L'homélie du dimanche (prochain)

17 juillet 2022

INRI : annulez l’ordre injuste !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

INRI : annulez l’ordre injuste !

Homélie pour le 17° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
24/07/2022

Cf. également :

La prière et la Loi de l’offre et de la demande
Que demander dans la prière ?
La force de l’intercession
Les 10 paroles du Notre Père
Intercéder comme Marie
Ne nous laisse pas entrer en tentation
La loi, l’amour, l’épikie

 

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La pile de facturettes au clou

Vous avez sûrement déjà vu ce grand clou placé à la verticale sur son socle au comptoir : pour payer à la caisse d’un restaurant, d’une épicerie ou d’un hôtel, le commerçant vous  a tendu un terminal de carte bleue qui après votre code a imprimé deux exemplaires du ticket bancaire. Le commerçant a détaché le deuxième exemplaire pour vous le donner, et a  conservé le premier qu’il a aussitôt fiché sur le pic avec la pile des autres facturettes de la journée. Ainsi l’acte de clouer ce papier sur le pic signifie : « ça c’est réglé. La facture est acquittée. Le client n’a plus rien à payer ».

Le grand voyageur qu’était Paul ferait sans doute chauffer sa carte bleue tout autour de la Méditerranée aujourd’hui, et il remarquerait sûrement ce geste d’acquittement ! C’est en tout cas quelque chose de semblable qu’il a observé il y a 2000 ans : il était d’usage en cas de prêt d’argent d’écrire à la main un billet mentionnant la date, les noms et la somme due. C’était une facture, une obligation, et ce billet de reconnaissance de dette exigeait le remboursement en retour, avec des pénalités en cas de retard. Chez les juifs, il y avait plusieurs manières d’annuler cette obligation, notamment après le paiement : on pouvait diluer et effacer l’écriture à l’aide d’un buvard, ou barrer le billet avec un trait d’encre (comme on barre une carte grise pour indiquer que le véhicule est vendu). On pouvait également le frapper avec un clou, ce qui en le déchirant le frappait d’invalidité [1]. Ce sont ces gestes auxquels Paul fait allusion dans notre deuxième lecture (Col 2, 12-14) :

Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.

Effacer et clouer à la croix les obligations légales : quelles conséquences pour nous de ces gestes spectaculaires ?
Il y en a au moins deux :
– ne pas vivre sous le régime de la Loi, quelle qu’elle soit, mais de la grâce. Mettre l’Esprit au-dessus de la lettre.
– ne pas imposer à d’autres des lois injustes ou impossibles.
Disons quelques mots de chacune de ces deux conséquences.

 

Vivre sous le régime de la grâce plutôt que de la Loi

La traduction liturgique est approximative quand elle parle de dette. Le billet dont parle Paul est visiblement juridique, comme une ordonnance écrite d’un tribunal. La traduction de Louis Segond est plus proche du texte original :

« Il a effacé l’acte (xειρογραφον) dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l’a détruit en le clouant à la croix » (Col 2,14).

Avec un culot certain, Paul emploie le mot xειρογραφον = cheirographon, qui signifie manuscrit, billet écrit à la main. Comme il parle ici d’un acte juridique fixant les prescriptions de la Loi de Moïse, impossible de ne pas se souvenir que les deux Tables de la Loi sont réputées écrites du doigt de Dieu (Ex 31,18) au Sinaï ! Paul ose dire que les obligations légales écrites du doigt de Dieu, les fameux 613 commandements juifs à observer chaque jour aujourd’hui encore, sont désormais caduques depuis la croix du Christ ! On avait déjà vu Jésus dessiner de son doigt dans la poussière au moment où l’on voulait son accord pour lapider la femme adultère selon la Loi de Moïse (Jn 8, 1-11). Comme si le doigt de Dieu écrivait la nouvelle Loi… Et, sans renier la Loi, Jésus avait su faire primer la grâce sur le jugement, le pardon sur la faute. Paul tire le fil : puisque c’est la Loi qui a condamné Jésus à l’infamie du gibet, sa résurrection a annulé cette condamnation et a rendu obsolète l’appareil juridique qui a engendré une telle méprise !

La première Loi a été utile et nécessaire : les Hébreux n’étaient pas encore un peuple quand Dieu les a fait sortir d’Égypte, ramassis d’esclaves en fuite au désert. Avec patience et exigence, via les prescriptions très codifiées de la Loi de Moïse, Dieu s’est fait le pédagogue d’Israël pendant son enfance et son adolescence, pour le guider vers sa maturité spirituelle. « Ainsi, la Loi, comme un pédagogue, nous a menés jusqu’au Christ pour que nous obtenions de la foi la justification » (Ga 3,24). Avec Jésus, la Loi nouvelle instaure la vie dans l’Esprit que la Loi de Moïse préparait.

Les ordonnances juridiques sont ainsi effacées, comme le psaume 50 suppliait Dieu de le faire :
« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. » (Ps 50,3)
« Détourne ta face de mes fautes, efface tous mes péchés. » (Ps 50,11)
Elles sont effacées, comme le gérant habile efface sa commission sur le billet de reconnaissance des obligés de son maître (Lc 16,1-8). Le jour où son patron le menace de licenciement, il se préoccupe de se faire des amis ; et dans ce but il convoque les débiteurs de son maître ; à chacun d’eux, il dit : « voici ton billet de reconnaissance de dette, efface et change la somme. Tu devais 100 sacs de blé ? Écris 80 ».
Elles sont effacées, comme est effacée la menace pesant sur une femme accusée d’infidélité, selon l’ordalie du livre des Nombres : « Le prêtre écrira ces menaces sur un manuscrit et les effacera dans l’eau amère » (Nb 5,23). Il fera boire cette eau amère à la femme pour savoir si elle a été infidèle ou non : si oui, l’eau amère la fera dépérir, sinon elle sera reconnue fidèle. Curieuse pratique, mais qui montre que le châtiment peut être effacé par l’intervention divine.

 

depositphotos_198783344-stock-photo-holy-cross-with-crucified-jesus croix dans Communauté spirituelle

INRI

En 2020, Werner Lustig, un homme d’affaires allemand, a voulu faire enregistrer les lettres INRI, utilisées par le christianisme sur les crucifix depuis plus de 2000 ans, comme une marque déposée. Il l’aurait utilisée sur des T-shirts, bijoux et autres produits, comme Coca ou Nike ! À la dernière minute, les autorités européennes des marques ont rejeté son enregistrement pour une utilisation d’INRI sur des produits commerciaux, ce qui lui aurait donné le monopole de l’utilisation de l’INRI sur les croix !

Le supplice des esclaves était connu et redouté dans l’empire romain : en 71 av. JC, 6000 esclaves révoltés avec Spartacus furent crucifiés par Crassus sur les 190 km entre Capoue et Rome. L’historien juif Flavius Josèphe rapporte que vers 88 av. J.-C., 800 pharisiens furent crucifiés au centre de Jérusalem sur ordre d’Alexandre Jannée ; il rapporte également les 2000 crucifiements ordonnés en 4 av. J.-C. par le légat romain Varus.
Paul avait déjà vu ces condamnés misérables rayés de l’humanité.
Il n’était pas au Golgotha, mais tous lui ont raconté : il y avait au-dessus de la tête de Jésus un panneau en bois sur lequel Pilate avait fait écrire le titulus [2], le motif de sa condamnation : « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs ». Comme le I et le J ont la même lettre en latin, cela a donné le célèbre acronyme INRI représenté sur les tableaux des peintres et les calvaires des sculpteurs etc.
Notons pour l’anecdote que cela a également donnée la deuxième branche de la Croix de Lorraine, la plus courte, qui fait bien référence au panneau INRI [3] du Golgotha…

Bref : clouer INRI sur le bois de la croix, c’était pour Paul un acte hautement symbolique. Parce qu’il est le roi des juifs, Jésus dispose de la Loi juive. Parce que ce panneau est écrit dans les trois langues majeures de Palestine (l’araméen, le latin, grec), il annonce une bonne nouvelle pour l’empire tout entier : les obligations rituelles et juridiques de la Loi de Moïse sont clouées au bois de la croix ! Elles sont accomplies dans le don de l’Esprit, qui surpasse toute Loi.

Et ça, c’est une bonne nouvelle pour nous encore aujourd’hui ! Car vouloir obéir en tous points à la Loi, à ses 613 commandements (ou à ceux de la charia), est impossible ! Il y a tant d’interdits et d’obligations – depuis la façon de se laver jusqu’à l’usage de l’électricité ! – qu’aucun juif pieux ne peut prétendre observer la Loi à la lettre en totalité, toujours et partout. Il en est de même pour toutes les lois que les Églises ont voulu imposer au cours des siècles, pour remplacer l’ancienne, en contradiction flagrante avec la déclaration de Paul… S’il y avait un permis à points pour les lois religieuses, aucun croyant n’aurait ses douze points ! Comme l’écrivait le philosophe juif Emmanuel Lévinas : « Personne ne peut dire : j’ai fait tout mon devoir, sauf l’hypocrite ». Comment, dès lors, un individu peut-il prétendre à l’accomplissement de tous les commandements ? Les rabbins disent que c’est le peuple pris dans son ensemble qui observe la Loi, car pour un seul c’est impossible.

