L'homelie du dimanche

11 septembre 2017

Pardonner 70 fois 7 fois

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Pardonner 70 fois 7 fois


Homélie du 24° Dimanche du temps ordinaire / Année A
17/09/2017

Cf. également :

La dette est stable : vive la dette !

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !

La pierre noire du pardon

L’Esprit et la mémoire

 

Pardonner 70 fois 7 fois

Des mois durant, elle a été torturée et humiliée. Croupissant dans une cave avec une vingtaine d’autres détenus, elle devient le jouet de Léo, 26 ans, jeune médecin recruté par la Gestapo pour éliminer les « terroristes » avec les techniques de torture les plus sophistiquées. Par des atteintes multiples à la moelle épinière, il fait en sorte de détruire le système nerveux de la jeune femme. Elle sera sauvée in extremis en février 1944, mais gardera des séquelles irréparables. À sa libération, son corps n’était plus qu’une immense plainte où le moindre mouvement lui causait des douleurs atroces. Maïti Girtanner a survécu à ce cauchemar. Handicapée à vie par les séquelles de ces séances de torture, physiquement et psychologiquement, elle « refait sa vie » comme on dit, reconstruisant peu à peu un nouvel équilibre. Un jour, en 1984, son cœur chavire : son ancien bourreau, Léo, lui téléphone de Paris, et souhaite la rencontrer. Qu’allait-elle faire ? Raccrocher et faire comme si ? Ameuter la foule pour dénoncer un ancien criminel nazi ? Maïti est chrétienne et c’est pour elle une source de courage et de force. Elle respire profondément et décide d’aller au-devant de son tortionnaire. « J’ai tout de suite reconnu sa voix : « Pouvez-vous me recevoir ? » J’ai eu l’impression que l’immeuble me tombait sur la tête. J’étais couchée, dans une période très douloureuse. Je me suis entendue répondre : « Venez » ». Elle revoit cet homme qui vient pour lui parler de la mort. Il est très malade et n’a plus que quelques semaines à vivre. Il a cherché cette jeune fille qui dans le camp parlait de l’après-mort ; les paroles entendues « comme l’huile, l’avaient pénétré. ». Il a saisi l’invitation de Maïti Girtanner comme une ouverture possible vers enfin la vérité sur ce qu’il a fait. Rongé par le cancer, songeant à la mort qui approchait, Léo a demandé pardon à Maïti, qui avec beaucoup d’émotion, lui a donné, bouleversée, sans haine ni amertume. Libéré, Léo meurt peu après, apaisé par la victime de sa folie d’autrefois.

Contrairement à ce que nous disent beaucoup autour de nous, de telles histoires ne sont pas rares. Toutes proportions gardées, nous connaissons tous des couples où le pardon fait merveille, des familles surmontant leurs déchirures, des peuples hier ennemis et aujourd’hui solidaires.

Parce qu’il habite le cœur de Dieu qui est miséricorde, Jésus sent d’instinct la formidable puissance du pardon. Lorsqu’il invite ce dimanche Pierre et ses disciples à pardonner à tous et tout le temps, de tout son cœur, il n’est pas dans l’utopie. C’est possible. Il écrit simplement ce qu’il vit lui-même, et qui l’animera jusqu’au bout, jusqu’à prier pour ceux qui le cloueront sur le bois. C’est le refus du pardon qui est inhumain et non l’inverse. C’est la haine qui est destructrice et non la miséricorde qui serait impossible.

« Je ne te dis pas [de pardonner] jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois » (cf. Mt 18, 21-35).

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Le symbolisme des chiffres

Jésus a recours au symbolisme du chiffre 7 pour caractériser le pardon.

