L'homelie du dimanche

2 juin 2019

Les langues de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les langues de Pentecôte

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année C
09/06/2019

Cf. également :

Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Lorsque la langue menait en enfer…

KTD16 langue 5Nos cathédrales romanes fourmillent de détails qui donnent à penser. Arrêtez-vous un jour de devant celle d’Angoulême, dont la splendide façade est un livre ouvert guidant le lecteur vers le retour du Christ en gloire. Vous lirez dans la première ligne horizontale des sculptures l’évocation du paradis, avec les apôtres et les médaillons des bienheureux. Dans la seconde ligne horizontale de la façade, vous verrez danser de joie ceux qui sont promis à les rejoindre, vision optimiste du purgatoire.

Du coup, vous chercherez logiquement où est évoqué l’enfer. C’est alors que vous remarquerez les deux damnés de droite et de gauche. De fait, l’évocation de l’enfer existe bien, comme possibilité tragique pour la liberté humaine de refuser la vie divine qui lui est offerte. Mais la cathédrale d’Angoulême traite l’enfer de façon « périphérique » pourrait-on dire. Deux damnés – et deux seulement, alors que les élus étaient symboliquement innombrables (cf. les séries de 10, 6, 5 médaillons) – sont sculptés à l’extrême droite et à l’extrême gauche de la façade. Ce n’est donc pas un thème central. C’est le rappel réaliste que le beau programme d’ascension dans la gloire avec le Christ ne se fera pas sans nous.

KTD16 langue 3À y regarder de près, le supplice infligé aux deux damnés est le même : ils sont assis sur une chaise richement décorée (une curule), signe de leur statut social aisé sur terre ; un diable va leur arracher la langue avec une fourche, dans un geste où sa pince franchit la limite entre les deux sculptures (un peu comme une action qui se déroule sur deux vignettes d’une bande dessinée…). Arracher la langue de ses ennemis était une pratique cruelle assez répandue autrefois… (« La bouche du juste exprime la sagesse, la langue perverse sera coupée » Pr 10,31).

C’est le péché de la langue qui a été choisi pour figurer l’enfer.
Pas le péché de l’argent, ou de la luxure, ou du pouvoir : le péché de la langue !

Car au 12° siècle, on est très sensible au mal que peut faire la langue humaine : calomnier, mépriser, humilier, se vanter, mentir, détruire… Les théologiens publient nombre d’ouvrages sur les usages de la langue qui peuvent mal se terminer… Finalement, ce supplice de l’enfer comme conséquence d’une langue mal pendue est très actuel ! Le message est clair : attention à ce que vous dites, à vos paroles, aux rumeurs que vous propagez, aux mots que vous employez pour les autres. « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous », avait prévenu Jésus… (Lc 6,38)

Les péchés de la langue étaient bien connus au Moyen Âge, et redoutés parmi les plus néfastes. La Bible les décrit sous toutes les coutures, à travers les 200 usages du mot « langue » qu’on y trouve : mensonge, hypocrisie, calomnies, insultes, arrogance, orgueil, destruction, haine, jalousie etc. La langue comme organe peut diviser et tuer ; la langue comme système d’expression peut conduire à l’idolâtrie comme pour la tour de Babel, et à la rivalité entre les peuples. « Bien des gens sont tombés par l’épée, mais beaucoup plus ont péri par la langue » (Si 28,18).

En même temps, la langue comme organe est capable de proclamer les louanges de Dieu, de prononcer la bénédiction sur le frère, sur les aliments ou la Création. Elle témoigne de la vérité, chante les psaumes, proclame que « Jésus est Seigneur » (Rm 8) et livre à l’autre les déclarations d’amour du Cantique des cantiques.

La langue comme culture est épousée par Dieu qui ne craint pas de graver la Torah en hébreu sur les deux tables de la Loi, de se faire appeler Yeshoua (Dieu sauve), en attendant d’emprunter les mots de la philosophie dans les premiers conciles.

LOMBARDGLOSSOLALIE0003En français, les expressions sont nombreuses qui détaillent les dangers de la langue : avoir la langue bien pendue est la marque des commères, être une langue de vipère caractérise les calomniateurs. On se méfie des beaux parleurs, des promesses en l’air. On se souvient du terrible pouvoir hypnotique sur les foules de la voix d’Hitler à Nuremberg ou à la radio allemande. On sait que les mots prononcés peuvent être plus meurtriers que les balles et causer plus de dégâts que les bombes. Mais prendre langue avec quelqu’un est l’amorce d’une relation.

Aujourd’hui, la langue c’est également le clavier, capable de répandre fake news et harcèlement à travers les réseaux sociaux, et capable de briser l’isolement et la censure.

Bref, la langue est ambivalente, aussi bien comme organe que comme culture. « Mort et vie sont au pouvoir de la langue, ceux qui la chérissent mangeront de son fruit » (Pr 18,21).

