L'homelie du dimanche

26 décembre 2018

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 8 h 00 min

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?


Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année C
30/12/2018

Cf. également :

Aimer nos familles « à partir de la fin »
Une sainte famille « ruminante »
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore-la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Personne dans la famille ne porte ce nom-là
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime?


Des enfants OGM ?

L’annonce du docteur He Jiankui a fait grand bruit ce 26/11/2018. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, ce chercheur chinois (biologiste à l’Université des sciences et des technologies du sud de la ville de Shenzhen) a réussi à modifier l’ADN de deux  fœtus lors d’une fécondation in vitro, afin de les rendre inattaquables par le virus du sida. Cette modification de leurs gènes suivra Lulu et Nana – ce sont leurs prénoms – toute leur vie, et il se transmettra de façon héréditaire. L’intention humaniste est plausible : préserver du sida (mais il y a d’autres techniques, moins intrusives). L’intention scientifique est claire : pourquoi ne pas explorer cette voie de modification de la nature puisque la nature nous le permet ? Et puis on le sait bien : ce qui est techniquement possible sera tôt ou tard expérimenté et réalisé.

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Le tollé général qui a suivi cette annonce pose à nouveau une vieille question philosophique : a-t-on le droit de modifier notre façon de faire des enfants, notre humanité même, fût-ce au nom du soi-disant mieux-être des enfants ainsi transformés ? La question de l’eugénisme n’est pas loin. Faut-il s’en étonner d’ailleurs ? La fécondité maîtrisée grâce à la contraception donne déjà le choix d’avoir ou de ne pas avoir l’enfant. Et s’il y a des ratés, l’avortement est là pour rattraper l’erreur. Déclarer légitime la suppression d’une vie à naître parce qu’il n’y aurait plus de désir parental ouvre la voie aux autres éliminations d’enfants à naître non conformes. Ainsi le risque d’attendre un enfant autiste, trisomique ou handicapé moteur suffit à autoriser l’IVG, en toute bonne conscience puisque cet acte est désormais présenté comme un droit de l’homme (par l’Occident a-religieux du moins). Le pape ou d’autres autorités morales ont beau élever la voix régulièrement contre cette « culture de mort » (Jean-Paul II), rien n’y fait. Alors pourquoi pas la sélection et l’amélioration des enfants à naître ?

Les termes de ce débat résonnent à nos oreilles de façon horrible, car les nazis et les soviétiques et bien d’autres pouvoirs totalitaires se sont engagés dans cette voie pour contrôler et manipuler leurs populations.

À l’autre extrémité, on rencontre également des jeunes adultes qui prennent au pied de la lettre une étude fracassante de 2017 dont l’AFP s’est fait l’écho, selon laquelle la meilleure façon de lutter contre la dégradation écologique est … d’avoir un enfant en moins ! Ces militants d’un nouveau genre refusent de devenir parents, pour mieux sauver la planète…

Impact écologique


Anne, ou l’enfant-don

Cette conception de l’enfant fabriqué, modelé ou évité selon le désir parental est à mille lieues de la vision symbolique de la famille que nous fêtons ce dimanche. La première lecture est suffisamment éloquente à cet égard (1S 1, 20-28).

Plus de mille ans avant Jésus-Christ, Anne et Elcana forment un couple uni mais qui a visiblement du mal à devenir fécond. Beaucoup de couples contemporains s’y reconnaîtront, car l’hypo-fécondité a progressé statistiquement de façon spectaculaire dans les pays riches. Les raisons en sont multiples : stress quotidien, hygiène de vie, conséquences de la contraception chimique, perte de qualité du sperme, unions tardives etc. Pour Anne et Elcana, nous ne savons rien des causes de leur stérilité apparente. Nous savons seulement qu’ils ne désespèrent pas, et renouvellent sans cesse à Dieu leur demande. Certains vous diront que la fécondité se joue d’abord dans la tête, et que donc la prière répétée peut créer les conditions favorables au lâcher-prise nécessaire à la réussite de la fécondation. Effet placebo de la prière ? Pourquoi pas, si c’est efficace ! Bien des couples pourraient vous raconter qu’ils ont conçu – enfin ! – lors d’une retraite dans un monastère, d’un séjour dépaysant hors de chez eux, d’une période de lâcher-prise par rapport à l’obsession de mettre au monde. Au fond, c’est lorsque la préoccupation a disparu du champ affectif et intellectuel qu’on a le plus de chances de la réaliser… On retrouve encore et toujours le caractère illucide de nos actes les plus forts, les plus saints.

