L'homelie du dimanche

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20 octobre 2019

D’Anubis à saint Michel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

D’Anubis à saint Michel

Homélie du 30° dimanche du Temps Ordinaire /  Année C
27/10/2019

Cf. également :

Dans les petits papiers de Dieu

Simul peccator et justus : de l’intérêt d’être pécheur et de le savoir

« J’ai renoncé au comparatif »

Une scène n’a cessé d’être représentée sur les papyrus de l’ancienne Égypte pendant seize  siècles : la pesée des âmes lors du jugement dernier. L’image est extraordinaire dans les papyrus d’Ani (vers -1550/-1292) ou d’Hunefer (vers -1280) par exemple. On y voit le dieu de la mort Anubis tenir une balance. Sur le plateau droit est déposé le cœur du défunt, et sur le plateau gauche la plume symbolisant la justice de la déesse Maat. Le dieu Toth prend scrupuleusement en note le résultat de la pesée. Si le cœur est léger, plus léger que la plume, c’est que le défunt avait le cœur pur : il est alors conduit auprès d’Osiris, le dieu de la résurrection d’entre les morts, pour partager avec lui la vie éternelle. Si le défunt avait le cœur lourd, chargé de péchés, le dieu Sobek à tête de crocodile n’attendait qu’un signe d’Anubis pour dévorer son cœur, symbole de châtiment éternel.

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En Europe, 15 siècles après J.C., le peintre flamand Roger van der Weyden a peint des fresques sublimes exposées sous forme de retables dans les hospices de Beaune. Étonnamment, la même scène y est représentée, à croire que juifs et chrétiens ont puisé sans le savoir dans la symbolique égyptienne pour penser le jugement dernier ! L’ange saint Michel remplace ici Anubis : il se tient très droits pour ne pas fausser la pesée de la balance qu’il tient de sa main droite. À la place d’Osiris, c’est le Christ ressuscité qui préside au jugement et accueille les élus à sa droite. Ce n’est plus le cœur contre la plume, mais les mauvaises actions qui sont pesées contre les bonnes. Si le plateau penche à droite, l’élu ira rejoindre la foule des ressuscités sortant de terre nus comme des graines émergeant du sol. Si le plateau penche à gauche, ils iront loin du Christ, malheureux comme celui qui se mange la main de remords (littéralement !).

Jugement dernier Van der Weyden

Trois mille ans et trois religions séparent ces deux images, et pourtant elles ont indéniablement une inspiration commune : l’intuition que l’au-delà dépend de l’ici-bas, de la justesse de la vie sur terre. « On n’a que ce qu’on mérite » pourrait résumer l’avertissement lancé aux sujets des pharaons comme à ceux de Charles VII !

Pourtant, à bien lire notre parabole du pharisien et du publicain de ce dimanche, on ne peut que s’inscrire en faux contre cette vision trop anthropomorphique de la justice de Dieu !

Que dit le texte en effet ? On s’attend à ce que l’amas de bonnes œuvres accumulées soit plus efficace que la supplication du pécheur arrivant les mains vides. C’est du moins ce qu’Anubis ou saint Michel (version van der Weyden) auraient prononcé comme verdict. Eh bien pas du tout ! « Quand ce dernier [le publicain] redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre ».

Jésus prend à contre-pied nos représentations instinctives de la justice : nous pensons qu’elle se mérite ; lui nous révèle qu’elle est donnée.
Nous croyons que nos bonnes actions auront leur récompense ; lui nous assure que le salut ne s’achète pas mais se reçoit gratuitement.
Nous imaginons qu’il faut faire beaucoup d’offrandes, de sacrifices, de prières et de rites pour arriver devant Dieu les bras chargés de présents ; et le Christ nous dit que les mains vides seront plus aptes à accueillir le don de Dieu.
Nous voulons mériter notre salut ; or le publicain n’a rien fait de bien et c’est lui qui est sauvé (comme le condamné à la droite de Jésus sur le gibet de la croix).
Nous pensons que la justice est punitive ; le Christ nous révèle une justice salvifique.

Le pharisien – personnage très aimé et très respecté du peuple juif pour sa rectitude – tombe dans le piège d’Anubis avec des ressemblances troublantes, comme si le paganisme (faire les dieux à son image) réussissait toujours à s’infiltrer dans le monothéisme (Dieu tout autre que les représentations humaines). Lorsqu’il énumère les motifs de son action de grâce, le pharisien ne se rend pas compte qu’il égrène à nouveau les confessions négatives que le défunt égyptien prononçait devant le tribunal des dieux. Il confesse : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain ». Ainsi faisait celui qui comparaissait devant le tribunal des dieux égyptiens :

D’Anubis à saint Michel dans Communauté spirituelle extrc3a9mitc3a9-planche-31-ani« Je n’ai pas commis l’iniquité
je n’ai pas brigandé
je n’ai pas été cupide
je n’ai pas dérobé
je n’ai tué personne
je n’ai pas diminué le boisseau
je n’ai pas commis de forfaiture… »
(texte des 42 confessions négatives du papyrus d’Ani).