Capable du pire et du meilleur, elle a besoin d’une conversion radicale pour servir le bien, ainsi que le résume saint Jacques dans sa lettre :

« La langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt ! La langue aussi est un feu; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. Toutes les espèces de bêtes et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, sont domptées et ont été domptées par la nature humaine ; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer; elle est pleine d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi. » (Jc 3, 510)

« Si quelqu’un s’imagine être religieux sans mettre un frein à sa langue, il trompe son propre cœur, sa religion est vaine. » (Jc 1,26)

 

Les langues de Pentecôte

C’est le programme de la Pentecôte chrétienne : conjurer les péchés de la langue en la mettant - organe et culture - au service de la communion réalisée par l’Esprit Saint. Le discours de Pierre et des apôtres s’adressant à chaque peuple présent à Jérusalem ce jour-là accomplit la bénédiction de Babel, où Dieu accordait la diversité des langues à l’humanité pour la protéger de la tentation suicidaire de se faire l’égale de Dieu à nouveau. Dieu amorçait ainsi une communion des peuples à partir de la diversité des langues et non sans elle. Parler en langues étrangères (xénolalie en grec) est à Pentecôte le don de l’Esprit Saint à l’Église pour vivre de la même communion d’échange que celle qui existe au sein de Dieu Trinité. Déjà, l’écriteau de la croix du Christ avait été rédigé en trois langues : l’hébreu pour l’inscription locale dans la culture particulière des juifs ; le latin pour la diffusion du christianisme dans l’empire, son administration, son réseau commercial et politique ; le grec pour son rayonnement intellectuel dans le monde des idées, de l’art, de la pensée.

INRI

Malgré son caractère apparemment limité à la petite géographie de Galilée et de Judée, l’inscription « Jésus de Nazareth roi des juifs » (INRI) en trois langues (Jn 19, 19-20) était déjà une Pentecôte, ouvrant l’événement du Golgotha à l’universel, en assumant la particularité de toutes les langues. À l’inverse du Coran qui sacralise l’arabe (soi-disant parlé par Dieu lui-même à Mohamed), ni l’Ancien Testament (avec sa traduction grecque des Septante), ni le Nouveau Testament n’ont jamais enfermé la révélation dans une langue unique. Au contraire, le génie propre à chaque langue a enrichi à chaque traduction le donné révélé d’harmoniques infinies.

Les langues de Pentecôte dans Communauté spirituelle F-HamonÀ côté de ce phénomène de xénolalie qui caractérise Pentecôte, nous trouvons également une autre manifestation de l’Esprit Saint bien connue des pentecôtistes et autres Églises charismatiques : la glossolalie, c’est-à-dire le parler (ou plutôt le chanter) en langues. Il ne s’agit pas ici de parler en langues étrangères, mais dans la langue de Dieu pourrait-on dire en suivant saint Paul qui on parle longuement dans sa première lettre aux corinthiens : au-delà des mots, dans la pure louange de Celui qui est au-delà de tout, au-delà du langage. Un métalangage en quelque sorte qui n’est pas fait pour communiquer entre nous (à la différence du don de prophétie) mais pour nous tourner vers Dieu et en Dieu. Cela se traduit par un doux concert de murmures, de syllabes, d’onomatopées, de lignes mélodiques émergeant de l’assemblée en prière comme s’il y avait un chef d’orchestre invisible interprétant une partition non écrite. Un scat de Pentecôte en quelque sorte, une forme de transe ou d’extase dans un esprit de gratuité et de joie débordante, sans aucun aspect magique où l’on chercherait à avoir prise sur le divin pour l’utiliser. C’est ce concert littéralement inouï et surprenant que certains pèlerins de Jérusalem ont pris pour de l’ivresse : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). Ils n’auraient pas dit cela s’ils avaient entendu leur langue maternelle.

Les deux phénomènes (xénolalie et glossolalie) ont donc été rassemblés, soudés l’un à l’autre en un seul pour donner plus de force à l’événement de Pentecôte. Mais on ne peut nier que le chanter en langues fut un signe majeur de la venue de l’Esprit Saint, car on le retrouve plus loin dans les Actes des apôtres comme la preuve indiscutable de cette venue sur le centurion Corneille (Pierre l’atteste en Ac 10,46) et sur une douzaine de disciples à Éphèse (Paul l’atteste en Ac 19,6). Pierre et Paul s’appuieront sur ces deux Pentecôtes ultérieures pour élargir le baptême à tous les peuples sans restriction aucune.

 

Du buisson ardent aux langues de feu

Pentecost1La louange et l’universel : les langues de Pentecôte mettent cela au cœur du message chrétien, comme des effets de la résurrection de Jésus. Et c’est déjà beaucoup. Mais il y a plus encore : des langues comme du feu se posaient sur la tête de chacun, dit le texte. Les icônes orthodoxes officielles le traduisent par des flammèches brûlant dans les auréoles au-dessus des Onze (+ Marie ?).

