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16 décembre 2018

Just visiting

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Just visiting


Homélie du 4° Dimanche de l’Avent / Année C
23/12/2018

Visiter l’autre
« Tu as de la visite »


How prisoners of war used Monopoly to escape in World War IIJust visiting
 : dans le jeu de Monopoly anglais qui a ravi mon enfance, le passage par la case « prison » était labellisé « just visiting » si du moins le hasard des dés n’amenait pas le pion pile sur cette case. Au passage on y gagnait 200 F, comme quoi la visite peut rapporter pas mal…

Visiter les prisonniers, c’est pour Jésus un critère majeur au Jugement dernier : « j’étais en prison et vous êtes venus me visiter ». C’est également la valeur centrale de notre passage d’évangile devenu célèbre sous le titre de Visitation.

Visite : laissons résonner en nous ce mot qui nous réunit en ce Dimanche. La visite de Marie à Élisabeth est devenue si célèbre et si unique que la langue française l’a appelée Visitation, mot spécialement forgé pour cela !

Visite en français, cela vient de visitare : aller voir.
Il y a donc un mouvement : « aller », et une contemplation : « voir ».
Visiter quelqu’un, c’est donc se déplacer, physiquement, mais aussi mentalement.
C’est quitter son univers pour entrer dans celui de l’autre.
Pour une femme enceinte comme Marie, dans un pays chaud comme Israël, ce voyage de Nazareth à Aïn Karim, de la plaine à la montagne, ce voyage n’est pas un petit déplacement !

Dieu n’a-t-il pas le premier opéré ce déplacement pour nous ? En Jésus il a quitté sa divinité pour aller nous visiter, de la montagne à la plaine, et jusqu’au fond des enfers. La visite de Marie à sa cousine fait écho à la visite du Verbe de Dieu en elle. Accueillir Dieu qui nous visite nous met en route pour aller à notre tour visiter notre famille.

La visitation est un pèlerinage fraternel, en réponse au pèlerinage divin de Dieu en nous…

Mais il faut pour cela accepter de quitter son univers ! Lorsqu’on visite quelqu’un, on est accueilli dans une autre maison, où l’on n’est pas chez nous. Or chez l’autre, beaucoup de choses peuvent être différentes. Et c’est là où intervient le 2ème terme de la visite : voir.

En entrant dans la maison d’un autre, notre œil est tout de suite attiré par tous ces détails qui révèlent la personnalité de notre hôte. « Tiens il a décoré de telle manière ». «  Tiens sa bibliothèque est intéressante, ou sa collection de disques, ou de DVD… » « Tiens ses meubles doivent venir de sa famille, etc… ».

Entre Marie et Élisabeth, l’œil n’est pas attiré par la décoration extérieure, mais par la joie intérieure de l’autre.

http://3.bp.blogspot.com/-JQhl3R_D74M/VWrKygr0ZfI/AAAAAAAABvg/D4aUgM8dwNo/s1600/Icoon_kleur_2.jpgL’enfant qui tressaille d’allégresse au plus intime de chacune de ces 2 mamans improbables les oriente vers une contemplation émerveillée de l’action de l’Esprit Saint en l’autre.

Voilà donc le but de toute visite spirituelle : contempler le travail de l’Esprit chez celui ou celle qui m’accueille ; laisser la louange me venir aux lèvres pour célébrer le bonheur de l’autre.

La visitation de Marie à Élisabeth n’a pas pour but de vérifier où elle en est, ni même de l’aider. Non, c’est une visite pour la louange, pour voir l’action de Dieu en sa cousine et réciproquement, et s’en réjouir ensemble.

Fêter la Visitation nous appelle donc à réhabiliter dans notre Église le ministère de la visite, dans cet esprit-là. Autrefois, quand le curé n’avait qu’un village de 800 âmes à desservir, c’était lui qui assurait tout seul ce ministère de la visite. Maintenant, on redécouvre que tout baptisé, à la suite de Marie, est appelé à visiter ses frères. Dans l’histoire, cela a donné lieu à l’ordre des visitandines, au 17ème siècle, qui visitaient les pauvres et les malades. Aujourd’hui ce serait plutôt le Service Évangélique des Malades, les Conférences St Vincent de Paul… Mais nous pratiquons aussi la visite fraternelle lorsqu’une équipe liturgique se réunit chez l’un ou chez l’autre, autour d’un bon dessert… Ou lorsque nous allons visiter les familles en deuil pour les obsèques. Ou plus fréquemment encore lorsque nous avons la simplicité de frapper à la porte de quelqu’un gratuitement, juste pour avoir des nouvelles, un sourire, un bonjour, et quelque fois du coup une longue discussion sur des questions importantes…

En allemand, visite se traduit par Besuch, qui a la même racine que le verbe « chercher » : « suchen ». C’est donc que visiter quelqu’un, c’est chercher en lui… Chercher comme Marie les traces de l’action de l’Esprit en lui. Être à l’affut des signes de sa « grossesse spirituelle », comme on scrute une échographie pour y chercher les signes du bébé à naître…

Visiter implique d’aller à la recherche de ce que l’autre porte en lui-même de divin…

Réhabilitons donc ce beau ministère de la visite entre nous !