Accueillir l’enfant comme un don (de Dieu) est pour Anne et Elcana la base de leur responsabilité parentale. La planification, puis la fabrication et la projection sur l’enfant des attentes parentales est l’exact mouvement inverse.

Accueillir ou fabriquer la vie ? Chaque couple est tenté de panacher sa réponse selon la période traversée. Les sociétés occidentales sont tentées par la deuxième réponse plus que la première, et mettent en pratique tout en œuvre pour que cela soit possible, autorisé, légitimé.

Fêter la Sainte Famille, c’est rappeler à contretemps que le don est à l’origine de la vie. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » s’exclame Paul (1Co 4,7), pourtant travailleur acharné et limite volontariste, qui aurait pu se prévaloir de ses mérites.

D’ailleurs, Anne et Elcana ont tellement intériorisé cette spiritualité de l’accueil du don reçu qu’ils pratiquent en retour ce que l’anthropologue Marcel Mauss appelle le contre-don. Ils ne referment pas la main sur Samuel, en disant : ‘merci pour notre enfant ; nous allons maintenant l’élever comme le voulions’.

Le père, Elcana, va offrir au sanctuaire le sacrifice (animal) rituel « pour s’acquitter du vœu de la naissance de l’enfant ». C’est une première démarche de reconnaissance, de gratitude. Mais Elcana risque de rester prisonnier du donnant-donnant. ‘Tu m’as donné Samuel ; je te donne un bœuf en sacrifice : on est quitte, je peux prendre possession de mon enfant’.

Samuel1 Anne dans Communauté spirituelleAlors la mère, Anne, va plus loin. Le vrai sacrifice (contre-don) n’est pas d’offrir un animal de substitution, mais de se déposséder soi-même, afin de ne pas posséder le don reçu (Samuel) mais de le remettre en jeu (en « je ») en acceptant de ne pas le diriger. Anne a l’audace de réfuter la vieille logique sacrificielle de la substitution pour celle de la non-possession. Certes elle apporte un taureau, de la farine et du vin pour ne pas choquer les autorités religieuses et satisfaire apparemment au rite, mais elle en  subvertit profondément le sens en désignant en fait son fils tant attendu comme la véritable offrande : « à mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie ».

Elle rejoint en cela Abraham qui accepte de ne pas maîtriser le destin de son fils unique donné par Dieu de manière improbable dans sa vieillesse. Elle sera rejointe en cela par Marie, qui ne refermera pas son amour sur Jésus mais acceptera qu’il se livre au monde entier, hors de son emprise maternelle.

economie-du-donÊtre mère consistera pour Anne – paradoxalement - à confier Samuel un autre (Éli), de peur que son désir maternel ne l’étouffe, et pour que Dieu puisse parler à Samuel sans écran parental. Éli, autorité quasi paternelle, saura reconnaître et accepter qu’un autre parle à Samuel d’une mission prophétique dont lui – Éli - n’est pas la source :

« Eli comprit que c’était Yahvé qui appelait l’enfant, et il dit à Samuel: « Va te coucher et, si on t’appelle, tu diras : Parle, Yahvé, car ton serviteur écoute », et Samuel alla se coucher à sa place ». (1S 3,9)

Merveilleuse histoire d’Anne et de Samuel, non pas au sens d’un merveilleux magique, car la conception de Samuel fut très naturelle : « Elcana s’unit à Anne et Anne conçut », mais au sens où la non possession fait des merveilles dans nos vies. Le cantique d’Anne (1S 2, 1-10) chantant ces merveilles a bien sûr inspiré le cantique de Marie dans son Magnificat chantant des merveilles semblables en reprenant exactement les mêmes mots.

La non-possession parentale permet d’accueillir le don de Dieu, par essence imprévu. Elle nous presse de ne pas garder pour nous le don reçu, mais de le faire circuler auprès des autres. Elle nous invite à demander sans cesse sans pour autant accumuler pour nous.

 

Demander pour nos familles

C’est peut-être la note finale sur laquelle méditer pour fêter la Sainte-Famille :
Que demandons-nous à Dieu / aux autres ?

Avons-nous la persévérance d’Anne pour demander sans cesse alors que nous sommes apparemment stériles dans tel ou tel domaine de notre vie ?

Comment porterons-nous nos familles dans la prière, jusqu’à ce que nos comportements en soient transformés ?

