L'homelie du dimanche

4 août 2019

Avec le temps…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Avec le temps…

Homélie pour le 19° Dimanche du temps ordinaire / Année C
11/08/2019

Cf. également :

Restez en tenue de service
Agents de service
Jesus as a servant leader
Éveiller à d’autres appétits

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
on oublie le visage et l’on oublie la voix
le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
l’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
l’autre qu’on devinait au détour d’un regard
entre les mots, entre les lignes et sous le fard
d’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
avec le temps tout s’évanouit

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
mêm’ les plus chouett’s souv’nirs ça t’as un’ de ces gueules
à la gal’rie j’farfouille dans les rayons d’la mort
le samedi soir quand la tendresse s’en va tout’ seule

Avec le temps.
Avec le temps, va, tout s’en va
l’autre à qui l’on croyait pour un rhume, pour un rien
l’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux
pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous
devant quoi l’on s’traînait comme traînent les chiens
avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
on oublie les passions et l’on oublie les voix
qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps
avec le temps, va, tout s’en va
et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
et l’on se sent glacé dans un lit de hasard
et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard
et l’on se sent floué par les années perdues- alors vraiment
avec le temps on n’aime plus

La célèbre chanson triste de Léo Ferré (1970) vient inévitablement à trotter dans la tête en entendant l’Évangile de ce dimanche (Lc 12, 32-48) :

« Si le serviteur se dit en lui-même : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. »

Jésus décrit l’effet du temps qui passe sur les serviteurs attendant le retour de leur maître. Au début on est fidèle, voire enthousiaste. Puis viennent les premières difficultés pour les chrétiens : les persécutions, les dénonciations, les trahisons, les lapsi (ceux qui renient leur baptême sous la menace du pouvoir) etc. Pire encore : avec le temps, les clercs eux-mêmes céderont aux tentations de la richesse, de l’abus de pouvoir, de la violence envers ceux qui pensent différemment etc. Les papes seront complices des pires crimes, des évêques s’enrichiront, mèneront une double vie, conduiront des croisades, des prêtres sombreront dans l’alcoolisme… On peut dire que Jésus est réaliste et par avance a averti ses disciples de la corruption généralisée qui va abîmer l’Église au cours des siècles, et les scandales actuels ne sont hélas que le prolongement de cette dégradation ecclésiale avec le temps.

Il y a d’ailleurs une analogie possible avec la dégradation de l’amour conjugal que pleurait Léo Ferré.

L'Usure du tempsAvec le temps, l’habitude et la routine s’installent entre les deux qui se découvraient avec émerveillement au début. La répétition usante de tous ces ‘comme d’habitude’ (clin d’œil à Claude François) peut lentement tuer le sentiment d’origine, un peu comme le frottement de la corde sur le rocher peut l’effilocher jusqu’à la rupture. De même, la répétition des gestes liturgiques identiques pendant des siècles peut devenir obsessionnelle, et engendrer chez les clercs un rubricisme liturgique sans âme qui fait fuir les fidèles.

Avec le temps, la tentation d’aller voir ailleurs est quasi inévitable dans un couple. D’autant plus que le doublement ou triplement de l’espérance de vie oblige à durer si longtemps ensemble qu’il est évident que l’infidélité, passagère ou durable, est hautement plus probable. Si plus d’un mariage sur deux se termine par un divorce en France, c’est bien parce que les années multiplient les occasions d’essayer d’autres partenaires, surtout si la grisaille de la routine a terni l’élan originel. De même, avec la mondialisation qui élargit l’offre religieuse, il est tentant pour les chrétiens d’aller voir ailleurs : le bouddhisme et autres philosophies orientales séduisent beaucoup les occidentaux, l’islam désormais proche devient un autre possible, l’athéisme tranquille sous sa forme de désintérêt pour l’au-delà devient la norme… Et ce d’autant plus que le christianisme souffre de sa position majoritaire voire ultra-dominante en Occident dans les siècles passés, et apparaît ainsi comme une vieille dame qui n’a plus grand-chose à offrir.

Avec le temps, les objectifs vrais de chacun dans le couple émergent, souvent incompatibles. La carrière professionnelle, le nombre et la place des enfants, la réussite sociale, amicale, associative, le rapport à l’argent, la spiritualité : si le sentiment n’a pas dès le début intégré la poursuite d’objectifs et d’activités communes, la divergence des intérêts de chacun rendra l’éloignement du cœur quasi inévitable. De même, les objectifs du Christ et ceux de l’Église connaîtront des périodes de tensions et de contradictions dramatiques. Non-violence, pauvreté, esprit de service, défense des petits, attente du Royaume de Dieu d’un côté, et exactement l’inverse de l’autre…

Tant d’autres facteurs peuvent séparer ceux qui s’aiment ! La différence de maturité, ou la maturité tardive par exemple : beaucoup ne deviennent vraiment adultes, conscients de leurs désirs et de leur personnalité, qu’après la trentaine. Or la vie en couple commence d’autant plus tôt que la maturité arrive plus tard : il est logique que les séparations soient très fréquentes dans les dix premières années de vie commune. De même, une forte proportion des nouveaux baptisés adultes abandonne en pratique l’Église dans les dix premières années après leur baptême. On pourrait citer encore le poids des familles, l’idéologie ambiante donnant tous les droits à la revendication strictement individuelle, le relativisme généralisé qui fait que tout se vaut même en matière familiale etc.

Décidément, le constat désabusé de Léo Ferré est peut-être en deçà de la réalité : avec le temps, un couple sur deux s’autodétruira, sans garantie de qualité ni de durée pour les survivants…

Il y a un petit parfum de Qohélet dans cette litanie des effets du temps sur l’amour ou sur la foi : « vanité des vanités, tout est vanité ». Pourtant, si Jésus est réaliste dans sa parabole du maître absent longtemps, ce n’est pas pour désespérer ses disciples. C’est pour les avertir : lorsque ces événements arriveront, courage, relevez la tête, ne vous laissez pas abattre !