7 est le nombre de jours de la création dans le deuxième récit de la Genèse. Pardonner 7 fois, c’est donc comme une nouvelle genèse du monde. C’est recréer alors qu’il y avait eu destruction. C’est retisser des liens de communion là où il y avait eu une rupture. C’est faire surgir un univers nouveau où l’humanité peut vivre en communion avec son créateur et entre elle.
L’Apocalypse reprend ce symbolisme du chiffre 7 à l’envie : 7 Églises, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 signes, 7 anges, 7 plaies, 7 coupes… !

70 est un nombre aux interprétations tout aussi riches. C’est bien évidemment un multiple de 7, par 10 = le nombre des paroles de Dieu scellant l’Alliance du Décalogue. C’est donc la création multipliée par l’Alliance, l’humanité créée trouvant sa maturité dans la loi et l’éthique du Décalogue.

70, c’est le nombre des descendants de Jacob émigrant en Égypte (Ex 1,5 Dt 10,25).

70, c’est encore le nombre des Anciens institués par Moïse et Aaron pour guider le peuple (Nb 11,24). Et également le nombre des anciens traduisant simultanément la Torah de l’hébreu en grec pour arriver – miraculeusement selon la légende – au même texte grec justement appelé la Septante. C’est après 70 ans en captivité à Babylone que Dieu pardonnera et le fera revenir (Jr 25,12 ; 29,10 ; Za 1,12).

L’Apocalypse reprend ce symbolisme des 70 pour les anciens entourant le Fils de l’Homme dans sa gloire.

70 fois 7 fois renvoie également à la protection accordée à Lamek, fils de Caïn :

« Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois ». (Gn 424)

70 fois 7 fois fait aussi référence à la prophétie des 70 semaines de Daniel, période de conversion accordée par Dieu à son peuple pour qu’il se détourne de son péché et soit pardonné :

« Il a été fixé soixante-dix septénaires sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour absoudre la faute et amener la justice éternelle, pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints ». (Dn 9,24)


Laisser Dieu pardonner en nous

Pardonner 70 fois 7 fois, c’est donc grandir en humanité, grâce à une loi de miséricorde, jusqu’à participer à la plénitude de la divinité offerte en Jésus-Christ. Pardonner une fois, c’est important, et c’est souvent un pas décisif vers la guérison de la relation. Pardonner à répétition, jour après jour, semaine après semaine, pourrait sembler épuisant. L’autre ne change pas et revient de manière récurrente à tous ses comportements qui nous blessent. La communion avec lui si chèrement acquise est remise en cause par une mauvaise habitude, un trait de caractère incorrigible, une usure quotidienne, une récurrence de paroles et d’actes si irritants !

Pardonner une fois peut peut-être s’obtenir à la force du poignet. Pardonner sans se lasser ne peut se pratiquer sans que cela vienne d’ailleurs.

C’est davantage une participation à la vie divine qu’une persévérance morale, une respiration évidente qu’un entraînement exigeant. Finalement, c’est bien plus une grâce à recevoir qu’une perfection à atteindre.

Pardonner 70 fois 7 fois, à l’infini, découle de notre intimité avec la source de toute miséricorde. À l’inverse, refuser de pardonner nous en éloigne de manière dramatique. D’où l’avertissement de Jésus : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ».

Ce n’est pas toujours à la même personne qu’il nous faut pardonner, et pourtant une seule personne peut concentrer cette pratique du pardon. Ce n’est pas toujours pour de grandes choses que notre pardon est sollicité, même s’il est de vraies blessures profondes infligées par l’autre.

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Quoi qu’il en soit pour chacun de nous, nous n’avons pas encore atteint notre quota de 490… ! Enracinons-nous dans la miséricorde qu’est Dieu en lui-même : nous pourrons alors pardonner sans compter, sans même nous en apercevoir.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis » (Si 27, 30 – 28, 7)
Lecture du livre de Ben Sira le Sage
Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Psaume
(Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12) 

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. (Ps 102, 8)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès,
ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Deuxième lecture
« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur » (Rm 14, 7-9)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Évangile
« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (Mt 18, 21-35)
Alléluia. Alléluia.
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
Patrick BRAUD

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26 octobre 2016

La puissance, donc la pitié

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La puissance, donc la pitié

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année C
30/10/2016

Cf. également :

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue


La vraie force n’a pas besoin de s’exercer

Le livre de la Sagesse (11,22 – 12,2) fait un lien explicite entre la toute-puissance de Dieu et sa capacité à prendre en pitié tous les hommes, même les pires : « tu as pitié de tous les hommes, car tu peux tout ».

