L'homelie du dimanche

13 avril 2016

Secouez la poussière de vos pieds

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Secouez la poussière de vos pieds

Homélie du 4° dimanche de Pâques / Année C
17/04/2016

Cf. également :

L’agneau mystique de Van Eyck

« Passons aux barbares »…

 

Plusieurs fois dans une vie vous aurez à vous poser la question : dois-je persévérer ou m’en aller ? Est-il meilleur pour moi de rester un peu plus ou de tout quitter dès maintenant ?

Vous vous interrogez peut-être ainsi sur votre travail actuel. Si vous vous levez le matin sans envie ni enthousiasme aucun, si le contenu de votre mission professionnelle semble répétitif et ennuyeux, si les collègues ne parviennent plus à réveiller votre intérêt et le salaire non plus… Faut-il chercher un autre poste ? Est-il temps de partir ailleurs ? Ou est-ce le signe qu’une renégociation du poste et de ses conditions d’exercice est devenue nécessaire ?

Le couple connaît de pareilles hésitations. Devant les malentendus à répétition, l’usure du temps, les déceptions accumulées, faut-il rester ou partir ?

Il est souvent dangereux de répondre trop rapidement à ces interrogations de fond qui engagent toute une existence. Il serait tout aussi malsain de fuir la question, de l’enfouir en espérant qu’elle passe avec le temps, sans rien faire.

La première lecture du temps pascal nous fait parcourir les Actes des Apôtres pendant six dimanches. Et aujourd’hui particulièrement Paul et Barnabé sont confrontés à ce dilemme à Antioche de Pisidie. Visiblement une grande partie de la ville s’intéresse à leur prédication, puisque la synagogue est noire de monde le vendredi soir pour les entendre. Mais les notables juifs résistent. Et le texte rajoute même, avec saveur, qu’ils réussissent à se rallier l’opinion des femmes ‘qui comptent’ en ville. Devant une telle opposition faut-il s’arc-bouter, persister ? Ou bien abandonner en remettant à plus tard ?

Paul et Barnabé se souviennent alors du conseil que Jésus avait donné aux Douze et aux 72 lorsqu’il les avait envoyés en mission :

« Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux » (Lc 9,5).

C’est littéralement ce qu’ils font, et du coup cela les libère pour que la Parole continue sa course avec eux, ailleurs.

Jésus n’a pas dit : « Arrêtez-vous là, lamentez-vous et plaignez-vous en vous disant que vous êtes bien seul au monde ». Il a dit : « Secouez la poussière de vos sandales », c’est-à-dire : « arrêtez de ruminer quotidiennement cet échec, laissez tomber et avancez vers votre but ! Tournez-vous vers d’autres horizons ».

Quel est le sens de ce geste ? Que veut dire secouer la poussière de ses pieds encore aujourd’hui (au travail, dans son couple, dans une communauté etc.) ?

 

La poussière

Le geste est assez théâtral, puisqu’il faut se déchausser, taper les deux sandales l’une contre l’autre pour qu‘aucune poussière n’y adhère plus, tout en prononçant les paroles de séparation.

Afficher l'image d'origineD’habitude dans la Bible la poussière évoque plutôt la Création, avec Adam. « Tout s’en va vers un même lieu : tout vient de la poussière, tout s’en retourne à la poussière » (Qo 3,20) « L’homme s’en va vers sa maison d’éternité et les pleureurs tournent déjà dans la rue. Avant que lâche le fil d’argent, que la coupe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits et que la poussière retourne à la terre comme elle en est venue, et le souffle à Dieu qui l’a donné » (Qo 14,7). La poussière est le rappel de notre finitude, le symbole d’une existence courte et fragile. Secouer la poussière de ses pieds, c’est rappeler à l’autre qu’il n’est lui-même que poussière, et que son opposition est aussi stérile, aussi éphémère qu’un nuage de poussière dans l’air. S’il réfléchissait à sa condition de mortel, il ne s’entêterait pas dans son refus d’accueillir la Parole.

 

D’ailleurs l’autre usage biblique de la poussière est pénitentiel.

Parce que David réalise que c’est lui le pécheur qui a tué son rival, prit sa femme avec qui il avait commis l’adultère, il prend un sac de cendres et se le répand sur la tête en signe de contrition. Tous les pénitents de l’Ancien Testament se déchiraient les vêtements et se couvraient la tête de poussière, reconnaissant ainsi leur néant. On peut penser que, les sandales claquant, un tel nuage de poussière tombe sur la tête des opposants, les invitant à changer de comportement : « Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre » (Job 42,6).

 

Secouer la poussière de ses pieds

Le geste évoqué en Actes 13 a en fait été inventé par le Christ : on n’en trouve pas la trace telle quelle dans l’Ancien Testament. Le seul passage qui ressemble un peu est dans Isaïe 52,22 : « secoue ta poussière, lève-toi Jérusalem captive ! » Secouer sa poussière est alors le signe d’une rébellion salutaire, d’une révolte face à l’esclavage pour retrouver la liberté. C’est le refus de ce monde tel qu’il est, injuste, pour l’appeler à se transformer en se transformant vers une autre justice.

Afficher l'image d'origine 

Un contexte d’urgence

Quand Jésus donne ce conseil à ses disciples, c’est dans le contexte de l’envoi en mission : parcourir les villes et villages Israël, sans traîner, pour annoncer la Bonne Nouvelle au maximum de monde et revenir ensuite raconter ce qui s’est passé.