En plus, il veut asseoir sa justice sur l’injustice du publicain, par comparaison et dépréciation. Comme s’il fallait enfoncer la tête de l’autre sous l’eau pour arriver à émerger de la masse des justiciables.
D’ailleurs, aujourd’hui encore, dans les bénédictions du matin (Birkot Hasha’har) que lit tout juif pratiquant se trouve cette bénédiction : « Béni Sois-Tu, Eternel, notre D.ieu, Roi du monde, de ne pas m’avoir fait femme ». La femme elle, dit simplement « Béni Soit Celui qui m’a faite selon Sa Volonté ». La tentation de la comparaison s’est infiltrée jusque dans le meilleur du judaïsme…

À l’inverse, par son silence sur ses mérites, par sa pauvre imploration : « prends pitié du pécheur que je suis », le publicain ne veut aucun mal au pharisien, il ne se compare pas à lui. Il accepte d’être vrai devant Dieu, et s’ouvre à sa miséricorde. Et c’est lui qui est justifié en finale ! Pas très « moral » tout ça, car la « morale » commune voudrait que les bons soient récompensés et les méchants punis…

PHARISIEN%2BET%2BPUBLICAIN%2BPARABOLE Anubis dans Communauté spirituellePar cette petite parabole, Jésus renverse ainsi les tables du commerce marchand de la prière païenne. Il trouble en même temps l’ordre moral qui fonde le pouvoir de la religion sur les rites à pratiquer, les offrandes à consacrer, les bonnes actions à accumuler. Il situe le salut au-delà du bien et du mal commis. Cette parabole a donc un petit côté anarchiste, au sens où elle conteste à tout pouvoir religieux humain le droit de décréter qui est juste ou qui est injuste, les rites à pratiquer, les sacrifices à faire. Proclamer comme Jésus que les prostituées et les publicains précéderont les pratiquants religieux et fidèles n’était pas du goût de tout le monde…

Se présenter devant Dieu les mains vides, en attendant tout de lui, ne signifie pas pour autant mener une vie de violence et de rapines. Pour reprendre la maxime d’Ignace de Loyola : « Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu ». ou pour reprendre la prière de la petite Thérèse de Lisieux, il s’agit d’arriver les mains vides devant Dieu pour tout recevoir de lui :

« Au soir de cette vie, je paraîtrai devant toi les mains vides, car je ne te demande pas Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à tes yeux. Je veux donc me revêtir de ta propre justice et recevoir de ton Amour la possession éternelle de Toi-même. Je ne veux point d’autre Trône et d’autre Couronne que Toi, ô mon Bien-Aimé !… »

Le désir d’accumuler sans cesse est à la base de notre économie moderne. Prenons garde à ce qu’il ne dénature pas notre soif de la justice selon le cœur de Dieu, car accumuler les bonnes actions ne fera jamais de nous des justes. Par contre, le salut accueilli produit des fruits de justice qui alors ne sont pas les termes d’un échange marchand donnant-donnant, mais les conséquences gracieuses de la vie gratuitement donnée-reçue.

Réapprenons la gratuité, pour nous comme pour ceux qui nous entourent.

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« La prière du pauvre traverse les nuées » (Si 35, 15b-17.20-22a)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice.

 

PSAUME

(Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23)
R/ Un pauvre crie ; le Seigneur entend. (Ps 33, 7a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur entend ceux qui l’appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.

Il est proche du cœur brisé,
il sauve l’esprit abattu.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice » (2 Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. J’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

 

ÉVANGILE

« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien » (Lc 18, 9-14)
Alléluia. Alléluia.Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Patrick BRAUD

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13 octobre 2019

Lutte et contemplation

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Lutte et contemplation

Homélie du 29° dimanche du Temps Ordinaire /  Année C
20/10/2019

Cf. également :

À temps et à contretemps
Ne baissez pas les bras !
La grenouille qui ne se décourageait jamais

Réfléchissez, et choisissez un projet important que vous avez mené ces derniers temps : un déménagement, une mission professionnelle, un traitement médical… comment l’avez-vous entrepris : en y allant à l’instinct, en suivant votre intuition ? après mûre réflexion ? Comment l’avez-vous conduit : en y consacrant toute votre énergie ? en ne pensant qu’à cela ? par petites touches ou d’un seul trait ? En fait, nous avons chacun adopté un certain style pour agir, mais rien ne dit que ce soit le meilleur pour nous. C’est simplement celui que nous avons trouvé jusqu’à présent, en fonction de notre histoire personnelle, de nos talents, de notre caractère.

Amaleq 2Dans la première lecture, Josué mène le combat d’Israël se défendant contre l’attaque des Amalécites, pendant que Moïse monte sur une colline pour prier, les mains levées, avec l’aide d’Aaron et de Hour.

Il y a du Josué et du Moïse en chacun de nous ! D’un côté, il nous faut plonger dans la mêlée, au cœur de l’action. Pas question de tergiverser en trouvant de faux prétextes qui retarderaient le combat. L’heure est à l’urgence : légitime défense d’Israël ici, projet important là. En même temps, se noyer dans l’action sans prendre le temps de réfléchir, de se poser comme Moïse sur une pierre, finit par être suicidaire. À force d’être obsédé par le court terme, on finit par perdre le sens de ce que l’on fait, même si on le fait bien.

Josué en nous se bat pour la survie quotidienne : la famille, le logement, une vie décente, le boulot… Moïse en nous devrait garder les mains levées vers le ciel : un peu de silence pour entendre les choses autrement, les bras tendus vers Dieu pour ne pas compter sur nos seules forces, une intériorité continuelle, toile de fond sur laquelle la bataille se déroulera selon le cœur de Dieu.