De fait, dans l’histoire, à chaque fois que l’usure du temps a fait chuter l’Église, des réactions salutaires ont permis au Peuple de Dieu de ne pas sombrer avec l’infidélité du moment.

Le Veau d'Or : Ex 32-34- Au désert pendant l’Exode, alors que Moïse tardait à descendre de la montagne où il était parti chercher les 10 commandements (l’usure du temps), le peuple s’est fondu un veau d’or, retrouvant ainsi l’idolâtrie. Moïse, de colère, a brisé les tables de la Loi, et obligé les Hébreux à boire l’or fondu de l’idole. Mais ensuite il a intercédé pour eux et obtenu les nouvelles tables de la Loi, de faire jaillir l’eau du rocher ou de guérir des serpents grâce au serpent de bronze. Finalement, l’impatience du peuple aura engendré la tradition orale (les tables brisées), le ministère de Moïse, d’Aaron et des 70, les 40 ans de maturation au désert etc. Pas si mal !

- Israël s’est ensuite installé en Canaan en oubliant progressivement (l’effet du temps toujours) que cette terre lui avait été donnée par Dieu pour le servir. Le peuple a voulu croire que cette terre, il l’avait conquise par ses seules forces et son mérite pour s’enrichir et dominer sur ses voisins. Le conflit israélo-palestinien ne date pas de 1948…
La tentation d’être « une nation comme les autres » a fait surgir l’envie de royauté (alors que YHWH seul est roi sur Israël), d’un Temple magnifique à Jérusalem (alors que le vrai sanctuaire de Dieu, c’est nous) où l’on peut mettre la main sur Dieu grâce aux sacrifices d’animaux (or le vrai sacrifice, c’est un cœur brisé par le repentir) etc. La réaction divine à cette tentation d’installation temporelle d’Israël sur sa terre a d’abord été l’appel des prophètes qui ont osé critiquer ouvertement – à leurs dépens – les dérives royales et sacerdotales. Les livres prophétiques de la Bible témoignent de la pédagogie divine : inlassablement, il envoie ses serviteurs rappeler l’Alliance, la Torah, l’amour de Dieu. Lorsque cette litanie interminable de prophètes se révèle finalement inefficace, Dieu se résout (c’est du moins l’interprétation biblique) à la catastrophe de l’Exil à Babylone en -587, avec la déportation du roi Sédécias et la destruction du Temple de Jérusalem. Il faudra à nouveau de longues années de réflexion en exil, et des prophètes comme Isaïe ou Osée, pour que le retour devienne possible, avec une réforme religieuse de grande ampleur pour revenir à l’Alliance du Sinaï. Hélas, quelques siècles après, (l’effet du temps encore) les Romains achèveront de ruiner l’État d’Israël et disperseront le peuple dans tout l’empire.

L’histoire de l’Église (des Églises !) n’échappe pas à cette usure du temps et aux réactions salutaires qui heureusement la rénovent périodiquement.

Vieille église délabrée du 17ème siècle Banque d'images - 14204713- Dès la fin des persécutions, avec l’empereur Constantin, l’Église s’installe dans le pouvoir politique, la possession des richesses, le baptême de convenance.
Heureusement, des figures extraordinaires ont protesté contre ce glissement ecclésial vers le temporel et dénoncé ses excès. Ce sont les ermites, ceux qu’on appelle les Pères du désert : fuyant au désert en Égypte ou ailleurs, ils mènent une vie simple, pauvre, fraternelle, dans la contemplation et la louange, tout en ayant un immense rayonnement intellectuel et spirituel.

- Du III° siècle au Moyen Âge, les séparations vont se succéder, comme dans un couple moderne ! Les hérésies des premiers siècles ont largement déchiré l’unité ecclésiale du début. Le schisme Orient – Occident de 1054 aura des conséquences dramatiques pour les chrétiens d’Orient face à l’islam notamment. Le schisme d’Occident autour de Luther et de sa réforme au XVI° siècle fera couler le sang et la division dans toute l’Europe, en contradiction flagrante avec l’Évangile dont chaque Église se réclame.
Heureusement, le mouvement œcuménique né au XX° siècle entreprend de réparer patiemment ces déchirures : les excommunications réciproques sont levées, des avancées sans précédent sont conclues, du mariage mixte à une traduction commune de la Bible en passant par la reconnaissance du baptême de chaque Église etc.

Avec le temps... dans Communauté spirituelle Francois-va-224x300- Régulièrement, l’Église (les Églises) s’est assoupie au fil des siècles, s’embourbant dans l’argent, le pouvoir, le sexe. En France, l’anticléricalisme se nourrit toujours de siècles d’exploitation du peuple par les clercs, des abus de richesse et de domination de la part des évêques ou des abbés des monastères.
Heureusement, des réformateurs se sont régulièrement levés pour purifier l’Église (les Églises) en revenant à la radicalité de l’Évangile. Ainsi les béguines dans le nord de l’Europe ont inventé dès le XII° siècle une vie fraternelle dont l’indépendance féminine était novatrice. François d’Assise au XIII° siècle a été le pacificateur de l’Europe du Sud en adoucissant le capitalisme naissant grâce à ses communautés franciscaines simples et pauvres, et en prêchant le retour à l’Évangile dans une Église corrompue. Les religieuses ont anticipé le service des malades, des enfants, des vieillards que la république laïque reprendra et prolongera. Les figures de sainteté se sont multipliées, particulièrement en France, corrigeant les dérives ecclésiales grâce à leurs choix de vie évangélique, enthousiasmant des croyants comme au début de l’aventure avec le Christ.

