L'homélie du dimanche (prochain)

8 mars 2026

Guérir de la violence sacrificielle

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Guérir de la violence sacrificielle 

 

Homélie pour le 4° Dimanche de Carême / Année A
15/03/26

Cf. également :

Les faits sont têtus !
Rousseur et cécité : la divine embauche !
Témoin, à la barre !
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?
La barre de fraction de la foi
Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge
La violence a besoin du mensonge

 

le dimanche de l aveugle-néL’Évangile que nous venons d’entendre (Jn 9,1-41) commence par une question apparemment religieuse, presque pieuse : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »

Cette question, nous la comprenons bien. Elle nous habite encore aujourd’hui.

Face à la souffrance, face au malheur innocent, nous cherchons spontanément une cause, et très souvent… un coupable.

Quelqu’un a bien dû faire quelque chose ! Quelqu’un doit bien être responsable !

C’est humain. Mais c’est précisément ce mécanisme que Jésus va démonter, pièce par pièce, tout au long de ce récit. Voyons comment.

 

« Qui a péché ? » : le mécanisme victimaire

La question des disciples est typiquement victimaire : face au malheur innocent, la communauté cherche qui accuser pour rétablir l’ordre symbolique.

L’aveugle-né est différent, marginal, silencieux au départ.  Il est là. Il n’a encore rien dit. Il ne réclame rien. Mais déjà, on parle sur lui, à propos de lui, contre lui. Il est différent. Il est fragile. Il est marginal. Autrement dit : il est le candidat idéal pour porter la faute. Il a le profil-type du coupable qui doit devenir victime. La faute est même déplacée sur ses parents : le groupe élargit le cercle de la culpabilité pour être sûr d’englober la racine du mal.

 

Le bouc émissaire René GirardRené Girard a montré [1] que les sociétés humaines, lorsqu’elles sont confrontées à une crise ‑ maladie, désordre, peur -, cherchent instinctivement à canaliser leur angoisse en la concentrant sur une personne pour en faire un bouc émissaire.

Et voici que Jésus refuse d’entrer dans ce jeu : « Ni lui ni ses parents n’ont péché ».

Cette parole est révolutionnaire. Elle ne donne pas d’explication. Elle retire simplement la victime du banc des accusés. Jésus empêche que la souffrance de cet homme devienne le prétexte à une condamnation collective. Il court-circuite ainsi le mécanisme sacrificiel, en refusant d’accuser quiconque, en empêchant la constitution d’un coupable.

 

Le péché premier n’est pas la cécité, mais le besoin de désigner un responsable.

Jésus ne répond pas à la violence par une autre violence : il désigne la victime comme innocente.

Nos sociétés cherchent toujours des responsables (malades, pauvres, migrants, “déviants” etc.). L’Évangile révèle ce mécanisme meurtrier au lieu de le sacraliser. Il dévoile la racine religieuse de la violence, afin de la subvertir.

 

 « Ainsi donc ils étaient divisés » : quand le réel menace l’ordre collectif 

On pourrait penser que la guérison va tout arranger. Mais c’est exactement l’inverse qui se produit. L’homme voit désormais clair, et c’est la communauté qui est aveuglée. Il est rétabli dans son intégrité, et c’est le collectif qui entre en confusion.

Pharisiens divisésPourquoi ? Parce que tant qu’il était aveugle, tout allait bien. Tant que l’aveugle était aveugle, le système fonctionnait. Il avait sa place : celle de l’exclu toléré, du marginal utile à l’équilibre du système.

La guérison ne produit pas l’unanimité. Elle fracture la communauté : les pharisiens se divisent, les interrogatoires se multiplient, la tension monte. La guérison n’apaise pas le groupe, elle provoque une crise. Elle dérange l’ordre établi. Elle détruit l’équilibre qui était fondé sur l’exclusion. Elle oblige à se poser des questions dangereuses :

– Et si nous nous étions trompés ?
– Et s’il n’était pas coupable ?
– Et si notre regard était faux dès le début ?

 

Voilà une indication précieuse pour nous : une vraie guérison ne conforte pas l’ordre injuste, au contraire, elle le conteste en le dévoilant. La vérité n’apaise pas toujours immédiatement. Elle commence par défaire des équilibres injustes.

Le Christ ne restaure pas la paix par le sacrifice, mais par la vérité.

Ne nous étonnons pas, même si les conséquences sont douloureuses : toute libération authentique dérange les systèmes établis. L’Église doit choisir entre paix factice et vérité évangélique.

 

« Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance » : quand le groupe fabrique un coupable

Alors le système se défend.

Guérir de la violence sacrificielle dans Communauté spirituelle omar_la_construction_dun_coupable-646524-264-432On interroge l’homme. On soupçonne ses parents. On cherche à reconstruire un récit où Jésus serait pécheur, et où l’homme guéri serait menteur ou ingrat.

Pourquoi tant d’insistance ?

Parce que le groupe ne supporte pas que la victime soit innocente. Car si elle est innocente, alors le système est injuste.

Lorsque l’unanimité se fissure, la violence cherche à rétablir la cohésion en s’unissant contre un ennemi, contre un coupable. Dans les sociétés traditionnelles, cela allait jusqu’aux sacrifices humains, dans des orgies d’éviscération et de décapitation au sommet des pyramides aztèques, incas ou mayas, ou sur les bûchers des sorcières en Europe… Les albinos sont accusés d’apporter le malheur dans les sociétés africaines, et on accusait les juifs d’être la cause de la Grande Peste d’Occident (XIV° siècle) !
Le groupe tente de déplacer la culpabilité du système vers l’individu, du collectif vers la victime.

Ici on ne tue pas, mais on disqualifie, on intimide, on fait taire. Les parents ont peur. Ils se taisent. Ils choisissent la sécurité plutôt que la vérité.

Et l’homme, lui, devient de plus en plus libre.

 

Aujourd’hui encore, quand le témoignage menace l’ordre établi, les puissants ou la foule cherchent à disqualifier le témoin.

Méfiez-vous si on vous présente une vérité qui ne serait pas subversive !

Ce mécanisme est toujours actif : les lanceurs d’alerte sont menacés, les prophètes sont bâillonnés, les témoins sont pointés du doigt comme des gêneurs qui dérangent.