Celui qui ne prie pas pendant qu’il agit réussira peut-être son œuvre, mais plus rarement l’œuvre de Dieu. Et symétriquement, celui qui n’agit pas à l’issue de sa prière réduit la foi à un bien-être individuel, à une thérapie de développement personnel…

« En cette période de l’histoire, un refus d’engagement pour l’homme au profit d’une seule intimité avec le Christ conduit au piétisme, à l’intimisme. Comment dire « Seigneur, Seigneur » sans accomplir la volonté de Dieu ? Et celle-ci est aussi engagement pour l’homme victime de l’homme. Pendant la seconde guerre mondiale, beaucoup de chrétiens en Europe priaient, indifférents à ce qui se passait autour d’eux, en particulier dans les camps d’extermination. Aujourd’hui comme hier, par notre refus de prendre des risques, par nos silences, nous pouvons soutenir, le sachant ou sans le savoir, des régimes politiques. Le silence des Églises devant certains drames a parfois été tel qu’il équivalait à un engagement politique presque explicite, allant jusqu’à accréditer l’oppression. À cet égard, nous avons tout un passé à digérer et nous n’avons pas fini, loin de là. Mais si, par réaction contre le piétisme ou contre le silence des Églises, certains chrétiens allaient prendre les options politiques les plus extrêmes et les saupoudraient seulement après coup du nom de Jésus, ce serait aussi à la limite « récupérer » le Christ. Pour le chrétien, impossible de mettre la charrue avant les bœufs. Comment engager toute son existence dans un combat avec l’homme opprimé, au risque de perdre sa vie par amour, sans puiser constamment aux sources chrétiennes et s’y abreuver. Alors, comme Dieu, l’homme devient créateur. Poursuivant une aventure intérieure avec le Ressuscité, pas après pas, dans une lutte ardente pour la justice, il participe à la marche de l’homme et de l’humanité vers la libération de leurs oppressions. » (Frère Roger, Taizé)

Les Églises n’ont pas cessé d’osciller entre les deux attitudes : elles se sont compromises avec des idéologies inhumaines pour agir en faveur des pauvres hier, ou avec l’idolâtrie du marché aujourd’hui. Elles ont également été capables d’organiser de belles liturgies sans dénoncer le sort fait aux esclaves autrefois, aux Juifs en 39-45, ou aux femmes victimes de violence et de domination aujourd’hui. 


Frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé en Bourgogne, a eu très tôt cette intuition qu’il fallait réconcilier en nous ces deux aspects de la vie chrétienne, pour pouvoir nous réconcilier avec nous-même, avec les autres, et entre Églises. Après Mai 68, des milliers de jeunes en quête « d’autre chose » – croyants ou non – ont pris la route pour cette  colline de Taizé où ils se retrouvaient très nombreux chaque été.

Lutte et contemplation dans Communauté spirituelle Sans-titre-4

Le 31 août 1974, ils étaient quarante mille à se presser autour de l’église de la Réconciliation sur la colline de Taizé, à quelques kilomètres de Cluny (Saône-et-Loire). Quarante mille jeunes venus de toutes les régions d’Égal France, mais aussi du monde entier pour l’ouverture d’un concile des jeunes qui devait durer plusieurs années.

Qu’ils soient chrétiens en rupture d’Église, militants de gauche en recherche de révolution ou  » baba cool  » illuminés, le formidable ébranlement de toutes les certitudes nées en mai 68 les unissait. Spiritualité, authenticité, fraternité : telle était leur recherche commune. Une seule conviction les habitait : à Taizé, il fait bon vivre dans une convivialité apaisée, protégée du tumulte et des angoissantes questions du monde environnant. Depuis l’annonce de la  » bonne nouvelle  » en 1970 par le Frère Roger Schultz, prieur de la communauté de Taizé, ils avaient été de plus en plus nombreux à gravir la colline pour – croyants et non-croyants – venir prier ou se recueillir en silence autour de cette communauté insolite de moines d’origine protestante qui s’ouvrait ainsi au monde séculier.
Il émanait de ces quarante hommes en aube blanche, priant trois fois par jour au milieu de la moderne église de béton, une force extraordinaire qui donnait à la foule hétéroclite et bigarrée le sentiment d’unité et de paix qu’elle cherchait.
À cette multitude, il fallait des mots d’ordre simples.  » Lutte et contemplation « , dira Frère Roger. Quelle autre formule aurait pu mieux résumer les aspirations contradictoires d’une génération qui tentait de concilier sa recherche de spiritualité et son désir d’œuvrer à la transformation d’un monde que ses inégalités choquaient profondément ? [1]

31uuNg735xL._SX320_BO1,204,203,200_ Aaron dans Communauté spirituelleFrère Roger a écrit de nombreux ouvrages, dont « Lutte et contemplation » en 1973 qui était le journal de cette aventure du « concile des jeunes », rassemblement informel sur une décennie environ de ces jeunes activistes des années 70 apprenant le silence, la méditation à l’infini sur les mantras religieux de Taizé, ces refrain (en latin !) répétés  jusqu’à une quasi transe spirituelle.

 » Le pressens-tu ? Lutte et contemplation ont une seule et même source : le Christ qui est amour.
Si tu pries, c’est par amour.
Si tu luttes pour rendre visage humain à l’homme exploité, c’est  par amour.
Te laisseras-tu introduire sur ce chemin ?
Au risque de perdre ta vie par amour, vivras-tu le Christ pour les hommes ? » 

Des jeunes continuent toujours d’affluer chaque été à Taizé, mais l’époque est moins portée à transformer le monde qu’à soigner les blessures intimes. Dans les années 70, il fallait apprendre la contemplation à des jeunes surinvestis dans l’action politique. Dans les années 2020, il faut sans doute éveiller la passion du combat social et politique chez les jeunes générations d’Occident, et la contemplation à Taizé y conduit naturellement. Jean-Paul II disait lors de sa visite à Taizé le 5 octobre 1986 : « On passe à Taizé comme on passe près d’une source. »

 

Frère Roger - Le fondateur de TaizéLutter et contempler : voilà un beau défi à relever ! Celui qui lève les bras au ciel sans retrousser ses manches devant les urgences autour de lui est hypocrite et lâche. Celui qui se noierait dans l’action sans prendre le temps de respirer, de se ressourcer, de recevoir sa force d’un autre sera très vite épuisé, et fade. 