Paul rassure les inquiets, et nous délivre du sentiment de culpabilité qu’engendre l’exigence infinie du respect de la Loi : ce n’est pas en observant des prescriptions religieuses qu’on est sauvé, c’est par grâce ! Ce n’est pas en appliquant à la lettre les décrets des rabbins ou des oulémas, ou même des ordres cléricaux, que nous nous hisserions jusqu’à Dieu grâce à nos ‘mérites’. C’est Dieu qui à l’inverse est venu vers nous, gracieusement, sans condition : il suffit de le recevoir.

Côté catholique, les fondamentalistes ont toujours été des obsédés de la Loi, qu’ils transgressent d’ailleurs allègrement pour eux-mêmes alors qu’ils veulent l’imposer aux autres…

Si le billet des ordonnances de la Loi a été cloué sur le bois de la croix avec le panneau INRI, c’est donc que la grâce et l’Esprit sont plus importants pour nous que la Loi et sa lettre.
On devine à peine la révolution spirituelle qui embraserait le monde si ce souffle de liberté et de pardon venait à gonfler vraiment les voiles de nos Églises…

 

Ne pas imposer à d’autres des Lois injustes ou impossibles

L’enjeu pour Paul de ce débat sur la Loi juive est missionnaire : doit-on imposer ou non aux convertis non-juifs les obligations de la Loi de Moïse ? La circoncision, le shabbat, les interdits alimentaires de la cacherout, les obligations vestimentaires et cultuelles etc. Faut-il faire des nouveaux chrétiens des juifs accomplis, ou peuvent-ils vivre sous le régime de l’Esprit chacun selon son génie personnel et selon le génie de sa culture ?

Paul a tranché : « Le Christ a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix par le sang de sa croix » (Ep 2,15).
En clouant à la croix les obligations juridiques juives, le Roi des juifs est devenu le Roi de l’univers, sans imposer à l’univers d’être juif.
Alors le baptême a remplacé la circoncision, le dimanche le sabbat, l’eucharistie le culte synagogal ; alors croire est devenu plus important que faire, l’interprétation prime sur le rabâchage, la vie spirituelle prime sur la pratique religieuse, la prière sur l’étude etc.

Nous n’avons pas à imposer à d’autres des Lois que nous-mêmes n’arrivons pas à observer vraiment. Il y a des ordonnances injustes qui doivent être renversées et annulées si l’on veut être fidèle à Jésus dessinant sur le sol et à Paul contemplant la pancarte INRI sur la croix ! Qu’on pense à ce que l’Église catholique a osé imposer aux filles-mères par exemple en Irlande, aux esclaves dans les Amériques, aux personnes homosexuelles en Occident, aux divorcés remariés etc. Alors que dans le même temps le clergé le plus légaliste dans ses propos s’abandonnait à tous les vices possibles, accumulant richesses, abus sexuels, abus de pouvoir politique et autres turpitudes à foison.

L’hypocrisie religieuse contre laquelle Jésus tonnait ses imprécations les plus violentes et les plus graves n’en finit pas de renaître, d’infiltrer les communautés, les ministères. L’un des signes de cette dégradation spirituelle est la prédominance de la Loi sur la grâce : quand l’Église ne devient plus qu’une liste d’interdits et d’obligations, à la manière des talibans d’Afghanistan, comment s’étonner que nos sociétés se détournent d’elle ? Quand nous faisons passer la morale avant la foi, et singulièrement la morale sexuelle avant la morale économique, sociale ou politique, nous dé-clouons le billet de la croix, nous décrochons la pancarte INRI pour l’archiver dans un musée fermé à clé.

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Transposez cela au plan séculier : il existe des lois injustes (apartheid, esclavage, eugénisme, profits financiers etc.), des régimes politiques que les hommes ont voulu légitimer en les appuyant sur des absolus apparemment indiscutables (Dieu, la nature, les Droits de l’Homme etc.), mais qui ne tiennent pas devant l’autre exigence, celle de l’amour d’autrui.

Les baptisés seront sel de la terre s’ils osent entreprendre de renverser ces lois injustes, inspirés par l’Esprit du Christ, non-violents, témoignant jusqu’au bout de la vérité sur l’homme, jusqu’à donner leur vie s’il le faut, par amour.

La Loi a crucifié Jésus de Nazareth. Sa résurrection a crucifié la Loi en retour. Le Roi des juifs est devenu le roi de l’univers, et son royaume est un royaume de paix et de grâce, d’amour et de vérité.
Pourquoi irions-nous charger les épaules des autres avec des fardeaux que nous n’arrivons pas nous-mêmes à porter (Mt 23,4) ?
Pourquoi filtrer le moucheron et avaler le chameau ? (Mt 23,24)
Contemplons la pancarte INRI clouée au-dessus de Jésus : quels sont les ordres injustes qu’il nous faut annuler ?

 


[1]. Dans le registre fiscal de Florence datant de 85 de notre ère, le gouverneur de l’Égypte fournit cet acte lors du procès : “Que le manuscrit soit rayé”, et cela correspond à “l’élimination de l’acte” dont il est question dans Col 2,14.

[2]. Le titulus est l’affiche accrochée au bout d’un long bâton porté par les légions romaines lors de la cérémonie du triomphe pour indiquer à la foule, le nom des légions, le nombre de prisonniers, la quantité du butin, les noms des villes et des pays soumis. Les renseignements y étaient écrits en gros caractères. Le titulus était également un petit écriteau qui énonçait le crime de la victime. Fixé habituellement sur un bâton, il était porté à l’avant du cortège du futur supplicié en sortant de la prison ou suspendu à son cou. Il pouvait être fixé à la croix pour informer les spectateurs du nom et du crime de la personne pendant qu’ils étaient accrochés à la croix, maximisant davantage l’impact public.

[3]. Il existe même une relique, Titulus Crucis, exposée depuis 1492 dans la basilique Sainte Croix de Jérusalem à Rome. Il consiste en une petite pièce de bois (conservée dans un reliquaire d’argent) qui, selon la tradition catholique, serait un morceau de l’écriteau placé au-dessus de la tête de Jésus lors de la Crucifixion. D’après une tradition ecclésiale, la Sainte Croix, trois clous ayant servi à crucifier Jésus et le titulus furent découverts par sainte Hélène en 325 à Jérusalem, sur le lieu même de la crucifixion, le mont Golgotha.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Que mon Seigneur ne se mette pas en colère si j’ose parler encore » (Gn 18, 20-32)

Lecture du livre de la Genèse
 En ces jours-là, les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Alors le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. » Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur. Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, Loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » Le Seigneur déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. » Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. » Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. » Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. »

Psaume
(Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8)
R/ Le jour où je t’appelle, réponds-moi, Seigneur.
 (cf. Ps 137, 3)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
de Loin, il reconnaît l’orgueilleux.
Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s’abat sur mes ennemis en colère.

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

Deuxième lecture
« Dieu vous a donné la vie avec le Christ, il nous a pardonné toutes nos fautes » (Col 2, 12-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.

Évangile
« Demandez, on vous donnera » (Lc 11, 1-13)
Alléluia. Alléluia. 
Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; c’est en lui que nous crions « Abba », Père. Alléluia. (Rm 8, 15bc)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : ‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.’ Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose’. Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Patrick BRAUD

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19 juin 2022

La loi, l’amour, l’épikie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La loi, l’amour, l’épikie

 Homélie pour le 13° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
26/06/2022

Cf. également :

Quelles sont vos vraies urgences ?
Traverser la dépression : le chemin d’Elie

Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre
Sans condition, ni délai
Exigeante et efficace : la non-violence
Du feu de Dieu !

Quand voler n’est pas voler

Un fait divers était à la Une des médias en ce mois de juin 2012.
Laissons le quotidien Ouest-France raconter :

La loi, l’amour, l’épikie dans Communauté spirituelle photo-d-illustration-julio-pelaez-1646135561Hier, une femme de 47 ans, mère de trois enfants, a été jugée par le tribunal correctionnel de Rennes, pour vol en réunion. Le 11 juillet, cette mère, d’origine arménienne, s’est rendue au Carrefour de Fougères avec son fils. Elle prend de la viande et du beurre qu’elle cache dans son sac. Elle dissimule aussi du fil de pêche et un bouchon. Elle se fait repérer aux caisses. Une plainte est déposée. Le préjudice est estimé à 54 €.
À l’audience, hier, cette femme est présente. Accompagnée d’une traductrice, elle explique le vol : « J’étais demandeuse d’asile et j’avais 160 € pour faire vivre cinq personnes. Les Restos du cœur sont fermés l’été, je ne pouvais pas acheter. Le fil et le bouchon, c’était pour que mon fils puisse pêcher avec ses copains. » La procureure requiert huit jours de prison avec sursis. L’avocate de la défense plaide pour une dispense de peine car « le magasin ne s’est pas constitué partie civile et a donné les aliments à ma cliente nécessiteuse ». La juge a averti la prévenue. Celle-ci est déclarée coupable mais dispensée de peine. (Ouest France, 06/06/2012)

À la lumière de ce vol qui n’en était pas un, la France redécouvrait que l’application stricte de la loi n’était pas toujours juste, ni même légale ! À vrai dire, un autre fait divers semblable avait déjà fait évoluer la jurisprudence au XIX° siècle. Il s’agit de la célèbre affaire Louise Ménard. Louise Ménard naît à Paris en 1875. En 1898, elle vit à Charly-sur-Marne avec sa mère et son fils, âgé de deux ans, né de père inconnu. La mère et la fille sont sans travail et vivent des allocations que leur verse le bureau de bienfaisance de la commune. Mais, elles ne sont pas suffisantes pour nourrir trois personnes. Le 22 février 1898, alors que Louise, sa mère et son fils n’ont pas mangé depuis 36 heures, elle vole, à la devanture d’une boulangerie, un pain de trois kilos. Le boulanger, qui n’est autre que son cousin, porte plainte pour vol. Les gendarmes transmettent la plainte au parquet et Louise est convoquée au tribunal de Château-Thierry le 4 mars 1898 pour répondre du délit de « vol simple ». Elle n’a pas d’avocat, comme la plupart des pauvres de cette époque.

