L'homelie du dimanche

15 mars 2020

Témoin, à la barre !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Témoin, à la barre !

Homélie du 4° dimanche de Carême / Année A
22/03/2020

Cf. également :

Rousseur et cécité : la divine embauche !
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?
La barre de fraction de la foi
Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous
Le témoin venu d’ailleurs


Castle : Le témoin Rick Castle est appelé à la barre ! (8.10)Témoigner

Avez-vous déjà été convoqué comme témoin à la barre d’un tribunal ? La première fois, c’est impressionnant, et cela marque pour longtemps. Pour ma part, je me souviens d’avoir été appelé à témoigner en faveur d’une femme à qui la justice voulait enlever son enfant, avec déchéance de ses droits parentaux. J’ai rassemblé du mieux que je pouvais les événements, les souvenirs, les attitudes de cette mère démunie matériellement et intellectuellement qui se battait pourtant pour son enfant, à sa manière. On ne m’a pas laissé développer tout cela plus de quelques minutes, et j’étais triste et frustré de n’avoir pas pu tout dire, et mieux le dire. Mon témoignage a-t-il été utile ? Je n’en ai aucune idée, mais je devais à cette mère-courage de prendre position pour elle face à ses juges.

L’importance du témoignage est capitale dans notre évangile de l’aveugle-né. Les interrogatoires s’y succèdent en série, comme au tribunal. Les disciples interrogent Jésus sur le lien cécité-péché ; les voisins questionnent l’ex-aveugle, une fois, puis deux, avec des accusations qui vont crescendo, non sans interroger les parents également. Le dernier interrogatoire – salvateur celui-là – émane de Jésus qui sollicite la profession de foi de l’aveugle guéri.

Cette cascade d’interrogatoires, serrés et menaçants, s’enchaînent selon le schéma suivant, avec pour effet surprenant de faire jouer au non-témoignage des parents le rôle de pivot du récit :

Étape   Interro-     Interrogé     Question     Réponses
              gateurs          

 Aveugle-né

La question du comment ? est obsédante, lancinante dans le texte : le mot revient six fois et semble bloquer toute progression spirituelle des voisins et des pharisiens. Peut-être est-ce l’indice que se focaliser trop sur le comment empêche de voir le pourquoi ?!

Il se produit également un chassé-croisé, un renversement surprenant entre le début et la fin du texte, puisque les disciples demandent au début à Jésus : « est-ce lui le pécheur ? », alors que les pharisiens-disciples demandent à Jésus à la fin : « est-ce nous qui sommes aveugles ? » La culpabilité est renversée, de même que les causalités habituelles : ce n’est plus l’aveugle qui le mérite à cause de son péché, mais les pharisiens qui sont pécheurs à cause de leur refus de s’accepter aveugles !

 

Les différentes stratégies en présence

Reprenons le fil rouge du témoignage (quasi-judiciaire).

Certains voisins acceptent de témoigner publiquement en faveur de l’ex-aveugle en proclamant publiquement : « c’est lui ». D’autres ne veulent pas l’admettre, et contre toute évidence inventent une explication un peu bricolée : « c’est quelqu’un qui lui ressemble ». Pseudo-explication que l’on retrouve d’ailleurs dans la tradition musulmane, qui prétend que c’est un sosie de Jésus et non Jésus lui-même qui a été cloué sur la croix, sort trop infamant pour un prophète d’Allah. « C’est quelqu’un qui lui ressemble » qui a été crucifié à sa place, affirment-ils en cœur depuis des générations… [1]

La nécessité du témoignage qui s’impose divise donc les voisins : certains assument publiquement, d’autres se défaussent en inventant une version plus ou moins plausible. Ils cherchent à faire rentrer l’évènement de la guérison de l’aveugle dans un cadre qui soit acceptable pour la raison humaine. Ils veulent trouver une explication qui tienne la route : l’homme qui était aveugle n’est pas celui qui voit maintenant. Ce dernier n’a donc pas été guéri parce qu’il n’a jamais été aveugle. Dieu n’a rien à voir avec cette histoire.

De la même manière aujourd’hui, dans notre culture tellement marquée par la science, nous nous méfions – et nous n’avons pas tort – de toute lecture un peu magique ou surnaturelle des événements. Nous n’aimons pas – et nous avons raison – laisser intervenir Dieu trop rapidement dans nos histoires. Nous cherchons des explications à tout. Mais c’est au risque quelquefois de devenir des esprits étroits et matérialistes qui ne savent plus accueillir la part de mystère dans nos vies ni voir l’impact de Dieu dans l’existence d’un homme.

Nous sommes ces voisins : le devoir du témoignage au sujet de l’action du Christ nous divise. Certains osent, d’autres n’osent pas ; à tel moment ce courage nous est donné, et à tel autre non.

Refus de témoigner. Une jeunessePuis vient le non-témoignage des parents, peut-être le pire. En effet, quel père ou quelle  mère ne voudrait pas prendre parti pour son enfant afin de le tirer d’un mauvais piège tendu par des accusateurs assez fourbes pour déformer la réalité ? Eh bien, ceux-là ne veulent pas prendre de risques. Le risque, c’est celui d’être exclu de la synagogue, donc de la communauté (et du salut), comme le sont les disciples du Christ depuis la décision du grand Sanhedrin à Jamnia vers 70, comme le fils jeté « hors de la vigne » dans la parabole des vignerons  homicides, comme Jésus jeté « hors de la ville » pour être crucifié à l’extérieur de Jérusalem sur le mont Golgotha. Ils ont peur ces parents-là, pas pour leur fils mais pour eux-mêmes. On les comprend. Rares étaient ceux qui, soumis à l’interrogatoire des nazis,  refusaient de livrer un ami, un proche, un camarade. Ce faisant, les parents de l’ex-aveugle  le jettent symboliquement dehors, hors de leur famille : « il est assez grand pour s’expliquer tout seul. Nous ne voulons plus être mêlés à cette affaire ».

Nous sommes ces parents, tremblant de peur prendre des risques pour le Christ, n’osant  pas déposer publiquement en sa faveur. Le non-témoignage est presque pire que l’accusation, surtout de la part de proches. C’est la lâcheté ordinaire, discrète, apparemment insignifiante, qui participe pourtant de cette réaction en chaîne conduisant les innocents à être  injustement accusés, condamnés, « jetés dehors »…

Nous avons tant à perdre que détourner la tête des injustices est plus prudent. Nous tenons tant à notre tranquillité que témoigner pour le Christ nous paraît exagéré, presque fanatique, surtout en ces temps où les religions sont priées de se taire dans l’espace public. Mais c’est impossible ! « Si eux se taisent, les pierres crieront ! » a prévenu le Christ (Lc 19,40).

