L'homelie du dimanche

2 octobre 2017

Jésus face à la violence mimétique

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Jésus face à la violence mimétique


Homélie du 27° Dimanche ordinaire / Année A
08/10/2017

Cf. également :

Les sans-dents, pierre angulaire

Vendange, vent d’anges

Que veut dire être émondé ?

La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société


Quand Jésus invente la parabole des vignerons homicides (Mt 21, 33-43), il est lucide sur ce qui l’attend. Il pressent qu’un ouragan de violence (pire qu’Irma aux Antilles !) va le dévaster. Il a réfléchi des heures durant aux différentes manières de l’affronter. Il a prié des nuits entières pour recevoir de son Père la vraie manière d’être fidèle à travers ce déchaînement d’injustice et de violence qui tentera de le briser.

Du coup, c’est notre propre rapport à la violence qu’il interroge aujourd’hui avec cette parabole. Comment réagissons-nous face à l’agressivité de nos proches ? Qu’engendrent en nous les violences (physiques, verbales, morales, symboliques…) que nous subissons de la part des autres ? Cela nous nous arrive-t-il d’être nous-mêmes de l’autre côté, du côté des auteurs de violence et d’exclusion ?

Jésus face à la violence mimétique dans Communauté spirituelle Rene_girardPour répondre à ces questions, la parabole trace un chemin de dévoilement du mécanisme de la violence. René Girard, célèbre anthropologue français (1923-2015), a longuement étudié comment les textes bibliques dévoilent les ressorts du conflit humain et le désarment radicalement par un renversement de la logique du bouc émissaire.

Essayons de résumer sa thèse : l’origine de la violence pour René Girard n’est pas dans la recherche de l’argent, d’un territoire ni même de la gloire ou de l’amour. C’est le désir mimétique qui en est la source. Le mimétisme est la capacité humaine (et animale pour une part), dès la naissance, de regarder ses semblables pour les imiter. Par l’imitation, le petit d’homme apprend à marcher, à parler, à travailler etc. Mais en imitant, l’être humain se compare. Il se met à désirer être ce que l’autre est, et pour cela il désire avoir ce que l’autre a. Ainsi Caïn jalouse Abel : il voudrait que son sacrifice à lui aussi soit agréé par Dieu, sinon il n’est pas comme son frère pense-t-il. Le premier meurtre de l’histoire a bien sa source dans le désir de Caïn d’être comme Abel : puisqu’il ne peut pas lui ressembler (mimétisme), il le détruira, détruisant ainsi la possibilité de se comparer. Dans notre parabole, les vignerons jalousent le fils : en le voyant arriver, ils veulent être comme lui. Voyant que c’est impossible, ils choisissent de l’éliminer, croyant que son héritage leur reviendra et fera d’eux des fils en fin de compte.

Le désir mimétique est ainsi à la racine de bien des convoitises et des violences. Nous voulons une voiture, une maison, des loisirs comparables à ceux de nos voisins et de nos proches, sinon nous aurons honte ceux ou nous nous sentirons à part. Ainsi se constituent les ghettos urbains et se regroupent les riches dans les beaux quartiers. Ainsi des responsables en entreprise courent après des voitures de fonction, des bus et des bureaux panoramiques en hauteur, les privilèges et les signes de pouvoir qui les rendent semblables aux grands patrons au-dessus d’eux. Lorsque cette convoitise se généralise au sein d’un groupe, elle engendre de telle tension qu’il faut une crise, une catharsis (purge) pour évacuer à un moment toute cette rancœur accumulée. Soit c’est alors la guerre de tous contre tous (Hobbes), soit avec intelligence le groupe reporte symboliquement la faute de ces tensions sur un bouc émissaire (selon le rite juif décrit en Lv 16). On le charge de tous les péchés du monde (c’est-à-dire des nôtres !), et on l’expulse hors du groupe en le laissant errer dans le désert (« voué à Azazel »). Cette logique de victimisation expiatoire permet au groupe de transférer la violence mimétique qui le ronge sur un tiers, comme un paratonnerre, et de réinitialiser ainsi un autre cycle de relations sociales pacifiées. Mais cela ne dure qu’un temps. La tension mimétique montera à nouveau inexorablement, si bien qu’il faudra à nouveau d’autres victimes symboliques pour apaiser la communauté.

