L'homélie du dimanche (prochain)

12 avril 2026

Ces décompositions qui nous travaillent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ces décompositions qui nous travaillent

 

Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques / Année A 

19/04/26 


Cf. également :
Emmaüs : une catéchèse de cheminement
Et nous qui espérions…
Le courage pascal
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Le premier cri de l’Église
La grâce de l’hospitalité

 

1. L’image du fondeur

Ces décompositions qui nous travaillent dans Communauté spirituelle AdobeStock_39664366« Quand vous voyez une statue d’or qui a été souillée par la rouille ou dont la forme a été défigurée par le temps, que fait l’artiste ? Il ne la laisse pas ainsi, mais il la jette dans la fournaise pour qu’elle y soit fondue. Il la réduit en liquide, il détruit sa forme actuelle, mais ce n’est pas pour l’anéantir, c’est pour la faire ressortir de la fournaise plus brillante, plus pure et plus magnifique qu’auparavant.

Il en est de même pour notre corps. Dieu ne permet pas que nous mourions et que nous retournions à la poussière pour nous perdre, mais pour nous purifier de la rouille du péché. La mort est cette fournaise où le corps est « fondu » afin qu’au jour de la résurrection, il reprenne sa forme, non plus corruptible et fragile, mais éclatante et immortelle. » (St Jean Chrysostome, Homélie 11 sur les Statues, §2)

 

« Tu ne peux m’abandonner à la mort  ni laisser ton saint (חָסִיד en hébreu, ὅσιος en grec) voir la corruption » (Ps 15,10). Pour Chrysostome, le saint du psaume Ps 15 est bien Jésus en personne : son corps humain est comme une statue d’or parfaitement pure, sans aucune rouille (péché). Il n’a donc pas besoin d’être fondu, c’est-à-dire de subir la décomposition du  cadavre. Il est passé par la mort, mais son corps est demeuré intact car il n’y avait rien à purifier en lui.

Le psaume 15 de ce dimanche annonce la victoire finale de la vie sur la mort. Le Christ l’a vécu immédiatement, car il était entièrement pur. Nous, notre ‘or’ (notre nature humaine) est mélangé à la rouille de nos péchés.

Notre corps subira la décomposition. Qu’l soient incinéré et dispersé dans le jardin du souvenir ou recueilli dans une urne funéraire, ou qu’il soit enfermé dans un cercueil, les molécules de notre chair, de nos os, de nos tissus retourneront à la terre, et seront recyclées dans l’immense mélange énergie-matière de l’univers… 

Alors, à quoi nous sert que le corps du Christ n’ait pas connu la décomposition puisque c’est de toute façon le sort qui nous attend ?

 

C’est par l’union au corps du Christ que nous espérons traverser les dégradations qui nous  travaillent déjà. Et tout particulièrement dans l’eucharistie, qu’Ignace d’Antioche appelait « remède d’immortalité »

« rompant un même pain qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ, pour toujours » (Éphésiens XX,2)

 

Inscription de Pectorius (Autun)Une très ancienne inscription grecque (dite ‘de Pectorius’) de la fin du II° siècle, découverte en 1839 à Autun, comporte le symbole du poisson Ictus (Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur). C’est ce poisson que les chrétiens doivent manger et boire. Ce nom a une efficacité sur la mort; il est dit être « source immortelle des eaux divines ». La nourriture eucharistique prise durant la vie terrestre est gage d’immortalité. Cette inscription gravée sur la pierre d’un tombeau atteste de l’espérance en la résurrection, célébrée dans l’eucharistie.

 

Comme le chante la divine liturgie de St Jean Chrysostome : « Prenez le corps du Christ, et buvez à cette boisson d’immortalité ». Chaque fois que nous livrons notre vie en vérité pour les autres avec le Christ, nous entrons un peu plus dans cette vie éternelle, nous construisons notre corps de résurrection, nous préparons la Venue définitive du Seigneur dans la gloire, selon le mot de St Paul : « chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11,27).

 

Notre psaume 15 d’aujourd’hui tient une place particulière dans l’apologétique des Apôtres : ils l’utilisent pour démontrer aux juifs que la résurrection du Christ accomplit pleinement les Écritures. Pierre cite textuellement le texte du psaume pour montrer que c’est bien de Jésus il est question, puisque David lui est bel et bien mort et enterré, et que son corps a connu la décomposition : 

« En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton saint voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence

christian-cross-nature-scaled mort dans Communauté spirituelleFrères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption » (Ac 2,25-31).

 

Paul utilise exactement la même structure argumentaire pour montrer que la résurrection est comme la signature du Père en bas de l’œuvre de Jésus : il ratifie tout ce qu’a été, fait et dit Jésus en ne l’abandonnant pas dans la mort où se dissolvent les chairs et les liens qui nous unissent :

« C’est pourquoi celui-ci dit dans un autre psaume : Tu donneras à ton fidèle de ne pas voir la corruption. En effet, David, après avoir, pour sa génération, servi le dessein de Dieu, s’endormit dans la mort, fut déposé auprès de ses pères et il a vu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n’a pas vu la corruption » (Ac 13,35–37).

 

2. La corruption purificatrice

Reprenant le fil de l’image du fondeur de Chrysostome, plusieurs théologiens ont développé ce thème de la refonte, du reforgeage de notre humanité à travers ce qui pourtant semble la décomposer.

  • La douleur bénie (Ratzinger)

Ainsi Joseph Ratzinger (le futur Benoît XVI) y a consacré un chapitre entier de son ouvrage de référence : Eschatologie : mort et vie éternelle, publié en 1977, mais qui reste la base de son enseignement papal sur le sujet. Il s’appuie précisément sur l’exégèse du psaume 15.