Témoigner à la barre du procès Jésus – qui est toujours en cours aujourd’hui – fait partie intégrante de notre vocation de baptisés.

 

Trois dimensions du témoignage

Trois aspects, trois conditions de notre témoignage en faveur du Christ méritent d’être détaillés :

1) – avoir quelque chose à raconter

2) – se risquer à prendre parti

3) – assumer les conséquences de son témoignage


1) Avoir quelque chose à raconter

M Truc, dites-nous pourquoi le Christ est vraiment lumière pour votre existence ?
Mme Machin, racontez-nous ce qui vous amène à croire que ce Jésus a traversé la mort ? …
Si M. Truc bredouille deux ou trois formules toutes faites du genre: « Dieu est lumière », on va lui répondre: « baratin, tout çà ».
Si Mme Machin bégaie que c’est ce qu’on lui a appris depuis toujours, on va lui dire : « libérez-vous de votre éducation ». Par contre, s’ils peuvent dire : « à tel moment il s’est passé telle chose dans ma vie, et voilà ce que l’Évangile a changé dans ma manière de vivre à partir de là ». « Telle personne, telle discussion, tel livre, telle musique m’ont profondément bouleversé et dans la prière, dans la Bible, dans l’Église, j’ai trouvé une signification, une énergie, un dynamisme nouveau ».

La force du témoignage, c’est qu’il passe par des évènements concrets, en partie vérifiables, objectifs, et que c’est une parole au singulier. L’aveugle guéri peut raconter sa rencontre de Jésus, la piscine de Siloé etc. « Voilà ce qui m’est arrivé » (à moi, personnellement, ce qui laisse libre l’autre d’interpréter autrement). Par exemple: « avant de connaître le Christ, ma vie n’avait pas de sens. Depuis que je l’ai découvert, je ne vis plus pour l’argent, ni pour le pouvoir ou le confort : ma vie a changé ».

Bien sûr, ce n’est pas toujours aussi net. Bien sûr, il y a des périodes où on ne peut pas citer des transformations spectaculaires. Mais à l’échelle d’une vie, il y a bien quelques évènements-clés qui continuent à imprimer leur marque des années après. A bien y réfléchir, il y a eu quelques tournants dont je me souviens, quelques éblouissements en forme de comète, dont la queue d’étoiles continue à scintiller, même dans la nuit…

Rendre témoignage au Christ demande de pouvoir faire le récit de ce que j’ai vécu avec lui, de ce qu’il me permet aujourd’hui d’expérimenter…et ce témoignage peut s’élargir à celui d’une communauté, d’un groupe, d’une équipe, de notre Église qui raconte comment dans sa propre histoire elle a expérimenté la puissance du Christ à travers sa faiblesse.

Et vous, quels passages de votre histoire avez-vous à verser au dossier de la défense de Jésus, dans son procès qui reste encore ouvert dans ce monde ?

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2) Se risquer à prendre parti

Femme Débardeur sans Manche Amour Jésus Christ, Religion Chrétienne - Pâques, Résurrection, Nativité, Idées Cadeaux Religieux (Small Blanc Bleu)Le témoin du Christ ne peut rester extérieur à ce qu’il raconte.
Il s’implique, et il est impliqué par les autres. Impossible de déposer pour la Résurrection de Jésus sans être classé parmi les partisans du Christ. Le témoin est obligé à un moment donné de s’engager, dans le respect de la liberté des autres. Comme le dit l’aveugle-né guéri par Jésus : « vous avez beau l’accuser. Moi je sais ce que j’ai vécu : j’étais aveugle; grâce à lui je vois. Pour moi il est la lumière du monde. »
Il y a quelquefois des discussions mondaines où il vaut mieux ne pas témoigner plutôt que d’en rester à un discours superficiel où personne ne dit « je ».
Témoigner, c’est prendre un risque, se risquer.
Impossible de rester neutre. Mais prendre le parti du Christ demande de le faire avec infiniment de respect et de douceur…


3) Assumer les conséquences de son témoignage

Si mon témoignage m’implique, je dois me préparer à en assumer les conséquences. Si c’est du Christ dont je témoigne, je reconnais aussitôt mes contradictions, mes décalages personnels par rapport à Celui que je défends. Comme le reconnaît Jean-Baptiste, « je ne suis pas la lumière, mais je rends témoignage à la lumière ».

Conséquences face à des faits et à accepter la conséquence d'actes de prendre et faire face à des responsabilités Banque d'images - 51140974

Deux conséquences :

- Ne pas attendre d’être parfaits pour témoigner, car c’est un autre que moi-même que j’annonce.
C’est une fausse humilité de se défausser de sa propre indignité pour échapper au devoir de témoignage.
C’est une erreur de croire que nos contradictions nous interdisent de parler.
Si un fou a été en Chine et en parle abondamment, ce n’est pas parce qu’il est fou qu’on doit en déduire que la Chine n’existe pas…

Un siècle de témoins par Rance- Se souvenir que le témoignage se dit « martyr » en grec.
C’est toujours un choc lorsque les parents d’un baptême s’aperçoivent que le prénom qu’ils ont donné à leur enfant est la plupart du temps le prénom de quelqu’un qui a été martyrisé : Pierre (crucifié la tête en bas), Paul (décapité), Agnès (égorgée), Laurent (grillé vif)… Loin de protéger, le baptême de ces témoins les a au contraire exposés au martyr, et c’est là finalement une dimension logique de la condition chrétienne.

Rassurez-vous, le martyr actuel chez nous n’est pas de sang (ce qui n’est pas le cas, hélas, dans bien d’autres pays du monde). Mais c’est un martyr soft, fait d’indifférence polie, de dérision médiatique, de marginalisation folklorique, de faux procès historiques…

Un témoin appelé à la barre peut facilement être traité comme l’accusé qu’il défend. Le Christ avait prévenu ses disciples : « ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront également », « le monde vous haïra », « les pères livreront leurs fils, les fils leurs pères »…
Il y a beaucoup d’époques de l’histoire de l’Église où demander le baptême était synonyme d’emprisonnement, de représailles familiales, de carrière brisée, de prison, de torture même. Hélas, c’est toujours vrai dans de nombreuses contrées du monde.

