L'homelie du dimanche

13 mars 2017

Le chien retourne toujours à son vomi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le chien retourne toujours à son vomi

 

Homélie du 3° Dimanche de Carême / Année A
19/03/2017

Cf. également :

Leurre de la cruche…

Les trois soifs dont Dieu a soif

La soumission consentie

Changer de regard sur ceux qui disent non

 

Massa et Mériba

Le chien retourne toujours à son vomi dans Communauté spirituelle massa_meriba_2Avez-vous déjà mis Dieu à l’épreuve ? Vous êtes-vous déjà querellés avec lui ? Si oui, rassurez-vous : le peuple de Dieu est passé par-là. Notre première lecture (Ex 17,3–7) nous raconte la soif des hébreux au désert, et le doute qui s’installe : « oui ou non, Dieu est-il au milieu de nous ? » 

Massa (Épreuve) et Mériba (Querelle) est le nom double que Moïse (dont justement le bégaiement est célèbre) donne au lieu où la source a jailli du rocher grâce à son bâton de sourcier.

Trois éléments caractérisent ici l’attitude d’Israël, et sans doute également la nôtre dans nos traversées du désert : la soif / la nostalgie de l’esclavage / le doute.

 

1. La soif

samari10 Carême dans Communauté spirituelleC’est le trait commun avec l’évangile de la Samaritaine en ce dimanche. Le peuple souffre du manque d’eau. Il éprouve ce dessèchement physique qui le rend semblable aux cailloux du désert. Paradoxalement, sans cette soif éprouvante, pas de progression spirituelle. S’il était comblé physiquement comme en Égypte avec les marmites de viande et les puits d’eau fraîche, le peuple ne pourrait pas découvrir combien Dieu l’aime et ce qu’il est prêt à faire pour lui. Pour nous, la transposition de la soif physique à la soif spirituelle est facile. Seuls ceux qui ont soif de la vraie vie, quitte à se rebeller contre Dieu, peuvent expérimenter la gratuité du don de Dieu (« si tu savais le don de Dieu »…).

Dieu a soif de notre soif.

Sans elle, il ne peut rien espérer en nous. « L’homme comblé ne dure pas. Il ressemble au bétail qu’on abat », chantent les psaumes (Ps 48,13). Le jeûne du carême a justement pour but de nous rappeler cette sensation de manque. En refusant de laisser la nourriture – mais aussi nos instruments, nos écrans – prendre toute la place, nous revendiquons le droit au vide comme un pilier de la santé spirituelle. Il y a bien des jus détox pour faire régulièrement des cures de purification corporelle, pourquoi n’y aurait-il pas un détox spirituel ! Ressentir à nouveau la soif de vivre vraiment, avec authenticité et cohérence, est le premier pas de notre exode intérieur. Certains regarderont du côté de la sobriété heureuse, d’autres prendront une semaine de congés payés pour une retraite en monastère, d’autres partiront au loin découvrir d’autres cultures… Peu importe ! L’essentiel est d’avoir soif ! Même si quelques-uns (et nous-mêmes) se trompent de cible en courant après des idoles, au moins ils sont en manque ! Manque de reconnaissance, de profondeur, d’amour… D’ailleurs, le péché en hébreu se dit hattat, qui signifie « rater sa cible », et non pas faire le mal. Changeons donc de regard sur les pécheurs publics d’aujourd’hui qui au moins manifestent une envie de vivre bien loin de la tiédeur vomie par Dieu (Ap 3,16).

C’est ce que fait Jésus avec la Samaritaine et ses cinq compagnons successifs : sa fringale affective et sexuelle se trompait de cible, mais Jésus sait voir en elle sa véritable soif de vérité et de liberté. Il frappe ce rocher adultère du bâton de sa parole, et la voilà devenue  fontaine pour tous les villageois de Samarie à qui elle raconte sa trouvaille !

La foi qui ne repose que sur des signes ne pourra traverser les déserts que la vie nous impose. Forcer Dieu à multiplier encore et encore les faveurs de sa grâce pendant 40 ans a fini par priver cette génération d’esclaves hébreux de l’entrée en Terre promise.