En français, on utilise cette image lorsque le feu lèche une construction (l’incendie du toit de Notre-Dame de Paris nous l’a rappelé). La comparaison ajoute de la violence de la force au phénomène évoqué, qui devient aussi puissant qu’un incendie et se propage à la même vitesse qu’un feu de forêt l’été dans une pinède desséchée. Un peu comme on dit d’Usain Bolt qu’il a des jambes de feu, alors que le forçat avance avec des pieds de plomb…

En fait, lorsque les apôtres ont vu cette traînée de poudre embraser la foule de Jérusalem sous l’action de l’Esprit Saint, ils ont instinctivement dû penser… au buisson ardent. Comme lui, les Onze puis la foule prennent feu inexplicablement ; comme lui ils brûlent d’amour sans se consumer ; comme lui ils sont l’humble signe par leurs visages transfigurés de la libération accordée à tous.

On peut reprendre les multiples interprétations symboliques du buisson ardent pour développer les dimensions de Pentecôte correspondantes :

Buisson ardent- Le groupe des onze de Pentecôte est à l’image du buisson un symbole de l’humilité qui doit constituer l’Église. Car ce ne sont pas des sages, ni des savants, ni des puissants, ni des gens connus, ni des religieux : ce sont de simples pêcheurs ou fonctionnaires venant de la périphérie du royaume. Comme le buisson était un simple épineux à ras du sol.

- Le buisson ne se consumant pas symbolisait l’existence éternelle d’Israël, que rien ne pourra détruire, pas même le feu des fours crématoires de la Shoah. Les langues de feu de Pentecôte annoncent que l’Église également ne sera jamais détruite dans son œuvre d’évangélisation : « les portes de la mort ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16,18).

- Un buisson ne porte pas de fruits, seulement des épines sur une terre désolée. En brûlant du ‘feu de Dieu’ le buisson fera porter à Moïse des fruits immenses de libération et de service du vrai Dieu. Le petit groupe de Pentecôte n’avait pas d’argent ni les honneurs de la société, mais en accueillant l’Esprit Saint, ils sont promis à une fécondité extraordinaire, universelle, que rien ne laissait présager selon les critères humains habituels.

- Le buisson ardent de Moïse symbolisait le don de la Torah au peuple, protectrice comme les haies d’épineux au désert, et brûlante au cœur de chacun. Les flammes de feu de Pentecôte symbolisent le don de l’Esprit Saint à l’Église, la conduisant sur les chemins de sa mission, le cœur brûlant comme sur le chemin d’Emmaüs.

- Les langues de feu nécessitent la même curiosité spirituelle que le buisson ardent : il faut faire un détour pour les observer et se laisser dérouter. Il revient à l’Église de continuer à poser ces signes qui intriguent, qui interrogent et détournent nos concitoyens de leur chemin ordinaire en sollicitant leur curiosité spirituelle. Comme Moïse, les pèlerins de Jérusalem font le détour pour voir ce phénomène étrange qu’est la sobre ivresse de l’Esprit faisant exulter un petit groupe de pêcheurs judéens.

- Comme le buisson ardent envoyant Moïse à son peuple, la flamboyante Pentecôte fait de chacun un missionnaire dans sa culture et dans sa langue.

Devenir comme un buisson ardent est le fruit de l’Esprit de Pentecôte. C’est à la fois un phénomène politique : s’engager avec Dieu pour la libération de son peuple, et une expérience mystique : être transporté en Dieu, le laisser devenir notre identité la plus intime. Loin d’être un feu dévorant ou destructeur, l’effusion de l’Esprit de Pentecôte est un feu personnalisant : plus l’Esprit m’unit à Dieu, plus je deviens moi-même, de manière singulière (cf. le rôle de chacun des Onze) et particulière (cf. la langue étrangère différente parlée par chacun), ouverte sur l’universel.

Les deux dimensions vont ensemble : pas de dynamisme missionnaire sans expérience mystique (être brûlé par l’Écriture, embrasé de l’amour de Dieu, exulter de louange etc.) ; pas de spiritualité authentique sans prise en charge des conséquences politiques, sociales et économiques de l’évangélisation à travers toutes les frontières.

 

MESSE DU JOUR

Première lecture
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Psaume
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia !
(cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

Deuxième lecture
« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Séquence

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen

Évangile

« L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26)
Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
Patrick BRAUD

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14 mai 2018

Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel


Homélie pour la fête de Pentecôte / Année B
13/05/18

 cf. également :

La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre

 

Pharmacie

- Enlève ta main, malheureux ! Tu vas te faire du mal !

Le gamin avait escaladé le tabouret et tendait les mains vers l’armoire à pharmacie, en visant le flacon d’éther qui l’attirait sans savoir pourquoi. Surpris, il dégringole de son échafaudage improvisé et court se réfugier dans sa chambre. Ce n’est que plus tard, bien plus tard, qu’il comprit l’avertissement parental et l’interdiction qui s’en était suivie : pas touche à ces produits dangereux !

