L'homélie du dimanche (prochain)

15 février 2026

Cendres : faites votre choix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cendres : faites votre choix

Homélie pour le Mercredi des Cendres / Année A
18/02/26

Choisissez parmi les homélies précédentes :

Cendres : faites votre choix dans Communauté spirituelle careme4La radieuse tristesse du Carême
Cendres : « Revenez à moi ! »
Cendres : une conversion en 3D
Cendres : soyons des justes illucides
Mercredi des Cendres : le lien aumône-prière-jeûne
Déchirez vos cœurs et non vos vêtements
Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile
Carême : quand le secret humanise
Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner
Le symbolisme des cendres

 

 

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8 février 2026

Pas de serment, nom de Dieu !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pas de serment, nom de Dieu !

 

Homélie pour le 6° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
15/02/26

Cf. également : 

50 nuances de oui ?
La nécessaire radicalité chrétienne
Tu dois, donc tu peux
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Accomplir, pas abolir
Qu’est-ce que « faire autorité » ? 

 

1. Le refus radical de Jésus

Pas de serment, nom de Dieu ! dans Communauté spirituelle« Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites : je le jure ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette injonction au tribunal dans les films et séries américaines ? Il faudrait jurer pour que notre parole soit crédible…

Jésus refuse radicalement de se plier à ce genre de commandement, et il nous invite clairement dans l’Évangile à faire de même : « Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,34–36).

Pourquoi une dénonciation aussi véhémente d’une pratique qui est assez courante toutes les cultures ? Quelle importance pour nous aujourd’hui ?

 

Les arguments de Jésus sont multiples :

 

– « Que ton oui soit oui » : si ta parole quotidienne est fiable, pourquoi lui ajouter un serment ? Si quelqu’un doit jurer, mensonge+ou+ve%25CC%2581rite%25CC%2581 jurer dans Communauté spirituellec’est que sa parole ordinaire est suspecte de mensonge. Le serment est un contrefort apposé contre un mur qui penche et menace de s’écrouler. Mais c’est justement le symptôme que ce mur est malade et va tomber en ruines. Jurer, c’est supposer que la vérité a besoin d’un artifice pour tenir debout.
Clément d’Alexandrie (II°-III°) s’en fait l’écho : le chrétien doit mener une vie si pure que sa simple présence vaut garantie. « Le chrétien doit mener une vie si exemplaire qu’il n’ait jamais besoin de jurer. Sa parole doit être un serment par sa vérité constante. Il ne doit pas jurer, car il est interdit de prendre le nom de Dieu en vain » (Stromates, VII, 8). Et  Chrysostome renchérissait : « Celui qui ne ment jamais n’a pas besoin de jurer ».

 

GV6S4HZHN5BIXCLBGSMZJO7SO4 serment- Par quoi ou par qui vais-jurer ? sur la tête de ma mère ? de mes enfants ? sur la Bible ? par Vishnou, par Allah ou par Osiris ? La réponse de Jésus est cinglante : « ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem, ni sur ta tête ». Car à chaque fois tu utiliserais quelque chose de plus grand que toi pour ton intérêt. Ce serait instrumentaliser le nom de Dieu, ou la famille, ou le sacré, pour soi-disant garantir ma parole. L’instrumentalisation du nom de Dieu est peut-être le plus grand danger du XXI° siècle. Poutine commet ses crimes de guerre au nom de la Sainte Russie, Trump bombarde les djihadistes du Nigéria le jour même de Noël pour défendre les chrétiens persécutés, pervertissant la non-violence de Bethléem dans ses calculs électoraux auprès de sa base évangélique. Boko Aram, le Hezbollah, le Hamas et Daesh continuent de piller, violer et kidnapper au nom d’Allah. La religion fait hélas son grand retour dans les conflits planétaires, sous sa forme dévoyée la plus hideuse : servir de couverture à des intérêts inavouables, à des ambitions de conquêtes sanglantes, à des rêves d’empires retrouvés… Les prédateurs de ce siècle vous jureront la main sur le cœur agir pour défendre leur Dieu et ce qu’ils ont de plus sacré. En réalité, ils se servent du nom de Dieu pour légitimer leur violence. Ils instrumentalisent le nom de Dieu pour la poursuite de leurs intérêts. Chrysostome dénonçait : « Évitez les serments. La bouche qui prononce le nom de Dieu pour jurer est comme un vase d’or qu’on emploierait à des usages vils ».

 

– Le serment sert le plus souvent de masque au mensonge.

Le reniement de Pierre - Mc 14, 53-72Plus quelqu’un jure fort, plus on peut le soupçonner de mentir. Sinon, le oui le plus simple suffirait.

Dans les Évangiles, l’exemple flagrant de ce mensonge est… celui de Pierre lui-même ! Dans la cour du grand prêtre, il se chauffe autour du brasero en essayant de suivre ce que devient Jésus arrêté et mis aux fers. Mais une servante le reconnaît. Devant le danger d’être traité comme son maître, Pierre nie avec force connaître Jésus. Et il en rajoute : « Il se mit à protester violemment et à jurer : “Je ne connais pas cet homme.” Et aussitôt un coq chanta »  (Mt 26,74).

Le seul à faire exactement le contraire du commandement du sermon sur la montagne est Pierre en personne ! Il ne se contente pas de nier, il utilise le serment comme une arme de persuasion. Plus le mensonge est gros, plus il appelle le sacré à son secours pour masquer son imposture.