Réparons l’Église : prenez la parole

Que retenir de cette comparaison entre l’usure de l’amour dans un couple et dans l’Église ?

1. Le premier élément encourageant est que chaque abus ou dérive a provoqué une réaction salutaire proportionnée. Soyons donc fermes dans notre foi : Dieu n’abandonne pas son peuple à ses contradictions, il l’accompagne en suscitant sans cesse les prophètes, les saints, les réformateurs dont nous avons besoin pour surmonter les crises et aller de l’avant.

2. Le deuxième élément encourageant est que le retour à l’Évangile constitue toujours l’élément structurant de la réponse à l’usure du temps. C’est en revenant à la pauvreté, la fraternité, à l’espérance incarnée par le Christ que l’Église, son épouse, a été profondément rajeunie et renouvelé lors des mues de son histoire.

Prenons ces deux points pour nous pareillement :

- ne pas douter que chaque crise due au temps qui passe (que ce soit dans le couple, la famille ou la foi) générera pour moi son antidote ;

- revenir régulièrement à l’Évangile, seul garant de la fidélité à l’amour des origines.

Alors le triste constat de Léo Ferré se changera en chant d’espoir d’Apocalypse : « un jour, Dieu sera tout en tous ».

 

Lectures de la messe

Première lecture
« En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire » (Sg 18, 6-9)

Lecture du livre de la Sagesse

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Psaume
(Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22)
R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu.
(Ps 32, 12a)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture
« Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (He 11, 1-2.8-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.
Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.
Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.
Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.
C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient songé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Aussi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une ville.
Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

Évangile
« Vous aussi, tenez-vous prêts » (Lc 12, 32-48)
Alléluia. Alléluia.
Veillez, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra. Alléluia. (cf. Mt 24, 42a.44)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si le serviteur se dit en lui-même : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. » Patrick BRAUD

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19 mai 2019

L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que…

Homélie pour le 6° dimanche de Pâques / Année C
26/05/2019

Cf. également :

L’Esprit nous précède
Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous
Le communautarisme fait sa cuisine
Fidélité, identité, ipséité
La gestion des conflits
La bourse et la vie

G01 A2La formule est emphatique. Jacques, premier évêque de Jérusalem, l’utilise à dessein pour légitimer une décision inconcevable pour des juifs : ne pas imposer la circoncision pour accéder au nouveau peuple élu. La formule est solennelle. Le livre des Actes la rapporte avec des guillemets pour bien montrer que le rédacteur n’a rien inventé. Ce sont vraiment les mots de Jacques, le « frère du Seigneur », pour annoncer une co-décision historique, la première d’une longue série dans l’Église.

Notre deuxième lecture plaide ainsi pour une conception très dynamique (en grec dynamos = en mouvement, et en puissance) de l’Église. Le Christ « parti » auprès du Père, on aurait pu réduire le rôle de l’Église à celui d’un musée chargé de conserver précieusement les paroles et les gestes de ce Messie extraordinaire. Bien sûr, ce rôle « conservateur » fait partie de sa mission. Mais sans la limiter à cela. Ainsi, confrontés à une situation nouvelle – l’afflux des non-juifs dans les premières communautés – les chrétiens vont devoir « tirer du neuf de l’ancien » (Mt 13,52). Il ne suffit pas de répéter la Loi de Moïse qui oblige les hommes à être circoncis pour entrer dans l’Alliance. Il ne suffit pas de répéter les paroles de Jésus : « je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15,24). Il serait incompréhensible d’imposer les mêmes interdits alimentaires à des convertis du paganisme pour qui manger casher n’a aucun sens. « À vin nouveau outres neuves » (Mc 2,22).

Le facteur décisif de cette capacité d’innover en fidélité au Christ est l’écoute du travail de l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui a obligé Pierre à entrer chez Corneille, manger avec lui et le baptiser, lui et sa famille. Car Pierre n’aurait jamais osé prendre une telle initiative de lui-même. Il a été conduit dans sa mission à l’accepter : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint aussi bien que nous ? » (Ac 10,47).

De même, c’est l’Esprit Saint qui a révélé à Pierre que l’impureté alimentaire est désormais caduque. Dans la célèbre vision de la nappe tendue dans le ciel, il regarde autrement les animaux et la création qui grouille sur la terre et dans les eaux : « ne va pas déclarer impur ce que Dieu a rendu pur » (Ac 10, 15). Et c’est encore l’Esprit Saint qui a « ouvert la porte de la foi » aux païens, selon l’expérience de Paul et Barnabé qui en font le récit à l’Église d’Antioche (Ac 14,27).

Déchiffrant ces événements étonnants à la lumière de l’Écriture, les apôtres comme les simples baptisés constatent que Dieu s’est engagé pour le salut des païens et demandent à son Église de le faire avec lui.

Alors, le chapitre 15 du livre des Actes nous raconte ce premier tournant capital de l’histoire de l’Église qu’est l’assemblée de Jérusalem faisant sauter la circoncision, la cashrout, et dans la foulée les obligations rituelles de la Loi mosaïque : les traditions vestimentaires, le shabbat etc.

Insistons sur deux éléments du texte :

- c’est une décision, visiblement historique, et l’on sait que ne pas décider peut-être mortel en cas de crise.