 

« Ils le jetèrent dehors » : l’exclusion-sacrifice

C’est le point culminant du mécanisme victimaire. Ne pouvant plus le faire taire, ne pouvant plus l’incriminer, on exclut l’aveugle guéri : « Ils le jetèrent dehors ». Cette exclusion signifie pour l’exclu un bannissement, une perte dramatique de tout statut social, une rupture de tout lien vital.

000012049_600x400_c aveugle dans Communauté spirituelleCe geste remplace ici le sacrifice ancien. Autrefois, on immolait une victime pour rétablir la paix. Ou bien on chassait le bouc émissaire pour qu’il périsse au désert.
Ici, on l’expulse. Le mécanisme est le même : rétablir l’ordre en supprimant celui qui dérange. La violence est symbolique, mais réelle. Le groupe retrouve momentanément sa cohésion contre un seul.

 

Et c’est là que l’Évangile révèle quelque chose de radicalement nouveau : l’exclusion est une violence religieuse, une insulte au Dieu de Jésus-Christ, qui se tient toujours du côté de l’exclu.

Qui sont aujourd’hui ceux que l’on « jette dehors » ?

Où se tiennent les chrétiens par rapport à eux ?

Sommes-nous prêts à être nous aussi « jetés dehors », comme le Christ assimilé aux maudits de son temps sur le gibet de la croix, hors la ville ?

 

 « Jésus vint le trouver » : la révélation anti-sacrificielle

Jésus apprend qu’on a jeté l’homme dehors. Et il ne se félicite pas du miracle accompli.
La compassion de Jésus envers l'excluIl ne cherche pas à se justifier. Il va le retrouver.

Dans les mythes anciens, les dieux sont du côté de la foule.

Dans l’Évangile, Dieu est du côté de l’exclu.

Jésus ne protège pas l’institution. Il ne bénit pas l’unanimité violente.

Il se tient avec celui qui a tout perdu. Et c’est seulement là, dans cette relation dépouillée, que la révélation ultime peut avoir lieu : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »

La foi naît hors du système, hors de la violence collective, hors du besoin de victimes.

Jésus révèle son identité : « le Fils de l’homme », à la victime de la violence du groupe.

La vérité ne se trouve donc pas dans l’unanimité, mais dans la relation avec la victime.

 

La foi chrétienne est un déplacement radical : de la foule vers l’exclu, de la violence vers la compassion, de l’aveuglement collectif à la révélation en personne. Le lieu théologique n’est pas le centre, mais la périphérie. « Dieu habite les marges », comme aimait le répéter le pape François…

 

 « Votre péché demeure » : la vraie cécité

Jésus conclut par une parole terrible : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché.
Mais puisque vous dites : “Nous voyons”, votre péché demeure »
.

justice-aveugle GirardLes pharisiens « voient » la Loi, mais ne voient pas l’innocence de la victime. C’est la violence qui est aveugle !

La vraie cécité n’est pas de ne pas voir clair avec ses yeux. La vraie cécité, c’est de justifier la violence, de croire que l’exclusion est normale, de penser que quelqu’un doit bien payer pour que l’ordre tienne.

Le plus grand aveuglement est de croire la violence justifiée.

Le péché n’est pas l’ignorance, mais la participation (consciente ou inconsciente) à un système violent.

La révélation chrétienne n’accuse pas, elle dévoile les mécanismes injustes qui conduisent à l’exclusion.

Être chrétien, c’est apprendre à reconnaître nos violences collectives, à les dénoncer, à les renverser par la compassion et la relation d’amour.

Dans cet Évangile, Jésus ne guérit pas seulement un homme. Il tente de guérir une communauté de son besoin de victimes.

 

La vraie guérison : sortir de la logique sacrificielle

Sacrifice humain aztèqueLa guérison ultime n’est pas celle des yeux, mais de la violence mimétique où chacun imite son voisin pour jeter la pierre, hurler à la crucifixion, déclarer coupable, ou exclure un coupable idéal, afin – croit-on – de conjurer le malheur innocent…

En guérissant cet aveugle, Jésus nous fait passer de la foule au visage, du soupçon à la relation, de l’accusation à la compassion, de la Loi violente à la Loi de l’amour. Il guérit le regard qui cherchait un coupable.

Le sacrifice n’est pas le moyen de retrouver la paix. Lutter contre le malheur innocent ne peut se faire aux dépens de victimes désignées comme telles par les tenants de l’ordre établi.

 

La question décisive n’est donc pas : « Qui a péché ? »

Mais : Qui sommes-nous tentés d’exclure pour nous rassurer ?

Et surtout : Où allons-nous nous tenir par rapport aux victimes de ce siècle ?

Avec la foule qui accuse, ou avec l’homme que Jésus rejoint après l’exclusion ?

Car le Christ se laisse toujours reconnaître non pas là où la violence est justifiée, mais là où une victime est relevée, regardée, rétablie dans son innocence et réintégrée dans la communion.

Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé ne serait pas purement fortuite, et ne pourrait être le fruit d’une pure coïncidence…

__________________________________________________ 

[1]. Cf. René Girard, Le bouc émissaire, Grasset, 1982.

 

LECTURES DE LA MESSE


1ère lecture : Dieu choisit David comme roi de son peuple (1S 16, 1b.6-7.10-13a)


Lecture du premier livre de Samuel
Le Seigneur dit à Samuel : « J’ai rejeté Saül. Il ne règnera plus sur Isaraël. Je t’envoie chez Jessé de Bethléem, car j’ai découvert un roi parmi ses fils. Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! »
En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit : « Sûrement, c’est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l’onction ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. N’as-tu pas d’autres garçons ? »
Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. »
Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. »
Jessé l’envoya chercher : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.
Le Seigneur dit alors : « C’est lui ! donne-lui l’onction. »
Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.


Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

 

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l’honneur de son nom. 

 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

 

Grâce et bonheur m’accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

 

2ème lecture : Vivre dans la lumière (Ep 5, 8-14)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtres aux Éphésiens
Frères,
autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière ? or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité ? et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.
Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte d’en parler.
Mais quand ces choses-là sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière. C’est pourquoi l’on chante :
Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

 

Évangile : L’aveugle-né (Jn 9, 1-41 [Lecture brève : 9, 1.6-9.13-17.34-38])
Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Jn 8, 12)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui. Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer ? car il était mendiant ? dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. » Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.

Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? » Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. » Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. » Patrick Braud

Patrick BRAUD

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1 mars 2026

Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus

 

Homélie pour le 3° Dimanche de Carême / Année A
08/03/26

Cf. également :

Le rocher frappé
Augustin commente la Samaritaine
Le chien retourne toujours à son vomi
Leurre de la cruche…
Les trois soifs dont Dieu a soif
Passons aux Samaritains !
La soumission consentie

 

Comment dire à quelqu’un « ses quatre vérités » ?

Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus dans Communauté spirituelleSi on ne l’aime pas, on aura tendance à l’écraser sous le poids d’accusations morales et de jugements définitifs.

Si on l’aime, on aura peur de casser la relation et du coup on risque de se taire.

La question n’est pas seulement : comment ? Mais également : quand ? Si je dis la vérité trop tôt, elle n’est pas comprise. Trop tard, elle est inefficace pour empêcher le mal.

Et puis, je peux encore m’interroger : pourquoi veux-je dire la vérité ? Quelle force intérieure me pousse à parler ? La colère, la soif de vengeance, l’amertume, le désir de justice, mon envie d’avoir raison, de me justifier… ?

Ajoutons à cette série d’interrogations celle sur le prix à payer : qu’est-ce que je risque à dire cela ? Être mal compris ? Rompre une paix apparente ? Suis-je prêt à accepter les conséquences de cette opération-vérité ?

 

Dans notre évangile – dit de la Samaritaine (Jn 4,4–42) – Jésus révèle la vérité de la vie amoureuse de cette femme, de la vie religieuse des samaritains, de son identité messianique ;  le tout grâce à un dialogue empli de patience, de respect, de discernement, d’espérance. 

Ce dialogue peut devenir pour nous l’archétype du cheminement spirituel pour accompagner quelqu’un vers davantage de vérité (car la vérité est un horizon inatteignable !).

 

Essayons une lecture continue de cet échange auprès du puits de Sykar, avec comme fil d’Ariane notre responsabilité de dire à l’autre la vérité que nous lui devons (et devons à nous-même).

 

1. Prends conscience de ta propre vulnérabilité, et accepte-la avant de parler

 Jésus dans Communauté spirituelle« Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi » (Jn 4,6). 

Avant toute parole, Jésus reconnaît sa fatigue, son humanité limitée. Il est exténué : après une longue marche sous la chaleur de Samarie, en plein cagnard de midi, Jésus ressent le besoin de se reposer et de boire pour refaire ses forces. Il ne va alors pas aborder cette femme en surplomb, à partir d’un statut social ou physique supérieur.

 

Avant de reprocher, commence par prendre conscience de tes limites. 

Accepte de ne pas être le puissant qui en remontre aux faibles. 

Accepte de ne pas parler en surplomb, mais avec humilité. 

Car toi aussi tu es un être humain avec ses limites.

 

2. Crée d’abord un espace de confiance, où tu reçois avant de donner

« Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : “Donne-moi à boire” » (Jn 4,7).

Jésus reconnaît qu’il est habité par un manque-à-être – ici la soif – qui le rend dépendant d’autrui. Il commence par établir une relation où il va humblement recevoir avant de donner. Dès la première parole, la femme voit qu’il a confiance en elle, puisqu’il reconnaît devant elle son dénuement et lui demande de l’aide. Jésus ne se présente pas en maître (il l’est pourtant) mais en homme qui a soif. Il se reconnaît dépendant. En transgressant les interdits (homme/femme ; juifs/samaritains), il exprime à cette femme son attente confiante.

Voit-on jamais un juge qui commence par demander secours à celle qu’il va condamner ? Autrement dit : la vérité évangélique est relationnelle. Elle se dira au creux d’une relation mutuelle, où chacun pourra reconnaître avoir besoin de l’autre. Elle n’est pas d’abord une liste de chefs d’accusation, mais un lien de parole confiante où chacun accepte de recevoir et de demander : « Donne-moi à boire ».

 

Tu ne peux dire une vérité difficile qu’à partir d’une humanité partagée, non d’une supériorité morale.
La vérité évangélique vient après la relation, pas avant.

 

3. Éveille le désir de l’autre

 samaritaine« Jésus lui répondit : “Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive.” » (Jn 4,10)

Jésus ne parle pas encore de la vie de cette femme. Il parle de don, d’eau vive, d’un désir plus profond que la soif immédiate et matérielle. C’est un appel d’air, l’expression d’un manque plus vaste.
Jeu du taquinC’est toute l’importance de ménager une case vide dans le jeu du taquin : impossible de faire bouger les lettres s’il n’y a pas une case où la lettre manque. Grâce à ce manque, grâce à ce vide, les autres cases peuvent être déplacées, et peu à peu apparaît un mot illisible auparavant. C’est ce manque fondamental qui crée le jeu, qui ‘donne du mou’, diraient les marins qui ont l’habitude d’amarrer les bateaux en fonction du marnage. 

C’est seulement sur fond du désir de l’eau vive que la femme acceptera de faire la vérité sur sa vie amoureuse, sur le mont Garizim, sur Jésus.

 

Commence par éveiller le désir de l’autre.
« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose…
Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer » (Antoine de Saint-Exupéry)

 

4. Appelle l’autre à dire vrai, au lieu de lui dire sa vérité

« Jésus lui dit : “Va, appelle ton mari, et reviens.” » (Jn 4,16)

Celui qui fait la vérité vient à la lumièreJésus sait bien que la prise de conscience est plus forte si elle vient de moi au lieu d’être imposée de l’extérieur. Ainsi il appelle cette femme à confesser par elle-même ou elle en est de ses amours. Il aurait pu lui asséner méchamment : « Tu es une traînée qui collectionne les aventures ». Non : parce qu’il a établi avec elle une relation de confiance ouverte sur un désir plus grand, il lui demande de faire elle-même le point : ‘Que dis-tu de toi-même ?’ Et la femme se prête au jeu (taquin !) : « Je n’ai pas de mari ». C’est d’elle-même qu’elle va avouer, car elle sait bien que tout autre mensonge figerait sa course naissante vers l’eau vive maintenant désirée plus ardemment que son ancienne vie. Jésus invite la Samaritaine à se situer elle-même, à s’auto-évaluer.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3,21) : Jésus est convaincu que la vérité « se fait » par l’intéressé lui-même, au cours d’un cheminement où un accompagnateur peut être précieux s’il ne se substitue pas à celui qui doit faire la vérité sur lui-même.