 

2. La nostalgie de l’esclavage.

Tiraillé par la soif, le peuple se met à récriminer : il râle contre Moïse, il regrette l’ancien temps où les marmites étaient pleines de viande et les jarres d’eau fraîche.

Le discours de la servitude volontaireVoilà un trait de notre humanité : nous sommes capables de préférer l’esclavage à la liberté, pour peu que les avantages matériels fassent la différence. Ce que La Boétie appelait la « servitude volontaire » ou Gramsci « le consensus actif des dominés » est caractéristique de Massa et Mériba.

Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu’il faut plutôt en gémir que s’en étonner) ! c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes !
Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549.

Les hébreux ne sont pas encore libres dans leur tête, même sortis d’Égypte. Les liens avec leur ancienne condition d’esclave ne sont pas tranchés. La soumission est toujours là, intériorisée, consentie. Le simple souvenir des faveurs accordées aux esclaves le fait hésiter, regretter, douter.

C’est bien notre combat de carême : ne pas laisser la nostalgie de nos anciens esclavages nous submerger, inciser chirurgicalement les adhérences qui nous rattachent à ses cancers de l’esprit colonisant nos énergies, notre intelligence, notre désir.

Mon chien mange de l’herbe , est ce normal?« Le chien retourne toujours à son vomi », constatent amèrement la sagesse du livre des Proverbes et l’apôtre Pierre (Pr 26,11 ; 2P 2,22). Chacun de nous est traversé par cette complicité avec des soumissions diverses. Chacun de nous se querelle avec Dieu, avec les autres, à cause de cette tentation de préférer la quiétude de l’esclavage à l’aventure de l’homme libre.

Or le Dieu de la Bible ne veut pas la soumission (à la différence du dieu du Coran prônant l’islam = soumission). Il désire notre désir, il a soif de notre soif, il libère notre liberté…

 

3. Le doute

« Oui ou non, le Seigneur est-il au milieu de nous ? »
Le doute s’est installé dans le peuple, parce qu’il fait encore reposer sa foi sur des signes. Donc, lorsque les signes manquent, la confiance vacille. L’enjeu de Massa et Mériba est peut-être d’apprendre à se passer de signes… Cesser de mettre Dieu à l’épreuve, c’est faire confiance sans demander des preuves. Croire sur parole et non sur miracle. Chaque matin, dans l’office de Laudes, l’Église chante avec le psaume 94 qu’elle désire ouvrir son cœur à la foi et non au marchandage :

« Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
comme au jour de tentation et de défi (Massa et Mériba)
où vos pères m’ont tenté et provoqué.
Et pourtant ils avaient vu mon exploit » (Ps 94, 7b–9).

Le doute reviendra régulièrement dans l’histoire d’Israël, jusqu’à l’ultime mise à l’épreuve sur la croix : « si tu es le Messie, sauve-toi toi-même ! Descend de la croix et nous croirons en toi ».

Saint Jean de la Croix fustigeait ses contemporains lorsqu’ils demandaient toujours plus de miracles, comme autant de marmites de viande et de puits égyptiens :

La montée du mont CarmelCelui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté. Dieu pourrait en effet lui répondre de la sorte : Si je t’ai déjà tout dit dans ma parole, qui est mon Fils, je n’ai maintenant plus rien à te révéler ou à te répondre qui soit plus que lui. Fixe ton regard uniquement sur lui; c’est en lui que j’ai tout déposé, paroles et révélations; en lui tu trouveras même plus que tu ne demandes et que tu ne désires. Tu me demandes des paroles, des révélations ou des visions, en un mot des choses particulières; mais si tu fixes les yeux sur lui, tu trouveras tout cela d’une façon complète, parce qu’il est toute ma parole, toute ma réponse, toute ma vision, toute ma révélation. Or, je te l’ai déjà dit, répondu, manifesté, révélé, quand je te l’ai donné pour frère, pour maître, pour compagnon, pour rançon, pour récompense. […] Mais maintenant si quelqu’un vient m’interroger comme on le faisait alors et me demande quelque vision ou quelque révélation, c’est en quelque sorte me demander encore le Christ ou me demander plus de foi que je n’en ai donné: de la sorte, il offenserait profondément mon Fils bien-aimé, parce que non seulement il montrerait par là qu’il n’a pas foi en lui, mais encore il l’obligerait une autre fois à s’incarner, à recommencer sa vie et à mourir. Vous ne trouverez rien de quoi me demander, ni de quoi satisfaire vos désirs de révélations et de visions. Regardez-y bien. Vous trouverez que j’ai fait et donné par lui beaucoup plus que ce que vous demandez.
Jean de la Croix, La montée du Carmel, ch. XX