Il y a comme une urgence apostolique qui oblige.

Autre est Charles de Foucauld qui choisit de s’enfoncer à l’Assekrem au milieu de l’umma musulmane, sachant qu’il ne pourra jamais baptiser ni prêcher explicitement l’Évangile, autre est le cardinal Lavigerie, fondateur des Pères Blancs. Parce qu’il constate que l’Algérie musulmane résiste et se rend imperméable à la liberté religieuse, il choisit d’aller plus loin, vers l’Afrique Noire, où tant d’ethnies sont en attente de l’Évangile dont elles avaient comme une première annonce dans leurs  traditions orales.

Avez-vous plutôt une vocation de petit frère de Jésus ou de Père Blanc lorsque vous vous posez la question de rester ou de partir ? Les deux sont légitimes…

Le contemplatif sait qu’il faut des années avant de porter des fruits, et qu’un jour viendra… L’apôtre est pressé par l’urgence de la soif qu’expriment d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres lieux.

 

Une séparation qui libère

On juge l’arbre à ses fruits. Notre texte d’Actes 13 dit que « les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint » suite à la décision de Paul et Barnabé.

Afficher l'image d'origineSi votre acte de rupture est authentique, il vous procurera cette paix et cette joie, constatant après-coup tout ce que ce départ a pu créer de nouveau. La Parole de Dieu ne s’est pas arrêtée à Antioche, elle est allée avec Paul jusqu’à Rome, préfigurant le grand passage de l’Orient à l’Occident qui allait se réaliser ensuite.

 

Il y a des situations qui deviennent épuisantes lorsqu’elles durent trop. Un travail vide de sens, un couple qui n’est plus basé sur grand-chose, une Église ou une communauté qui se replie au lieu de respirer au large… Secouer la poussière de ses pieds est alors profondément libérateur (même si cela ne se fait pas sans douleur). Car la vie est courte. L’urgence est toujours là de ne pas gaspiller les quelques bribes de temps qui nous sont imparties.

Les ordres mendiants avaient bien compris que la liberté naît du détachement, et donc de cette itinérance franciscaine où l’on vit intensément chaque rencontre sans chercher à s’établir. Les bénédictins font voeu de stabilité et donc de rester toute leur vie dans le même monastère. Les ordres prêcheurs eux sont sans cesse envoyés ailleurs, car sinon la Parole s’enlise, car sinon d’autres ont soif alors que certains sont repus. Ne pas s’alourdir en cours de route demande de secouer la poussière de ses sandales régulièrement…

 

Prendre acte du refus de l’autre

Secouer la poussière de ses pieds, c’est également laisser à l’autre la responsabilité de sa liberté. Il est libre de refuser l’Évangile. « Celui qui est rassasié foule aux pieds le rayon de miel, mais celui qui a faim trouve doux tout ce qui est amer » (Proverbes 27,7).

Lui redonner la poussière qui provient de chez lui exprime la volonté de ne pas être complice de son idolâtrie, de ne pas adhérer à ses faux dieux : « je ne veux rien emporter des modes de vie que tu tiens pourtant à conserver ». Le geste est dur, car il semble figer pour longtemps un conflit entre celui qui reçoit la poussière et celui qui enlève ses sandales. C’est le constat réaliste d’un conflit insurmontable qui pour le moment ne peut pas être résolu. Comme l’urgence presse, l’apôtre s’en va ailleurs. Mais il ne s’interdit pas de revenir, lorsque les temps auront changé et l’état d’esprit de son opposant avec. D’ailleurs, souvenons-nous qu’Antioche est devenu l’un des cinq patriarcats des premiers siècles (avec Jérusalem, Constantinople, Alexandrie et Rome). C’est donc que l’annonce de Paul et Barnabé a fini par faire jaillir une Église là où il n’y avait au départ qu’une forte hostilité. Le départ de Paul et Barnabé aura peut-être paradoxalement permis cette floraison tardive.

 

Alors : rester ou partir ?

Accepter l’adversité patiemment en résistant (avec résilience, dirait-on aujourd’hui) ou partir en secouant le poussière de ses pieds ?

Il s’agit là d’un vrai discernement spirituel, qui demande du temps, de la prière, de l’accompagnement.

Changer de travail, déménager, quitter son conjoint, répondre à d’autres appels… : ces décisions sont lourdes de sens.

Penser à la poussière et aux sandales nous aidera peut-être à prendre courageusement les décisions nécessaires !

 

1ère lecture : « Nous nous tournons vers les nations païennes » (Ac 13, 14.43-52)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Paul et Barnabé poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Une fois l’assemblée dispersée, beaucoup de Juifs et de convertis qui adorent le Dieu unique les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région. Mais les Juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu, et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

Psaume : Ps 99 (100), 1-2, 3, 5

R/ Nous sommes son peuple, son troupeau.
ou : Alléluia. (cf. Ps 99, 3c)

Acclamez le Seigneur, terre entière,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie !

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu :
il nous a faits, et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau.

Oui, le Seigneur est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge.

2ème lecture : « L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Ap 7, 9.14b-17)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. L’un des Anciens me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Evangile : « À mes brebis, je donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Je suis, le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.
Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »
Patrick BRAUD

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