Pierre avait déjà juré lors de la Cène qu’il mourrait avec Jésus (Mt 26,35). Il pensait  maîtriser sa mission, son avenir, sa fidélité. Jésus avait justement prévenu : « Ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,36), Si tu n’as aucune maîtrise sur le vieillissement et les années qui passent, pourquoi croirais-tu pouvoir contrôler ce qui va arriver demain, tes actes, ta foi, ta fidélité ?
Quel orgueil de penser que je maîtrise mon avenir absolument au point de jurer de ce qui se fera ! Au moment du reniement, Pierre perd tout contrôle. Son serment en Mt 26,74 
« vient du Mauvais ». C’est l’aveu d’une défaillance totale : il jure par Dieu pour nier le Fils de Dieu. Il maudit, profère des jurons et des imprécations pour échapper au danger. Ce n’est pas pour rien que jurer et juron sont très proches en français !

Pierre invoque le jugement de Dieu sur lui-même s’il ment, pensant que cela convaincra ses accusateurs. C’est l’exemple parfait de la manipulation du sacré que Jésus dénonçait ! Le serment est bien un masque pour le mensonge. Jurer, c’est prétendre avoir un contrôle sur le réel, une maîtrise de l’avenir que seul Dieu possède. C’est une forme d’orgueil métaphysique qui rend aveugle. Basile de Césarée (IV° siècle) fait explicitement ce lien entre le serment et la présomption humaine : « Il est absolument interdit de jurer. [...] Celui qui jure s’engage pour l’avenir, or l’avenir n’appartient qu’à Dieu seul. Comment peux-tu engager ce qui ne t’appartient pas ? » (Sur l’Esprit Saint).

 

Le reniement de Pierre est la démonstration par l’échec de la nocivité du serment. Il naît de l’escalade dans le mensonge, car Pierre commence par nier et finit par jurer et maudire. Plus sa parole est fausse, plus il utilise des formes solennelles afin de le couvrir. Le serment révèle ainsi l’impuissance de celui qui le profère. Pierre avait juré de mourir, et il ne peut même pas tenir sa résolution devant une servante. Le serment est le masque de sa fragilité en plus de son mensonge. L’injurieux Pierre a décidément juré trop vite…

 

2. L’impact historique de Mt 5,34

Dans les trois premiers siècles, l’Église primitive ainsi que les Pères de l’Église ont observé et transmis scrupuleusement cet interdit du serment. À Jérusalem, l’apôtre Jacques répète fidèlement à sa communauté la parole de Jésus : « Avant tout, mes frères, ne faites pas de serment : ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni d’aucune autre manière ; que votre “oui” soit un “oui”, que votre “non” soit un “non” ; ainsi vous ne tomberez pas sous le jugement »  (Jc 5,12). Il voit dans cet enseignement une règle communautaire stricte pour garantir la confiance entre les membres de la communauté : soyez vrais entre vous, et vous n’aurez plus besoin de jurer.

Cette interdiction du serment a eu ensuite un impact immense dans l’histoire de l’Église.

 

– Les Pères de l’Église l’ont reprise intégralement, jusqu’à interdire le serment devant les tribunaux ou les princes, avec tous les risques qui en découlaient à l’époque. Justin, Basile, Clément d’Alexandrie, Origène, Chrysostome etc. : tous interprétaient Mt 5,34 de façon absolue. Ils y voyaient le refus de l’idolâtrie romaine. Le serment des citoyens romains engageait en effet une soumission à l’empereur. Le serment des soldats les obligeait à une obéissance aveugle à César. Pour les chrétiens, jurer par une divinité païenne ou un homme était une forme d’apostasie.

 

– Après le virage constantinien du IV° siècle, il fallait bien que les baptisés s’engagent dans l’armée, l’administration ou la justice. L’Église a alors assoupli sa position. Augustin par exemple a théorisé que le serment n’est pas bon en soi, mais qu’il est parfois nécessaire, à cause de la fragilité humaine. Un moindre mal quelque sorte, pour excuser les baptisés qui participent aux affaires de ce monde…

 

– Le Moyen Âge a érigé le serment en ciment social. Roi, vassal, suspens, seigneur, abbé : la féodalité repose tout entière sur le serment (foi et hommage). L’Église a développé dans sa casuistique une théologie complexe pour distinguer le serment « licite » (devant un juge) du serment « vain » ou « parjure ».

 

– Bien avant la Réforme, Pierre Valdo et ses disciples (les « Pauvres de Lyon ») prônaient un retour à l’Évangile pur (XII° siècle).

Les Vaudois et les Cathares ont été persécutés en partie parce qu’ils refusaient tout serment ; ils le considéraient comme un péché mortel en s’appuyant strictement sur Matthieu 5,34. Pour l’Inquisition, ce refus de jurer était un signe de rébellion contre l’ordre social et religieux. Dans une société féodale où le serment était le seul lien juridique, leur refus était perçu comme une menace pour l’ordre public. Cela fut l’un des principaux chefs d’accusation lors de leur condamnation par l’Église catholique (Concile de Vérone, 1184).

Inspirés par John Wycliffe, les Lollards en Angleterre (XIV° siècle) critiquaient les dérives de l’Église médiévale. Ils soutenaient que le serment imposé par les tribunaux ecclésiastiques était une invention humaine contraire à la parole du Christ. La répression catholique fut sévère : plusieurs Lollards furent brûlés vifs pour hérésie. Leur refus de jurer était souvent le « test » ultime utilisé par les inquisiteurs pour les identifier.