- c’est une co-décision qui relève de ce qu’on appellerait aujourd’hui une co-construction entre tous les acteurs. Car Pierre joue les premiers rôles en témoignant de la venue de l’Esprit Saint sur Corneille (notons au passage que ce n’est pas Paul seulement qui fait passer l’Église aux barbares comme on le présente trop souvent). Mais Paul et Barnabé interviennent également, et Jacques, le ‘local’ – on ne peut plus juif que lui ! – de Jérusalem, et toute l’assemblée qui délibère, débat, échange, prie. Le résultat est un peu comme sur le chemin d’Emmaüs : dès lors que deux ou trois débattent en vérité et veulent se mettre d’accord pour écouter ce que Dieu dit à travers les événements, l’Esprit Saint lui-même se joint à eux. Et c’est ce qui rend la décision indissociablement spirituelle et ecclésiale : spirituelle parce que pleinement ecclésiale (dans ses trois dimensions : personnelle / collégiale / communautaire) ; ecclésiale parce que pleinement spirituelle (l’accueil de ce que l’Esprit Saint suscite à travers les événements).

Diacres Séez juin 2010À vrai dire, il y avait déjà eu un précédent dans le livre des Actes, avec l’invention du ministère des Sept, dans lesquels nous voyons la figure de l’actuel diaconat permanent. Le chapitre sept raconte comment là aussi l’assemblée de Jérusalem fut confrontée à une crise grave : divisions entre juifs et grecs (ou hellénisants), et accusations de délaisser les veuves de ces derniers. Là encore, on fait jouer à chacun son rôle : on a l’exposé des faits, tout le monde débat, Pierre propose une décision pour sortir du conflit, tous agréent, l’assemblée présente des candidats, les apôtres imposent les mains. Au final, on pourrait écrire à nouveau : « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé » qu’un ministère nouveau – celui des sept (diacres) – serait désormais utile à la croissance de l’Église.

Au cours des siècles, c’est particulièrement dans les conciles que la formule actuelle : « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que » a retenti à maintes reprises.

Ouverture du concile Vatican II le 11 octobre 1962 en présence de 2500 évêques (DR)Le concile de Nicée I en 325 affirme la double nature humaine et divine de Jésus de Nazareth.
Le concile de Constantinople en 381 définit la divinité de l’Esprit Saint et le dogme de la Trinité.
Celui d’Éphèse en 481 légitime l’appellation de Marie ‘Theotokos’ (Mère de Dieu).
Celui de Chalcédoine en 451 rend obligatoire le célibat pour les moines et religieuses.
Le concile de Nicée II légitime le culte des icônes (images) et la représentation du Christ (vs les iconoclastes).
Après le schisme entre l’Orient et l’Occident en 1054 les conciles catholiques continuent de décider en fonction de l’actualité de l’Église.
Latran I en 1123 oblige au célibat ceux qui sont appelés à devenir diacres ou prêtres dans l’Église de rite latin.
Le concile de Trente au XVI° siècle fixe la date la liste des sept sacrements (contre Luther et la réforme protestante) et définit la transsubstantiation eucharistique.
Le concile Vatican I (1869-70) établit l’infaillibilité pontificale (sous conditions très strictes).
En 1858, l’Immaculée Conception de Marie, puis en 1950 son Assomption seront les seuls exemples de la mise en œuvre de cette infaillibilité.
Enfin, au concile Vatican II (1962-65) la nature sacramentelle de l’Église est proclamée. On rétablit le diaconat permanent ouvert aux hommes mariés. On ouvre la porte à la célébration de la messe dans les langues vernaculaires. On engage l’Église de manière irréversible dans l’œcuménisme.

Cette trop courte énumération montre au moins une chose : ça bouge ! La Tradition est vivante, en ce sens que l’Église ne cesse de susciter dans l’Église des co-décisions sur le contenu de sa foi, de sa liturgie, de sa discipline et de sa morale.

Alors pourquoi figer le mouvement à ce qu’il est aujourd’hui ? L’histoire n’est pas finie ! Il y aura d’autres décisions importantes que l’Esprit Saint prendra de concert avec toute l’Église.

http://static.flickr.com/42/263885608_5739282337.jpgOn pense évidemment au célibat des prêtres dans l’Église latine (puisque les orientaux ont gardé l’antique coutume d’ordonner des hommes mariés). Le processus de la décision qui a été prise au XII° siècle pour des raisons légitimes (train de vie des prêtres, biens ecclésiastiques, disponibilité, modèle du moine…) pourrait tout aussi légitimement donner autre chose au XXI° siècle. Pas seulement à cause des scandales qui secouent l’Église. Mais également au nom d’une vision renouvelée de la sexualité et du couple, du sacrement de mariage qui va si bien avec le sacrement de l’autel.

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé » de ne plus imposer la loi du célibat à ceux que l’Église appelle pour devenir diacres ou prêtres. Rien n’empêcherait que cette  déclaration résonne un jour à Saint-Pierre de Rome, dans le droit-fil des premières déclarations à Jérusalem du livre des Actes des apôtres.

Pierre avait surpris tout le monde en racontant comment le centurion Corneille avait eu accès au baptême sur intervention expresse de l’Esprit Saint, alors que ni Pierre ni les autres n’envisageaient cette possibilité sacramentelle. Aujourd’hui, quand on écrit l’histoire spirituelle de tant de divorcés/remariés qui font un chemin extraordinaire à partir de leur divorce – quelquefois grâce à leur divorce si on nous pardonne cette audace – on a l’impression d’être devant de nouveaux Corneille. Ils n’étaient pas invités ni prévus au programme, et pourtant l’Esprit Saint leur est donné en telle plénitude qu’il faudrait se prendre pour Dieu pour ne pas en tirer les conséquences : « qui suis-je pour refuser l’eucharistie/la réconciliation à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint ? » pourrait-on s’exclamer en plagiant Pierre dans les Actes des apôtres.

Bien d’autres domaines relèvent de cette codécision Esprit Saint - Église. Tout ce qui touche à la contraception notamment : l’Église n’a jamais officiellement révisé son discours ni ses prises de position sur le sujet, alors que l’immense foule des baptisés vit tranquillement une certaine pratique de la contraception intégrée à une authentique spiritualité de couple. S’il y avait débat, réflexion, prière et participation de tous, une codécision plus juste que l’actuelle situation pourrait très simplement émerger.