Entre Églises locales par exemple : les dizaines de jumelages entre diocèses français et étrangers, dont beaucoup d’africains, témoignent de la vitalité de ces échanges. La coopération missionnaire naît de cette entraide entre Églises : des prêtes ou religieuses sont accueillis en France, des laïcs et prêtre français en Afrique, en Asie ; des colloques pastoraux réunissent les acteurs des Églises locales autour d’un sujet commun à traiter dans la culture propre de chacun (ex : les funérailles, l’égalité-homme-femme, le dialogue interreligieux etc.). Le bénéfice de ces échanges est immense : ouverture d’esprit, découverte de la catholicité de l’Église, changement de regard sur les étrangers, apprentissage de ce qu’est l’inculturation etc.

JPO Ivry ©pfPEntre voisins également : beaucoup d’associations organisent ces visites de proximité, pour combattre la solitude. Les Petits Frères des Pauvres par exemple. Leur charte précise ce qu’accompagner une personne âgée ou isolée signifie pour eux :

« Accompagner,
C’est reconnaître la personne et l’accepter dans ce qu’elle a d’unique, la respecter dans sa dignité, son intimité, sa part de mystère.
C’est être son interlocuteur et son témoin.
C’est valoriser ce qu’elle vit et l’aider à découvrir ses potentiels enfouis, lui permettre d’exprimer ses désirs et ses aspirations profondes.
C’est marcher à ses côtés en respectant son évolution et son rythme propre, s’ajuster constamment à ses besoins.
C’est l’aider à se prendre en charge, la laisser libre dans ses choix.
C’est la considérer comme un être toujours en devenir.

En offrant “des fleurs avant le pain”, les Petits Frères des Pauvres privilégient la qualité de la relation qui permet tout autant de partager épreuves et joies que de chercher ensemble les solutions aux problèmes rencontrés. »

Nous avons toujours besoin de bénévoles pour tisser ce réseau de liens humains, de compagnons d’infortune, afin – comme Marie pour Élisabeth et Élisabeth pour Marie - de reconnaître en chacun le merveilleux travail que l’Esprit opère en lui, âgé ou étudiant, pauvre ou riche, marié ou célibataire…

Que Marie nous apprenne ce beau ministère de la visite, de la « visitation ».

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« De toi sortira celui qui doit gouverner Israël » (Mi 5, 1-4a)

Lecture du livre du prophète Michée

Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !

Psaume

(Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19)
R/ Dieu, fais-nous revenir ;
que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! (Ps 79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

Deuxième lecture
« Me voici, je suis venu pour faire ta volonté » (He 10, 5-10)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

Évangile
« D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 39-45)
Alléluia. Alléluia.
Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole. Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.
Patrick BRAUD

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9 décembre 2018

Un baptême du feu de Dieu ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Un baptême du feu de Dieu ?


Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année C
16/12/2018

Cf. également :

Faites votre métier… autrement
La joie parfaite, et pérenne
Éloge de la déontologie
Du feu de Dieu !

Quand un soldat part au combat pour la première fois, on dit que c’est son baptême du feu : s’il revient vivant, il sera considéré comme un militaire à part entière et non plus comme un ‘bleu’. De même pour un pompier qui va éteindre son premier incendie. Le baptême du feu dans le langage courant est donc un rite d’initiation, une première fois qui fait passer du statut de débutant au statut d’adulte confirmé.

Jean-Baptiste pensait-il à une épreuve de la sorte lorsqu’il promettait au peuple qui était dans l’attente du Messie : « lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ? »

« Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » (cf. Lc 3, 10-18)

Cette double mention est assez énigmatique en fait, et a donné lieu à des tonnes d’interprétations.

Passons-les en revue.

Y aurait-il trois baptêmes ?

Il faut d’abord s’expliquer sur l’opposition que Luc fait entre le baptême d’eau de Jean-Baptiste et le baptême dans l’Esprit Saint et le feu de Jésus.

Un baptême du feu de Dieu ? dans Communauté spirituelle l-ablution-volume-1-de-la-collection-amine-et-amina-l-enseignement-islamique-familialLe baptême d’eau est tout simplement un rite d’ablution bien connu des juifs, dont les musulmans ont hérité à travers les ablutions rituelles avec de l’eau à faire avant la prière, ou pour se purifier.

« Ô les croyants ! lorsque vous vous levez pour la salat, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes ; passez les mains mouillées sur vos têtes; et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles » (Coran 5,6).

