L'homelie du dimanche

18 avril 2021

Quelle est votre clé de voûte ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quelle est votre clé de voûte ?

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année B
25/04/2021

Cf. également :

Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
L’agneau mystique de Van Eyck
La Résurrection est un passif
Le berger et la porte
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Il est fou, le voyageur qui…

Donner voix aux plus pauvres

Quelle est votre clé de voûte ? dans Communauté spirituelle Marron-Histoire-Education-PresentationLe jeudi 25 Mars 2021, une mini réforme du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) est passée presque inaperçue. Il s’agissait de diminuer le nombre de délégués à cette institution, pour la rendre plus efficace. Mais – surprise ! - le siège traditionnellement confié à ATD Quart-Monde avait disparu de la nouvelle assemblée, sans explication. Rappelons qu’ATD est de tous les combats contre la pauvreté depuis sa fondation en 1957 par le Père Joseph Wresinski. En passant de 233 à 175 conseillers, la réforme devait forcément faire des mécontents. Il faut se rendre à l’évidence : les grands perdants de cette redistribution sont les représentants des pauvres.

ATD-Quart Monde est ainsi écartée, et il ne reste que deux sièges (la Croix Rouge et le collectif Alerte qui réunit 35 fédérations et associations nationales, dont fait partie ATD Quart Monde [1]) qui pourraient porter la voix de la pauvreté. Marie-Aleth Grard, la présidente d’ATD, se dit stupéfaite et rappelle que son association y siégeait depuis 1979.

« Nous avons beaucoup d’estime pour La Croix-Rouge mais cette institution n’est pas le porte-parole des plus pauvres, plaide Marie-Aleth Grard. ATD Quart Monde siège au CESE depuis 1979 et y a produit les rapports les plus diffusés de l’institution ». Par exemple, en 1987, celui de son fondateur Joseph Wresinski, « Grande pauvreté et précarité économique et sociale », qui a abouti à la création du Revenu Minimum d’Insertion. Mais aussi, en 1997, celui de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, alors présidente d’ATD, qui a nourri la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 et inspiré les dispositifs de couverture maladie universelle (CMU) et de droit au logement opposable (DALO). D’autres font remarquer qu’on est très loin de l’objectif affiché d’une représentation des 15% de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté. Au moment où la pauvreté ne cesse d’augmenter en période Covid, Marie-Aleth Grard trouve qu’après la suppression en 2019 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion (ONPES), « le signal est inquiétant ».

Quelle est donc cette société qui s’arrange pour ne plus entendre la voix des plus pauvres ? Comment imaginer de nouvelles législations sociales sans prendre le temps de consulter ceux qui sont les premiers concernés par les mesures à venir ?

Voilà un exemple flagrant – et bien français – du rejet de pierres vivantes par les bâtisseurs de la cité ! C’est bien cette exclusion en pratique que vise le psaume 117 de notre dimanche : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ».

Ce psaume dit deux choses : nous sommes capables de rejeter aux marges de la construction commune des pans entiers de la population ; mais cette exclusion peut être retournée comme un gant et devenir la chance de salut pour tous si nous savons avec Dieu faire des exclus d’aujourd’hui la pierre d’angle de la société de demain. Dans cet esprit, ATD a fondé une fraternité : « La Pierre d’Angle », entre des personnes du Quart Monde et d’autres qui les rejoignent (de 25 villes environ). La Pierre d’Angle favorise un esprit commun, qui pourrait se décliner de la manière suivante :

ne pas cesser de rechercher le plus pauvre et le plus oublié, et lui donner la priorité
apprendre de l’expérience de vie des plus pauvres
découvrir avec eux comment la présence de Dieu se manifeste déjà dans leur vie
favoriser pour chaque fraternité et pour chacun de ses membres une participation accrue à la vie de l’Église et du monde
transmettre l’expérience de vie et la réflexion des plus pauvres à l’Église et au monde.
« Le Christ était la pierre d’angle et il faisait des plus pauvres la vie, la prière, la foi de l’Église à travers les siècles. Suivre Jésus a cette double signification : se faire pauvre et servir les plus pauvres, mais aussi : apprendre d’eux ce qu’est la vie, ce qu’est l’humanité, mais aussi : qui est Dieu » (Père Joseph Wresinski).

L’enjeu de ce retournement social est tel que Jésus lui-même n’a pas hésité à s’identifier à la pierre rejetée du psaume 117 : « Que signifie donc ce qui est écrit : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » ? » (Lc 20,17). En effet, y a-t-il pire exclusion à l’époque de Jésus que la croix pour un juif ? Châtiment d’esclave en fuite, infamant aux yeux des Romains, source de malédiction religieuse pour les croyants juifs, déshonorant aux yeux de tous, humiliant et suppliciant… : la croix était la mise à l’écart – violente et éternelle – des rebuts d’Israël et de l’Empire. Jésus sait donc de quoi il parle lorsqu’il évoque le rejet par les bâtisseurs…

 

Les deux pierres

Christ-is-the-Cornerstone-of-our-Faith ATD dans Communauté spirituelleRevenons quelques instants sur le psaume 117. Il a été écrit lors de la reconstruction du Temple de Jérusalem, après la catastrophe de l’Exil à Babylone en -586, au retour d’exil en -536. Le livre d’Esdras en témoigne : « Alors les maçons posèrent les fondations du Temple du Seigneur, tandis que prenaient place les prêtres revêtus de leurs ornements, avec les trompettes, puis les lévites, fils d’Asaph, avec les cymbales, afin de louer le Seigneur selon les indications de David, roi d’Israël » (Esd 3, 10). Le rapprochement de ce texte d’Esdras avec le début et la fin du Psaume 117, nous incite à penser que la pierre angulaire représente la pierre de fondation du Temple et que ce psaume est un hymne en relation avec la fondation du Temple de Dieu.
Isaïe fait également ce lien : « Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle, une véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s’inquiétera pas » (Is 28, 16).

Dieu avait expliqué une vision au prophète Zacharie où il est question de la pierre principale, donc la pierre angulaire : « Qui es-tu, grande montagne ? Devant Zorobabel, te voici une plaine ! Il en extrait la première pierre, parmi les acclamations : La grâce, la grâce sur elle ! » (Za 4, 7). Dans ce texte la grande montagne pourrait être la montagne de ruines du Temple de Salomon et de la ville de Jérusalem détruits par les Babyloniens. Cette « montagne » aurait occupé l’emplacement du Temple, ce qui pourrait donner l’impression que la reconstruction du Temple serait impossible. Par cette vision, Dieu donnait l’assurance que la pierre principale, littéralement la pierre de tête, donc la pierre de fondation ou la pierre faîtière, serait posée. Le message de Dieu est clair : quelques soient les difficultés, le Temple sera achevé. Cette montagne pourrait aussi être, dans un sens figuré, une métaphore pour parler des différents obstacles à la restauration du Temple. La pierre rejetée du Psaume 117,22 pourrait être en relation avec les difficultés rencontrées par les bâtisseurs lors de la reconstruction du Temple. Une sorte d’adage comme : ‘les premiers seront les derniers’, montrant le changement de destinée de la « pierre rejetée » lors de la restauration du Temple à l’époque perse.