 

Appelle l’autre à faire la vérité par lui-même plutôt que de la lui imposer.

 

5. Dis la vérité sans jugement, mais sans mensonge

« La femme répliqua : “Je n’ai pas de mari.” Jésus reprit : “Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai.” » (Jn 4,17–18)

163769152-broken-gold-wedding-rings-as-divorce-symbol-isolated-on-white-background-3d-render véritéJésus entérine l’aveu de la Samaritaine. Il confirme ce qui est vrai. Il nomme les faits, sans  les atténuer ni les diminuer. Il n’en minimise pas la portée (‘ce n’est pas grave’) ; il ne pratique pas la culture de l’excuse (‘ce n’est pas de ta faute’). Par contre, il ne lui dit pas non plus : « tu es une adultère », mais : « c’est bien là ton histoire ». Il ne réduit pas cette femme à ses actes, il ne l’identifie pas à son passé, il ne la marque pas au fer rouge en la réduisant à son immoralité d’avant. Puisqu’elle a reconnu ne pas avoir de mari, la Samaritaine est prête à entendre Jésus confirmer la réalité et la gravité de ses désordre amoureux, car elle sait qu’il ne va pas en rester là : l’eau vive n’est pas loin qui chante déjà à ses oreilles, et cet homme semble pouvoir l’y conduire…

Dire la vérité, c’est donc ouvrir un avenir, nommer le réel sans enfermer quiconque dans le passé, sans réduire l’autre à ses actes. C’est qualifier honnêtement les faits, en refusant d’essentialiser leur auteur. C’est pourquoi un pédagogue préférera dire à un enfant : « tu as volé », plutôt que : « tu es un voleur ».

 

Aie le courage de dire la vérité, sans juger ni mentir.

 

6. L’effet paradoxal : la vérité selon Jésus révèle, elle ne détruit pas

« La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète !… » (Jn 4,19)

Voilà un critère précieux pour discerner si notre intervention est fidèle à l’Esprit de Jésus : la vérité est meurtrière si elle est dite sans amour ; elle est évangélique si elle ouvre à une vision nouvelle. La femme ne se ferme pas au constat énoncé par Jésus ; elle ne se défend pas pour le récuser. Elle s’élève dans le niveau de la conversation, et commença regarder vers Jésus comme elle n’avait jamais regardé vers aucun homme auparavant : « tu es un prophète ». C’est-à-dire : tu me révèles qui je suis, ta parole est divine au sens où elle me permet d’être enfin moi-même, en arrêtant de courir après les leurres de mes passions, car maintenant j’espère le véritable amour. Cette femme ne se laisse pas souiller par le mal qu’elle a commis : il est désormais derrière elle. Elle laisse le scalpel de la parole du Christ la détacher de ce qui proliférait en elle et l’alourdissait.

 

Si ta vérité écrase, elle n’est pas évangélique. 

Vérifie que ta parole ouvre l’autre à une prise de conscience plus grande.

 

7. La vérité est un feu de brousse

« Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » (Jn 4,20)

018032013064257000000eubrousenagaolokAprès le domaine de ses amours, la Samaritaine en vient à désirer faire la vérité dans le domaine religieux : qui a raison, les juifs ou les samaritains ? Garizim ou Jérusalem ?

Jésus là encore ne se dérobe pas. Il constate – sans doute avec joie – que l’opération-vérité commencée en elle est contagieuse, et s’étend désormais aux sujets les plus importants pour elle. Il accueille ce feu de brousse qui s’étend comme le signe d’une transformation intérieure profonde. C’est à cette intériorité qu’il renvoie la femme : « ne cherche pas à l’extérieur, montagne ou une autre ; l’adoration véritable est en Esprit et en vérité, à l’intérieur de toi… »

 

Entretiens en l’autre le feu de la vérité allumé, afin qu’il se propage à toute la brousse de son existence.

 

8. La vérité ultime révèle qui est le Christ

« La femme lui dit : “Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses.” Jésus lui dit : “Je le suis, moi qui te parle.” » (Jn 4,25-26)

Finalement, la vérité la plus profonde n’est pas celle sur la femme, mais celle sur l’identité de Jésus. La vérité sur soi pourra être portée et supportée parce qu’elle est enveloppée dans une révélation bien plus grande sur Jésus. En révélant être le Christ, le Messie, Jésus ne laisse pas cette femme seule avec son passé : il lui offre sa présence, il va la conduire à la source d’eau vive.

 

Que ta parole de vérité aille jusqu’à l’annonce explicite de Jésus comme Messie.

 

9. La vérité devient mission

« La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ?” » (Jn 4,28-29)

250px-Herode-le-grand-provincesLa Samaritaine devient auprès des habitants de son village une témoin du Christ, une passeuse de parole, une missionnaire qui invite à son tour à faire la rencontre de Jésus : « venez voir ! ». Elle laisse sa cruche, symbole de son ancien désir maintenant sans objet. Elle atteste que la vérité l’a rendue libre de désirer autre chose, maintenant libérée de son passé. « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». Elle invite les autres à faire eux  aussi leur propre parcours de vérité, à leur manière, et les appelle à se prononcer : « ne serait-il pas le Christ ? »

Le signe ultime de la justesse d’une parole de vérité est qu’elle rend l’autre acteur et non soumis, missionnaire et non cloîtré.

 

Vérifie que ta parole de vérité rend l’autre témoin et acteur.

 

Synthèse :

À la manière de Jésus, dire une vérité difficile suppose de :

  • partir d’une vulnérabilité partagée
  • créer une relation avant de nommer le réel
  • éveiller le désir avant de révéler la faille
  • appeler l’autre à faire la vérité par lui-même plutôt que de la lui imposer
  • nommer les faits sans figer l’identité
  • étendre et propager la quête de vérité
  • envelopper toute vérité sur l’autre d’une révélation plus grande
  • vérifier que la parole rend l’autre libre et fécond.

Qu’à cela l’Esprit du Christ nous aide !

