L'homelie du dimanche

9 août 2020

Marie et le drapeau européen

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Marie et le drapeau européen

Homélie pour la fête de l’Assomption de la Vierge Marie / Année A
15/08/2020

Cf. également :

Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter
Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance
Assomption : les sentinelles de l’invisible
L’Assomption de Marie, étoile de la mer
L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance
Marie, parfaite image de l’Église à venir
Marie en son Assomption : une femme qui assume !
Toussaint : le bonheur illucide

Le clash de Mélenchon

Vous souvenez-vous du clash de Jean-Luc Mélenchon peu après l’élection présidentielle de 2017 ? Il voulait retirer la bannière bleue à douze étoiles de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale au motif qu’il s’agirait d’un « symbole confessionnel ». Le chef de file de La France Insoumise avait déposé, avec les autres députés de son parti, un amendement, rejeté mercredi 11 octobre 2017 par les députés, visant à retirer le drapeau européen de l’Assemblée Nationale, pour le remplacer par celui de l’Organisation des Nations Unies. Pour sanctuariser sa présence, le président Emmanuel Macron souhaite au contraire reconnaître officiellement le drapeau européen, présent dans l’Hémicycle depuis 2008. Jean-Luc Mélenchon s’est indigné de cette annonce, en publiant un communiqué dans lequel il explique son rejet de cet « emblème européen confessionnel », contraire à la laïcité française selon lui :

« Monsieur le Président, vous n’avez pas le droit d’imposer à la France un emblème européen confessionnel. Il n’est pas le sien et la France a voté contre son adoption sans ambiguïté.
Je rappelle que notre opposition à cet emblème ne tient pas au fait qu’il prétend être celui de l’Europe, mais parce qu’il exprime une vision confessionnelle de l’Union, et cela à l’heure où plus que jamais religion et politique doivent être séparées.
Le refus du traité constitutionnel de 2005, dans lequel cet emblème était proposé, vaut décision du peuple français sur le sujet. »

La première lecture de la fête de l’Assomption (Ap 11,19-12,10) est en effet ce passage grandiose de l’Apocalypse où l’on voit une femme enceinte, couronnée de 12 étoiles, être emmenée au désert pour que son fils à naître échappe au dragon cherchant à le dévorer dès sa naissance :

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. […] L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place ».

Bien sûr, la femme fait immédiatement penser à Marie, sa place préparée par Dieu au désert fait penser à son Assomption, sa couronne d’étoiles au couronnement de la Vierge si souvent peint et sculpté, la lune-piédestal et le soleil-manteau à son rôle cosmique de Vierge-Mère.

Y aurait-il un lien entre l’Apocalypse et le drapeau européen, entre l’Assomption et le projet politique des 27 pays adhérents à l’Union Européenne ?
Oui dans la pensée de son concepteur. Non dans les commentaires officiels qu’en donnent les organisations européennes.

 

L’inspiration mariale d’Arsène Heitz

Le drapeau européen a été créé en 1955, à l’origine pour symboliser non pas l’Union européenne, ni même son ancêtre la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), mais bien le Conseil de l’Europe, une modeste organisation de défense des droits de l’homme et de la culture.
Plusieurs projets de drapeaux sont proposés et successivement rejetés, expliquait en 1985  Robert Bichet, président du comité ad hoc pour un emblème européen :

•   un grand « E » vert sur fond blanc, symbole du Mouvement européen, dont l’esthétique a été critiquée (il était comparé à « un caleçon qui sèche sur un pré ») ;
•   un cercle doré barré d’une croix, sur fond bleu : proposition que les Français et les Turcs (membres du Conseil de l’Europe) ont refusée en raison justement du symbole religieux ;
•   des constellations d’étoiles, complexes à reproduire, ou une quinzaine d’étoiles en cercle, représentant le nombre de membres du Conseil à l’époque – mais les Allemands ne souhaitaient pas que la Sarre y soit comptée comme un État membre.

Finalement, le projet retenu reprend un cercle d’étoiles sur un fond azur. Pas 15 ni 14 étoiles (à cause la Sarre), pas 13 étoiles (nombre maudit…), mais 12, nombre qui parle à tous. Le fonctionnaire européen qui a dessiné le drapeau, Arsène Heitz, était un fervent catholique. Il a raconté bien plus tard qu’il avait tiré son inspiration de la médaille miraculeuse de la Vierge Marie, qui la représente entourée de douze étoiles d’or. Heitz se disait « très fier que le drapeau de l’Europe soit celui de Notre-Dame ».

[image]

 

La médaille miraculeuse de la Rue du Bac

Médaille Miraculeuse enversLe 27 novembre 1830, en fin d’après-midi, alors que la jeune religieuse Catherine Labouré prie dans la chapelle de la rue du Bac à Paris, elle voit se dessiner deux tableaux au-dessus de l’autel. Sur le second tableau (qui sera le verso de la médaille), Catherine voit apparaître le « M » de Marie, entrelacé avec la croix de Jésus, comme pour rappeler le lien indéfectible qui les unit. Autour, sont dessinées les douze étoiles de la « Reine du ciel ». Deux cœurs se tiennent côte à côte. À gauche, celui de Jésus reconnaissable à la couronne d’épines qui l’entoure. Sur sa droite, un cœur transpercé par un glaive, comme pour représenter la douleur d’une mère voyant son enfant souffrir. C’est le cœur de Marie.

En février 1832 éclate à Paris une terrible épidémie de choléra, qui fera plus de 20 000 morts. En juin, les premières médailles réalisées par l’orfèvre Vachette sont distribuées par les Filles de la Charité. Aussitôt guérisons, conversions, protections se multiplient. C’est un raz-de-marée. Le peuple de Paris appelle la médaille de l’Immaculée la « médaille miraculeuse ».

 

Heitz ou Lévy ?

Marie et le drapeau européen dans Communauté spirituelle 440px-EU_Flag_specification.svgAgent au service du courrier du Conseil de l’Europe, Arsène Heitz prend le projet très au sérieux. De 1952 à 1955, il dessine plusieurs croquis différents. L’un d’entre eux représente un rectangle bleu uni, orné d’un cercle de quinze étoiles, dont une en son centre. Le drapeau plaît au directeur de la presse du Conseil, Paul Michel Gabriel Lévy, et au rapporteur Robert Bichet. Mais le nombre d’étoiles est ramené de quinze à douze: le Conseil de l’Europe compte bien quinze membres à cette période, mais à cause du statut  problématique de la Sarre d’après-guerre, à cause du nombre de pays pouvant être amené à varier, on lui préfère le douze. En 1955, le drapeau définitif est adopté à l’unanimité par l’Assemblée parlementaire. Depuis 1986, il est la bannière de la totalité des institutions européennes.

Par un clin d’œil de l’histoire, hasard de l’agenda, le texte portant adoption du drapeau a été voté un jour avant le calendrier officiel qui prévoyait de le faire le 9 décembre 1955 : c’est donc un 8 décembre que l’Europe s’est dotée du cercle de 12 étoiles d’or sur fond bleu… soit le jour même de la fête de l’Immaculée Conception, si liée à la médaille de la rue du Bac et à son invocation : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous » ! ! !