Il nous arrive ainsi, par ignorance ou par dépit, d’avoir de ces envies soudaines extrêmement périlleuses et d’autant plus attirantes. Cela frôle parfois la tentation suicidaire (cf. les addictions aux drogues diverses). S’il n’y a pas la voix adulte pour énoncer l’interdit et protéger l’enfant malgré lui, l’expérience peut vite tourner très mal.

C’est un peu ce que Dieu fait à Babel en intervenant avant qu’il ne soit trop tard, avant que les hommes ne se détruisent eux-mêmes en construisant cette tour. Car vouloir être comme des dieux en montant toujours plus haut ne peut conduire qu’à l’inhumanité des régimes totalitaires qui ont essayé cela. Des pharaons exploitant des milliers d’esclaves pour bâtir leur demeure funéraire jusqu’aux nazis rêvant d’unifier l’Europe sous la domination aryenne, la tour de Babel symbolise toutes les tentatives de l’histoire où l’homme a voulu se faire l’égal de Dieu en imposant un pouvoir unique.

Nos manuels d’histoire sont pleins de ces tentatives finalement suicidaires.

La liturgie de Pentecôte met en parallèle les deux événements de Pentecôte et Babel. La plupart du temps, on commente en opposant les deux textes. Babel c’est une langue unique, contre plusieurs langues à Pentecôte. Un projet humain de monter par ses seules forces (symbolisé par la tour), contre un projet divin de faire descendre l’Esprit sur toute chair. Bref, Pentecôte serait l’anti-Babel par excellence.

Pentecôte, ou l'accomplissement de Babel dans Communauté spirituelle 41QXWTTMZBLPas si sûr ! L’exégète François Marty a bien montré que la dispersion des bâtisseurs de la tour, munissant désormais chaque peuple de sa langue propre, était peut-être la bénédiction accordée par Dieu à ceux qui le cherchent comme ils le peuvent.

Comme pour le gamin tenté par la pharmacie en hauteur, Dieu est obligé d’intervenir pour empêcher la catastrophe. Il introduit le pluralisme, si cher au cœur de nos démocraties occidentales, par le passage d’une langue unique aux multiples langues vernaculaires. Il introduit l’échange, le commerce, les voyages, en dispersant l’humanité en une myriade de pays et de villes, au lieu de la seule Babel. Bref, il met  de l’altérité là où l’homme voulait le régime du même [1], à ses dépens. Dieu le Tout-Autre sauve sa créature faite à son image pour vivre de l’autre et non du même. C’est pourquoi la dispersion de Babel est une bénédiction et non un châtiment. L’apparition simultanée de langues multiples est une mesure de salut, non de confusion. La multiplication des peuples, des villes, nations et cultures préserve l’humanité du stérile entre-soi.

415cLR02uSL._SX301_BO1,204,203,200_ Babel dans Communauté spirituellePentecôte apparaît alors comme le prolongement, l’accomplissement de cette bénédiction de Babel. Toutes les langues de la Terre sont parlées par les apôtres. Toutes les cultures chantent les louanges de Dieu, chacune selon son génie propre. L’Esprit Saint assure lui-même la diversité de ces langues tout en les maintenant dans l’unité. Il prolonge ainsi entre les hommes sa mission au cœur de Dieu : unir les peuples et les cultures tout en les différenciant, comme il unit le Père et le Fils, sans séparation ni confusion.

Célébrer Pentecôte nous engage donc à rompre avec la tentation du même.

Aujourd’hui, cette tentation peut prendre le visage séduisant de l’hégémonie américaine : l’anglais omniprésent, le hamburger comme plat international, l’information sur les chaînes en continu… Ou bien de l’hégémonie numérique : l’obligation d’exister sur et par les réseaux sociaux, la dépendance aux écrans… Ou bien encore les effets de mode après lesquels tout le monde se rue : telle musique, tels vêtements etc. Il n’y a pas jusqu’à la morale qui ne devienne elle aussi monolithique : la pensée unique impose d’avoir les mêmes avis préfabriqués sur les grands sujets de société, et les dissidents sont vite accusés d’anti-modernisme s’ils osent émettre d’autres avis que la position officielle.

Les chrétiens sont pentecôtistes en ce sens qu’ils ne se résoudront jamais à une unité imposée d’en haut aux dépens des libertés individuelles ou locales. Se réclamer de Pentecôte, c’est combattre le règne du même pour faire advenir celui de la communion entre pairs, différents et égaux. Accomplir Babel, c’est détruire les tours qui veulent étouffer la diversité et le pluralisme. C’est restaurer la possibilité du débat, de l’échange, de la communion, en cultivant les points de vue différents. C’est orchestrer la symphonie des cultures en l’orientant vers la louange du Créateur.

Pentecôte !