Lorsque nous laissons installer le doute, nous adoptons une logique binaire qui plaît tant à notre culture occidentale digitale et médiatique : ‘oui ou non… ? Vous avez 1mn pour répondre’.
Le doute écarte de l’art subtil du discernement, où rien n’est blanc ni noir à 100 %.
Il récuse la patience et l’attente.
Il préfère le simplisme au complexe, le monochrome à l’arc-en-ciel, l’univocité à la polysémie.
La dictature du format court (les 140 caractères de Twitter, les SMS, France Info ou bien BFM etc.) nous pousse à adopter sans nous en rendre compte cette logique du doute : oui ou non ?

Jésus savait échapper à ce piège qu’on lui tendait régulièrement (cf. la question de l’impôt à payer à César) : et nous ?
Saurons-nous dégager du temps, du recul, des appuis, pour refuser cette dictature du court-terme et entrer dans la longue marche de l’Exode ?

Soif véritable / amour de la liberté / confiance sur parole : que Massa et Mériba résonnent à notre esprit comme un avertissement salutaire à ne plus jamais préférer la soumission à l’amour de Dieu !

 

 

PREMIÈRE LECTURE
« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël. Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

PSAUME
(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

DEUXIÈME LECTURE
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,  nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ,  lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu.  Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.  Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions.  Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien.  Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

ÉVANGILE
« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)

Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Tu es vraiment le Sauveur du monde, Seigneur ! Donne-moi de l’eau vive : que je n’aie plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui. Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. » Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD

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21 mars 2014

Leurre de la cruche…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Leurre de la cruche…

Homélie du 3° Dimanche de Carême / Année A
23/03/2014

Opération vérité

« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait »…

Cet appel étonné et joyeux de la femme de Samarie croisée au bord du puits n’en finit pas de résonner dans l’Église, encore aujourd’hui !

Pourquoi est-ce si libérateur de rencontrer quelqu’un qui nous aide ainsi à faire la vérité sur notre vie ? Car ce n’est pas joli joli ce qu’elle a fait cette brave Samaritaine ! Elle a consommé les hommes comment on consomme des tranquillisants, et elle en est rendue à son cinquième ! Quand elle avoue à Jésus : ?je n’ai pas de mari’, elle sait bien que son compagnon du moment ne peut pas être appelé ?mari’, et Jésus le reconnaît : ?là tu dis vrai’. Tu commences à dire la vérité sur tes échecs, tes répétitions, ta collection d’amants.

Jésus avait fait appel à son mari pour échapper à la tentative ambiguë et séductrice de cette femme seule avec lui – situation très osée en Israël – en pleine chaleur. Du coup elle comprend qu’avec Jésus ce petit jeu ne marchera pas, et elle s’intéresse enfin à la source de vie qui semble jaillir de cet homme.

« De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7,38). La Samaritaine en fait l’expérience. Comment ? En faisant la vérité sur sa vie, grâce au Christ qui l’éclaire dans les méandres de ses bégaiements affectifs dignes d’un Don Juan au féminin.

Et vous – au fait – où en êtes-vous de cette ‘opération vérité’ sur vous-même ?

Leurre, y es-tu ? 

Prenons une comparaison.
Vous souvenez-vous de ce qu’est un leurre ?