Si vous avez voyagé en pays musulman, vous avez sans doute été surpris de n’apercevoir aucun papier dans les toilettes privées ou publiques (sauf les grands hôtels) mais des douchettes, grâce auxquelles un petit jet d’eau vous permet de vous laver et de vous purifier…

La symbolique du baptême d’eau au Jourdain est bien celle-là : l’homme cherche à se purifier en étant lavé de ses souillures. Ce que Jean-Baptiste traduit par un baptême de repentance pour le pardon des péchés. C’est donc d’abord une démarche de l’homme : vouloir se détacher du mal commis pour retrouver le lien de communion avec Dieu et une vie  juste.

Le baptême (ou l’ablution) avec de l’eau n’est donc pas identique au baptême dans l’Esprit Saint, même si le second inclut le premier. L’un est avec (l’eau), l’autre est dans (l’Esprit). Le premier tient à l’homme qui se repent ; le deuxième tient à l’Esprit de Dieu qui vient en nous en nous entourant de toutes parts. L’effort de conversion de l’homme sera inclus et accompli dans le mouvement inverse du don gratuit de Dieu.

Les deux sont désormais indissociables pour toutes les Églises (qui baptiserait sans eau ou sans mention de l’Esprit Saint ?), qui pourtant mettent des accents différents sur les deux mouvements.

Mais alors, que vient faire la mention unique du baptême « dans le feu » ? Nulle trace de ce troisième baptême dans tout le Nouveau Testament. Être plongé dans l’Esprit Saint grâce au baptême, le livre des Actes des Apôtres de Luc en parle à longueur de pages. Paul  fait référence sans arrêt au « bain d’eau qu’une parole accompagne » par lequel l’Esprit Saint devient notre hôte intérieur. Par contre, être plongé (baptisé) dans le feu n’est pas une pratique des premières communautés chrétiennes ! Seul Jean y fait peut-être allusion lorsqu’il annonce que Dieu jettera dans un lac de feu les mécréants au jour du jugement dernier (Ap 20,14-15). Perspective peu rassurante, destinée à réveiller le courage et la fidélité des chrétiens persécutés de l’époque, tenté de renier leur baptême sous l’épreuve des exécutions romaines.

Trois interprétations

On peut résumer le débat autour de ces trois baptêmes en trois grands courants d’interprétation.

1. Il n’y a qu’un seul baptême, qui inclut l’eau, l’Esprit Saint et le feu

Bapteme-par-immersion.jpgC’est notamment la position catholique, qui profite de la symbolique des langues de feu de Luc à Pentecôte pour assimiler le feu à la confirmation. Les Églises réformées y voient plutôt l’évocation de l’action purificatrice du feu de l’Esprit Saint. La note de la Traduction œcuménique de la Bible rédige ainsi l’exégèse majoritaire :

Luc voit sans doute dans cette parole une annonce de la Pentecôte : il rapportera en effet la venue de l’Esprit sous forme de langues de feu (Ac 2,3-4). Cette image peut signifier pour lui l’œuvre purificatrice de l’Esprit.

Les Églises orthodoxes quant à elles ne séparent pas les deux sacrements du baptême et de la confirmation comme le font les catholiques, mais les donnent en même temps. Elles  lisent dans notre passage une validation de leurs pratiques.

L’intérêt de ce premier courant d’interprétation est d’associer l’Esprit Saint et le feu, ce qui permet de comprendre comment Dieu agit en nous. Comme le feu du buisson ardent, l’Esprit de Dieu nous rend brûlants du désir d’aimer sans nous y consumer. Comme le feu sublime le métal, l’Esprit Saint nous transfigure à l’image de Dieu. L’encens qui brûle et se change en parfum enivrant en est un beau symbole. La vie spirituelle est bien cet incendie intérieur qui nous pousse à vivre l’Évangile et témoigner du Christ par toute notre vie. Si ce feu sacré chancelle en nous, il nous faut souffler sur les braises pour qu’il reprenne : d’où la confession, les pèlerinages, les retraites et autres exercices spirituels (au sens ignacien)…

 

2. Le feu est celui de l’épreuve à venir

http://leblogdumesnil.e.l.f.unblog.fr/files/2015/01/martyre-de-saint-polycarpe.jpgPlus sensible à l’importance du témoignage, les Églises dites confessantes lisent souvent ce passage de Luc comme l’annonce des tribulations qui attendent le nouveau baptisé. Elles peuvent s’appuyer pour cela sur de nombreux autres passages où le feu a pour rôle de vérifier si la foi du converti est solide et résistera aux épreuves de la persécution, de la calomnie, des châtiments infâmes comme la crucifixion publique ou les fauves de l’arène.

Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu -, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. (1P 1, 5-7)

On est proche de notre baptême du feu militaire. Jean-Baptiste annonce que les épreuves ne manqueront pas de tomber sur les nouveaux chrétiens qui seront plongés dans la tourmente suite à leur baptême dans l’eau et l’Esprit Saint.