Ratzinger explique que si le Christ ne voit pas la corruption, c’est parce qu’en lui, la Vie est identique à son Être. Pour nous, la résurrection n’est pas un « miracle magique » qui survient à la fin, mais une conséquence de notre union à Lui.

« La résurrection n’est pas un simple retour à la vie biologique, mais la victoire de l’Amour sur la mort. Parce que le Christ est « un » avec Dieu, il ne peut tomber dans le néant. En étant unis à Lui par la foi, nous entrons dans cet espace d’invulnérabilité » (ch. 6).

corps en décomposition cercueilLa décomposition corporelle est ainsi une métamorphose : la mort physique (la fonte du vase chez Chrysostome) est le moment où l’homme perd son support matériel qui retourne à  l’univers, mais son identité relationnelle est ancrée Christ, qui en assume la continuité en Dieu à travers la mort.

« Le Psalmiste pressent que l’amitié avec Dieu ne peut pas s’arrêter à la tombe. Si Dieu est fidèle, Il ne peut abandonner son ami au Shéol. Le Christ réalise ce pressentiment de manière absolue. Nous, nous le réalisons « en Lui » ».

 

La vraie matière de notre être n’est pas l’amas de cellules sans cesse changeant qui constitue notre corps, mais l’ensemble des relations de communion qui nous unissent à Dieu, aux autres, par le Christ, avec lui et en lui. Toutes ces relations d’amour, d’amitié, de solidarité authentiquement vécues nous greffent en Christ. Nous sommes ainsi en quelque sorte ‘sauvegardés’ dans la mémoire de Dieu, en qui nos relations essentielles demeurent, nouvelle « matière » à partir de laquelle Dieu pourra recréer la vie aussi sûrement qu’il l’a déjà fait en Jésus le Christ. Ratzinger parle alors de « douleur bénie » pour caractériser la métamorphose s’opère ainsi avec la destruction des scories du péché en nous :

« Certains théologiens récents sont d’avis que le feu qui brûle et qui sauve en même temps est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard, toute fausseté s’évanouit. C’est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes.

Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, pur orgueil, et s’écrouler. Mais dans la douleur de cette rencontre, où ce qui est impur et malsain en nous devient manifeste, se trouve le salut. Son regard, le battement de son cœur nous guérissent par une transformation certainement douloureuse, « comme par le feu » ».

 

Pour Benoît XVI, la « décomposition » n’est pas seulement un phénomène biologique, c’est l’image de ce qui se passe spirituellement. Notre « Moi » qui s’écroule : comme le vase de Chrysostome qui doit être brisé, notre ego, nos fausses sécurités et notre « rouille » (le péché) doivent être détruits. La mort physique est la manifestation ultime de cet écroulement nécessaire.

Le pape ne nie pas que la mort et la corruption soient douloureuses. Mais il affirme que c’est une « douleur bénie ». Pourquoi ? Parce qu’elle nous « libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes ».

En regardant le Christ du Psaume 15 (celui qui n’a pas connu la corruption), nous voyons ce que nous allons devenir. Sa pureté « brûle » ce qui est impur en nous pour que notre chair puisse, elle aussi, « reposer dans l’espérance ».

Ce que le Psaume 15 dit du Christ (l’immortalité immédiate), Benoît XVI l’applique à nous sous la forme d’une immortalité donnée au travers d’une épreuve purificatrice. La décomposition du corps est le « feu » qui prépare la résurrection : « Mourir, c’est tomber dans les mains de Dieu ».

C’est une lecture pleine d’espérance : la fin de notre corps biologique n’est pas un échec, mais le « nettoyage » final opéré par l’amour de Dieu pour que nous puissions entrer dans la « plénitude de joie » promise au verset 11 du psaume : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! »

 

  • La brûlure joyeuse (Varillon)

Le Père François Varillon (1905-1978), jésuite et grand pédagogue de la foi, a renouvelé la vision du Purgatoire en l’éloignant de l’imagerie d’une « prison » ou d’une « chambre de torture » pour en faire une étape de maturation amoureuse.

Pour lui, la « décomposition » du vieil homme est la condition de l’éclosion de l’homme nouveau. 

Jérôme BoschIl rejette l’idée d’une peine infligée par Dieu. Pour lui, la douleur du Purgatoire naît de la rencontre entre notre impureté et l’Amour absolu.

« Le purgatoire n’est pas une peine infligée du dehors par un juge irrité ; c’est la souffrance même de l’amour qui se sent indigne de l’Objet aimé. C’est la souffrance de ne pas aimer assez » (L’Abrégé de la foi).

Il développe alors la métaphore de la « Brûlure Joyeuse ». Rejoignant l’image du « fondeur » de Chrysostome, Varillon explique que cette brûlure est désirée par l’âme, car elle est libératrice.

« C’est une souffrance joyeuse, parce que c’est une souffrance qui guérit. L’âme, en présence de Dieu, voit ses propres scories, ses égoïsmes, ses refus de don. Elle veut alors en être délivrée. Le feu du purgatoire, c’est le feu de l’Esprit Saint qui brûle en nous ce qui n’est pas amour ».

La mort est l’instant où l’on est enfin placé devant la Vérité de notre être. La « corruption » des fausses apparences est nécessaire pour que la « chair » (notre identité profonde) repose vraiment en Dieu, comme le dit le Psaume 15.

« Le purgatoire, c’est l’achèvement de notre liberté. C’est le temps — qui n’est plus du temps chronologique — où l’homme liquide ses derniers refus pour s’ouvrir totalement à l’Invasion divine »

La mort est la transformation qui nous permet de « devenir ce que l’on est ».