Parce que nous sommes pentecôtistes, nous ne serons jamais les serviteurs serviles d’une pensée unique, d’un régime sans opposition, d’une religion d’État sans acceptation des différences religieuses… Des rois « très chrétiens » ont cru obéir à Dieu en éliminant les pensées différentes. Des États se disent encore musulmans, ou hindous, et tolèrent à peine – sinon pas du tout – les autres religions minoritaires chez eux. Des patrons peuvent se croire tout-puissants et imposer une vision unique dans leur entreprise. Des parents seront eux-mêmes despotiques en dissuadant leurs enfants de vivre autrement qu’eux ou en excluant les déviants. Bref, il y a mille et une manières de ne pas vivre selon l’Esprit de Pentecôte…

Soyons de ceux qui combattent le règne du même, pour promouvoir une authentique communion des langues, des cultures, des modes de vie légitimement différents dans nos familles, nos entreprises, et le monde entier.

 


[1]. Dans l’identité humaine, Paul Ricœur distinguait l’ipséité (ipse= soi-même en latin) de la mêmeté (idem = identique). L’ipséité est évolutive, souple, adaptative. La mêmeté est figée, rigide, s’arc-boutant sur la tradition et l’autorité descendante. Le règne du même est meurtrier car il empêche l’ipséité de déployer tous ses possibles.

 

 

Messe de la veille au soir

Première lecture
« On l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre » (Gn 11, 1-9)

Lecture du livre de la Genèse

Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots. Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier. Ils dirent : « Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. » De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela Babel, car c’est là que le Seigneur embrouilla la langue des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre.

Psaume

(103 (104), 1-2a, 24.35c, 27-28, 29bc-30)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia !  (Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Revêtu de magnificence,
tu as pour manteau la lumière !

Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l’a fait ;
la terre s’emplit de tes biens.

Bénis le Seigneur, ô mon âme !
Tous, ils comptent sur toi
pour recevoir leur nourriture au temps voulu.

Tu donnes : eux, ils ramassent ;
tu ouvres la main : ils sont comblés.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre. 

Deuxième lecture
« L’Esprit intercède par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 22-27)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. Bien plus, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

Évangile

« Des fleuves d’eau vive couleront » (Jn 7, 37-39)
Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.  (.)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Au jour solennel où se terminait la fête des Tentes, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il ne pouvait y avoir l’Esprit, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié.
Patrick BRAUD

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29 mai 2017

La sobre ivresse de l’Esprit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La sobre ivresse de l’Esprit

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année A
04/05/17

Cf. également :

Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre

On pourrait évoquer la Pentecôte comme un feu qui brûle sans consumer, à l’image des langues de feu sur la tête des apôtres et des femmes réunis à Jérusalem (hommes et femmes ensemble reçoivent l’Esprit Saint ! : pas de discrimination sexiste dans la vie spirituelle de l’Église…)

Partons sur une autre image qui nous parle de l’Esprit : l’image de la boisson qui désaltère.

Paul nous dit : « Tous nous avons été désaltérés par l’Unique Esprit » (1Co 12,13). Arrêtons-nous plus précisément sur l’image de la boisson qui enivre, utilisée selon les Actes des Apôtres par les témoins de la scène : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). C’est la réaction de la foule qui se moque en entendant ce phénomène étrange qu’est le chant en langues (glossolalie, à ne pas confondre avec la xénolalie, c’est-à-dire parler des langues étrangères), comme on se moque trop souvent de la culture qui nous est étrangère (cf. les remarques navrantes de bien des touristes à l’étranger…), comme on traîne en dérision au début un message qui détonne dans la culture dominante. Les pèlerins venus à Jérusalem pour la fête juive entendent les apôtres chanter en langues et ils pensent que c’est l’effet de l’alcool…

Cyrille de Jérusalem prend la foule au mot :

« Oui, ils sont ivres. Mais pas du vin de Palestine. Hommes d’Israël, nous pensons avec vous que ces gens sont ivres, ce n’est pas dans le sens que vous le prenez, mais selon ce qui est dit dans l’Écriture : ‘Tu les abreuveras aux torrents de tes délices.’ Ils sont ivres d’une sobre ivresse qui tue le péché et vivifie le cœur, d’une ivresse contraire à l’ivresse corporelle. Car celle-ci fait oublier même ce que l’on sait, tandis que celle-là fait connaître ce qu’on ne sait pas. Ils sont ivres d’avoir bu le vin de la vigne mystique qui dit : ‘Je suis la vigne et vous les sarments.’ »

Voilà donc avec Cyrille de Jérusalem l’origine d’une belle expression qui a traversé les siècles : la sobre ivresse de l’Esprit.

Les spécialistes de la langue française appellent cette figure de style un oxymore, une expression qui associe deux contraires : sobriété & ivresse. C’est pour obliger les auditeurs à réfléchir: comment lever l’apparente contradiction des termes ? Comment une ivresse peut-elle être sobre ?

