L'homelie du dimanche

6 décembre 2020

Gaudete : je vois la vie en rose

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Gaudete : je vois la vie en rose

Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année B
13/12/2020

Cf. également :
Réinterpréter Jean-Baptiste
Que dis-tu de toi-même ?
Un présent caché
Tauler, le métro et « Non sum »
Le Magnificat de l’Assomption : exalter / exulter

La rosée biblique

Gaudete : je vois la vie en rose dans Communauté spirituelle pape-francois-gaudete-laetareEn voyant la chasuble rose de votre prêtre de paroisse ce dimanche, vous vous poserez sûrement des questions : est-ce une marque de soutien LGBT ? A-t-il trop fredonné le succès planétaire d’Édith Piaf qui voit « la vie en rose » ? Cette couleur sucrée annonce-t-elle les confiseries sous le sapin ?

Foin de tout cela, bien sûr ! Ce troisième dimanche de l’Avent est traditionnellement appelé le dimanche de la joie, en latin le dimanche du Gaudete, car l’antienne d’ouverture de la liturgie chantait : « Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus : Dominus enim prope est. Nihil solliciti sitis : sed in omni oratione petitiones vestræ innotescant apud Deum ». « Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins. Elle reprend en cela la deuxième lecture de ce dimanche : « Soyez toujours dans la joie » (1 Th 5,16), ainsi que la première lecture : « Je tressaille de joie dans le Seigneur » et le cantique de Marie qui nos sert de psaume : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !« .

Alors que la couleur des vêtements liturgiques de l’Avent est le violet, en signe de préparation pénitentielle à Noël, le rose peut ce jour-là remplacer le violet pour anticiper en quelque sorte la joie de la venue du Verbe de Dieu, et pour tenir bon jusqu’à Noël, parce que nous savons qu’il est déjà venu et qu’il vient.

wp71658eff_06 aurore dans Communauté spirituellePourquoi le rose ? Les tentatives d’explications sont vagues et embrouillées. Le rose n’est pas une couleur biblique. Par contre, la rosée – qui est de la même racine que la couleur – est un phénomène bien connu à qui l’Ancien Testament fait référence une quarantaine de fois. Pendant l’Exode par exemple, la rosée est associée à la manne, car les deux descendent ensemble du ciel pour nourrir le peuple au petit matin : « Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol » (Ex 16, 13 14). La rosée annonce que Dieu va prendre soin de son peuple et ne le laissera pas dépérir en plein désert.

Ce phénomène naturel résonne également comme une promesse de fécondité, car le sol  humidifié par la rosée est le terreau idéal pour la prolifération de la vie. À tel point que la Parole de Dieu y est comparée : « Mon enseignement ruissellera comme la pluie, ma parole descendra comme la rosée, comme l’ondée sur la verdure, comme l’averse sur l’herbe » (Dt 32,2) et que Dieu lui-même s’engage : « Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban » (Os 14,6).

118327308_o AventEn s’habillant de rose, l’Église célèbre l’Avent comme la rosée de l’avènement ultime. Déjà les premières gouttes de la pluie de grâce bienfaisance de la venue du Christ nous transforment. Elles font disparaître nos raideurs, nos sécheresses. Elles préparent une nourriture incomparable. Elles favorisent l’élan vital qui ne demande qu’à jaillir de nous.

La rosée en vint ainsi à désigner la douceur de vivre ensemble lorsqu’on se sent frères et sœurs d’un seul Père : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! [...] On dirait la rosée de l’Hermon qui descend sur les collines de Sion. C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours » (Ps 132, 1.3)

D’ailleurs la couronne de l’Avent est souvent composée de trois bougies rouges et d’une rose, allumée le troisième dimanche.
Cette pédagogie n’est pas propre qu’à l’Avent : pendant le carême, il y a le dimanche du « Laetare », où la couleur rose peut être aussi de mise (anticipation de Pâques).

 

La couleur de l’aurore

Les navigateurs ayant bataillé la nuit entière au creux des vagues de l’océan témoignent souvent de leur éblouissement lorsque l’aube s’annonce : le ciel timidement se réchauffe, une pâle lueur se mélange à la nuit et trace l’horizon bien avant que le soleil le franchisse. Tout se teinte d’un rose délicat aux multiples nuances : c’est l’aurore qui pointe, espérance d’un jour nouveau.

Dès que, fille du matin, parut l'aurore aux doigts de rose...Les poètes l’ont chanté :
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et rose
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.
[…]
Création pure !
Être universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !                                Victor HUGO (1802 – 1885), L’aurore s’allume.

Saint-John Perse guette sa venue, « un peu avant l’aurore et les glaives du jour, quand la rosée de mer enduit les marbres et les bronzes, et l’aboiement lointain des camps fait s’émietter les roses à la ville » (Amers),
La liturgie y voit la figure de Marie, la première arrivée au terme de notre course :
« Aujourd’hui la Vierge Marie, la mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel, parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin » (Préface pour la messe de l’Assomption).
Jean-Paul II appelait Marie : « aurore du monde nouveau », car en elle notre humanité a déjà basculé de l’autre côté de la ligne d’horizon, dans le monde de la Résurrection….
S’habiller de rose est alors revêtir par avance la joie dont Marie est déjà comblée en plénitude ; c’est célébrer la venue prochaine du Soleil de justice dissipant nos ténèbres.