 	© Josse/Leemage. Le prêteur et sa femme. Peinture de Quentin Metsys (1466-1530)

Là encore, il y a eu un précédent célèbre en matière de mœurs : celui du prêt à intérêt. Alors que dans les premiers siècles l’Église l’interdisait au nom de l’Ancien Testament et pour éviter l’usure, peu à peu les banquiers, les marchands chrétiens l’ont fait évoluer jusqu’à décider en pratique de ne pas condamner les métiers de l’argent à l’enfer (quitte a inventer le purgatoire pour les y envoyer quand même…) en distinguant le prêt et l’usure et en légitimant le gain au nom du risque encouru. Ce qui s’est passé dans le rapport à l’argent pourrait inspirer l’Église dans son rapport à la sexualité…

Plus près de nous, l’enjeu de la codécision Esprit Saint - Église se joue dans la participation de tous aux grandes et petites décisions dans nos paroisses, nos mouvements, nos équipes,  nos diocèses. Se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint qui parle à travers des événements, solliciter chacun selon son intelligence et ses charismes, débattre et faire un vrai travail de consensus pourrait nous permettre de dire fièrement nous aussi, à tout niveau de la vie de l’Église : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… »

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

 En ces jours-là, des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas. Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

Psaume
(Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)
R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
ou : Alléluia.
(Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

Deuxième lecture

« Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel » (Ap 21, 10-14.22-23)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange.  En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu :  elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin.  Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël.  Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident.  La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau.  Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau.  La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau.

Évangile

« L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)
Alléluia. Alléluia.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »
Patrick BRAUD

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20 août 2018

Sur quoi fonder le mariage ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Sur quoi fonder le mariage ?


Homélie pour le 21° dimanche du temps ordinaire / Année B
26/08/2018

Cf. également :

Voulez-vous partir vous aussi ?
La liberté de partir ou de rester
Le peuple des murmures
L’homme, la femme, et Dieu au milieu


Notre deuxième lecture (Ep 5, 21-32) est devenue presque illisible un dimanche ordinaire en paroisse. Ce texte est le pilier de la théologie du sacrement de mariage pour les catholiques, mais aucun couple ou presque n’ose plus le choisir pour leur liturgie de mariage. Car certaines expressions ne passent plus dans notre culture contemporaine : « femmes, soyez soumises à vos maris ». « Pour la femme, le mari est la tête (le chef) ». La réputation machiste de Paul vient de là, et son influence sur l’Église en est d’autant plus décriée.

« Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari. »

Comment interpréter aujourd’hui ces versets apparemment insupportables ?

Revenons d’abord au texte.

La première ‘soumission’ dont il est question n’est pas celle des femmes à leurs maris mais la soumission fraternelle de chacun envers chacun qui doit être la règle générale dans une communauté vraiment chrétienne : « soyez soumis les uns aux autres ». Tout le monde est concerné donc. Comme Paul l’écrit ailleurs : « que chacun estime l’autre comme supérieur à lui-même » (Ph 2,3). D’ailleurs, le texte grec original ne mentionne pas ce mots soumis la première fois qu’il évoque la relation homme / femme : il se contente de poser le parallèle (homme / femme) // (Christ / Église) :

Ep5,22

Les         femmes,         envers   leurs     maris   ,   comme envers le Seigneur (Ep 5,22)

Sur quoi fonder le mariage ? dans Communauté spirituelle ob_1a365c_le-corps-du-christ-2De plus, il ne s’agit pas de n’importe quelle ‘soumission’. Ce n’est pas celle d’un dominé envers un dominateur. Ce n’est pas celle de l’islam où le croyant doit obéir absolument à Dieu dont la volonté est censée être transcrite littéralement dans le Coran et la charia. Non : le modèle de cette soumission est la relation Christ / Église (« puisque l’Église se soumet le Christ ») dont Paul précise bien que c’est une relation d’amour. « Le Christ a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ». Se soumettre au Christ, c’est donc reconnaître l’amour premier dont il nous entoure, jusqu’à livrer sa vie pour chacun. C’est accepter ce don qui nous précède : nous sommes placés au-dessous (c’est ce que signifie le verbe grec employé ici : hypotássō = soumettre) du Christ en ce sens qu’il est avant nous, plus grand que nous, nous constituant comme sujets libres et aimants. Car nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine. Le but de cette « soumission » est que finalement Dieu soit tout en tous :

« Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. (1Co 15,28) »

Ce que complète l’autre image employée par Paul, celle de la tête et du corps : « pour la femme, le mari est la tête » (le chef, du terme latin caput = tête, qui a donné par exemple le chapeau, couvre-chef), tout comme pour l’Église le Christ est la tête. Encore une fois, on commet un contresens si on comprend ce binôme tête (chef) / corps sans le référer au binôme Christ / Église. C’est la même qualité de relations unissant le Christ à son Église qui doit unir maris et femmes.

6.PNGOn peut sans doute reprocher à Paul d’avoir trop vite identifié terme à terme les protagonistes de cette identité relationnelle, ce que la culture de son époque jugeait évident (comme il nous est évident aujourd’hui que l’égalité est première). Or, le programme de mathématiques de la classe troisième au collège nous oblige à respecter les règles de calcul des fractions ! Dans le texte de Paul, c’est une identité de rapport, et pas une identité terme à terme. Et nous avons tous appris en algèbre que (a/b = c/d) n’implique pas que a=c ou b=d !

Christ/Église = mari/femme, mais le mari n’est pas le Christ et la femme n’est pas l’Église !

La liberté de partir ou de rester dans Communauté spirituelle mariageRedisons-le c’est une identité de relation et non pas une identité terme à terme. Autrement dit : la relation entre un homme et une femme est élevée à une intensité si grande dans le sacrement de mariage qu’elle devient un signe, un sacrement de la relation Christ – Église.