Malgré le réquisitoire du procureur Vialatte, le tribunal relaxe l’accusée. Le « bon juge » Magnaud présente en effet Louise comme une bonne mère de famille, laborieuse, décrit la misère dans laquelle elle se trouve et rejette la responsabilité du vol sur la mauvaise organisation de la société. L’excuse reconnue à Louise relève de la force majeure, de l’« état de nécessité ». Cette notion sera reprise ensuite par de nombreux juristes, mais ce n’est qu’un siècle plus tard, le 1er mars 1994, qu’elle sera inscrite dans les textes.

Il y a donc des circonstances où voler n’est pas voler, car il y va de la survie de quelqu’un ou de ses proches.

 

Paul, l’amour, la Loi

Ces deux faits divers illustrent la position de Paul dans notre 2e lecture :

coeur-ouvert-1024x682 amour dans Communauté spirituelleToute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

L’apôtre est connu pour ses binômes de choc : la lettre/l’Esprit ; les mérites/la grâce ; les œuvres/la foi ; la chair/l’Esprit etc.
La Loi/l’amour : le binôme de notre lecture met en tension la Loi et l’amour, non pour les opposer mais pour dialectiquement les conjuguer afin de manifester clairement que l’amour est l’accomplissement de la Loi. Condamner une femme pauvre qui vole pour nourrir les siens est peut-être légal, mais profondément immoral, et en tout cas contraire à l’amour-solidarité qu’elle est en droit d’attendre de la société. Ainsi Paul met-il la vie humaine au-dessus des principes, la liberté inspirée par l’amour plus haut que l’obligation prescrite par la Loi. Il est circoncis, reconnaît la valeur de la circoncision pour les juifs, mais ne veut pas l’imposer aux païens. Il comprend bien que manger des viandes consacrées aux idoles fait horreur aux juifs, mais se sent libre de passer outre ces interdits obsolètes, sauf si cela scandalise des frères d’origine juive. Il sait combien les juifs répugnent à s’asseoir à la table des païens, mais réprimande Pierre lorsque celui-ci n’ose plus le faire en présence des chrétiens venus de Jérusalem. Il est l’élève de Gamaliel, donc un expert en Torah, mais voit en Jésus condamné par cette même Torah la subversion des règles pharisiennes.

Bref, Paul considère que l’amour (agapè) tel que Jésus l’a vécu, tel que l’Esprit nous souffle d’agir aujourd’hui, est le critère ultime d’interprétation de la Loi.

 

Nécessité fait loi

DSCN1716Omnia1-1024x768 AugustinQue voulait le législateur au moment où il a promulgué telle loi ? Que ferait-il maintenant dans une situation nouvelle que la loi n’avait pas prévue ?
C’est ce raisonnement qui a ensuite conduit les Pères de l’Église à relativiser par exemple le droit à la propriété privée. Certes, chacun peut posséder des biens en propre, ce qui lui donne une sécurité et une liberté inaliénables. Mais les Pères forgèrent un adage qui est passé en latin dans notre jurisprudence proverbiale : in necessitate sunt omnia communia = en cas de nécessité, toutes choses sont communes.

Saint Thomas d’Aquin a repris cet argument patristique dans sa Somme théologique, pour démontrer justement que l’amour concret pour l’autre prime sur la stricte application du droit :

Somme théologique, IIa IIae Q66. art.7
QUESTION 66: LE VOL ET LA RAPINE
ARTICLE 7: Est-il permis de voler en cas de nécessité ?
Dans la nécessité tous les biens sont communs [1]. Il n’y a donc pas péché si quelqu’un prend le bien d’autrui, puisque la nécessité en a fait pour lui un bien commun.
Réponse: Ce qui est de droit humain ne saurait déroger au droit naturel ou au droit divin. Or, selon l’ordre naturel établi par la providence divine, les être inférieurs sont destinés à subvenir aux nécessités de l’homme. C’est pourquoi leur division et leur appropriation, œuvre du droit humain, n’empêchent pas de s’en servir pour subvenir aux nécessités de l’homme. Voilà pourquoi les biens que certains possèdent en surabondance sont dus, de droit naturel, à l’alimentation des pauvres; ce qui fait dire à S. Ambroise et ses paroles sont reproduites dans les Décrets: « C’est le pain des affamés que tu détiens; c’est le vêtement de ceux qui sont nus que tu renfermes; ton argent, c’est le rachat et la délivrance des miséreux, et tu l’enfouis dans la terre. » Toutefois, comme il y a beaucoup de miséreux et qu’une fortune privée ne peut venir au secours de tous, c’est à l’initiative de chacun qu’est laissé le soin de disposer de ses biens de manière à venir au secours des pauvres.
Si cependant la nécessité est tellement urgente et évidente que manifestement il faille secourir ce besoin pressant avec les biens que l’on rencontre – par exemple, lorsqu’un péril menace une personne et qu’on ne peut autrement la sauver -, alors quelqu’un peut licitement subvenir à sa propre nécessité avec le bien d’autrui, repris ouvertement ou en secret. Il n’y a là ni vol ni rapine à proprement parler.

Solutions :
1. La décrétale citée ne vise pas le cas d’urgente nécessité.
2. Se servir du bien d’autrui que l’on a dérobé en secret dans un cas d’extrême nécessité n’est pas un vol à proprement parler, car, du fait de cette nécessité, ce que nous prenons pour conserver notre propre vie devient nôtre.
3. Cette même nécessité fait que l’on peut aussi prendre subrepticement le bien d’autrui pour aider le prochain dans la misère.

Il prend plus loin l’exemple d’un prêteur sur gages qui auraient reçu une épée en dépôt. Normalement il doit la rendre à son propriétaire si celui-ci paye la somme requise. Mais supposons qu’il soit devenu fou furieux et réclame son épée pour trucider son paisible voisin : que doit faire le prêteur ? Respecter les termes du contrat de gage et mettre indirectement la vie du voisin en danger ? Ou résister à cette obligation en différant de rendre l’arme tant que le fou furieux n’est pas calmé ?

Une version hélas très actuelle de cet exemple se joue avec le gaz russe : doit-on honorer les contrats avec Gazprom au risque de verser chaque jour 700 millions d’euros à la Russie de Poutine, finançant ainsi son effort de guerre contre l’Ukraine ? Ou doit-on au contraire dénoncer ces contrats, quitte à en payer le prix chez nous ?

« Le législateur, ne pouvant envisager tous les cas particuliers, rédige la loi en fonction de ce qui se présente le plus souvent, portant son intention sur l’utilité commune. C’est pourquoi, s’il surgit un cas où l’observation de telle loi soit préjudiciable au salut commun, celle-ci ne doit plus être observée. Ainsi, à supposer que dans une ville assiégée on promulgue la loi que les portes doivent demeurer closes, c’est évidemment utile au salut commun en règle générale; mais s’il arrive que les ennemis poursuivent des citoyens dont dépend la survie de la cité, il serait très préjudiciable cette ville de ne pas leur ouvrir ses portes. C’est pourquoi, en ce cas, il faudrait ouvrir ses portes contre la lettre de la loi, afin de sauvegarder l’intérêt général que le législateur avait en vue. […]
Si le danger est pressant, ne souffrant pas assez de délai pour qu’on puisse recourir au supérieur, la nécessité même entraîne avec elle la dispense; car nécessité n’a pas de loi » [2].

Les exemples bibliques de ce genre d’exceptions abondent : David mangea les pains de proposition quand il eut faim (1 Sa 21,6) alors que c’était interdit par la Loi écrite dans l’Ancien Testament ; les disciples de Jésus arrachent des épis un jour de sabbat, transgressant l’interdit du repos hebdomadaire, et Jésus désobéit ensuite à la Loi en guérissant la main desséchée d’un homme dans la synagogue ce même jour du sabbat (Mt 12,1-14). Il sera à nouveau coupable de cette transgression en guérissant le jour du sabbat une femme possédée par un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser (Lc 13,10-17) etc.