 

Les trois joies que l’Avent fait descendre sur nous comme la rosée du ciel.

Une paroisse a demandé à ses fidèles d’écrire librement sur un quart de feuille la joie qui irrigue leur vie en ce moment. L’avalanche de bulletins roses qui en résulta surpris tout le monde, car l’ambiance n’est pas particulièrement à l’optimisme en cette fin de confinement ! On peut en restituer la substantifique moelle à travers la sélection suivante, regroupée autour de trois têtes de chapitres : la joie humaine, la joie de Dieu, la joie chrétienne. Donnons la parole à l’expérience ordinaire de nos assemblées, pour y entendre comment le sens de la foi (sensus fidei) nourrit les chrétiens et leur fait voir la vie en rose :

 

1. La joie humaine

Il y a des moments, dans la vie, qui sont de purs ravissements de bonheur, qui sont des joies simples mais profondes. Ce sont celles-là qui nous nourrissent au plus profond de notre cœur. En voici quelques-unes.

Racontez-nous la joie des hommes.

-    La joie, c’est quand un papa soulève son enfant au bout de ses bras, le lance en l’air et le reprend tout contre lui, quand les deux rient aux éclats et que leurs yeux brillants se mirent les uns dans les autres.
-    La joie, c’est quand la fiancée repose tendrement dans les bras de son fiancé, en silence et en amour, et que ce moment pourrait durer une éternité sans sombrer dans l’ennui ou la distraction.
-    La joie, c’est quand les enfants reviennent de l’école et, tout en savourant une tartine et un verre de lait, racontent en toute confiance leur journée à leur maman qui les écoute avec amour.
-    La joie, c’est quand toute la famille, profitant du congé des Fêtes, va skier et glisser à la montagne, avant de partager ensemble un bon repas chaud.

———-

-     La joie, c’est quand, après avoir vécu une grande angoisse, tu retrouves soudain la paix pour un nouveau départ.
-   La joie, c’est quand ton cœur, las de tristesse et de douleur, trouve consolation et réconfort auprès de personnes que tu aimes et qui t’aiment.
-    La joie, c’est quand tu retrouves un ami perdu depuis longtemps et qui, par un soir d’hiver, frappe à ta porte et te serre chaleureusement dans ses bras.
-     La joie, c’est quand tu es malade ou seul et que, sans s’être annoncée, de la belle visite envahit ton foyer et vient te causer amicalement.
-    La joie, c’est quand une maman met au monde un enfant sous les yeux émus du papa et le montre ensuite, éblouie, à la famille, à la parenté, aux amis, aux visiteurs.

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-    La joie, c’est quand, de ta fenêtre, tu regardes la neige tomber en silence et décorer tranquillement l’épinette de ta pelouse et que ton cœur chante au-dedans de toi.
-    La joie, c’est quand tu regardes les gens passer dans ta rue et que, même emmitouflés jusqu’au cou, tu les trouves beaux et bons.
-   La joie, c’est quand tu te promènes le soir dans les rues et que tu regardes toutes les décorations de Noël, et que tu te dis : « Que c’est beau ! »
-   La joie, c’est quand tu donnes un cadeau à un enfant ou à un plus pauvre que toi et que tu vois leurs yeux briller comme des soleils, et que tu te dis : « Que c’est bon ! »

————

-    La joie, c’est une petite source d’eau claire qui chante sa douce musique au creux de ton cœur, qui rafraîchit tout ton être et te fait trouver bonne la vie.
-    La joie, c’est une petite fleur de rien du tout qui pousse soudainement au jardin de ton âme, qui parfume tout ton être et embellit toute ta vie.
-    La joie, c’est une petite lumière qui vient éclairer ta nuit, une étoile minuscule qui t’indique le chemin, qui te rassure, te console et te pacifie.
-    La joie, c’est un nuage qui te fait un clin d’œil dans le ciel, un oiseau qui passe en chantant, un enfant qui te sourit, un vieillard qui te regarde aimablement, c’est la vie toute simple qui t’apporte un supplément d’être.
-    La joie, c’est l’amour que tu donnes et que tu reçois, qui te réjouit le cœur et allume des lumières dans ta vie…

 

2. La joie de Dieu

S’il y a la joie des humains, il y a aussi celle de Dieu lui-même. Dieu, qui nous envoie son Fils pour nous sauver, n’est pas un Dieu triste et revanchard. Tout au contraire, il est un Dieu aimant et aimable et qui trouve sa joie précisément dans cet amour.

Racontez-nous la joie de Dieu.