Cyrille nous l’a dit : l’ivresse du vin est comme le négatif de l’ivresse de l’Esprit. L’abus d’alcool provoque perte de conscience, perte de la maîtrise de soi, envol des connaissances. La plénitude de l’Esprit provoque une conscience accrue de son identité chrétienne, une nouvelle maîtrise de soi qui va jusqu’à ne plus s’appartenir, une nouvelle connaissance qui va jusqu’à parler la langue de l’autre, ou même la langue de Dieu.

Laissons Ambroise de Milan voler au secours de Cyrille de Jérusalem :

« Chaque fois que tu bois (au calice), tu reçois la rémission des péchés et tu es enivré par l’Esprit. C’est pour cela que l’Apôtre dit: ‘Ne vous enivrez pas de vin, mais emplissez-vous de l’Esprit’ (Ep 5,18). Car celui qui s’enivre de vin chancelle et titube, mais celui qui s’enivre de l’Esprit est enraciné dans le Christ. C’est donc une excellente ivresse, qui produit la sobriété de l’âme ! »

Les chrétiens de Milan font donc la même expérience que dans les Actes des Apôtres : l’Esprit Saint, tout particulièrement lorsqu’il est reçu dans les sacrements, nous donne une sorte d’ivresse qui n’a rien de désordonné ni de superficiel. Cette « sobre ivresse » nous conduit hors de nous-mêmes, hors de nos impuissances et de nos contradictions, dans un « état de grâce » où il n’y a plus de place pour les amertumes, les replis sur soi, les regrets. La sobre ivresse de l’Esprit nous conduit vers une joie profonde que nul ne peut nous ravir. L’âme est ainsi enracinée dans le Christ, enracinée dans une paix et une jubilation qui permet d’affronter avec courage les épreuves, et même les persécutions (les martyrs ont vécu et vivent encore cette ivresse spirituelle). 

Appelons Augustin en renfort de Cyrille de Jérusalem et d’Ambroise de Milan :

« L’Esprit Saint – dit-il aux nouveaux baptisés – est venu habiter en vous (c’est le jour de Pâques et ils viennent de recevoir le baptême dans la nuit pascale) : ne le laissez pas s’éloigner, gardez-vous de l’éloigner de vos cœurs. Il est un bon invité : il vous a trouvé pauvres et il vous enrichit ; il vous a trouvé affamés et il vous a rassasié; il vous a trouvé assoiffés et il vous a enivrés (…) celui qui se réjouit dans le Seigneur et chante avec une grande allégresse ne ressemble-t-il pas à quelqu’un qui est ivre ? J’aime cette ivresse ! (…) L’Esprit de Dieu est à la fois breuvage et lumière » (Sermon 225).

Dans la vie de tout baptisé, cette expérience que décrit St Augustin est possible : goûter une joie réaliste et profonde, être enraciné dans la paix même au cœur des épreuves, déborder d’action de grâce sans détourner son regard des souffrances présentes, déborder d’enthousiasme divin (en-Théo = demeurer en Dieu) qui donne la passion et le courage de transformer ce monde…

La sobre ivresse de l’Esprit peut vous tomber dessus à l’improviste : elle peut vous prendre au volant de votre voiture, devant un paysage magnifique, en revenant de la communion, en butant sur des difficultés énormes, en frémissant à une musique sublime, en pleurant de joie devant un texte de la Bible ou dans le silence de la prière… Si vous voulez une comparaison profane, allez sur Youtube écouter le scat d’Ella Fitzgerald et laissez-vous emporter par sa jubilation au-delà des mots : vous éprouverez quelque chose de ce ravissement (être ravi = être emporté au-delà) de Pentecôte. Si vous voulez entendre une trace bimillénaire de cette ivresse spirituelle, allez dans une abbaye bénédictine écouter les moines jubiler sur une seule voyelle du mot « Alléluia » pendant des minutes entières : portée par cet art du grégorien décidément très « pentecostal », votre prière vous transportera vers des délices inconnus…

 

Enivrez-vous de l’Esprit : par l’inspiration qui parcourt la Parole, par le lien fraternel dans nos assemblées, par l’accueil du Christ dans les sacrements, par toute la Création…

Aimez cette sobre ivresse spirituelle, elle vous ancrera fermement dans une joie indicible, même dans le feu de l’épreuve.

 

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

PSAUME (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! ou :Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! Que mon poème lui soit agréable ; moi, je me réjouis dans le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.  Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

SÉQUENCE

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide, baigne ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia. 

Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia. Évangile de Jésus Christ selon saint Jean C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Patrick BRAUD

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18 mai 2016

L’Esprit, vérité graduelle

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’Esprit, vérité graduelle

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année C
22/05/2016

Cf. également :

Trinité : Distinguer pour mieux unir

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Les bonheurs de Sophie

Trinité : au commencement est la relation

La Trinité en actes : le geste de paix

La Trinité et nous

Pensez-vous être parvenu à la plénitude de votre vie de couple ?
Êtes-vous à 100 % cohérent avec vos principes de vie ?
Avez-vous atteint le sommet de votre vie professionnelle, si bien qu’il n’y ait plus rien à découvrir ?