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Lectures de la messe

Première lecture
« Samuel demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie » (1 S 1, 20-22.24-28)

Lecture du premier livre de Samuel

Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. » Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice annuel et s’acquitter du vœu pour la naissance de l’enfant. Mais Anne n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. » Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

Psaume
(Ps 83 (84), 2-3, 5-6, 9-10)
R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur !
(Ps 83, 5a)

De quel amour sont aimées tes demeures,
Seigneur, Dieu de l’univers.
Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ;
mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur cœur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

Deuxième lecture
« Nous sommes appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1 Jn 3, 1-2.21-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.
Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.
Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Évangile
« Les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs de la Loi » (Lc 2, 41-52)
Alléluia. Alléluia.
Seigneur, ouvre notre cœur pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils. Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.

Patrick BRAUD

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26 décembre 2017

Aimer nos familles « à partir de la fin »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Aimer nos familles « à partir de la fin »


Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année B
31/12/2017

Cf. également :

Une sainte famille « ruminante »
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime ?
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Personne dans la famille ne porte ce nom-là
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
À partir de la fin !
 

Une table pour deux dans une brasserie. L’homme a la cinquantaine poivre et sel. Christophe repose sa bière sur la table du restaurant et laisse échapper, les yeux ailleurs :
- « Tu sais, c’est dur à admettre, mais la mort de ma mère m’a libéré ».
Un silence intense s’installe, et je résiste à l’interrompre.
- « Elle ne m’a jamais aimé, et toute mon enfance j’ai souffert de sa volonté de me faire du mal, consciemment. J’en avais des crampes à l’estomac tous les jours. Elle ne manquait jamais une occasion de me faire savoir que je n’étais pas le bienvenu ».
Nous avons ainsi longuement évoqué les conséquences pour lui de sa vie familiale infirme et douloureuse. La mort de sa mère a été la fin d’une longue domination froide et cruelle.

Je repense à lui au moment de fêter la Sainte-Famille. Comment glorifier maintenant nos familles humaines telles qu’elles sont, alors qu’elles engendrent tant de souffrances et de blessures ? Or c’est bien la Sainte-Famille que nous fêtons et non la nôtre au présent.
Autrement dit : c’est à la famille de Jésus que sont appelées nos familles humaines. Pas besoin de sacraliser nos liens du sang actuels alors qu’ils ne sont pas encore transformés en liens d’amour tel qu’ils seront en Dieu.

Aimer nos familles « à partir de la fin » dans Communauté spirituelle

Dieu n’est pas la projection imaginaire de nos manques. La famille du Christ n’est pas une idéalisation des nôtres. C’est d’ailleurs improbable et impossible avec une vierge-mère, un père adoptif et un enfant unique en son genre !

C’est l’homme qui est à l’image de Dieu et non l’inverse. Nos familles sont appelées à se transformer profondément pour correspondre mieux/moins mal à la famille de Nazareth.

« Souviens-toi de ton futur » : cette maxime des rabbins vaut également pour notre vie familiale. C’est du futur que nous viennent les repères pour aimer nos proches autrement, à la manière de Dieu et non à la manière des hommes.

Le passé importe bien moins que notre avenir en Dieu : de lui peut refluer sur notre présent de quoi métamorphoser nos façons d’être mari/femme, père/mère, conjoint, beaux-parents, frères/sœurs etc.

Christophe me racontait comment il s’est battu pour que son passé familial ne l’handicape pas trop. Il a découvert comment en faire une opportunité pour mieux écouter, mieux comprendre les failles des autres. Et dans son métier de consultant où il accompagne des personnes et des groupes, c’est finalement fort utile… La mort de sa femme, la galère de son fils et les défis ordinaires de la vie lui ont donné l’énergie pour construire son avenir sans rester rivé à son passé.

Image21.png-gu%C3%A9rison-de-lh%C3%A9morro%C3%AFse1 famille dans Communauté spirituelleVous pouvez vous épuiser - et épuiser votre argent ! - à fouiller les poubelles votre histoire pour faire l’inventaire interminable de ce qui vous a marqué et conditionné. Les psys et méthodes de développement personnel en tout genre prospèrent sur cette anamnèse du passé censée vous libérer par la seule magie de la nomination du mal subi ou commis autrefois. Si cela peut parfois aider, cela suffit rarement. Alors certains complètent à coups d’antidépresseurs et autres drogues chimiques dont la France est la championne de consommation. L’évangéliste Luc, également médecin, notait avec malice qu’une femme souffrant de pertes intimes avait dépensé tout son argent à courir de médecins en charlatans sans voir son état s’améliorer, avant qu’elle n’ose se tourner radicalement vers autre chose, vers un avenir impossible à prédire, en touchant la frange du manteau de Jésus passant sur la route. Et cette audace la guérit ! (Lc 8, 43-48) Se tourner vers son avenir est une guérison plus radicale que de se perdre dans l’archéologie de son passé…