-     La joie de Dieu, c’est de nous regarder vivre comme un père ou une mère regardent leurs enfants, avec beaucoup d’amour au cœur et dans les yeux.
-     La joie de Dieu, c’est de nous accompagner sur tous nos chemins, qu’ils soient heureux ou malheureux, bons ou mauvais, et de ne jamais nous abandonner.
-     La joie de Dieu, c’est de nous accueillir dans sa maison en tout temps et encore plus quand nous revenons de loin, de si loin parfois que nous l’avions presque oublié.
-     La joie de Dieu, c’est de s’approcher de nous, d’être avec nous, jusqu’à nous donner son Fils unique comme preuve de son amour de toujours et pour toujours.
-     La joie de Dieu, c’est ce petit enfant qui repose dans une crèche et qui dort paisiblement en notre cœur.


3. La joie chrétienne

La joie chrétienne repose principalement sur notre foi en notre Dieu qui nous aime et qui nous sauve à chaque instant. C’est une joie que même les plus grands malheurs ne peuvent assombrir. Regardons-la un peu.

Racontez-nous la joie chrétienne.

La joie chrétienne, c’est…

-     savoir que Dieu habite au plus profond de ton cœur et que tu peux lui parler où tu veux, quand tu veux, de ce que tu veux…
-     aider un plus malheureux que toi et de reconnaître en lui le Seigneur lui-même qui se cache dans ses frères et sœurs les plus humbles…
-     s’arrêter à l’église en revenant de tes courses de Noël pour dire à Jésus que tu l’aimes et pour l’écouter te dire qu’il t’aime aussi…
-     faire une prière à Jésus avec ton petit enfant quand tu bordes son lit le soir et lui raconter une histoire pour l’endormir…
-     regarder les enfants jouer dans la cour et de demander humblement au Seigneur de leur ressembler un peu…
-     découvrir Jésus en chaque personne, même la pire…

————–

La joie chrétienne, c’est…

-     quand tu te pâmes pour Dieu, que tu le trouves formidable, merveilleux, extraordinaire, unique, super…
-     quand tu fermes les yeux devant qui te fait du mal et que tu ouvres bien grands ton cœur et ta maison pour l’accueillir au nom de Jésus…
-     quand tu tournes ton cœur vers le Seigneur dans ta vie de pécheur, étant sûr que son cœur est bien plus grand que toutes tes bêtises…
-    quand tu te mets à danser et à chanter avec tes frères et sœurs dans la foi tellement tu es heureux que Jésus soit au rendez-vous de nos vies…
-   quand, même au milieu de grandes épreuves, tu sais que le Seigneur ne t’abandonnera jamais, qu’il sera toujours là pour t’écouter et te tendre la main comme un père aimant et une maman très douce…

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La joie chrétienne, c’est…

-     quand tu donnes ton pardon ou que tu en reçois un au nom de Jésus et qu’ils te lavent l’âme aussi nette qu’une grande ondée de printemps…
-     quand tu découvres, dans l’émerveillement, qu’au fond Dieu seul suffit pour que tu vives le vrai bonheur…
-     quand tu pleures, tellement le bonheur inonde ton cœur, parce que tu comprends de plus en plus de quel amour profond le Seigneur t’aime et t’aimera toujours…
-     quand le Seigneur place sur ton chemin un ange de paix et de lumière qui panse tes plaies et te relance sur le chemin de l’espérance…
-     quand tu découvres qu’en ce petit enfant, couché dans une crèche, il y a tout l’amour du monde, tout l’amour d’un Dieu…

Et vous : qu’écririez-vous de votre joie actuelle sur un quart de feuille rose ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je tressaille de joie dans le Seigneur » (Is 61, 1-2a.10-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.
Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

CANTIQUE

(Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54)
R/ Mon âme exulte en mon Dieu.   (Is 61, 10)

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour

DEUXIÈME LECTURE
« Que votre esprit, votre âme et votre corps soient gardés pour la venue du Seigneur » (1 Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

 

ÉVANGILE
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 6-8.19-28)
Alléluia. Alléluia.L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »
Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.
Patrick BRAUD

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20 avril 2016

Amoris laetitia : la joie de l’amour

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Amoris laetitia : la joie de l’amour

 

Homélie du 5° dimanche de Pâques / Année C
24/04/16

Cf. également :

Persévérer dans l’épreuve

Comme des manchots?

Dieu est un trou noir

 

Aimez-vous les uns les autres

« Aimez-vous les uns les autres » est devenu à juste titre le slogan-clé de la foi chrétienne. À tel point qu’on peut dire sans caricaturer que le christianisme est d’abord la religion de l’amour, alors que le judaïsme est la religion de l’éthique et l’islam de l’obéissance.

Cette caractérisation par l’amour mutuel s’enracine notamment dans notre passage de Jn 13, 31-35. Seul hic ! : on omet souvent la deuxième partie de la phrase : « aimez-vous les uns les autres… comme je vous ai aimé ». Si on ne rapporte pas l’amour aux paroles et aux actes du Christ, on risque de canoniser chacun notre propre conception de l’amour, oubliant ainsi la dimension de conversion nécessaire pour arriver à aimer vraiment.