Leurre de la cruche... dans Communauté spirituelle brochet_leurre_rapalaC’est quelque chose qui ressemble à ce que l’on cherche, qui en a la forme, la couleur, parfois le goût, mais qui n’est pas ce que l’on cherche en vérité. Le ?Canada dry’ du désir en quelque sorte… Le problème avec un leurre, c’est que quand on l’a mangé, quand on a mis la main dessus on n’est pas rassasié pour autant. Au contraire la frustration de voir s’évanouir entre nos mains l’illusion qui ressemblait à l’objet cherché nous fait repartir à la chasse d’autres leurres, tout aussi décevants etc. Ainsi, de leurre en leurre, de répétition en répétitions, notre liberté devient piégée dans cette course au mensonge.


La Samaritaine collectionnait les hommes comme certains collectionnent les réussites sociales, l’argent ou la reconnaissance des autres. Ce faisant elle se leurrait elle-même ; elle n’arrivait pas à être vraie dans son désir ; elle bégayait ses pauvres amours ; elle se mentait à elle-même.

 

Jésus va si j’ose dire pratiquer la ‘pêche aux leurres’ pour l’aider à sortir de ce cycle infernal.

Il la fera passer :

- du puits de Jacob à la source jaillissante
- de Joseph à Jésus
- de la soif matérielle à la soif spirituelle
- du baptême de Jean au baptême des disciples de Jésus
- de l’adoration en Samarie à Jérusalem à l’adoration
« en esprit et en vérité »
- de la nourriture des apôtres à la vraie nourriture : « faire la volonté de mon Père »
- de ses cinq amants à elle au Messie qui la rend libre de ne plus dévorer les hommes…

 

L’heure du leurre

Photography-The-Invisible-Man-3-600x600 cruche dans Communauté spirituelleUn indice de cette libération : l’heure à laquelle se passe cette chasse au leurre.« C’était la 6° heure » précise notre texte (c’est-à-dire midi pour nous). Or 6 est le chiffre de l’incomplétude des 6 jours de la semaine attendant le shabbat pour une Création achevée. Et midi est l’heure où le soleil est à la verticale, donc où il n’y a plus d’ombre : la rencontre de Jésus permet à la Samaritaine de reconnaître son incomplétude, d’assumer la part d’ombre de sa vie, et d’être enfin elle-même sans avoir à se dissimuler?

 

Et vous qu’elles sont les leurres qui vous fascinent ?
Quelles sont les répétitions maladives qui piègent votre liberté ?

« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait »…
Dieu que c’est libérant de rencontrer ainsi le Christ, et de faire ainsi la vérité sur sa vie !

 

Tant va la cruche à leurre…

goulet-vase-pot-cruche-terre-egypte-ancienne-antique- eauUn autre indice dans le texte de cette libération, c’est la fameuse cruche. Symbole de ce qu’elle laisse là, au bord du puits, parce qu’elle n’en a plus besoin.

Grâce au Christ, elle n’a plus besoin de se mentir à elle-même, de courir après les hommes comme un poisson après un leurre…

La cruche dans l’Orient ancien est symbole de féminité. Elle est par essence celle qui reçoit, dont les formes mêmes sont féminines.

Cette femme de Samarie était très ?cruche’ – pourrait-on dire ! – de croire que sa féminité s’épanouirait dans la répétition de la consommation des hommes. Elle laisse tomber cette vaine course aux leurres. Son vrai désir, elle le connaît maintenant : « donne-moi de l’eau vive »

Elle n’est plus un objet, vase collecteur de fausses amours. Voilà pourquoi elle laisse sur place sa cruche, et avec elle sa vie passée à courir après des leurres. Elle renaît au désir d’être enfin elle-même ! C’est comme un baptême sans eau, car la source vive de sa renaissance est désormais en elle et non plus à l’extérieur ; elle est en elle, « en esprit et en vérité »

Pour l’anecdote, la cruche peut aussi renvoyer à d’autres épisodes de la Bible. On peut voir dans cette femme la figure d’Israël : la cruche renvoie alors à l’épisode du serviteur qui va chercher une épouse pour Isaac (Gn 24), et les cinq maris renvoient à la Torah = les cinq livres de la Loi (les seuls reconnus par les Samaritains d’ailleurs) qui n’ont pu satisfaire Israël dans son désir d’épouser Dieu en vérité.