Réjouissons du beau risque de la foi de notre baptême, et reprenons conscience de la force du témoignage en faveur du Christ, de son urgence pour aujourd’hui…

 

________________________________

[1]. « Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué Mais Allah l’a élevé vers lui, et Allah est puissant et sage » (Sourate 4, 157-158).

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

David reçoit l’onction comme roi d’Israël (1 S 16, 1b.6-7.10-13a)

Lecture du premier livre de Samuel

En ces jours-là, le Seigneur dit à Samuel : « Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi. » Lorsqu’ils arrivèrent et que Samuel aperçut Éliab, il se dit : « Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur ! » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. » Alors Samuel dit à Jessé : « N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. » Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. » Jessé le fit donc venir : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau. Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! » Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.

 

PSAUME

(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d’en parler. Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière, et tout ce qui devient manifeste est lumière. C’est pourquoi l’on dit : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

 

ÉVANGILE

« Il s’en alla et se lava ; quand il revint, il voyait » (Jn 9, 1-41)
Gloire et louange à toiSeigneur Jésus. !Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur. Celui qui me suit aura la lumière de la vie. Gloire et louange à toiSeigneur Jésus ! (Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

 On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

 Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.

Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »
Patrick Braud

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1 décembre 2019

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A
08/12/2019

Cf. également :

Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Une foi historique 

Engeance de vipères et larmes de crocodile

Ils étaient venus – intrigués – dans le désert, attirés par la rumeur qui disait que le prophète Élie était de retour (Mt 3, 1-12). De quoi aller voir ça de près. Et de fait, on reconnaissait bien Élie de loin grâce à son pagne de peaux de bêtes et sa ceinture de cuir comme autrefois [1]. Alors les Pharisiens et Sadducéens s’approchent, se glissent dans la file des pénitents, qui chantaient peut-être « Down in the river to pray » comme dans le film O’brother. Mais voilà que Jean-Baptiste les pointe du doigt, et les insulte publiquement en tonnant : « engeance de vipères ! » Bigre ! Il va faire fuir tous ses clients s’il les apostrophe ainsi… Il faut dire que Pharisiens et Sadducéens étaient là pour voir, comme on  dirait au poker, pour ne pas rater les soldes de l’opération miséricorde dont ils ont entendu parler. Le Black Friday de la pénitence en quelque sorte. Le risque est grand alors que leurs larmes de soi-disant repentance soient des larmes de crocodile. Et Jean-Baptiste le sait bien. Il n’a pas peur de leur puissance religieuse. Il dénonce avec force leur hypocrisie : comment osent-t-ils venir se faire baptiser dans le Jourdain et reprendre leur vie après comme si de rien n’était ? Le baptême de repentance exige de changer de vie de retour chez soi. Tricher avec cette exigence, c’est creuser soi-même sa tombe…

 

Quelle belle engueulade !

En digne cousin de Jean-Baptiste, Jésus lui aussi par deux fois utilisera cette insulte contre les pharisiens et les scribes. La première fois, c’est pour disqualifier les paroles des pharisiens qui l’accusent d’appartenir à Belzéboul parce qu’il guérit un sourd-muet : « Engeance de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, alors que vous êtes mauvais ? Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur »(Mt 12,34). La deuxième fois, c’est pour les menacer de la géhenne, car ils assassinent les prophètes comme leurs pères le faisaient avant eux : « vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien ! Vous comblez la mesure de vos pères ! Serpents, engeance de vipères, comment pourriez-vous échapper au châtiment de la géhenne ? »(Mt 23,33). Ce sont là les trois seules occurrences de cette expression dans toute la Bible : c’est donc une marque de fabrique du christianisme, un peu oubliée à force d’adoucir le visage du Christ à l’excès.

Comment interpréter cette apostrophe ? Pourquoi Jean-Baptiste et Jésus l’utilisent-ils, sachant bien qu’ils vont insulter et blesser les notables religieux à qui elle s’adresse ?

Parler de vipères et de serpents renvoie inévitablement à « l’animal le plus rusé de tous les animaux des champs », le fameux serpent de Gn 3,1 qui a induit Ève et Adam en tentation. Comment a-t-il réussi ? Par le mensonge. Le serpent falsifie la parole de Dieu : il la tord en la généralisant, puis en avançant que la raison de l’interdit est la jalousie de Dieu et non le suicide spirituel dont Dieu les avait avertis. Car vouloir être comme des dieux par ses seules forces (supposées décuplées par le fruit défendu) au lieu de recevoir cette divinisation de la main de Dieu lui-même relève du suicide.

Prendre au lieu de recevoir : le mensonge du serpent s’ingénie sans cesse à détourner l’humanité de l’accueil vers la prédation. Il est bien le « Père du mensonge » comme l’écrira Jean : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge »(Jn 8,44).

Appartenir à une engeance de vipères, c’est participer depuis des générations à la prolifération du mensonge, pour continuer de prendre, d’accumuler, de rivaliser avec Dieu. Les pharisiens convergeant vers Jean-Baptiste au Jourdain font semblant de se repentir, en adoptant les signes extérieurs des pénitents. Mais Jean-Baptiste sait bien qu’ils sont hypocrites : ils se revendiqueront de lui uniquement pour exercer du pouvoir et de l’influence sur les autres, sans rien changer à leur mode de vie. Jésus, qui « sait ce qu’il y a dans l’homme » [2], prévient également que les pharisiens venus à lui soi-disant pour en savoir plus en fait veulent le piéger, et bientôt l’éliminer, comme ils l’ont fait pour Zacharie et presque tous les prophètes. Ou bien ils font semblant de s’intéresser à une des guérisons opérées par lui, mais c’est pour le traiter de démon, de dément.