Nécessité fait loi : les arguments des Pères de l’Église de Saint Thomas d’Aquin se sont profondément inscrits dans la philosophie occidentale du droit et de la justice. En cas de nécessité, il y a des situations où voler n’est pas voler, rendre sa parole n’est pas mentir, gracier n’est pas être laxiste, guérir n’est pas profaner le sabbat.

 

L’épikie

img_3843 droitLes Anciens [3] avaient un mot pour ce genre d’attitude où il faut ponctuellement et provisoirement suspendre l’application de la loi qui doit ici souffrir une exception : ἐπιεικής = épikie. Ce mot grec vient peut-être de έπί-δίκαιονselon selon saint Thomas qui en fait du coup un équivalent de l’équité latine : « ce mot vient de έπί qui signifie au-dessus et de δίκαιον qui veut dire juste » [4]. Cela renvoie à l’idée d’être juste au-delà de la loi, dans certaines situations particulières de vie, qui n’ont pas été prévues par la lettre de la loi. L’épikie est modératrice à l’égard de l’observance littérale de la loi. Elle fait appel au bon jugement. Il s’agit d’une interprétation équitable et modérée non de la loi elle-même, mais de l’intention du législateur, qui est présumé dans un certain cas particulier extraordinaire suspendre l’application de la loi parce que de sa stricte observance résulterait quelque chose de nuisible ou trop onéreux. Par exemple, en général il est interdit de mentir. Mais si un criminel me demande si mon fils est à la maison pour le tuer, là il faut lui mentir !

Saint Thomas précise :

« Les actes humains que les lois règlent consistant dans des choses contingentes qui peuvent varier d’une infinité de manières, il n’a pas été possible d’établir une règle légale qui ne fût défectueuse dans aucun cas. Les législateurs considèrent ce qui arrive le plus souvent, et d’après cela ils portent leur loi. Cependant l’observation de la loi peut être, dans certains cas, contraire à l’égalité de la justice et au bien commun que le législateur se propose. Ainsi la loi décide que l’on doit rendre les dépôts, parce que c’est une chose juste ordinairement. Néanmoins il arrive quelquefois que ce serait nuisible ; comme si un furieux qui a mis un glaive en dépôt le redemandait au moment où il est en furie, ou bien si on redemandait un dépôt pour combattre sa patrie. Dans ces circonstances et dans d’autres semblables, c’est un mal de suivre la loi établie. Par conséquent, en mettant de côté les paroles de la loi, c’est un bien de suivre ce que demande la raison de la justice et l’utilité commune ; et c’est là le but de l’épikie, à laquelle nous donnons le nom d’équité. Il est donc évident qu’elle est une vertu ».

Il est cependant plus vraisemblable qu’épikie vienne de ἐπι (épi)-εικής (eikon, qui a donné icône) : au-dessus-ressembler = ressembler à l’intention première, au-dessus de la lettre de la loi.

L’épikie est ce qui au-dessus de la loi nous fait ressembler à Dieu lui-même, dans sa justice bienveillante. Elle est beaucoup plus qu’une forme d’équité : elle est le point d’orgue où culmine l’effort humain pour rendre la justice. Elle est ce qu’il y a au-dessus (ἐπι) de la lettre de la loi, faisant de nous une icône (εικής) de la bienveillance divine.

Les dictionnaires actuels donneront la définition suivante :

Épikie = vertu morale qui donne le sens du juste ; elle préside aux principes du droit canonique comme aux principes moraux de la personne et permet de décider en conscience de ne pas suivre une loi ou de lui en substituer une autre afin d’éviter une injustice.

Le terme épikie apparaît 5 fois dans la Bible grecque, dans le nouveau Testament uniquement. Louis Segond traduit ce mot pas douceur (Ph 4,5 ; 1P 2,18), indulgence (1Tim 3,3), modération (Ti 3,2) ; Jc 3,17). La traduction liturgique remplace à chaque fois épikie par bienveillance.
C’est donc une manière d’appliquer la loi avec humanité et bonté, si bien que l’intention du législateur en est bien plus respectée que par une application brutale au pied de la lettre.

La première épikie biblique est celle dont Dieu fait preuve à l’égard de son peuple rebelle. Envers Israël à la nuque raide, Dieu aurait été dans son droit de le rayer de la carte, de le punir à jamais, ou de l’abandonner pour un autre. Le livre de la Sagesse (Sg 11) fait ainsi une longue relecture de l’histoire d’Israël en reconnaissant que Dieu aurait pu se montrer rigoureux au lieu d’être si bienveillant :

« Ta main toute-puissante, qui a créé le monde à partir d’une matière informe, aurait pu envoyer contre eux une bande d’ours ou de lions féroces […]. Non seulement leurs ravages auraient pu les anéantir, mais leur vision déjà les aurait fait périr d’effroi. D’ailleurs, il aurait suffi d’un souffle pour qu’ils soient renversés, chassés par la Justice, dispersés en tous sens par le souffle de ta puissance. Mais toi, Seigneur, tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids. Car ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras ? Le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres […] Tu les as traités avec ménagement parce qu’ils étaient des êtres humains. Tu n’as envoyé contre eux, en avant-coureurs de ton armée, que des frelons, ces insectes dangereux, pour ne pas hâter leur extermination. Tu aurais bien pu livrer ces impies aux mains des justes, dans une bataille rangée, ou les anéantir d’un coup par des fauves redoutables ou une parole tranchante, mais en exerçant ta justice sans hâte, tu leur offrais l’occasion du repentir. […] Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. Les ennemis de tes enfants, tu les as punis avec un grand souci d’indulgence alors qu’ils méritaient la mort, tu leur as donné le temps et l’occasion de renoncer au mal. Mais tes fils, avec combien plus de scrupules les as-tu jugés, toi qui avais fait en faveur de leurs pères des serments et des alliances : magnifiques promesses ! Ainsi, tu modères le châtiment de nos ennemis, pour nous apprendre à méditer ta bonté lorsque nous jugeons, et à compter sur ta miséricorde lorsque nous sommes jugés ».

La pratique de l’épikie nous fait ressembler à Dieu, au sens où elle nous fait relativiser nos droits propres pour faire vivre celui qui en est dénué.

 

Aime et fais ce que tu veux

Aime et fais ce que tu veuxSi l’amour est l’accomplissement ultime de la Loi, alors celui qui aime vraiment, sans mélange, n’a plus besoin de loi. Il l’a intériorisée, au sens où il est capable de discerner en chaque situation quelle était l’intention du législateur et quelle serait sa décision en ce cas spécifique.
Le génial Augustin a formulé ce sens de l’épikie en une formule devenue célèbre : « dilige, et quod vis fac [5] » = « aime, et fais ce que tu veux ». Le mot latin dilige, traduit par aime, évoque les mouvements pleins d’attention qui nous poussent vers l’autre avec diligence, pour en faire l’objet de notre dilection, et même de notre prédilection.

 

« Ce court précepte t’est donné une fois pour toutes : Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par Amour, si tu parles, parle par Amour, si tu corriges, corrige par Amour, si tu pardonnes, pardonne par Amour. Aie au fond du cœur la racine de l’Amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Voici ce qu’est l’Amour ! Voici comment s’est manifesté l’Amour de Dieu pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. Voici ce qu’est l’Amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 9-10). Ce n’est pas nous qui L’avons aimé les premiers, mais Il nous a aimés, afin que nous L’aimions. Ainsi soit-il ! »

Pour Augustin comme pour Paul, toute la Loi se trouve résumée dans le double précepte de la charité, non parce que la charité dispense de pratiquer les autres commandements, mais parce qu’elle en est la plénitude et qu’elle en assure l’accomplissement. La vraie liberté ne consiste pas à suivre ses caprices et ses instincts, mais à  être affranchi par grâce de la tyrannie des passions et à ne dépendre que de Dieu, comme l’exprime Augustin dans cette autre formule concise :

« Eris liber, si fueris servus : liber peccatus, servus justitiae » =
« Tu seras libre si tu es devenu serviteur : libéré du péché, au service de la justice ».

D’ailleurs, la formule comprise dans son contexte, loin d’encourager une indulgence excessive, justifie les rigueurs et les exigences du véritable amour. Saint Augustin lui-même illustre ce qu’il veut dire en donnant un exemple :

« Un père fouette son garçon, alors qu’un kidnappeur le caresse. Si on vous donne le choix entre les coups et les caresses, ne choisiriez-vous pas les caresses et n’éviteriez-vous pas les coups ? Mais si l’on considère ceux qui sont à l’origine des actions on comprend que c’est l’amour qui fouette, et la méchanceté qui caresse. C’est ce à quoi j’insiste: les actions humaines ne peuvent être comprises que par leur racine dans l’amour. Toutes sortes d’actions peuvent sembler bonnes sans nécessairement procéder de l’amour ».