C’est aussi la cruche qui annonce le repas pascal dans l’Évangile : « suivez un homme qui porte une cruche, et là préparez le repas de la Pâque » (Lc 20,10 //). La Samaritaine portant une cruche est ainsi discrètement déjà associée à la Pâque de Jésus… 

Quoi qu’il en soit cette femme laisse là la cruche dont désormais elle n’a plus besoin, parce qu’elle a découvert le vrai désir qui l’habite.

« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait »…

Ah ! si on pouvait ainsi s’exclamer ainsi au sortir d’une confession !
On ne serait pas loin de la Samaritaine… 

 

Tant va la cruche à leurre qu’à la fin elle annonce

En revenant comme elle à la source vive de notre baptême, nous pourrions devenir comme elle apôtre. Et c’est même le premier apôtre dans l’Évangile de Jean, avant les 12 ! Oui : vous avez bien entendu : avant les 12 !!!

Saint Jean Chrysostome commente :

« Ce que firent les apôtres, la Samaritaine l’a fait aussi avec plus d’empressement encore. Car les apôtres n’ont planté là leurs filets qu’a l’appel du Maître, alors qu’elle a planté là sa cruche spontanément sans avoir reçu d’ordre du Christ.
Et la voilà qui remplit l’office des évangélistes avec une joie qui lui donne des ailes.
Ce n’est pas une ou deux personnes qu’elle amène au Christ comme André ou Philippe : c’est toute la ville qu’elle remue, toute la population qu’elle amène au Christ »
(34° homélie sur l’Évangile de Jean).

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« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait »…

C’est ce que nous faisons en nous approchant du Christ dans chaque eucharistie.

Qu’il nous débarrasse de tous les leurres après lesquels nous courons.

Qu’il nous aide à faire la vérité sur notre vie, et à revenir ainsi à la source jaillissante de notre baptême, « en esprit et en vérité ».

1ère lecture : Par Moïse, Dieu donne l’eau à son peuple (Ex 17, 3-7)

Lecture du livre de l’Exode

Les fils d’Israël campaient dans le désert à Rephidim, et le peuple avait soif. Ils récriminèrent contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Etait-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? »
Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! »
Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! »
Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.

Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Défi) et Mériba (c’est-à-dire : Accusation), parce que les fils d’Israël avaient accusé le Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis au défi, en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? »

 

Psaume : Ps 94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

R/ Aujourd’hui, ne fermons pas notre c?ur, mais écoutons la voix du Seigneur !

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, 
adorons le Seigneur qui nous a faits. 
Oui, il est notre Dieu ; 
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre c?ur comme au désert, 
où vos pères m’ont tenté et provoqué, 
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

2ème lecture : L’amour de Dieu a été répandu dans nos c?urs(Rm 5, 1-2.5-8)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos c?urs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. ? Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

Evangile : La Samaritaine et le don de l’eau vive (Jn 4, 5-42 [lecture brève: 4, 5-15.19b-26.39a.40-42])

Acclamation : Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Le Sauveur du monde, Seigneur, c’est toi ! Donne-nous de l’eau vive, et nous n’aurons plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient ? et c’est maintenant ? où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »

Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.

Pendant ce temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son ?uvre.
Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Il est bien vrai, le proverbe : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’
Je vous ai envoyés moissonner là où vous n’avez pas pris de peine, d’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD 

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26 mars 2011

Les trois soifs dont Dieu a soif

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les trois soifs dont Dieu a soif

Homélie pour le 3° dimanche de Carême / Année A
Dimanche 27 Mars 2011

 

Jésus, épuisé, au puits

Curieuse histoire de puits en effet…

Déjà, il faut être un peu fou dans un pays chaud comme Israël pour marcher sur la route en plein midi *, en plein ?cagnard’. Mais c’est le signe que, en Jésus, Dieu  parcourt nos routes humaines même dans la fournaise la plus intense.

