles qui ont reçu de l’Esprit Saint cette capacité, ce charisme.

 

  • Vacuité et détachement

Détachées, les béguines l’étaient d’abord matériellement : en menant une vie simple, consacrée aux pauvres et à la prière. Elles l’étaient aussi spirituellement, développant une mystique de l’abandon qui passe par la radicale désappropriation de soi. Le pur amour qu’elles désiraient est gratuit, désintéressé, « pour rien ». Ainsi Marguerite Porete, dans Le miroir des âmes simples (chapitre 118) :

Couverture du livre Le Miroir des âmes simples et anéanties« Cette âme est si unie à Dieu qu’elle ne peut plus agir que par Lui.

Elle ne cherche plus son salut, car elle est au-delà de la crainte et du désir.

Elle ne prie plus, car elle ne veut plus rien ;

elle ne jeûne plus, car elle n’a plus de volonté propre ;

elle ne fait plus d’œuvres bonnes, car c’est Dieu seul qui agit en elle.

Elle est devenue un miroir, clair et pur,

dans lequel Dieu contemple son Image.

Cette âme est devenue si libre qu’elle ne veut rien,

car elle n’a rien,

et elle n’a rien, car elle ne veut rien ;

et elle ne veut rien, car elle est toute en Dieu,

et Dieu est tout en elle.

Elle vit sans pourquoi. »

 

Ce détachement (que Maître Eckhart appellera plus tard abgelassenheit) va jusqu’à l’union à Dieu, la divinisation, dès maintenant :

« L’Amour est si puissant qu’il rend semblables ceux qui l’aiment.

En l’Amour, je suis devenue Dieu, et Dieu est devenu moi,

car l’Amour unit sans séparation,

et fait perdre toute distinction.

Là, l’âme est plus qu’âme : elle est Dieu par participation. »

Hadewijch d’Anvers, Lettre 29

 

Amour est tout - poèmes strophiques - 1« Ce que l’Amour a de plus doux, ce sont ses violences ; 

son abîme insondable est sa forme la plus belle ; 

se perdre en lui, c’est atteindre le but ; 

être affamé de lui c’est se nourrir et se délecter ; 

l’inquiétude d’amour est un état sûr ; 

sa blessure la plus grave est un baume souverain ; 

languir de lui est notre vigueur ; 

c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir ; 

s’il fait souffrir, il donne pure santé ; s’il se cache, il nous dévoile ses secrets ; 

c’est en se refusant qu’il se livre ; 

il est sans rime ni raison et c’est sa poésie ; 

en nous captivant il nous libère ; 

ses coups les plus durs sont ses plus douces consolations ; 

s’il nous prend tout, quel bénéfice ! 

C’est lorsqu’il s’en va qu’il nous est le plus proche ; 

son silence le plus profond est son chant le plus haut ; 

sa pire colère est sa plus gracieuse récompense ; 

sa menace nous rassure et sa tristesse console de tous les chagrins : 

ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable. »

Hadewijch d’Anvers, Poèmes spirituels.

 

Hadewijch exprime ici une mystique de l’union totale avec Dieu, dans un langage d’amour extrême, presque nuptial. Elle annonce ce que dira plus tard Jean de la Croix, mais dans une voix féminine, passionnée, audacieuse. L’âme, dans son abandon total, devient « Dieu par participation » — une affirmation très forte à l’époque !

En se « vidant » de toute volonté propre, l’âme béguine laisse Dieu s’unir à elle. Le pèlerin chérubinique (1657) d’Angelus Silesius se reprendra ce thème de la gratuité absolue : « La rose est sans pourquoi »

 

  • Un christianisme de gloire

Hadewijch d'AnversLoin de tout dolorisme et de l’obsession du péché qui prévalaient à l’époque, la spiritualité des béguines est tout entière orientée vers la divinisation, la participation à la gloire de Dieu. Avec la grande peste qui a décimé un tiers de la population européenne, les églises résonnaient au XIV° siècle de danses macabres, requiems, funérailles et autres imprécations sur le péché et l’enfer et le jugement dernier. Rien de tout cela chez les béguines : tout à leur union amoureuse avec Dieu, elles exaltaient la beauté, la profondeur, l’infini de l’amour divin. Leur Dieu était un Christ de gloire plus qu’un Jésus crucifié. Leur espérance était d’anticiper la divinisation promise plutôt que d’échapper à l’enfer, après la mort. Pour elles, le but (devenir Dieu en Dieu) importait plus que les dangers (le péché). « Être sauvée » pour elles signifiait : être tendues en avant, sans se retourner.