Les Anabaptistes (XVI° siècle) sont sans doute le groupe qui a été le plus persécuté pour ce motif. Dans la Confession de Schleitheim (1527), ils codifient leur refus du serment, et prônent pour cela la séparation de l’Église et de l’État : Pour eux, le chrétien appartient au Royaume de Dieu et ne peut engager sa parole dans les structures « démoniaques » de l’État.

Conséquence : Ne pouvant prêter le serment de citoyenneté ou de fidélité au prince, ils étaient privés de droits civiques, bannis ou exécutés (noyades à Zurich, bûchers en Allemagne).

Les Doukhobors (Russie, XVIII°-XIX°) étaient un groupe de paysans russes dissidents (les « Lutteurs de l’Esprit ») poussant l’exégèse de Mt 5,34 à son extrême. Ils refusaient de jurer fidélité au Tsar et de porter les armes. Persécutés par l’Église orthodoxe et le pouvoir tsariste, ils ont fini par émigrer massivement au Canada à la fin du XIX° siècle, soutenus financièrement par l’écrivain Léon Tolstoï, lui-même fervent défenseur de la non-violence et de l’interdiction du serment.

 Tolstoï

Prêtre jureur

Les Quakers, Mennonites et autres mouvements protestants radicaux ont, pendant des siècles, refusé de prêter serment en justice, se basant précisément sur ces textes. Ils préféraient subir des peines plutôt que de désobéir à cet ordre du Christ. Sous la pression de ces groupes, l’Angleterre a fini par voter l’Affirmation Act (1696), permettant aux Quakers de substituer une « affirmation solennelle » au serment religieux. C’est une étape cruciale vers la liberté de conscience moderne. À tel point qu’ils ont même obtenu aux USA qu’un président nouvellement élu ne prête pas serment sur la Bible s’il le voulait, mais prononce seulement une « affirmation solennelle ». Un seul président – Franklin Pierce, 14° président des États-Unis – a usé de ce droit (1853) en utilisant le terme « affirm » au lieu de « swear » (jurer). Herbert Hoover (1929) et Richard Nixon (1969 et 1973), tous deux Quakers, auraient pu y recourir, mais la raison d’État a prévalu…
En France, on se souvient que les prêtres « jureurs » faisaient allégeance à la Constitution civile du clergé de 1790, alors que les « réfractaires » voulaient garder leur liberté, et le payèrent le plus souvent de leur vie (déportation, noyade, prison, guillotine…). La question rejaillit actuellement en Chine avec le « clergé patriotique » que le régime communiste de Pékin veut maintenir à sa botte en lui faisant jurer fidélité au régime…

 

On le voit : historiquement, le refus du serment au nom de l’Évangile n’était pas une simple querelle théologique : c’était un acte de dissidence politique.

C’est devenu l’un des fondements de la « Liberté de conscience ». En plaçant la parole du Christ au-dessus des lois de l’État, ces croyants ont forcé les sociétés modernes à inventer des solutions comme l’affirmation solennelle.

UNE-Objection-de-Conscience-3L’exégèse de Mt 5,34 pose un principe de hiérarchie des normes. En refusant de jurer, le chrétien affirme qu’il existe une autorité supérieure à celle de l’État : celle de Dieu et de sa propre conscience. Dire « Je ne peux pas jurer » revient à dire « Ma parole ne m’appartient pas, elle appartient à la Vérité ». Un véritable acte de dissidence ! C’est le moment où une personne refuse d’être un simple rouage de la machine sociale pour rester un sujet responsable devant sa propre foi. C’est une des sources de l’émergence de la notion d’individu dans le droit occidental.

Historiquement, le premier grand domaine d’application de cette objection de conscience fut le service militaire. En effet, dans l’Antiquité et sous l’Ancien Régime, l’incorporation dans l’armée exigeait un serment d’allégeance au souverain. En s’appuyant sur l’interdiction du serment (Mt 5) et celle de tuer (Mt 5,21), les groupes radicaux (Anabaptistes, Quakers, Mennonites etc.) ont soutenu qu’ils ne pouvaient pas être soldats, car ils ne pouvaient pas jurer obéissance aveugle à un homme.

L’objection de conscience est née ici : c’est le refus d’un ordre légal au nom d’une loi morale jugée supérieure.

C’est le droit de ne pas trahir ses convictions, que ce soit à propos de l’IVG, de l’euthanasie ou du maniement des armes…

 

3. Tolstoï : le serment comme abdication de la conscience

Pour Léon Tolstoï, l’interdiction du serment en Mt5, 34 n’est pas une simple recommandation morale, c’est la clé de voûte de sa philosophie politique et spirituelle. Il développe cette thèse principalement dans son essai majeur : Le Royaume de Dieu est en vous (1893).

Voici les points saillants de sa thèse, structurés par ses arguments principaux.

 

Le serment comme « abdication de la conscience »

61srwTPbW5L._SL1280_Pour Tolstoï, le serment est l’outil par lequel l’individu renonce à son libre arbitre et à sa responsabilité devant Dieu pour devenir l’instrument d’un autre homme (le souverain, le général, le juge). Pour lui, le serment, c’est l’engagement de faire ce que des hommes nous ordonneront de faire. Or, le chrétien ne peut s’engager d’avance à obéir à des hommes, car il ne doit obéir qu’à la volonté de Dieu.

En jurant, l’homme se lie les mains : s’il jure obéissance à l’État, il se met dans l’impossibilité de dire « non » si l’État lui ordonne de tuer.

 

Le moteur de la violence étatique et militaire

Tolstoï identifie le serment militaire comme la source du malheur des peuples. Sans le serment, les armées s’effondreraient car chaque soldat resterait juge de ses actes.