L’intérêt de cette interprétation est de souligner les conséquences et les risques auxquels nous expose la foi chrétienne. Le martyre demeure la condition ordinaire de ceux qui se laissent conduire par l’Esprit Saint, car la défense de la justice, des plus faibles, des exclus et de l’Alliance avec Dieu nous expose inévitablement à finir comme Jean-Baptiste la tête tranchée ou sur la croix comme Jésus…

 

3. Le baptême dans le feu est pour ceux qui ne croient pas

Cette troisième interprétation vient des courants chrétiens plutôt apocalyptiques. Ils veulent raviver l’attente du jour dernier et agitent la menace du feu pour obliger les peuples à se réveiller avant qu’il ne soit trop tard.

Que l’on construise sur la pierre de fondation avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, ou avec du bois, du foin ou du chaume, l’ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière. En effet, le jour du jugement le manifestera, car cette révélation se fera par le feu, et c’est le feu qui permettra d’apprécier la qualité de l’ouvrage de chacun. Si quelqu’un a construit un ouvrage qui résiste, il recevra un salaire ; si l’ouvrage est entièrement brûlé, il en subira le préjudice. Lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu. (1Co 3, 12-15)

mOpj1jg2utm5zRp17hw5lMoijyM baptême dans Communauté spirituelleIl faut dire que Luc lui-même donne à penser cela en écrivant juste après l’annonce du  baptême de feu : « il (Jésus) brûlera la paille (de blé) dans un feu qui ne s’éteint pas ». En y joignant les passages où la condition condamnation éternelle est comparée à un feu, on a ainsi un matériau impressionnant pour frapper les esprits et les inviter à se convertir avant ce jour ultime.

Puis la Mort et le séjour des morts furent précipités dans l’étang de feu – l’étang de feu, c’est la seconde mort. Et si quelqu’un ne se trouvait pas inscrit dans le livre de la vie, il était précipité dans l’étang de feu. (Ap 20, 14-15)

Le feu de l’enfer a souvent été utilisé jadis pour faire peur et ramener les mécréants à la raison ! Cette prédication de la peur a connu un certain succès [1] mais elle nous semble aujourd’hui inadaptée. Seuls quelques noyaux chrétiens radicaux (ou les Témoins de Jéhovah) s’appuient sur la promesse du lac de feu aux mécréants pour essayer de les faire changer d’avis…

Reste que l’avertissement vaut pour chacun de nous : il y a bien de la paille à brûler en nous. Nettoyer (pénitence, conversion) ne suffit pas : nous avons tant de superficiel comme la paille à faire disparaître, tant de déchets à incinérer ! Le feu de la géhenne demeure un possible, même si nous souhaitons que personne n’y tombe et prions pour cela.

Que retenir de ces trois interprétations ? Finalement, comme toujours, il est intéressant de constater qu’aucune n’épuise le message du texte biblique. L’enjeu est pour chacun de s’ouvrir aux dimensions du baptême de feu qui lui sont moins naturelles, et d’en tirer les conséquences pour lui-même.

En guise de conclusion, je vous propose en finale encore une autre interprétation, beaucoup plus symbolique, que les Pères de l’Église pratiquaient facilement. Pour eux, la dynamique sacramentelle de l’initiation chrétienne (baptême – confirmation – eucharistie, dans cet ordre) est une et indivisible (cela devrait d’ailleurs changer les pratiques catholiques !). La comparaison avec la fabrication du pain leur donne une pédagogie simple et familière pour relier l’eau, le feu et le blé à travers le baptême, la confirmation et l’eucharistie :

« Quoique nombreux, un seul corps. Rappelez-vous que le pain n’est pas formé d’un seul grain de blé mais d’un grand nombre. Au moment des exorcismes, vous étiez comme broyés. Au moment du baptême, vous avez été comme imbibés d’eau. Et quand vous avez reçu le feu de l’Esprit Saint, vous avez été comme passés à la cuisson. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. (…)

Vous êtes le corps du Christ et ses membres. Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur. C’est votre propre symbole que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et cette réponse marque votre adhésion. Tu entends : le corps du Christ, et tu réponds : Amen. Sois un membre du corps du Christ afin que ton Amen soit vrai. »
Augustin, Sermon 272

 


[1]. cf. Jean Delumeau, La peur en Occident, Fayard, 1978.

Lectures de la messe

Première lecture
« Le Seigneur exultera pour toi et se réjouira » (So 3, 14-18a)

Lecture du livre du prophète Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. »

Cantique (Is 12, 2-3, 4bcde, 5-6)
R/ Jubile, crie de joie, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël.
(cf. Is 12, 6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut

Exultant de joie, vous puiserez les eaux
aux sources du salut.
« Rendez grâce au Seigneur,

proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »

Redites-le : « Sublime est son nom ! »
Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,

et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

Deuxième lecture
« Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.