La réponse est peut-être dans la comparaison que Paul fait entre la relation mari / femme et la relation Christ / Église. « Ce mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin = sacrement) est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église ». En grec, le terme mysterion (mystère) que nous traduisons par sacrement désigne une réalité inépuisable, infinie, que seule une approche symbolique peut évoquer sans la trahir. Le mariage est sacrement de l’amour Christ / Église parce qu’il la symbolise (il la rend présent) aux yeux des hommes et la désigne comme l’horizon de tout amour humain.

Dans l’histoire, souvent l’Église a « trompé » le Christ (et elle continue…) : en s’égarant à la recherche du pouvoir politique ou financier, en enfouissant ses trésors culturels par peur de déplaire, en n’incarnant pas les valeurs évangéliques etc. Les Pères de l’Église la décrivaient comme une prostituée, capable de se vendre à ceux qui lui promettaient le plus… mais une « prostituée que le Christ ré- épouse tous les jours ».

La relation Christ – Église est réellement indissoluble, parce que sans cesse Dieu vient séduire et reconquérir l’humanité tentée par les idoles. « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2Ti 2,12).

On touche là une des limites du Nouveau Testament : il contient de quoi dynamiter et révolutionner les évidences des cultures de tous pays et de tous temps, mais les auteurs n’osent pas à en tirer toutes les conséquences, notamment sociales, économiques et politiques.

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur.
Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur.
Enfants, obéissez en tout à vos parents, c’est cela qui est beau dans le Seigneur.
Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.
Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas, non d’une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais en simplicité de cœur, dans la crainte du Maître. (…)
Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au ciel ». (Col 3,19-4,1)

Ainsi pour l’esclavage, que Paul n’ose pas appeler à abolir, alors que pourtant il met le ver dans le fruit en appelant à traiter les esclaves comme des frères. Ainsi pour la séparation juifs / païens, que Jésus n’ose pas abolir de son vivant (« je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » Mt 15,24) alors même qu’il la transgresse en pratique assez souvent. Il faudra la Pentecôte pour que les apôtres découvrent que l’Esprit du Christ abolit les séparations sociales antérieures. Et là, Paul est à la pointe du combat : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, » (Ga 3,28).

Lapinbleu668C-Jn16_13C’est peut-être cela la promesse du Christ : « l’Esprit vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Autrement dit : avec le temps, avec l’inspiration divine, vous découvrirez les conséquences (personnelles, sociales, politiques, économiques…) de l’Évangile. Car les textes seuls ne peuvent contenir la vérité tout entière.

Pour en revenir à notre lecture, l’équivalence (homme / femme) = (Christ / Église) est posée  avec force, sans que Paul en tire toutes les conséquences que nous y voyons actuellement. D’ailleurs, dans quelques siècles, on en tirera sûrement d’autres conséquences encore !

Reste que cette équivalence est posée, établissant le mariage comme un sacrement (mysterion en grec = mystère) de la relation Christ / Église.

Du coup, Paul – il n’est pas idiot ! – prend soin de développer longuement tout ce que cela implique pour le mari vis-à-vis de sa femme. Il emploie environ deux fois plus de mots pour les maris que les femmes ! Dans ce paragraphe deux fois plus long, il parle d’aimer sa femme, de se livrer pour elle, d’en prendre soin et de s’en occuper comme de son propre corps. C’est sans doute parce qu’il a bien conscience que la tâche sera deux fois plus ardue du côté des hommes que des femmes…

Qu’en conclure ?

- Paul affirme que le mariage est un sacrement (mysterion) parce qu’il symbolise la relation Christ / Église : la relation mari / femme se nourrit de la relation Christ / Église et la rend présente au milieu de nos contemporains. En voyant les gens mariés s’aimer, on devrait comprendre comment le Christ aime l’Église (et réciproquement).

- Nous ne sommes pas obligés de suivre Paul lorsqu’il identifie terme à terme les partenaires de ces deux relations, comme le faisait sa culture liée à son époque.

amour_nonpartag%C3%A9 détachement dans Communauté spirituelle- Par contre, nous devons en tirer toutes les conséquences, et pas seulement celles conformes à la culture de notre époque et de notre continent. Il y a bien sûr l’égalité fondamentale, le principe de l’amour mutuel et la symétrie des obligations dans ce que Paul dit du mariage. Mais il y a également d’autres conséquences plus ‘piquantes’ pour un occidental du XXI° siècle : le mariage ne se réduit pas au seul sentiment, il suppose une volonté de se livrer pour l’autre, inconditionnellement, ce qui implique l’indissolubilité, à l’image de l’amour du Christ pour l’Église et chacun d’entre nous.

Le texte d’Éphésiens 5 est un bon exemple du danger qu’il y a à lire un texte trop rapidement en plaquant les évidences de son siècle. Qui sait si dans mille ans les observateurs ne jugeront pas très sévèrement les relations homme / femme de nos sociétés postmodernes ? Je me souviens par exemple de la figure épouvantée d’amis africains venus pour la première fois en France. « À voir les femmes sur vos affiches, disaient-il, sur vos écrans, la publicité partout, à parler avec tant de mères célibataires galérant pour élever seules leurs enfants, à entendre la souffrance de tant de couples qui explosent en plein vol après quelques années de mariage ou de vie commune, à écouter les femmes si nombreuses qui ont connu un IVG, ne venez pas nous dire que l’avenir de la femme est chez vous ! Nous ne voulons pas de ce modèle de société individualiste engendrant plus de solitude que de couples heureux de vieillir ensemble ! »