Fêter la Sainte-Famille nous donne la même audace d’aimer nos proches à partir du Christ et non à partir de nos affections naturelles. Aimer « à partir de la fin » et non en extrapolant le présent. Aimer son fils à partir de ce qu’il est appelé à devenir en Dieu et non à partir de mes souvenirs de son enfance. Aimer son compagnon à partir de tous les possibles qu’il recèle en lui et non en le réduisant ‘aux acquêts’, à ce que j’ai compris et aimé  de lui jusqu’à présent.

Marie et Joseph ne pouvaient que s’interroger devant leur bébé dans l’étable : que deviendra cet enfant ? Ils n’en avaient aucune idée. Les événements ultérieurs ont suscité leur désarroi, leur surprise, et même leurs reproches, comme devant la fugue de Jésus au Temple de Jérusalem à treize ans : « mon enfant, pourquoi nous as-tu fais cette peine ? Ne sais-tu pas que nous t’avons cherché pendant trois jours, morts d’inquiétude ? » (Lc 2, 41-50)

 MarieMarie avait confiance en son fils, mais sa fréquentation des prostituées, des collabos, des lépreux et autres gens infréquentables l’a évidemment troublée. Et que dire alors de cette mort infâme sur le gibet de la croix, qui a transpercé son cœur comme l’annonçait Syméon dans notre évangile aujourd’hui (Lc 2, 22-40) plus qu’aucune autre mère ? Car la déréliction de Marie n’était pas seulement la mort physique de son enfant (et c’est déjà l’épreuve la plus terrible pour les parents), mais également son anéantissement spirituel (sur la croix, il devenait un maudit de Dieu) et son échec le plus lamentable. Pourtant, c’est sur le Golgotha que la nouvelle famille de Marie lui est donnée : « femme, voici ton fils » et à Jean : « voici ta mère ». (Jn 19, 26-27) Les véritables liens de famille se tissent là, au pied de la croix, quand la mère accepte que son fils lui échappe, d’une manière aussi inexplicable que scandaleuse.

Si les familles veulent devenir saintes, elles ont à faire un parcours semblable, chacune selon son histoire.

Un cousin me confiait combien cela avait été long et difficile pour lui d’admettre que sa fille était homosexuelle. Il n’avait pas voulu aller à son mariage civil. Mais la venue de deux petits-enfants successivement l’a empêché de se durcir sans retour. Peu à peu, en accueillant ses petits-enfants, il a vu les choses autrement. Et pour ses 50 ans de mariage, il a invité la conjointe de sa fille qu’il ne voulait pas voir à la maison jusqu’à présent…

Devenir une Sainte-Famille est un cheminement, une succession d’étapes où les plus radicaux acceptent de s’ouvrir, où les intransigeants apprennent à discerner, où les caractères possessifs découvrent comment lâcher prise, où les indifférents se laissent toucher par le malheur de l’autre, où les forts se découvrent faibles et les faibles reprennent confiance en eux…

Lors du prochain repas de famille, dimanche autour du poulet rôti ou de la galette des rois, égrenez un à un les visages de ceux qui sont là autour de la table, et exercez-vous à les  aimer « à partir de la fin »… N’oubliez pas de faire de même avec ce qui ne sont pas là, et ceux qui ne sont plus là…

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Ton héritier sera quelqu’un de ton sang » (Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là,  la parole du Seigneur fut adressée à Abram dans une vision :  « Ne crains pas, Abram !  Je suis un bouclier pour toi.  Ta récompense sera très grande. » Abram répondit :  « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ?  Je m’en vais sans enfant,  et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. »  Abram dit encore : « Tu ne m’as pas donné de descendance,  et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. » Alors cette parole du Seigneur fut adressée à Abram : « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier,  mais quelqu’un de ton sang. » Puis il le fit sortir et lui dit :  « Regarde le ciel,  et compte les étoiles, si tu le peux… »  Et il déclara :  « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur  et le Seigneur estima qu’il était juste. Le Seigneur visita Sara  comme il l’avait annoncé ;  il agit pour elle comme il l’avait dit.  Elle devint enceinte,  et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse,  à la date que Dieu avait fixée.  Et Abraham donna un nom  au fils que Sara lui avait enfanté :  il l’appela Isaac.