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)

 

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

 

PSAUME

(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

 

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

 

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

 

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

 

DEUXIÈME LECTURE

« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

 

ÉVANGILE

« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)
Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Tu es vraiment le Sauveur du monde, Seigneur ! Donne-moi de l’eau vive : que je n’aie plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD

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18 février 2026

Deux arbres, trois tentations

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 00 min

Deux arbres, trois tentations

 

Homélie pour le 1° dimanche du Carême / Année A
22/02/26

Cf. également : 

Trois histoires pour avoir faim d’autre chose
Carême : le détox spirituel
Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge
Poussés par l’Esprit
Un méridien décide de la vérité ?
L’île de la tentation
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…

 

1. Le jardin et le désert

Deux arbres, trois tentations dans Communauté spirituelle 2-the_garden_of_earthly_delights_by_bosch_high_resolution-3 Adam dans Communauté spirituelleLa liturgie de ce premier dimanche de carême nous donne à lire deux textes comme en miroir l’un de l’autre : la tentation d’Adam et Ève (Gn 2,7-9;3,1–7) et les tentations de Jésus (Mt 4,1–11).

La première tentation se situe dans le jardin mythique de la Genèse du monde. Les secondes se déroulent au désert, sans doute près de la Mer Morte. Comme s’il fallait une cure de détox après l’indigestion du paradis perdu…

La tradition chrétienne a très tôt lu ces deux récits ensemble : ce que l’homme perd dans le jardin, le Christ le reconquiert dans le désert.

Notre deuxième lecture (Rm 5,12–19) établit d’ailleurs le parallèle antithétique entre Adam et Jésus.

 

Le jardin imaginaire du début est un domaine d’abondance ; le désert de Jésus est le lieu du manque.
En Adam et Ève se défait humanité naissante ; en Jésus se manifeste l’humanité récapitulée.
La séduction douce du serpent se mue en défi frontal. La désobéissance des enfants est rachetée dans l’obéissance du Fils.

 

Ce rapprochement entre les deux récits peut s’établir à partir des trois qualités que le fruit (il n’est pas une pomme !) revêt aux yeux d’Ève : « La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence » (Gn 3,6).

Les trois traits correspondent précisément aux trois tentations de Jésus. Voyons comment.

 

2. Le fruit et le fils

Reprenons chacune des qualités apparentes du fruit défendu :

 

– savoureux

 désertAujourd’hui encore, ce qui est interdit brille de mille feux dans le regard de celui qui convoite et veut s’approprier ce qu’il y a de mieux. La cocaïne a beau être illicite, le protoxyde d’azote a beau être nocif, les drogués ne résistent pas à consommer ce qu’on leur a interdit ! La convoitise force Adam et Ève à prendre au lieu de recevoir, à cueillir ce fruit au lieu de recueillir les fruits donnés, à s’approprier au lieu de s’abandonner. Se nourrir devient alors vouloir être autonome, absolument, c’est-à-dire en se coupant de toute relation avec le donateur.


Satan propose le même marché à Jésus : prendre au lieu de recevoir. 
« Le tentateur s’approcha et lui dit : “Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.” » (Mt 4,3). Or Jésus reçoit sa nourriture de son Père : il refuse de se la donner à lui-même. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de parole sort de la bouche de Dieu ».

 

agréable à regarder

Pulsion ScopiqueLe fruit est beau, il séduit le regard, il éveille un désir de possession. Mettre la main sur ce  fruit fait flamber le désir de possession, pour s’emparer de tout. Lacan parlait de la « pulsion scopique » par laquelle l’œil nous plonge dans le désir de posséder et de détruire en consommant.


Satan propose Jésus de céder lui aussi à ce désir : 
« Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : “Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi.” » (Mt 4,8-9). Mais, là où Adam et Ève veulent tenir le monde dans leurs mains, Jésus désire servir : « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et lui seul ». Il accepte de ne pas être la source : « Ce n’est pas de ma propre initiative que j’ai parlé : le Père lui-même, qui m’a envoyé, m’a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer ; et je sais que son commandement est vie éternelle. Donc, ce que je déclare, je le déclare comme le Père me l’a dit » (Jn 12,49-50).

 

– désirable, pour acquérir la connaissance du bien et du mal

250px-Jacob_Meydenbach02 fruitC’est finalement la tentation ultime : se donner à soi-même sa propre norme (auto-nomie), définir le bien et le mal par soi-même sans relation avec quiconque. Adam et Ève veulent une autonomie absolue, coupée de sa source, coupée de la responsabilité vis-à-vis d’autrui. Définir tout seul ce qui est bien, ce qui est mal, conduit à tous les relativismes dont nous sommes témoins en ce siècle. Que ce soit pour l’IVG ou l’euthanasie, l’Europe proclame qu’il n’y a pas de loi suprême ; chaque pays et chaque citoyen peut décider de ce qu’est la vie ou la mort.

Dans cette logique d’autonomie, Poutine envahissant l’Ukraine déclare qu’il poursuit le bien de la Sainte Russie. La Chine envahissant bientôt Taiwan dira que c’est pour le bien du peuple. Le Hamas organise le pogrom du 17 octobre pour le bien de la communauté musulmane ; Israël réplique pour le bien de la population juive. Et en capturant Maduro à Caracas Trump dit agir  au nom du bien des Américains…

 

Après trois siècles de guerres ininterrompues (des guerres napoléoniennes aux guerres de décolonisation), l’Europe a voulu remplacer le Bien par le Droit, pour essayer de garantir la paix : droit international, ONU, tribunal international de La Haye, réglementation en tous genres etc. Depuis l’annexion de la Crimée par Poutine en 2014 (mais il y avait déjà eu l’Afghanistan, la Tchétchénie et la Géorgie auparavant), la force a remplacé le droit. Les puissants ne reconnaissent plus aucune norme, à part leurs intérêts. Le Bien avait été effacé par le Droit ; les deux sont maintenant ensevelis sous la force.

 

« Tu ne mettras pas le Seigneur à l’épreuve » : en refusant de se jeter en bas du Temple pour prouver sa divinité, Jésus manifeste sa filiation. Il se reçoit d’un Autre, sans cesse, et le laisse se manifester à travers lui. Il ne décide pas par lui-même de ce qui est bien ou mal : il accueille ce discernement spirituel dans la relation à son Père, ce qui passe par la prière, les Écritures, le silence, l’échange avec ses disciples et les gens rencontrés sur la route (cf. les miettes de la libanaise ! Mt 15,21-28). Il n’instrumentalise pas son identité de Fils de Dieu pour s’imposer : il habite sa filiation divine et se laisse conduire par elle. Il nous invite à aimer le donateur plus que le don, et ainsi à rester à l’écart de toute séduction de puissance.

