Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus
Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus
Homélie pour le 3° Dimanche de Carême / Année A
08/03/26
Cf. également :
Le rocher frappé
Augustin commente la Samaritaine
Le chien retourne toujours à son vomi
Leurre de la cruche…
Les trois soifs dont Dieu a soif
Passons aux Samaritains !
La soumission consentie
Comment dire à quelqu’un « ses quatre vérités » ?
Si on ne l’aime pas, on aura tendance à l’écraser sous le poids d’accusations morales et de jugements définitifs.
Si on l’aime, on aura peur de casser la relation et du coup on risque de se taire.
La question n’est pas seulement : comment ? Mais également : quand ? Si je dis la vérité trop tôt, elle n’est pas comprise. Trop tard, elle est inefficace pour empêcher le mal.
Et puis, je peux encore m’interroger : pourquoi veux-je dire la vérité ? Quelle force intérieure me pousse à parler ? La colère, la soif de vengeance, l’amertume, le désir de justice, mon envie d’avoir raison, de me justifier… ?
Ajoutons à cette série d’interrogations celle sur le prix à payer : qu’est-ce que je risque à dire cela ? Être mal compris ? Rompre une paix apparente ? Suis-je prêt à accepter les conséquences de cette opération-vérité ?
Dans notre évangile – dit de la Samaritaine (Jn 4,4–42) – Jésus révèle la vérité de la vie amoureuse de cette femme, de la vie religieuse des samaritains, de son identité messianique ; le tout grâce à un dialogue empli de patience, de respect, de discernement, d’espérance.
Ce dialogue peut devenir pour nous l’archétype du cheminement spirituel pour accompagner quelqu’un vers davantage de vérité (car la vérité est un horizon inatteignable !).
Essayons une lecture continue de cet échange auprès du puits de Sykar, avec comme fil d’Ariane notre responsabilité de dire à l’autre la vérité que nous lui devons (et devons à nous-même).
1. Prends conscience de ta propre vulnérabilité, et accepte-la avant de parler
« Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi » (Jn 4,6).
Avant toute parole, Jésus reconnaît sa fatigue, son humanité limitée. Il est exténué : après une longue marche sous la chaleur de Samarie, en plein cagnard de midi, Jésus ressent le besoin de se reposer et de boire pour refaire ses forces. Il ne va alors pas aborder cette femme en surplomb, à partir d’un statut social ou physique supérieur.
Avant de reprocher, commence par prendre conscience de tes limites.
Accepte de ne pas être le puissant qui en remontre aux faibles.
Accepte de ne pas parler en surplomb, mais avec humilité.
Car toi aussi tu es un être humain avec ses limites.
2. Crée d’abord un espace de confiance, où tu reçois avant de donner
« Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : “Donne-moi à boire” » (Jn 4,7).
Jésus reconnaît qu’il est habité par un manque-à-être – ici la soif – qui le rend dépendant d’autrui. Il commence par établir une relation où il va humblement recevoir avant de donner. Dès la première parole, la femme voit qu’il a confiance en elle, puisqu’il reconnaît devant elle son dénuement et lui demande de l’aide. Jésus ne se présente pas en maître (il l’est pourtant) mais en homme qui a soif. Il se reconnaît dépendant. En transgressant les interdits (homme/femme ; juifs/samaritains), il exprime à cette femme son attente confiante.
Voit-on jamais un juge qui commence par demander secours à celle qu’il va condamner ? Autrement dit : la vérité évangélique est relationnelle. Elle se dira au creux d’une relation mutuelle, où chacun pourra reconnaître avoir besoin de l’autre. Elle n’est pas d’abord une liste de chefs d’accusation, mais un lien de parole confiante où chacun accepte de recevoir et de demander : « Donne-moi à boire ».
Tu ne peux dire une vérité difficile qu’à partir d’une humanité partagée, non d’une supériorité morale.
La vérité évangélique vient après la relation, pas avant.
3. Éveille le désir de l’autre
« Jésus lui répondit : “Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive.” » (Jn 4,10)
Jésus ne parle pas encore de la vie de cette femme. Il parle de don, d’eau vive, d’un désir plus profond que la soif immédiate et matérielle. C’est un appel d’air, l’expression d’un manque plus vaste.