Évangile
« Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10-18)
Alléluia. Alléluia.
L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick BRAUD

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2 décembre 2018

Réinterpréter Jean-Baptiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Réinterpréter Jean-Baptiste

Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année C
09/12/2018

Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Devenir des précurseurs
Le courage pascal
Yardén : le descendeur

 

L’esprit et la lettre

Mu'tazila - use of reason in early Islamic theology (English Edition) par [Martin, Matthew]A-t-on le droit de revisiter les grandes figures bibliques pour en actualiser le message ?
Peut-on discerner les prophètes d’aujourd’hui à partir des prophètes d’il y a 2000 ou 3000 ans ?
Ceux qui sont attachés à la lettre des écrits répondront par la négative. Ainsi les sunnites  ont dit non à la tentative des mutazilites [1] au IX° siècle pour interpréter le Coran en le replaçant dans son contexte, ce qui permettait d’en relativiser la lettre et de rejeter la doctrine du Coran incréé. Aujourd’hui encore, nombre d’Églises protestantes refuse cette herméneutique : pour elles, le texte se suffit à lui-même, pas besoin de l’interpréter. Ce fondamentalisme engendre des positions aberrantes sur les questions de société contemporaines, non prévues évidemment par les textes bibliques. Ou des positions ultraconservatrices sur la peine de mort, l’économie, la sexualité, et autrefois l’esclavage, l’apartheid, la condition des femmes etc. Beaucoup d’orthodoxes sont tentés quant à eux par un rigorisme similaire, au nom de la sacro-sainte tradition des Pères de l’Église, qu’ils répètent inlassablement sans vouloir y aménager quelque nouveauté ou changement. Les catholiques ultras sont dans cette même veine : confondant la Tradition et les traditions, ils ne veulent de vérité qu’immobile, et ne peuvent discerner l’Esprit à l’œuvre dans les bouleversements actuels.

Or il n’en a pas toujours été ainsi…

Au contraire : dès l’origine, les traditions orales des premières communautés chrétiennes ont relu les événements fondateurs à la lumière de leur situation particulière. Le cas de Jean-Baptiste en ce deuxième dimanche de l’Avent est à ce titre très instructif. La version de Luc que nous avons lue (Lc 3, 1-6) diffère par bien des points de celle de Marc, de celle de Matthieu ou encore de Jean. Examinons rapidement deux différences et deux points communs entre ces quatre versions, en essayant de les transposer à notre époque.

 

1. Le souci de l’historicité

Réinterpréter Jean-Baptiste dans Communauté spirituelle 9782755000122Luc parle à des non-juifs, qui n’ont pas connu les Écritures, ni Jean-Baptiste, et ne savent pas où est le Jourdain. Par contre, ils savent leur histoire de Rome, de son empire, de son administration. D’où les détails historiques que Luc mentionne à l’égard de ses lecteurs païens, sachant bien que cela sera pour eux le gage d’une véracité éprouvée.

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. »

Nos contemporains ont eux aussi besoin de preuves historiques, pour que l’Évangile ne soit pas rangé au rayon des contes pour enfants. Passer au feu de la critique scientifique les traces de l’existence de Jésus, de Pilate, Tibère ou Hérode est indispensable pour donner du crédit au message évangélique. Plus généralement, accepter l’analyse scientifique des textes et des croyances ne peut qu’être salutaire. Cela demande une solide exégèse d’un côté et une rigoureuse critique scientifique de l’autre. Au final, c’est bien d’inculturation qu’il s’agit : annoncer le Christ en faisant appel au surnaturel et à l’incompréhensible comme autrefois ruinerait toute crédibilité du message (sauf auprès de ceux qui réduisent la fois à la magie !).

 

2. Crier dans la ville et non dans le désert.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLà c’est plus surprenant. Matthieu nous a habitués à appliquer Isaïe au pied de la lettre : « une voix crie dans le désert… ». Au point que c’en est devenu une expression proverbiale en français. Or Luc ne dit pas la même chose. Selon lui, Jean-Baptiste prêche « dans toute la région autour du Jourdain ». Il va donc inviter à son baptême de repentance les villes autour du fleuve : Béthanie, Jéricho, les villes de la Transjordanie et de la Décapole… Bref, il élargit son rayon d’action pour ne pas toucher que les juifs pieux venus le voir au désert. Luc insiste un peu plus loin, en citant Isaïe plus longuement que les autres pour y introduire une touche d’universalisme que Matthieu, Marc et Jean ne mentionnent pas : « toute chair  verra le salut de Dieu ». Grâce à cet ajout, les Romains, les Grecs ou les Syriens lisant cela se sentent concernés et s’incluent dans la promesse se réalisant en Jean-Baptiste, et c’est  majeur pour la prédication chrétienne.