 

3. Notre fruit défendu

Le parallélisme voulu entre Gn 2 Mt 4 nous montre Jésus dénouant patiemment la désobéissance d’Adam et Ève, en faisant le chemin inverse : du jardin au désert, de la consommation (« savoureux ») au manque, de la convoitise qui prend (« agréable à regarder ») à l’accueil qui reçoit, de l’autonomie sans relation (« connaître le bien et le mal ») à la filiation dans l’amour.

 GneèseAdam et Ève ont voulu vivre sans recevoir ; Jésus accepte de recevoir sans prendre. 

Ils ont voulu être comme des dieux, à la force du poignet ; il nous montre ce que signifie être enfant de Dieu, par grâce et non par mérite.

Tel le pêcheur démêlant une à une les boucles de son filet emmêlé, Jésus dénoue par l’obéissance à son Père ce que la désobéissance d’Adam et Ève avait inexplicablement ligoté.

Paul a raison de s’émerveiller : « Il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ ». Et il ajoute : « par l’obéissance d’un seul, la multitude sera rendue juste ».

 

En écho au fruit de la Genèse, la première tentation du pain nous interroge : de quoi vis-tu ?

La deuxième nous dévoile : qui sers-tu ?

La troisième nous décentre : à qui fais-tu confiance ?

Laquelle de ces trois questions allez-vous ruminer cette semaine pour commencer le carême ?

 

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Création et péché de nos premiers parents (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)

Lecture du livre de la Genèse
Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

PSAUME
(Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)
R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. Ps 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir. Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus : d’une part, en effet, pour la faute d’un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d’autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

ÉVANGILE
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Patrick Braud

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31 août 2025

N’idolâtrez pas vos proches !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

N’idolâtrez pas vos proches !

Homélie pour le 23° Dimanche du Temps ordinaire / Année C
07/09/25

Cf. également :
La vie est courte…
La docte ignorance
Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?
S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Les cimetières de la Toussaint

1. Quand la famille tue
Souvenez-vous de l’assassinat de Carlo, le beau-frère du Parrain II, Michael Corleone. Carlo battait sa femme, Connie, la sœur de Michael. Un jour, après une nouvelle scène de violence domestique, Connie appelle Sonny Corleone, son frère aîné, impulsif et violent, pour l’alerter. Mais c’était un piège. Carlo a provoqué la dispute exprès, sachant que Sonny viendrait — et qu’il tomberait dans une embuscade. Sonny est criblé de balles, dans l’une des scènes les plus violentes du film. Carlo est responsable de la mort de Sonny, par vengeance et ambition.

Des années plus tard, Michael Corleone, devenu le nouveau Don, fait mine d’avoir pardonné à Carlo. Il lui fait croire qu’il sera réintégré dans les affaires, qu’il est désormais accepté comme un vrai membre de la famille. Mais en réalité, Michael a décidé que Carlo devait mourir. Pas pour se venger personnellement, mais pour restaurer l’honneur du clan et assurer la sécurité de la famille. Dans la scène finale du film, Michael confronte Carlo :
« Tu as trahi la famille. Tu as livré Sonny ». Il lui fait avouer, puis lui dit :
« Je ne te ferai pas de mal. Tu quittes la ville, ta vie est épargnée ».
Mais au moment où Carlo monte dans la voiture… il est étranglé à mort par un homme de main.

Voilà le paradoxe moral : un meurtre « au nom de l’amour de la famille », Michael fait tuer le mari de sa propre sœur. Il ment à Carlo, simule le pardon, pour mieux l’éliminer. Il prétend agir sans colère, mais par devoir envers le clan. Ce meurtre est l’illustration parfaite de la logique mafieuse : l’amour de la famille justifie tout, y compris le meurtre.

Le meurtre de Carlo est aussi le début de la fin pour Michael. Il perd peu à peu son âme, sa femme (Kay), ses illusions, puis son fils (dans Le Parrain III).
Il est englouti par la logique d’un amour familial dépourvu d’amour véritable. En cherchant à sauver la famille, il finit par la perdre.

N’idolâtrez pas vos proches ! dans Communauté spirituelle Miniature-800x445Voilà à quoi conduit l’amour de la famille lorsqu’elle est idolâtrée au point de tout lui sacrifier. Jésus de Nazareth sait bien que donner la priorité absolue à ses proches conduit à l’injustice, au mensonge, aux pires violences. Lorsqu’il est ainsi désordonné, l’amour des siens est une idole qui – telle Moloch – dévore ses propres enfants. Ce n’est qu’en ordonnant cet amour à un plus grand que lui qu’il pourra s’épanouir au service du bien commun. D’où l’avertissement de notre lecture de ce dimanche (Lc 14,25-33) : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,26).

Éliminons d’emblée les contresens possibles à partir du verbe haïr (μισέω = miseo, en grec). L’usage de ce verbe en Israël est en réalité un sémitisme – quasi intraduisible – lorsqu’il s’applique à deux personnes. Haïr signifie alors préférer l’une à l’autre, comme il est écrit en Dt 21,15 : « Lorsqu’un homme a deux femmes, il peut arriver qu’il aime l’une et haïsse l’autre, et que toutes les deux lui donnent des fils. Si l’aîné est le fils de la femme qu’il hait… » La Loi n’indique pas une haine émotionnelle de la part du mari, mais seulement une préférence pour la première épouse, avant la deuxième épouse. De même Paul emploie ce verbe pour comparer Jacob et Ésaü : « comme il est écrit : J’ai aimé Jacob, j’ai haï Ésaü. » (Rm 9,13 ; cf. Mal 1,2–3). Ésaü n’était pas haï de son père, ni de YHWH, mais Jacob était le préféré d’Isaac, comme Joseph sera le préféré de Jacob. Si cette notion de préférence vous choque, rappelez-vous que c’est une relecture a posteriori de la vie de chacun. Il se trouve que Jacob a été plus fidèle à YHWH qu’Ésaü, et Joseph plus que ses frères. C’est pour expliquer leur réussite spirituelle à la différence des autres que les auteurs bibliques les revêtent d’une préférence divine. Les autres, frères, épouses ou proches, qui sont médiocres ou infidèles sont qualifiés de « haïs ».