L’idée sous-jacente, c’est qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre la Loi (les règles données par Moïse à Israël 1500 ans plus tôt) et l’amour. Au contraire, aimer c’est vouloir le bien de l’autre – pas seulement le bien-être ! – le bien, ce qui est juste et bénéfique pour l’autre. Quand on agit avec amour, c’est, pour Paul, forcément en accord avec les règles éthiques : on ne trichera pas, on ne manipulera pas un ami, on n’ira pas le voler, et encore moins le tuer ! La loi, qui avait pour objet de réglementer les relations sociales pour éviter la vendetta, protège l’autre – et l’amour fait mieux encore.

Entre rigorisme et laxisme, entre rigidité et mollesse, la dilection nous rend libre pour appliquer l’esprit de la loi dans le sens de l’amour, cet amour divin qui pardonne, relève et ressuscite. Ce n’est pas l’absence de loi, mais la loi portée à son incandescence : faire vivre.

 

Conclusion

« Toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. […]
Si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi »
 : que l’Esprit du Christ nous aide à discerner comment pratiquer l’épikie dans toutes nos responsabilités !

 


[1]. Argument repris dans la question 187, Art. 4 : « Quant à ce qui nous est dû, cela peut l’être à deux titres différents. Celui, d’abord, de la nécessité qui, d’après S. Ambroise fait toutes choses communes […].

[2]. Somme Théologique, 1a 2ae, Ch. 96 art. 6

[3]. Dans le livre V de l’Éthique à Nicomaque (l 137a31-b13), ayant commencé avec la justice générale ou légale, Aristote poursuit avec la justice particulière et finit avec la notion de l’« épikie» (έπιείκεια), qui est traduite par aequitas en latin. La vertu de l’épikie se manifeste comme une forme supérieure de justice, nécessaire dans ces cas spéciaux où, en raison de sa généralité, la loi ne peut pas s’appliquer.

[4]. Somme Théologique, 2a 2ae, Question 120 : De l’épikie ou de l’équité.

[5]. La phrase latine est tirée du Iohannis Epistulam ad Parthos tractatus decem, traité VII, 8. Saint Augustin y commente un passage de la première lettre de saint Jean : 1Jn 4,4-12.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Élisée se leva et partit à la suite d’Élie » (1 R 19, 16b.19-21)

Lecture du premier livre des Rois
En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder. » Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

Psaume
(Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11)
R/ Dieu, mon bonheur et ma joie !
 (cf. Ps 15, 2.11)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

Deuxième lecture
« Vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 1.13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

Évangile
« Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » « Je te suivrai partout où tu iras » (Lc 9, 51-62)
Alléluia. Alléluia. 
Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ; Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. 1 S 3,9 ; Jn 6, 68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Patrick BRAUD

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20 juin 2021

Toucher les tsitsits de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher les tsitsits de Jésus

Homélie pour le 13° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
27/06/2021

Cf. également :

La générosité de Dieu est la nôtre
Les matriochkas du 12

Patience ! N’allez pas vous imaginer n’importe quoi sur un tel titre ! L’explication en vient bientôt…

Concentrons-nous d’abord sur la femme de l’Évangile de ce dimanche (Mc 5, 21-43). On a déjà étudié ailleurs son lien avec la fillette de 12 ans dans ce récit bâti en poupées russes (cf. Les matriochkas du 12). Regardons-la maintenant pour elle-même. On la dit hémorroïsse. Vous devinez que ce n’est pas d’un simple saignement de nez dont il s’agit ! Non : cette femme est atteinte de ce qu’on appelle aujourd’hui une ménorragie chronique, perte de sang due à des règles anormalement longues et abondantes. Et cette maladie a des conséquences multiples sur sa vie, dans lesquelles nous pouvons peut-être nous reconnaître, au moins partiellement.

 

- Elle souffre beaucoup, continûment

Catacombes de RomeCe saignement anormal et constant provoque gènes et douleurs incessantes. Si vous avez déjà connu de telles périodes, vous savez ce qu’elle éprouve. Une arthrose chronique, une déformation qui s’installe, un cancer qui se généralise… et la douleur devient une présence lancinante, épuisante, physiquement et moralement.

Cette femme est anonyme, et au fond elle peut prendre le nom de chacun d’entre nous lorsque nous souffrons trop, trop souvent, trop longtemps, sans trêve. L’Évangile précise que cela fait 12 ans qu’elle se traîne ainsi, douloureuse, de médecins en charlatans, de gourous en guérisseurs. Et là encore nous nous reconnaissons : épuisé par la persistance du mal, nous devenons prêt à tout pour obtenir le moindre répit. Les plus rationnels courent de spécialistes en chirurgiens, plus pointus les uns que les autres. La majorité essaye tous les remèdes que le bouche-à-oreille leur suggère, et finissent souvent dans les griffes de soi-disant thérapeutes aggravant leur état, comme l’indique malicieusement notre récit. C’est bien ce qui nous arrive : sur le plan de notre santé, lorsque nous avalons tous les remèdes et théories censées nous guérir ; sur le plan spirituel, lorsque la douleur de vivre nous fait essayer les communautés religieuses les plus sectaires ou délirantes ; sur le plan professionnel, lorsque la souffrance au travail devient telle qu’on envisage le pire etc.

 

- Elle souffre depuis longtemps

Le texte précise : 12 ans qu’elle court de médecin en médecin ! Évidemment, 12 est symbolique d’Israël (les 12 tribus) capable de se remettre entre les mains des dieux étrangers pour obtenir davantage. Mais c’est également une durée si longue qu’on ne voit plus le bout du tunnel, que l’espoir d’aller mieux s’est amenuisé au point de disparaître. Lorsque nous souffrons, le temps nous use aussi sûrement que les cailloux brassés par le flot dans une marmite de géant.
Peut-être y a-t-il là un avertissement : n’attendez pas 12 ans avant de réagir ! Ne vous habituez pas à souffrir. Ne vous résignez pas devant ce qu’on présente comme inéluctable, inguérissable.

 

- Elle perd beaucoup d’argent pour se soigner

Eh oui : pas de Sécurité Sociale à l’époque de Jésus ! Se soigner est toujours onéreux, aujourd’hui encore. Bien des soins, accessoires, interventions chirurgicales, matériels médicaux etc. ne sont pas remboursés à 100 %. Faites le calcul : en 12 ans de rendez-vous et actes médicaux en tous genres avec des spécialistes, la facture s’alourdit très vite. À tel point que bon nombre de SDF par exemple renoncent à se soigner. Ils ont mal aux dents - encore une douleur lancinante –, ils ont des problèmes de marche, d’audition, de vue, mais ne peuvent pas en pratique accéder aux soins nécessaires. Il faut les minibus ambulants d’associations de médecins bénévoles pour aller dans les quartiers apporter gratuitement un peu de soulagement aux populations trop désargentées ou trop décalées culturellement pour entamer un parcours de soins.

Il y a peut-être une allusion dans le texte au parallélisme entre le sang et l’argent, qui en hébreu sont désignés par le même mot : damim. La femme perd son sang et son argent en même temps : les deux flux, les deux appauvrissements semblent se nourrir l’un de l’autre. Dès que nous dépensons de manière trop importante, il y a là un flux sortant aussi grave qu’une hémorragie interne. Cela devrait nous alerter, servir de symptôme pour diagnostiquer une pathologie spirituelle grave avant qu’elle ne dégénère. Faites donc attention aux grosses dépenses récurrentes de votre budget ! Elles en disent beaucoup sur vous… Ainsi l’addiction au pari sportif pendant l’Euro 2020 a été mise en lumière par les médias,  montrant des milliers de gens dépensant leur argent sur des pronostics de matchs.

 

- Elle est blessée dans sa féminité

Toucher les tsitsits de Jésus dans Communauté spirituelleSon cycle menstruel n’existe plus, ou plutôt est permanent. Comment espérer avoir des relations sexuelles normales avec un tel flux de sang permanent ? Comment espérer avoir une vie sentimentale même ? Comment espérer avoir un enfant lorsque l’infertilité devient permanente ? La gêne des règles devient quotidienne, insupportable. Et sa féminité en est défigurée. L’identité féminine/masculine peut ainsi être aussi perturbée à tel point que le sujet ne sait plus comment s’en sortir.


- Elle se vide de son sang

Littéralement. Physiquement. Et cela nous fait penser à toutes les façons que nous avons de nous vider de notre sang. Spirituellement : le doute se fiche en nous, nourrit des questions sans réponse, et détruit peu à peu notre confiance en Dieu. Moralement : un peuple se vide de son sang lorsqu’il admet l’inadmissible, s’habitue au déni, laisse partir ses valeurs à vau-l’eau, élimine les plus petits sans état d’âme…
Se vider de son sang, c’est encore l’exténuation progressive de notre joie de vivre, dévorée par un souci continuel, une angoisse perpétuelle etc.
De quel sang est-ce que je me vide en ce moment ?