La puissance, donc la pitié dans Communauté spirituelle la-puissance-et-la-sagesseLe psaume 144 lui fait écho, avec ses stances qui reviennent souvent comme un refrain dans les 150 psaumes : « Dieu de tendresse et Dieu de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, Dieu qui pardonne à ceux qui t’aiment et qui gardent ta parole… ».

Comment ça ? Faire miséricorde aux assassins de Daech ? Avoir pitié des profiteurs de la crise financière ? S’émouvoir du sort des auteurs du génocide rwandais ? Éprouver de la compassion pour ceux qui massacrent des innocents à Alep, Mossoul, Bagdad ou Nairobi ?

Instinctivement, nous sommes très loin de l’attitude divine que les sages contemplent. En fait, plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous pensons : représailles, faire justice, punir et sanctionner. Par contre, plus nous progressons dans la communion avec Dieu, et plus nous pensons comme lui : miséricorde, pitié, seconde chance, conversion.

La liste des dipôles de notre première lecture est explicite :

·         toute-puissance => pitié envers tous
·         amour de ce qui existe => fermer les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent
·         capacité de créer => amour, sans répulsion de quiconque, volonté de faire vivre l’autre quoi qu’il arrive
·         posséder tous les êtres => épargner tous les êtres
·         aimer les vivants => les animer du souffle impérissable.

À la force du poignet, ces attitudes du cœur sont pour nous inatteignables, et souvent non désirables.

Mais dans la force de l’Esprit de Dieu, la répulsion recule, la haine s’estompe, l’envie de supprimer le pécheur se transforme en pédagogie pour qu’il se détourne de son péché.

Facile à dire !’ – objecterez-vous – ‘et bon pour les utopistes’. Pourtant, la vraie facilité de cette miséricorde réside dans le fait qu’elle nous est donnée. Elle ne relève pas de l’effort moral, ni de la volonté d’y arriver, ni d’une prescription juridique. La miséricorde divine devient nôtre lorsque nous participons davantage à la nature divine. Comme une conséquence, un reflet non voulu de l’identification progressive au Tout-Puissant. Sa puissance est celle qui justement n’a pas besoin de s’affirmer par la force.

Seuls les pouvoirs faibles veulent éliminer l’adversaire. Seuls les pouvoirs forts peuvent croire à la conversion des malfaiteurs. Celui qui se sent menacé réagit violemment. Celui dont le pouvoir n’est pas menacé peut accepter que l’autre ait un chemin long et complexe.

 

« Vous n’aurez pas ma haine »

Ce billet d’un père de famille sur Facebook lors des attentats du Bataclan a fait le tour de la toile. Un livre en est sorti. Le point de départ est ce refus bouleversant de se laisser entraîner au mal alors qu’il vient de vous priver d’une femme chérie :

“Vous n’aurez pas ma haine”

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.
Antoine Leiris, 16 novembre 2015

41Dab6544KL._SX313_BO1,204,203,200_ Dieu dans Communauté spirituelleAvoir pitié, même de ses bourreaux, n’est pas une vertu impossible : elle est donnée à celui qui veut l’accueillir, au moment même où la douleur et le sentiment d’injustice pourraient rendre fou, violent, sans pitié envers les agresseurs.

Ce lien entre puissance et miséricorde est constitutif de l’être même de Dieu : sa capacité à créer, son amour du vivant ainsi créé, la démesure de sa puissance qui n’a rien à craindre des coups de griffe des méchants.