C’est donc à une gestion de nos priorités que nous invite Jésus : « Dieu premier servi »,  selon la devise de Jeanne d’Arc. Si Dieu passe avant nos proches, nous pourrons aimer mieux, davantage, en vérité.
« Ce que le Christ demande, ce n’est pas que nous haïssions notre père ou notre mère au sens propre, mais que nous ne les aimions pas plus que lui, surtout si cet amour devient un obstacle à sa volonté » (Jean Chrysostome, Homélie 35 sur Matthieu).
« Il faut quitter tout ce qui est nôtre, même ce qu’il y a de plus intime, si cela empêche de s’attacher totalement à Dieu. La vraie liberté commence là où l’on cesse de posséder, même les siens » (Grégoire de Nysse, De la vie de Moïse).

Pourquoi ? Proposons quelques arguments rationnels qui nous invitent à ne pas idolâtrer nos proches.

2. Préférer le Christ remet chacun à sa juste place
Faire de ma famille un absolu, c’est lui rendre un très mauvais service. Car l’autre n’est pas Dieu, fut-il mon conjoint, mon père, ma mère, ma sœur, mon frère ! Aimer Dieu en premier, c’est placer chaque relation sous le signe de la vérité.

Nos proches ne sont plus des absolus, ni des moyens de nous combler, mais des personnes confiées à notre amour et à notre liberté.
Cela permet un amour juste, capable de dire « non » quand c’est nécessaire, de pardonner sans oublier, de prendre soin sans s’effacer. C’est un amour qui respecte la liberté de l’autre, qui ne cherche pas à le façonner à notre image, mais à l’aider à grandir dans sa vocation propre.
Dédiviniser nos proches, c’est également ne pas tout attendre d’eux. L’être aimé n’est pas là pour me combler. Il ne possède pas automatiquement tout ce qui me manque. C’est injuste de lui demander de compléter mes lacunes, de dissiper les angoisses, d’abolir ma solitude, de toujours m’apporter l’aide nécessaire. Lacan aimait à répéter avec humour :
« Aimer, c’est donner quelque chose que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » (Séminaire VIII) !
L’amour vrai ne comble pas le manque chez l’autre : au contraire, il le creuse. Partager le manque-à-être est une alliance respectueuse de l’altérité de chacun, creusant le désir d’être-plus au lieu de le saturer.

prosternez-vous-à-l-amorce-12596847 amour dans Communauté spirituelleIdolâtrer, c’est faire de l’autre un tout, un absolu, ce qui l’aliène à notre représentation et à notre narcissisme ; ce qui nous enchaîne nous-même à l’illusion d’une complémentarité impossible.
Croire que l’autre va réparer notre incomplétude, c’est tomber dans une forme d’idolâtrie affective étouffante. C’est ce que Jésus dit (sans avoir lu Lacan !) : si tu demandes à l’autre de remplir la place de Dieu, tu le perds – et tu te perds.

Communier dans l’amour suppose une certaine distance à cultiver, une réelle distinction des deux, car l’amour-fusion aliène et détruit. Développer cette distance intime au cœur de la relation est au-dessus de nos seules forces, si nous ne le recevons pas de Dieu-Trinité, en qui relation et distinction se conjuguent en communion de personnes différentes.
Revenir à la source trinitaire de l’amour nous permet d’irriguer nos amours humains à leur image et ressemblance. Tels les saumons remontant la rivière pour donner la vie, il nous faut refluer en Dieu, afin d’y puiser la qualité de relation avec laquelle nous chérirons nos proches.

3. Préférer le Christ rend l’autre libre
Idolâtrer nos proches, c’est en réalité les asservir, comme on assigne une idole à la poursuite de nos intérêts égoïstes. On se prosterne devant une statuette pour obtenir la guérison, on porte une amulette pour être protégé, on danse autour de totems pour obtenir la pluie : tous ces petits dieux ne sont que des inventions des fantasmes de notre désir de toute-puissance.

Idolâtrer l’être aimé, c’est le posséder, faire de lui la solution à mes problèmes, le bouche-trou de mes manques, l’esclave de mes demandes les plus folles.

L’altruisme cache souvent un désir possessif inavoué, à l’image des dames patronnesses du XIXe siècle qui allait nourrir « leurs pauvres ».

Regardez la vie associative : sous prétexte de générosité, combien de bénévoles ne récupèrent-ils pas un statut social, une autorité, une reconnaissance qui leur faisaient cruellement défaut ? Ils font croire que ce sont des militants désintéressés, mais ont soif de pouvoir, de domination, de gloire, à travers une militance apparemment innocente et humaniste. Très vite, ils veulent devenir indispensables, incontournables ; ils ont du mal à passer le relais (sous prétexte qu’il n’y a personne derrière) ; ils imposent leurs idées ; leur gouvernance, leur vision.
« Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi… » (Mt 20,26)

L’agapè, c’est cet amour qui aime sans condition de réciprocité. Mais pour qu’il ait valeur, encore faut-il qu’il ne serve pas de masque à un désir de maîtrise. L’amour chrétien n’attend pas tout de l’autre, car l’affection peut être facilement détournée en amour captatif s’il ne fait pas un certain travail de deuil sur le désir, sur le manque.
On peut se croire altruiste et être profondément possessif !
Or le samaritain se retire et disparaît avant que le blessé puisse le remercier. Et Saint-Vincent de Paul n’abordait le soin des pauvres qu’avec crainte et tremblement : « Quand vous donnez à un pauvre, il faut se retirer avant qu’il puisse vous remercier ». « Cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés ; reconnaissons devant Dieu que ce sont nos seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre nos petits services ».

L’amour immodéré de sa famille – quand on la place au-dessus de tout, même de la vérité, de la justice ou de la liberté – peut devenir immoral, dangereux, voire illégal.
Le népotisme par exemple fait des ravages chez les puissants (et même dans l’Église !) : Napoléon avait placé ses enfants sur les trônes des royaumes d’Europe, Trump se sert de ses proches comme ambassadeurs fantômes ou négociateurs de l’ombre ; nos dirigeants confient des postes à des membres de leur famille sans compétences réelles ; des chefs d’entreprise détournent de l’argent pour leur famille etc.
La corruption, la justice, les inégalités se nourrissent fort bien de l’amour familial désordonné !