Le mécanisme sacrificiel 

Comment Jésus réagit qu’il fasse à ce déferlement de violence injuste ?

D’abord il refuse de plaider coupable. Il n’accepte pas d’endosser la responsabilité des péchés de ceux qui l’accusent. Il ne travestit pas l’innocent en criminel. Il ne charge pas le bouc émissaire de tous les péchés du monde. Il dénonce la perversité de l’accusation qui veut lui imputer la responsabilité de ce qui ronge ses accusateurs (blasphème, crime contre César, sédition, révolution…). Le fils de la parabole des vignerons homicides n’a rien fait de mal. Son seul mal aux yeux des vignerons est d’être le fils. Et ils grincent des dents en le voyant, car il n’est pas comme eux, et eux ne sont pas comme lui. Alors ils s’en débarrassent. Leur désir d’être fils les aveugle au point de vouloir conquérir ce privilège à tout prix, plutôt que de le recevoir gratuitement. C’était déjà le drame de la convoitise d’Adam et Ève devant le fruit défendu : être comme des dieux est un désir (mimétique) si puissant qu’ils ont préféré essayer le devenir par eux-mêmes plutôt que de le recevoir de leur Créateur.

rené girard

Jésus dit courageusement la vérité et dévoile ainsi le mensonge de sa violence mimétique : non, le fils tué et jeté hors de la vigne n’est pas coupable. Non les boucs émissaires de nos sociétés actuelles ne sont pas responsables de la violence dont on les accable. Appeler mal le mal, et innocenter les victimes expiatoires demeure toujours un grave devoir, un devoir impérieux pour tout lecteur des deux Testaments.

Transposez au domaine de l’entreprise par exemple. Vouloir servir l’intérêt commun demande de renoncer au comparatif, de quitter les métaphores guerrières, de dénoncer les violences entre rivaux, de dévoiler l’hypocrisie des promotions ou augmentations fondées sur la course au N+1. Les ambitieux s’appuient sur la dévalorisation des concurrents pour réussir. L’humble a renoncé au comparatif. Il a éteint en lui le feu de ce désir mimétique destructeur, et laisse plutôt brûler le feu de sa passion pour le contenu de son travail, sa relation aux collègues/clients, son plaisir d’être lui-même, simplement.

jean marc reiser

Jésus, le fils, pressent donc qu’il va y laisser sa peau s’il va au-devant des vignerons, c’est-à-dire les chefs du peuple et les anciens qui ont le pouvoir en Israël. Pourtant il y va. Bien plus : il accepte par avance d’être blessé, tué, exclu, sans riposter à la violence par une autre violence. Il le pourrait pourtant. C’est d’ailleurs ce qu’ont choisi le Coran et l’islam à travers les victoires militaires comme signe de leur authenticité originelle. Or le serviteur souffrant d’Isaïe ou le fils tué et jeté du Nouveau Testament choisissent quant à eux de subir la violence sans l’infliger en retour. Ils font confiance dans l’amour du Père qui les soutient à travers l’épreuve et leur promet une résurrection désarmante.

D’où la deuxième question qui nous est posée, après celle sur la dénonciation des logiques victimaires : sommes-nous prêts comme le Christ, avec lui et en lui, à assumer les conséquences de la dénonciation des mécanismes de violence ? Acceptons-nous de nous exposer ainsi à perdre nos biens (matériels, symboliques, affectifs) sans pour autant répliquer à la violence par la violence ?