Colosse DanielLa construction du second Temple a une seconde signification : la destruction des idolâtries des royaumes étrangers. La vision du prophète Daniel mentionne ainsi une autre pierre que la pierre d’angle, symétrique pourrait-on dire car elle va dévaler sur les royaumes païens et faire s’écrouler le colosse aux pieds d’argile qui figurait les dominations idolâtres. Cette pierre détruira tous les royaumes terrestres symbolisés par une statue faite de plusieurs métaux et d’argile : « Or, au temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et dont la royauté ne passera pas à un autre peuple. Ce dernier royaume pulvérisera et anéantira tous les autres, mais lui-même subsistera à jamais. C’est ainsi que tu as vu une pierre se détacher de la montagne sans qu’on y ait touché, et pulvériser le fer, le bronze, l’argile, l’argent et l’or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui doit ensuite advenir. Le songe disait vrai, l’interprétation est digne de foi » (Dn 2, 44 45).

Isaïe annonçait même que le Temple deviendrait une pierre d’achoppement qui ferait tomber les maisons d’Israël et de Judas : « Il deviendra un lieu saint, qui sera une pierre d’achoppement, un roc faisant trébucher les deux maisons d’Israël, piège et filet pour l’habitant de Jérusalem. » (Is 8, 14). Les chrétiens y ont vu l’annonce de la résurrection de Jésus, dont le corps est le vrai Temple de Dieu, ce que les juifs ne pourront admettre.

 

Jésus connaît bien sûr ces passages de l’Écriture sur les deux pierres, et il en joue pour évoquer sa mission et son identité. Il fait le lien entre la pierre angulaire du psaume et la pierre d’achoppement de Daniel : « Que signifie donc ce qui est écrit : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. Tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière !” » (Lc 20, 17 18).

Le reste du Nouveau Testament a suivi unanimement cette double identification de Jésus à la pierre d’achoppement qui fait s’écrouler l’ancien monde (la Loi, les sacrifices d’animaux, la circoncision etc.) et à la pierre d’angle sur laquelle s’appuie la construction du Nouveau Monde, le royaume de Dieu, dont l’Église a pour vocation d’être un signe et une anticipation :

« Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle » (Ac 4, 11).
« Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même » (Ep 2, 20).
« Selon la grâce que Dieu m’a donnée, moi, comme un bon architecte, j’ai posé la pierre de fondation. Un autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il contribue à la construction. La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ » (1 Co 3, 10-11).
« Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu » (1 P 2, 4).

Paul mélange les deux citations d’Ésaïe, celle du chapitre 28,16 et celle du chapitre 8,14 confirmant que la pierre angulaire et la pierre d’achoppement sont une seule et même pierre : « au lieu de compter sur la foi, ils comptaient sur les œuvres. Ils ont buté sur la pierre d’achoppement dont il est dit dans l’Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, un roc qui fait trébucher. Celui qui met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte » (Rm 9, 32 33).

Pierre explique la raison pour laquelle la pierre angulaire, symbole de salut se transforme en pierre d’achoppement : « En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre d’achoppement, un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver » (1 P 2, 6 8).

Dire de Jésus qu’il est la pierre d’angle est d’une grande portée sociale et politique : en lui, les rejetés sont réintégrés dans la construction commune, à la première place.
Dire de Jésus qu’il est la pierre d’achoppement implique une contestation chrétienne radicale des systèmes économiques et sociaux injustes et oppresseurs, tel le colosse aux pieds d’argile de Daniel. On se souvient par exemple de la dénonciation très tôt du communisme comme « intrinsèquement pervers », ou de l’avortement comme « un crime abominable ». En opposition frontale aux puissances de leur époque, ces contestations  finissent par faire triompher la vérité et s’écrouler les mensonges.

 

La clé de voûte

Pierre placée à l’angle, au coin d’un bâtiment, à l’endroit où deux murs se rejoignent, la pierre d’angle joue un rôle important, car elle sert à unir les deux murs et à les fixer solidement l’un à l’autre. La pierre d’angle principale d’un bâtiment se situait au niveau des fondations ; c’était la pierre angulaire de fondement. Pour les bâtiments publics et les murailles des villes, on choisissait une pierre particulièrement solide.

De nos jours, nous ne construisons plus de bâtiments en pierres mais en béton. Et là, pas de pierre d’angle. Les édifices en briques non plus n’en comportent pas. Le symbolisme de cette jonction entre deux murs perpendiculaires ne joue plus dans notre imaginaire contemporain. On ne voit pas non plus comment un monument pourrait s’appuyer sur une seule pierre de fondation. Les fondations, c’est bien autre chose : des tranchées profondes dans le sol, dans lesquelles on plante des pieux ou une armature de barres d’acier sur des lits de pierre ou de béton. Dans le domaine architectural actuel, une pierre angulaire n’est finalement qu’une pierre à l’angle de la construction, sans symbolique particulière, ni même d’importance de fiabilité sur la résistance des murs.

1024px-Parties_d%27un_arc_en_plein_cintre PâquesAlors, comment garder le sens de l’image la pierre d’angle dans notre architecture ? Peut-être en la remplaçant par celle de la clé de voûte, qui nous est plus familière depuis l’art roman. La clé de voûte est cette pierre qui, au sommet d’un arc, tient ensemble toutes les pierres de l’arc en répartissant la pression de la voûte uniformément sur elles. Si on l’enlève, la voûte s’effondre sous son poids. Elle vient couronner l’ouvrage, à tel point que les clés de voûte des cloîtres, des abbatiales, des palais sont le plus souvent magnifiquement ornées de sculptures, des armes du prince ou de symboles. À l’instar de la pierre angulaire, la clé de voûte est ce qui fait tenir ensemble des pierres s’élevant en une construction commune. Sur elle s’appuient les autres. Elle garantit la cohésion de l’arc, la solidité de la voûte. Elle en est le joyau architectural.

Proclamer que Jésus est la clé de voûte de mon existence me demande donc un sérieux examen de conscience : est-il vraiment si central que cela dans ma vie ? Est-ce sur lui que s’appuient toutes les autres composantes de mon existence ? Est-ce lui vers qui tout converge en moi ?