Jacques de Vitry décrit ainsi Marie d’Oignies :

« Elle portait en son âme, comme dans un sanctuaire secret, la présence du Très-Haut.

Là, dans le silence profond de son cœur, la lumière divine l’embrasait. 

Marie était souvent ravie en contemplation, et ses yeux se remplissaient de larmes, non de tristesse, mais d’un amour si ardent qu’elle sentait Dieu vivant en elle. 

Elle disait parfois, en soupirant doucement : « Mon âme est le trône du Bien-Aimé ; Il y repose, et moi je L’adore » » [2].

 

Les théologiens se focalisaient sur les entraves au salut (être sauvé du péché) alors que les béguines cherchaient le fruit du salut (être unie à Dieu).

On retrouve un écho de cette tension dans la controverse qui opposa Jean Duns Scot et Thomas d’Aquin au XIII° siècle sur les raisons de l’Incarnation : Thomas soutenait que le Verbe s’est fait homme pour nous libérer du péché. Duns Scot affirmait que c’était d’abord pour nous diviniser, et que le péché n’était qu’un obstacle au cours de route, secondaire. C’est Thomas d’Aquin qui est passé à la postérité… Il faudra attendre Vatican II pour réhabiliter la vision positive et « optimiste » de Duns Scot.

« Quand l’âme est anéantie…, quand elle est engloutie et réduite à rien.., elle devient avec Dieu totalement cela même qu’il est » (Hadewijch d’Anvers)

L’Orient – lui – n’a jamais perdu cette veine enthousiasmante mettant la gloire et la divinisation au cœur du salut, plus que le péché. Si on avait écouté les béguines en Occident, on n’aurait pas perdu cette approche positive de l’espérance chrétienne…

 

  • La postérité spirituelle des béguines

Contemporaines à leurs débuts de François d’Assise, les béguines ont popularisé au Nord de l’Europe des inspirations semblables à celle du Poverello : une vie simple et fraternelle, un retour à l’Évangile, une communauté entre égaux, une pauvreté extérieure et intérieure, un élan missionnaire…

 

Maitre Eckhart et les beguinesEnsuite, la mystique rhénane (Eckhart, Tauler, Suso) du XIV° siècle sera grandement influencée par l’expérience béguine. Détachement, abandon, vacuité, désintéressement, naissance de Dieu en l’âme… : tous ces thèmes développés par Eckhart avec un fort appareil philosophique et théologique furent d’abord des récits qu’il a entendus de la bouche des béguines qu’il connaissait, visitait, écoutait.

 

Ensuite encore, la Réforme issue de Luther au XVI° siècle remettra en avant des intuitions béguines : égalité de tous les baptisés, prédication et sacerdoce universel, cure d’âme, gratuité absolue du salut etc. Si l’Église d’Occident n’avait pas perdu l’héritage des béguines, elle aurait pu s’épargner bien des déchirures d’une Réforme qui était en germe dans l’expérience mystique de ces femmes humbles et ardentes.

 

Angelus Silesius reprendra le fil de la mystique du désintéressement au XVI° siècle. Mais la Contre-Réforme dominante étouffera sa voix.

 

Au XX° siècle, dans l’élan de Vatican II, des formes de vie nouvelle mêlant laïcs et clercs  ont remis à l’honneur des modes communautaires proches de celui des béguines. Et même la société civile s’intéresse à ce mode de vie pour pratiquer la solidarité intergénérationnelle  (habitat partagé), avec des bâtiments et lieux de vie s’inspirant des béguinages.

 

Que la Pentecôte béguine, qui a illuminé l’Europe du Nord de tant de figures de sainteté et semé tant de béguinages dans les villes flamandes, soit pour nous encore aujourd’hui une source d’inspiration et de renouveau !


________________________________________

[1]. Voici la liste des 13 béguinages flamands classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998 :
Grand Béguinage de Bruges / Grand Béguinage de Louvain / Petit Béguinage de Louvain / Béguinage de Gand / Ancien Béguinage Sainte-Elisabeth à Courtrai / Béguinage de Lierre / Béguinage de Malines / Petit Béguinage de Malines / Béguinage de Diest / Béguinage de Tongres / Béguinage de Turnhout / Béguinage de Dendermonde / Béguinage de Sint-Truiden.