C’est toute l’importance de ménager une case vide dans le jeu du taquin : impossible de faire bouger les lettres s’il n’y a pas une case où la lettre manque. Grâce à ce manque, grâce à ce vide, les autres cases peuvent être déplacées, et peu à peu apparaît un mot illisible auparavant. C’est ce manque fondamental qui crée le jeu, qui ‘donne du mou’, diraient les marins qui ont l’habitude d’amarrer les bateaux en fonction du marnage.
C’est seulement sur fond du désir de l’eau vive que la femme acceptera de faire la vérité sur sa vie amoureuse, sur le mont Garizim, sur Jésus.
Commence par éveiller le désir de l’autre.
« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose…
Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer » (Antoine de Saint-Exupéry)
4. Appelle l’autre à dire vrai, au lieu de lui dire sa vérité
« Jésus lui dit : “Va, appelle ton mari, et reviens.” » (Jn 4,16)
Jésus sait bien que la prise de conscience est plus forte si elle vient de moi au lieu d’être imposée de l’extérieur. Ainsi il appelle cette femme à confesser par elle-même ou elle en est de ses amours. Il aurait pu lui asséner méchamment : « Tu es une traînée qui collectionne les aventures ». Non : parce qu’il a établi avec elle une relation de confiance ouverte sur un désir plus grand, il lui demande de faire elle-même le point : ‘Que dis-tu de toi-même ?’ Et la femme se prête au jeu (taquin !) : « Je n’ai pas de mari ». C’est d’elle-même qu’elle va avouer, car elle sait bien que tout autre mensonge figerait sa course naissante vers l’eau vive maintenant désirée plus ardemment que son ancienne vie. Jésus invite la Samaritaine à se situer elle-même, à s’auto-évaluer.
« Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3,21) : Jésus est convaincu que la vérité « se fait » par l’intéressé lui-même, au cours d’un cheminement où un accompagnateur peut être précieux s’il ne se substitue pas à celui qui doit faire la vérité sur lui-même.
Appelle l’autre à faire la vérité par lui-même plutôt que de la lui imposer.
5. Dis la vérité sans jugement, mais sans mensonge
« La femme répliqua : “Je n’ai pas de mari.” Jésus reprit : “Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai.” » (Jn 4,17–18)
Jésus entérine l’aveu de la Samaritaine. Il confirme ce qui est vrai. Il nomme les faits, sans les atténuer ni les diminuer. Il n’en minimise pas la portée (‘ce n’est pas grave’) ; il ne pratique pas la culture de l’excuse (‘ce n’est pas de ta faute’). Par contre, il ne lui dit pas non plus : « tu es une adultère », mais : « c’est bien là ton histoire ». Il ne réduit pas cette femme à ses actes, il ne l’identifie pas à son passé, il ne la marque pas au fer rouge en la réduisant à son immoralité d’avant. Puisqu’elle a reconnu ne pas avoir de mari, la Samaritaine est prête à entendre Jésus confirmer la réalité et la gravité de ses désordre amoureux, car elle sait qu’il ne va pas en rester là : l’eau vive n’est pas loin qui chante déjà à ses oreilles, et cet homme semble pouvoir l’y conduire…
Dire la vérité, c’est donc ouvrir un avenir, nommer le réel sans enfermer quiconque dans le passé, sans réduire l’autre à ses actes. C’est qualifier honnêtement les faits, en refusant d’essentialiser leur auteur. C’est pourquoi un pédagogue préférera dire à un enfant : « tu as volé », plutôt que : « tu es un voleur ».
Aie le courage de dire la vérité, sans juger ni mentir.