Psaume
(104 (105), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Le Seigneur, c’est lui notre Dieu ; il s’est toujours souvenu de son alliance. 104, 7a.8a

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ;
chantez et jouez pour lui,
redites sans fin ses merveilles.

Glorifiez-vous de son nom très saint :
joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !
Cherchez le Seigneur et sa puissance,
recherchez sans trêve sa face.

Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
vous, la race d’Abraham son serviteur,
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il s’est toujours souvenu de son alliance,
parole édictée pour mille générations :
promesse faite à Abraham,
garantie par serment à Isaac.

Deuxième lecture
La foi d’Abraham, de Sara et d’Isaac (He 11, 8.11-12.17-19)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.  Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.  Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

Évangile
« L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (Lc 2, 22-40)
Alléluia. Alléluia. À bien des reprises, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. Alléluia. (He 1, 1-2)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.  Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »  Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.  Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Patrick BRAUD

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26 juin 2017

Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre

Homélie pour le 13° dimanche du temps ordinaire / Année A 02/07/2017

Cf. également :

Une sainte famille « ruminante »
Fêter la famille, multiforme et changeante
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Deux prénoms pour une naissance
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Personne dans la famille ne porte ce nom-là
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime?

La géodésique divine

Quelle trajectoire suit un avion de ligne pour aller de Hong-Kong à Chicago ?

On aurait envie de prendre sa règle et de tracer un trait entre ces deux villes sur la carte. Appliquant en cela le vieux principe euclidien : la droite est le plus court chemin d’un point à un autre. Or cet axiome n’est vrai que pour les espaces euclidiens [1], ce qui n’est pas le cas de la Terre, car elle est sphérique ! Notre avion de ligne suivra en réalité une courbe le long du globe, appelée géodésique. Calculée en fonction du vent et de la rotation de la Terre, cet itinéraire passait autrefois par le détroit de Behring et passe désormais au-dessus du pôle Nord, car plus court et moins coûteux. Il est donc plus court de passer par le Pôle Nord pour relier Hong-Kong à Chicago !

Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre dans Communauté spirituelle

Que retenir de cette excursus mathématique, et quel rapport avec nos lectures bibliques du jour ?

Tout est une question de référentiel. Si on en reste à une vision à plat, sans transcendance, il est clair que c’est l’humanisme qui permet de relier les hommes entre eux. Dans un espace à deux dimensions, la droite est le plus court chemin d’un point à un autre, et symbolise l’humanisme moderne cherchant à relier les hommes entre eux. C’est le projet (prométhéen) du monde occidental : se passer de Dieu pour construire une société humaine fraternelle.

Si l’on passe en trois dimensions, alors le raccourci séculier et laïque n’est plus du tout évident, et pas le plus rapide ! Il se peut que le détour par Dieu soit paradoxalement le plus court chemin pour relier un père à son fils, une fille à sa mère… Ce que Jésus exprime par cette déclaration presque choquante dans l’évangile de ce Dimanche :

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10,37)

Eh oui ! De même qu’il est plus rapide et moins cher de passer par le Pôle Nord pour aller de Hong-Kong à Chicago, de même il est plus performant et plus durable d’aimer nos proches en Christ, à partir de Lui, plutôt qu’en eux-mêmes !

Elever ses enfants au sein d'un couple recomposéExaminez pour vous en convaincre l’ambiguïté de nos situations familiales : on se sépare, on se blesse, on s’éloigne entre conjoints, parents et enfants… Et en même temps, la famille, même recomposée, reste en tête du hit-parade de toutes les valeurs des français dans les sondages. Nous voulons aimer nos proches, tout en faisant l’amère expérience de ne pas y arriver vraiment.

Voilà pourquoi aimer son mari/sa femme plus que le Christ est une impasse : c’est en réalité une idolâtrie qui nous condamne à la déception, car l’être aimé n’est pas Dieu.

Alors que partir du Christ pour aimer l’autre peut faire réussir le désir de communion, d’intimité et de respect qui anime le projet conjugal et familial. Si j’aime le Christ plus que mon père, alors je puiserai en Christ la force de pardonner à mon père, la joie de le servir dans sa vieillesse comme le Christ a lavé les pieds de ses amis, l’espérance que le Christ le ressuscitera aux derniers jours.