Le test de la clé de voûte est le test du descellement. Faites une expérience de pensée : descellez en pensée tel élément de votre existence et voyez ce qui se passe. Si rien ne s’effondre, c’est que cet élément n’était pas si central que cela. Si tout s’écroule, vous tenez là sans doute votre clé de voûte !

Pour la plupart d’entre nous, c’est le travail, ou le conjoint, ou la famille ou la santé qui tient lieu de réelle clé de voûte. La foi est ornementale, mais rarement centrale : si vous en privez certains, il y aura bien quelques dégâts, mais uniquement des dommages collatéraux. Ils se reconstruiront facilement et rapidement, autrement. On peut expliquer ainsi la disparition du christianisme devant la poussée de l’islam au VII° siècle en Afrique du Nord : quelques  décennies auront suffi pour déraciner une foi en Jésus qui n’était finalement pas si solide que cela, malgré les Augustin d’Hippone ou autre grandes figures de l’Afrique ancienne… Peut-être est-ce ce qui se produit actuellement en Europe ?

 

Et vous, quelle est votre clé de voûte ?

Nuage-de-mots-veille-e1513119017975 PierrePas celle que vous allez déclarer, la main sur le cœur, être votre pilier intérieur.
Celle qui, lorsque tout vient à manquer, vous laissera désemparé et détruit.
Regardez en vous-même, car l’argent joue souvent ce rôle, ou la santé, ou la famille. Quelquefois l’amour des autres, mâtiné d’un fort besoin de reconnaissance finalement assez égoïste.
Qui peut dire en vérité que l’amour de Dieu est la clé de voûte de son parcours sur terre ?
Qui peut affirmer sans trembler que Jésus ressuscité est sa solidité la plus authentique ?
Qui peut proclamer que les rejetés des bâtisseurs sont ceux pour lesquels il se bat, afin de les mettre au sommet, au principe de nos institutions ?
L’Église elle-même peut-elle dire sans trembler que réhabiliter les exclus est le combat de sa vie, au nom de Jésus le rejeté–exalté ?

 

Et pourtant, c’est bien à cela que nous sommes appelés, chacun et ensemble : faire des rebuts de la société la clé de voûte de nos engagements.
Fêter Pâques est à ce prix, car « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ».

 

 


[1]. Techniquement, Alerte peut désigner ATD pour occuper le siège qui lui revient mais cela sera au détriment d’une autre association comme Les Petits Frères des Pauvres, qui représentait le réseau dans l’assemblée sortante.

 

 

LECTURES DE LA MESSE 

PREMIÈRE LECTURE
« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 8-12)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)
R/ La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. ou : Alléluia ! (Ps 117, 22)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les hommes ;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-2)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

ÉVANGILE
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11-18)
Alléluia. Alléluia.Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »
Patrick Braud

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11 avril 2021

Toucher, manger, bref : témoigner

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher, manger, bref : témoigner

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année B
18/04/2021

Cf. également :

Le courage pascal
Le premier cri de l’Église
Bon foin ne suffit pas
Lier Pâques et paix
La paix soit avec vous

Toucher, manger, bref : témoigner dans Communauté spirituelleCela fait plus d’un an que nous n’étreignons plus que nos très proches (pour ceux qui en ont). Un an sans embrasser les collègues le matin, sans serrer la main en signe de bienvenue ou d’accord. Un an sans contact entre épidermes autres que ceux de la maisonnée. Un an sans tomber dans les bras de l’autre pour consoler ou être consolé. Cela fait plus d’un an que nous prenons soin de ne pas toucher ni être touché….

Rubens Vivre sans contact est le destin d’une carte bancaire, pas d’un être humain. Quand Luc raconte la venue du Ressuscité au milieu des disciples, il insiste sur le côté réaliste de cette présence, que le toucher permet de confirmer expérimentalement : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai » (cf. Lc 24, 35-48).

S’adressant à des Grecs – connus pour leur sens de l’esthétisme – Luc leur épargne le détail des traces horribles de la crucifixion sur les mains ou les pieds que Jean considère comme des preuves de l’identité entre le crucifié et le ressuscité. Mais ce n’est que pour mieux renforcer le réalisme de la chair. Car les histoires grecques étaient pleines d’esprit et d’entités immatérielles, et le danger était grand de confondre le Ressuscité avec un de ces esprits sans chair ni os. Alors il faut toucher pour s’en convaincre. Jean le dira avec force : « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons » (1 Jn 1,1).

Comment fêter Pâques si je n’ai pas touché de près le corps du Ressuscité ?
Comment cela est-il possible aujourd’hui ? Évidemment, l’expérience des disciples est unique, non reproductible, depuis l’Ascension du Christ, c’est-à-dire sa disparition aux yeux de l’histoire. Son corps personnel n’est plus là, et nul ne sait où Dieu l’a mis ! Dire qu’il est « assis à la droite de Dieu » est la moins mauvaise image que nous avons trouvée, mais une nous ignorons ce qu’elle signifie en fait…

La réponse à la question est bien connue : puisqu’il nous est impossible de toucher le corps personnel du Ressuscité aujourd’hui, nous pouvons néanmoins toucher son corps ecclésial, à travers les plus pauvres notamment, et son corps sacramentel dans l’eucharistie. La liturgie dominicale nous laisse deux signes qui l’évoquent : le baiser de paix, la communion au pain et au vin (réduite trop souvent à la manducation d’une petite hostie).

Encore faut-il s’expliquer sur ce que veut dire toucher le Ressuscité au travers de « ces petits qui sont les frères du Christ », ou en communiant à la messe. Le danger est grand de spiritualiser ce que Luc voulait garder comme une réalité concrète, en bon médecin des corps qu’il était. Ou de réduire à une idée abstraite (exemple : la solidarité) ce qui est de l’ordre du toucher physique. La foi pascale n’est pas une démarche intellectuelle (comme la gnose franc-maçonne) ou spiritualiste (comme la croyance en l’immortalité de l’âme). Elle est avant toute une rencontre interpersonnelle avec quelqu’un qui a été « relevé d’entre les morts ». Et cette rencontre passe par le corps, le toucher, le contact.

Blaise Pascal Les PenséesQuand Pascal est touché par le Christ, il en est physiquement submergé : « joie, joie, pleurs de joie » griffonne-t-il à la hâte pour ne pas perdre le ressenti qui a inondé tout son être. Quand Claudel se convertit derrière un pilier de Notre-Dame de Paris, c’est en écoutant intensément chanter les Vêpres de Noël, qui ont produit sur lui une sensation physique inégalée. Quand le persécuteur juif Saul est renversé par le Ressuscité, il en porte les traces sur son visage avec des « écailles » – conséquences de son éblouissement – qui lui voilent le regard, jusqu’à ce que le baptême fasse tomber ces barrières à la foi.