Pour les dirigeants chrétiens-démocrates à l’origine de la construction européenne (Conrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide De Gasperi…), cette inspiration mariale, explicite ou cachée, ne pose pas problème… Mais cette inspiration est totalement absente de la genèse du drapeau telle que décrite par le rapporteur Robert Bichet en 1985, et est démentie dès 1998 par Paul Michel Gabriel Lévy chargé du projet, qui revendique la réduction de quinze à douze étoiles sur fond d’argumentation politique. Il affirme que la ressemblance avec la couronne de Marie n’est qu’une coïncidence qui lui a été indiquée postérieurement à la décision. Elle ne rend pas compte non plus de pourquoi la première soumission de la commission en 1953 avait quinze étoiles. Selon Paul Collowald, témoin de l’avancement du projet auprès de Paul Lévy, Arsène Heitz ne saurait revendiquer la conception car sa participation relève d’un simple concours technique dans l’ultime phase de présentation au Conseil.

Dans le texte de l’Apocalypse, les 12 étoiles symbolisent sans doute les 12 apôtres, et accomplissent les 12 tribus d’Israël. Sur le drapeau européen, on pourrait y voir une allusion aux racines judéo-chrétiennes de l’Europe. Mais ce ne sont pas des étoiles de David, car elles n’ont que cinq branches. Dans le texte de l’Apocalypse, le nombre 12 renvoie plutôt à l’Église, nouvel Israël, image de la Jérusalem céleste ayant 12 portes pour accueillir tous les peuples de l’univers.

Les 12 étoiles disposées en couronne sont devenues le thème classique du couronnement de la Vierge dans l’art occidental à partir du XII° siècle.

La couleur or des étoiles peut faire penser au soleil qui sert de manteau à la femme de l’Apocalypse, mais également à l’or royal des empires et royaumes qui ont marqué l’histoire européenne.

Le bleu est pour nous actuellement la couleur mariale par excellence. Pas une statue de la vierge qui n’ait une touche de bleu ! Bernadette Soubirous à Lourdes en 1858 décrira la Dame de ses apparitions portant une belle ceinture bleue. Pourtant il n’en fut pas toujours ainsi. Cherchez le mot bleu dans la Bible tout entière : il n’y est jamais mentionné ! Ni comme adjectif, ni comme substantif. Associer Marie à la couleur bleue est donc une invention tardive.

 

Le bleu marial

assumption.png« Marie n’a pas toujours été habillée de bleu. Il faut même attendre le XII° siècle pour que dans la peinture occidentale elle soit prioritairement associée à cette couleur. [...]

Auparavant, dans les images, Marie peut être vêtue de n’importe quelle couleur mais il s’agit presque toujours d’une couleur sombre : noir, gris, brun, violet ou vert foncé. L’idée qui domine est celle d’une couleur d’affliction, une couleur de deuil. [...]

C’est aux alentours de 1140 que les maîtres-verriers mettent au point le célèbre « bleu de Saint-Denis », lié à la reconstruction de l’église abbatiale. Ce bleu verrier exprime une conception nouvelle du ciel et de la lumière [...] Plus tard encore, dans les premières décennies du XIII° siècle, quelques grands personnages, à l’imitation de la reine du ciel, se mettent à porter des vêtements bleus, ce qui aurait été impensable deux ou trois générations plus tôt. Saint Louis est le premier roi de France qui le fasse régulièrement.

[...] Avec l’art baroque, une mode nouvelle se met progressivement en place : celle des vierges d’or, ou dorées, couleur passant pour celle de la lumière divine. Cette mode triomphe au XVIII° siècle et se maintient fort avant dans le XIXe. Cependant, à partir du dogme de l’Immaculée Conception – selon lequel, Marie, dès le premier instant de sa conception, par un privilège unique de Dieu a été préservée de la souillure du péché originel -, dogme définitivement reconnu par le pape Pie IX en 1854, la couleur iconographique de la Vierge devient le blanc, symbole de pureté et de virginité. Dès lors, pour la première fois depuis les temps les plus anciens du christianisme, la couleur iconographique de Marie et sa couleur liturgique sont enfin identiques : le blanc. Dans la liturgie en effet, depuis le V° siècle pour certains diocèses et depuis le pontificat d’Innocent III (1198-1216) pour une bonne partie de la Chrétienté romaine, les fêtes de la Vierge sont associées à la couleur blanche. » [1]

Au fil des siècles, la Vierge est ainsi passée par toutes les couleurs ou presque, comme le montre une étonnante statue taillée dans un beau bois de tilleul peu après l’an mil et aujourd’hui conservée au musée de Liège. Cette vierge romane avait d’abord été peinte en noir, comme c’était fréquemment le cas à cette époque. Au XIII° siècle, elle fut repeinte en bleu, selon les canons de l’iconographie et de la théologie gothiques. Mais à la fin du XVII° siècle cette même Vierge fut, comme tant d’autres « baroquisée » et quitta le bleu pour le doré, couleur qu’elle conserva pendant deux siècles environ, avant d’être visitée par le dogme de l’Immaculée Conception et, ce faisant, entièrement badigeonnée de peinture blanche (vers 1880). Cette superposition de quatre couleurs successives en un millénaire d’histoire fait de cette fragile sculpture un objet vivant ainsi qu’un exceptionnel document d’histoire picturale et symbolique. »

 

Les commentaires officiels

exposition-sur-le-drapeau-europeen Assomption dans Communauté spirituelleSur le site officiel de l’Europe, les symboles du drapeau européen sont expliqués indépendamment de toute connotation religieuse.

Voici la description officielle du drapeau européen : « Sur le fond bleu du ciel, les étoiles figurant les peuples d’Europe forment un cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude. Sur fond azur, un cercle composé de douze étoiles d’or à cinq rais dont les pointes ne se touchent pas. »

« Les étoiles symbolisent les idéaux d’unité, de solidarité et d’harmonie entre les peuples d’Europe. Le nombre d’étoiles n’est pas lié au nombre d’États membres, bien que le cercle soit symbole d’unité. Il y a douze étoiles, car ce chiffre est traditionnellement un symbole de perfection, de plénitude et d’unité. Ainsi, le drapeau restera le même, indépendamment des futurs élargissements de l’Union européenne. »
« Dans différentes traditions, douze est un chiffre symbolique représentant la complétude (il correspond également au nombre de mois de l’année et au nombre d’heures sur le cadran d’une montre). Quant au cercle, il est entre autres un symbole d’unité. »

 

Décidément, politique et religion sont inextricablement mêlées dans l’histoire européenne comme dans ses symboles…

L’essentiel est peut-être pour nous en ce 15 août de contempler en Marie la femme de l’Apocalypse. Comme elle, nous sommes dans les douleurs de l’enfantement : l’enfantement du Verbe en nous.