 

- Impure, elle est mise à l’écart

Illustration de couverture par Catel Muller du livre d’Elise Thiébaut, Ceci est mon sang, éditions La Découverte.La Torah est très claire sur ce point (heureusement que les chrétiens n’obéissent plus à ces commandements d’un autre âge !) :

« Lorsqu’une femme a un écoulement, que du sang s’écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans sa souillure. Quiconque la touchera sera impur jusqu’au soir. Toute couche sur laquelle elle s’étendra durant ses règles sera impure ; tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur. Quiconque touchera son lit devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Quiconque touchera quelque objet sur lequel elle se sera assise, devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Si quelqu’un touche ce qui se trouve sur le lit ou ce sur quoi elle s’est assise, il sera impur jusqu’au soir. Si un homme couche avec elle, la souillure de ses règles l’atteindra. Il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il se couchera sera impur. Lorsqu’une femme aura un écoulement de sang pendant plusieurs jours, hors de la période de ses règles, ou si elle a un écoulement qui se prolonge au-delà de la période de ses règles, elle sera impure tant que durera cet écoulement, de la même manière que pendant ses règles. Tant que durera cet écoulement, tout lit sur lequel elle se couchera sera impur comme il en est pour son lit pendant ses règles, et tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur comme pendant ses règles. Quiconque les touchera sera impur, il devra laver ses vêtements et se baigner dans l’eau ; il restera impur jusqu’au soir. Lorsque la femme sera délivrée de son écoulement, elle comptera sept jours : alors elle sera pure. Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons qu’elle apportera au prêtre, à l’entrée de la tente de la Rencontre. De l’un des oiseaux le prêtre fera un sacrifice pour la faute, et de l’autre un holocauste. Le prêtre accomplira ainsi sur elle le rite d’expiation, devant le Seigneur, pour l’écoulement qui la rendait impure. [ch.18] Tu ne t’approcheras pas d’une femme dans la souillure de ses règles pour découvrir sa nudité. [ch.20] Quand un homme couche avec une femme pendant ses règles et découvre sa nudité, il met à nu la source du sang, et la femme dévoile cette source : tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple. » (Lv 15, 19 30 ; 18, 19 ; 20, 18)

Ces textes ont donné lieu à un ensemble de lois religieuses juives appelées taharat hamishpa’ha, c’est-à-dire des lois de pureté familiale. Le principe en est que la femme mariée est considérée comme rituellement (indépendamment de la morale) impure pendant la période de ses règles et cela implique une séparation physique temporaire du couple. La visée positive de ces commandements écartant les femmes de la vie sociale, religieuse, conjugale pendant leurs règles est connue : attention religieuse portée au corps féminin, développement d’une relation affective détachée de la sexualité entre les conjoints, renouvellement du désir chez les époux, ‘retrouvailles’ sexuelles du couple rendues plus intenses par la séparation.
Dans les mentalités anciennes, l’expulsion des traces de l’œuf non fécondé était signe d’échec et de mort : la fécondation n’a pas eu lieu ou elle n’a pas réussi, la vie n’a pas pu s’accrocher au ventre de la femme qui en expulse les restes, inutiles. Le bain rituel (mikvé) de la femme après ces règles vient alors la restaurer dans sa féminité pour la préparer au cycle suivant. Rien d’hygiénique ni de sanitaire dans cette ablution du mikvé : c’est le bain lavant la blessure symbolique, marquant rituellement le renouveau du corps prêt à donner la vie.

Avec son flux de sang continuel, la femme de l’Évangile était impure, tout le temps. Donc mise à l’écart. Donc condamnée à ne pas avoir de vie sentimentale ou sexuelle. Donc méprisée car ne pouvant devenir mère. Encore une fois, la rencontre de Jésus va vaincre cette impureté rituelle désignée par la Loi juive. Mais les chrétiens feront bien mieux : à la manière du Christ, ils aboliront cette distinction entre le pur et l’impur qui gangrène encore le statut des femmes dans le judaïsme, dans l’islam et dans bien d’autres religions. En christianisme, est impur ce qui sort du cœur de l’homme, pas ce qui sort de son corps : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt 15, 11). Révolution subvertissant le pur et l’impur, toujours actuelle !

 

Toucher les franges du vêtement de Jésus

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Voilà donc quelle est la femme oppressée par la foule sur le chemin de Jésus : en souffrance depuis longtemps, appauvrie, se vidant de son sang, déclarée impure et mise à l’écart. C’est elle qui a l’idée de toucher Jésus ou au moins son vêtement. Elle est prête à tout tenter pour aller mieux : qu’a-t-elle à perdre à essayer ce prophète itinérant ? Jésus – lui - ne la voit pas, entouré par la foule. Mais il sent une force qui sort de lui, ‘à l’insu de son plein gré’ pourrait-on dire avec humour. Au flux de sang qui sort du corps de la femme répond le flux de force qui sort du corps de Jésus… et, telle une marée qui s’inverse, le deuxième flot l’emporte sur le premier, le faisant refluer jusqu’à l’obliger à reprendre son rythme normal.

Comment s’opère cette guérison ? Par le contact du corps de Jésus ? Non. Bien des auteurs chrétiens ont glosé sur le contact avec le corps du Christ pour évoquer la puissance de guérison qui lui est liée. Contact avec son corps ecclésial (entrée dans l’Église par le baptême), contact avec son corps eucharistique (par la communion, la bénédiction du Saint-Sacrement)… Mais notre texte ne dit pas cela. Il précise bien que la femme touche seulement la frange du vêtement de Jésus. La frange. Jésus, comme tout juif pratiquant, porte sans aucun doute sur lui un talit court (qatan), sorte de tunique en forme de poncho rectangulaire, ou bien un châle de prière sur sa tête. Ce vêtement obligatoire (talit) doit comporter 4 franges très spéciales aux 4 coins de sa toile : les tsitsits. Ces commandements vestimentaires sont toujours respectés par les juifs portant un talit  court dans leur pantalon, avec les 4 franges (tsitsits) qui en dépassent aux 4 coins, ou sur leur tête à la synagogue (ou au Mur occidental du Temple de Jérusalem actuellement) comme un châle de prière.

La Torah explique le sens de ces obligations vestimentaires :

« Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras qu’ils se fassent une frange aux pans de leurs vêtements, et ceci d’âge en âge, et qu’ils placent sur la frange du pan de leur vêtement un cordon de pourpre violette. Vous aurez donc une frange ; chaque fois que vous la regarderez, vous vous rappellerez tous les commandements du Seigneur et vous les mettrez en pratique ; vous ne vous laisserez pas entraîner, comme les explorateurs, par vos cœurs et vos yeux qui vous mèneraient à l’infidélité » (Nb 15, 37 39).
« Tu mettras des franges aux quatre côtés du vêtement dont tu te couvriras. » (Dt 22, 12)

La femme touche donc les franges (tsitsits) du châle (talit) de Jésus, et c’est ce contact qui la guérit Or que représente ces franges symboliquement ? L’amour de la Loi.

Selon la Kabbale, les cinq nœuds du tsitsit correspondent aux cinq premiers mots du Shema Israël, qui dans la religion juive est la « confession de foi » essentielle. La femme exprime sa foi en s’accrochant eux tsitsits de Jésus.
Ces franges sont enroulées et nouées de manière à nous rappeler toutes les mitsvot (commandements). La valeur numérique des lettres hébraïques qui forment le mot tsitsit donne une somme de 600. Ajoutez-y les 8 fils et les 5 nœuds de chaque tsitsit, et le total est 613, ce qui est le nombre de commandements à respecter dans la Loi juive. Laisser pendre les tsitsits à la ceinture, de manière visible est ainsi un rappel tangible des mitsvot  qui renforcent notre capacité à contrôler les élans de notre cœur.

Cette femme que la Loi met à l’écart veut vénérer cette Loi et croire que, revêtue par Jésus, la Loi la transformera à son contact. Elle en qui la vie refuse de s’accrocher à chaque cycle, elle s’accroche aux 613 commandements pour qu’enfin la vie réussisse en elle. S’accrocher à la Loi est source de vie, selon le mot du rabbin Nahman de Bratslav (XVIII°-XIX°) : « celui qui se tourne (teshouva = conversion) vers Dieu mérite de s’accrocher à Lui, tout comme les tsitsits s’accrochent à un vêtement » (Likutey Moharan I, 8:9). Les autres nombres impliqués dans la confection des tsitsits sont abondamment commentés par la Kabbale et la mystique juive [1]

Normalement, les femmes sont dispensées de porter les tsitsits, justement à cause de leur rapport au temps différent de celui des hommes, que leurs règles expriment. L’hémorroïsse – « déréglée » – renoue par son geste de toucher les tsitsits de Jésus avec l’obligation de la Loi de se rappeler les commandements en toute circonstance.

Tsitsit femmeToucher les tsitsits de Jésus, c’est pour cette femme accomplir la Loi et croire que la manière dont Jésus la porte, l’incarne, sera sa source de salut, de santé.

D’ailleurs, la surprise de Jésus devant la force qui est sortie de lui le conduit à faire ce constat étonnant : « ta foi t’a sauvée ». Il aurait pu dire : « reconnais en moi le Messie qui t’a sauvé ». Mais non ! C’est comme s’il disait : ‘ce n’est pas moi qui t’ai guéri, c’est toi qui as été l’auteure de ton salut (santé) en faisant confiance à la puissance de la Loi telle que je la porte et l’incarne. Je n’y suis pas pour grand-chose. Bravo : tu as su trouver en toi la source de ta guérison !’