« Le serment est le moyen par lequel les gouvernements s’assurent de la docilité des peuples. [...] C’est par le serment que l’on transforme des hommes raisonnables en machines à tuer ».

Il explique que l’obéissance chrétienne est incompatible avec le serment d’allégeance. Le chrétien doit être « maître de sa parole » à chaque instant pour pouvoir rester fidèle à la charité.

 

La déconstruction de la « casuistique » religieuse

Tolstoï est très sévère envers les Églises institutionnelles qui ont, selon lui, trahi l’enseignement du Christ en justifiant le serment devant les tribunaux ou pour l’armée.

« On a interprété les paroles claires du Christ de telle sorte qu’elles ne signifient plus rien. On a dit que Jésus interdisait seulement les serments vains, mais qu’il permettait les serments utiles à l’État. C’est une tromperie consciente ».

Pour lui, ajouter des conditions à l’ordre de Jésus (« ne jurez pas du tout ») est une perversion qui permet de maintenir l’oppression sociale sous un vernis de piété.

Le lien entre vérité du langage et liberté

Tolstoï rejoint l’exégèse de la « parole nue ». Si l’homme ne jure pas, il est obligé d’être vrai. S’il jure, il crée une « vérité d’exception » qui autorise le mensonge dans la vie courante.

« Si la parole de l’homme est toujours son « Oui » et son « Non », il n’y a plus de place pour la violence. La violence a besoin du mensonge, et le mensonge a besoin du serment pour se faire passer pour la vérité ».

 

L’ordre du Christ  « Ne jurez pas du tout » est donc un impératif absolu. Celui qui jure transfère sa responsabilité à un chef. L’État peut alors exiger des crimes (guerres) au nom du serment prêté.

Le refus individuel de jurer brise la chaîne de la violence.

La thèse de Tolstoï débouche sur ce qu’on appelle l’anarchisme chrétien. Il pense que si chaque individu suivait strictement Mt 5,34, les structures de domination (tribunaux, armées, gouvernements) s’écrouleraient d’elles-mêmes, faute de sujets ayant abdiqué leur conscience par le serment.

C’est cette pensée qui a profondément influencé Gandhi dans sa stratégie de non-violence et de désobéissance civile.

 

Conclusion

Petit verset donc que ce Mt 5,34, mais grands effets !

Il résonne comme un appel personnel à être vrai, sans instrumentaliser le sacré, sans prétendre tout maîtriser, en donnant sa confiance à Dieu plutôt qu’un pouvoir humain quel qu’il soit.

Il résonne également comme un appel collectif à respecter la liberté de conscience de chacun, et pour cela à garantir l’objection de conscience, sans exiger une obéissance aveugle qui relèverait pour nous de l’idolâtrie.

Que l’Esprit du Christ nous aide à ne rien ajouter à notre oui ordinaire !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’a commandé à personne d’être impie » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage
Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.

PSAUME
(Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34)
R/ Heureux ceux qui marchent suivant la loi du Seigneur ! (cf. Ps 118, 1)

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout cœur !

Toi, tu promulgues des préceptes
à observer entièrement.
Puissent mes voies s’affermir
à observer tes commandements !

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout cœur.

DEUXIÈME LECTURE
« La sagesse que Dieu avait prévue dès avant les siècles pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.

ÉVANGILE
« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis » (Mt 5, 17-37)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud

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1 février 2026

L’Église et la modernité : sel de la terre ou lumière du monde ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’Église et la modernité :
sel de la terre ou lumière du monde ?

Homélie pour le 5° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
08/02/2026

Cf. également :
Faim de justice
L’Église et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?

Sainteté éthique, sainteté confessante
Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?
On n’est pas dans le monde des Bisounours !
Lumière des nations

Deux images contradictoires

· « Sel de la terre », « lumière du monde » : ces deux images employées par Jésus (Mt 5, 13-16) pour décrire l’attitude de ses disciples dans la société de leur époque sont ultra célèbres.

On peut commenter chacune d’elles, indépendamment de l’autre. Or, ce qui est à la fois étonnant et remarquable dans ce texte, c’est que Jésus pose ces deux images ensemble, alors qu’elles sont logiquement contradictoires !

 

Réfléchissez : les propriétés du sel et de la lumière sont antagonistes.

- Le sel va s’enfouir dans la nourriture

 

- La lumière au contraire surplombe (comme le fait le lampadaire dans le texte) ce qu’elle éclaire

- Le sel disparaît en agissant

- La source de lumière, elle, brille distinctement, séparée du reste

- Le sel révèle et relève le goût du plat, de l’intérieur

- La lumière fait sortir la réalité des ténèbres, de l’extérieur

 

Si ces deux images parlent de la façon dont les chrétiens se situent dans le monde, on a alors sur le plan sociologique deux extrêmes, qui définissent un axe « politique » :

 sel  <=======================> lumière,

de l’intégration (sel) à la contestation (lumière) du monde environnant.