« Humilié, il n’ouvre pas la bouche » : le Christ va incarner à l’extrême cette attitude du serviteur souffrant d’Isaïe. Parce que vaincre par l’épée serait une victoire illusoire, reproduisant à l’infini le cercle infernal de la violence. Jésus avertit Pierre : « celui qui vit par l’épée périra par l’épée ». Mais jusqu’où sommes-nous prêts à en payer le prix ? Si nous nous engageons à dévoiler les causes de la violence autour de nous en voulant sauvegarder notre tranquillité et nos biens, nous serons obligés de renoncer en cours de route. Le chemin de la non-violence est si exigeant qu’il paraît surhumain. Et il l’est d’une certaine manière : c’est en communiant au Christ, c’est par lui avec lui et en lui que nous trouvons la force de dévoiler le mal, d’innocenter l’innocent, de nous laisser dépouiller s’il le faut pour désarmer la violence.

Jésus l’a vécu jusqu’à accepter l’infamie de la croix. À sa suite, des martyrs (témoins) comme François d’Assise, Martin Luther King, Gandhi, Mandela, Lech Walesa et tant d’autres ont accepté la pauvreté, la prison, la calomnie, la mort même plutôt que de répliquer à la force par la force.

 

Chacun de nous est confronté à la violence mimétique. Elle fait des ravages en famille (regardez comment se passent maints héritages !), en entreprise, entre groupes sociaux, entre pays (la Corée du Nord ne veut-elle pas avoir la bombe atomique comme les autres grands de l’ONU ?).

Le prix à payer n’est sans doute pas la vie en ce qui nous concerne. Mais dénoncer la logique du bouc émissaire peut nous conduire à prendre des risques, à y laisser de l’argent, de la renommée, de la tranquillité…

Prions donc l’Esprit du Christ pour qu’il nous donne la force de dénoncer la violence sans violence !

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » (Is 5, 1-7)
Lecture du livre du prophète Isaïe

 Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.

PSAUME
(Ps 79 (80), 9-12, 13-14, 15-16a, 19-20)
R/ La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. (cf. Is 5, 7a)

La vigne que tu as prise à l’Égypte,
tu la replantes en chassant des nations.
Elle étendait ses sarments jusqu’à la mer,
et ses rejets, jusqu’au Fleuve.

Pourquoi as-tu percé sa clôture ?
Tous les passants y grappillent en chemin ;
le sanglier des forêts la ravage
et les bêtes des champs la broutent.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !
Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ;
que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés.

DEUXIÈME LECTURE
« Mettez cela en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous » (Ph 4, 6-9)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

ÉVANGILE
« Il louera la vigne à d’autres vignerons » (Mt 21, 33-43)
Alléluia. Alléluia.
C’est moi qui vous ai choisis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure, dit le Seigneur.
Alléluia. (cf. Jn 15, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !’ Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »
Patrick BRAUD

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18 septembre 2017

Le contrat ou la grâce ?

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Le contrat ou la grâce ?

Homélie du 25° Dimanche ordinaire / Année A
24/09/2017

Cf. également :

Personne ne nous a embauchés
Les ouvriers de la 11° heure
Nourriture contre travail ?
Aimer Dieu comme on aime une vache ?
Le pourquoi et le comment
Le but est déjà dans le chemin


Des dollars ou des pizzas ?

Connaissez-vous cette expérience célèbre sur la théorie de la motivation, maintes fois répétée sous plusieurs formes ?

Le contrat ou la grâce ? dans Communauté spirituelle 25053-clip-art-graphic-of-a-cheese-pizza-slice-cartoon-character-holding-a-dollar-bill-by-toons4bizDan Ariely [1], chercheur en psychologie de la Duke University (USA, Caroline du Nord), a mené une petite expérience de motivation auprès de travailleurs d’une usine de fabrication de semi-conducteurs Intel en Israël, que relate le site du New York Times. Les salariés d’un premier groupe se voyaient proposer une prime d’environ 30 dollars s’ils réalisaient leurs objectifs de la journée (assembler le plus possible de puces d’ordinateur), un second, les félicitations du boss et un troisième, des pizzas. Enfin, un groupe de contrôle n’a reçu aucune incitation avant de démarrer sa journée de travail.

À l’issue de la première journée de travail, les salariés auxquels on avait promis des pizzas avaient atteint la plus forte hausse de leur productivité : 6,7% de plus que le groupe de contrôle. Ils devançaient de justesse ceux auxquels on avait promis de les complimenter, alors que ceux qui attendaient un bonus financier n’avaient connu une augmentation de leur productivité de seulement 4,9%.