« Ta foi t’a sauvée ». Jésus refera ce même constat 7 fois dans les Évangiles :
3 fois pour la femme hémorroïsse (Mt 9,22 ; Mc 5,34 ; Lc 8,48)
2 fois pour l’aveugle Bartimée (Mc 10, 52; Lc 18,42)
1 fois pour la femme de l’onction à Béthanie (Lc 7,50)
1 fois pour le seul lépreux reconnaissant parmi les dix guéris (Lc 17,19).
Ces gens ont été les auteurs de leur salut, par la puissance de leur foi en actes.

Par contre, de retour dans son pays natal de Nazareth, Jésus constatera, navré, que le manque de foi de ses compatriotes les empêche d’accéder aux miracles : « Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi » (Mc 6, 5 6).

Aujourd’hui encore, la foi sauve.
Dès lors que nous retrouvons la confiance en la puissance vitale qui est en nous.
Dès lors que nous exprimons notre adhésion au triple commandement de l’amour (aimer Dieu / soi-même / le prochain), auquel nous nous accrochons comme à des tsitsits chrétiens.
Dès lors que nous recevons du Christ la juste compréhension de l’Écriture pour notre situation personnelle, pour notre siècle.
Une telle foi–confiance fait des miracles et guérit l’inguérissable.

« Ta foi t’a sauvée ». Lorsque nous sommes cette femme exténuée de se vider de son sang, rappelons-nous son geste : toucher les tsitsits de Jésus, s’accrocher au triple commandement de l’amour, croire que sa Parole peut en nous beaucoup plus que ce que nous n’oserions imaginer.

 


[1].  « Quel que soit le niveau que nous atteignons, Dieu sera toujours infiniment plus saint et transcendant que ses créatures. Il est le Talit qui nous entoure. Mais, dans une autre perspective, quel que soit le niveau de bassesse dans lequel on peut tomber, Dieu ‘’descend‘’ vers nous. Dieu est, pour ainsi dire, ces Tsitsit que l’on saisit et embrasse avec tendresse.
Les 4 tsitsits contiennent 32 fils. En hébreu le chiffre 32 s’écrit au moyen de deux lettres : lamed (30) et beth (2). Ces deux lettres, formant le mot Lev ( » cœur « ), pour insister sur le fait que notre relation à D.ieu et aux hommes implique une attitude où le cœur a une place centrale.
Le double nœud que nous faisons aux franges représente notre union permanente avec D.ieu par un double pacte d’alliance. D.ieu ne nous abandonnera jamais, et nous non plus nous n’abandonnerons jamais D.ieu.
Les 7 « anneaux » dans la partie supérieure des 4 fils symbolisent les 7 jours de la semaine. Nous pensons à D.ieu tout au long des sept jours de la semaine.
Les « 8 anneaux » de la seconde partie des fils des tsitsits nous rappellent (en plus des ‘7  cieux ‘’ auxquels s’ajoute la terre) la Mitsvah de Mila, la circoncision, opérée le huitième jour.
Les 11 « anneaux » de la troisième partie symbolisent les 5 parties du Pentateuque et les 6 traités de la Michna, c’est- à dire la Tora Ecrite et la Tora Orale.
Les 13 « anneaux » de la quatrième partie symbolisent l’Unité de D.ieu, car le mot hébraïque E’hade (« un ») a la valeur numerique de 13. Treize est également une allusion aux 13  attributs de la miséricorde divine.
Les trois premières parties des tsitsit totalisent donc « 26″, qui est égal à la valeur numérique du Nom de D.ieu, et toutes les quatre parties forment un total de 39, égalant la valeur numérique de l’expression HaChem E’hade ( » D.ieu est Un « ). »
Cf. https://www.aish.fr/sp/ph/Le-talit-Des-fils-de-lumiere.html

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.
Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

 

PSAUME
(29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoupn’eut rien de trop,celui qui en avait ramassé peune manqua de rien.

 

ÉVANGILE
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)
Alléluia. Alléluia.Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
.Patrick Braud

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24 janvier 2021

Un prophète comme Moïse

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Un prophète comme Moïse

Homélie pour le 4° dimanche du Temps Ordinaire / Année B
31/01/2021

Cf. également :
Aliéné, possédé, exorcisé…
Qu’est-ce que « faire autorité » ?
Ce n’est pas le savoir qui sauve
De l’ordre de Nazareth au désordre de Capharnaüm
Descendre habiter aux carrefours des peuples
Le Capharnaüm de la mémoire : droit à l’oubli, devoir d’oubli

·      L’attente du nouveau Moïse

Un prophète comme Moïse dans Communauté spirituelle persosidebar_moise-bo-jbOn dit facilement - à raison – qu’être chrétien c’est suivre Jésus de Nazareth, son message, ses exemples, sa vie. Notre première lecture (Dt 18, 15-20) nous met sur la piste d’un autre modèle, auquel les apôtres eux-mêmes ont pensé pour déchiffrer la personne de Jésus. Ce modèle, c’est Moïse. Sans doute la plus grande figure du judaïsme (seul Abraham pourrait lui disputer ce titre, mais en rigueur de termes Abraham n’est pas juif : il est le père de toutes les nations). « Il ne s’est plus levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face » (Dt 34, 10).

Le Deutéronome est si impressionné par la stature de Moïse qu’il annonce un prophète comme lui à la fin des temps (1° lecture de ce dimanche). « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez » (Dt 18, 15).

Cette annonce a nourri l’espérance de dizaines de générations affrontées aux vicissitudes de l’histoire d’Israël. Les premiers chrétiens ont instinctivement projeté le portrait de ce nouveau Moïse sur Jésus, en qui ils ont reconnu l’accomplissement de l’œuvre de Moïse.
Les traces de cette identification Jésus–Moïse sont nombreuses dans le Nouveau Testament :

« Philippe trouve Nathanaël et lui dit : Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » (Jn 1,45)
« Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est à mon sujet qu’il a écrit. » (Jn 5, 46)
« À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : “C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde.” » (Jn 6, 14)
« Moïse a déclaré : Le Seigneur votre Dieu suscitera pour vous, du milieu de vos frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez en tout ce qu’il vous dira. » (Ac 3, 22)

Les musulmans soutiennent aujourd’hui encore que cette annonce du Deutéronome concerne Mohammed ! Il serait ainsi prédit par la Bible, couronnant le Coran comme la révélation rétablie dans sa pureté :
« Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l’Évangile. Il leur ordonne le convenable, leur défend le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et leur ôte le fardeau et les jougs qui étaient sur eux » (Sourate 7, 157).
« Nous vous avons envoyé un Messager pour être témoin contre vous, de même que Nous avions envoyé un Messager à Pharaon. » (Sourate 73, 15)

Tout le monde se dispute le prestige de Moïse !

En quoi cela nous intéresse-t-il ? Au-delà des spéculations sur la fin des temps, ou sur la soi-disant supériorité de l’islam sur les autres religions, les chrétiens ont une bonne raison de s’y intéresser de plus près. Si le baptême nous configure au Christ, et si celui-ci est vraiment « le prophète comme Moïse », alors notre vocation de baptisés s’éclaire puissamment des caractéristiques de la mission de Moïse, accomplie en Jésus.

Parcourons quelques grandes lignes de ce que Moïse peut nous dire de notre rôle dans l’histoire, petite et grande.

 

·      Fils d’immigrés, fils d’esclaves

moise_poussin Jésus dans Communauté spirituelleMoïse était hébreu. Il aurait dû grandir parmi les siens. Il aurait dû prendre la place de ses aînés dans les travaux pharaoniques où les hébreux étaient exploités comme des esclaves. Ce petit-fils d’immigrés venus de Canaan en Égypte pour fuir la famine, ce fils d’esclaves assujettis au travail forcé pour la grandeur de pharaon, cet enfant flottant sur le Nil comme les boat-people sur l’océan est devenu le pilier du peuple de Dieu ! Étonnant renversement de perspective qui devrait nous mettre la puce à l’oreille. Aujourd’hui encore, Dieu peut faire surgir des leaders de ces populations méprisées, des guides spirituels venant de ces marges peu considérées. En naissant à Bethléem, loin de chez lui, rejeté de l’auberge pour l’étable, Jésus s’inscrit dans ce droit fil des naissances socialement défavorisées, mais porteuses de promesses. « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » : le scepticisme de Nathanaël (Jn 1,46) devrait nous alerter sur le nôtre, lorsque de nouveaux Moïse, de nouveaux Jésus voient le jour là où on ne les attend pas.

 

·      Révolté par la misère de son peuple
L’épisode est bien connu : sortant de son palais, Moïse voit un garde égyptien maltraiter et frapper un hébreu. Son sang ne fait qu’un tour : il tue l’oppresseur et l’enterre dans le sable (Ex 2,12). L’affaire commençant à s’ébruiter, il sera obligé de fuir au désert vers le pays de Madian pour échapper à la police égyptienne.

Ce résistant avant l’heure parle au cœur de tous ceux qui disent non à la domination, à l’exploitation des plus faibles, à la persécution des minorités. Plus tard, après la rencontre de YHWH, Moïse reprendra son combat mais de manière non violente, avertissant pharaon par les dix plaies, le laissant s’enfermer lui-même dans sa rage meurtrière alors qu’il fait fuir les hébreux pacifiquement hors du pays.