C’est un travail très personnel, pour que chacun(e) accouche de sa véritable identité (« ce n’est pas moi qui vis, mais Christ qui vit en moi » Ga 2,20).

C’est également un travail collectif, donc politique, pour que nos sociétés accouchent de conditions de vie dignes de la vocation divine de notre humanité. Particulièrement en Europe où le christianisme a puissamment contribué à façonner les institutions, les mentalités, les symboliques depuis 2000 ans.

 


[1]. Michel Pastoureau, Bleu, Histoire d’une couleur, Seuil, 2000, pp 54-55.

 

MESSE DU JOUR

 

PREMIÈRE LECTURE

« Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire.
Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

 

PSAUME

(Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16)
R/ Debout, à la droite du Seigneur,se tient la reine, toute parée d’or. (cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

 

DEUXIÈME LECTURE

« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

 

ÉVANGILE

« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)
Alléluia. Alléluia.Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez dans le ciel, tous les anges ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »  Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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2 août 2020

Péripatéticiens avec le Christ

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Péripatéticiens avec le Christ


Homélie du 19° Dimanche du temps ordinaire / Année A
09/08/2020

Cf. également :

Le doux zéphyr du mont Horeb
Le dedans vous attend dehors
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Le polythéisme des valeurs
Sans condition, ni délai
Le principe de gratuité

Le lac gelé de Varsovie

Connaissez-vous l’œuvre cinématographique de Krzysztof Kieslowski (1941-1996) ? À partir des réalités sociales de la Pologne des années 80, il réfléchit sur la foi, le hasard, le rôle des évènements. Sa collection de 10 films intitulée « Le Décalogue » constitue une interprétation puissante et très personnelle des 10 Paroles données à Moïse, sans doute son œuvre maîtresse.

Dans le premier épisode du Décalogue (« Un seul Dieu tu adoreras »), un homme décide à Varsovie, à l’aide de formules sophistiquées calculant sur son ordinateur la résistance de la glace, que son petit garçon Pawel peut sans danger aller essayer sur le lac gelé la paire de patins à glace qu’il vient de lui offrir pour Noël, puisqu’il fait -15° depuis plusieurs jours. Pourtant contre toute logique, contre toute raison, la glace se rompt, l’enfant meurt. Le nom du père est Krzysztof et fait référence à « celui qui porte le Christ » : agnostique, faisant plus confiance en ses calculs qu’au Christ, il voit la glace ne plus pouvoir porter son fils comme lui n’est plus capable de porter sa foi… Anéanti par la douleur, Krzysztof remet en cause ses convictions les plus profondes et se révolte contre Dieu. Adorer un autre dieu que Dieu, fut-il la science et ses technologies, mène au désastre…

 

Le lac gelé de Tibériade ?

Ce lac gelé de Varsovie fais penser au lac de Tibériade de notre évangile (Mt 14, 22-33). C’est en effet une explication qui paraît trop rationaliste, mais cependant plausible, avancés par un spécialiste de l’histoire des lacs. Il émet l’hypothèse (certes fragile) selon laquelle le lac de Tibériade aurait pu être pris dans la glace au temps de Jésus en hiver. Du moins en surface, sur certaines parties.

« Jésus n’a peut-être pas marché sur l’eau comme le racontent trois des quatre Évangiles mais sur de la glace formée sur la mer de Galilée, selon une étude publiée cette semaine par un océanographe de l’université de Miami. Selon cette étude, les conditions météorologiques dans cette région, située aujourd’hui dans le nord d’Israël, étaient particulièrement rigoureuses dans une période comprise entre il y a 1500 et 2600 ans. De la glace, suffisamment épaisse pour supporter le poids d’un homme, aurait pu recouvrir une partie de la mer de Galilée, également connue sous le nom de lac de Tibériade, a indiqué le professeur Doron Nof. Cette couche de glace pouvait elle-même être partiellement recouverte par de l’eau, a précisé M. Nof. Aussi, des observateurs situés un peu loin de la scène pouvaient ne pas voir la glace et croire qu’une personne debout ou marchant sur le lac « marchait sur l’eau », a estimé l’océanographe. Le chercheur expose sa version du miracle dans le numéro d’avril 2006 du Journal de la Paléolimnologie, revue reconstituant l’histoire des lacs » (quotidien La Croix, avril 2006).

Plan du lac et de ses environsLes disciples, après avoir ramé la nuit pendant des heures contre vents et vagues, sont exténués de fatigue. De 21 km du nord au sud, de 12 km au plus large d’est en ouest, le lac n’est profond que de 50 m. Passer d‘une rive à l’autre comme le demande Jésus à ses disciples est normalement l’affaire de quelques heures à la rame. Mais le vent et les vagues sont contraires. Les disciples avaient donc lutté contre la tempête la plus grande partie de la nuit, et ils étaient en danger. Entre trois heures et six heures du matin (« la quatrième veille de la nuit » précise le texte), ils devinent de loin une silhouette venant vers eux aux premières lueurs, à travers le brouillard, sur le lac. Jésus aurait pu repérer les parties du lac recouvertes par une couche de glace assez solide pour s’avancer vers la barque. Il marchait ainsi littéralement sur les eaux. Pierre, à l’appel de Jésus, a peut-être lui aussi trouvé une partie du lac prise dans la glace pour débarquer et rejoindre Jésus. Mais, comme Pawel à Varsovie, après avoir fait quelques pas il a soudain senti la glace se fissurer et l’a entendu se craqueler sous son poids. D’où sa frayeur, car il commençait à couler. La main vigoureuse de Jésus le hissant sur un terrain plus solide le sauvera de l’hypothermie et de la noyade…                  

Explication trop naturelle ? Ceux qui veulent des miracles et des prodiges à tout prix crieront au blasphème et dénonceront une réduction rationaliste de l’événement. Pourtant la Bible elle-même pratique ce type de double lecture d’un même événement : à partir d’un phénomène naturel, elle relit ce qui s’est passé comme la trace de l’intervention divine. L’exemple le plus spectaculaire de ce genre d’exégèse est le célèbre passage de la 2 Janvier: Les Dix Commandements (Cecil B. DeMille - 1956) / The Ten CommandmentsMer des Roseaux (ou Mer Rouge). Nous avons tous en tête les deux murailles d’eau gigantesques du film de Cecil B. DeMille, l’une à droite et l’autre à gauche de la file des hébreux traversant la mer à pied sec. Et c’est le bâton de Moïse (sacré Charlton Heston !) qui fendit les eaux en deux. Le livre de l’Exode mentionne bel et bien cette mise en scène hollywoodienne (Ex 14,22). Mais il mentionne en même temps, et à côté, une autre interprétation, beaucoup plus naturelle celle-là : « Moïse étendit le bras sur la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec » (Ex 14,21). Le nom même de Mer des Roseaux (ou Mer des Joncs) suggère qu’il il y avait de larges parties marécageuses à traverser (pensez aux bayous de la Louisiane !).