La résurrection est donc à toucher, à palper, à tâter, selon le verbe employé par Luc (Ψηλαφήσατέ = pselaphao). On apprend aux jeunes femmes à palper leur poitrine pour y détecter des ganglions ou grosseurs anormales qui annonceraient un cancer du sein. Le gynécologue peut pratiquer un toucher vaginal au moment de l’accouchement pour surveiller la dilatation du col de l’utérus. Le gastro-entérologue pratique le toucher rectal pour détecter des hémorroïdes, un cancer de la prostate ou d’autres lésions internes. Loin d’être honteux, ces touchers  médicaux nous redisent qu’il est impossible de soigner sans aller au contact intime du corps humain, sans fausse pudeur (mais toujours avec un infini respect).

Si guérir un corps demande d’aller le toucher aussi intimement, on comprend que constater la résurrection demande un contact tout aussi précis ! Et symétriquement, on devine que toucher le corps du Ressuscité soit source de guérison pour celui qui se laisse approcher…

phase-terminale-personne manger dans Communauté spirituelleSi vous avez déjà veillé quelqu’un au seuil de sa mort, vous savez l’importance des regards de ces instants, des caresses de la main ou du visage, de la présence physique au-delà des mots, des baisers tendrement déposés sur une joue inerte. Le personnel des soins palliatifs vous le dira : quand on ne peut plus guérir, on peut toujours toucher, et par ce seul contact garder quelqu’un en humanité jusqu’au bout. Si être touché avec amour et respect nous maintient humain, alors combien plus être touché par le Ressuscité nous maintiendra vivants !

Le français nous y aide : se laisser toucher signifie accepter à la fois le contact physique et l’émotion qu’il produit en nous. Accueillir nos émotions est souvent un défi pour nos éducations volontaristes. Accepté d’être ému, c’est laisser la tristesse me mener à l’essentiel, la joie me transfigurer, la peur m’avertir, la colère me mobiliser, la reconnaissance me fortifier, la gratitude m’ouvrir à la beauté du monde… Les amants savent bien que se laisser enlacer au corps de l’autre demande de faire tomber ses barrières, ses blocages, pour s’abandonner à cette communion qui selon le Cantique des cantiques est « forte comme la mort » (Ct 8, 6). Ce qui indique au passage la dimension pascale de la communion des corps lorsqu’elle est vécue dans cet esprit.

Toucher et se laisser toucher est donc une condition d’accès à Pâques.

Mosaïque représentant le repas du Ressuscité mangeant du poisson grillé (Sant'Apollinare in Classe, Ravenne, Italie)Luc en ajoute une autre : manger. « Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux ».
Ce repas n’a pas de connotation eucharistique ici comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs juste avant dans l’Évangile. C’est simplement une preuve qu’on n’a pas affaire à un fantôme. Manger, c’est s’incorporer le monde et y être incorporé. Voir quelqu’un manger est un signe indubitable que nous partageons avec lui la même humanité. D’ailleurs, les personnes âgées qui veulent mourir se laissent dépérir, ne s’alimentent plus ou presque. J’ai connu une dame de 86 ans en EHPAD que je visitais régulièrement. Depuis le premier confinement en mars 2020, son moral baissait à vue d’œil : enfermée dans une chambre de 9 m², elle ne voyait plus sa famille, mais seulement les aides-soignantes pour le plateau-repas, et la télévision qui marchait à fond tout le temps… Pire qu’en prison ! Les infirmières – vigilantes – nous disaient : elle est victime du ‘syndrome de glissement’, terme pudique  pour évoquer médicalement l’envie de mourir, de se suicider en ne mangeant plus. De fait, elle est décédée en décembre 2020, seule dans sa chambre, ne pesant plus qu’une quarantaine de kilos, elle qui était plutôt forte auparavant.

Manger, c’est attester de son envie de vivre ! Manger, c’est faire partie du même monde. Dans l’entre-deux Pâques-Ascension, le Ressuscité mange pour montrer aux disciples la réalité de la vie nouvelle qui coule désormais en lui.

Toucher, être touché, manger : de manière intéressante, Luc en fait les ingrédients du témoignage chrétien. « De cela vous serez les témoins ». Pour pouvoir témoigner, il faut d’abord toucher et se laisser toucher, et manger avec…

temoigner PâquesNotre témoignage n’a alors rien d’abstrait. Si je peux raconter avec abondance de détails ce qui m’est arrivé, en quoi le Christ a bouleversé ma vie, comment son message m’a touché, sa présence m’a subjugué, son amour m’a dilaté, alors témoigner me sera aussi naturel que respirer. Le témoignage chrétien est très physique : il se nourrit de nos rencontres, de nos émotions, de nos contacts. Il montre les traces que l’Évangile a imprimé sur nos mains et nos pieds, c’est-à-dire tout ce qu’il a changé dans la chair la plus concrète de notre façon de vivre, de travailler, d’aimer, de gagner de l’argent et de le dépenser etc.…

Pour se convertir au Christ, les non-chrétiens demanderont légitimement de pouvoir toucher, palper, tâter les preuves de sa résurrection.
Notre témoignage est d’abord celui du Christ de Pâques : « voyez ce qui m’est arrivé, touchez de près mes blessures guéries, laissez-moi m’asseoir à votre table et parlons de ce qui nous fait vivre… »

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts » (Ac 3, 13-15.17-19)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, devant le peuple, Pierre prit la parole : « Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. »

 

PSAUME (4, 2, 4.7, 9)
R/ Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! ou : Alléluia ! (4, 7b)

Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !

Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui.
Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

Dans la paix moi aussi,
je me couche et je dors,
car tu me donnes d’habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est lui qui obtient le pardon de nos péchés et de ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-5a)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier. Voici comment nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

 

ÉVANGILE
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour » (Lc 24, 35-48)
Alléluia. Alléluia.Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore,  lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »
Patrick Braud

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3 avril 2021

Conjuguer Pâques au passif

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Conjuguer Pâques au passif

Homélie du Dimanche de Pâques / Année B
04/04/2021

Cf. également :

Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours
Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?