[2]. Vita Mariae Oigniacensis, trad. libre d’après Jacques de Vitry

 

MESSE DU JOUR


Première lecture
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »


Psaume
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)

R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)


Bénis le Seigneur, ô mon âme ;

Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.


Tu reprends leur souffle, ils expirent

et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.


Gloire au Seigneur à tout jamais !

Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.


Deuxième lecture
« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17)


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains
Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.


Séquence
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen


Évangile
« L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26)
Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
Patrick BRAUD

 

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12 mai 2024

Pentecôte, où la nécessité d’une parole publique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pentecôte, ou la nécessité d’une parole publique

 

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année B 

19/05/24

 

Cf. également :

Le délai entre Pâques et Pentecôte
La séquence de Pentecôte
Pentecôte : un universel si particulier !
Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Parresia : le courage pascal 

 

Parole de DRH (chrétien)

En retraite depuis peu, l’ancien DRH d’Auchan France (35 000 salariés à l’époque) relit son parcours professionnel, depuis son premier poste d’employé en hypermarché, avec les lunettes de sa foi évangélique si importante pour lui :

Pentecôte, où la nécessité d’une parole publique dans Communauté spirituelle a75df2_53936b6e64c54cd7bd17c145616c971e~mv2« Qu’est-ce que je fais là ?

Pourquoi suis-je dans cette salle de réunion froide et sans âme, avec quinze personnes qui représentent une masse salariale considérable, à regarder poliment et sagement, assommé par des chiffres stériles et sans intérêt d’un PowerPoint, qui défilent interminablement sur cet écran géant ? Ce n’est pas possible que les grands dirigeants qui m’entourent, acceptent de passer docilement des heures à cogiter sur la baisse des charges, donc des effectifs, alors que le chiffre d’affaires va indubitablement dans le mur, en se targuant d’être tous de grands commerçants. Dire encore et redire encore qu’il faut, et comment, « supprimer des bras », oubliant que derrière « ces bras » se trouvent des êtres, des âmes et des cœurs, signifie que nous avons déjà perdu la tête ! Je n’entends plus le mot « client », je n’entends plus le mot « produit », l’esprit commerçant s’en est allé, je n’entends plus parler de la « culture d’entreprise », je n’entends plus parler du personnel comme d’une richesse…

Par le biais de ces quelques pages, j’affirme haut et fort, que l’Homme est une vraie richesse, plus que cela : la première richesse d’une entreprise ! » [1]

 

Chrétien passionné, Jean-André Laffitte a donné de la voix, à contre-courant quand il le fallait, pour défendre la dignité et les salaires des sans-grades de la Grande Distribution, le pouvoir d’achat des clients la plupart du temps très modestes. Cela l’a amené à contester publiquement le court-termisme de certains dirigeants trop centrés sur leur propre réussite, les calculs trop financiers de certains actionnaires… À force d’élever la voix, on lui a poliment demandé de partir. Ce qu’il a fait, car le grand écart est impossible à tenir longtemps dans ce cas.

Maintenant en retraite, il reprend la parole à nouveau, une parole publique, à travers ce livre-témoignage où il raconte comment sa foi évangélique a inspiré et animé ses grandes actions managériales : la Vision d’entreprise « bottom-up », le servant-leadership, le partage du pouvoir/savoir/avoir, la valorisation du capital humain, « l’entreprise libérée » etc.

 

C’est qu’il arrive toujours un moment où l’on ne peut plus se taire, sauf à enfouir sa foi au fond d’une dévotion si privée qu’elle sera privée … d’effets !

Comment ne pas rattacher cette parole publique à celle de Pentecôte que nous venons d’écouter dans la première lecture (Ac 2,1-11) ?

 

Pentecôte : un temps pour parler

CD S'ils se taisent... Les pierres crieront !Impossible de se taire en effet depuis Pentecôte. 

Avant, les disciples ont peur, confinés au cénacle. Après, ils s’exposent aux yeux de tous les pèlerins venus à Jérusalem. 

Avant, ils ont peur : des juifs, des romains, d’eux-mêmes. Après, ils bravent les interdictions officielles et haranguent les foules. 

Avant, c’est encore un groupe nationaliste juif qui croit avoir trouvé le Messie. Après, c’est une Église catholique (= universelle) qui parle toutes les langues de la terre et s’adresse à toutes les cultures comme en témoigne la liste bigarrée des nations présentes à Jérusalem ce jour-là.