Alors : bâton de Moïse ou vent d’Est ? Murailles d’eau ou marécages asséchés ? Et quand les Égyptiens s’engouffrent dans le passage pour récupérer leurs esclaves en fuite, est-ce la puissance divine qui les engloutit en faisant retomber les deux murailles d’eau avec le bâton de Moïse, ou bien est-ce le vent d’Est qui en s’arrêtant de souffler fait s’embourber les roues des chars et revenir l’eau telle une marée inversée ? Puisque les deux versions sont retenues par les rédacteurs bibliques, bien malin qui pourrait choisir entre les deux…

La marche sur les eaux de Jésus a quelque chose du passage du peuple de Dieu à travers l’eau de la Mer des Roseaux : phénomène naturel relu dans la foi par ceux qui y ont vu un signe de la puissance de Jésus sur le mal et sur la mort. Car les Israélites étaient de bien piètres marins. Ils n’ont jamais eu de flotte digne de ce nom (sauf peut-être sous Salomon). S’éloigner du rivage leur faisait peur, et encore ce n’était qu’un lac ! Une flaque d’eau comme le lac de Tibériade leur paraissait un océan, et le moindre coup de vent les affolait comme une tempête. C’était des pêcheurs, pas des marins. La mer était pour eux le lieu sombre des forces redoutables, des monstres terrifiants des profondeurs comme le Léviathan, des dangers inconnus capables de les engloutir sans coup férir. À tel point que Jean par exemple fera disparaître toute mer de la nouvelle création à venir : « de mer il n’y en aura plus » (Ap 21,14), tant elle est pour lui le symbole du mal. Voir Jésus marcher sur la mer (même si ce ne sont que les eaux gelées en surface d’un petit lac) était pour les pêcheurs de Galilée le signe manifeste de la victoire du Christ sur le mal et sur la mort, que sa résurrection allait mettre en pleine lumière avec Pâques.

 

Déambuler avec le Christ

L’enjeu de la scène est de pouvoir comme Pierre rejoindre Jésus dans sa marche sur les forces du mal. Le but est bien cette « marche-autour » sur l’eau.
Par trois fois dans le texte, Matthieu emploie le verbe περιπατν = peripatōn = marcher (patéō) autour (perí), qu’on peut traduire par déambuler :

Deux fois pour Jésus :

v 25 : à la quatrième veille de la nuit, il vint à eux, marchant (περιπατῶν = peripatōn) sur la mer.
v 26 : les disciples, le voyant marcher (περιπατοῦντα = peripatounta) sur la mer,

et une fois pour Pierre, qui est ainsi associé à la marche de Jésus :

v 29 : Pierre, étant descendu de la barque, marcha (περιεπάτησεν = periepatēsen) sur les eaux.

Pour nous aujourd’hui, l’adjectif péripatéticien désigne les dames court-vêtues qui arpentent les allées du bois de Boulogne ou les trottoirs de la rue Saint Denis pour achalander le client…
Dans l’Antiquité, le terme désignait plutôt une école de philosophie fondée par Aristote en -335 au Lycée d’Athènes. Il se promenait avec ses élèves, et tout en marchant, discutait, échangeait, bref philosophait. On a remis à la mode il y a peu cette manière de réfléchir dans le management : pour un entretien d’évaluation, le manager propose d’aller faire un tour au parc du Luxembourg ou sur les rives de la Seine pour échanger plus librement ; pour un brainstorming, on aura plus d’idées originales en allant se balader ensemble le long d’un canal ou d’un chemin verdoyant etc.

Jésus a pratiqué cette pédagogie de la « marche-autour » (perípatéō) péripatéticienne tout au long de ses trois années de vie publique. Nul doute qu’Emmanuel Macron a eu en tête, consciemment ou non, cette référence christique lorsqu’il a appelé son mouvement « En Marche » (et en plus, ses initiales étaient très narcissiquement gravées sur la plaque d’identité de son mouvement…).

Pour comprendre Jésus ‘péripatéticien’ déambulant parmi ses contemporains, il suffit de repérer les usages du verbe peripatōn dans les Évangiles. On peut les classer en au moins quatre familles.

 

1. Déambuler le long de la mer

« Marchant (περιπατῶν = peripatōn) le long de la mer de Galilée, il vit deux frères » (Mt 4,18).

Au bord du lac s’établissent les villes côtières grouillant de commerces et de rencontres en tous genres, comme Capharnaüm (la ville de Jésus), ou bien Bethsaïde, Tabgha, Magdala, Tibériade et Géraza. En allant et venant librement le long de la mer, Jésus s’expose ainsi à rencontrer les forces vives de son peuple. C’est là qu’il appelle ses premiers disciples. Marcher avec lui au bord de la mer, c’est aujourd’hui rejoindre les centres vitaux de nos villes où l’on commerce, où les populations se mélangent, où l’appel doit être lancé aux pêcheurs de ce temps.

 

2. Marcher sur la mer

Péripatéticiens avec le Christ dans Communauté spirituelle« À la quatrième veille de la nuit, il vint à eux, marchant (περιπατῶν = peripatōn) sur la mer » (Mt 14,25).

Là, il s’agit de s’aventurer à l’intérieur des territoires peuplés par les forces obscures et mauvaises. Avec le courage que la Résurrection procure, et la puissance du Christ plus forte que le mal, nous n’aurons pas peur de sentir les eaux s’ouvrir sous nos pas.

Marcher sur la mer, c’est aujourd’hui dénoncer la corruption des élites, lutter contre les esclavages des temps modernes (traite humaine, travail des enfants, filières de prostitution etc.). C’est se battre pour le respect de toute vie, de la conception à la mort. C’est s’affronter aux forces de l’argent et du pouvoir qui broient leurs opposants plus sûrement que le Léviathan n’avalait les marins perdus.

Le combat contre le mal fait partie de l’espérance chrétienne.

Certes nous perdrons bien des procès, notre voix pourra demeurer inaudible pendant longtemps, les méchants donneront l’impression de ricaner en toute sécurité… Mais nous savons que David a terrassé Goliath, que la foi déplace les montagnes, que les trônes finissent par être renversés, les injustices par être révélées.

 

3. Déambuler dans la Galilée

Les fonctions mentorales (suite) ; Jésus avec ses disciples« Jésus parcourait (περιεπάτει = periepatei) la Galilée » (Jn 7,1).

La Galilée des nations, c’est le coin le moins estimé d’Israël. « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » ironisait Nathanaël (Jn 1,46). Les Galilées actuelles sont les territoires perdus de la République, les périphéries méprisées ou ignorées par les centres, les confins où ne s’aventurent plus les gagnants du système. Déambuler en Galilée avec le Christ, c’est aujourd’hui rejoindre Dieu à la marge de nos sociétés, redonner la parole aux oubliés de l’histoire. C’est fonder ATD Quart-Monde avec les familles subissant l’exclusion depuis des générations. C’est visiter les séniors en EHPAD pour imaginer avec eux d’autres modes de vie pour nos aînés. C’est comprendre ce que nous avons fait de nos fous, dépressifs et autres malades mentaux dans nos hôpitaux psychiatriques et nos prisons etc.