 » La prière, cette descente dans les profondeurs de Dieu, n’est pas là pour que nous soyons mieux dans notre peau. Prier non en vue d’une utilité quelconque mais pour créer avec le Christ une communion d’hommes libres.Quand l’homme tente de donner à cette communion une expression par des paroles, ce sont des prières conscientes. Mais l’intelligence exprime seulement la surface de la personne. La voilà bien vite prise de court… et le silence l’emporte, au point de paraître signifier une absence de Dieu.
Plutôt que de se bloquer sur les aridités du silence, savoir qu’elles ouvrent à des possibilités créatrices inconnues : dans le monde sous-jacent à la personne humaine, dans l’infraconscient, le Christ prie plus que nous ne l’imaginons. Par rapport à l’immensité de cette prière du Christ en nous, notre prière explicite est réduite à peu de chose.
Oui, l’essentiel de la prière se passe surtout dans un grand silence…Toute prière demeure ardue pour l’homme livré à la solitude. Dieu a fait l’homme social, il lui a donné vocation « politique ». Serait-ce pour cela que la contemplation devient plus aisée quand elle est vécue avec d’autres ?Silence de la contemplation ! En chacun de nous gisent des abîmes d’inconnu, de doute, de violence, de peines intimes… et aussi des gouffres de culpabilité, d’inavoué, au point que s’ouvrent les immensités d’un vide. Des pulsions bouillonnent, elles viennent d’on ne sait où, peut-être d’une mémoire ancestrale ou génétique. Laisser le Christ prier en soi avec la confiance de l’enfance, un jour les abîmes seront habités.
Un jour, plus tard, nous constaterons en nous une révolution.À long terme, de la contemplation surgit un bonheur. Et ce bonheur d’hommes libres est moteur de notre lutte pour et avec tout hommes. Il est courage, il est énergie pour prendre des risques. Il est débordement d’allégresse. »

 

Cette alliance, cette dialectique lutte / contemplation est une règle de survie… pour les entreprises également ! Une entreprise obsédée par le seul résultat comptable en bas de page sera  toujours dans le court terme : réduire les frais de personnel, fermer les foyers de perte, dominer les formations, les investissements… Sa stratégie se limitera à la survie, et ses efforts deviendront contre-productifs, voire suicidaires, car ne préparant aucun rebond possible dans l’avenir. À l’inverse, celle qui n’aurait qu’une recherche fondamentale se priverait des développements opérationnels, sources de croissance et d’innovation. Comme disait Karl Marx : « Jusqu’ici les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde. Il s’agit maintenant de le transformer ».
Par exemple, une équipe dirigeante a besoin de respirations régulières, à l’écart, dans le silence et la réflexion. Sans ces moments de « bras levés » à la manière de Moïse, elle cessera d’exister comme équipe, elle n’aura plus de vision commune à partager, elle deviendra purement fonctionnelle et plus du tout inspirante. A l’inverse, des dirigeants qui resteraient dans de grandes orientations et discours sans se salir les mains sur le terrain ne seraient plus crédibles et très vite coupés de la réalité.

 

95280905_o ContemplationPour terminer, disons un mot des compagnons de Moïse sur la colline. Le combat est si long que Moïse fatigue à garder les bras levés pour soutenir Josué à distance. Alors il demande de l’aide, il accepte d’être aidé tout grand chef qu’il est. C’est Aaron, avec un certain Hour (dont on ne sait pas grand-chose) qui seront son soutien. Aaron, porte-parole officiel de Moïse en quelque sorte, puisque Moïse souffrait de bégaiement avait à Dieu de l’aider pour parler au peuple. Il est intéressant de noter que Moïse a aussi besoin d’Aaron non plus pour parler mais pour se taire. Non plus pour parler au peuple, mais pour parler à Dieu silencieusement dans l’intercession.
S’il y a du Moïse et du Josué en nous, il doit également y avoir de l’Aaron et Hour ! C’est-à-dire que notre rôle sera à certains moments d’offrir à d’autres un espace de repos et de et de récollection, comme la pierre où Moïse s’assit. Puis notre rôle sera de tenir le bras de l’autre, sa main tendue vers le ciel, c’est-à-dire de l’aider à ne pas perdre cœur dans sa prière et son combat. Si Moïse est assis, ils sont debout, et ils doivent porter pendant de longues heures le bras tendu reliant le peuple à son Dieu. Il nous revient plus souvent que nous l’imaginons de remplir ce rôle auprès de nos compagnons : un coup de fil, une invitation au restaurant, une longue marche où l’on peut parler et se taire… Les moines et moniales  qui accueillent tant de retraitants dans leurs abbayes jouent ce rôle : quelques heures, quelques jours, quelques semaines de silence de prière commune où la communauté porte le passant à bout de bras dans sa prière, pour que son combat ne cesse pas jusqu’à la victoire….

 

À nous d’unir lutte et contemplation dans tous les domaines de notre vie :
agir en se ressourçant, les bras levés vers le ciel et l’épée à la main.

 


 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort » (Ex 17, 8-13)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. » Josué fit ce que Moïse avait dit : il mena le combat contre les Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

PSAUME
(Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8)
R/ Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. (Ps 120, 2)

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il empêche ton pied de glisser,
qu’il ne dorme pas, ton gardien.
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas,
le gardien d’Israël.

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage,
se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper,
ni la lune, durant la nuit.

Le Seigneur te gardera de tout mal,
il gardera ta vie.
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour,
maintenant, à jamais.