Le départ du Ressuscité et l’envoi concomitant de l’Esprit répondent à ce constat inévitable : nous sommes toujours en chemin, jamais arrivés au terme. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. » (Jn 16, 12-13)

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C’est donc qu’il y a des choses que nous n’avons pas la force de porter aujourd’hui, mais peut-être demain, avec la force de l’Esprit. C’est donc que nous habitons une région de la vérité, mais pas la vérité tout entière. Il nous faut accepter d’être conduits – pas d’y aller par nous-mêmes – par l’Esprit vers la vérité tout entière.

Qui serait alors si fanatique qu’il prétendait détenir seul la vérité, et toute la vérité ?

Qui serait assez fou pour ne pas reconnaître le chemin qu’il a encore à parcourir, guidé par l’Esprit, pour aller vers une plénitude de vérité que seule la mort nous donnera de rencontrer en personne ?

Dans la foulée de Pentecôte, le Christ avertit ses disciples qu’ils sont en chemin, qu’ils ne doivent jamais se croire arrivés au but. Ce chemin n’est ni l’erreur ni la vérité absolue, ni les ténèbres ni la pure clarté, mais cet entre-deux où le discernement spirituel tâche de reconnaître les formes de l’éternité dans les événements de nos vies. Entre chiens et loups, nous avançons, événement après événement, en déchiffrant une part de vérité, en restant aveugles sur bien d’autres…

Afficher l'image d'origineC’est ce que la théologie morale appelle la loi de gradualité : la vérité révélée en Jésus Christ ne se communique pas en une seule fois, ni totalement. Nous allons certes vers la vérité, mais graduellement, marche après marche, avec des progrès parfois spectaculaires et des régressions qui peuvent l’être tout autant.

La meilleure définition de cette loi de gradualité a été formulée par Jean-Paul II, à propos des époux dans le mariage, mais cela vaut pour tout parcours humain :
[…] Il faut une conversion continuelle, permanente, qui, tout en exigeant de se détacher intérieurement de tout mal et d’adhérer au bien dans sa plénitude, se traduit concrètement en une démarche conduisant toujours plus loin. Ainsi se développe un processus dynamique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme. C’est pourquoi un cheminement pédagogique de croissance est nécessaire pour que les fidèles, les familles et les peuples, et même la civilisation, à partir de ce qu’ils ont déjà reçu du mystère du Christ, soient patiemment conduits plus loin, jusqu’à une conscience plus riche et à une intégration plus pleine de ce mystère dans leur vie.
Familiaris Consortio n° 9, Jean-Paul II, 1981

Autrement dit, on ne peut pas tout demander tout de suite à ceux qui viennent de se marier. Il leur faudra beaucoup de joies et de peines partagées, beaucoup d’essais et d’erreurs pour grandir ensemble vers la vérité de leur amour. Même après 50 ou 70 ans de vie commune, ils n’auront jamais fini d’explorer la grandeur, la profondeur de leur relation, jusqu’à ce que la mort les sépare, et même après !

Le Pape François reprenait ce concept pour demander à l’Église d’accompagner avec patience et délicatesse les jeunes couples qui commencent souvent par cohabiter (en Occident), sans renoncer pour autant à leur proposer l’intégralité de l’idéal évangélique :

Dans ce sens, saint Jean-Paul II proposait ce qu’on appelle la ‘‘loi de gradualité’’, conscient que l’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance ». Ce n’est pas une ‘‘gradualité de la loi’’, mais une gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres de la part de sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. En effet, la loi est aussi un don de Dieu qui indique le chemin, un don pour tous sans exception qu’on peut vivre par la force de la grâce, même si chaque être humain « va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme ».
Amoris Laetitia n° 295, 2016

Ce cheminement pédagogique de croissance ne vaut pas que pour le mariage. Le Directoire Général pour la Catéchèse prend bien soin d’évoquer la pédagogie des étapes qui doit animer la proposition de la foi :

88. La foi, animée par la grâce de Dieu et alimentée par l’action de l’Église, connaît un processus de maturation. La catéchèse, au service de cette croissance, est une activité graduelle. Une catéchèse opportune se fait par degrés. […]
89. Ces étapes, pleines de la sagesse de la grande tradition catéchuménale, inspirent la gradualité de la catéchèse. […]
Celle-ci, comme accompagnement du processus de conversion, est essentiellement graduelle; et, étant au service de celui qui a décidé de suivre Jésus-Christ, elle est éminemment christocentrique.