On est toujours le ‘sauvage’ d’un autre…

Puissions-nous continuer à scruter les Écritures, pour que l’Esprit du Christ nous conduise à la vérité tout entière. Or, sur la question des relations homme / femme, notre société comme les autres a encore bien du chemin à parcourir.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

Deuxième lecture
« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ep 5, 21-32)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

Évangile
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 60-69) Alléluia. Alléluia.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Patrick BRAUD

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9 juillet 2018

Deux par deux, sans rien pour la route

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Deux par deux, sans rien pour la route


Homélie pour le 15° dimanche du temps ordinaire / Année B
15/07/2018

Cf. également :

Le polythéisme des valeurs
Plus on possède, moins on est libre
Secouez la poussière de vos pieds
Medium is message
Briefer et débriefer à la manière du Christ


mormons.jpgVous avez sûrement déjà remarqué que les témoins de Jéhovah ou les mormons font toujours du porte-à-porte deux par deux, jamais seuls. Plus basiquement, vous avez remarqué également que les humains se mettent en couple pour affronter les aléas de la vie et assurer leur mission de parents. Notre Évangile de ce dimanche en fait une règle au cœur de la mission de l’Église : il les envoie deux par deux. Jamais seuls, sans surnombre non plus.

Pourquoi ce deux par deux est-il aussi structurant, et pas seulement en Église ? Car en entreprise également, il est sage et prudent de prévoir des binômes, ainsi que dans la responsabilité associative etc.

Essayons de lister quelques arguments en faveur de ce deux par deux.

 

Ne pas trop personnaliser

Deux par deux, sans rien pour la route dans Communauté spirituelle a701fce12694b65db2cea61ff4a18c2e_XLUne première raison de cet envoi deux par deux est sans doute d’éviter l’hyperpersonnalisation. La dérive de type ‘gourou’ n’est jamais loin pour qui est en première ligne de l’évangélisation. Bien des télévangélistes américains sont tombés dans ce piège, avec tous les excès financiers politiques ou sexuels qui l’accompagnent. La tentation du pouvoir solitaire guette toujours les papes, les évêques, les prêtres ou autres responsables lorsqu’ils n’ont pas de relations suivies de pair à pair. Ainsi saint Paul s’est toujours méfié de la puissance de son charisme personnel. Il prenait soin d’orienter les convertis vers le Christ et non vers lui-même. Même avec Barnabé en mission, on veut les adorer comme des dieux : il proteste énergiquement. Il rappelle sans cesse que nous portons un trésor dans des vases d’argile. L’argile c’est l’apôtre, le trésor c’est le Christ et son Évangile.

La formule deux par deux limite le risque d’hyperpersonnalisation qui aujourd’hui avec les médias est cent fois plus dangereux qu’aux premiers siècles.

 

S’entraider

Le coup de fatigue de l’un peut trouver un appui dans la persévérance de l’autre. Les difficultés rencontrées sont moins lourdes lorsqu’elles sont partagées. Une solution inédite viendra peut-être du débat entre les deux apôtres. Jésus sait que la mission n’est pas un long fleuve tranquille : en les envoyant deux par deux, il donne à chacun un compagnon, un soutien, un point d’appui dont l’aide sera précieuse.

Deux alpinistes encordés progressant sur une pente de neige, corde tendue

 

Valoriser les regards croisés (en stéréo !)

Nul n’est si intelligent qu’il puisse embrasser la totalité du réel à lui tout seul. Paul sans  Pierre aurait été trop excessif, Pierre sans Paul trop judéo-centré, et Rome est devenue la chaire de Pierre et Paul, pas d’un seul.

À deux, on a la possibilité de croiser les regards, les analyses. L’Évangile demande d’utiliser au moins deux yeux pour voir en relief et deux oreilles pour entendre en stéréo !

stereoscopie-art-de-la-vision-en-relief22 débrief dans Communauté spirituelle

 

Deux, car il y a urgence

 EgliseSi dépasser le 1 est nécessaire pour la qualité de la mission, pourquoi alors s’arrêter ici à 2 ? Pourquoi pas trois par trois comme les Pères blancs en Afrique ? Ou même plus (comme les moines bénédictins) ?

En fait, Jésus sait qu’il y a urgence et que ses ressources sont limitées. Urgence, car sa Passion approche et les disciples doivent dès maintenant s’exercer à l’annonce de l’Évangile sans lui. Ressources limitées, car ils ne sont que 12 autour de lui, avec les 72 comme deuxième cercle, et c’est tout. Optimiser l’impact de l’évangélisation tout en limitant l’effet des égos aboutit effectivement à cette stratégie du deux par deux. Davantage obligerait à restreindre le champ de l’annonce. Moins exposerait au risque gourou.

Le caractère d’urgence de la mission est fortement souligné dans le texte par le fameux passage ou Jésus préconise de secouer la poussière de ses sandales et de partir d’un lieu non réceptif plutôt que de gaspiller temps et énergie qui seront plus féconds ailleurs.

Nous avons un peu perdu ce sentiment d’urgence dans la mission. C’est dommage. Car cela nous demande de ne pas concentrer toutes nos forces au même endroit, de multiplier nos points d’impact par de petites unités simples et agiles, et d’aller là où l’Évangile est attendu.

 

Témoigner de l’amitié par l’amitié

111610Les messagers vont eux-mêmes incarner leur message. Ils témoignent d’un Dieu qui est dialogue, conversation, échanges et amitié (philia = amitié en grec est un des noms de l’amour). D’abord pour lui-même (c’est la Trinité). Puis avec l’humanité et chacun de nous. L’atmosphère de coopération, d’entente et de vrai partenariat amical qui règne entre les apôtres renvoient au mystère de communion du Dieu Trinité. Impossible d’en témoigner seul. Même les ermites sont reliés à une communauté monastique. C’est ce principe qui fera de l’Église « comme un sacrement » (Vatican II) de la communion opérée en Dieu : « voyez comme ils s’aiment ».