DEUXIÈME LECTURE
« Grâce à l’Écriture, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 14 – 4, 2)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris : de cela tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l’as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien.
Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire.

ÉVANGILE
« Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui » (Lc 18, 1-8) Alléluia. Alléluia. Elle est vivante, efficace, la parole de Dieu ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Alléluia. (cf. He 4, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Patrick BRAUD

 

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6 octobre 2019

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Homélie du 28ème dimanche du Temps Ordinaire /  Année C

18/10/2019

Cf. également :

De la santé au salut en passant par la foi
Faire miniane
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le principe de gratuité
Le potlatch de Noël
La 12° ânesse

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Cadeau de janvier, ingratitude de février dans Communauté spirituelle gratitude-cartoonCe vieux proverbe français fait le constat – un peu désabusé – du peu de reconnaissance dont les êtres humains sont capables. Chacun de nous en a fait l’expérience : on donne de bon cœur, et l’autre s’en va avec son cadeau sans un merci ni même un regard … On se dit alors : OK, c’est un bon test de notre désintéressement ! Voulions-nous donner pour être flatté en retour, ou simplement pour faire plaisir, ou parce que l’autre en avait vraiment besoin ? Celui qui fait dépendre son don de la reconnaissance reçue en retour deviendra pingre et avare ! Fénelon disait : « Il ne faut rien attendre des hommes que de l’ingratitude, et les servir sans intérêt ». Et le sage observe : « le pécheur dilapide les biens de son garant ; dans son ingratitude, il abandonne celui qui l’a sauvé » (Sg 29, 16-17).

Reste que le pincement au cœur est toujours là : si ce cadeau a fait plaisir, pourquoi l’autre ne l’exprime-t-il pas ?
Par goujaterie et manque d’éducation, diront certains. Ils n’auront pas tout à fait tort, Tant il est vrai que dire merci n’est pas inné, mais s’apprend, par la famille, l’école, l’Eglise…
Par pudeur et timidité, diront les autres. Et ils n’auront pas tort, car c’est très intimidant de recevoir.

A cause d’un certain sentiment de honte et d’humiliation, diront d’autres encore. Et ils n’auront pas tort, car cela peut être très humiliant d’être obligé d’accepter des dons pour survivre. Revoir le donateur peut alors réactiver le sentiment de domination éprouvé  envers celui qui a tout alors que je n’ai rien. Corneille écrivait : « On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tout ».

Jésus dans notre évangile des dix lépreux guéris (Lc 17, 11-19) s’affronta ce constat d’ingratitude : comment !? un seul sur les dix est revenu remercier ? et un étranger (samaritain) en plus ?  et un hérétique !

 

Donner-recevoir-rendre

Homélie sur la guérison des dix lépreux (dimanche 18 décembre 2012)Jésus perçoit d’instinct que quelque chose manque à la guérison qu’il désire apporter à ces dix lépreux. Marcel Mauss, célèbre anthropologue français, a théorisé le circuit symbolique emprunté par le don pour circuler dans une communauté et entre communautés [1].

Tout commence avec l’acte de donner. Ici, c’est à la manière du Christ : généreusement, sans calcul, sans même les gestes et paroles théâtrales dont les chamanes et autres sorciers aiment entourer leurs pratiques. Il répond à leur supplication parce qu’il est saisi de pitié devant leur maladie et ses conséquence physiques, sociales, religieuses.

Vient ensuite l’acte de recevoir.

Il n’est pas si évident. Beaucoup refusent de recevoir : soit ils n’expriment pas leur demande, soit ils ne veulent pas du cadeau offert. Peut-être par orgueil, pour ne plus dépendre d’un autre, pour y arriver tout seul à la force du poignet… Savoir recevoir, ça s’apprend, comme savoir donner. Trop de fierté compromet le premier. Trop de condescendance dénature le second. Avoir le sentiment d’être humilié gâte le premier. Vouloir se faire aimer en retour transforme le second en manipulation. Jésus n’assortit son don de guérison aux dix lépreux d’aucune condition le concernant. Il demande juste d’aller faire constater par les prêtres que la lèpre est partie, afin que les dix ex-lépreux soient réintégrés de plein droit dans la communauté juive. Apparemment, ces hommes acceptent le don de Jésus puisqu’ils se mettent aussitôt en chemin vers le Temple de Jérusalem. Mais un seul ira jusqu’au bout de la logique du don que Marcel Mauss a formalisé : le contre-don.

 economie-du-don

Normalement, pour que l’échange de symbolique soit complet, la troisième étape du contre-don s’impose à ceux qui ont reçu comme une évidence non obligatoire mais essentielle pour que la logique du don continue à irriguer toute la communauté. En indonésien, Merci se dit Terima-Kasih (littéralement Recevoir-Donner) et l’on répond Sama-Sama (littéralement Ensemble). Le contre-don peut être fait à quelqu’un d’autre que le donateur, ou plus tard, ou autrement. L’enjeu est de ne pas figer la circulation de l’échange symbolique qui unit les membres d’un groupe ou des groupes entre eux. Le fait de rendre (rendre grâce, remercier) au donateur confère à celui-ci une importance sociale, une reconnaissance de la part de tous. Comme celui qui reçoit sera un jour celui qui donne, il ne voit nulle humiliation à reconnaître la grandeur de son donateur. S’il ne peut lui rendre en personne, il le rendra quelqu’un d’autre, provoquant ainsi une circulation généralisée du don / contre-don dans toute la communauté. C’est ce que fait le samaritain de l’autre parabole de Jésus, Il est cette fois-ci celui qui soigne. Il fait héberger le blessé rencontré sur la route. Puis il disparaît de sa vie sans chercher de retour, espérant que le dan reçu provoque chez le blessé le désir de devenir à son tour le sauveur d’un autre : « va et fais de même ». Ne pouvant manifester sa reconnaissance au sauveur du jour, il le rendra à un autre blessé, et ainsi de suite : le don ne cessera jamais de circuler sans jamais boucler sur lui-même.