Traiter quelqu’un d’engeance de vipères, c’est d’abord dénoncer le mensonge dont il s’habille pour paraître respectable. C’est révéler la logique meurtrière qu’engendre ce mensonge. Cette insulte relève du devoir d’appeler mal ce qui est mal, et bien ce qui est bien, loin des consensus mous et relativistes de la morale démocratique… Cela relève également du devoir de correction fraternelle (Mt 18, 15-18) : avertir l’autre de son erreur avant qu’il ne soit trop tard pour lui, réveiller sa conscience hypnotisée par le mensonge ambiant dans lequel il baigne, en lui collant une claque magistrale. L’assoupissement de la conscience est si fort qu’il faut comme une gifle pour secouer le dormeur : le choc de ces mots « engeance de vipères » va produire un électrochoc salutaire si du coup la vipère renonce à mordre. Nous devons parfois adopter cette violence de l’apostrophe pour ouvrir les yeux de ceux qui sont habitués, addicts aux mensonges au point de ne plus les voir. Voilà pourquoi« ce sont les violents qui s’emparent du Royaume de Dieu »(Mt 11,12) à la manière de Jésus.

Le mensonge se transmet, quelquefois sur plusieurs générations (pensez à l’idéologie communiste en URSS de 1917 à 1989… !). Il finit par cristalliser, par se coaguler en entités autonomes et indépendantes qui asservissent les nouveaux venus. Jean-Paul II appelait fort justement structure de péché cette gangue de mensonge qui finit par envelopper quelqu’un au point de l’étouffer. Pensez à la corruption dans certains pays ou activités, si difficile à casser lorsqu’une entreprise veut pénétrer un marché en demeurant intègre ! C’est une sorte de calcul rénal, qu’on ne peut éliminer que par des ultrasons ultra-violents qui vont briser et désagréger ces bouchons calcaires si dangereux pour notre santé. « Engeance de vipères » est la thérapie de choc que Jésus et Jean-Baptiste ont trouvé, faute de mieux, pour libérer les gens très religieux de leurs superstitions et autres croyances mensongères.

S’il n’y avait que cette pédagogie brutale dans les Évangiles, on pourrait s’en inquiéter ! Mais pour quelques belles engueulades, combien trouve-t-on de patience, de pardon, d’amour inconditionnel sur les lèvres et dans les actes de Jésus ! ? Simplement, notre épisode de ce dimanche, ultra minoritaire, nous oblige à ne pas réduire la pédagogie du Christ à ses seuls aspects de douceur et de compassion. Elle comporte également de la violence et de la dureté, au service du salut de l’autre.

 

Souvenons-nous de Folcoche et Brasse-Bouillon !

Terminons par le symbolisme de la vipère.

Langue de vipère ...On pense immédiatement à son venin, dont la transposition allégorique évoque l’empoisonnement des relations humaines dû au mensonge, à la calomnie, ce que le Moyen Âge appelait le péché de la langue. D’autant que cette langue est bifide, comme celle de tous les serpents : elle se divise en deux pour mieux appréhender son environnement et ses proies. Or le diable est étymologiquement celui qui divise : en grec, dia-bolos = jeter de manière séparée (vs syn-balein = symbole = mettre ensemble). On voit ce que le serpent a de diabolique : sa langue… Dire de quelqu’un que c’est ‘une langue de vipère’ s’appuie sur ce symbolisme. C’est par sa langue que le serpent de la Genèse sépare Ève et Adam de Dieu, en tordant la parole divine, en insinuant que Dieu serait jaloux de l’homme s’il parvenait tout seul à être « comme des dieux ».

Appartenir à une engeance de vipères, c’est donc continuer à répandre le mensonge, la convoitise, la rivalité mimétique (René Girard), comme avant nous l’ont fait ceux qui ont réussi socialement grâce à leur habilité ‘diabolique’.

Parler de vipères fera peut-être remonter vos souvenirs de lycée, où vous avez lu des classiques qui en parlent. Ainsi le vers célèbre de Racine : pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? nous met immédiatement en présence de l’animal dangereux se dressant pour nous hypnotiser tel Kaa dans le Livre de la jungle, et nous mordre à mort.

La répétition des trois sons « s » (allitération) imite le sifflement mortel des serpents sifflant avant d’attaquer leur victime. Cette expression en français vient de la tragédie ‘Andromaque’ composée en 1667 par Racine. On y voit Oreste : seul à n’être pas aimé d’amour par Hermione, il devient fou. Il a des hallucinations où Hermione le persécute, accompagnée des Erynies, déesses de l’enfer dont les cheveux sont des serpents :

Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi !
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?
Eh bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
(Andromaque acte V scène 5)

La chevelure de la Méduse dans le mythe transmis par Homère, Pindare et Euripide (V° siècle av. J.-C.) était également composée d’un enlacement inextricable de serpents au pouvoir hypnotique fascinant et au venin mortel.

Dans notre première lecture (Is 11, 1-10), Isaïe promet que la venue du Messie désarmera cobras et vipères enfin réconciliés avec l’homme : quand le Seigneur règnera, « le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main ».

Le Noeud de vipères par MauriacFrançois Mauriac a immortalisé cette ambiance malsaine entretenant la méchanceté commune, ce nœud de vipères où chacun s’enroule au mensonge de l’autre en y rajoutant son propre venin. Pire qu’un panier de crabes, ce nœud de vipères représente une famille, un clan, voire une nation solidaire dans le mal et l’empoisonnement des relations humaines.

Dans « Le Nœud de vipères », la confession est celle de Louis : le vieil homme rédige une lettre à sa femme – et à ses enfants -, chargée de rancune. Il abhorre cette « engeance de vipères », une meute soudée contre lui, aux basques de sa fortune. Son unique plaisir devient donc celui de déjouer les complots de la famille et de manœuvrer pour les déshériter : « Et moi, témoin de cette lutte que j’étais seul à savoir inutile et vaine, je me sentis comme un dieu, prêt à briser ces frêles insectes dans ma main puissante, à écraser du talon ces vipères emmêlées, et je riais. » (Le Nœud de vipères‎, ‎Paris, Grasset, 1932.
Qu’est-ce qu’un nœud de vipères, sinon un endroit déconseillé à tout ce qui n’est pas vipère, personne médisante ou malfaisante, qui ne vit que par la critique et le venin ?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? dans Communauté spirituelle 915734254Un autre roman, d’une terrible puissance évocatrice, nous décrit la mise en place d’un cercle infernal de violence d’une mère à son fils. Dans « Vipère au poing » (1948), Hervé Bazin décrit l’enfance et l’adolescence du narrateur, Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon. Ce dernier décrit ses rapports avec sa famille, et notamment sa mère Paule Rezeau, née Pluvignec, dite Folcoche, une marâtre cruelle et peu aimante. Ce roman est un huis clos entre la mère indigne, les trois enfants martyrisés, le père lâche et un précepteur changeant. « Vipère au poing », c’est le combat impitoyable livré par les enfants à leur mère, une femme odieuse, qu’ils ont surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d’Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d’emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.