Aujourd’hui encore, cet universalisme est attendu, à condition qu’il respecte les cultures locales et le génie propre de chaque peuple. Le salut de Dieu est pour tous : occidentaux ou asiatiques, arabes ou africains, hétérosexuels ou homosexuels, pauvres ou riches, enfants ou adultes, hommes ou femmes… Décliner ce que contient l’expression « toute chair » d’Isaïe permettra à Luc dans le livre des Actes des Apôtres de faire sauter le verrou de la circoncision, des interdits alimentaires juifs, des barrières sociales ou sexuelles. Ce même travail est toujours d’actualité : l’homme et la femme sont loin d’être à égalité dans les Églises qui ont besoin de se réformer radicalement pour répondre à cette aspiration légitime, véritable signe des temps inspiré par l’Esprit dans l’histoire. De même pour la place des plus pauvres : comment annoncer le salut pour « toute chair » si l’Église est perçue comme l’Église des riches ? Comment annoncer le salut pour toute chair si justement la place de la chair reste taboue ou suspecte dans l’enseignement et les pratiques ecclésiales ? Comment enfin annoncer que le salut est pour tous si la foi demeure romaine et occidentale dans une expression unique, dans sa discipline ou ses rites uniformes ? Comment l’Église pourrait-elle incarner un mondialisme écrasant les identités et liquidant les frontières alors que les quatre Évangiles font un travail d’inculturation remarquable au service de la particularité de chaque Église dans sa culture locale ? Les premières assemblées synodales inventaient un chemin entre démocratie et structure apostolique. Les premiers synodes provinciaux alliaient autonomie locale et communion entre évêchés bien distincts. Les premiers conciles se voulaient symphoniques, par une reconnaissance réciproque des us et coutumes des autres patriarcats, avec des lettres de communion et des hospitalités croisées pour maintenir l’unité dans la diversité. Il est urgent de réinventer un tel chemin aujourd’hui, à l’heure où la mondialisation libérale ou le repli sur soi nationaliste et religieux triomphent. Comme Luc, il nous faut tirer du neuf à partir de l’ancien pour répondre aux défis actuels sans répéter, mais en innovant dans la fidélité à l’Esprit agissant dans l’histoire. Et que dire du caractère urbain de la prédication chrétienne qui plus que jamais dans nos mégalopoles devrait retentir d’une manière qui soit adaptée aux modes de vie, aux logements et aux médias contemporains ?

Restent deux points communs entre les quatre Évangiles au sujet de ce passage de Luc 3,1 6: le kérygme et l’accomplissement des Écritures.

 

3. Le kérygme

RO30078665 criLe kérygme, c’est l’action publique du héraut qui proclame dans les rues un événement capital. Le verbe kerussein (proclamer, annoncer) est devenu si important dans le Nouveau Testament qu’il symbolise la mission chrétienne, kérygmatique par nature.

Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant (du verbe grec kerussein) un baptême de conversion pour le pardon des péchés

Kerussein : crier, proclamer, c’est dans les Actes des Apôtres annoncer la Pâque du Christ. Il y a plus d’une vingtaine de kérygmes formellement rapportés par Luc dans les Actes, attribués à Étienne, Pierre, Paul ou autres apôtres. Et Luc fait participer Jean-Baptiste à l’annonce de la Résurrection, en employant ce même verbe pour sa prédication et son baptême. En plongeant les pénitents dans le fleuve, Jean-Baptiste les associe sans le savoir à la mort/résurrection du Christ. Mourir au péché en étant plongée sous l’eau, renaître au souffle de la vie nouvelle en émergeant hors de l’eau : la symbolique du baptême de Jean est pascale. Elle s’affronte au mystère du mal et du péché en nous. Elle nous donne de lutter contre les forces de mort pour que la vie de Dieu triomphe en nous. Impossible d’annoncer l’Évangile aujourd’hui encore sans cette dimension tragique au cœur de la foi. Annoncer le Christ ne se réduit pas aux thérapies en tout genre qui pullulent autour de nous. Ni aux leçons de morale auquel on voudrait parfois le réduire. Évangéliser, c’est toujours s’affronter au mystère du mal et de la mort qui prolifère à chaque époque sous des masques nouveaux. Évangéliser produira tôt ou tard une centration sur le dynamisme pascal : veux-tu mourir à ton péché pour renaître à une vie nouvelle ? Une prédication qui éviterait cet affrontement crucial deviendrait rapidement des enfantillages, des mythes pour nostalgiques du sacré. Le péché prend des allures de désastre écologique, de crise financière, de complicité avec l’individualisme et son cortège de solitudes… Mourir à ce péché est l’invitation des Jean-Baptiste d’aujourd’hui. Édulcorer ou éviter ce combat central enlève à la mission de l’Église sa pertinence et son efficacité.

 

4. Accomplir les Écritures

CE-182 L'accomplissement des EcrituresLes quatre évangélistes citent Isaïe 40 et sa fameuse voix criant dans le désert. Même si chacun le fait à sa manière, avec ses versets en plus ou en moins, le tronc commun est bien là : le baptême de Jean-Baptiste accomplit la prophétie d’Isaïe. Autrement dit, le christianisme n’est pas la religion des promesses d’abord, elle est d’abord l’annonce des accomplissements. Ce qui était attendu arrive. Ce qui était espéré s’accomplit. Plus besoin de promettre que demain on rase gratis, puisque le salut de Dieu est pour maintenant, vraiment gratuit. Ce qui doit se voir en actes dans la vie de l’Église.