Passer par le Christ nous permet de relativiser nos attachements et de ne pas tout/trop attendre de ceux que nous aimons. Ils n’ont pas à être parfaits, ni à prendre toute la place, ou à nous empêcher d’être nous-mêmes. Nous pouvons les servir avec l’humilité du Christ, les accompagner avec la sagesse de l’Esprit du Christ, les estimer pour ce qu’ils sont aux yeux de Dieu et non des hommes.

 

Jésus et la famille

D’ailleurs, relisez dans les quatre évangiles les passages où il est question du lien de Jésus à sa famille. Le moins que l’on puisse dire est que ce lien n’est pas naturel ! Jésus remet en cause les liens du sang pour les subordonner à ceux de l’amour venant de Dieu.

Amour de Jésus mon famille (vecteur)- Jésus réaffirme l’importance de la famille, en rappelant notamment le Décalogue, où le 5° commandement porte sur le respect des parents (Mt 15,1-9)

L’appel de Jésus retentit dans la famille humaine qui est un lieu privilégié pour y répondre.

- On peut s’aider entre frères et sœurs à suivre le Christ !  (Mt  4,18-21, pour Simon et André, Jacques et Jean)

Mais il relativise aussi l’emprise familiale.

- Jésus montre son indépendance dès son plus jeune âge (Lc 2,41-52). Sa « fugue » vers l’âge de 12 ans est restée célèbre ! Il y a des ‘transgressions’ positives…

- La foi en Christ divisera les familles (Mt  10,35-39)

- En temps de persécution, beaucoup seront capables de vendre père et mère pour échapper aux problèmes… (Mt  10,21)

- Il faut quitter son père et sa mère pour aimer. C’est-à-dire faire du neuf à deux, en s’appuyant sur le passé familial de chacun, mais sans le répéter ni le fuir…(Mc  10,7-8)

- Bien plus, alors qu’il est incompris de sa propre famille, Jésus n’a pas peur de les remettre à leur place (Mc 3,20-21).

- Il sait que les familles humaines sont possessives, et ont besoin d’être converties à l’amour gratuit (Mc 3,31-35).

- Il se méfie par exemple de l’attachement maternel trop envahissant (Jn 2,3-5 ; Mt 20,20-23).

- Finalement, c’est toujours un défi que de parvenir à s’aimer en vérité entre membres d’une même famille ! (cf. Caïn et Abel, Ésaü et Jacob, Joseph et ses frères etc…)

Dans la première lecture (2R 4, 8-16), on voit que, grâce au prophète Élisée, la vieille femme stérile de Surinam va pouvoir à sa grande surprise agrandir sa famille par une naissance inespérée. Sans le détour par ce prophète de Dieu, pas de fécondité !

Élisée dit au serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »

Trop aimer sa famille, c’est mal l’aimer, l’idolâtrer. C’est risquer de retomber dans des idéologies racistes, ethnocentriques ou communautaristes. Les mafieux ne sont-ils pas les plus attachés à la valeur famille ? Les liens du sang sont donc à convertir, pour les intégrer dans une réalité plus grande (« sur-naturelle »), qui leur donne tout leur sens et leur épanouissement.

Ainsi Marie est-elle honorée parce qu’elle a toujours été la servante de Dieu, prompte à mettre sa parole en pratique. Elle est bienheureuse parce qu’elle a mis l’amour de Dieu au centre, au point d’intersection de tous ses amours, plus que parce qu’elle a engendré  physiquement le Messie.

Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit: « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés! »  Mais Jésus dit: « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent! » (Lc 11,27-28)

C’est ce point focal, souvent caché, invisible, qui rend le faisceau de nos attachements cohérent ou incohérent.

Passer par Dieu est le plus court chemin d’un père à sa fille, d’un fils à sa mère, de deux amis entre eux, d’un homme à un autre.

Réexaminons les relations qui nous tiennent le plus à cœur. Les faire passer par le Christ, comme l’avion par le Pôle Nord pour relier Hong-Kong à Chicago, qu’est-ce que cela changerait ?

Exerçons-nous à aimer nos proches en Dieu, à partir de Lui, pas sans Lui…

 


[1] . Dans un espace de Riemann, le plus court chemin est un arc de cercle. Dans un espace de Lobatchevski, le plus court chemin est une tractrice. Dans ces 2 espaces, d’un point on peut mener plusieurs parallèles à une « droite ».  