 

L’axe sel <==> lumière

· Les chrétiens se reconnaissant dans l’image du sel chercheront à « vivre avec »  leurs frères, à « vivre comme » eux. Cela a donné par exemple l’expérience des prêtres ouvriers depuis les années 1950, mais aussi l’Action Catholique (évangélisation du semblable par le semblable), le ralliement à la République (le ‘toast d’Alger’ en 1890 !), l’acceptation de la laïcité à la française, des lois sur l’école etc… Pensez encore aux églises construites dans les années 70-80, si humbles et modestes dans les banlieues qu’elles en demeurent invisibles…

 

L'Église et la modernité : sel de la terre ou lumière du monde ? dans Communauté spirituelle lumiere-et-sel-500-x-297-gifLes chrétiens se reconnaissant dans l’image de la lumière chercheront quant à eux au contraire à manifester leur différence, à préserver leur identité. Ils seront parfois tentés par le repli communautariste, mais auront à cœur de montrer que l’Église peut être une « société alternative » au monde moderne. Cela produit des groupes aussi divers que l’Opus Dei, les frères de Saint-Jean, la communauté St Martin ou le Renouveau charismatique, les nouvelles écologies spirituelles etc…

Il est d’ailleurs intéressant selon cette grille de lecture de noter que le titre choisi par Benoît XVI pour livrer ses confidences était précisément : « Lumière du monde » (livre paru en 2010), ce qui était cohérent avec la ligne directrice de son pontificat.

 

Or Jésus inscrit à la fois le sel et la lumière dans la feuille de route de son Église ! Comme souvent, il unit les contraires. C’est donc qu’il faut tenir les deux ensemble. Et ne pas céder au mouvement de balancier qui fait passer l’Église de la contestation du monde environnant à la complicité avec ses dérives, puis à nouveau à une crispation identitaire etc…

Il nous faut, collectivement (et peut-être même chacun individuellement !) être à la fois sel et lumière, vivre « avec » et « séparés », vivre « comme » et « différents », accompagner et innover, attester et contester…

 

L’axe levain <==> pharisien

On pourrait d’ailleurs croiser cet axe sel <=> lumière avec un autre axe, très présent dans l’Évangile :

 levain (dans la pâte)    <=============================>  pharisien.

- L’image du levain dans la pâte (Lc 13,21) invite les chrétiens à participer à la construction du monde moderne, à accueillir positivement ses caractéristiques (liberté de la science, pluralisme démocratique…), et même à concourir à la réussite de cette société moderne (avec le risque de devenir complice de certaines de ses dérives).

- L’attitude pharisienne, elle, illustre les risques permanents de la fuite hors du monde, et d’un superbe isolement qui a toujours menacé les communautés chrétiennes. Le mot « pharisiens » est d’ailleurs la traduction du grec pharisaïoï, décalque direct de la forme araméenne perishayâ, de l’hébreu perûshîm = « séparés ». Les pharisiens se séparaient de ceux qu’ils considéraient comme impurs par rapport à la Loi. Aujourd’hui encore, les hassidim ultra-orthodoxes, leurs dignes héritiers, vivent dans des quartiers à part, et prennent soin de ne pas se mélanger en évitant tout contact avec les autres. En fustigeant le pharisaïsme, Jésus prévient ses disciples de ne pas tomber eux non plus dans cette attitude de refus de leur société, d’éviter la disqualification de la modernité pour nous aujourd’hui. Sur le thème : « tous pourris », « il n’y a plus de valeurs morales », « ce monde court à sa perte », la tentation sectaire fait des dégâts dans certains courants chrétiens (évangélistes surtout), en réinvestissant paradoxalement le vieux thème du monopole du salut (« hors de l’Église point de salut »).

 

Une représentation schématique

Si l’on croise ces deux axes : sel <=> lumière et levain <=> pharisien, on peut alors tenter la représentation suivante, où les différents groupes et courants chrétiens vont se répartir dans l’espace ainsi repéré, selon leur degré d’acceptation ou de refus de la modernité, selon leur attitude active ou passive envers elle.

 

Eglise et Modernité 

 

Conjuguer les contraires

Dans l’histoire, la position de notre Église catholique a énormément bougé dans cet espace : les premiers martyrs chrétiens étaient plutôt en haut à gauche, l’Église constantinienne en haut à droite, l’Action Française en bas à gauche, les prêtres ouvriers en bas à droite etc… (amusez-vous à placer les groupes que vous connaissez !)

Une telle représentation reste schématique, et ne doit surtout pas être utilisée pour figer les positions des uns ou des autres. Car ces positions bougent sans cesse, et sont aujourd’hui disséminées dans tout l’espace.

 

L’important est de prendre conscience de sa propre trajectoire, de celle des  groupes auxquels j’appartiens, et d’entendre l’appel du Christ à conjuguer les contraires : « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ».


 

LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : Celui qui donne aux malheureux est une lumière(Is 58, 7-10)

 

Lecture du livre d’Isaïe

Partager ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable.

Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t’accompagnera.

Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon coeur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi.

 

Psaume : Ps 111, 1a.4, 5a.6, 7-8a, 9

R/ Dans la nuit de ce monde, brille la lumière du juste.

Heureux qui craint le Seigneur ! Lumière des coeurs droits, il s’est levé dans les ténèbres, homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ; cet homme jamais ne tombera ; toujours on fera mémoire du juste. Il ne craint pas l’annonce d’un malheur : le c?ur ferme, il s’appuie sur le Seigneur. Son c?ur est confiant, il ne craint pas. À pleines mains, il donne au pauvre ; à jamais se maintiendra sa justice, sa puissance grandira, et sa gloire.


2ème lecture : En guise de sagesse, Paul annonce un Messie crucifié (1 Co 2, 1-5)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse.

Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié.

Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous.

Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

 

Évangile : Sermon sur la montagne. Le sel de la terre et la lumiière du monde (Mt 5, 13-16)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Alléluia. (cf. Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.

Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Patrick Braud 

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25 janvier 2026

Les pauvres sont l’Église

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les pauvres sont l’Église

 

Homélie pour le 4° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
01/02/26

Cf. également :
La fierté illucide
Défendre la veuve et l’orphelin
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le bonheur illucide
Agents de service
Le maillon faible
Éthique de conviction, éthique de responsabilité
Toussaint : le bonheur illucide

 

1. Défendre la veuve et l’orphelin

Les pauvres sont l’Église dans Communauté spirituelle 91QpNERCglL._SL1500_Nos manuels d’histoire avaient autrefois gravé dans notre imaginaire collectif les qualités du preux chevalier du Moyen Âge : il devait être « sans peur et sans reproche » (chevalier de Bayard) et « défendre la veuve et l’orphelin ».

 

L’expression défendre la veuve et l’orphelin est cependant bien plus ancienne que le Moyen Âge. Depuis toujours, le duo veuve-orphelin symbolise de façon expressive la pauvreté et la grande fragilité de ceux qui se retrouvent sans mari, sans parents, soutiens humains indispensables pour survivre à des époques où les femmes ne pouvaient recevoir de salaire et où les enfants sans famille étaient livrés à la rue.

S’il est peu présent dans le Nouveau Testament, on le retrouve très souvent dans l’Ancien Testament, où les exhortations à prendre soin des plus démunis sont nombreuses : « Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin » (Ex 22,21).

Il existait à l’époque un certain nombre de lois sociales destinées à garantir la protection des plus pauvres. Les Hébreux avaient prévu un moyen de protéger la veuve sans enfant par le remariage avec un frère du mari défunt pour lui donner une descendance. C’est la loi du lévirat définie dans le Livre du Deutéronome (Dt 25,5). Il était également prévu qu’une partie de la dîme soit prélevée pour venir en aide aux plus démunis (Dt 14,28-29). Ou encore de les laisser ramasser le surplus des récoltes :

« Tu ne feras pas dévier le droit de l’immigré ni celui de l’orphelin, et tu ne feras pas saisir comme gage le manteau de la veuve. Souviens-toi que tu as été esclave en Égypte et que le Seigneur ton Dieu t’a racheté. Voilà pourquoi je te donne ce commandement. Lorsque tu feras ta moisson, si tu oublies une gerbe dans ton champ, tu ne retourneras pas la chercher. Laisse-la pour l’immigré, l’orphelin et la veuve, afin que le Seigneur ton Dieu te bénisse dans tous tes travaux. Lorsque tu auras récolté tes olives, tu ne retourneras pas chercher ce qui reste. Laisse-le pour l’immigré, l’orphelin et la veuve. Lorsque tu vendangeras ta vigne, tu ne retourneras pas grappiller ce qui reste. Laisse-le pour l’immigré, l’orphelin et la veuve. Souviens-toi que tu as été esclave au pays d’Égypte. Voilà pourquoi je te donne ce commandement » (Dt 24,17-22).

 

Malgré ces garde-fous, les veuves et les orphelins faisant partie des catégories les plus faibles de la société, ils pouvaient difficilement se défendre et faire valoir les droits qui leur étaient assurés par la Loi. 

 

 Eglise dans Communauté spirituelleSi la tradition populaire a gardé le duo veuve-orphelin, elle n’a pas conservé la troisième catégorie de personnes qui leur est très souvent associée dans les Écritures : l’étranger. Accueillir et protéger l’étranger est ainsi pour les Hébreux une question d’identité, une leçon de leur histoire, eux aussi ayant été étrangers dans un autre pays.

« C’est lui [le Seigneur votre Dieu] qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’immigré, et qui lui donne nourriture et vêtement.

Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés » (Dt 10,18-19)

Début 2026, on ne peut s’empêcher de remarquer à quel point ces recommandations sont hélas furieusement d’actualité !

 

D’ailleurs, il faudrait aujourd’hui adjoindre à ce triptyque : veuve/orphelin/étranger un quatrième terme : la mère de famille seule avec enfants. Ces tristement célèbres familles monoparentales constituent le tiers des foyers en dessous du seuil de pauvreté en France, et cumulent tous les handicaps : difficultés à trouver un logement social, faibles salaires, temps partiels, difficultés pour la garde des enfants et leur éducation etc.

 

ce-qu-il-y-a-de-fou-dans-le-mo_10299897 étrangerC’est sur cette toile de fond sociale d’une pauvreté plus répandue qu’avant que nous devons entendre les appels des lectures de ce dimanche :

– « cherchez la justice, chercher l’humilité » clamait le prophète Sophonie (So 2,3).

– « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi », tonnait l’apôtre Paul pour défendre sa communauté de Corinthe (1Co 1,26–31).

– « heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent… », annonçait Jésus aux foules qui le suivaient (Mt 5,1–12).

– et le psaume chante longuement l’action de YHWH en faveur des pauvres et les petits, dont  la veuve et l’orphelin et l’étranger sont les figures les plus visibles :

« Il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés. Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger. Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant. D’âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours ! » (Ps 146,7–10).

On ne compte ainsi pas moins d’une trentaine de mentions du trinôme veuve/orphelin/étranger dans la Bible, essentiellement dans l’Ancien Testament. 

Par exemple, le Deutéronome ne cesse de commander : « “Maudit qui fait dévier le droit de l’immigré, de l’orphelin, de la veuve !” Et tout le peuple dira : “Amen.” » (Dt 27,19)

Les prophètes en rajoutent : « Si vous n’opprimez pas l’immigré, l’orphelin ou la veuve, si vous ne versez pas, dans ce lieu, le sang de l’innocent, si vous ne suivez pas, pour votre malheur, d’autres dieux, alors, je vous ferai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères, depuis toujours et pour toujours » (Jr 7,6-7)

Les psaumes ne cessent de le mettre en musique, en y voyant une révélation de l’identité même de YHWH : « Père des orphelins, défenseur des veuves, tel est Dieu dans sa sainte demeure » (Ps 68,6).