Si nous n’apportons pas avec nous les preuves tangibles de l’accomplissement des Écritures, surtout en ce qui concerne le salut des plus petits, alors mieux vaut rester chez soi et se taire. Si notre prédication avec les quatre évangélistes est une prédication de l’accomplissement, alors passons plus de temps à révéler les merveilles de Dieu déjà là qu’à stigmatiser les péchés des autres encore marquants. Accomplir, c’est relire les Écritures pour comprendre ce qui nous arrive maintenant, et montrer à tous comment les promesses de Dieu sont en train de se réaliser sous nos yeux. Nous sommes les receleurs de l’immense émerveillement devant le Verbe prenant chair, devant l’amour des ennemis rendu possible, devant la communion unissant sans séparation ni confusion, le pardon restaurant la relation, la paix du cœur plus forte que l’épreuve… À nous de discerner de tels accomplissements autour de nous, et de les proclamer haut et fort !

Que cette version de Jean-Baptiste par Luc - si semblable et si différente des autres - nous inspire un témoignage fort et puissant auprès de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ.

 


[1]. « Nous rejetons la foi comme seule voie vers la religion si elle rejette la raison », tel serait l’adage du mutalizisme.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Dieu va déployer ta splendeur » (Ba 5, 1-9)

Lecture du livre du prophète Baruc

Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture

« Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1, 4-6.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais, à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile. J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Évangile

« Tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 1-6) Alléluia. Alléluia.
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD

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25 novembre 2018

Quand le cœur s’alourdit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quand le cœur s’alourdit


Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année C
04/12/2018

Cf. également :

Bonne année !
Sous le signe de la promesse

- Attends-moi ! Je n’en peux plus…
Éric traîne sa valise comme un boulet dans les couloirs du métro depuis l’immense tapis roulant de Montparnasse. Arrivé au sommet de l’escalier de la Gare de Lyon, il s’éponge le visage trempé de sueur.
- Ouf ! On est enfin arrivé.
– Pas tout à fait… Nos places sont en voiture deux, à l’extrémité du train, tout au bout de la deuxième rame du TGV.
– Non ! ? Quelle galère…
Effectivement, à cause de ses 130 kilos arrondis à la dizaine inférieure par bienveillance hier sur la balance, Éric a traîné sa valise sur la centaine de mètres du quai au compartiment comme un forçat sa brouette de cailloux à la fin d’une journée d’esclave. Son surpoids – maladif – est devenu un handicap pour tous les actes de la vie quotidienne : prendre le train, faire ses courses, marcher, monter ou descendre de voiture, gravir quelques marches d’escalier, prendre le métro… : toutes ces habitudes autrefois simples semblent lui être maintenant interdites, et peut-être dangereuses. L’alourdissement de son corps met en péril ses articulations (genoux, chevilles) son souffle, son cœur même.

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Quand Jésus parle aujourd’hui d’un cœur qui s’alourdit, il faut transposer au domaine spirituel la surcharge pondérale qui ralentit et paralyse tant d’adultes en Occident. Si l’obésité physique est un problème de santé publique préoccupant, l’alourdissement du cœur est son pendant spirituel, et il n’est pas moins inquiétant.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet. (Lc 21,34)

Jésus cite deux poids qui peuvent nous handicaper au point de ne plus discerner sa venue en nous : l’alcoolisme et les soucis de la vie.

Pour l’alcoolisme, nul besoin hélas de développer : les ravages de cette maladie sont bien connus. Qu’il soit mondain chez les classes sociales aisées cherchant à se divertir (au sens pascalien du terme), ou qu’il soit ivresses récurrentes chez les classes sociales populaires noyant leur précarité dans l’alcool, l’alcoolisme est une figure de la perte de conscience qui nous empêche de voir ce qui nous arrive (au volant par exemple, c’est mortel !), d’être vraiment présents aux autres, de raisonner avec intelligence.

Arrêter de boire avec l'hypnose

Aux beuveries et à l’ivresse dont parle Jésus, on peut joindre les addictions modernes produisant des effets semblables : l’addiction aux écrans et au virtuel, la dépendance aux drogues douces et dures, les liens malsains à l’argent, au sexe, à la gloire etc. Nous mettons tant d’énergie à poursuivre des buts qui nous dominent en retour ! Nous nous attachons à des idoles qui nous privent de notre liberté.

Attendre le Christ suppose de nous désintoxiquer de nos addictions, aliénantes, plus radicalement qu’un drogué n’entre en sevrage, plus durablement qu’un alcoolique ne décide d’arrêter.