Il y a tant de route sur lesquelles marcher en Galilée !

 

4. Déambuler dans le Temple

« À Jérusalem, Jésus allait et venait (περιπατοῦντος = peripatountos) dans le Temple » (Mc 11,27).
« Il entra à Jérusalem, dans le Temple ; et ayant porté ses regards autour de lui sur toutes choses… » (Mc 11,11)

templejesus Jésus dans Communauté spirituelleLà, Jésus manifeste une liberté encore plus grande, vis-à-vis du religieux de son époque. Il allait et venait dans le Temple comme s’il était chez lui. Et de fait il était chez lui dans la maison de son Père. Ce qui lui donne une incroyable capacité critique à l’encontre des rituels, des mentalités et des institutions religieuses juives. C’est dans le Temple, en s’y ‘promenant’, que Jésus guérit la main desséchée d’un handicapé un jour de sabbat, qu’il voit l’aumône de la pauvre veuve plus importante que les gros chèques des notables, qu’il renverse les tables des marchands et chasse le commerce du culte etc…

Il nous invite encore aujourd’hui à cette liberté vis-à-vis du religieux du XXI° siècle.

Il nous faut donc prendre le temps de déambuler dans les Temples contemporains pour en comprendre les logiques, les acteurs, les institutions. Que ce soient les Églises chrétiennes, les islams de tous les courants, les loges maçonniques ou les Bourses des villes d’affaires, les réseaux sociaux ou les organisations internationales, parcourons en longueur, en hauteur et en largeur ces espaces où se joue le sacré, c’est-à-dire ce qui compte le plus aux yeux de nos concitoyens. Alors nous pourrons admirer la générosité des uns, le génie artistique des autres, tout en dénonçant les mensonges et les injustices faites au nom de Dieu, tout en démasquant les idoles transformées en absolus incontestables.

 

Faire quelques pas avec le Christ n’est donc pas si innocent que cela, surtout s’il s’agit de marcher sur une fine couche de glace pouvant rompre à tout moment. Pourtant, notre identité chrétienne est pour une part péripatéticienne : malgré les vagues et le vent contraires, le Christ nous appelle à déambuler avec lui le long des côtes où se rassemblent les hommes, à parcourir l’intérieur de la Galilée où survivent les moins-que-rien, à arpenter les temples se joue le sacré de ce temps, et finalement à dominer la mer où les forces du mal se déchaînent pour déshumaniser nos sociétés.

Que l’Esprit du Christ nous donne cette audace !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur » (1 R 19, 9a.11-13a)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

PSAUME

(Ps 84 (85), 9ab-10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. (Ps 84, 8)

J’écoute : Que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

DEUXIÈME LECTURE

« Pour les Juifs, mes frères, je souhaiterais être anathème » (Rm 9, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, c’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint : j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ : ils sont en effet Israélites, ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen.

ÉVANGILE

« Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux » (Mt 14, 22-33)
Alléluia. Alléluia.J’espère le Seigneur, et j’attends sa parole. Alléluia. (cf. Ps 129, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.
Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
Patrick BRAUD

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26 juillet 2020

Les inséparables

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les inséparables

Homélie du 18° Dimanche du temps ordinaire / Année A
02/08/2020

Cf. également :

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie
La 12° ânesse
Éveiller à d’autres appétits
Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !
Le principe de gratuité
Multiplication des pains : une catéchèse d’ivoire
Donnez-leur vous mêmes à manger
La soumission consentie

 

Peur sur Hong Kong

Les inséparables dans Communauté spirituelle Fuck-China-Free-Hong-Kong-Flag-ShirtLe 30 juin dernier, le régime communiste de Pékin a voté une loi visant manifestement à reprendre le contrôle de Hong Kong. Principal objectif : « faire peur ».

Près de 2 millions de Hongkongais avaient défié le gouvernement central en manifestant pour demander plus d’autonomie. Un affront que n’a pas toléré Pékin. La loi du 30 juin comprend six chapitres de 66 articles qui puniront quatre crimes : la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec l’étranger.  Ces crimes pourront conduire à la prison à perpétuité (ou un minimum de 10 ans). Exemple : détruire un véhicule de transport ou un équipement public sera désormais considéré comme un acte terroriste. Moins de 24 heures après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, la police a procédé aux premières arrestations à Hong Kong en vertu de ce texte. Les forces de l’ordre ont arrêté au moins 180 personnes alors que des milliers de Hongkongais s’étaient rassemblés pour marquer le 23° anniversaire de la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine. Depuis, la censure ne cesse de s’étendre…

Les reportages télévisés sur place montrent des hongkongais partagés : les uns se disent prêts à lutter jusqu’au bout pour conserver leur système démocratique actuel, les autres avouaient avoir peur de la répression qui va s’abattre. Ces derniers sont sans doute les plus nombreux. Et on les comprend, car risquer la prison, voire la torture, la déportation ou la mort pour avoir osé manifester, utiliser sur un téléphone une application interdite, ou simplement porter un T-shirt « Hong Kong free » semble trop cher payer.

Ainsi, par la peur, Pékin étend son emprise, ignorant les protestations occidentales elles aussi marquées par la peur de froisser un tyran colossal (économiquement, militairement) de qui nous sommes si dépendants.

Pourtant, dans le passé, des peuples ont su secouer le joug du tyran. Souvenez-vous des grèves des ouvriers de Gdansk en Pologne, des veillées dans les églises de l’ex-Allemagne de l’Est, du renversement de Pinochet, des marches non-violentes de Gandhi, des marches contre les lois raciales de Martin Luther King etc. C’est la peur du châtiment et non le châtiment qui maintient les peuples sous la domination des tyrans. La Boétie l’avait bien compris : notre servitude est volontaire, car c’est notre peur qui donne leur puissance à nos maîtres. « Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres ! », écrivait-il. Autrement dit : dès lors que votre peur disparaît, nulle chaîne ne peut plus vous retenir en esclavage. D’où la première parole de Jean-Paul II ouvrant son pontificat en proclamant place Saint-Pierre : « N’ayez pas peur ! »

Que faire contre quelqu’un qui n’a pas peur de la prison, de la torture, de la mort ?

C’est la terrible impuissance des démocraties envers les djihadistes musulmans qui sont prêts à tout sacrifier pour leur cause inhumaine. Mais c’est également le formidable témoignage des martyrs chrétiens dans l’arène.

 

L’intime conviction de Paul

Se séparer après 50 ansPaul a expérimenté cette extraordinaire libération que produit l’évanouissement de toute peur : « Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » (2° lecture de ce dimanche : Rm 8, 35-39). Cette redoutable énumération fait la liste des dangers qu’il a déjà croisés : la détresse d’être abandonné de tous, l’angoisse de l’arrestation, la persécution qui mettait sa tête à prix, la faim et le dénuement pendant ses voyages sans bagages, le danger du naufrage ou de la lapidation, le glaive qui allait le décapiter à Rome… Sa vie est déjà donnée, abandonnée : qui pourrait la lui prendre ? Elle ne lui appartient plus.