 

Si l’on relit le Psaume 15 à la lumière de Varillon, le verset « Tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption » prend une dimension existentielle pour nous : le Christ est celui en qui l’Amour était total : aucune « scorie » à brûler, donc pas de « purgatoire » (pas de corruption). Pour nous, la corruption biologique et spirituelle est le processus par lequel Dieu « nettoie » notre capacité d’aimer.

 « Dieu ne nous juge pas, Il nous illumine. Et cette illumination est, par elle-même, une purification. »

 

3. Nos corruptions anticipées

Comment cela peut-il nous aider à traverser les « corruptions », les décompositions qui nous travaillent tout au long de notre existence ? 

C’est ici que la théologie rejoint la psychologie et le vécu quotidien. Les « petites morts » que nous subissons — deuils, échecs, vieillissement, trahisons, maladies — sont ce que les Pères et les théologiens comme Varillon appellent des « corruptions anticipées ».

Traverser ces épreuves avec le Psaume 15 et la vision de la « fonte du vase » change radicalement notre regard sur la dégradation que subit notre corps et tout notre être. 

Voici comment cela peut devenir un levier de vie :


- Ne plus voir la « perte » comme un anéantissement

L’image du vase de Chrysostome nous dit que pour être restauré, il faut parfois accepter d’être « déconstruit ». Quand une partie de notre vie s’effondre (un projet, une relation, une capacité physique), nous avons l’impression de disparaître. La foi nous suggère que ce n’est pas une destruction, mais un reforgeage. Ce qui « pourrit » ou s’en va, c’est souvent ce qui faisait obstacle à une version plus profonde et plus vraie de nous-mêmes. C’est la « rouille » qui s’en va pour laisser l’or apparaître.

 

- Vivre le « dépouillement » comme une libération 

Se laisser dépouiller, comme un oignon qu'on épluche...François Varillon insistait sur le fait que nous passons notre vie à construire des « moi » de rechange (notre image sociale, nos possessions, notre orgueil). Ces couches sont ce qui subira la corruption. En acceptant les renoncements successifs de l’existence, nous pratiquons notre « purgatoire » par avance, comme un oignon que l’on épluche en enlevant les pelures successives… Chaque « décomposition » d’une fausse sécurité ou d’une fausse réussite nous rapproche de la « part d’héritage » du Psaume 15 : Dieu seul.
« On ne possède vraiment que ce que l’on a accepté de perdre par amour » (Varillon).

 

- L’espérance comme « poids de gloire »

Le verset 9 du Psaume 15 dit : « ma chair elle-même repose en confiance ». Le mot hébreu  traduit ici par confiance (בֶּ֫טַח) suggère une attente confiante, en toute sécurité, pas un souhait incertain. C’est cette confiance que nous pouvons apprendre en vieillissant, ou en combattant la maladie. Dans la maladie ou la vieillesse, le corps semble nous trahir. Nous pouvons le laisser « reposer en Dieu », anticipant notre mise au tombeau confiante…

Regarder sa propre « décomposition » biologique ou morale non comme un gouffre, mais comme une germination, est le chemin que la foi trace en nous pour transfigurer ces décompositions qui nous travaillent. Saint Paul disait : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4,16). Le Psaume 15 nous assure que le « Saint » (le Christ) est déjà de l’autre côté de la rive et qu’il tient notre main droite (v.8).

 

Relisons cette semaine le psaume 15 de ce dimanche, afin que notre prière y puise le courage de consentir aux pertes inévitables que la vie nous impose :

 

Prière d’Abandon au Fondeur

Seigneur Jésus, Toi le Saint qui n’as pas connu la corruption, 

Toi dont la chair, au matin de Pâques, a resplendi d’une vie nouvelle, 

Tourne ton regard de lumière vers notre humanité fragile.

 

Hans-Op-de-Beeck-My-bed-a-raft-2019-©-SABAM-Belgium-2025-Studio-Hans-Op-de-Beeck_bewerkt-1024x683 pasaumeQuand nos forces s’épuisent et que nos corps nous trahissent, 

Quand la décomposition du doute ou de l’âge travaille nos cœurs, 

Accorde-nous la grâce de ne pas céder à l’effroi. 

Donne-nous de voir, au-delà de la poussière qui retombe, 

La main du divin Potier qui nous refaçonne avec amour.

 

Seigneur, nous t’offrons nos « petites morts » quotidiennes : 

Nos renoncements, nos échecs et nos dépouillements. 

Fais-en une brûlure joyeuse, un feu qui purifie la rouille de notre orgueil, 

Pour que l’or de notre âme, lavé de tout égoïsme, 

Brille enfin de ton éclatante clarté.

 

Apprends-nous à poser notre chair dans l’espérance, 

Non comme celui qui perd tout, mais comme celui qui sème pour l’éternité. 

Que ta présence à notre droite nous garde inébranlables, 

Afin que, traversant l’épreuve de la transformation, 

Nous parvenions, avec Toi, sur le chemin de la Vie, 

Là où la joie est plénitude, là où les délices sont éternels.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche :il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

PSAUME

(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)
R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

ÉVANGILE
« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

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26 octobre 2025

Avez-vous le culte des morts ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Avez-vous le culte des morts ?


Homélie pour la
Commémoration de tous les fidèles défunts / Année C Dimanche 02/11/25

Cf. également :
Toussaint : j’irai prier sur vos tombes…
Toussaint : Heureux ceux qui pleurent !
Toussaint : un avenir urbain et unitaire
Toussaint : la mort comme un poème
Toussaint alluvionnaire
Les cimetières de la Toussaint
Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…
Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas
Toussaint : le bonheur illucide
Ton absence…
La mort, et après ?
Le train de la vie

Puisque le 2 novembre tombe un dimanche cette année, profitons-en pour faire un focus sur notre rapport aux morts, et à la mort. Un récent sondage IFOP-Famille chrétienne peut nous y aider [1].