Jésus lui aussi sera ému jusqu’aux entrailles par la misère de son peuple. Il est bouleversé par la mort de ses amis, il a pitié des foules sans pain et sans berger, il pleure sur Jérusalem qui lapide ses prophètes, il se désole de voir les cœurs endurcis, et sait la soif d’Israël d’être libéré de l’occupant romain. De manière non violente, il répondra à l’attente du peuple en l’appelant à fuir le péché sans condamner le pécheur, à délivrer du mal tout en aimant celui qui le commet.

Et nous, quelle est notre révolte ?
Si nous ne sommes que sages et soumis, où est la grande espérance de Moïse et Jésus ?
Où en sommes-nous de la non-violence comme moyen de combattre la misère sociale, spirituelle, culturelle… ?

 

·      Leader d’exode
Grâce au film de Cecil B. DeMille, tout le monde sait que Moïse a conduit son peuple à travers la mer pour le faire sortir de l’esclavage. Cet Exode est la figure de tous les exodes que nous avons à entreprendre. Sortir de la domination des riches sur les pauvres, des plus forts sur les plus faibles. Fuir les conditions de travail indignes, le mépris d’une origine, la rivalité démographique : les Mers rouges à traverser en ce siècle n’ont guère changé d’aspect !

Dans sa résurrection, Jésus accomplit l’œuvre de Moïse en faisant sortir son peuple de la mort et de l’esclavage du péché. Les icônes orientales représentent le Ressuscité saisissant Adam par le poignet pour le tirer hors du séjour des morts. Tel est bien ce nouvel exode que le baptême accomplit en nous : à travers l’eau nous somme sauvés, mieux encore que les esclaves en fuite il y a 3500 ans.

Quels exodes avons-nous entrepris ?
Qui attend de nous de prendre la tête d’une sortie salvatrice ?
Si nous ne sommes jamais leaders d’exode, pour nos proches, nos collègues, nos quartiers, le sel de notre baptême ne deviendra-t-il pas fade au point d’être foulé aux pieds ?

 

·      Bègue et fier de l’être
Moïse est « lourd de bouche et lourd de langue » (Ex 4, 10–11).
Un célèbre midrash (tradition juive) raconte qu’un jour Moïse, jouant sur les genoux du pharaon, lui dérobe sa couronne. Y voyant un mauvais présage, les mages du monarque suggèrent à celui-ci la mise à mort immédiate de l’enfant. Cependant, Jethro, prêtre de Madian, propose de mettre à l’épreuve ce qui n’était peut-être que jeu d’enfant, et fait placer Moïse devant un plateau de diamants et de braises ardentes. Moïse se précipite vers le plateau de diamants, mais trébuche (à la suite de l’intervention de Gabriel) vers les braises ardentes. Dans sa frayeur, il porte ses doigts à la bouche et se brûle la langue et les lèvres. C’est de là que viendrait le bégaiement de Moïse ! Quant à sa bouche, un pansement y est mis. Quand celui-ci est retiré, il perd un morceau important de sa lèvre. Moïse est désormais « lourd de bouche et lourd de langue », ce qui incitera YHWH à associer son frère Aaron comme porte-parole de Dieu.

L’handicap de Moïse devient un signe de son humilité légendaire : « Or, Moïse était très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3). Plutôt que de compter sur ses seules forces, il s’appuiera sur Aaron jusqu’au bout. Bègue, il renoncera à séduire par la parole. Handicapé, il laissera la puissance de Dieu se manifester dans sa faiblesse. N’est-ce pas ce que Paul a vécu, avec son écharde dans sa chair (2 Co 12,7) ? Elle ne lui laissait pas de répit, mais le maintenait humble et reconnaissant, l’obligeant à laisser la puissance de Dieu agir dans sa faiblesse.

Et nous : quel est notre bégaiement, notre écharde dans la chair ?
Comment le transformer en source d’humilité, en consentant à l’action de Dieu plus qu’à la nôtre en propre ?

 

·      Face à YHWH

614CB5PFYQL._SX338_BO1,204,203,200_ loiLe buisson ardent marque le vrai tournant de la vie de Moïse (Ex 3,14). En lui révélant le Nom au-dessus de tous les noms, YHWH se révèle imprononçable, insaisissable, radicalement Autre et pourtant parlant à Moïse « face à face » (Dt 34,10). Sur le sommet du Sinaï, cette proximité de Moïse d’avec Dieu sera encore plus grande, 40 jours durant. Ce qui caractérise Moïse est donc une relation absolument unique avec Dieu, qu’aucun prophète n’osera revendiquer après lui. Même Elie dit ne voir Dieu que de dos. Seul Jésus ira plus loin, lui dont l’être n’est que dialogue intérieur avec son Père, dans l’Esprit qui les unit l’un à l’autre.

Sans prétendre égaler Moïse ni encore moins dépasser Jésus, la vocation chrétienne est bien de témoigner du Tout-Autre tout en partageant avec lui une intimité, une communion qui nous vient du Christ dans l’Esprit.

Si les baptisés ne vivent pas face à Dieu, lui parlant comme à un ami, comment pourraient-ils être témoins de son incarnation et de sa proximité aimante ?

 

·      Graveur de lois

220px-Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_079 MoïseIsraël fait mémoire de Moïse comme celui qui leur a transmis la Loi. Il l’avait dans un premier temps gravé sur deux tables de pierre. Pris de colère (un autre de ses défauts de caractère semble-t-il !), il les a brisés en découvrant le veau d’or. De là est née la loi orale qui dans la tradition talmudique est au moins aussi importante que la Loi écrite. Jésus accomplira ce chef-d’œuvre de Moïse en gravant l’Esprit - la nouvelle loi d’amour – dans nos cœurs et non plus sur la pierre.

Graver l’impératif de l’amour dans le cœur de ceux qui nous sont confiés - ne fut-ce que l’espace d’une rencontre - est toujours notre responsabilité chrétienne.

Dépassant la lettre de la loi - fondamentaliste, intégriste, fanatique – il nous revient à la fois de renvoyer à la loi dans toute son exigence et de la parfaire grâce au pardon et à la miséricorde.

 

·      Resto du cœur
Au peuple affamé et assoiffé dans le désert, Moïse réussit à obtenir de Dieu la manne, les cailles, l’eau du rocher. Jésus donnera lui aussi de quoi nourrir les foules affamées, et plus encore : son corps à manger, son sang à boire, sacramentellement. Coluche à la puissance deux en quelque sorte !
Les chrétiens ont en charge de distribuer nourriture matérielle et spirituelle, sans dissocier les deux.

Où en sommes-nous de cette action humanitaire intégrale ?

 

·      Garant de la Terre promise

ImageMoïse a conduit les siens vers Canaan. Il n’y entre pas mais meurt en contemplant cette Terre promise du haut d’une montagne.
Jésus ne conduit vers le royaume de son Père, et lui aussi meurt avant d’y entrer, contemplant du haut de la croix ce monde nouveau désormais ouvert à tous.

Si nous mettons nos espoirs en cette terre-ci seulement (santé, richesse, travail, famille…) nous manquerons le but pour lequel Moïse a pris tous les risques et Jésus tous les coups.

De quelle Terre promise sommes-nous les garants ?
Sur quel horizon au-delà des espoirs trop humains inscrivons-nous nos gestes et nos paroles ?

Il y a bien d ‘autres parallèles entre Moïse, Jésus et notre vocation chrétienne. Ceux-là suffisent déjà pour nous mettre en route.

Fils d’immigrés, fils d’esclaves,
Révolté par la misère de son peuple,
Leader d’exode,
Bègue et fier de l’être,
Face à YHWH,
Graveur de lois,
Resto du cœur,
Garant de la Terre promise :
Quels aspects de la figure de Moïse pouvez-vous incarner davantage en ce début 2021 ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je ferai se lever un prophète ; je mettrai dans sa bouche mes paroles » (Dt 18, 15-20)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur votre Dieu, au mont Horeb, le jour de l’assemblée, quand vous disiez : “Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir !” Et le Seigneur me dit alors : “Ils ont bien fait de dire cela. Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte.
Mais un prophète qui aurait la présomption de dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra.” »

 

PSAUME
(94 (95), 1-2, 6-7abc, 7d-9)

R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. (cf. 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit
le troupeau guidé par sa main.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
comme au jour de tentation et de défi,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
La femme qui reste vierge a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sanctifiée » (1 Co 7, 32-35)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, j’aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde, il cherche comment plaire à sa femme, et il se trouve divisé. La femme sans mari, ou celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur, afin d’être sanctifiée dans son corps et son esprit. Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde, elle cherche comment plaire à son mari. C’est dans votre intérêt que je dis cela ; ce n’est pas pour vous tendre un piège, mais pour vous proposer ce qui est bien, afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage.

ÉVANGILE
« Il enseignait en homme qui a autorité » (Mc 1, 21-28)
Alléluia. Alléluia.Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. Alléluia. (Mt 4, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.
Patrick BRAUD

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