Afficher l'image d'origineD’ailleurs, le catéchuménat des adultes est lui-même structuré autour de cette pédagogie de la progressivité :

287 Cette gradualité se perçoit aussi dans les noms que l’Église utilise pour désigner ceux qui suivent les diverses étapes du catéchuménat baptismal : « sympathisant », pour celui qui a un penchant pour la foi même s’il ne croit pas pleinement; « catéchumène » pour celui qui est fermement décidé à suivre Jésus; « élu », ou « concourant » pour celui qui est appelé à recevoir le baptême; « néophyte », pour celui qui vient de naître à la lumière grâce au baptême; « fidèle chrétien », pour celui qui atteint la maturité de la foi et qui est membre actif de la communauté chrétienne.
Directoire Général pour la Catéchèse / JP II / 15 Août 1997

« On ne naît pas chrétien, on le devient » : à cette maxime si juste de Tertullien, on pourrait rajouter qu’on le devient sans cesse, rencontre après rencontre, de sécheresse en illumination, de période de foi tranquille aux remises en question orageuses…

Comment dès lors désespérer d’un conjoint, d’un enfant, d’un collègue, sous prétexte qu’il ne serait pas encore arrivé assez haut selon votre attente ?

Comment désespérer de soi-même, puisque je suis également sur ce chemin, guidé par l’Esprit – à travers heurts, bonheurs et malheurs – vers la vérité tout entière ?

Les intransigeants sont ceux qui se croient déjà arrivés, ceux qui croient posséder la vérité. Les religieux extrémistes, quel que soit leur bannière, commettre un réel péché contre l’Esprit ! Ils figent ce qui est vivant, ils objectivent ce qui est de l’ordre de la relation, ils imposent aux autres leur part de vérité sans se laisser conduire plus avant eux-mêmes.

Pour nous conduire vers la vérité, l’Esprit du Christ fait feu de tout bois. Tantôt patiemment, imperceptiblement, comme à feu doux. Tantôt avec violence, renversant Paul sur la route de Damas ou faisant pleurer Claudel écoutant le Magnificat derrière les piliers de Notre-Dame de Paris…

Le plus difficile pour nous est de nous laisser conduire. Pierre on a fait l’expérience, lui qui croyait être l’apôtre de Jérusalem, mais qui a planté l’Eglise de Rome en mourant dans le cirque Romain du Vatican. « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller » (Jn 21,18).

Se laisser conduire vers la vérité tout entière est donc un cheminement graduel, une ascension col après col, une croisière port après port.

La gradualité nourrit notre humilité, car qui peut se dire déjà arrivé ?

La gradualité ravive en même temps notre désir, car il y a toujours à découvrir.

Que ce soit au premier emploi ou au départ en retraite, la vie professionnelle est également placée sous le signe de cette loi de la gradualité. Sans être une trajectoire linéaire, tout parcours professionnel peut devenir un « cheminement pédagogique de croissance », pour en découvrir toujours davantage sur l’être humain, sur la grandeur et la misère du travail humain, sur l’intelligence qui produit, la solidarité qui unit, l’amour d’un métier, la compétence dans un domaine puis un autre…

À y réfléchir, il n’y a pas un aspect de notre existence qui serait hors gradualité ! Même la politique, avec ses renouvellements réguliers des formes de gouvernement et de participation des peuples, est sur le chemin d’une vérité plus grande que nos seules formes démocratiques occidentales.

Découvrir la puissance de transformation qui réside dans le principe de gradualité nous invite à ne jamais absolutiser ce que nous avons seulement commencé à découvrir de la vérité d’un être, d’un métier, d’une entreprise, d’une société.

Car en christianisme, la vérité n’est pas un système de pensée, mais une personne.

La foi chrétienne n’est pas une doctrine, mais une relation de communion avec Jésus le Christ.

Ce n’est pas un ensemble de choses à croire ou à faire, mais un compagnonnage avec Celui qui est déjà sur l’autre rive, guidés par son Esprit qui devient peu à peu notre souffle, notre respiration.

Il y a bien des révélations que nous n’avons pas la force de porter aujourd’hui. Comme le plongeur remontant à la surface, il nous faut des paliers de décompression, et bien des étapes avant d’émerger enfin totalement hors de l’océan.

Afficher l'image d'origineSoyons donc humbles et patients, avec les autres et avec nous-mêmes, car le chemin n’est pas fini. Et l’Esprit de réserve bien des surprises !

Prions l’Esprit du Christ de nous guider pas à pas « vers la vérité tout entière »

 

 

1ère lecture : La Sagesse a été conçue avant l’apparition de la terre (Pr 8, 22-31)
Lecture du livre des Proverbes

Écoutez ce que déclare la Sagesse de Dieu : « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés.
Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Psaume : Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9

R/ Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par toute la terre ! (Ps 8, 2)

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
tu l’établis sur les œuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds.

Les troupeaux de bœufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

2ème lecture : Vers Dieu par le Christ dans l’amour répandu par l’Esprit (Rm 5, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Evangile : « Tout ce que possède le Père est à moi ; l’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !
Alléluia. (Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick BRAUD

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