Nul ne peut se couronner lui-même

Sacre de l’Empereur Napoléon Ier et couronnement de l’Impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-dame de Paris le 2 décembre 1804 (détail)Le 5 mai prochain, la France commémorera le bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte. L’image de son sacre comme « empereur des Français » vient aussitôt à l’esprit. La légende voudrait que Napoléon ait arraché la couronne impériale des mains du pape Pie VII pour se la mettre lui-même sur la tête. En réalité, il est allé la prendre sur l’autel, selon le rituel fastueux et froid [1] qu’il avait imaginé, et le pape n’était pas en position de force pour négocier. Le 2 Décembre 1804, cérémonie du couronnement de l’empereur, un témoin raconte : « la couronne étant placée sur l’autel, Napoléon la prit de ses mains et la posa lui-même sur sa tête ; cette couronne était un diadème de feuilles de chêne et de laurier en or ; des diamants formaient les glands et les fruits. Cela fait, l’empereur prit également sur l’autel la couronne destinée à l’impératrice, et la mit sur la tête de Joséphine à genoux devant lui. »

Napoléon s’est donc bien couronné lui-même empereur en se ceignant de cette couronne d’un autre temps. Chaque fois que le pouvoir politique ou économique oublie qu’il se reçoit d’un autre, des autres, il dérive en abus de pouvoir, violence, corruption, domination. Cet auto-couronnement illustre bien le côté sombre de celui qui a pourtant sauvé la Révolution française de l’invasion des armées étrangères. Il anticipe le mythe du self-made-man qui fera florès au XIX° siècle avec ses fortunes industrielles bâties à partir de rien. Si le libéralisme entretient toujours ce mythe, aux USA notamment, la légende de l’homme se faisant tout seul engendre de nouveaux avatars dans les diverses techniques de développement personnel, promettant l’harmonie et le bonheur à force d’exercices de méditation, ou dans l’individualisme contemporain, mettant l’autonomie de l’individu au-dessus de tout.

Rien de plus étranger quand on y réfléchit à l’esprit de la fête de Pâques que nous célébrons pendant 50 jours à partir d’aujourd’hui ! Car Pâques est fondamentalement un passif. La résurrection est davantage un don à recevoir qu’une tâche à accomplir. Voyons comment.

 

Le vocabulaire de la résurrection

Dans le Nouveau Testament, il est très clair que Jésus ne s’est pas ressuscité tout seul ! Les verbes utilisés pour évoquer cette réalité inouïe indiquent sans ambiguïté que c’est Dieu qui l’a relevé d’entre les morts par la puissance de l’Esprit :
« Dieu l’a relevé, le délivrant des douleurs de la mort » (Ac 2, 23-24). « Dieu l’a réveillé d’entre les morts » (Rm 10,9). « Certes, il a été crucifié du fait de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu » (2 Co 13, 4). « Mis à mort en sa chair, il a été rendu à la vie par le Souffle » (1P 3,18). « Exalté par la droite de Dieu (…) le Seigneur lui a dit: assieds-toi à ma droite (…) ». « Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort (…) Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis (…) Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié » (Ac 2, 22 36). « Dieu a glorifié son serviteur Jésus » (Ac 3,13). « Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2,9).

On ne peut être plus clair : c’est Dieu qui a ressuscité Jésus, dans la puissance de l’Esprit. Jésus ne s’est pas ressuscité lui-même.

Monet a peint 25 tableaux de la meule de foin...!

Comment décrire une rencontre à nulle autre pareille ? Comment évoquer une expérience inouïe dans l’histoire de l’humanité ? Les mots ne suffisent pas, et il en faut donc une multitude pour tenter d‘approcher l’indicible, plus encore que Monet multipliant les tableaux (25 !) et les taches  de couleur pour évoquer une meule de foin sous le soleil… Les témoins de Pâques sont allés puiser dans leur culture les mots qui pouvaient porter quelque chose de l’inimaginable pascal, tout en sachant qu’aucun ne pourrait en épuiser la réalité.
On peut relever au moins quatre familles de verbes cherchant à raconter Pâques dans le Nouveau Testament :

Christ Résurrection Grünewald

a) Dans les Évangiles, le vocabulaire grec le plus utilisé est celui de l’éveil : être réveillé du sommeil de la  mort (egeireinen grec, 36 fois en Mt ; 19 fois en Mc ; 17 fois en Lc), traduit par le verbe ressusciter en français.
« Il n’est pas ici, car il est ressuscité (éveillé), comme il l’avait dit. [...] Allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” » (Mt 28, 6.7) ; « Mais il leur dit : Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. [...] Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. » (Mc 16, 6.14). « Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24, 6).

Ce vocabulaire de l’éveil n’est pas sans harmonique avec l’éveil spirituel qui caractérise le bouddhisme. Mais alors que l’éveil du Bouddha s’ouvre sur l’impermanence de toutes choses et l’illusion du réel, l’éveil de Pâques ouvre le Christ à une vie nouvelle dans un monde nouveau, indicible. La forme passive « être réveillé » (avec Jésus pour sujet) est appelée « passif théologique » car l’auteur de l’action (celui qui réveille) est implicitement Dieu, qu’on ne nomme pas dans la tradition juive (d’où le passif).

b) L’autre famille de vocabulaire utilisé pour la résurrection de Jésus est celui de l’anastasie comme disent les Grecs (anistanai: être relevé, être mis sur pied, se dresser, se lever, debout sur ses pieds au lieu de rester couché dans le tombeau (7 fois en Mt ; 18 fois en Mc et 29 fois en Lc). Là encore, le sujet réel de l’action est caché : si le Christ se lève d’entre les morts, c’est à l’appel d’un autre qui lui souffle – comme à Lazare – « sors dehors ! ». À première lecture, le verbe désigne souvent un changement d’attitude (ainsi: se lever de son siège) mais le contexte laisse deviner une signification plus mystérieuse (Mt 9,9…; Mc 1,35 ; 16,9a… ; Lc 4,16 ; 24,7.12.33).46…) : « Il faut que le Fils de l’homme soit crucifié et que le troisième jour il se lève » (Lc 24,7).

c) La troisième famille de termes employés pour décrire Pâques empreinte le vocabulaire de la vie (zèn = vivre). On le trouve surtout chez Paul et Luc (6 fois seulement chez Mt, 3 fois chez Mc, mais 10 fois chez Lc). Appliqué à Jésus Christ, il souligne l’unité du Galiléen et du Ressuscité (cf. Lc 24,5.23 : « Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts ? »). À chaque fois que les évangélistes évoquent la vie, c’est la vie donnée par Dieu, (ainsi en Mt 9,18, Mc 5,23 ou Lc 10,28), une vie reçue, une vie au passif en quelque sorte.

d) Un quatrième vocabulaire pascal tourne autour de l’exaltation, avec des verbes comme « exalter », « glorifier », « monter au ciel ». Avant de clore son évangile, Luc emploie le vocabulaire d’exaltation : « il fut emporté au ciel » (Lc 24,50). Là encore, les verbes sont fondamentalement conjugués au passif, car – sauf Napoléon ! – nul ne peut s’exalter lui-même en Dieu, nul ne peut se glorifier lui-même.