Prenez de la hauteur : hors du système solaire, à des milliards d’années-lumière, vu d’une des galaxies qui par myriades peuplent des univers infiniment lointains ou parallèles, que peut bien faire la méchanceté de l’homme à l’immensité du créé ? Le sage écrivait à sa manière : « le monde entier est devant toi comme une goutte de rosée au bord d’un seau » (Sg 11,22). La révélation biblique proclame que cette infinie distance ne se traduit pas en éloignement glacial, mais au contraire en miséricorde inépuisable. Loin de se désintéresser d’une humanité aussi insignifiante, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob est blessé de sa malfaisance, se passionne pour sa conversion, l’anime de son souffle impérissable.

Il n’y a en cela aucune nécessité. Dieu pourrait ne pas créer, ne pas aimer ce qu’il crée, se désintéresser du monde, abandonner l’humanité à ses contradictions. Mais non : gracieusement, sans raison, Dieu se réjouit d’avoir pitié. Dieu s’oblige à faire miséricorde. Et il offre à tout être qui vient à lui d’en faire autant, simplement en se laissant unir à lui.

Voilà de quoi renverser bien des perspectives sur la justice, la sanction, la guerre contre le mal, la lutte contre la violence.

 

Pas de pitié en prison !

Prenez le phénomène de société – hélas ! – que sont les prisons françaises. Depuis des décennies, des rapports de parlementaires dénoncent leur surpopulation (150 % d’occupation en moyenne). De nombreuses condamnations européennes au nom des Droits de l’Homme ont stigmatisé l’effet pervers de cet emprisonnement indigne : la radicalisation, la professionnalisation auprès des grands criminels, la récidive, la réinsertion impossible…

« Des jeunes y entrent, des fauves en sorte » écrivait déjà Guy Gilbert en 1985.

Afficher l'image d'originePourtant, dans l’opinion publique, comme dans la tête de beaucoup de fonctionnaires ou responsables politiques, le rôle premier de la prison serait de punir. « Bien fait pour eux ! De toute façon, il n’y a rien à en attendre ». Le regard fermé à tout avenir que l’institution judiciaire et pénitentiaire porte sur eux pousse bon nombre de prisonniers à se conformer à ce qu’on redoute d’eux. Ils deviennent des fauves, puisque tout leur répète qu’ils le sont. Alors que des témoignages innombrables racontent comment tel détenu en qui quelqu’un a confiance peut véritablement se convertir, être transformé. Faire œuvre de miséricorde en prison, avant et après également, est encore une idée neuve dans notre société soi-disant évoluée.

Remplacez les détenus par des collègues, la maison d’arrêt par l’entreprise, la machine judiciaire par certains types de management et vous aurez une idée assez fidèle de ce que l’absence de miséricorde peut engendrer dans la vie professionnelle… Le contrôle, la surveillance, la punition, l’élimination règnent encore en maître dans l’esprit et le management de bien des chefs d’entreprise, de bien des chefs d’équipe. Pourtant un management de la miséricorde serait bien plus efficace et performant !

« Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36) : Jésus a sans doute médité longuement ces passages du livre de la Sagesse et des Psaumes où Dieu a pitié parce que lui est Tout-Puissant. Revêtons-nous de cette même attitude du cœur, pour n’avoir plus de répulsion envers quiconque, pour ne jamais vouloir la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.

Et si en Dieu la puissance implique la pitié, alors faisons l’hypothèse qu’en l’homme l’inverse est également vrai…

 

 

1ère lecture : « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)
Lecture du livre de la Sagesse

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

Psaume : Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !    (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : « Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

Evangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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26 juillet 2016

Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 21 h 51 min

« Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. » (1 Jn 3,13)

 

Un prêtre a été assassiné ce matin à l’arme blanche, le Père Jacques Hamel.

Il célébrait la messe dans l’église de St Etienne du Rouvray, près de Rouen.

D’autres personnes ont été blessées.