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L’amour est une révélation

En écoutant Jésus supplicié pardonner à ses bourreaux et prier pour eux, on devine l’ampleur de l’amour des ennemis auxquels nous sommes appelés.

En voyant Jésus enfant rester au Temple de Jérusalem sans ses parents, ou Jésus adulte dire « femme » à sa mère, on se dit que l’amour envers nos parents n’est peut-être pas ce que l’on nous en dit.

À s’étonner de la familiarité de ce prophète avec les mal-aimés et les pécheurs publics de son époque, on pressent que l’amour de l’autre devrait chambouler les barrières sociales.

À suivre ce jeune homme célibataire dans sa liberté envers les femmes, dans son accueil inconditionnel des exclus, dans sa compassion envers les estropiés de la vie en tout genre, mais aussi dans son amitié avec des riches, des puissants et des savants, on a presque honte de brandir le drapeau de l’amour mutuel pour un petit cercle de quelques personnes seulement…

Décidément, ce que nous appelons aimer n’est pas si naturel que cela, mais relève davantage d’une révélation que d’une évidence.

Il y a quelques années, Benoît XVI avait longuement et profondément médité sur l’amour divin, à la source de tout amour (dans son encyclique « Deus est caritas »). Il avait rappelé la distinction entre l’amour-amitié (philia en grec), l’amour-passion (eros) et l’amour-charité (agapê) en qui tout culmine.

Il y a quelques semaines, le pape François vient de livrer sa propre méditation sur l’amour humain, suite au synode des évêques sur la famille qui a duré deux ans. En voici quelques extraits qui permettent de voir la continuité entre les deux papes, et l’approfondissement de cette phrase : « aimez-vous les uns les autres » en ce qui concerne le couple et la famille.

 

Amoris laetitia

Afficher l'image d'origine·     Bien sûr, le pape François réaffirme la famille comme premier lieu d’expérimentation de l’amour humain :

La force de la famille « réside essentiellement dans sa capacité d’aimer et d’enseigner à aimer. Aussi blessée soit-elle, une famille pourra toujours grandir en s’appuyant sur l’amour ». (n° 53)

 

·     C’est un amour concret, qui doit se traduire en actes, sinon ce n’est qu’un sentiment qui sonne creux, « un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit » comme l’écrit Paul dans son magnifique hymne à l’amour (agapê) en 1Co 13,1-8) :

Dans tout le texte, on voit que Paul veut insister sur le fait que l’amour n’est pas seulement un sentiment, mais qu’il doit se comprendre dans le sens du verbe ‘‘aimer’’ en hébreu : c’est ‘‘faire le bien’’. Comme disait saint Ignace de Loyola, « l’amour doit se mettre plus dans les œuvres que dans les paroles ». Il peut montrer ainsi toute sa fécondité, et il nous permet d’expérimenter le bonheur de donner, la noblesse et la grandeur de se donner pleinement, sans mesurer, gratuitement, pour le seul plaisir de donner et de servir. (n° 94)

 

·     L’amour commence par la politesse de tous les jours, cette amabilité toute simple qui facilite les rapports sociaux :

Aimer c’est aussi être aimable, et là, l’expression asxemonéi prend sens. Elle veut indiquer que l’amour n’œuvre pas avec rudesse, il n’agit pas de manière discourtoise, il n’est pas dur dans les relations. Ses manières, ses mots, ses gestes sont agréables et non pas rugueux ni rigides. Il déteste faire souffrir les autres. La courtoisie « est une école de délicatesse et de gratuité » qui exige « qu’on cultive son esprit et ses sens, qu’on apprenne à sentir, qu’on parle, qu’on se taise à certains moments ». Être aimable n’est pas un style que le chrétien peut choisir ou rejeter : cela fait partie des exigences indispensables de l’amour. (n° 99)

 

·     L’amour de soi est l’une des dimensions de l’amour évangélique :

Une certaine priorité de l’amour de soi-même peut se comprendre seulement comme une condition psychologique, en tant que celui qui est incapable de s’aimer soi-même rencontre des difficultés pour aimer les autres : « Celui qui est dur pour soi-même, pour qui serait-il bon ? […] Il n’y a pas homme plus cruel que celui qui se torture soi-même » (Si 14, 5-6). (n° 101)

C’est sans doute encore plus vrai dans le couple : chacun risque de faire payer à l’autre ce qu’il ne supporte pas chez lui-même, ou ce qu’il n’a pas apaisé dans son histoire personnelle. Ainsi ceux qui ne savent pas exprimer leurs sentiments deviendront durs avec leurs proches ; ceux qui n’ont pas résolu les conflits avec leurs parents les reporteront sur leurs conjoints ou leurs enfants ; ceux qui n’aiment pas leur corps le livreront difficilement à leur conjoint etc.