En constatant – un peu surpris, voire navré – que seul un sur dix revient rendre grâce, Jésus ne ressent pas d’amertume pour lui-même. Il ne remet pas en cause l’utilité de son geste. Il n’arrêtera pas de guérir pour autant. Il s’applique à lui-même ce qu’il observe chez son Père : « faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants »(Lc 6,35). Non : il constate avec tristesse que 9 sur 10 ont interrompu l’élan vital qui leur aurait permis d’aller au bout de leur guérison. Car seul le contre-don permet d’atteindre la plénitude du don reçu. La guérison physique est bien donnée, mais seule l’action de grâce permet de l’accomplir en salut intégral : « va, ta foi t’a sauvé ». Pour les 9 autres, on dirait au rugby qu’ils ont bénéficié d’un essai… non transformé ! Il manque quelque chose à leur humanité guérie, quelque chose qui les fait passer à côté du salut tout proche. Ce quelque chose, c’est le contre-don : savoir rendre,  (rendre grâce, rendre la pareille, renvoyer l’ascenseur…).

Nous sommes sans cesse en dette envers ceux qui nous font grandir et aller mieux d’une manière ou d’une autre. Et c’est tant mieux, car cela nous incite à notre tour à donner (et même par-donner) de la même manière. Celui qui interrompt ce flux vital s’abîme lui-même en empêchant le lien de la reconnaissance de l’unir à ses semblables. « L’espoir de l’ingrat fondra comme le givre hivernal, il s’écoulera comme une eau qui se perd »(Sg 16,29).

Plus encore : ne pas rendre grâce abime le donateur, en le privant d’une forme de réassurance sur son rôle et sur sa place au sein de la communauté. Les neuf lépreux, sans le savoir, enlèvent ainsi à Jésus sa part de reconnaissance dont il aurait pourtant bien besoin pour poursuivre sa mission grâce au soutien des témoins de la scène ! Exprimer sa reconnaissance, c’est en même temps attribuer une importance sociale au donateur dont on se porte garant.

 

Au-delà du légal et du religieux.

Jésus dans un premier temps semble cautionner le système religieux du Temple de Jérusalem. Il demande aux dix d’aller se montrer aux prêtres (cohens) de Jérusalem. Le but évidemment d’obtenir leur pleine réintégration sociale après la guérison physique (Lv 13-14). Comme un label apposé sur leur nouvel état de santé, la visite aux prêtres officialisera leur  retour dans le monde des vivants, d’où la lèpre les avait exclus. Ils retrouvent leurs papiers d’identité en somme !

sanctuary-stairs don dans Communauté spirituelleLe piège serait de se satisfaire de cette obligation rituelle : comme si les démarches juridiques suffisaient, comme si le certificat religieux rétablissait les choses comme avant, comme s’il ne s’était rien passé. Un seul ose s’affranchir de ce système juridico-religieux : le samaritain. Parce qu’il est ‘hérétique’ aux yeux des juifs sans doute. Car pour les samaritains, c’est le mont Garizim qui est important et non le mont Sion de Jérusalem avec son Temple. Bienheureuse hérésie qui lui permet de s’affranchir des obligations du Temple ! C’est la religion du Lévitique qui avait parqué à l’écart ces hommes à cause de leur lèpre. C’est la reconnaissance envers Jésus qui a libéré le samaritain de cet assujettissement à la Loi auquel les neuf autres continuent de consentir. Il y a donc un certain éloge de la rébellion contre les obligations juridico-religieuses dans l’éloge que Jésus fait du dixième lépreux guéri ! En revenant sur ses pas pour remercier, cet homme échappe au pouvoir des prêtres, et revendique que les rites du Temple sont caduques. Non il ne se soumettra pas aux rituels compliqués inventés par les hommes pour dominer les autres au nom de Dieu ! Oui, il découvre que l’accueil du salut rend libre par rapport à toutes les obligations et convenances admises. Parce que c’est un étranger, il relativise les coutumes que les juifs croient essentielles. Parce que c’est un ‘hérétique’, il ne sacralise pas absolument ce qui est absolument incontestable pour un juif : le mont Sion, Jérusalem, le sacerdoce lévitique. Il revient vers Jésus, au-delà du juridique et du religieux, pour lui exprimer sa reconnaissance, le remercier, et reconnaître face contre terre la grandeur de son bienfaiteur.

La foi au Christ en personne sera à toujours plus grande que la nécessaire médiation des institutions et des appareils des Eglises. Sans disqualifier un certain fonctionnement religieux auquel il renvoie,  le Christ salue dans l’action de grâce du samaritain guéri la priorité de la foi sur les obligations provenant de la Loi ou du sacré. Pas étonnant qu’il se soit fait autant d’ennemis chez les fonctionnaires de Dieu de l’époque !

 

Cette semaine, méditons donc cette parabole en nous identifiant tour à tour à chaque personnage : Jésus le donateur, les 9 lépreux guéris et ingrats, le 10° : le samaritain sauvé, la foule spectatrice …

__________________________________________

[1] Marcel Mauss , Essai   sur  le  don.  Forme  et   raison  de  l’échange  dans   les   sociétés   archaïques, Article originalement publié dans l’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

 

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29 septembre 2019

Foi de moutarde !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Foi de moutarde !