Tout à la fin de Marc, la deuxième finale (Mc 16,9-20) concentre tout le vocabulaire disponible : « s’étant relevé » (v.9), « il vit » (v.11), « lui ayant été réveillé » (v.14), « il fut enlevé » (v.19). Luc 24 fera de même mais dans la seule scène du tombeau vide : « le vivant » (v.5), « il est réveillé » (v.6), « le troisième jour il se lève » (v.7).

Ce rapide survol du vocabulaire employé pour la résurrection nous le redit sans ambiguïté : Pâques est fondamentalement un passif.
Ce passif c’est toute la différence.

 

La tentation de l’auto-rédemption

Conjuguer Pâques au passif dans Communauté spirituelle Personne-ne-se-sauve-tout-seulMême s’il s’y implique de tout son être, Jésus ne ressuscite pas tout seul, en ne comptant que sur lui. Au contraire : jusqu’au bout il s’appuie sur un Autre, il se laisse conduire, il reçoit ses paroles et ses actes de cette communion vivante qu’il entretient avec son Père, jusqu’à sa mort : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». Se recevoir / se donner est sa respiration la plus intime.

Sur la croix, il affronte par trois fois l’ultime tentation qui est également la nôtre :
- « Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : “Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !
- ” Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : “Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !”
- Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : “Celui-ci est le roi des Juifs.” L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : “N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi !” » (Lc 23, 35 39).

C’est bien cela que nous murmure l’air de notre temps : sauve-toi toi-même ! Chacun serait responsable de son bonheur (ou de son malheur), de son avenir. Il suffirait d’aller chercher les bonnes techniques (de méditation, de santé, de développement personnel etc.).

Je demandais récemment à une amie coach de résumer les présupposés de son activité de coaching. Elle a répondu sans hésiter : l’autonomie de l’individu, et sa liberté. Sous-entendu : il ne dépend que de toi d’atteindre ton objectif ; tu as toutes les ressources en toi. Le coach n’est là que pour libérer ce potentiel en toi. Cet individualisme méthodologique inspire déjà largement les théories économiques néolibérales. Il inspire désormais la poursuite du bien-être qui semble avoir remplacé le mythe de la révolution sociale des siècles précédents. Quel appauvrissement ! Car l’individu est supposé être indépendant des autres, alors que la personne est tout entière façonnée par ses relations avec autrui. L’autonomie de l’individu désigne ses capacités à se donner à lui-même sa propre loi. Alors que la personne humaine est appelée à vivre en communion, et pour cela intériorise la Loi qui la précède. Dans la Bible, l’Alliance crée le peuple, la Loi reçue au Sinaï fait grandir Israël comme un peuple de fils et de filles de Dieu. L’hétéronomie (recevoir la loi d’un autre) avant l’autonomie en quelque sorte ; la personne au-dessus de l’individu ou des masses.

Jésus pousse au bout cette conception filiale de l’être humain. En refusant de se sauver lui-même, il nous indique le chemin du salut : l’autre. L’enfer, ce n’est pas les autres (Sartre) mais l’indépendance, c’est-à-dire le refus de dépendre, de se recevoir de la communion avec autrui. Le mythe de l’individu autonome conduit d’abord au séparatisme (refus de l’autre communauté), puis à la solitude (rupture des liens familiaux, économiques, moraux…). La tentation de l’auto-rédemption fait le malheur de l’Europe depuis que les Lumières ont voulu établir un ordre sans transcendance, une société sans verticalité, une liberté où chacun serait son propre maître. Alors que la Raison, si justement redécouverte, plaide au contraire pour une anthropologie relationnelle où le salut vient des autres.

En tout cas, pour Jésus, vivre c’est se recevoir des rencontres faites en chemin, de l’amitié avec les Douze, des moments de grâce partagée avec des étrangers, des inconnus, des prostituées, des soldats, des lépreux… Pour lui, ressusciter n’est finalement que la prolongation de cet acte de réception de son être des mains des autres, et du tout-Autre en premier. C’est de Dieu qu’il reçoit la force de traverser la mort. C’est de son Père qu’il obtient de demeurer Fils dans l’ignominie de la croix et le silence du tombeau. C’est de l’Esprit qu’il tire la capacité incroyable de reprendre souffle après son dernier souffle. Il se laisse ressusciter, tout en s’impliquant lui-même totalement dans ce combat contre la mort.

 

Laissez-vous ressusciter

ChristusSurrexit Pâques dans Communauté spirituelleTel est donc notre chemin de vie : se recevoir sans cesse des autres, de Dieu, du cosmos, de nous-même. Jusqu’à ce que la mort vienne apparemment briser ce fil qui nous relie à notre univers.
Au matin de Pâques, les femmes au tombeau découvrent que Celui qui nourrissait l’être de Jésus a continué à le faire vivre, autrement. Car sur Lui la mort n’a nulle emprise.

Alors, à nous de vivre dès maintenant de cette façon : en laissant Dieu nous nourrir à travers les autres, les événements ; en nous appuyant sur Lui et sur ceux qui relaient son salut pour nous ; en comptant sur Lui plus que sur nos propres forces ; en désirant la communion plus que l’autonomie, la croissance de la personne plus que le sacre de l’individu.

Nul ne se fait naître lui-même. Nul ne traverse la mort par lui-même.
Celui qui se sacre empereur finira rejeté de tous. Celui qui se reçoit enfant de Dieu goûtera une communion que rien – pas même la mort – ne pourra lui ravir, car elle est enracinée en Dieu.

 


[1]. La foule parisienne avait raillé le faste en répandant l’anagramme suivante : « Napoléon, empereur des Français », « Ce fol empire ne durera pas son an », et reproché la dépense de 9 à 15 millions de francs pour la cérémonie, alors que l’économie du pays traversait sa première crise depuis l’avènement du Consulat.

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

PREMIÈRE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

 

PSAUME

(117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

 

SÉQUENCE

À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Réssuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est réssuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen.

 

ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia.Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick Braud

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10 avril 2020

Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 16 h 00 min

Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours

Homélie du Dimanche de Pâques / Année A
12/04/2020

Cf. également :

Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?

Clocher octogonal ...Avez-vous déjà remarqué que la plupart des clochers des églises du Moyen Âge sont octogonaux ? Les baptistères également ? Pourquoi le vendredi est-il musulman, le samedi juif et le dimanche chrétien ? La semaine commence-t-elle le lundi ou le dimanche ? Le temps est-il cyclique, linéaire, en spirale ?