 

Dans le Nouveau Testament, seul Jacques reprend ce leitmotiv, réaffirmant que c’est là la vraie pratique religieuse : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde » (Jc 1,27).

 

Premier focus donc : être chrétien sans défendre la veuve et l’orphelin ? Impossible !

 

2. Comment rencontrer le Christ en personne ?

Jacques nous mettait sur une piste essentielle : c’est en visitant les pauvres qu’on pratique sa religion. Autrement dit, la compagnie des pauvres n’est pas une conséquence sociale de la foi. Ce n’est même pas une exigence éthique découlant de notre foi au Christ. C’est le lieu même où le Christ se révèle ! C’est auprès des veuves, des orphelins, des étrangers que nous apprenons à le connaître. C’est en eux qu’il se révèle à nous.

C’est notre fréquentation des petits, des humiliés, des faibles qui est le lieu même de notre rencontre du Christ.

 

 orphelinLe pape Léon XIV l’a rappelé dans sa première exhortation apostolique du 04/10/2025 Dilexi te (Je t’ai aimé/choisi) : faire corps avec les petits et les pauvres n’est pas une conséquence sociale de la foi, c’est le lieu même où se révèle Jésus-Christ, le pauvre de Dieu. Léon XIV ne signe pas un texte social de plus, il renverse une hiérarchie implicite : on ne peut plus dire : « J’ai la foi donc je m’engage pour les pauvres ». C’est précisément l’inverse : la rencontre avec le Christ, but de toute vie chrétienne, a lieu en priorité et de manière privilégiée dans la rencontre avec les pauvres. « Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation », insiste Léon XIV (n° 5). L’engagement pour les précaires, les migrants, les malades, les personnes âgées isolées, ceux qui vivent dans la rue, n’est pas une conséquence sociale de la foi : c’est la foi elle-même. L’« option préférentielle pour les pauvres », expression souvent réduite à un courant ou une sensibilité dans l’Église, retrouve ici sa signification première, théologique : ce n’est pas une option humaine, c’est un choix de Dieu. C’est Lui qui les préfère. « Dieu montre en effet une prédilection pour les pauvres : c’est d’abord à eux que s’adresse la parole d’espérance et de libération du Seigneur… » (n° 21). Et les autres ? La Parole leur est, bien entendu, également adressée mais à travers les plus pauvres. Léon XIV franchit ainsi un seuil doctrinal : il ne demande pas aux catholiques de faire preuve de générosité, mais de reconnaître là où Dieu habite, là où ils peuvent le rencontrer. Être catholique, c’est marcher aux côtés des pauvres, c’est faire partie de ce peuple de pauvres en esprit.

Il faut relire ce paragraphe n° 5 si important :

« 5. C’est précisément dans cette perspective que l’affection envers le Seigneur s’unit à celle envers les pauvres. Ce Jésus qui dit : « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous » exprime la même chose lorsqu’il promet aux disciples : « Je suis avec vous pour toujours » (Mt 28, 20). Et en même temps, ces paroles du Seigneur nous reviennent à l’esprit : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation : le contact avec ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de rencontrer le Seigneur de l’histoire. À travers les pauvres, Il a encore quelque chose à nous dire. »

 

Réalisons-nous ce que change pour nous cette affirmation : c’est la compagnie des pauvres qui nous donne de rencontrer le Christ ? Cela veut dire que, si nous ne fréquentons pas les plus pauvres de notre société, nous aurons beau aller à la messe très souvent, faire de belles liturgies, des processions grandioses ou des retraites très pieuses, nous ne connaissons pas le Christ… !

 

Anonymous_Anonymous_-_Saint_Vincent_de_Paul_%28engraving_-_%28MeisterDrucke-971081%29 veuveLes Pères de l’Église disaient que le sacrement de l’autel (eucharistie) est inséparable du sacrement du frère (diaconie). Saint Vincent de Paul osait enseigner à sa congrégation : « Les pauvres sont nos maîtres ». « Il faut se retirer avant d’avoir reçu un remerciement, car ce sont eux qui nous donnent ».

Dans un sens premier, les pauvres sont des maîtres à servir : se mettre à leur service, les assister matériellement et moralement, comme des serviteurs peuvent le faire à l’égard de leurs maîtres. Dans une société hiérarchisée, où chacun garde son rang, où normalement ce sont les pauvres qui sont au service des riches, l’injonction de Vincent de Paul4, impliquant un renversement des rôles, comporte en elle-même un aspect subversif.

 

Mais, dans un sens plus profond, les pauvres sont des maîtres en humanité. Cette acception était aussi présente à l’esprit de Vincent de Paul, comme en témoignent ses écrits et paroles. À leur contact, non seulement on peut devenir plus humain mais certains peuvent apprendre à penser ou à repenser soit leur propre vie soit celle de leur communauté en fonction des représentations qu’ils ont des besoins des pauvres. En ce sens, il y a des transformations qui s’opèrent à cause d’eux. Ils sont donc des maîtres pas seulement à servir mais aussi à suivre, comme des disciples peuvent suivre un maître.

 

Deuxième focus donc : il ne s’agit pas d’aller aider les pauvres après avoir rencontré le Christ (dans l’eucharistie, la prière ou autre) ; il s’agit de fréquenter les pauvres pour y rencontrer le Christ.

 

3. Les pauvres sont l’Église

Dans le sillage de saint Vincent de Paul, le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-monde, répétait inlassablement : « Les pauvres sont l’Église ».