Par amour de leur famille, certains parents taisent le crime de leurs enfants, et des enfants mentent pour innocenter leurs parents.
Par amour de la famille, j’ai vu en Afrique des parents empoisonner leur fille qui refusait un  mariage arrangé, et les déshonorait par cette insoumission.
Par amour de la famille, les vendettas continuent à semer la mort en Corse, au Kosovo ou ailleurs.
Par amour de la famille, les « crimes d’honneur », si fréquents dans les cultures traditionnelles (Maghreb, pays slaves etc.) font régner un climat de terreur.
Par amour de la famille, des enfants « différents » (handicap, homosexualité, opinions politiques ou religieuses) sont mis à la porte, exclus, ou pire.
Par amour de la famille, des parents vont élever leur enfant-roi loin de tout repère et de toute limite.

L’amour du Christ nous libère de la peur et du besoin de possession. Quand on aime d’abord le Christ, on ne demande plus aux autres de combler ce que Dieu seul peut remplir : un besoin absolu de reconnaissance, de sécurité, de sens. Cela évite de transformer nos proches en « béquilles affectives » ou en idoles, et de les aimer pour ce qu’ils nous donnent, plutôt que pour eux-mêmes.
L’amour du Christ, qui est inconditionnel, guérit l’angoisse du manque et nous ancre dans une paix intérieure. Cela rend notre amour plus libre, moins centré sur nous, plus ouvert à l’autre tel qu’il est.

4. Aimer nos proches en Dieu
Le Christ est le raccourci le plus efficace entre les autres et nous. Aller vers l’autre en passant par Lui, c’est l’humble chemin de qui veut laisser Dieu aimer en lui et à travers lui.

Jean-Paul II l’écrivait : « L’homme ne peut se comprendre pleinement sans le Christ. Il ne peut non plus aimer véritablement les autres sans passer par le Christ, qui révèle pleinement l’homme à lui-même » (Redemptor Hominis, n° 10).
Et Benoît XVI complétait : « L’amour devient divin dans la mesure où il vient de Dieu et nous unit à Dieu. Il nous transforme jusqu’à ce que nous n’aimions plus seulement en nous, mais aussi à partir de Dieu, en Dieu ».
Le pape François abondait en ce sens : « Il ne s’agit pas de remplacer l’amour humain par l’amour divin, mais de l’inscrire dans l’amour de Dieu pour le rendre plus vrai » (Amoris laetitia, n° 104).

 familleC’est donc à partir de Dieu que nous pouvons le mieux aimer.
Quand vous voulez chérir vos proches, changez de point de vue, adoptez le point de vue de Dieu ! Voyez-le comme Dieu lui-même le voit.

Être plongé dans le cœur de Dieu est le plus court chemin pour être unis nos frères, et réciproquement la prière continuelle nous conduit de la compassion envers autrui à l’union à Dieu, et de l’union à Dieu à l’amour d’autrui, en les aimant à partir de Dieu et en Dieu.

Le starets Silouane, du mont Athos, raconte comment son intercession pour les ouvriers travaillant sur les chantiers de l’île le conduit au cœur du mystère divin, où là il retrouve les visages de ces ouvriers, qui à nouveau le mènent en Dieu seul etc., dans un mouvement perpétuel de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu :
« Au début, je priais avec des larmes de compassion pour Nicolas, sa jeune femme et leur petit enfant mais, à mesure que je priais, le sentiment de la présence divine m’envahissait de plus en plus ; à un certain moment, il devint si intense que, perdant de vue Nicolas, sa femme, leur enfant, leurs besoins, leur village, je n’eus plus conscience que de Dieu seul. Le sentiment de la présence de Dieu m’entraîna dans un recueillement de plus en plus profond ; soudain, au sein même de cette présence, je rencontrai l’amour de Dieu et, au cœur de cet amour, Nicolas, sa jeune femme et l’enfant ; alors, avec l’amour même de Dieu, je recommençai à prier pour eux ; mais je me sentis derechef attiré dans de nouveaux abîmes au fond desquels je rencontrai une fois de plus l’amour de Dieu. C’est ainsi que se passent mes journées : je prie pour chacun de mes ouvriers, tour à tour, l’un après l’autre ; la fin de la journée je leur dis quelques paroles, nous prions ensemble et ils vont se reposer. Quant à moi, je regagne le monastère pour m’y acquitter de mes devoirs monastiques » [1].


Conclusion :
aimer-son-prochain-300x158 idole
Aimer le Christ en premier, ce n’est pas aimer les autres moins — c’est les aimer mieux :

en vérité, sans mensonge ni illusion,
en liberté, sans dépendance affective,
avec une force qui dépasse nos limites humaines.
C’est un amour qui désencombre, qui élargit le cœur, et qui permet à chacun d’exister dans la lumière de Dieu, non dans l’ombre de nos attentes.
Aimer Dieu en premier n’abolit pas l’amour humain, mais l’élève,
L’amour du Christ purifie les attachements affectifs.
L’amour des proches, s’il est centré sur Dieu, devient plus vrai, plus libre, plus fort.
Les autres amours s’éclairent, se purifient et se fortifient lorsqu’ils sont ordonnés à l’amour du Christ.
L’amour du prochain devient plus vrai quand il est enraciné dans l’amour de Dieu, et non dans le besoin affectif et la peur de la perte.

Ne pas idolâtrer ses proches, c’est accepter leur altérité, leur manque, leur non-réponse.
C’est renoncer à la fusion, au désir d’être leur tout ou de faire d’eux notre tout.
C’est aussi savoir aimer sans posséder, jusqu’à accepter de perdre la vie au lieu de vouloir la garder : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ».

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[1]. Mgr Antoine Bloom, L’école de prière, Seuil (LV 143), 1972.


LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13-18)

Lecture du livre de la Sagesse
Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

PSAUME
(Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)
R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
 (Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

DEUXIÈME LECTURE
« Accueille-le, non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé » (Phm 9b-10.12-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon
Bien-aimé, moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus, j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ. Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur. Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile. Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers. S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur. Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c’était moi.

ÉVANGILE
« Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 25-33)
Alléluia. Alléluia.
Pour ton serviteur, que ton visage s’illumine : apprends-moi tes commandements. Alléluia. (Ps 118, 135)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’ Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix. Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Patrick BRAUD

 

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