Ces questions peuvent paraître anodines, ou au contraire trop philosophiques. Pourtant elles dépendent de notre réponse à la question : crois-tu au Ressuscité ? Car notre représentation du temps est liée à Pâque plus que nous n’en en avons conscience. Voyons comment, grâce aux femmes qui courent au tombeau (vide) de Jésus en ce premier jour de la semaine.

« Le premier jour de la semaine » : ainsi commence notre évangile de ce dimanche de Pâques (Jn 20, 1-9). Évidemment, ce n’est pas seulement une indication journalistique factuelle : c’est également un témoin symbolique de l’exceptionnelle importance de l’événement de ce jour. On ne trouve que 7 mentions seulement de l’expression « le premier jour de la semaine » dans la Bible, et uniquement dans le Nouveau Testament bien sûr : pour désigner le jour de la Résurrection de Jésus, bien distingué du jour précédent du shabbat, ou bien dans les Actes pour désigner l’assemblée où Paul « rompt le pain » (signe que très tôt les chrétiens ont pris l’habitude de se rassembler ce jour-là pour l’eucharistie).

Jn 20,1: Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Jn 20,19: Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint…
Lc 24,1: Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles vinrent à la tombe en portant les aromates qu’elles avaient préparés.
Ac 20,7: Le premier jour de la semaine, alors que nous étions réunis pour rompre le pain, Paul, qui devait partir le lendemain, adressait la parole aux frères et il avait prolongé l’entretien jusque vers minuit.
Mc 16,2: Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé.
Mc 16,9: Ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons.
Mt 28,1: Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre.  

 

·      Le premier et le huitième jour

chiffre porte bonheur chinois : numéro 8Le symbolisme de ce qui deviendra le dimanche est multiple, car Pâques a changé radicalement notre rapport au temps.

Dire que Pâques est le premier jour de la semaine renvoient bien sûr au premier jour de l’univers connu : le début de la création du monde. C’est une manière de dire que la résurrection de Jésus était déjà présente en filigrane dès l’origine, que l’événement pascal est déjà là, en puissance, dès le surgissement de quelque chose émergeant du néant. Impossible de confiner le Christ dans la période de son existence terrestre ou même de l’ère chrétienne. Il est l’Alpha et l’Oméga, de toujours à toujours.

Car en commençant une nouvelle semaine, le premier jour est en même temps le huitième jour (7 + 1 !), C’est-à-dire le commencement d’une création nouvelle. Dans la Genèse, après les six premiers jours symboliques de sa création, Dieu s’est reposé le septième jour. Le début de la nouvelle semaine est donc un nouveau travail pour une nouvelle création. Cet achèvement du temps était attendu par l’espérance juive pour qui 8 est le chiffre du Messie à cause de cela. Les chrétiens reconnaissent dans ce jour de Pâques le huitième jour eschatologique qui voit l’irruption du futur absolu dans notre histoire.

Le Catéchisme de l’Église Catholique écrit (n° 1166) :
 » L’Église célèbre le mystère pascal, en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la Résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le Jour du Seigneur, ou dimanche  » (SC 106). Le jour de la Résurrection du Christ est à la fois le  » premier jour de la semaine « , mémorial du premier jour de la création, et le  » huitième jour  » où le Christ, après son «  repos  » du grand Sabbat, inaugure le Jour  » que fait le Seigneur « , le  » jour qui ne connaît pas de soir « . Le  » repas du Seigneur  » est son centre, car c’est ici que toute la communauté des fidèles rencontre le Seigneur ressuscité qui les invite à son banquet (cf. Jn 21,12 ; Lc 24,30) :

Aujourd’hui commence la re-création de ce monde. Tel le point focal de l’histoire humaine, le Ressuscité attire à lui tous les hommes (Jn 12,32) et oriente notre désir pour que nous devenions en plénitude ce que nous sommes appelés à être par-delà notre mort personnelle et collective. La Résurrection, événement historique qui renvoie à l’au-delà de l’histoire, est le point Oméga qui aimante notre course tout en la transformant déjà dès maintenant, de l’intérieur.

Christ ressuscité est le centre du temps humain (die Mitte der Zeit, Oscar Cullmann, 1947) récapitulant en lui les siècles précédents pour les ouvrir à l’avenir de Dieu. Voilà pourquoi nos clochers et nos baptistères sont octogonaux : pour planter le chiffre 8 messianique et pascal au cœur de nos villages et de nos liturgies. Un monde nouveau est déjà là, inauguré en ce jour de Pâques : ne le sentez-vous pas bourgeonner et fleurir ? Allez-vous accepter de vous laisser transformer, transfigurer, emporter par cette déferlante qui vient de notre avenir en Dieu ?

 

·      L’accomplissement du shabbat

Accomplissez la table de ShabbatLes juifs attendent le Messie. Les chrétiens célèbrent sa venue tout en attendant que sa victoire sur la mort soit totale en y incluant tous et tout. Les juifs célèbrent le repos du Seigneur le samedi, les chrétiens le travail de résurrection par Dieu le Père le dimanche. Voilà pourquoi le dimanche est différent du samedi : car Pâques est Dieu à l’œuvre en Jésus, alors que le shabbat est le repos de Dieu à l’issue de sa première création. L’Église a sans doute eu tort de ‘shabbatiser’ le dimanche en obligeant au repos absolu ce jour-là, alors qu’au contraire c’est le jour où Dieu travaille ! Puisque la résurrection du Christ est aussi la nôtre, le dimanche marque le travail de Dieu en nous et nous y associe. Plutôt qu’au repos, le dimanche invite à anticiper le monde à venir, en expérimentant ce jour-là des relations gratuites, fraternelles, un temps de communion avec le monde, avec soi-même, dont les activités culturelles, sportives, associatives et autres sont de bons laboratoires.

Accomplir le shabbat demande de le dépasser. Jésus l’avait bien compris qui a guéri, s’est nourri, déplacé le jour du shabbat alors que c’est interdit par la Loi juive. Les pharisiens et les religieux de son époque l’ont bien compris puisqu’ils en ont fait un motif d’accusation et de haine, jusqu’à le livrer à Pilate.

Célébrer Pâque chaque dimanche invite donc à goûter autrement la vie de famille, la réunion avec des amis, l’activité autour d’une passion, d’un hobby etc. Il ne s’agit pas de ne rien faire, ni de faire comme les autres jours, mais de faire autrement pour nous rappeler que nous sommes appelés à vivre autrement que pour le travail, l’argent et les survies habituelles. C’est laisser la fin du temps faire irruption dans notre présent, pour le transformer de l’intérieur. C’est se recevoir du futur au lieu de le construire. Car on ne construit pas le futur : on en vient…

L’accomplissement du shabbat nous fait changer symboliquement de semaine. Le jour de Pâques nous fait passer du régime de la Loi à celui de l’Esprit, de la lettre à l’inspiration, de la répétition à l’innovation.