 

Avez-vous le culte des morts ? dans Communauté spirituelleOn y apprend que les Français se répartissent en trois parts quasi égales entre ceux qui croient en une vie après la mort, ceux qui n’y croient pas, et ceux qui ne savent pas.


C’est la trace d’une influence encore très forte des affirmations de la foi chrétienne sur les questions de l’au-delà. Comparés aux 5% à 10% de pratiquants réguliers, les 32% qui croient en une vie après la mort constituent un cercle bien plus large, ce qui souligne la responsabilité des chrétiens pour continuer à nourrir cet héritage si vivace. Sans compter que les agnostiques – « je ne sais pas » – sont souvent bien plus proches des croyants qu’ils ne le pensent eux-mêmes. Sur le fil du rasoir, il suffit d’un décès, d’une maladie, d’un accompagnement fraternel pendant un deuil etc. pour que la balance penche d’un côté ou d’un autre…

 

 défunts dans Communauté spirituelleL’image est encore plus nette quand on demande quelle relation nous entretenons avec nos proches défunts : il n’y a qu’un français sur quatre qui répond : « aucune ». Les autres vont encore au cimetière – et les innombrables tombes fleuries de la Toussaint en témoignent –, allument une bougie pour eux, ressentent encore leur présence, leur bienveillance.

La communion des saints est peut-être l’article le plus populaire, le plus partagé du Credo !


Ce sentiment de solidarité à travers la mort est affectif, mémoriel, psychologique, symbolique. Il a pour les chrétiens une haute valeur spirituelle, car il affirme que « l’amour est fort comme la mort » (Ct 8,6) et que la communion entre les êtres est plus puissante que la séparation ou l’absence.

 

 mortPar contre, les représentations de l’au-delà traduisent une perte de l’ancrage de l’héritage chrétien. Seuls 7% espèrent « voir Dieu » après leur mort, alors que 40% n’attendent rien, et que les autres oscillent entre « tunnel de lumière » façon New Age et réincarnation façon bouddhiste (à la sauce occidentale !), ou au mieux les retrouvailles avec ses proches (ce qui est très « horizontal »).


Le défi se situe bien là, dans les images, les discours, le contenu théologique de notre espérance : il est urgent de reparler de l’au-delà, en des termes que notre culture et notre sensibilité pourront comprendre, et auxquels nous pourrons adhérer sans avoir à emprunter ailleurs…

 

 

En guise de bonus pour ce 2 novembre, voici quelques extraits d’une homélie qu’Ambroise de Milan (339-397) a prononcée pour l’anniversaire de la mort de son frère.

Elle a impressionné l’auditoire de la cathédrale de Milan. À nous d’en faire autant !

Le chrétien et la mortNous voyons que la mort est un avantage, et la vie un tourment, si bien que Paul a pu dire : Pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Qu’est-ce que le Christ ? Rien d’autre que la mort du corps, et l’esprit qui donne la vie. Aussi mourons avec lui pour vivre avec lui. Nous devons chaque jour nous habituer et nous affectionner à la mort afin que notre âme apprenne, par cette séparation, à se détacher des désirs matériels. Notre âme établie dans les hauteurs, où les sensualités terrestres ne peuvent accéder pour l’engluer, accueillera l’image de la mort pour ne pas encourir le châtiment de la mort. En effet la loi de la chair est en lutte contre la loi de l’âme et cherche à l’entraîner dans l’erreur.  Mais quel est le remède ? Qui me délivrera de ce corps de mort ? — La grâce de Dieu, par Jésus Christ, notre Seigneur.

Nous avons le médecin, adoptons le remède. Notre remède, c’est la grâce du Christ, et le corps de mort, c’est notre corps. Alors, soyons étrangers au corps pour ne pas être étrangers au Christ. Si nous sommes dans le corps, ne suivons pas ce qui vient du corps ; n’abandonnons pas les droits de la nature, mais préférons les dons de la grâce.

Qu’ajouter à cela? Le monde a été racheté par la mort d’un seul. Car le Christ aurait pu ne pas mourir, s’il l’avait voulu. Mais il n’a pas jugé qu’il fallait fuir la mort comme inutile, car il ne pouvait mieux nous sauver que par sa mort. C’est pourquoi sa mort donne la vie à tous. Nous portons la marque de sa mort, nous annonçons sa mort par notre prière, nous proclamons sa mort par notre sacrifice. Sa mort est une victoire, sa mort est un mystère, le monde célèbre sa mort chaque année.

Que dire encore de cette mort, puisque l’exemple d’un Dieu nous prouve que la mort seule a recherché l’immortalité et que la mort s’est rachetée elle-même ? Il ne faut pas s’attrister de la mort, puisqu’elle produit le salut de tous, il ne faut pas fuir la mort que le Fils de Dieu n’a pas dédaignée et n’a pas voulu fuir.

La mort n’était pas naturelle, mais elle l’est devenue ; car, au commencement, Dieu n’a pas créé la mort : il nous l’a donnée comme un remède.  L’homme, condamné pour sa désobéissance à un travail continuel et à une désolation insupportable, menait une vie devenue misérable. Il fallait mettre fin à ses malheurs, pour que la mort lui rende ce que sa vie avait perdu. L’immortalité serait un fardeau plutôt qu’un profit, sans le souffle de la grâce.