En outre, à midi, il n’y a pas d’ombre, et rien ne fera obstacle à la manifestation de l’identité de Jésus.

Évidemment, dans ces conditions, il n’y a pas grand monde à se risquer sur la route en plein soleil ! Fatigué, Jésus s’assoit au bord d’un puits, présent comme par hasard sur le chemin. Le jeu de mots est facile à faire : Jésus est é-puisé au bord de ce puits. Il se vide de lui-même en parcourant nos routes, car il ne rencontre personne à qui se donner.

 

Les trois soifs dont Dieu a soif dans Communauté spirituelle sama1Personne ? Si : cette Samaritaine qui va au puits toute seule, presque honteusement, à l’écart des autres femmes dont elle endure sans doute le mépris à cause de sa situation conjugale.

Se déroule alors un chassé-croisé évolutif dont l’évangéliste Jean est si expert et si friand dans ses récits :

- « Donne-moi à boire » / « c’est toi qui devrais me demander à boire »

- « ton mari » / les six compagnons

- Jérusalem / Garrizim / « en esprit et en vérité »

- « viens manger » / « ma nourriture est autre »

Le texte va de la soif de Jésus à sa vraie nourriture, en passant par la vérité sur la soif amoureuse de cette femme, sur la soif d’adoration des juifs et des samaritains.

 

Dieu a soif de notre soif

Le thème central de ce récit se situe donc autour de la soif : celle de la femme (soif de se désaltérer, soif d’aimer, soif d’adorer), celle du Christ (soif de pouvoir donner à boire à l’humanité).

De la même manière que Jésus se nourrit de la volonté de son Père, ainsi il se désaltère de la soif des hommes. Ce n’est qu’en rencontrant des êtres assoiffés, des êtres de désir, qu’il peut faire « couler de son sein des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38-39) c’est-à-dire la vie « en Esprit et en vérité ».

Les désirs de l’âme ont devant Dieu un grand prix. Dieu a soif de notre soif. Il semblerait qu’on lui procure un avantage quand on lui demande quelque bien. Il a plus de joie à donner que les autres à recevoir (saint Grégoire de Naziance : Discours XL 27).

 

« J’ai soif », supplie Jésus sur la Croix : cette soif est sans doute le ressort le plus intime de sa passion pour l’homme. Et nous ne lui donnons le plus souvent que du vinaigre…

 

 

Les trois soifs

Les trois soifs qui animent la Samaritaine sont toujours les nôtres.

1. Soif d’être dés-altéré

 amour dans Communauté spirituelleCe qui d’ailleurs est assez bizarre ici, car un puits est plutôt rempli d’eau dormante que d’eau vive ! Sauf à être directement relié à une source qui le traverse…

 

Se désaltérer, c’est être rendu à soi-même (s’altérer = devenir un autre / se dés-altérer = ne plus être un autre) : « il m’a dit tout ce que j’ai fait ».

Cette femme, en buvant les paroles de Jésus, peut enfin être elle-même, assumer son histoire (compliquée !), sans honte ni détour.

Elle est si heureuse de pouvoir enfin être elle-même (sans ombre, en plein midi) qu’elle en devient rayonnante, au point d’intriguer les habitants de sa ville, qui voudront du coup eux aussi s’approcher du puits-Jésus.

 

2. Soif d’aimer et d’être aimé

De façon étonnante, Jésus aide cette femme à être vraie sur sa situation amoureuse, sans pour autant la condamner, ni lui demander de changer quoi que ce soit ! Il ne lui demande pas de revenir à son 1° ou à son 5° mari. Il lui permet simplement d’assumer sa situation actuelle sans peur des avis des autres. Et c’est efficace ! Elle qui venait en catimini à ce puits à une heure où elle serait sûre d’être seule, elle va ensuite inviter tous les habitants de la ville à venir avec elle rencontrer Jésus !

 

La première missionnaire dans l’Évangile de Jean est bien cette femme, peu recommandable, à qui Jésus a donné la capacité d’être elle-même, sans honte.