La deuxième cause de l’alourdissement de notre cœur cité par Jésus est plus pragmatique, plus ordinaire, moins effrayante que les excès d’alcool : les soucis de la vie. Il faut dire que les soucis de la vie, en ce moment, on les cumule : les factures de gaz et d’électricité qui s’envolent, le prix du carburant qui flambe, les pensions de retraite qui régressent, la fiscalité qui devient incompréhensible etc. Ajoutez-y les soucis de santé qui arrivent à l’improviste, les soucis de couple et de famille qui statistiquement touchent tout le monde tôt ou tard, de près ou de loin etc. et vous aurez raison de protester : « Jésus, la vie est dure. On a tellement de choses à porter, de proches sur lesquels veiller, de démarches à assumer ! On voudrait bien t’y voir, toi. Si tu avais une famille, des emprunts, un loyer, un boulot en pointillé, tu comprendrais… »

Protester ainsi contre le Christ est légitime. Les psaumes le font à longueur de chants. Exposer au Christ tout ce qui compose notre fardeau quotidien est le meilleur moyen pour qu’il s’en charge et nous procure le sien en échange : « venez à moi vous qui ployez sous le fardeau et je vous procurerai le repos ». « Prenez sur vous mon joug ; il est facile à porter. » Ce qui se joue dans ce dialogue intérieur, dans cette prière un peu rude où nous prenons le Christ à partie, c’est l’allégement de notre cœur. Peu à peu, même en râlant, nous déposons au pied du Christ nos fardeaux, nos jougs, nos soucis. Lui les prend sur ses épaules, ce qui ne veut pas dire qu’il faut attendre de solution magique ! Lui confier nos soucis de la vie signifie plutôt lui faire confiance pour que tout cela se dénoue, devienne vivable, pas après pas, jour après jour. C’est croire que la force de l’Esprit nous est donnée pour faire face, souci après ceci, sans perdre cœur. Un divorce à mener, un proche qui va mourir, un licenciement qui s’annonce : les soucis de la vie sont si graves qu’ils peuvent nous faire douter de l’amour de Dieu, nous éloigner de la paix intérieure que pourtant il nous donne dans ces situations-là.

À l’inverse, ceux pour qui tout va bien – au moins dans l’instant – sont peut-être davantage en péril spirituellement. Car la graisse du succès et de la réussite alourdit leur cœur, selon le constat des psaumes :

Les impies sont enfermés dans leur graisse, ils parlent, l’arrogance à la bouche. Ils marchent contre moi, maintenant (Ps 17,10)
L’orgueil est leur collier, la violence, le vêtement qui les couvre; la malice leur sort de la graisse, l’artifice leur déborde du cœur. (Ps 73,7)
Leur cœur est épais comme la graisse, moi, ta loi fait mes délices. (Ps 119,70)
Fils d’homme, jusqu’où s’alourdiront vos cœurs, pourquoi ce goût du rien, cette course à l’illusion? (Ps 4,1)

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Ceux qui ont de l’argent sans compter, une famille sans problèmes, un travail rémunérateur et valorisant peuvent avoir la tentation de se passer de Dieu. Ils peuvent éteindre en eux la soif spirituelle (au moins l’alcoolisme révèle une autre soif !). Ils deviennent insensibles aux malheurs des autres qu’ils ne côtoient plus, qu’ils ne connaissent plus, car leur univers s’est séparé des autres classes sociales. Apparemment, tout va bien pour eux. Mais c’est eux que Jésus tance avec ses béatitudes cinglantes : « Malheureux, vous les riches. Malheureux êtes-vous si tout le monde dit du bien de vous ». « Insensés, vous comptez vos greniers pleins à ras bord, mais cette nuit même on va vous demander votre vie ! »

Pire que l’alcool ou les soucis de la vie, la réussite, la santé et la richesse peuvent aveugler et dévoyer les meilleurs d’entre nous. S’ils ne font pas régulièrement l’équivalent d’une cure de désintoxication, d’amaigrissement ou de simplification de leur existence, ils deviendront spirituellement des obèses, handicapés dans la quête de Dieu, incapables d’avoir soif de l’Évangile et de marcher vers le but ultime de toute histoire humaine.

Quelles sont les dépendances qui nous empêchent de désirer plus que la survie quotidienne ? Comment déposer au pied du Christ les « soucis de la vie » qui nous alourdissent en ce moment ?

Et si tout va bien pour vous, comment maintenir vivante la quête d’un au-delà de vos satisfactions actuelles ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Je ferai germer pour David un Germe de justice » (Jr 33, 14-16)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda : En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, Jérusalem habitera en sécurité, et voici comment on la nommera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

Psaume
(Ps 24 (25), 4-5ab, 8-9, 10.14)
R/ Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu.
(Ps 24, 1b-2)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Les voies du Seigneur sont amour et vérité
pour qui veille à son alliance et à ses lois.
Le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent ;
à ceux-là, il fait connaître son alliance.

Deuxième lecture
« Que le Seigneur affermisse vos cœurs lors de la venue de notre Seigneur Jésus » (1 Th 3, 12 – 4, 2)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. Amen.
Pour le reste, frères, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons, oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus. Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.

Évangile

« Votre rédemption approche » (Lc 21, 25-28.34-36) Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.
Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet ; il s’abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »
Patrick BRAUD

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