L’âme a donc le pouvoir de quitter le labyrinthe de cette vie et la fange de ce corps, et de tendre vers l’assemblée du ciel, bien qu’il soit réservé aux saints d’y parvenir ; elle peut chanter la louange de Dieu dont le texte prophétique nous apprend qu’elle est chantée par des musiciens : Grandes et merveilleuses sont tes œuvres. Seigneur, Dieu tout-puissant: justes et véritables sont tes chemins. Roi des nations. Qui ne te craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car toi seul es saint. Toutes les nations viendront se prosterner devant toi. Et l’âme peut voir tes noces, Jésus, où ton épouse est conduite de la terre jusqu’aux cieux, sous les acclamations joyeuses de tous — car vers toi vient toute chair — ton épouse qui n’est plus exposée aux dangers du monde, mais unie à ton Esprit.

C’est ce que le saint roi David a souhaité, plus que toute autre chose, pour lui-même, c’est ce qu’il a voulu voir et contempler : La seule chose que je demande au Seigneur, la seule que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, et de découvrir la douceur du Seigneur.

___________________________


[1]
. Sondage Ifop pour Famille Chrétienne : Les Français et la vie après la mort, Septembre 2024,
Cf.  https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-la-vie-apres-la-mort/

 

Lectures de la messe
Première lecture (Sg 3, 1-6.9)

 

Les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux. Aux yeux de l’insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin : mais ils sont dans la paix. Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l’or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les accueille. Au temps de sa visite, ils resplendiront : comme l’étincelle qui court sur la paille, ils avancent. Ils jugeront les nations, ils auront pouvoir sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux pour les siècles. Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il visitera ses élus. – Parole du Seigneur.  

 

Psaume (26 (27), 1, 4, 7-9a, 13-14)

 

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? 

Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : 

habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, 

pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple. 

 

Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! 

Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. » 

C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. 

Mais j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. 

« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »  

 

Deuxième lecture (1 Co 15, 51-57)

Frères, c’est un mystère que je vous annonce : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés, et cela en un instant, en un clin d’œil, quand, à la fin, la trompette retentira. Car elle retentira, et les morts ressusciteront, impérissables, et nous, nous serons transformés. Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes revête ce qui est impérissable ; il faut que cet être mortel revête l’immortalité. Et quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; ce qui donne force au péché, c’est la Loi. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. 

 

Évangile (Jean 6, 37-40)

En ce temps-là, Jésus disait aux foules : « Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » 

Patrick BRAUD

 

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22 avril 2025

Quand les papes choisissent le jour de leur mort

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 10 h 58 min

Quand les papes choisissent le jour de leur mort

On connaît tous ça dans nos familles : le grand-père qu’on donne mourant tient bon jusqu’au mariage de sa petite-fille où il veut être présent absolument. Puis il se laisse partir…

Mort du Pape FrançoisIl y a un peu de cela peut-être dans la mort du pape François. Il a conduit l’Église jusqu’à la fête de Pâques, après trois semaines de combat contre une double pneumonie meurtrière. Puis il meurt le Lundi 21 Avril 2025, dans la plénitude de l’octave de Pâques qui commence, après avoir béni la foule du balcon de Saint-Pierre la veille. Mourir un Lundi de Pâques, ce n’est pas banal pour un pape !

Il n’est pas le seul pape à « choisir » symboliquement le jour de sa mort.

– Le 3 juin 1963, le pape Jean XXIII meurt à 81 ans. C’est le pape du concile Vatican II, véritable Pentecôte sur l’Église, dont les fruits spirituels continuent d’être récoltés dans les « périphéries » du monde. Or le 3 juin 1963, c’était un Lundi de Pentecôte ! Comme si Jean XXIII disait : « J’ai conduit l’Église jusqu’à ce renouveau de l’Esprit saint en elle. Je peux désormais m’en aller ».

– Son successeur le pape Paul VI est mort le jour de la fête de la Transfiguration, le 6 août 1978. Or la Transfiguration était la fête préférée de Paul VI, à tel point que sa première encyclique (Ecclesiam suam) en plein concile Vatican II est datée et signée du 6 août 1964. La mort n’est-elle pas la transfiguration ultime ?

Jean-Paul II semble également avoir choisi le jour de sa mort : le 2 avril 2005 est en effet cette année-là le Dimanche de la Miséricorde, institué justement par Jean-Paul II pour clôturer l’octave de Pâques, selon l’intuition d’une religieuse polonaise sœur Faustine. L’ex « athlète de Dieu » a attendu le Dimanche de la Miséricorde pour s’effondrer entre les bras de son Créateur…

Benoît XVI – dont la postérité retiendra sa renonciation exemplaire – a choisi quant à lui de partir un 31 décembre 2022. Symbole de la transition d’une année à l’autre. Il avait voulu affirmer la continuité de l’Église à travers la réception de Vatican II, et être le pape de cette transition apaisée.

– Il n’y a que Jean-Paul Ier à avoir échappé à cette symbolique du choix du jour de sa mort. Il faut dire que le pontificat de « l’étoile filante » au sourire irrésistible n’a duré que… 33 jours, ce qui est finalement une symbolique tout aussi forte !

Bref : comme les papes, apprenons à choisir l’heure de notre mort ! Celle où nous pourrons exulter, comme Siméon : « Maintenant, ô maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole… »

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2 juin 2024

Quand le corps tombe en ruines

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quand le corps tombe en ruines

 

Homélie pour le 10° Dimanche du Temps ordinaire / Année B 

09/06/24

 

Cf. également :

Mourir pour une côtelette ?
Un psaume des profondeurs
Aimer nos familles « à partir de la fin »
Fêter la famille, multiforme et changeante
Familles, je vous aime?
L’homme, la femme, et Dieu au milieu
Le symbolisme des cendres

La mort, et après ?