Les huit motifs qui pourraient l’effrayer se heurtent à la conviction inébranlable qui habite Paul : « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre seigneur ». La tradition liturgique parle de certitude, mais le texte grec utilise le verbe : πέπεισμαι = ‘j’ai la conviction que’, ‘je suis persuadé que’. En effet, la foi ne fait pas bon ménage avec la certitude (sinon où serait l’espérance ?). Alors qu’elle se marie fort bien avec la conviction intime qui permet d’espérer au-delà des apparences.

Paul n’emploie ce même verbe πέπεισμαι que deux autres fois dans sa lettre. En Rm 14,14, il s’annonce convaincu que rien n’est impur, qu’aucun aliment n’est souillé en lui-même. C’est seulement aux yeux de celui qui va voir cet aliment impur (non casher, non halal) que l’impureté existe, pas dans l’aliment lui-même. « Je le sais, j’en suis convaincu par le Seigneur Jésus : rien n’est impur en soi. Mais une chose est impure pour celui qui la considère comme telle ». Ainsi la peur n’existe-t-elle que dans les entrailles de ceux qui l’acceptent : elle n’a pas de réalité en elle-même, si bien que ni l’angoisse ni la mort ne peuvent dominer, puisqu’elles ne font plus peur.

Le troisième passage de la lettre où Paul utilise le verbe πέπεισμαι est celui où il affirme croire en la capacité des membres de l’Église de Rome à veiller sur leur foi. Ce n’est pas une certitude objective, mais un regard de foi sur les baptisés romains : « En ce qui vous concerne, mes frères, je suis personnellement convaincu que vous êtes vous-mêmes pleins de bonnes dispositions, comblés d’une parfaite connaissance et capables de vous avertir mutuellement » (Rm 15,14). Malgré les désillusions et déceptions inévitables que cette communauté lui procurera, il est persuadé de sa richesse d’âme potentielle. Nul doute que cette confiance de Paul à leur égard provoquera en retour les chrétiens de Rome à vivre à la hauteur de cette conviction, notamment lorsque Paul sera emprisonné, puis décapité, et que les persécutions se déchaîneront.

Le secret de l’intrépidité de Paul face à tous les dangers auxquels sa mission l’expose réside donc dans cette conviction intime qui lui permet de tenir bon, les yeux fixés vers le but de sa course, « comme s’il voyait l’invisible ». Du coup, la deuxième énumération des obstacles possibles se fait universelle, voire cosmique : « J’en ai la conviction : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur ». Ces dix motifs d’inquiétude ne tiennent pas devant la conviction que nous sommes inséparables de l’amour de Dieu.

L’inséparable ne peut vivre qu’en couple

Un couple d’inséparables

Si c’était une certitude au sens actuel du terme, elle ne résisterait pas à l’examen des faits. De très grands croyants se sont détournés de Dieu suite au malheur innocent, à la Shoah, ou à la théorie de l’évolution etc. Le dénuement et la fin ont éloigné de Dieu des millions de victimes des sécheresses et des guerres. La peur envahit des familles entières encore aujourd’hui, de la Chine communiste aux populations africaines tremblant devant Boko-Haram, Daesh ou les Shebabs provoquant la fuite ou la soumission. Oui : beaucoup de périls ont le pouvoir hélas de nous séparer de l’amour de Dieu !

La conviction de Paul nous fait voir les choses autrement : même si certains y succombent, ces dangers n’auront pas le dernier mot. Apparemment le mal semble gagner, trop souvent, en trop d’endroits. Mais pour ceux qui veulent ne plus avoir peur, ce ne sont que les avant-derniers combats impuissants à changer l’issue finale : Christ victorieux de la mort, nous associant à sa victoire.

Celui qui n’a plus peur, qui peut le soumettre, à Hong Kong ou au Sahel ?

Faisons nôtre l’intime conviction de Paul, et nous pourrons déjouer l’un après l’autre chaque piège, chaque obstacle qui voudrait nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Venez acheter et consommer » (Is 55, 1-3)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David.

PSAUME

(Ps 144 (145), 8-9, 15-16, 17-18)
R/ Tu ouvres ta main, Seigneur : nous voici rassasiés. (cf. Ps 144, 16)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main :
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

DEUXIÈME LECTURE

« Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ » (Rm 8, 35.37-39)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

ÉVANGILE

« Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés » (Mt 14, 13-21)
Alléluia. Alléluia.L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alléluia. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
Patrick Braud

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19 juillet 2020

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Homélie du 17° Dimanche du temps ordinaire / Année A
26/07/2020

Cf. également :

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien
Que demander dans la prière ?
Quelle sera votre perle fine ?
Acquis d’initié
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie

« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »

Qui oserait écrire cette énormité aujourd’hui ? après la Shoah, comment soutenir que cette barbarie peut finalement servir le bien ? Après la boucherie de 14-18, comment prétendre qu’il pourrait y avoir un bilan positif pour quiconque ? Plus près de nous, les morts du Coronavirus auraient-il une utilité ? La souffrance des centaines de milliers de licenciements à venir en France peut-elle être convertie en quelque chose de bien ?

Écouter notre deuxième lecture (Rm 8, 28-30) de ce dimanche sans broncher, c’est avoir la tête ailleurs, et ne pas écouter ! Battons-nous contre ce texte jusqu’à ce qu’il rende les armes…

Il y a d’abord un problème de traduction.

 

Les choses, ou la main invisible

Bernard de Mandeville, La Fable des abeillesEt pas un petit, car des traductions différentes donnent des interprétations différentes, ici particulièrement. La Traduction Oecuménique de la Bible écrit (comme beaucoup de Bibles) : « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu ». Comme si les choses par elles-mêmes s’ordonnaient en lignes de force pour converger vers le bien. Une main invisible en quelque sorte, à la manière de celle d’Adam Smith ordonnant le marché pour servir l’intérêt général. Il se peut d’ailleurs que cette croyance fondamentale du libéralisme provienne de Rm 8 lu à travers le prisme de l’État minimum : laissez les choses se dérouler d’elles-mêmes et vous verrez que le résultat final sera meilleur que les autres, malgré les inégalités inévitables. Cette interprétation accorde à l’ordre du monde un quasi personnalité, immanente : tout se passe comme si les événements, ressentis comme bons ou mauvais, convergeaient d’eux-mêmes vers un optimum. Comme si les passions humaines, morales et immorales, servaient finalement à leur insu le bien commun. La Fable des abeilles de Mandeville (1714) racontait déjà comment les vices et les vertus de chacun dans la ruche humaine s’intégraient avec brio dans la réussite de la construction commune :
« La Vertu ne peut faire vivre les nations dans la Splendeur.
Qui veut Ramener l’âge d’or doit accueillir également le Vice et la Vertu. »

 

Le problème avec cette traduction si répandue de Rm 8,28 est qu’elle n’est pas fidèle au texte grec ! En voici le mot à mot (qu’on appelle version interlinéaire grec-français) :

Οἴδαμεν Nous savons δὲ maintenant ὅτι τοῖς ἀγαπῶσι τὸν θεὸν que pour ceux aimant Dieu πάντα toutes choses συνεργεῖ (il) travaille ensemble εἰς ἀγαθόν pour le bien

 

Dieu, ou la Providence

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu dans Communauté spirituelle couv_peb_53_providence-212x300Le sujet du verbe synergei (συνεργεῖ : travailler ensemble à = concourir à) n’est pas « tout » (panta = toutes choses). C’est soit « Dieu » (ho theos : mais cette locution vient de certains manuscrits où elle a été rajoutée [1]), soit plutôt l’Esprit (Pneumatos), en cohérence avec la phrase précédente : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles » (Rm 8, 20 27).