 

·     L’amour véritable ne cherche pas un bénéfice en retour de (même s’il sait l’accueillir comme un cadeau lorsqu’il vient). Il aime, pour rien, sans raison, sans chercher à être aimé en retour :

Thomas d’Aquin a expliqué « qu’il convient davantage à la charité d’aimer que d’être aimée » et que, de fait, « les mères, chez qui se rencontre le plus grand amour, cherchent plus à aimer qu’à être aimées ». C’est pourquoi l’amour peut aller au-delà de la justice et déborder gratuitement, « sans rien attendre en retour » (Lc 6, 35), jusqu’à atteindre l’amour plus grand qui est « donner sa vie » pour les autres (Jn 15, 13). (n° 102)

Le pape François aurait pu citer ici la prière de son saint patron d’Assise :

[…] O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. […]

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·     Le sommet de l’amour est sans doute de l’offrir à ceux qui vous veulent du mal, à ceux qui sont vos ennemis. Et là, le pape catholique n’hésite pas à citer longuement le pasteur protestant Martin Luther King :

Cela me rappelle ces paroles de Martin Luther King, quand il refaisait le choix de l’amour fraternel même au milieu des pires persécutions et humiliations : « Celui qui te hait le plus a quelque chose de bon en lui ; même la nation qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle ; même la race qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle. Et lorsque tu arrives au stade où tu peux regarder le visage de chaque homme et y voir ce que la religion appelle ‘‘l’image de Dieu’’, tu commences à l’aimer en dépit de [tout]. Peu importe ce qu’il fait, tu vois en lui l’image de Dieu. Il y a un aspect de la bonté dont tu ne peux jamais te défaire […]. Voici une autre façon d’aimer ton ennemi : lorsque tu as l’occasion d’infliger une défaite à ton ennemi, 90 c’est le moment de ne pas le faire […]. Lorsque tu élèves le niveau de l’amour, de sa grande beauté et de sa puissance, tu cherches à vaincre uniquement les mauvais systèmes. Les individus qui sont pris dans ce système, tu les aimes, mais tu cherches à vaincre le système […]. Haine contre haine ne fait qu’intensifier l’existence de la haine et du mal dans l’univers. Si je te frappe et tu me frappes et je te frappe en retour et tu me frappes encore et ainsi de suite, tu vois, cela se poursuit à l’infini. Évidemment, ça ne finit jamais. Quelque part, quelqu’un doit avoir un peu de bon sens, et c’est celui-là qui est fort. Le fort, c’est celui qui peut rompre l’engrenage de la haine, l’engrenage du mal […]. Quelqu’un doit être assez religieux et assez sage pour le rompre et injecter dans la structure même de l’univers cet élément fort et puissant qu’est l’amour ». (n° 118)

Martin Luther King

·     François n’a pas peur, au contraire, d’évoquer la dimension érotique de l’amour chrétien que Benoît XVI avait déjà fondé dans l’Éros de Dieu pour l’homme. Il y consacre trois numéros (150-152) où il décrit la valeur spirituelle de l’érotisme dans le couple, « langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable » :

Dieu lui-même a créé la sexualité qui est un don merveilleux fait à ses créatures. Lorsqu’on l’entretient et qu’on évite sa déviance, c’est pour empêcher que ne se produise l’« appauvrissement d’une valeur authentique »

Dans ce contexte, l’érotisme apparaît comme une manifestation spécifiquement humaine de la sexualité. On peut y trouver « la signification conjugale du corps et l’authentique dignité du don ». Dans ses catéchèses sur la théologie du corps humain, saint Jean-Paul II enseigne que la corporalité sexuée « est non seulement une source de fécondité et de procréation » mais qu’elle comprend « la capacité d’exprimer l’amour : cet amour dans lequel précisément l’homme-personne devient don ». L’érotisme le plus sain, même s’il est lié à une recherche du plaisir, suppose l’émerveillement, et pour cette raison il peut humaniser les pulsions.

Par conséquent, nous ne pouvons considérer en aucune façon la dimension érotique de l’amour comme un mal permis ou comme un poids à tolérer pour le bien de la famille, mais comme un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux. Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle conduit à être « une pleine et authentique affirmation de l’amour » qui nous montre de quelle merveille est capable le cœur humain, et ainsi pour un moment, « on sent que l’existence humaine a été un succès ». (nos 150-152)

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·     Terminons par le titre de ce texte du pape : la joie de l’amour (Amoris laetitia).

Belle affirmation, directement tirée de l’évangile de Jean là encore : « je vous ai dit cela pour ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie » (Jn 15,11).

 

Relisez l’ensemble de ce document pour mesurer à nouveau combien la joie et l’amour sont liés…

 

1ère lecture : « Ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Ac 14, 21b-27)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Paul et Barnabé, retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ; ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.

Psaume : Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab

R/ Mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
ou : Alléluia. (Ps 144, 1)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Ils annonceront aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.

2ème lecture : « Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21, 1-5a)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

Evangile : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 31-33a.34-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Patrick BRAUD

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21 octobre 2015

Les larmes du changement

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Les larmes du changement

 

Homélie du 30° dimanche du temps ordinaire /Année B
25/10/2015

Cf. également : Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils

L’eucharistie selon Melchisédek

 

Afficher l'image d'origineÀ l’heure où la coupe du monde de rugby se termine, rappelez-vous une image qui avait marqué la finale de 1995 : Nelson Mandela, en maillot springbok, brandissant la coupe avec l’équipe nationale d’Afrique du Sud… Superbe image d’un pays sur le chemin de la réconciliation, où un vieux leader noir passe son bras sur l’épaule d’un jeune homme blanc qui avait été son ennemi et 20 ans plus tôt.