 

3. Soif d’adorer

 CarêmeCette soif-là nous paraît plus étrangère dans notre culture actuelle. Qui se pose aujourd’hui la question de savoir qui adorer et où ? Jérusalem ou Garrizim, christianisme ou islam, méditation zen ou New Age, la question de l’adoration semble reléguée au mieux dans la sphère privée, au pire dans l’insignifiance.

Et pourtant…

À y regarder de plus près, la question de savoir ce qui est le plus important, ce qui doit passer avant tout le reste, est bien au coeur des inquiétudes modernes. Le marché où les droits de l’homme ? La famille ou la liberté morale ? La sécurité ou la bienveillance ? La croissance économique (au prix de l’énergie nucléaire par exemple) ou bien la sécurité de notre énergie (au risque d’une décroissance difficile à supporter) ?

Un théologien, Paul Tillich, a montré que nos sociétés occidentales n’ont pas supprimé la question de l’absolu – ce devant quoi on se prosterne - mais l’ont déplacé ailleurs (sur d’autres monts Garrizim…). Chacun se prosterne – même sans le savoir - devant des petits dieux qu’il adore à mesure de l’énergie et du temps qu’il met à les poursuivre. Chacun a son « ultimate concern », ce par quoi il se sent absolument concerné, de manière ultime. Que ce soit le football ou l’écran, la famille ou le boulot, le pouvoir ou l’argent, la reconnaissance sociale ou l’engagement altruiste, cet « ultimate concern » désigner de façon concrète ce que chacun adore, même sans le savoir…

Quelle soif puis-je offrir à celle du Christ ?

 leurreC’est bien l’interrogation devant laquelle ce texte nous place.

Si, en Jésus, Dieu a soif de nos soifs (se désaltérer / aimer / adorer), où en suis-je  de ces trois quêtes fondamentales ?

Nous ne savons pas que s’il nous demande, c’est pour avoir l’occasion de nous donner bien plus largement que tout ce que nous aurons pu faire pour lui (saint Augustin : « Tractatus in Johannis évangelium » XV 12).

 

Si je suis repu au point de ne plus avoir soif, il est temps que ce carême vienne réveiller en moi mes insatisfactions les plus fortes.

Si je m’égare à chercher dans des flaques d’eau dormante et boueuses l’eau vive que le Christ laisse couler de son côté en abondance, il est temps de réorienter mon énergie et mon temps loin de Jérusalem, loin du mont Garrizim, « en Esprit et en vérité ».

 

Prenons le temps cette semaine d’habiter cette question, sans y répondre trop vite : quelle soif puis-je offrir à celle du Christ ?

 

 

 

* la « 6° heure » après le lever du soleil dans le texte, soit midi : 6 est le chiffre de l’incomplétude, comme les 6 jours de la Création non achevés, comme les 6 compagnons de cette femme.

 

1ère lecture : Par Moïse, Dieu donne l’eau à son peuple (Ex 17, 3-7) 

Lecture du livre de l’Exode

Les fils d »Israël campaient dans le désert à Rephidim, et le peuple avait soif. Ils récriminèrent contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Etait-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? »
Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! »
Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va !
Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! »
Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Défi) et Mériba (c’est-à-dire : Accusation), parce que les fils d’Israël avaient accusé le Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis au défi, en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? »

Psaume : Ps 94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9 

R/ Aujourd’hui, ne fermons pas notre coeur, mais écoutons la voix du Seigneur !

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits. 
Oui, il est notre Dieu ; 
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre coeur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

2ème lecture : L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs (Rm 5, 1-2.5-8) 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu.
Et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.
Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions.
- Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien.
Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

Evangile : La Samaritaine et le don de l’eau vive (Jn 4, 5-42 [lecture brève: 4, 5-15.19b-26.39a.40-42])

 

Acclamation : Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Le Sauveur du monde, Seigneur, c’est toi ! Donne-nous de l’eau vive, et nous n’aurons plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ;
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »

Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.

Pendant ce temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre.
Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Il est bien vrai, le proverbe : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’
Je vous ai envoyés moissonner là où vous n’avez pas pris de peine, d’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick Braud 

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