6. L’effet paradoxal : la vérité selon Jésus révèle, elle ne détruit pas
« La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète !… » (Jn 4,19)
Voilà un critère précieux pour discerner si notre intervention est fidèle à l’Esprit de Jésus : la vérité est meurtrière si elle est dite sans amour ; elle est évangélique si elle ouvre à une vision nouvelle. La femme ne se ferme pas au constat énoncé par Jésus ; elle ne se défend pas pour le récuser. Elle s’élève dans le niveau de la conversation, et commença regarder vers Jésus comme elle n’avait jamais regardé vers aucun homme auparavant : « tu es un prophète ». C’est-à-dire : tu me révèles qui je suis, ta parole est divine au sens où elle me permet d’être enfin moi-même, en arrêtant de courir après les leurres de mes passions, car maintenant j’espère le véritable amour. Cette femme ne se laisse pas souiller par le mal qu’elle a commis : il est désormais derrière elle. Elle laisse le scalpel de la parole du Christ la détacher de ce qui proliférait en elle et l’alourdissait.
Si ta vérité écrase, elle n’est pas évangélique.
Vérifie que ta parole ouvre l’autre à une prise de conscience plus grande.
7. La vérité est un feu de brousse
« Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » (Jn 4,20)
Après le domaine de ses amours, la Samaritaine en vient à désirer faire la vérité dans le domaine religieux : qui a raison, les juifs ou les samaritains ? Garizim ou Jérusalem ?
Jésus là encore ne se dérobe pas. Il constate – sans doute avec joie – que l’opération-vérité commencée en elle est contagieuse, et s’étend désormais aux sujets les plus importants pour elle. Il accueille ce feu de brousse qui s’étend comme le signe d’une transformation intérieure profonde. C’est à cette intériorité qu’il renvoie la femme : « ne cherche pas à l’extérieur, montagne ou une autre ; l’adoration véritable est en Esprit et en vérité, à l’intérieur de toi… »
Entretiens en l’autre le feu de la vérité allumé, afin qu’il se propage à toute la brousse de son existence.
8. La vérité ultime révèle qui est le Christ
« La femme lui dit : “Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses.” Jésus lui dit : “Je le suis, moi qui te parle.” » (Jn 4,25-26)
Finalement, la vérité la plus profonde n’est pas celle sur la femme, mais celle sur l’identité de Jésus. La vérité sur soi pourra être portée et supportée parce qu’elle est enveloppée dans une révélation bien plus grande sur Jésus. En révélant être le Christ, le Messie, Jésus ne laisse pas cette femme seule avec son passé : il lui offre sa présence, il va la conduire à la source d’eau vive.
Que ta parole de vérité aille jusqu’à l’annonce explicite de Jésus comme Messie.
9. La vérité devient mission
« La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ?” » (Jn 4,28-29)
La Samaritaine devient auprès des habitants de son village une témoin du Christ, une passeuse de parole, une missionnaire qui invite à son tour à faire la rencontre de Jésus : « venez voir ! ». Elle laisse sa cruche, symbole de son ancien désir maintenant sans objet. Elle atteste que la vérité l’a rendue libre de désirer autre chose, maintenant libérée de son passé. « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». Elle invite les autres à faire eux aussi leur propre parcours de vérité, à leur manière, et les appelle à se prononcer : « ne serait-il pas le Christ ? »
Le signe ultime de la justesse d’une parole de vérité est qu’elle rend l’autre acteur et non soumis, missionnaire et non cloîtré.
Vérifie que ta parole de vérité rend l’autre témoin et acteur.
Synthèse :
À la manière de Jésus, dire une vérité difficile suppose de :
- partir d’une vulnérabilité partagée
- créer une relation avant de nommer le réel
- éveiller le désir avant de révéler la faille
- appeler l’autre à faire la vérité par lui-même plutôt que de la lui imposer
- nommer les faits sans figer l’identité
- étendre et propager la quête de vérité
- envelopper toute vérité sur l’autre d’une révélation plus grande
- vérifier que la parole rend l’autre libre et fécond.
Qu’à cela l’Esprit du Christ nous aide !
LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)
Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »
PSAUME
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)
Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !
Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.
Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »
DEUXIÈME LECTURE
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.
ÉVANGILE
« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)
Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Tu es vraiment le Sauveur du monde, Seigneur ! Donne-moi de l’eau vive : que je n’aie plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD
Mots-clés : Jésus, samaritaine, vérité