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Celui qui s’arrête chez nous est un saint homme de Dieu » (2 R 4, 8-11.14-16a)
Lecture du deuxième livre des Rois

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. » Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »

PSAUME
(Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19)
R/ L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ! (Ps 88, 2a)

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

Heureux le peuple qui connaît l’ovation !
Seigneur, il marche à la lumière de ta face ;
tout le jour, à ton nom il danse de joie,
fier de ton juste pouvoir.

Tu es sa force éclatante ;
ta grâce accroît notre vigueur.
Oui, notre roi est au Seigneur ;
notre bouclier, au Dieu saint d’Israël.

DEUXIÈME LECTURE
Unis, par le baptême, à la mort et à la résurrection du Christ (Rm 6, 3-4.8-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.  Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

ÉVANGILE
« Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi. Qui vous accueille m’accueille » (Mt 10, 37-42) Alléluia. Alléluia.
Descendance choisie, sacerdoce royal, nation sainte, annoncez les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Alléluia. (cf. 1 P 2, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense.
Patrick BRAUD

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22 juin 2016

Sans condition, ni délai

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Sans condition, ni délai

 

Homélie du 13° Dimanche du temps ordinaire / Année C
26/06/2016

 

Cf. également :

Exigeante et efficace : la non-violence 

Du feu de Dieu ! 

 

Sans condition

Sommes-nous capables d’aimer sans condition ?

Nous pressentons que la gratuité fait partie structurante de l’amour. C’est peut-être l’amour parental qui en est le plus proche. Beaucoup de parents ont dit à leur enfant – et ils ont eu raison de lui dire – : quoi qu’il t’arrive dans ta vie, tu resteras notre fils/fille, et notre maison comme notre coeur te seront toujours ouverts.

Afficher l'image d'originePourtant, même cet amour parental apparaît mélangé. Dès la conception d’ailleurs, puisque beaucoup d’enfants sont accueillis à condition qu’ils soient attendus et désirés, sinon l’IVG sera requis, parce que les conditions ne sont pas réunies pour accepter cette grossesse. Environ 96 % des parents à qui on diagnostique pendant la grossesse un risque d’avoir un enfant trisomique demandent l’avortement. Un certain eugénisme de fait est déjà pratiqué dans notre pays.

Même après la naissance, l’amour parental n’est pas si inconditionnel que cela : les abandons sont encore nombreux, la maltraitance physique également, sans compter les maltraitances psychologiques parce que l’enfant qui avait été rêvé ne correspond pas aux attentes de ses parents.

Jésus connaît bien les ambiguïtés des liens familiaux. Souvent il a refusé de les sacraliser et les a remplacés par les liens de la foi : « celui qui vient à moi doit me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa propre personne… » (Lc 14, 25-26).

Jésus, dans l’évangile de ce dimanche (Lc 9, 51-62), est d’une exigence inouïe. Il ose appeler un homme qui vient de perdre son père, et cela devait se voir à l’époque où le deuil était une étape sociale au vu et au su de tous. À la réponse : « laisse-moi d’abord aller enterrer mon père », Jésus a cette maxime cinglante devenue proverbiale : « laisse les morts enterrer leurs morts ». Et il lui répète son invitation : « suis-moi », comme pour l’arracher à cette sphère devenue morbide au nom de l’affection filiale. Pourtant, la loi juive comme les coutumes humaines les plus ancestrales font de l’assistance aux obsèques une obligation sociale impérative. Ne pas venir à l’enterrement d’un ami, d’un proche, même si on était fâché ou éloigné, est toujours perçu comme inacceptable. Tout devrait disparaître devant la mort, pense-t-on, et alliés ou adversaires s’inclinent toujours devant la dépouille du défunt.

Le fils semble donc obéir au respect humain le plus élémentaire en demandant d’abord d’aller enterrer son père. Il obéit en plus à la Torah, qui demande : « honore ton père et ta mère ». Et quoi de plus déshonorant que de ne pas avoir ses enfants pour le dernier adieu ?

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Les deux hommes concernés par leur famille posent en quelque sorte une condition à Jésus : « je te suivrai à condition d’abord d’enterrer mon père / de dire adieu à mes proches ».

Même ces conditions, ultra légitimes, ne tiennent pas devant l’appel du Christ : « suis-moi ! » [1]. Certains commentaires voudraient spiritualiser ce passage en allant trop vite au sens symbolique de cette rupture demandée. Bien sûr, il s’agit de ne pas se laisser enfermer par son passé, même son passé familial. Bien sûr, Jésus nous libère par cette maxime de toute idolâtrie du lien du sang : notre vraie famille n’est pas régie par nos gènes, notre véritable identité n’est pas déterminée par le droit du sol ni le droit du sang. Notre vraie famille, c’est l’humanité tout entière et chaque personne en particulier. Voilà pourquoi nous appelons Dieu Père, et lui seul est père en plénitude. Et ce père-là, on n’est pas près de l’enterrer !