Monsieur le Président, vous avez le droit de grâce, et moi je vous demande celui de mourir

Quand le corps tombe en ruines dans Communauté spirituelle Euthanasie-20-ans-apres-la-mort-de-Vincent-Humbert-son-pere-Francis-prend-la-parole-pour-la-premiere-foisVous vous souvenez peut-être de la supplique adressée par un jeune homme de 21 ans, accidenté de la route, devenu tétraplégique, muet et presque aveugle – Vincent Humbert - au Président de la République Jacques Chirac, en 2002. Il est important de la relire en cette période de débat intense sur le suicide assisté, rebaptisé pudiquement « aide active à mourir ».


Monsieur Chirac, 

Tous mes respects, Monsieur le Président. Je m’appelle Vincent Humbert, j’ai 21 ans, j’ai eu un accident de circulation le 24 septembre 2000. Je suis resté 9 mois dans le coma. Je suis actuellement à l’hôpital Hélio-Marins à Berck, dans le Pas-de-Calais.

Tous mes sens vitaux ont été touchés, à part l’ouïe et l’intelligence, ce qui me permet d’avoir un peu de confort. 

Je bouge très légèrement la main droite en faisant une pression avec le pouce à chaque bonne lettre de l’alphabet. Ces lettres constituent des mots et ces mots forment des phrases. 

C’est ma seule méthode de communication. J’ai actuellement une animatrice à mes côtés, qui m’épelle l’alphabet en séparant voyelles et consonnes. C’est de cette façon que j’ai décidé de vous écrire. Les médecins ont décidé de m’envoyer dans une maison d’accueil spécialisée. Vous avez le droit de grâce et moi, je vous demande le droit de mourir. 

Accéder à son désir de mourir était illégal à l’époque. Chirac a répondu par quelques mots de compassion, sans rien pouvoir faire d’autre. On connaît la suite. Sa mère, Marie Humbert, a tenté le 24 septembre 2003 d’aider son fils à mourir, à l’aide de barbituriques. La tentative a échoué, et son fils fut plongé dans le coma, à son grand désespoir. Le Dr. Chaussoy, chef de service de réanimation de l’hôpital de Berck-sur-mer, et son équipe médicale ont alors décidé d’achever d’accomplir la volonté de Vincent et lui ont donné la mort tant désirée. Vincent s’est éteint le 26 septembre 2003. Le Dr. Chaussoy et Marie Humbert furent poursuivis ensuite par la justice, mais obtinrent un non-lieu.

 

Cette douloureuse affaire est symptomatique de dizaines, de centaines d’autres dans lesquelles le sentiment de déchéance, de dégradation physique, allié à la douleur parfois inexpugnable engendre chez un malade l’ardent désir de partir sans attendre.

 

63c57ef37b2d2_maxstockworld444140 mort dans Communauté spirituelle« L’homme extérieur s’en va en ruines » (littéralement : se détruit) écrivait Paul dans notre deuxième lecture (2Co 4,13–5,1). 

« Nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous » (2Co 4,16-17). Il a dû ressentir lui aussi, avec son âge et la fatigue accumulée par les voyages, les persécutions subies etc. le fort désir de partir rejoindre le Christ. Et il écrit d’ailleurs sans honte : « En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. » (Ph 1,21-24)

 

On sait que les Églises sont fortement opposées au suicide assisté, au nom d’arguments théologiques bien connus : la vie est sacrée, elle est un don de Dieu, et nul ne peut en disposer. L’interdit de tuer du Décalogue s’applique évidemment à soi-même. 

Les autres arguments sont plutôt rationnels ou humanistes : mieux vaut développer les soins palliatifs, qui font disparaître l’immense majorité de ces demandes à mourir. Il vaudrait mieux appliquer la loi existante Claeys-Léonetti sur la sédation profonde et continuer jusqu’à la mort dans ces cas-là.

 

Sans nier le poids réel de ces arguments, tout en gardant à l’esprit la protection des plus faibles, essayons de parcourir d’autres raisons de foi  permettant d’entendre avec bienveillance la supplique de Vincent Humbert et de bien d’autres aujourd’hui.

 

Le suicide dans la Bible

Commençons par étudier ce que la Bible dit du suicide. 

- Eh bien, premier fait majeur, ni le mot ‘suicide’ ni le verbe ‘se suicider’ n’existent dans la Bible, que ce soit en hébreu ou en grec ! En refusant de substantiver cette action, les Écritures nous empêchent de l’essentialiser en regroupant toutes les situations sous un seul concept abstrait. Il semble bien que pour la Bible existent seulement des situations particulières, où parfois vouloir mourir apparaît comme légitime. 

Cette indication est précieuse : légiférer de manière universelle et abstraite est injuste. Tenir compte des personnes et des cas est plus humain. Dans ce discernement en situation, choisir la mort n’est pas systématiquement condamné par la Bible, au contraire.

 - Ainsi Abimélek demande à son écuyer de le tuer en signe de protestation pour avoir été  blessé… par une femme ! (Jg 9,52- 54). En ces temps de mâle prédominance, c’était la honte suprême, dont l’honneur d’un guerrier ne se relevait pas ! Or le narrateur ne porte aucun jugement sur ce suicide par blessure d’honneur. Il voit dans cette mort prématurée la juste punition pour le massacre par Abimélek de ses 70 frères (Jg 9,56-57).