Homélie du 27° Dimanche du Temps Ordinaire / Année C
06/10/2019 

Cf. également :

Les deux serviteurs inutiles
L’ « effet papillon » de la foi
L’injustifiable silence de Dieu
Entre dans la joie de ton maître
Restez en tenue de service
Jesus as a servant leader
Agents de service

moutarde-a-l-ancienneUne bonne moutarde à l’ancienne, avec de gros grains et une pâte onctueuse et ferme : imaginez-la sur une andouillette de Troyes, une pièce de bœuf grillé, ou dans la sauce salade faite maison. Immédiatement, un bouquet de saveurs vous reviendra en mémoire, mariant la force et le goût, la couleur et la consistance. Jésus savait bien que parler de moutarde dans une parabole susciterait ce genre d’émotion chez ses auditeurs, et il ne s’en prive pas ! C’est sa manière à lui de rendre concret ce qui demeure insaisissable : la foi.

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde (sénevé), vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi. » (Lc 17, 5-7)

Ce faisant, il innove. Car l’Ancien Testament ne parlait jamais de cette humble graine appelée également sénevé, ni le reste du Nouveau Testament d’ailleurs. Les seules occurrences de cette graine sont dans cette parabole dans Matthieu et dans Luc. Il fallait son regard d’enfant de Nazareth, d’adolescent se promenant dans les champs de Galilée pour remarquer ces tiges velues et feuillues aux propriétés bien intéressantes à cultiver dans son potager. En choisissant d’accrocher la foi à ces graines plutôt qu’à une idée ou un concept, Jésus pratique d’instinct une pensée concrète qui parle d’expérience aux paysans, aux ruraux qui sont la majorité de ses contemporains. L’avantage de ces paraboles très simples est qu’elles constituent un réservoir inépuisable d’interprétations. Les citadins que nous sommes devenus en 2000 ans continuent à voir dans cette comparaison un lien entre foi et saveurs, mais aussi entre foi et croissance, foi et guérison, jusqu’à penser l’effet papillon de la foi (au sens de la théorie du chaos).

 

Croire et croître

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLe premier effet de la parabole est visuel, saisissant : de la bille noire minuscule qui se coince entre deux dents à la belle plante potagère haute de 1 m à 3 m, quelle croissance spectaculaire ! Qui pourrait croire qu’un tel potentiel de vitalité est concentré dans le point de départ si infime ? La loi de croissance organique qui préside au développement de cette graine peut devenir le principe de notre propre croissance spirituelle. Très peu de foi suffit pour grandir.

En français, dire, je crois peux avoir les deux significations, à un accent près : je fais confiance (fides = foi, confiance) ou : je grandis, je déploie toutes les potentialités de mon être (je croîs, du verbe croître = se développer). Me confier à Dieu a pour résultat immédiat de faire pousser en moi les qualités utiles aux autres (les oiseaux du ciel) : hauteur de vue, saveurs, protection des petits (ombre reposante) etc.

Je relisais récemment la vie d’Armand Marquiset, fondateur de l’association des Petits Frères des Pauvres et de Frères des Hommes. Il aura suffi d’un éblouissement intérieur à Notre Dame de Paris en juin 1936 pour que cet homme, seul au début, déploie après la guerre un immense réseau de solidarité et de chaleur humaine auprès des « vieillards » isolés comme on disait à l’époque. Aujourd’hui, les Petits Frères des Pauvres représentent un réseau de plus de 12 000 bénévoles qui visitent chaque semaine 36 000 personnes âgées isolées. Plus de 600 salariés organisent des séjours de vacances, des réveillons de Noël, des sorties culturelles, du relogement etc. Voilà une histoire de graine de moutarde qui a soulevé des montagnes pour faire reculer la solitude et l’isolement, obtenir des fonds, être déclarée grande cause nationale en 1996 etc.

Oui, s’en remettre à Dieu avec confiance c’est grandir, et réussir ses projets selon son cœur au-delà de toute espérance !

 

Croire et guérir

ImageUn autre usage de la plante moutarde était médicinal à l’époque de Jésus. Ses feuilles sont riches en vitamine C, et constituent un bon tonic printanier et un bon dépuratif. On l’a employée pour soigner la bronchite et autres affections respiratoires ; et surtout, ses graines ont des propriétés répulsives qui font merveille en cataplasme de choc.

Comparer la foi à une graine plante de moutarde, c’est donc lier de manière naturelle croire et guérir. Comme un cataplasme appliqué sur les zones douloureuses, la foi réchauffe et assouplit nos raideurs  personnelles, nos congestions spirituelles.

On oublie que le mot salut vient de la même racine que le mot santé. L’impératif latin Salve (deuxième personne de l’impératif) signifie : « Porte-toi bien » ; il a donné le mot salut, qui souhaite la bonne santé à quelqu’un.

Le salut au temps de Jésus désigne indissociablement la santé de l’âme et du corps. L’histoire de la petite graine de moutarde nous met sur la piste d’une foi qui guérit, ce que toutes les thérapies naturelles du bien-être et du développement personnel expérimentent à leur manière aujourd’hui. Nous avons un trésor dans notre tradition chrétienne : le corps humain est tout entier impliqué et concerné dans l’accueil du salut par la foi ! Peut-être cela nous aidera-t-il à avoir une pratique moins matérialiste de la médecine, sans pour autant tomber dans les dérives magiques de soi-disant guérisseurs en tout genre ?