Au début du livre le jeune Rezeau jouait avec une vipère dans « La belle angerie » leur maison ; à mesure qu’elle s’enroulait sur son poignet il était déterminé à serrer jusque mort s’en suive. En regardant ses yeux (à la vipère) pleins de haine il ne pouvait s’empêcher de la comparer à Folcoche sa mère. « Elle avait de jolis yeux, vous savez, cette vipère, non pas des yeux de saphir comme les vipères de bracelets, je le répète, mais des yeux de topaze brûlée, piqués noir au centre et tout pétillants d’une lumière que je saurais plus tard s’appeler la haine et que je retrouverais dans les prunelles de Folcoche ».

On rêverait d’un homme politique assez courageux pour aller crier : « engeance de vipères ! » aux menteurs et aux violents d’aujourd’hui ! Les nœuds de vipères actuels pullulent, sous prétexte d’islam, de libéralisme ou de politiquement correct etc… Commençons nous-mêmes par discerner les venins et les divisions dont nous sommes complices, parfois ‘à l’insu de notre plein gré’ : alors nous pourrons crier avec Jésus leurs quatre vérités aux hypocrites et aux menteurs de tous bords !

 


[1]. Le roi leur dit : « Comment était cet homme qui est monté à votre rencontre et qui vous a dit ces paroles ? » Ils lui répondirent : « C’était un homme qui portait un vêtement de poils et un pagne de peau autour des reins. » Alors il dit : « C’est Élie le Tishbite ! » (2 R 1, 2-8)
[2]. « Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2,24-25).

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)

Lecture du livre du prophète Isaïe

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

 

PSAUME

(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !

 

DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations,je chanterai ton nom.

 

ÉVANGILE

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
 Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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21 juillet 2019

La prière et la loi de l’offre et de la demande

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La prière et la loi de l’offre et de la demande

Homélie pour le 17° Dimanche du temps ordinaire / Année C
28/07/2019

Cf. également :

Que demander dans la prière ?
La force de l’intercession
Les 10 paroles du Notre Père
Intercéder comme Marie

 

1. La prière marchande (selon les païens)

La prière et la loi de l’offre et de la demande dans Communauté spirituelle 13512Un enterrement traditionnel en Afrique noire, il y a 40 ans. Pas n’importe quel enterrement : celui du vieux chef coutumier du village, honoré et respecté de tous. Les voisins viennent en foule pendant trois jours visiter la famille et faire la fête. Chacun apporte son offrande : des poulets, des chevaux, des brebis, des vaches et des bœufs. Lors de la cérémonie, le sacrificateur égorge un à un ces animaux, en prononçant les paroles rituelles et en faisant couler le sang dans la terre pour nourrir les ancêtres et obtenir leur bénédiction. Le beuglement des vaches n’émeut personne, car le sacrifice de ces animaux est l’offrande nécessaire pour obtenir des divinités la paix pour le village et le séjour parmi les ancêtres pour le chef.

La logique des sacrifices d’animaux (ou humains hélas !) est toujours la même, que ce soit en Afrique noire, dans le Temple de Jérusalem ou au sommet des pyramides aztèques  autrefois : le peuple offre aux dieux une victime vivante, afin qu’en échange lui soit donnée la paix, la prospérité, la fin d’un cataclysme, des moissons généreuses etc.

En termes modernes, on pourrait dire que c’est la loi économique de l’offre et de la demande qui préside à ces rituels païens : il faut payer au dieu le prix suffisant pour obtenir ses faveurs. C‘est tout l’objet de la loi de l’offre de la demande en économie [1] : trouver le prix d’équilibre qui va permettre l’échange entre celui qui offre et celui qui demande, selon le schéma classique :

240px-Offre-demande-equilibre.svg Abraham dans Communauté spirituelle

La prière marchande est la projection sur Dieu de nos habitudes humaines dans l’échange. C’est une conception naturelle, innée en chacun et en tous : nous imaginons Dieu sur le mode d’un marchand à qui il faut donner quelque chose de précieux en échange de ses grâces. Ce type de prière a perduré même en christianisme : nombre de pèlerinages à Saint Jacques de Compostelle, éprouvants et humiliants, ont été fait pour obtenir la rédemption divine. Nombre de cierges à Lourdes, de cilices monastiques, de neuvaines ou de rogations étaient le prix à payer pour obtenir une guérison, un pardon, une réussite ou une pluie abondante. On n’est jamais loin du marchandage : ‘si tu me donnes ceci ou cela alors je te promets de faire ceci ou cela’.

Évidemment, Jésus s’est inscrit résolument en faux contre ce type de prière. Dans la lignée des prophètes d’Israël, il rappelle que les sacrifices d’animaux ne sont d’aucune valeur devant un cœur brisé prêt à accueillir le don de Dieu. Il lui arrive souvent de guérir des gens qui n’avaient rien demandé. À ceux qui demandent une guérison physique, il les  conduit plus loin en parlant de salut et de sainteté tout en leur accordant la santé pour les y amener. Le donnant-donnant moyennant un prix à payer n’est sûrement pas la relation que Jésus entretenait avec son Père dans la prière, ni la relation de salut avec ceux qu’il rencontre en chemin.

 

2. La prière discount (selon Abraham)

Notre première lecture de ce dimanche nous met sur la voie d’une autre prière : celle d’Abraham intercédant pour Sodome (Gn 18, 20-32). Intercéder pour Sodome ! Dans l’imaginaire collectif, Sodome et Gomorrhe sont devenus des symboles de la dépravation des grandes villes. Deux différences avec la prière païenne sautent aux yeux : Abraham ne prie pas pour lui-même ; il intercède pour des pécheurs et non des justes.

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La technique de négociation d’Abraham est subtile : elle semble relever du marchandage, puisqu’Abraham discute le prix du salut de Sodome, en le faisant baisser au maximum : 50 justes, 45, 40, 30, 20, 10. Un vrai négociateur apparemment, puisqu’il réussit à obtenir la même promesse de salut pour cinq fois moins cher. Abraham ne descend pas en dessous de 10, car c’est le nombre minimum d’hommes prescrits par la loi juive pour constituer une assemblée de prière légitime : le minian.