Il y a donc une sacrée libération de toute domination familiale dans l’Évangile, et cette fraternité universelle est encore aujourd’hui révolutionnaire.

Reste l’impératif très concret de Jésus : « laisse les morts enterrer leurs morts ». Ce n’est pas une théorie sur l’engagement, c’est un acte visible, socialement lourd de conséquences. Jésus a toujours préféré les décisions en actes à des discours abstraits, les personnes aux idées, les situations singulières aux théories générales.

 

Sans délai

Un couple qui prépare son mariage m’a fait découvrir ce texte autrement. Il y voit surtout la tentation du délai : délai pour éviter de se mettre en route tout de suite, excuse pour différer le véritable engagement. Le fiancé racontait :

« C’est ce que j’ai fait lors d’une première relation avec une autre femme, qui a duré des années. Je me disais : quand j’aurai un boulot stable, quand on aura une maison, quand on sera sûr d’être ensemble, quand on sera d’accord sur les enfants, quand… alors peut-être on se mariera. Mais en réalité, c’était le symptôme d’une hésitation plus profonde. Et de fait, nous nous sommes séparés au bout de quelques années, constatant qu’on n’arrivait pas à s’engager ensemble. »

Cette interprétation en termes de délai sonne fort juste : même si nous ne mettons pas apparemment de condition pour suivre le Christ ou dire oui à tel projet essentiel, il nous arrive souvent de contourner la décision en la procrastinant, c’est-à-dire en la reportant sans cesse à plus tard. Un peu comme l’alcoolique qui dit : j’arrête demain. Un peu comme le fumeur, sûr de lui : je peux arrêter de fumer quand je veux (donc je continue !).

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Suivre le Christ peut ainsi sans cesse être remis à plus tard : d’abord prendre soin de mon travail, puis de ma famille, puis de ma retraite… après on verra ! Prendre excuse d’un délai peut miner nos décisions les plus importantes.

Il existe certes une procrastination heureuse (notamment au travail !) : celle qui consiste à laisser s’évanouir d’elle-même l’écume des jours pour éviter de s’y noyer. Par exemple, ne pas répondre tout de suite à tous ses mails, et constater ainsi que la moitié d’entre eux se résolvent tout seuls… Mais la procrastination qui est ici dénoncée est d’un autre ordre : le délai sans cesse prétexté nous empêche en réalité de prendre la route, de nous engager vraiment, de passer les seuils essentiels (se marier, s’engager, terminer un travail de deuil, mettre ses actes en accord avec ce que l’on croit etc…).

 

Mettre des conditions ou prétexter un délai

Ne vous arrive-t-il jamais d’éviter ainsi de prendre une décision importante ?

Mettre cette stratégie – consciente ou non – en pleine lumière suffit le plus souvent à lui enlever son efficacité négative. L’appel du Christ à le suivre, à travers les routes que nous avons à prendre, peut alors se fait entendre, avec son exigence, maintenant, sans poser de conditions plus longtemps…

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[1]. Si l’on tient compte des coutumes du temps du Christ, il est possible que la raison donnée par cette homme à ne pas suivre Jésus directement n’ait rien à faire avec les obsèques de son père. Car, au Moyen Orient comme en Afrique et tous les pays chauds, on enterrait les morts le jour même à cause de la chaleur. Un délai de 24h maximum est toujours de mise dans l’islam. Les fils veillaient auprès du corps de leur père jusqu’à son enterrement. L’homme en question ne devrait donc pas être en train de parler avec Jésus ! Sa réponse sonne alors comme une excuse et un mensonge, pour remettre à plus tard le fait de prendre la route avec Jésus.

 

 

1ère lecture : « Élisée se leva et partit à la suite d’Élie » (1 R 19, 16b.19-21)
Lecture du premier livre des Rois
En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder. » Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

Psaume : Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11
R/ Dieu, mon bonheur et ma joie ! cf. Ps 15, 2.11)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : « Vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 1.13-18)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

Evangile : « Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » « Je te suivrai partout où tu iras » (Lc 9, 51-62)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ; Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. 1 S 3,9 ; Jn 6, 68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village.
 En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
 Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
 Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Patrick BRAUD

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