Pour en arriver là, on oublie souvent qu’il aura fallu des décennies de conflits sanglants, d’émeutes, de heurts entre manifestants et policiers à cause de l’apartheid. Et il aura fallu 27 années de prison pour que Mandela l’agitateur extrémiste et violent devienne finalement le leader pacifiste, renversant l’apartheid sans chasser les blancs hors du pays, sans haine ni vengeance (cf. la revanche de Dieu). Le film Invictus a immortalisé ce parcours de Mandela, sur tant d’années de combat pour la liberté.

 

C’est ce genre de parcours que vise le psaume de ce dimanche : « celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie ». C’est à la fois un avertissement et une espérance qui nous concerne tous :

1. Ne confondez pas semer et moissonner,
2. Acceptez qu’il faille du temps entre les deux,
3. Ne vous détournez pas des larmes que le changement apporte si vous désirez que la joie coule à flots après.

 

1. Ne confondez pas semer et moissonner

Afficher l'image d'origineD’autres passages bibliques distinguent tellement les deux qu’ils précisent : « autre est le semeur, autre le moissonneur » Jn 4,37, ou bien « vous moissonnez ce que vous n’avez pas semé » Jn 4,38, « tu moissonnes où tu n’as point semé » Mt 25,24 ; « qui sème chichement moissonnera aussi chichement; qui sème largement moissonnera aussi largement » (2 Co 9,6) etc.

Ici, dans le psaume, c’est le même semeur qui se réjouit moissonneur, et cela nous arrive régulièrement. Les couples se retrouvent parents, et engrangent ensuite comme grands-parents le bonheur de la longue chaîne familiale qui se poursuit. Des créateurs d’entreprises ont la fierté de la voir franchir des seuils insoupçonnés (et pas seulement Google ou Apple !). Des militants associatifs qui avaient la sensation d’être bien seuls à crier dans le désert ont l’heureuse surprise de voir la majorité se rallier finalement à leurs idées (exemple : sur l’écologie, sur l’apartheid, sur le droit à la différence etc.). Quand ils vous racontent le chemin parcouru, tous vous disent que semer n’est pas moissonner.

Sachez donc discerner quel est votre moment présent :

- est-ce celui des semailles ? Auquel cas l’enfouissement, l’absence de résultats immédiats, le labeur nécessaire ne sont pas des signes d’échec mais des garanties d’un travail en profondeur.

- est-ce celui des moissons ? Auquel cas l’exubérance est de mise, la joie est abondante, la valorisation des réussites indispensable.

Mais ne confondez pas les deux : vous risqueriez de vous décourager alors que l’affaire prend bonne tournure, d’abandonner au moment où le succès est tout proche, de désespérer alors que la vendange dépassera toutes vos espérances.

 

2. Le temps n’épargne pas ce que l’on fait sans lui

Avec l’accélération de notre rythme de vie, l’impatience se généralise. Tel projet commercial doit être rentable dans les deux mois à venir. Tel projet humain est supposé transformer l’état d’esprit des collaborateurs en un trimestre maximum. Tel investissement financier doit apporter un retour sur investissement (à deux chiffres de préférence) en moins d’un an etc.

Le pape François désigne cette accélération de notre rapport au temps d’un terme espagnol : rapidacion :

Afficher l'image d'origine« L’accélération continuelle des changements  de l’humanité et de la planète s’associe aujourd’hui  à l’intensification des rythmes de vie et de travail,  dans  ce  que  certains  appellent  ‘‘rapidación’’.  Bien  que le changement fasse partie de la dynamique  des systèmes complexes, la rapidité que les actions  humaines lui imposent aujourd’hui contraste avec  la  lenteur  naturelle  de  l’évolution  biologique.  À  cela, s’ajoute le fait que les objectifs de ce changement rapide et constant ne sont pas nécessairement orientés vers le bien commun, ni vers le  développement  humain,  durable  et  intégral.  Le  changement est quelque chose de désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer  le monde et la qualité de vie d’une grande partie  de l’humanité. »
Laudato si n° 18

 

La dictature du format court (Tweet, SMS, mail, documents d’entreprises) s’étend hélas au format temporel de nos actions. Peu nombreux par exemple sont les responsables d’entreprises qui lisent un ou plusieurs livres dans l’année (par manque de temps, disent-ils). Or, faute de laisser le temps au temps, on surfe sur l’immédiat au lieu de répondre aux besoins réels des consommateurs et des clients ; on reste dans le superficiel au lieu de creuser les analyses globales; on brusque les mentalités en donnant de grands coups de barres managériales à droite puis à gauche au gré des obstacles ou des modes ; on laisse des entreprises exsangues après les avoir pillées pour des objectifs à court terme etc.