Si l’on choisit Dieu comme sujet du verbe synergei, on a alors la théorie selon laquelle c’est Dieu qui fait travailler ensemble les événements pour le bien de ceux qu’il aime. C’est l’option de la Bible de Jérusalem, ainsi que de la traduction liturgique : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour » (Rm 8, 28). On rejoint ainsi le thème de la mystérieuse Providence divine à l’œuvre dans l’histoire. Le philosophe Leibniz a théorisé cette idée : selon lui, Dieu ayant en main des cartes et une vision bien plus grande que les nôtres, compose avec le mal et la souffrance pour obtenir ce que lui sait être le meilleur. Ce monde est vraiment le meilleur des mondes possibles, même s’il nous révolte par son absurdité et son injustice apparente.

Le Catéchisme de l’Église catholique semble suivre cette piste au n° 313 :
« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu  » (Rm 8,28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité :
Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à  » ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive » : « Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but ».
Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille : « Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous ».
Et Lady Julian of Norwich : « J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes… Et tu verras que toutes choses seront bonnes ».

Cette figure de la Providence divine a eu son heure de gloire dans les siècles passés, lorsqu’il s’agissait de prêcher la résignation à ceux qui gémissaient sous le poids du fardeau social, la soumission à ceux qui étaient tentés de se révolter devant les inégalités, les richesses, la domination des puissants, la peste, la famine… [2]

Quel est ce Dieu qui demanderait de s’accommoder du monde tel qu’il est sous prétexte que lui saurait en tirer un bon parti pour les croyants ? D’ailleurs, la plupart du temps, les commentateurs situaient le résultat final (« le bien de ceux qui aiment Dieu ») dans l’au-delà de la mort, expliquant ainsi que cela vaut la peine de souffrir ici-bas si c’est pour la gloire future. Or Paul ne parle pas d’un bien futur en Rm 8. Il décrit son expérience passée, sur laquelle se fonde cette espérance. Nous y reviendrons plus tard.

 

L’Esprit, puissance de transformation

La troisième interprétation fait de l’Esprit du verset 27 le vrai sujet du verbe synergei. Paul n’a pas voulu le répéter, de même que nous employons le pronom « il » afin de ne pas reprendre deux fois le même terme. « L’Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas ce que nous devons, selon nos besoins, demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements ineffables; et celui qui sonde les cœurs connaît quels sont les désirs de l’Esprit; il sait qu’il prie selon Dieu pour des saints »  (Rm 8, 26-27). J’avoue préférer cette troisième voie, faisant de l’Esprit l’acteur historique d’une transformation de toutes choses – même le mal – en occasion de progrès pour ceux qui aiment Dieu. C’est le parti de la traduction de la New English Bible : « en toutes choses, il (l’Esprit) coopère (fait concourir toutes choses) pour le bien avec ceux qui aiment Dieu ». Ce qui n’excuse pas le mal ni ne l’explique. Ce qui ne dispense pas de lutter contre lui, au contraire. Mais ce qui affirme que le mal n’aura pas le dernier mot. Constatant sa présence (sans l’expliquer) les croyants trouveront en deux la force spirituelle de transformer sa négativité en quelque chose de plus grand et de meilleur.

Résultat de recherche d'images pour "hillesum etty une vie bouleversée"Le Catéchisme de l’église Catholique suit cette voie au n° 2379 :
« Chez S. Paul, cette confiance est audacieuse (cf. Rm 10,12-13), fondée sur la prière de l’Esprit en nous et sur l’amour fidèle du Père qui nous a donné son Fils unique (cf. Rm 8,26-39). La transformation du cœur qui prie est la première réponse à notre demande ».

La version sécularisée de cette intégration du mal dans un bien supérieur grâce au travail de l’Esprit est bien sûr la dialectique hégélienne :

« L’Esprit conquiert sa vérité seulement à condition de se retrouver soi-même dans l’absolu déchirement […]. L’Esprit est cette puissance seulement en sachant regarder le négatif en face, et en sachant séjourner près de lui. Ce séjour est le pouvoir magique qui convertit le négatif en être » [3].

Il s’agit d’utiliser la puissance du négatif pour en faire sortir autre chose : le travail du négatif par l’Esprit pourra finalement faire émerger un bien supérieur, une œuvre utile. Le dépassement (Aufhebung) du mal ne le détruit pas, mais l’assume et l’intègre dans une œuvre plus grande. Puisqu’il existe, puisqu’il est là, autant en faire quelque chose ! Ceux qui croient au travail de l’Esprit en eux trouveront l’alchimie par laquelle convertir le négatif en force de transformation vers le bien.

On échappe ainsi aux justifications douteuses que la Providence fournissait autrefois pour expliquer le mal et s’y habituer. Chez Hegel comme chez Job, le mal est injuste, inacceptable. Le vaincre n’implique pas de le nier ou de l’expliquer, mais de le dépasser.

Etty Hillesum, jeune femme juive dans le ghetto d’Amsterdam, déportée à Westerbork, puis à Auschwitz où elle mourra en 1943, en est témoin :

« Mes enfants je suis pleine de bonheur et de gratitude, je trouve la vie si belle et si riche de sens. Mais oui, belle et riche de sens, au moment même où je me tiens au chevet de mon ami mort - mort beaucoup trop jeune – et où je me prépare à être déportée d’un jour à l’autre à des régions inconnues. Mon Dieu je te suis si reconnaissante de tout. » [4]

 