 

Croire et goûter

Photo de Andouillette de Troyes "Moutarde & Champignons" Pommes Sautées Maison. Plat du restaurant Le FerrareLe goût si fort de la moutarde à l’ancienne se superpose immédiatement au nom de la plante moutarde : la foi est affaire de saveur ! Elle rehausse les joies simples de la vie. Elle donne un poids d’éternité à l’amitié partagée, à la communion amoureuse, au repas si délicat qu’il enchante les pupilles, au velouté du vin d’exception… Il y a un épicurisme chrétien qui, loin de mépriser la joie de la chair, lui donne une forme de plénitude, d’accomplissement étonnant. La vie a un autre goût lorsque l’on croit ! La moindre rencontre, la joie la plus humble, le plaisir le plus simple acquièrent une stature, une hauteur et une profondeur dont la disproportion graine de moutarde / plante adulte nous donne une faible idée. Tout peut être savouré avec une intensité élevée au carré lorsqu’on y entend les harmoniques du salut à venir…

 

L’effet papillon de la foi

L'effet papillon de la foiOn a déjà évoqué cette propriété stupéfiante des équations météorologiques de Konrad Lorentz (cf. L’effet papillon de la foi). Le battement d’ailes d’un papillon sur la côte est des États-Unis peut provoquer, par enchaînement successifs, une tornade sur la côte ouest ! Et c’est vrai que les plus petits leviers peuvent soulever des montagnes énormes, les plus petites graines engendrer des arbres immenses.

La Bible regorge d’exemples illustrant l’importance des petites choses [1]. Une petite pierre a fait tomber un géant; une petite coupe de cheveux a failli causer la perte du royaume ; un petit repas a coûté la vie à un prophète ; une petite mangeoire a changé la destinée de toute l’humanité ; un petit arrangement a provoqué la mort du Sauveur, pour qu’une toute petite graine de moutarde puisse déplacer des montagnes !

Ézéchiel prend l’image du petit rameau qui va devenir une demeure pour les oiseaux du ciel :

Ainsi parle le Seigneur, Yahvé : J’enlèverai, moi, la cime d’un grand cèdre, et je la placerai; j’arracherai du sommet de ses branches un tendre rameau, et je le planterai sur une montagne haute et élevée. Je le planterai sur une haute montagne d’Israël; il produira des branches et portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Les oiseaux de toute espèce reposeront sous lui, tout ce qui a des ailes reposera sous l’ombre de ses rameaux. (Ez 17, 22-23)

La Bible nous dit de « ne pas mépriser le jour des petits commencements », même un seul talent ; même cinq pains et deux petits poisons ; une mauvaise décision dans le Jardin d’Eden ; un petit bateau dans un déluge planétaire ; une petite tour de Babel, qui provoqua une confusion mondiale jusqu’à nos jours et d’innombrables guerres entre les nations de la terre ; une petite promesse faite à Abraham, qui fit tomber des bénédictions sur le monde entier ; un petit homme sur une montagne, qui transmit le Décalogue à toute la terre ; un petit garçon dans une bergerie, qui devint roi et contribua à changer le cours de l’histoire ; une petite mesure de farine et quelques gouttes d’huile, mélangées à de l’obéissance, qui permirent au prophète de Dieu, à son hôtesse et à son fils de survivre durant trois années de famine.
« Car ceux qui méprisaient le jour des faibles commencements se réjouiront […] » (Za 4,10)

Plus que jamais, nous pouvons croire à l’importance des commencements. Il nous faut pour cela « des veilleurs sur les remparts de Jérusalem », pour distinguer au loin ce qui vient, pour repérer comme Élie au Mont Carmel le nuage dans le ciel à peine plus gros que le point mais annonciateur de la pluie salvatrice. Il nous faut des planteurs de graines aussi minuscules que celle de la moutarde, qui feront confiance à leur pouvoir démultiplicateur.

Foi de moutarde ! dans Communauté spirituelle Small-Is-BeautifulNe nous laissons donc pas fasciner par les colosses aux pieds d’argile (too big to fall pensait-on avant la crise financière de 2008). Small is beautiful pourrait être comme dans les années 80 un beau slogan à remettre à l’ordre du jour…

Terminons en citant deux autres usages de cette image de la graine de moutarde. L’un dans le Coran, qui reprend sa petitesse pour évoquer que rien n’échappe à Allah omniscient :

«À la résurrection, sur les balances justes, personne ne sera trompé du poids d’un grain de moutarde… Devant son tribunal, ce qui ne pèserait qu’un grain de moutarde, fût-il caché… au ciel ou sur la terre, sera produit par Dieu… »(Sourates 21.47 ; 31.16).

L’autre usage est dans le Catéchisme de l’Église catholique. Avec poésie, le court texte du Credo de Nicée-Constantinople est comparé à une graine de moutarde contenant tous les développements ultérieurs de la théologie et de la spiritualité :

CEC n° 186
Comme la semence de sénevé contient dans une toute petite graine un grand nombre de branches, de même ce résumé de la foi renferme-t-il en quelques paroles toute la connaissance de la vraie piété contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament (S. Cyrille de Jérusalem, catech. ill. 5,12).

Relisez donc la parabole de Jésus : vous ne verrez plus jamais votre pot de moutarde à l’ancienne comme avant ! 

 


 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le juste vivra par sa fidélité » (Ha 1, 2-3 ; 2, 2-4)

Lecture du livre du prophète Habacuc

Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent.
Alors le Seigneur me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard.
Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité.

PSAUME
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur » (2 Tm 1, 6-8.13-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains. Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

ÉVANGILE
« Si vous aviez de la foi ! » (Lc 17, 5-10) Alléluia. Alléluia.
La parole du Seigneur demeure pour toujours ; c’est la bonne nouvelle qui vous a été annoncée. Alléluia. (cf. 1 P 1, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi.
Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite prendre place à table’ ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »
Patrick BRAUD

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