L’Ancien Testament dit avec sagesse : « il y a un temps pour parler et un temps pour se taire » (Qo 3,7). Pentecôte est visiblement le temps de la parole publique, forte, confiante, exprimée avec assurance et courage (parresia en grec).

Il n’est pas facile de discerner quand c’est le moment de parler, et quand il faut se taire. C’est l’Esprit de Pentecôte qui le souffle à notre esprit.

 

On a trop souvent – à raison – reproché aux Églises leur silence devant les génocides en cours, ou devant l’exploitation coloniale, l’instrumentalisation du nom de Dieu par les puissants etc. Se taire dans ces situations revient à être complice.

Pourtant Jean-Paul II a osé lancer son célèbre : « N’ayez pas peur ! » à la face des régimes communistes de l’époque. Pourtant les chrétiens continuent de dénoncer la banalisation de l’IVG (1 grossesse sur 4 en France) même lorsque l’opinion majoritaire les taxe de réactionnaires. Pourtant le pape François crie haut et fort pour une politique migratoire digne et respectueuse etc.

Voilà. Il y a des sujets et des moments où il faut parler, au nom de notre foi. Sinon, notre silence annulerait Pentecôte. « Si eux se taisent, les pierres crieront ! » (Lc 19,40).

 

Mais au fait, qui prend la parole en public sous l’inspiration de l’Esprit Saint ?

 

Qui parle à Pentecôte ?

Revenons à notre récit des Actes des apôtres. Ils sont là « tous ensemble » (Ac 2,1) : « hommes et femmes » (Ac 1,14), Les Douze et les autres disciples reçoivent l’Esprit, pas seulement les Douze. Tous seront dehors pour proclamer les merveilles de Dieu dans la langue maternelle de chacun.

La première prise de parole publique de Pentecôte est donc communautaire. C’est l’accomplissement de la prophétie de Joël : « Je répandrai mon Esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes je répandrai mon esprit en ces jours-là » (Jl 3,1-2).

Ce premier niveau communautaire est aussi celui de la présence du Christ : « là où deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux » (Mt 18,20). C’est encore le niveau où s’exerce le pouvoir des clés (qui n’est pas réservé à Pierre seul) : « Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18,18-19).

 

De nos jours, les chrétiens continuent à s’exprimer publiquement, par le biais de l’apostolat des laïcs notamment, sans passer obligatoirement par la hiérarchie. Penser à l’influence réelle que possède le quotidien La Croix, dont les journalistes exercent en toute responsabilité le charisme de prophétie de l’Esprit de leur baptême. Car la prophétie biblique n’est pas la prédiction future, mais le discernement de ce qui est en jeu dans le présent. Le journal la Croix s’y exerce chaque jour. Pensez également aux prises de parole des Semaines Sociales de France, des EDC, MCC, JOC, JIC, du Secours Catholique etc.

 

Après ce niveau communautaire, vient ensuite le groupe des Douze (Ac 2,14) qui visiblement est là comme un collège constitué, à la fois distinct de l’assemblée-Église et au cœur de celle-ci, pas séparé. Ce groupe aussi prendra part comme tel aux grandes décisions de l’Église à venir (Ac 15). C’est le niveau collégial de la parole d’Église.

 

Après tous et les Douze, vient enfin Pierre, debout au milieu des Douze. Il se risque devant tous à un long discours pour expliquer ce qui est en train de se passer. Son argumentation est solide. Il la prononce avec autorité. On l’écoute. La petite communauté des premiers chrétiens se reconnaît en lui. Et la foule des craignant-Dieu réunis à Jérusalem pour la Pentecôte juive (Shavouot) est subjuguée par son exhortation au point de vouloir rejoindre l’Église naissante. C’est le niveau personnel de la parole d’Église.

 

On a donc trois niveaux qui s’articulent et font système dans cette parole publique de Pentecôte : le communautaire (tous ensemble) / le collégial (les Douze) / le personnel  (Pierre). C’est la structure-type de la parole ecclésiale, que nous devons pratiquer encore aujourd’hui.
Une parole qui n’est pas portée par tous sera vite abandonnée (cf. par exemple la position officielle du Magistère sur la contraception, largement délaissée par le peuple catholique).
Une parole qui n’est pas mûrie avec l’aide d’un collège de responsables (synode, concile, conseils en tous genres) dérive facilement vers le populisme et l’alignement sur l’air du temps, ou vers l’autoritarisme d’un seul.
Une parole qui ne s’incarne pas en un visage, un nom, une personnalité, deviendrait rapidement une idéologie, un système politique, une de ces ‘pensées en isme’ qui ont déjà fait tant de ravages et apporté tant de malheur aux siècles derniers.