Pour autant, le levier de sa demande n’est pas le nombre de justes dans Sodome, mais la fidélité de Dieu à lui-même : ‘toi qui es le juste par excellence, comment pourrais-tu faire mourir le juste avec le coupable sans te renier toi-même ?’
Habile…

Abraham sait bien que l’offre du côté de Dieu ne s’achète pas, alors il l’appelle à ne pas se renier lui-même – ce qui bien sûr est impossible – en ne confondant pas les justes et les injustes. Il obtient ainsi l’offre maximum (la promesse de salut de la ville) pour un prix minimum (10 justes).

Transposons à aujourd’hui : cela signifie que lorsque nous faisons appel à Dieu pour ce qu’il est en lui-même (et non pour notre intérêt), nous pouvons être sûrs de sa réponse quel que soit notre mérite devant lui (en réalité nous n’en avons aucun). À condition d’opérer le double décentrement repéré dans l’intelligente négociation d’Abraham : intercéder pour les autres plus que pour soi, demander à Dieu d’être lui-même plus qu’à notre image…

 

3. La prière poisson-serpent / œuf-scorpion selon Jésus

Dans son enseignement sur la prière de notre évangile de ce dimanche (Lc 11, 1-13), Jésus va jusqu’au bout de la logique amorcée par Abraham. Dans le Notre Père, il commence par décentrer notre prière en le tournant vers Dieu, son identité de Père (de tous), son Nom, son règne et sa volonté (3 louanges et 3 demandes au début des 10 paroles du Notre Père). Puis viennent les 4 demandes humaines qui sont « sans prix », au sens où Jésus ne fixe pas de tarif pour obtenir le pain, le pardon, la force spirituelle, la délivrance du mal. Nous sommes déjà très loin de l’échange marchand !

poisson serpentLa parabole suivante met en scène une prière non pour soi mais pour nourrir un ami de passage imprévu. L’autre parabole indique qu’il peut y avoir un décalage entre la demande humaine et l’offre divine, mais toujours en faveur de l’homme :

« Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? »

Autrement dit, Dieu sait ce qui est bon pour nous, mieux que nous-mêmes. Jamais il ne nous donnera ce qui pourrait nous faire du mal, ou ce qui pourrait nous faire faire du mal aux autres. On peut pousser la logique de Jésus à son maximum : si vous demandez un serpent, il vous sera donné un poisson ; si vous réclamez un scorpion, vous recevrez un œuf. Le serpent et le scorpion sont symboliques du mal qui a perdu Adam et Ève (le serpent) et qui continue à inoculer son venin dans le monde par la violence et la ruse (le scorpion). Le poisson symbolise la foi en Jésus-Christ sauveur, fils de Dieu (ictus en grec) et l’œuf la résurrection (la vie à venir). Dieu sait convertir nos demandes pour qu’elles deviennent sources de vie et non de mort.

L’important pour nous est de demander de tout notre cœur, en acceptant par avance que Dieu puisse nous donner autre chose que ce que nous demandons, un don bien supérieur à ce que nous aurions pu imaginer.

« Demandez et vous recevrez » : la promesse du Christ est apparemment démentie chaque fois qu’il arrive l’inverse de ce que nous avons demandé (la mort au lieu de la guérison, la séparation au lieu de l’union, l’échec au lieu de la réussite etc.). Pourtant elle se révèle profondément accomplie lorsque nous découvrons que Dieu nous donne infiniment mieux et davantage que ce que je vous nous imaginions pour nous, même si c’est complètement autre chose. Une amie qui vient de perdre son mari d’un cancer en quelques mois me confiait : « j’ai prié pour que Jacques guérisse. Maintenant je dois découvrir pour-quoi il est mort, c’est-à dire ce que Dieu m’invite à faire de cette disparition ».

Demandez à Dieu d’être Dieu, et vous recevrez bien plus grand que le désir immédiat de votre cœur.

 oeuf scorpion

4. La prière sans objet (selon Salomon et selon Jésus.)

Jésus termine son enseignement sur la prière à cette ouverture-clé : « combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

De la prière du Notre Père.Car finalement, le véritable objet de notre demande dans la prière n’est pas un objet, mais une personne vivante : l’Esprit Saint lui-même. Demander l’Esprit Saint, ce n’est pas demander la richesse ou la guérison, la réussite ou la paix, c’est désirer vivre comme Dieu en Dieu. C’est ajuster sa respiration sur le souffle intime de l’Esprit en nous. C’est d’apprendre à désirer comme Dieu désire, aimer comme Dieu aime, se livrer comme Dieu se livre. Des mystiques comme Maître Eckhart iraient même jusqu’à dire : laisser Dieu désirer en nous, aimer en nous, se livrer à travers nous. Cette prière est sans objet, car elle a l’Esprit Saint en personne comme sujet.

Dieu sait ce qui nous convient avant même que nous n’ouvrions la bouche pour le prier. Le fait de prier n’a pas pour but d’informer Dieu, qui nous connaît mieux que nous-mêmes, mais de former en nous le désir selon le cœur de Dieu. Par exemple, lorsque Jacques et Jean demandent à Jésus d’être « à sa droite et à sa gauche lors de son règne », il leur répond :

« Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? Ils lui dirent: « Nous le pouvons. Jésus leur dit: « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder: ce sera donné à ceux pour qui cela est préparé » (Mc 10,38-40).

La transformation de la demande est bien de passer de la convoitise d’un objet (ici du pouvoir) au désir d’une relation de communion avec le Christ (figurée ici par la coupe de sa Passion et son baptême).

L’œuf à la place du scorpion…

La Sagesse De Salomon   de jean-yves leloup  Format Poche Déjà, le roi Salomon avait donné l’exemple de la vraie prière de demande. Tel le génie de la lampe d’Aladin, Dieu lui promet d’exaucer tous ses vœux. Salomon ne demande pas quelque chose (gloire, richesse, victoire sur les ennemis etc.) mais quelqu’un : la Sagesse. « Donne-moi la Sagesse assise près de toi » (Sg 9,4).