A006084_Samson-destroying-the-Temple-of-the-Philistines suicide- Ainsi Samson, dans le célèbre épisode des piliers du temple philistin, se suicide en obtenant de YHWH la force de faire s’écrouler le temple sur les ennemis d’Israël. Plus troublant encore, YHWH exauce donc la prière de Samson qui le conduit à périr enseveli (Jg 16,26-30)…

- Ainsi Saül et son écuyer se suicident en se laissant tomber sur la pointe de leur épée, pour ne pas tomber aux mains des incirconcis (1S 31,3-6). Là encore, aucun jugement n’est porté sur ce suicide, présenté comme un acte de liberté.

- Ainsi Ahitophel se pend, parce que son conseil au roi Absalom pour anéantir l’ennemi n’a pas été écouté (2S 17,23), alors que c’était un bon conseil qui aurait sauvé le roi ! En montrant que son corps a eu droit à une sépulture digne, le narrateur ne porte aucun jugement négatif sur ce suicide.

 - Ainsi Zimri, ayant renversé et tué le roi de Juda, se suicida par le feu dans le donjon royal en voyant la ville assiégée et prise par le reste fidèle d’Israël sous la conduite d’Omri (1R 16,18). Là également, le narrateur montre sobrement qu’il a ainsi exécuté la volonté divine, en mourant à cause de son péché.

- Ainsi les suicides glorieux des Macchabées en révolte contre l’envahisseur. Éléazar par exemple, soldat renommé car frère de Juda, et surnommé Awarane, cherche sa propre mort en se précipitant sous l’éléphant cuirassé qui porte le général ennemi : 1M 6,43-46. Ce suicide est visiblement héroïque, et Éléazar est loué pour son courage.


- Il en va de même pour Razis, courageux défenseur de son peuple contre l’occupant, au point d’être appelé « Père des juifs ». Voyant 500 soldats venus pour l’arrêter, il préféra se suicider : 2M 14,37‑46.

- Dans ce même libre des Macchabées, la mort librement consentie des 7 frères et de leur mère, refusant de manger du porc, est érigée en exemple : « Ne crains pas ce bourreau, montre-toi digne de tes frères et accepte la mort, afin que je te retrouve avec eux au jour de la miséricorde » (2M 7).

- Ainsi le sage Qohélet déclare que la mort – inévitable – est également enviable, car elle seule libère des larmes, de l’exploitation et de la violence : « J’ai regardé encore et j’ai vu toutes les oppressions pratiquées sous le soleil. Voyez les pleurs des opprimés : ils n’ont pas de consolateur ; des oppresseurs leur font violence : ils n’ont pas de consolateur. Les morts qui sont déjà morts, je les déclare plus heureux que les vivants encore en vie, et plus heureux que ceux-là celui qui n’existe pas encore, car il n’a pas connu le mal qui se fait sous le soleil. » (Qo 4,1-3). Il en rajoute même : « Un homme peut avoir eu une centaine d’enfants et avoir vécu de longues années : aussi nombreux qu’aient été les jours de sa vie, s’il n’a pas été heureux et comblé, s’il n’a même pas eu de sépulture, je dis que l’avorton a plus de chance » (Qo 6,3).

 - Le sage Ben Sira rappelle lui aussi que la vie n’est pas un absolu, et ne mérite pas d’être vécue à n’importe quel prix. C’est le cas pour un mendiant : « Ne vis pas de mendicité, mon fils, mieux vaut mourir que mendier ! » (Si 40,28) ou une maladie incurable : « Mieux vaut la mort qu’une vie d’amertume, et le repos éternel qu’une maladie sans fin ». « Ô mort, ta sentence est bonne pour l’homme dans le besoin, dont la force décline, pour un grand vieillard qui s’inquiète de tout, qui se révolte et perd patience » (Si 30,17;41,2).

 

Jésus aurait-il choisi volontairement la mort ?

Dans le Nouveau Testament, l’ombre du suicide de Judas plane sur toutes les réflexions chrétiennes à ce sujet. ‘Suicide’ assez mystérieux d’ailleurs, car Jean et les Actes nous en donnent deux versions… incompatibles ! Pour Matthieu, Judas alla se pendre (c’est la version la plus connue) : « Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre » (Mt 27,5). Pour Luc, ce n’est pas la pendaison, mais plutôt une maladie (Luc est médecin) qui a travaillé les entrailles de Juda au point de déclencher un éventrement fatal : « avec le salaire de l’injustice, il acheta un domaine ; il tomba la tête la première, son ventre éclata, et toutes ses entrailles se répandirent » (Ac 1,18).

Le Suicide Du Christ. Une TheologieEn ne retenant que la version suicidaire de Matthieu, les traditions ultérieures lieront suicide et damnation, au point de refuser une sépulture chrétienne aux suicidés (Concile d’Orléans en 533) ! On oublie alors que les Évangiles gardent la trace d’un débat sur l’attitude de Jésus : a-t-il librement choisi et désiré sa mort en marchant au-devant de ses contradicteurs ? Ou s’est-il résigné en subissant une mort non-choisie ? Pendant trois ans, Jésus est monté de Galilée à Jérusalem plusieurs fois pour les fêtes de pèlerinage. Chaque fois, la tension augmentait et les oppositions juives et romaines se faisaient de plus en plus menaçantes. Luc montre que Jésus sait ce qu’il attend lorsqu’il choisit d’aller à Jérusalem la dernière fois : « Lorsque le temps où il devait être enlevé du monde approcha, Jésus durcit son visage et prit la route de Jérusalem » (Lc 9,51). Thomas se demande si Jésus ne veut pas mourir, car il décide d’aller à Béthanie où l’attendent ceux qui veulent le tuer, afin de réveiller son ami Lazare d’entre les morts : « Les disciples lui dirent: Rabbi, les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu retournes en Judée ! » (Jn 11,8) « Thomas dit aux autres disciples : “Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui !” » (Jn 11,16).