 

61qxCVzW4BL._SL1150_ Esprit dans Communauté spirituelleTous/quelques-uns/quelqu’un : ce triptyque structure la prise de parole au nom du Christ, car elle vient de l’Esprit qui est lui-même le trait d’union entre trois personnes au sein d’une communion d’amour destinée à englober toute l’humanité !

 

Un document œcuménique de 1982 exprimait avec beaucoup de justesse ce triple niveau du ministère qui s’applique également au ministère de la parole confié à l’Église dans son ensemble (il faut juste renverser l’ordre, en partant du communautaire pour aller au personnel, si l’on veut être fidèle à l’évènement de Pentecôte) :

« Le ministère ordonné devrait être exercé selon un mode personnel, collégial et communautaire

Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode personnel.
Une personne ordonnée pour proclamer l’Évangile et appeler la communauté à servir le Seigneur dans l’unité de la vie et du témoignage manifeste le plus effectivement la présence du Christ au milieu de son peuple. 

Le ministère ordonné doit être exercé selon un mode collégial, c’est-à-dire qu’il faut qu’un collège de ministres ordonnés partage la tâche de représenter les préoccupations de la communauté. 

Finalement, la relation étroite entre le ministère ordonné et la communauté doit trouver son expression dans une dimension communautaire, c’est-à-dire que l’exercice du ministère ordonné doit être enraciné dans la vie de la communauté et qu’il requiert sa participation effective dans la recherche de la volonté de Dieu et de la conduite de l’Esprit » [2].

La synodalité de l’Église, chère au Pape François, est justement l’art d’articuler ces trois niveaux de parole et d’autorité dans nos débats et décisions…

 

Mais comment prendre la parole publiquement ?

S’il faut parler publiquement au nom de notre foi, soit. Mais pour dire quoi ? De la morale ? De la compassion ? Des réflexions philosophiques ? Parler pour ne rien dire serait bien un péché contre l’Esprit de Pentecôte !

Pour répondre, regardons simplement notre texte des Actes des Apôtres. Relevons les éléments qui jalonnent et structurent le témoignage public de l’assemblée de Pentecôte.

 

– Une joie débordante

Il y a d’abord la glossolalie/xénolalie.. L’effusion de l’Esprit provoque dans l’assemblée une réaction bizarre : les membres de l’Église chantent leur joie de la résurrection, au-delà des mots. Ils se mettent à prêcher les merveilles de Dieu accomplies en Jésus, chacun dans sa langue maternelle ; ou plus mystérieusement dans une langue étrangère. Si bien qu’il y a un double effet de Pentecôte : on les croit ivres, car ils chantent des louanges inintelligibles, et on est stupéfait d’entendre leur message chacun dans sa langue maternelle, qu’on soit arabe ou crétois, égyptien ou romain !

Louer, s’émerveiller, chanter, exulter de joie est ainsi la première parole publique de Pentecôte. Tout le contraire de ‘tristes chrétiens’ ! L’Esprit de Pentecôte nous irradie de la joie de la résurrection, dès maintenant. Le premier témoignage - à l’instar du Magnificat de Marie - est de se réjouir, de tressaillir d’allégresse : au milieu des difficultés de ce monde, la victoire sur la mort acquise en Jésus transfigure déjà nos combats, nos sacrifices, nos espérances, et nous en exultons de joie !


Comment nourrissez-vous votre joie de croire / joie de vivre ?

 

– Un signe

Cette exaltation de la petite communauté intrigue la foule. Elle constitue en soi un signe, une question : sont-ils ivres ? Comment se fait-il que chacun des entendent dans sa culture, dans sa langue maternelle ?

S’appuyer sur un signe qui interroge les foules est la deuxième étape de la parole de Pentecôte. S’il n’y a pas de signe, il n’y aura pas d’attente, pas d’attention, pas de soif de comprendre. Essayez donc de catéchiser des enfants sans les captiver au départ par un jeu, un film, une actualité, un fait divers, un événement qui les marque.…

 

Quels sont les signes sur lesquels vous pouvez vous appuyer pour développer votre annonce ?