La réponse de Dieu est immédiate :

Dieu dit à Salomon : Parce que c’est là ce qui est dans ton cœur, et que tu n’as pas demandé ni des richesses, ni des biens, ni de la gloire, ni la mort de tes ennemis, et que même tu n’as pas demandé de longs jours, et que tu as demandé pour toi la sagesse et l’intelligence pour juger mon peuple sur lequel je t’ai fait régner, la sagesse et l’intelligence te sont données. Je te donnerai en outre des richesses, des biens et de la gloire, comme n’en a eu aucun roi avant toi, et comme n’en aura aucun après toi » (2Ch 1, 1-11)

Jésus s’inscrira dans cette lignée de Salomon avec sa formule géniale : « cherchez d’abord le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33). Car en Jésus, il y a bien plus encore que Salomon (Mt 12,42).

À Gethsémani, il se bat précisément pour convertir sa prière de demande en une prière d’union à son Père : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. […] Il retourna prier une deuxième fois : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,39.42)

Les meilleures choses dans la vie ne sont pas des choses ; ce sont des êtres vivants : conjoint, enfants, amis, compagnons de route… Ainsi dans la prière, la meilleure chose que nous ayons à demander n’est pas une chose mais l’Esprit Saint en personne : « combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Saint Augustin l’écrivait à son amie Proba : sil nous est demandé de prier, ce n’est pas pour informer Dieu de nos besoins, qu’il connaît mieux que nous-mêmes, mais pour former en nous le désir de Dieu qui veut nous combler de ses dons. Il s’agit d’ajuster notre désir au don de Dieu.

C’est celui qui sait donner de bonnes choses à ses fils qui nous oblige à demander, à chercher, à frapper (Lc 11, 9-13). Pourquoi Dieu agit-il ainsi, puisqu’il connaît ce qui nous est nécessaire, avant même que nous le lui demandions ? Nous pourrions nous en inquiéter, si nous ne comprenions pas que le Seigneur notre Dieu n’a certes pas besoin que nous lui fassions connaître notre volonté car il ne peut l’ignorer, mais qu’il veut par la prière exciter et enflammer nos désirs, pour nous rendre capables de recevoir ce qu’il nous prépare. Or ce qu’il nous prépare est chose fort grande, et nous sommes bien petits et bien étroits pour le recevoir. C’est pourquoi il est dit : « Dilatez-vous » (2 Co 6, 13-14).

 

Ne rêvons pas : ces quatre strates de prière coexistent en chacun de nous, mélangées, se croisant sans cesse, jamais chimiquement pures. Le tout est de prendre conscience de la conversion du désir qui est l’enjeu de notre prière : « que ta volonté soit faite ».

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[1]. En microéconomie, l’offre et la demande est un modèle économique de détermination des prix dans un marché. Ce modèle postule que, toutes choses étant égales par ailleurs, dans un marché concurrentiel, le prix unitaire d’un bien ou d’un autre élément négocié comme de la main-d’œuvre ou des actifs financiers, varie jusqu’au moment où la quantité demandée (au prix courant) sera égale à la quantité fournie (au prix courant), résultant à un équilibre économique entre prix et quantité négociée (source : Wikipédia).

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Que mon Seigneur ne se mette pas en colère si j’ose parler encore » (Gn 18, 20-32)

Lecture du livre de la Genèse

 En ces jours-là, les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Alors le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. » Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur. Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » Le Seigneur déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. » Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. » Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. » Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. »

Psaume
(Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8)
R/ Le jour où je t’appelle, réponds-moi, Seigneur.
(cf. Ps 137, 3)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
de loin, il reconnaît l’orgueilleux.
Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s’abat sur mes ennemis en colère.

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

Deuxième lecture
« Dieu vous a donné la vie avec le Christ, il nous a pardonné toutes nos fautes » (Col 2, 12-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.

Évangile
« Demandez, on vous donnera » (Lc 11, 1-13)
Alléluia. Alléluia.
Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; c’est en lui que nous crions « Abba », Père. Alléluia. (Rm 8, 15bc)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : ‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.’ Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose’. Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Patrick BRAUD

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24 mars 2019

Souper avec les putains

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

SOUPER AVEC LES PUTAINS

Homélie pour le 4° dimanche de Carême / Année C
31/03/2019

Cf. également :

Servir les prodigues
Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non
Fréquenter les infréquentables
La commensalité du Jeudi saint

L’expression est volontairement provocatrice ! Elle vient de Jacques Pohier, jésuite et exégète, en 1973. Il entendait ainsi actualiser le côté scandaleux et inconcevable de l’attitude de Jésus, qui devrait être la nôtre aujourd’hui : « il est allé manger chez des pécheurs ».

L’accusation maintes fois portée contre Jésus ne fut pas de souper avec les putains mais de manger avec les pécheurs. Mais quelqu’un peut difficilement-imaginer au XX° siècle l’immoralité, religieuse et civile, qu’il y avait alors pour un juif de bonne moralité à manger avec les pécheurs. Dire aujourd’hui que Jésus a mangé avec les pécheurs, c’est édulcorer ce qui est en cause, à quoi je rends la virulence qui convient en disant : souper avec les putains, et en écartant volontairement le mot plus pudique de prostituée. (Jacques Pohier, texte de Juin 1973)

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Manger à la même table que quelqu’un, à l’époque, c’est bien plus qu’un repas. C’est une identité commune, un héritage en partage (celui d’Abraham), une solidarité assurée. La commensalité nourrit la fraternité, si bien que les juifs religieux considèrent comme péché de s’attabler avec des païens, qui mangent une nourriture impure, ou des pécheurs publics qui sont impurs eux-mêmes. En plus, ils sont obligés de manger kasher, et cet interdit alimentaire - comme le halal pour les musulmans - aboutit en pratique à un communautarisme religieux basé sur la pureté rituelle. En allant manger chez les pécheurs (comme nous devrions le faire), Jésus fait sauter en éclats ce séparatisme culinaire, ces barrières inventées par des traditions humaines, trop humaines.

On l’oublie trop souvent, la pointe de la parabole du fils prodigue de ce Dimanche (Lc 15, 1-32) n’est pas la repentance du fis ingrat, mais l’explication de la conduite morale de Jésus : il va « souper avec les putains » parce que le premier son Père festoie et se met à table avec son vaurien de fils parti dépenser son héritage au loin en compagnie des filles de petite vertu…

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

C’est le banquet final de la parabole qui légitime l’action du Christ : il est l’image parfaite du Père lorsqu’il se compromet avec les impurs, lorsqu’il festoie avec les pécheurs, lorsqu’il ne respecte ni le casher ni le halal qui le sépareraient de ceux qu’il aime. Le fils aîné ne s’y trompe pas hélas !, lui qui refuse d’entrer dans la maison familiale pour prendre part au repas de fête qui célèbre le retour de son frère.