Jean insiste sur le choix libre et volontaire de sa mort par Jésus : « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » (Jn 10,18). Ce n’est bien sûr pas une apologie du suicide. Mais c’est quand même l’indice que mieux vaut mourir pour rester soi-même, fidèle à sa mission filiale en ce qui concerne Jésus, plutôt que de survivre en se trahissant et en reniant la mission confiée par le Père.

 

Mourir m’est un gain

C’est là que l’argument de Paul est massue : pourquoi vouloir à tout prix prolonger une survie physique alors qu’une vie éternelle nous attend ? Quel avantage à prolonger ici-bas dans la douleur si la mort est une amie, une sœur nous ouvrant d’autres possibles en Dieu ? 

« En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage » (Ph 1,21).
« Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur » (2Co 5,8).
La peur de la damnation éternelle attribuée autrefois au suicide n’agit plus sur nous comme par le passé. Et la découverte des forces de l’inconscient a éclairé d’une lumière nouvelle les pulsions suicidaires. Peut-être pourrons-nous comme Paul nous consoler en constatant que nous sommes encore utiles aux autres. Mais, de toute façon, « toute vie doit finir » (Ps 48,9). 

La promesse de la résurrection empêche de sacraliser cette vie, qui n’est pas un absolu. 

La preuve : les martyrs juifs ou chrétiens ont préféré périr plutôt que renier leur foi. La mère des 7 fils puise dans son espérance en la résurrection le courage d’offrir ses enfants à la mort plutôt que de renier l’Alliance (2M 7). D’innombrables martyrs chrétiens ont marché vers les fauves, le feu, la croix ou la décapitation en se livrant volontairement, sans chercher à fuir.

Les résistants qui avalaient leur capsule de cyanure pour ne pas tomber entre les mains de la Gestapo ne faisaient que prolonger cette offrande de soi pour protéger les membres du réseau. 

Bien qu’elle soit sulfureuse, la thèse du suicide du Christ [1] ne peut être écartée d’un revers de main : choisir librement et volontairement sa mort peut revêtir une forme de noblesse, et devenir un geste d’amour pour les autres, ainsi qu’un acte de confiance en Dieu qui ressuscite.

 

Le discernement plutôt que le droit

L’absence du terme suicide dans la Bible nous invite à la prudence : il n’y a pas de position abstraite qui s’imposerait à tous. Les situations sont multiples, la responsabilité personnelle du malade est unique. Le père de la sociologie moderne, Émile Durkheim, distinguait 4 types de suicide, ce qui oblige à autant d’évaluations morales : le suicide égoïste, altruiste, anomique et fataliste. Un de ses successeurs, Baechler (1975), distinguait quant à lui onze types de suicide : les suicides escapistes (fuite, deuil, châtiment, chantage), agressifs (vengeance, chantage, appel), oblatifs (sacrifice, passage) et ludiques (ordalie, jeu). Le discernement éthique s’attachera à respecter la particularité de chaque situation, et la liberté de chaque conscience personnelle. Encore faut-il que le droit ne fasse pas obstacle à la conscience… Encore faut-il laisser la décision au malade, et non au corps médical dont ce n’est pas la mission…

 

Quand le corps tombe en ruines, discerner est plus important qu’appliquer la loi. Il faut juste que la loi autorise ce que les discernement suggère. Avec bien évidemment moult garde-fous et digues de barrage pour contenir les dérives, toujours possibles. Et notamment de forts verrous pour protéger les plus faibles (personnes âgées, handicapées etc.) qu’on voudrait éliminer pour des raisons économiques.

Pour la conscience chrétienne, méditer sur la parole de Paul de ce dimanche pourra guider le discernement : est-il temps pour moi de partir ?

« Même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel.  Nous le savons, en effet, même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit, nous avons un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux qui n’est pas l’œuvre des hommes » (2 Co 4,16–5,1).

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[1]. Cf. Pierre-Emmanuel Dauzat, Le suicide du Christ. Une théologie. Paris, PUF, 1998.

 

 

Lectures de la messe
Première lecture
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance » (Gn 3, 9-15)


Lecture du livre de la Genèse

Lorsqu’Adam eut mangé du fruit de l’arbre, le Seigneur Dieu l’appela et lui dit : « Où es-tu donc ? » Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »


Psaume
(129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)
R/ Près du Seigneur, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat.
 (129, 7bc)


Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !


Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.


J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.


Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.


Deuxième lecture
« Nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons » (2 Co 4, 13 – 5, 1)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, l’Écriture dit : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. Et nous aussi, qui avons le même Esprit de foi, nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons. Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et il nous placera près de lui avec vous. Et tout cela, c’est pour vous, afin que la grâce, plus largement répandue dans un plus grand nombre, fasse abonder l’action de grâce pour la gloire de Dieu. C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. Nous le savons, en effet, même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit, nous avons un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux qui n’est pas l’œuvre des hommes.


Évangile
« C’en est fini de Satan » (Mc 3, 20-35)
Alléluia. Alléluia. 
Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors, dit le Seigneur ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre, je les attirerai tous à moi. Alléluia. (Jn 12, 31b-32)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger. Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. » Les appelant près de lui, Jésus leur dit en parabole : « Comment Satan peut-il expulser Satan ? Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir. Si les gens d’une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir. Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé, il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui. Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté. Alors seulement il pillera sa maison. Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. » Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit : « Il est possédé par un esprit impur. »
Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. » Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? » Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
Patrick BRAUD

 

 

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