Un savoir expérimental

Qui fait concourir toutes choses au bien de ceux qui aiment Dieu ? Et comment ?
Au-delà de ces questions, il faut revenir à l’auteur de Rm 8,28. Ce qui est écrit est énorme, mais ce n’est pas un philosophe qui a trouvé ces mots. Ni un moraliste ou un conseiller du prince. Paul n’est pas en train de réfléchir ou de se lancer dans une spéculation intellectuelle. Non : il relit sa vie ; il relie les événements heureux et malheureux qui l’ont jalonné ; il constate au cœur de ce chaos apparent qu’une fidélité et une ligne de conduite ont progressivement émergé ; il découvre en lui cette capacité étonnante à faire feu de tout bois – même du pire – pour devenir ce qu’il est appelé à être : l’apôtre des nations. Il aura connu les naufrages en Méditerranée, le fouet, les caricatures de procès juifs et romains, les chaînes, le froid, la faim, la soif, le supplice, la prison, le mépris, et finalement la décapitation dont il se doute qu’elle l’attend à Rome. Mais tout cela a finalement servi sa mission : annoncer l’Évangile aux païens. À chaque étape, il a puisé en lui – ou plutôt dans le travail de l’Esprit en lui – une force (dynami) grandissante lui donnant par expérience cette certitude époustouflante qu’il crie dans cette longue litanie de la même lettre aux Romains :

« Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 8, 31 39)

 Esprit dans Communauté spirituellePaul proclame une confiance qui s’appuie sur son expérience passée, et non sur un raisonnement ou des idées. C’est un savoir expérimental, et non théorique. Il témoigne de son espérance invincible en la victoire sur la mort et le mal pour soutenir le combat spirituel des chrétiens de Rome exposés aux menaces, aux persécutions, à la dérision. Les martyrs romains l’ont entendu cinq sur cinq ! Ils chanteront dans l’arène face aux fauves ; ils pardonneront à leurs bourreaux ; ils béniront ceux qui les maudiront. Et Tertullien constatera au troisième siècle que l’incendie qu’ils ont allumé n’est pas celui de Rome par Néron, mais l’Évangile se répandant comme une traînée de poudre autour du bassin méditerranéen : « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Nul éloge des persécutions dans cet adage, mais le constat historique que « l’Esprit fait concourir toutes choses au bien de ceux qui aiment Dieu ».

Paul expose dans les versets précédents le rôle de l’Esprit en nous : (Rm 8,26 27). C’est vrai : nous ne savons pas ce qui est bon pour nous. Nous appelons « bien » la santé, la richesse, la tranquillité alors qu’elles sont peut-être en train de nous éloigner de Dieu. Nous appelons « mal » nos déceptions, nos fragilités, nos finitudes, alors qu’elles pourraient peut-être nous faire grandir en humanité. Voilà pourquoi l’Esprit prie en nous mieux que nous-mêmes, car nous ne savons pas quoi demander. La vraie demande n’est pas tel ou tel bien particulier (est-ce si bien que cela ?) mais la Sagesse demandée par Salomon, l’Esprit du Veni Creator. Jésus avait indiqué à ses disciples comment accomplir la prière de demande : « combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11, 13) Quel bien plus grand que l’Esprit Saint pourrions-nous demander ?

Le travail de l’Esprit en nous est d’abord de nous déprendre de nos représentations (au-delà du bien et du mal, aurait dit Nietzsche) pour nous donner d’accueillir toutes choses comme un matériau à transformer en vue d’un bien supérieur révélé en cours de route…

Faites vous-même cet exercice de relecture qui était celui de Paul : quelles sont les blessures, les catastrophes de votre existence que finalement vous avez réussi à transformer en autre chose ? À l’inverse, quelles réussites, quels succès vous apparaissent aujourd’hui trompeurs et superficiels ?

 

Et ceux qui n’aiment pas Dieu ?

 HegelUn dernier mot sur la fin de notre désormais célèbre phrase : « pour le bien de ceux qui aiment Dieu ». Ah bon ! Et les autres ? Ceux qui n’aiment pas Dieu ? L’Esprit les laisserait tomber ? Ou pire : Dieu se vengerait en les broyant dans la grande machine de l’Histoire ? Comment notre amour de Dieu pourrait-il être un pur amour, gratuit et désintéressé, s’il avait pour moteur d’obtenir que tout s’arrange pour le mieux en finale ? Interrogations un peu anachroniques, car ce n’est pas le problème de Paul. Lui veut réconforter et soutenir les croyants dans la tourmente romaine. Il écrit une lettre aux chrétiens de Rome, pas à leurs persécuteurs. D’ailleurs, comment savoir qui aime Dieu et qui ne l’aime pas ? Saint Augustin disait avec finesse à propos de l’Église : « il y en a qui se croient dedans alors qu’ils sont dehors ; il y en a qui se croient dehors alors qu’ils sont dedans ». Paul affirme que l’Esprit a la puissance de tout transformer pour peu que l’on soit porté par l’amour de Dieu. Son but ici n’est donc pas d’affirmer la perte des ‘méchants’, mais la force de l’amour que nous portons à Dieu dans l’adversité. Et qui sait si « le bien de ceux qui aiment Dieu » n’inclue pas le salut des ennemis ?
Ne transformons pas en machine de guerre contre nos adversaires réels ou supposés ce qui est essentiellement une proclamation d’espérance :
« rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ».

 

Conclusion

Résumons-nous : Rm 8,28 n’est pas une théodicée justifiant le mal par son utilité ; pas besoin d’une mystérieuse Providence à qui attribuer tout ce qui arrive ; pas de résignation devant ce qui arrive non plus, parce que les choses n’ont pas de consistance en elles-mêmes  (il n’y a pas de destin ; Paul parle de vocation, d’appel et non de destin).

Paul nous appelle à découvrir ce trésor de l’extraordinaire énergie de l’Esprit, capable de tout transformer – même le pire – à l’avantage de ceux qui aiment Dieu, justement parce que cet amour (agapê dans le texte) est le vrai moteur de l’Histoire.

Apprenons donc à relire notre vie, les événements qui nous touchent, en positif comme en négatif, pour que cette alchimie spirituelle les transforme en quelque chose de plus grand.

 


[1]. Karl Lachmann Lachmann a ajouté ho theos après synergei dans son Nouveau testament grec en 1831, en s’appuyant sur le Papyrus P46 datant d’environ l’an 200 et d’autres sources, notamment les manuscrits A (5e siècle) et B (4e siècle) ainsi que la version copte sahidique. Cette variante a permis d’avoir la traduction faisant de Dieu le sujet du verbe synergei.

[2]. Le Catéchisme de l’Église Catholique au n° 395 utilise même Rm 8,28 pour justifier l’existence de l’activité diabolique, car elle ne peut empêcher la réalisation du Royaume de Dieu :

« La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais  » nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » (Rm 8,28).

[3]. G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, Préface (1807).

[4]. Etty Hillesum, Une vie bouleversée, Journal 1941-1943, Seuil, 1985, p. 206.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Tu m’as demandé le discernement » (1 R 3, 5.7-12)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, à Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »
Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

 

PSAUME

(Ps 118 (119), 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)
R/ De quel amour j’aime ta loi, Seigneur ! (Ps 118, 97a)

Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or ou d’argent.

Que j’aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

Aussi j’aime tes volontés,
plus que l’or le plus précieux.
Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Il nous a destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils » (Rm 8, 28-30)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

 

ÉVANGILE

« Il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44-52)
Alléluia. Alléluia.Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ». Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Patrick BRAUD

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