Sa démarche était double : atteindre les plus pauvres, afin de se laisser enseigner par eux comment réformer et repenser toute la société en fonction de, à partir d’eux, avec eux. Il écrivait [1] :

7178FOhL4-L._SL1370_« Ce n’est pas la misère mais le combat contre la misère qui est un lieu théologique, révélant ainsi une dimension anthropologique universelle, et pas simplement une faille dans l’organisation rationnelle des sociétés modernes. »

 

Jésus le Christ s’est identifié à ceux qui occupent la dernière place dans nos sociétés :

« Il est allé rejoindre de façon irréversible le monde des très pauvres, des sans-abri. Comme eux, il se voulut sans pouvoir, sans prestige, sans biens. Comme eux, il n’eut pas où reposer sa tête. Il choisit de connaître la faim des affamés, auxquels il apprit à partager le pain. Il fit sien le monde des estropiés, des boiteux, des misérables, des sans-travail auxquels il offrit l’espoir, la prière et le pardon.


Si contrairement à Jésus-Christ, l’Église, à travers nous, nourrissait en elle une certaine volonté de puissance, de domination, de prestige ; si contrairement à Jésus-Christ, l’Église était complice du monde, elle ne pourrait pas être, pour ce monde, inspiratrice de justice, de vérité et d’amour. Elle doit choisir, dit l’apôtre Paul, ce qu’il y a de fou dans ce monde, car c’est ce que Dieu a choisi pour confondre les sages. Elle doit choisir ce qu’il y a de faible dans le monde car c’est ce que Dieu a choisi pour confondre la force. Dieu a choisi ce qui dans le monde est « sans naissance », ce que l’on méprise.

 

L’engagement de nos communautés à reconnaître ainsi dans les pauvres Dieu insulté, Jésus bafoué, sera la mesure d’après laquelle seront jugés nos engagements personnels. C’est en Église, mais aussi en famille, en groupe professionnel ou culturel, en groupe de chrétiens réunis à la Banque Mondiale ou dans une Ambassade, que nous irons à la recherche de ceux dont le Christ a voulu partager le destin, « la malédiction ». C’est ensemble que nous irons à la recherche de tous ceux que le Christ a tout particulièrement confiés à son Église ; à la recherche des estropiés, des malades, des familles vivant dans les slums ou errant dans les villes et campagnes. Il nous faut, d’une façon ou d’une autre, devenir en ce monde ouverture aux plus pauvres, ensemble. » [2]

 

Non seulement « L’Église est l’Église des pauvres », selon la belle prophétie de Jean XXIII au concile Vatican II, mais « Les pauvres sont l’Église ». Il ne s’agit donc pas de se pencher sur eux avec la condescendance des dames patronnesses du XIX° siècle. Il ne s’agit même pas de faire pour eux, de l’extérieur, pour soi-disant les aider. Il importe au contraire de faire avec eux, à partir d’eux, ensemble.

 

Ce renversement de nos priorités pour agir concerne aussi bien le logement social que l’accès à la culture, l’éducation des enfants que la sécurité dans nos quartiers etc. Cela concerne au premier chef la vie de notre Église : sa liturgie, sa diaconie, ses engagements dans le monde.

Par exemple, au lieu d’ânonner une intention de prière universelle pour les pauvres, il vaudrait mieux laisser un pauvre de l’assemblée prier pour les siens et pour tous. Au lieu d’une intention pour un malade, laisser un malade prier à haute voix etc.

 

Troisième focus donc : inclure les pauvres dans l’Église, au lieu d’en faire un objet de notre sollicitude.

 

Conclusion :

Les textes de ce dimanche ne plairont sans doute pas à ceux qui voudraient toujours plus de sacré, de rigueur liturgique et d’exigence morale dans nos assemblées. S’il nous manque les veuves, les orphelins, les étrangers au milieu de nous, si nos rangs ne comptent que des puissants, des sages, des CSP+, des cathos bien normés pratiquant l’entre-soi, au lieu des fous, des petits et des faibles que Paul célébrait à Corinthe, si les pauvres ne font pas partie de nos assemblées, nos amis, nos fréquentations, alors nous ne sommes plus l’Église de Jésus-Christ, mais un simple groupe religieux jaloux de son identité à préserver et de son influence à étendre.

 

Heureux les pauvres (d’argent et de cœur) : ils sont l’Église. 

Heureux sommes-nous de faire corps avec cette Église-là !

 

Mais, au fait, où en êtes-vous de votre fréquentation des plus pauvres que vous ?…

________________________________

[1]. Joseph Wresinski, Les pauvres sont l’Église. Entretiens avec Gilles Anouil. Cerf, 2011.

[2]. Notes d’une conférence du Père Wresinski faite à une soirée organisée par les volontaires et les amis français du Mouvement ATD à Washington D.C., en octobre 1985.

 

La vidéo ci-dessous vous fait entendre le psaume de ce dimanche avec son trio étranger/veuve/orphelin mis en musique en mode blues,
composé par une intelligence artificielle : étonnant !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

 

1ère lecture : « Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit » (So 2, 3 ; 3, 12-13)


Lecture du livre du prophète Sophonie

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.

 

Psaume : Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10b
R/ Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! ou : Alléluia ! (Mt 5, 3)

 

Le Seigneur fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

 

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

 

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
le Seigneur est ton Dieu pour toujours.

 

2ème lecture : « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » (1 Co 1, 26-31)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.

 

Évangile : « Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 1-12a)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! 
Alléluia. (Mt 5, 12)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD

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