 

·      Le jour commence le soir

Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours dans Communauté spirituelle vepresLa liturgie chrétienne a gardé la conception juive du jour. Les Romains comptent 24 heures de minuit à minuit, et d’ailleurs le calendrier officiel continue à le faire. Mais dans le temps biblique, le jour commence dès l’obscurité du soir jusqu’au déclin du soleil le lendemain. Le jour romain va de la nuit à la nuit, le jour juif et chrétien va de l’obscurité à la lumière. Voilà pourquoi nous disons que le Christ est ressuscité le troisième jour, alors que selon le calendrier officiel il ne s’est écoulé que deux jours à peine entre sa mort et sa résurrection, du vendredi 15 heures à la nuit du samedi. Comptez avec moi :
du vendredi 15 heures au coucher du soleil = 1 jour ;
du coucher du soleil vendredi à celui du samedi = 1 jour ;
du coucher du soleil samedi à la nuit du samedi = 1 jour.
Voilà pourquoi nous fêtons les saints dès l’office de Vêpres la veille au soir de leur fête, et pourquoi nous célébrons Pâques dans la nuit du samedi. Voilà pourquoi les messes du samedi soir sont réellement celle du dimanche. Pâque est la victoire de la lumière sur l’ombre de la mort. Nous n’allons pas de la nuit à la nuit comme les païens, mais de l’ombre à la lumière, de la mort à la résurrection.

 

·      Jour du Seigneur au jour du soleil ?

Les langues ont gardé cette hésitation entre jour romain et jour liturgique. Les Grecs, français, italiens, espagnols, portugais etc. ont appelé dimanche le jour de Pâques selon l’étymologie latine : dies dominus = jour du Seigneur. Mais les Anglais (sunday), les Allemands (Sonntag) ont continué à l’appeler ‘jour du soleil’, comme sous les cultes anciens. La première Apologie de St Justin écrivait en 67:  » C’est le jour du soleil que nous faisons tous notre réunion ». Puisque la résurrection du Christ est la vraie lumière en ce monde, il était facile de substituer le Christ au soleil. Les solstices christiques sur les tympans romans où sont sculptés les 12 signes du zodiaque en sont un beau témoignage.

Travail le dimanche et modification du contrat de travail

 

·      Le Seigneur des jours

Changer le nom du jour l’habille d’une importance primordiale : le jour du Seigneur devient ainsi le Seigneur des jours, selon la belle expression d’Eusèbe de Césarée :

« Le jour saint du dimanche est donc celui où l’on fait mémoire du Seigneur. C’est pourquoi on l’a appelé « le jour du Seigneur ». Et il est comme le seigneur des jours. En effet, avant la Passion du Seigneur, il n’était pas appelé « jour du Seigneur » mais « premier jour ». En ce jour, le Seigneur a établi le fondement de la résurrection, c’est-à-dire qu’il a entrepris la création ; en ce jour, il a donné au monde les prémices de la résurrection ; en ce jour, comme nous l’avons dit, il a ordonné de célébrer les saints mystères. Ce jour a donc été pour nous le commencement de toute grâce : commencement de la création du monde, commencement de la résurrection, commencement de la semaine. Ce jour, qui renferme en lui-même trois commencements, préfigure la primauté de la sainte Trinité. »
Homélie attribuée à Eusèbe d’Alexandrie (fin du V° siècle) Sermons sur le dimanche, 16, 1-2 ; PG 86, 416-421.

La Documentation Catholique N° 14 : La Sanctification Du Dimanche - Jean Paul Ii : Lettre Apostolique Dies Domini, Le Voyage Du Pape En Australie de CollectifSi le dimanche (et par excellence le dimanche de Pâques) est le Seigneur des jours, c’est pour nous ajuster à ce qu’il annonce : un monde nouveau, enfin libérée du péché et de la mort, où la communion en Dieu nous réunira pour toujours.

Le jour du Seigneur est donc à la fois le jour de l’Église, née de cet événement stupéfiant du tombeau vide, le jour de l’homme qui le révèle à lui-même en lui montrant sa vocation ultime, le Seigneur des jours qui nous donnent la clé d’interprétation des autres jours de la semaine.

Le jour du Seigneur – ainsi que fut désigné le dimanche dès les temps apostoliques – a toujours été particulièrement honoré dans l’histoire de l’Église, à cause de son lien étroit avec le cœur même du mystère chrétien. En effet, dans le rythme hebdomadaire, le dimanche rappelle le jour de la résurrection du Christ. C’est la Pâque de la semaine, jour où l’on célèbre la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, l’accomplissement de la première création en sa personne et le début de la « création nouvelle » (cf. 2 Co 5,17). C’est le jour où l’on évoque le premier jour du monde dans l’adoration et la reconnaissance, et c’est en même temps, dans l’espérance qui fait agir, la préfiguration du « dernier jour », où le Christ viendra dans la gloire (cf. Ac 1,11; 1 Thess 4,13-17) et qui verra la réalisation de « l’univers nouveau » (cf. Ap 21,5).

La résurrection de Jésus est la donnée première sur laquelle repose la foi chrétienne (cf. 1 Co 15,14): c’est une réalité stupéfiante, perçue en plénitude dans la lumière de la foi, mais attestée historiquement par ceux qui eurent le privilège de voir le Seigneur ressuscité; c’est un événement merveilleux qui ne se détache pas seulement d’une manière absolument unique dans l’histoire des hommes, mais qui se place au centre du mystère du temps. (Lettre apostolique Dies Domini,  Jean-Paul II, 1998).

 

On raconte qu’un jour, saint Benoît, perdu dans sa solitude d’ermite, reçut la visite d’un prêtre, sans savoir que c’était le jour de Pâques. Le prêtre qui était venu le visiter dit : «  Lève-toi et prenons de la nourriture car c’est Pâques aujourd’hui  ». À quoi l’homme de Dieu répondit : « Je sais que c’est Pâques, puisque tu es venu me voir ». En effet, demeurant loin des hommes, il ignorait qu’en ce jour, c’était la solennité de Pâques !

En ce temps de post-confinement, redécouvrons l’actualisation de l’évènement pascal que nous célébrons aujourd’hui : «  C’est Pâques, puisque tu es venu me voir…  »

 

« Voici le jour que fit le Seigneur. Jour d’allégresse et jour de joie ! » (Ps 117,24)
Habitons ce jour comme tous les dimanches avec au cœur l’invincible espérance de Pâques.

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

PREMIÈRE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

OU AU CHOIX

DEUXIÈME LECTURE
« Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

SÉQUENCE

À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen. 

ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia.Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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