 

Le délai entre semailles et moissons, entre le plant de vigne et la première vendange, nous invite pourtant à refuser cette dictature du court terme, à inscrire nos actions sur un horizon plus long, à l’échelle d’une vie humaine, voire de plusieurs générations lorsqu’il s’agit de la planète.

 

3. Les larmes du changement

Reste le troisième couple au programme : larmes / joie.

La pensée occidentale a tellement voulu éradiquer la souffrance de la vie des hommes (cf. la médecine, le développement personnel, la psychanalyse, la société d’abondance etc.) qu’elle ne sait plus que faire des larmes du semeur. Car, sans les chercher en aucune manière, les larmes risquent fort d’apparaître sur le chemin de celui qui crée, innove, transforme, change les choses.

Elles peuvent venir de l’extérieur : une opposition farouche à l’initiative prise, des pouvoirs établis qui mettent des bâtons dans les roues, l’obstruction parentale à tout parcours différent, les coups bas des concurrents, ou – pire - des collègues…

Toutes les théories managériales du changement ont en outre identifié que les larmes viennent le plus souvent de l’intérieur, du combat personnel de celui qui vit une mutation (de son poste, son métier, sa manière d’être et de travailler avec les autres etc.).

Elisabeth Kübler-Ross par exemple a défini un modèle du changement en matière de deuil en 8 étapes. On l’appelle parfois « la vallée des larmes », ou « le processus de conversion ». Ce processus s’applique également dans tout changement, qu’il soit familial ou d’entreprise (il faut faire le deuil de la situation antérieure).

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Les larmes surgiront inévitablement au creux de ce processus de transformation, où le changement passe par une perte difficile à accepter. Mais c’est la condition sine qua non pour qu’un renouveau soit possible.

 

La Bible consonne ici avec cette sagesse : ne croyez pas que le changement s’opérera tout seul, automatiquement, sans qu’il y ait une perte à traverser, un prix à payer, des larmes à laisser couler.

 

Qui n’a jamais pleuré sur un être cher, ou à cause de lui, ne sait sans doute pas ce qu’aimer veut dire.

C’est Jésus pleurant sur Jérusalem ou sur Lazare, Pierre sanglotant d’avoir renié, Israël égrenant les 6 millions de noms de la Shoah… Fuir les larmes sous prétexte qu’il faudrait être heureux tout de suite et tout le temps serait tourner le dos à la joie promise.

Il y a même des moments où les contraires se rejoignent, où les antagonismes s’annulent, comme le griffonnait Blaise Pascal sur un bout de papier cousu dans la doublure de son manteau pour garder trace de son éblouissement intérieur : « Joie ! joie ! joie ! pleurs de joie ! »

 

« Celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie. »

Interrogeons-nous : dans quelle phase suis-je en ce moment ?

Comment trouver et habiter le temps nécessaire pour que le grain lève ?

Et si les larmes viennent parce que le changement est trop dur, pourquoi ne pas les accueillir comme torrents au désert ?

 

 

1ère lecture : « L’aveugle et le boiteux, je les fais revenir »(Jr 31, 7-9)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »     Voici que je les fais revenir du pays du nord, que je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée : c’est une grande assemblée qui revient.     Ils avancent dans les pleurs et les supplications, je les mène, je les conduis vers les cours d’eau par un droit chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné.

Psaume : Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie (Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : « Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité » (He 5, 1-6)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Tout grand prêtre est pris parmi les hommes ; il est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés.     Il est capable de compréhension envers ceux qui commettent des fautes par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ;     et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple.     On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on est appelé par Dieu, comme Aaron.

Il en est bien ainsi pour le Christ : il ne s’est pas donné à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils,moi, aujourd’hui, je t’ai engendré,     car il lui dit aussi dans un autre psaume : Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédekpour l’éternité.

Evangile : « Rabbouni, que je retrouve la vue » (Mc 10, 46b-52)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort,
il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.     Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »     Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! »     Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »     L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.     Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »     Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.
Patrick Braud

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20 mai 2015

Le scat de Pentecôte

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Le scat de Pentecôte 

 

cf. également

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie

Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons

Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?

La paix soit avec vous

Parler la langue de l’autre

 

Homélie pour la fête de Pentecôte 2015
24/05/2015

 

Connaissez-vous le scat ?

En jazz, c’est un phénomène bien connu : une chanteuse comme Ella Fitzgerald était capable de jubiler sur des onomatopées pendant des minutes entières avant de reprendre le fil de sa chanson. Le scat, vous en faites sans le savoir lorsque vous chantonnez, tout joyeux, en oubliant les paroles, devant un beau paysage ou sous la douche…

Eh bien, on a très fortement l’impression, en suivant le texte du livre des Actes, qu’à la Pentecôte les pèlerins de Jérusalem ont assisté étonnés au premier « scat liturgique » de l’Église envahie d’Esprit Saint. Pierre est même obligé de préciser :« ces gens ne sont pas ivres comme vous le supposez, car il n’est que 9h du matin ! » (Ac 2, 15). Certains en effet, en entendant l’Église chanter sa joie au-delà des paroles « se moquaient et disaient : ils sont pleins de vin doux » (Ac 2, 13).