Les deux terroristes ont été abattus. Visiblement des « radicalisés » islamistes, comme on les appelle désormais.

Jacques Hamel avait 84 ans. 

L’émotion est considérable.

Car en plus de tuer un innocent, c’est s’attaquer à un symbole que d’égorger un prêtre pendant qu’il célèbre l’eucharistie.

 

Mgr. Lebrun, l’évêque de Rouen, et Mgr. Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris, donnaient ce soir à TF1 quelques éléments pour aller plus loin que la seule émotion, bien légitime :

 

- il n’est pas surprenant que des chrétiens soient visés.

Depuis longtemps, les chrétiens d’Orient sont persécutés, exilés, massacrés dans une grande indifférence occidentale.

Ces chrétiens savent que l’islam politique est rarement tolérant, et que les pays où l’islam est religion d’État voient peu à peu leurs chrétiens chassés, expulsés. L’Iran, l’Irak, le Liban, l’Afghanistan, la Syrie, la Lybie, le Nigéria etc. ont eu leur population chrétienne divisée par deux ou même quasiment réduite à rien.

 

- c’est non seulement à un symbole chrétien que les terroristes s’attaquent, mais également à la laïcité à la française, qui garantit à chaque religion sa liberté de conscience et de culte.

 

- nul doute qu’ils cherchent à diviser le peuple français, à susciter la méfiance entre chrétiens et musulmans, car un pays divisé est affaibli de l’intérieur, et ne pourra plus mener ses guerres à l’extérieur, dont celle contre Daech.

 

- nous gagnerons la guerre contre Daech. Mais le fanatisme ne s’éteindra pas pour autant. Il a d’autres racines, profondes, et d’autres arguments pour séduire des personnalités fragiles ou malades psychologiquement. Il faut donc dès maintenant penser au-delà de la défaite militaire de Daech.

 

- multiplier les militaires et les surveillances policières ne pourra pas empêcher les attentats, qui sont par nature quasi-imprévisibles. La sécurité absolue est une illusion. Il nous faut apprendre à vivre avec cette violence présente au quotidien chez nous, potentiellement partout.

 

- cela demande de lutter contre Daech avec d’autres armes que les bombes ou les bougies.

Les musulmans en premier lieu doivent réfléchir à un magistère qui promulguerait les interprétations du Coran conformes à leur tradition. Sinon les sourates meurtrières du Coran – et il y en beaucoup – feront toujours autant de dégâts dans la tête de musulmans peu instruits qui prennent le texte pour la parole de Dieu incréée, c’est-à-dire  sans interprétation possible.

Cela demande aussi que l’Occident invoque d’autres causes que la seule liberté d’aller boire une bière sur les terrasses en ville. On ne combat par une soif d’absolu par une culture du divertissement…

 

- la parole du Christ sur l’amour des ennemis résonne avec d’autant plus de force en ces circonstances :

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. » (Lc 6, 27-28 ; 35)

« Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33)

Et Paul renchérit : « si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s’il a soif, donne-lui à boire; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête.  Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. » (Rm 12, 20-21)

Matthieu 5:44 

L’Église catholique est en deuil, et avec elle la communauté nationale comme pour la tuerie de Nice, du Bataclan, de Charlie Hebdo… Après le temps de la colère viendra celui de la réflexion. C’est là que nous devrons refuser les solutions trop faciles, les démissions idéologiques.

Actuellement, l’heure est au recueillement, et à la prière pour tous ceux que ce drame touche de près.

Mais hélas, d’autres attentats nous obligeront à reposer ces questions de fond, encore et encore.

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17 novembre 2015

Vous n’aurez pas ma haine

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 46 min

« Vous n’aurez pas ma haine »

 

Antoine Leiris vit à Paris et a perdu la mère de son fils de 17 mois, vendredi soir, lors des attaques terroristes à Paris.

Il a publié sur Facebook ce texte très beau, où il refuse la haine :

 

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »

cf. https://www.facebook.com/antoine.leiris

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