 

– Interpréter le signe à la lumière des Écritures

Pierre part du signe du chant en langues et l’interprète en y voyant l’accomplissement de la prophétie de Joël, ce qui lui permet ensuite de revisiter les Écritures en dévoilant le filigrane qu’elles portent en elle : la résurrection de Jésus.

Impossible d’annoncer le Ressuscité sans ouvrir la Bible ! On le sait bien dans les groupes de catéchuménat des adultes : lire la Bible avec le regard neuf des catéchumènes est d’une densité humaine et spirituelle extraordinaire !

En ce sens, faire chaque année ce parcours biblique avec les 7 000 baptisés de Pâques est une chance pour revitaliser notre vieille Église française.

 

Ajoutons que cette catéchèse biblique est à chaque fois inculturée : chacun dans sa langue/culture maternelle doit pouvoir entendre l’Évangile et le comprendre

La vingtaine de kérygmes (= annonces explicites du Christ ressuscité) dans le livre des Actes montre que l’argumentation, le style, les mots et le ton employés tiennent compte à chaque fois du public à qui l’on s’adresse. Si elle puise dans le génie d’un peuple, l’annonce de l’Évangile sera entendue et portera du fruit. Si au contraire elle est plaquée de l’extérieur, elle ne sera qu’un vernis passager se délitant bien vite. La sociologue Danièle Hervieu-Léger diagnostique de façon terrible que l’exculturation du christianisme en France est sans doute le plus grave des dangers qui nous menace [3].


Comment avez-vous recours à la Bible pour éclairer les interrogations de vos proches ?

 

Peinture de la prédication de saint Pierre à Jérusalem par Charles Poërson– Une annonce explicite

C’est la pointe du discours de Pierre : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié » (Ac 2,36). On peut passer des heures à déblayer le terrain pour quelqu’un qui ignore tout de Jésus. Vient un moment où il faut aller droit au but, au cœur de la foi. Nous n’annonçons pas une morale, une doctrine, un système politique, une institution, mais quelqu’un : Jésus le vivant. Tout élan missionnaire qui ne se centrerait pas tôt ou tard sur cette annonce kérygmatique deviendrait du bavardage.

 

– Un appel à la conversion

Pierre annonce que le pardon est offert dans la Pâque de Jésus. Croire en lui, c’est adhérer  à sa personne, se tourner vers lui, en se détournant des idoles qui jusque-là nous faisaient courir à leur suite.

 

– Un appel à la vie ecclésiale/sacramentelle

Rejoindre l’assemblée-Église est la conséquence logique de la conversion. Impossible de devenir chrétien tout seul, même devant son écran. Le baptême est l’incorporation à une communauté nous somme membres les uns des autres.

 

– Un appel à une vie éthique

La dernière étape de la parole publique de Pentecôte est l’appel à changer nos  comportements, pour mettre notre vie en accord avec notre foi. L’éthique chrétienne est intimement liée à l’Esprit de Pentecôte qui devient notre boussole intérieure pour discerner ce qui est cohérent avec la résurrection de Jésus, et ce qui ne l’est pas. Rappelons que c’est une éthique de réponse (au don reçu par la foi, le baptême, les Écritures, l’Église) et non pas une éthique de préalable (liste de conditions nécessaires pour ‘mériter’ le titre de chrétien).

 

Lorsque nous devrons prendre la parole en public pour témoigner de notre foi, souvenons-nous du discours de Pierre :

- sur quels signes m’appuyer ?

- comment l’interpréter avec l’aide de la Bible ?

- annoncer explicitement la résurrection de Jésus, dans la culture de l’autre

– appeler la conversion au Christ (pas à une institution ou autre)

– appeler à rejoindre une communauté locale, et y accueillir chaleureusement les ‘nouveaux’

– chercher ensemble à quelles conversions éthiques la vie nouvelle de Pâques nous appelle.

 

Qu’en tout cela l’Esprit de Pentecôte nous aide et nous conduise !

___________________________________________________

[1]. Jean-André LAFFITTE, Le Capital, c’est l’humain ; l’humain est Capital, 2024.

[2]. Document œcuménique Baptême-Eucharistie-Ministère, n° 26, 1982.

[3]. Danièle Hervieu-Léger, Catholicisme français : la fin d’un monde, Bayard, 2003.

 

 

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »
 
PSAUME
(103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! (cf. 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.


DEUXIÈME LECTURE
« Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

SÉQUENCE
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE
« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)
Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

 

 

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