 

Voilà un fruit majeur de la Pentecôte, un effet capital de l’Esprit Saint en nous : la joie déborde tellement que nous n’avons plus de mots pour la décrire !

Rappelez-vous : quand avez-vous été subjugués par la beauté, d’une musique, d’un paysage, d’un tableau ? quand avez-vous été bouleversés par l’intensité enivrante d’un regard, d’un silence ? Dans ces moments-là, les mots nous manquent, mais le souffle qui est en nous nous fait jubiler au-delà des paroles. Et nous improvisons comme Ella Fitzgerald un scat débordant de joie ! Ella, elle avait ce don de communiquer la joie en se laissant envahir par elle : son chant était une petite Pentecôte ! Vraiment inspirée par un Esprit magnifique…

Ce don de l’Esprit n’a jamais manqué à l’Église.

Pensez aux longues vocalises des moines et moniales bénédictins tenant des portées entières sur un « o » de Dominus ou un « a » de alléluia, jusqu’à être comblés et épuisés de bonheur à moduler cette voyelle dans le chant grégorien, le temps suspendu….

Pensez aux groupes charismatiques (les pentecôtistes, bien nommés !) qui ont redécouvert ce qu’ils appellent le chant en langues (la glossolalie) : il arrive dans la prière qu’un groupe chante sans partition ni paroles, comme s’il y avait un chef d’orchestre invisible, et cela donne une mélopée puissante harmonieuse et belle…

Relisez saint Augustin qui était déjà témoin au 4ème siècle de ce « scat spirituel » sous l’effet de l’Esprit de Pentecôte. Il est lui aussi partisan de cet excès, de cette densité de joie si forte qu’elle appelle le chant :

« Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien (nous dit le psaume). Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. […] Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son cœur. En effet ceux qui chantent, soit en faisant la moisson, soit en faisant les vendanges, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés par une telle joie qu’ils ne peuvent la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation. […]

Que ton cœur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien avec des cris de joie. » (Homélie sur le psaume 32)

Cette joie-là ne vient pas de nous, de nos seules forces : elle nous est donnée, elle vient de Dieu, elle est Dieu-en-nous : l’Esprit qui nous rend présent à nous-même, présent au monde…

Le scat de Pentecôte dans Communauté spirituelleBref, être habité par l’Esprit Saint, c’est se laisser remplir par une joie que rien ne pourra nous ravir. Non pas une joie naïve, bêtasse, qui serait ignorante du combat spirituel à mener. « Mon cœur s’est ouvert depuis ce jour alors que je le croyais mort » témoignait une adulte lors de sa confirmation. C’est donc que l’Esprit vient apporter la joie en traversant les forces de mort auxquelles nous sommes confrontés : pas en niant le mal, mais en gagnant sur lui grâce au pardon, grâce à la Résurrection du Christ travaillant en nous…

Au cœur des difficultés économiques actuelles, le monde attend des témoins de cet Esprit-là : des acteurs compétents, responsables, qui surtout relèvent les défis sans amertume ni violence, sans résignation ni fatalisme. Des acteurs sociaux habités, imprégnés, transpirant d’une joie profonde qui vient de l’espérance en la Résurrection.

Dans les débats de société sur l’Europe et les élections à venir, on espère des témoins comme à la Pentecôte remplis d’un Esprit d’enthousiasme communicatif. Souvenez-vous : l’hymne à la joie de Beethoven est quand même notre hymne européen officiel !

C’est l’enjeu de notre confirmation : être « confirmés », c’est être rendus fermes dans la confiance en Dieu, source intarissable de notre joie.

C’est l’enjeu de la communion au Corps du Christ : être « enivrés » de l’Esprit du Christ jusqu’à avoir au cœur un sentiment de plénitude et de suffocation qu’aucune épreuve ne pourra nous enlever. La sobre ivresse de l’Esprit est le fruit de cette communion eucharistique.

 

Il y a bien d’autres effets de l’Esprit de la Pentecôte : parler la langue de l’autre, proclamer les merveilles de Dieu (Ac 2, 11), devenir chacun et chacune prophète (Ac 2, 17-18) mais je voulais aujourd’hui insister sur la joie, fruit de l’Esprit de Pentecôte, car de cette joie-là notre société a faim et soif plus que jamais.

Alors, laissez l’Esprit de votre baptême improviser en vous un scat jubilatoire qui vous maintiendra en communion avec Dieu, pour l’étonnement et le plaisir de ceux qui vous entourent…

 

 

Messe du jour de Pentecôte

1ère lecture : « Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Psaume : 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! 
(cf. 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

2ème lecture : « Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

Séquence de Pentecôte

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le cœur de tous les fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu,
donne le salut final,
donne la joie éternelle. Amen.

Evangile : « L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint !
Emplis le cœur de tes fidèles !
Allume en eux le feu de ton amour !
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.  J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick BRAUD

 

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