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La sainteté des pharisiens – comme de tous les ultrareligieux de tous bords – est une sainteté par séparation. C’est d’ailleurs le sens premier du mot pharisien : séparé ; à tel point qu’ils faisaient attention dans la rue à n’être touchés par personne de peur de contracter quelque impureté religieuses au passage. Pas facile dans les rues étroites de Jérusalem ! D’où leur regroupement dans des quartiers à eux, entre eux (l’entre-soi n’est pas nouveau !). C’est pourquoi le pharisien refuse de toucher un blessé dans la parabole du bon samaritain.

La sainteté de Jésus n’est pas une sainteté de séparation, mais de communion. Il quitte la divinité pour faire corps avec notre humanité (c’est la kénose), mais en plus il va faire corps avec les pécheurs, jusqu’à être identifié aux pires d’entre eux sur la croix, car il veut « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10).

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Par cette parabole du fils prodigue, Jésus manifeste que devenir Dieu – par lui, avec lui et en lui – c’est prendre dans nos bras les lépreux de notre temps, s’attabler avec ceux qui sont peu recommandables, fréquenter les infréquentables, bref : « souper avec les putains ».

Notons bien que l’initiative vient de Dieu et non du pécheur. La brebis égarée ne fait rien d’autre que de bêler au secours, mais nulle trace évidemment de pénitence en elle. Le Père du fils prodigue le guette chaque jour au loin sur la route bien avant que celui-ci ne décide de revenir. D’ailleurs le Père ne lui laisse pas le temps de débiter son acte de contrition appris par cœur. Il lui coupe la parole et lui dit : « viens festoyer ; tu es mon fils. Tu auras bien le temps de voir comment vivre de nouveau après le festin ».

Jacques Pohier précise à juste titre que l’attitude de Jésus avec les pécheurs n’est pas de l’ordre du mérite : pénitence puis pardon, mais bien l’inverse !

En se comportant avec tous ces gens de telle sorte qu’il lui fut si souvent reproché de « manger avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs » (Mt 9, 11), d’être « un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs » (Mt 11, 19), de « faire bon accueil (chez lui) aux pécheurs et manger avec eux » (Lc 15, 2), et en rétorquant aux Pharisiens : « En vérité, je vous le dis, collecteurs d’impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu » (Mt 21,31), Jésus ne se soucie certes pas d’abord de morale, car c’est avant tout d’une révélation sur Dieu qu’il s’agit. Il s’agit pour lui de montrer qui est son Dieu, et qu’il n’est pas tel que sa manifestation et sa rencontre soient soumises aux restrictions et aux exclusives qui faisaient que, selon les docteurs et les prêtres d’alors comme de toujours ces gens n’avaient pas droit à Dieu sous prétexte de leur conduite morale ou de leur ignorance religieuse. Mais s’il ne s’agit pas d’abord de morale, il s’agit aussi de morale, et même de formation morale.

Voilà de quoi transformer nos propres réconciliations. Non pas d’abord exiger que l’autre change pour que je puisse l’aimer à nouveau, mais l’aimer à nouveau et il pourra librement changer, à sa guise (ce n’est pas mon problème). La conversion est une conséquence de la grâce et non un préalable. La communion avec le Christ est donnée gratuitement, inconditionnellement, et elle fait son œuvre en nous transformant de l’intérieur. Mais elle ne se mérite pas, au contraire.

Lapinbleu270C-Eph2_5-copie-1 JésusLe schéma n’est pas :
a) le pécheur dit qui il est en confessant son péché,
b) il fait pénitence,
c) en conséquence, Dieu peut de nouveau être Dieu avec lui,

mais le schéma est exactement le contraire :
a) Jésus dit qui est Dieu, montre comment Dieu est Dieu avec cette femme, avec cet homme,
b) le pécheur se retrouve du coup avec Dieu,
c) le pécheur confesse son péché et fait pénitence.

C’est la manifestation de la façon dont Dieu est amour qui engendre la conversion, et non pas la conversion qui permet à Dieu de donner libre cours à son amour.
C’est là le contraire, exactement le contraire de la façon dont nos morales, dont nos sociétés, dont nos religions, mais aussi dont nos réactions psychiques personnelles - conscientes ou non - croient devoir traiter la culpabilité.

Cette inversion quasi blasphématoire de la conversion et de la grâce devrait nous empêcher de réduire le christianisme à une morale. En Christ, la morale est seconde (non secondaire). La grâce est première. Elle suscite une morale de réponses et non de préalable. Et cela change tout ! « Souper avec les putains », ce n’est pas faire de Dieu une récompense pour les justes mais faire de ceux qui étaient perdus une récompense pour Dieu.

Les Invisibles : AfficheC’est l’expérience bouleversante de voir Dieu ainsi à nos côtés, goûter avec nous les mêmes plats, qui fera naître en nous l’irrépressible désir de vivre autrement, en accord avec le don reçu. Ainsi Zachée a rendu quatre fois ce qu’il a volé après et non avant que le Christ s’invite chez lui. La femme adultère n’est appelée à la fidélité qu’après avoir été pardonnée. Lévi quitte ses pots-de-vin de fonctionnaire sous occupation d’une armée étrangère après qu’il ait été appelé par Jésus et non avant. Marie elle-même est comblée de grâce dès sa naissance non pas en raison de ce qu’elle aurait fait, mais en raison du Verbe faisant corps en elle, gratuitement.

Comment dès lors pourrions-nous poser des conditions aux chercheurs de Dieu d’aujourd’hui ? Au lieu de les soumettre à une morale trop mêlée de traditions humaines comme celle des pharisiens, ne vaut-il pas mieux mettre en premier l’expérience spirituelle, l’expérience bouleversante du Christ com-pagnon de toutes nos routes mêmes les plus tortueuses ?

Méditons donc cette semaine sur cette promiscuité du Christ avec les impurs, les prostituées, les publicains.

Que voudrait dire pour nous aujourd’hui : « manger avec les pécheurs » ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué : « Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. » Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !
(cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

Deuxième lecture
« Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Évangile
« Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

 

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