La première responsabilité des apôtres et de pratiquer entre eux l’amitié qui unit le Fils à son Père dans l’Esprit. C’est en même temps leur message.

 

Medium is message

Medium envoiCar vous avez sans doute été étonnés que Jésus ne leur donne pas de programme  d’évangélisation, pas de versets à réciter, pas de loi à apprendre par cœur ! Bizarrement, il semble ne pas avoir de contenu à cet envoi en mission.

C’est que l’Évangile consiste moins en des choses à apprendre qu’à des relations à vivre. Marshal Mac Luhan, théoricien des médias, écrivait fort justement en 1964 : « the medium is the message ». La manière dont nous annonçons l’Évangile est l’Évangile lui-même…

Témoigner de l’amitié divine demande de la pratiquer entre envoyés plus que d’en écrire de volumineux traités. Pendant trois siècles, les martyrs chrétiens annonceront l’Évangile avec leur sang : la façon dont ils s’aimaient à la veille de leur martyre, leur pardon à leurs bourreaux, leur joie et leurs chants au moment de mourir ont fait plus pour convertir l’empire romain que Constantin avec son Édit en 313.

Plus tard, l’expansion musulmane sera totalement différente : Mohamed se réclamera être le seul dépositaire de la révélation, il transmettra un texte auquel se soumettre, par la force si besoin. L’évangélisation chrétienne et la conquête musulmane sont radicalement différentes en leur essence (même si hélas les Églises l’ont souvent dénaturé après le III°  siècle). L’une se fait par le témoignage des apôtres, l’autre se fait à la pointe du sabre et des conquêtes militaires.

Annoncer l’Évangile, c’est d’abord le vivre entre nous.

Cela ne résout pas tous les conflits, inévitablement récurrents. Mais on voit dans les Actes des Apôtres comment les Douze et les Églises avec eux ont continué à pratiquer l’amitié divine : par le débat et le consensus (cf. le concile de Jérusalem, Actes 15), par le réalisme dans la composition des équipes (cf. Paul et Barnabé se séparant après en être presque venus aux mains dans leur dispute !), par des lettres, des visites, des collectes solidaires entre Églises etc.

Envoyer deux par deux est un signe fort de l’amitié incarnant l’Évangile.

 

Sans rien pour la route

Un autre signe fort de l’Évangile est la pauvreté des moyens utilisés.

Pas de caravane publicitaire, pas de location de stade à grands frais, pas de show  époustouflant, pas d’argent à distribuer pour acheter les cœurs… 

« Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. ‘Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange’ ».

Mission des Douze 11.jpg

Là encore, la manière dont est annoncé l’Évangile fait partie du contenu de l’Évangile. Si Dieu est pauvre et désarmé en lui-même comme seul le concept de Trinité nous le révèle, ses disciples le seront également pour qu’ils témoignent de lui, et parce qu’ils vivent de sa vie, donc à sa manière, tout simplement.

« De l’or et de l’argent, je n’en ai pas. Mais ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus le Nazaréen, lève-toi et marche » : Pierre et André (à nouveau à deux) n’ont rien d’autre à donner à l’impotent de la Belle Porte du Temple que cette bonne nouvelle d’un Dieu remettant l’homme debout pour aimer, louer et servir.

Le concile Vatican II a retrouvé cette vision originelle de l’évangélisation en souhaitant une Église humble, servante et pauvre à l’image de Jésus de Nazareth. Que le pape François soit appelé ‘le pape des pauvres’ est un indice du renouveau profond de l’Église catholique. Bien du chemin reste à parcourir sur cette voie de simplicité fraternelle pour annoncer l’Évangile. Mais les bases sont posées par Jésus lui-même envoyant ses disciples deux par deux sans aucun arsenal missionnaire sinon l’amitié vécue.

 

Débriefer à deux

Jésus ne se contente pas d’envoyer, il est désireux de les entendre rendre compte au retour de leur mission. C’est le fameux débrief dont l’importance n’échappe à personne aujourd’hui, militaires et managers y compris. Or débriefer seul induirait un biais trop subjectif : qui sait si je ne travestis pas la réalité en la racontant avec mes mots, ma sensibilité, mes choix personnels etc. ? Débriefer à deux limite là encore le risque de mainmise d’un seul sur la mission exercée.

Chacun des deux aura ses nuances, ses mots propres, ses apports complémentaires ou même divergents. L’unanimité est une force, la capacité de ne pas appauvrir le réel en est une autre. Et la pluralité des approches garantit un meilleur respect de la réalité.

the debrief

La tumultueuse relation entre Pierre et Paul en est un bon exemple : Paul n’hésite pas à fustiger l’attitude de Pierre lorsqu’il le voit ne pas manger avec des païens convertis.  Pourtant il s’appuie sur lui comme une « colonne de l’Église » pour être initié à Jérusalem  pendant trois ans à son contact après le chemin de Damas.

Il faut donc qu’il y ait des analyses différentes, dès lors qu’on peut les croiser dans l’amitié et la recherche de ce qui est juste.

Vous devinez qu’en parlant de l’envoi deux par deux des disciples, nous parlions en même temps de l’envoi deux par deux des couples, des responsables économiques et politiques, des acteurs associatifs, de notre vie amicale, de quartier etc.

Transposez à chacun de ces domaines les points de repères évoqués et vous verrez que cette sagesse du deux par deux est terriblement actuelle !

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Va, tu seras prophète pour mon peuple » (Am 7, 12-15)

Lecture du livre du prophète Amos

En ces jours-là, Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume

(Ps 84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (Ps 84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, 
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » (Ep 1,3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.

Évangile

« Il commença à les envoyer » (Mc 6,7-13) Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick BRAUD

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