La partie la plus intéressante de l’expérience vient ensuite : la performance des salariés qui étaient motivés par la promesse de la prime a décliné continuellement au cours de la semaine, au point d’aboutir à une productivité moindre que celle du groupe de contrôle : en d’autres termes, le chercheur s’est rendu compte qu’il valait mieux ne rien promettre plutôt qu’un bonus financier ! L’efficacité des motivations extrinsèques (augmentation de salaire, promotion ou de bonus financier), tend à décroître plus rapidement que celles des motivations intrinsèques (pizzas = plaisir, convivialité ; félicitations = reconnaissance).

Ce test un peu farfelu rejoint en fait dans ses conclusions une loi désormais bien connue dans la théorie de la motivation [2] (mais fort peu appliquée hélas dans des entreprises !) : s’il n’est pas assez élevé, le salaire est un facteur de démotivation ; au-dessus du seuil du marché, le salaire, les primes, les bonus financiers non seulement ne sont plus motivants, mais deviennent contre-performants ! Ce qui motive les salariés, c’est bien davantage la convivialité, le plaisir (pizza) et la reconnaissance (les encouragements) que la seule contrepartie financière. Si les entreprises connaissaient et appliquaient cette loi comportementale, alors le salaire de base augmenterait, les primes disparaîtraient, la reconnaissance et le plaisir au travail prendraient le relais…

 

Le contrat ou la grâce ?

Revenons à notre parabole des ouvriers de la 11° heure d’aujourd’hui (Mt 20, 1-16).

th-330x330-picto_contrat_travail-orange.png Ariely dans Communauté spirituelleLes premiers embauchés conviennent avec le maître de la vigne d’un salaire d’un denier par jour. Ils vivent sous le régime du contrat, ici un contrat de travail journalier. Dans nos sociétés industrielles, nous avons rendu obligatoire cette démarche contractuelle : pas de travail sans contrat (CDI, CDD, temps partiel, temps complet, alternance, professionnalisation, contrat de mission…). Sinon c’est du travail au noir, illégal. Héritiers du droit romain, nous avons contractualisé la plupart de nos relations : le mariage (contrat avec séparation de biens ou communauté réduite aux acquêts etc.), la justice (on signe un contrat avec son avocat), la banque, un syndic d’immeubles, une assurance… Le droit dit d’ailleurs que le contrat de travail établit une relation de subordination entre l’employeur et l’employé.

Les humains sont ainsi : ils ont besoin de sécurité, d’un cadre fixé à l’avance, de jouer donnant-donnant.

Mais Dieu n’agit pas comme les humains ! Isaïe nous le rappelait dans la première lecture (Is 55, 6-9) :

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées ».

Le maître de la vigne ne se laisse pas enfermer dans la dictature contractuelle ! Quand il embauche les ouvriers de la 11° heure, il ne leur promet rien, il ne convient de rien avec eux. Les chômeurs réagissent du coup de même : trop heureux d’échapper à l’oisiveté (mère de tous les vices…), ils font confiance et acceptent d’aller à la vigne sans savoir quel sera leur salaire. Motivés par la reconnaissance et l’encouragement (cf. le test des pizzas !) plus que par le salaire, ils font l’expérience d’un régime gracieux, où la motivation première n’est plus l’argent, mais la confiance mutuelle et le fait même de travailler. Pas de subordination en Dieu !

Bien sûr, il faut pour cela que le maître ne soit pas paternaliste à la manière du XIX° siècle, mais Père à la manière divine ! Il faut également que le travail soit suffisamment intéressant, épanouissant, source de plaisir et de passion pour que les salariés se donnent sans calculs financiers. À la fin de la journée, Dieu rémunère chacun selon le mode de son embauche : sous le régime du contrat pour les premiers, sous le signe de la grâce (surabondance) pour les derniers.

On peut penser que chacun choisit son mode d’embauche : celui qui veut travailler pour une récompense négociera son contrat embauche et sera traité comme un contractuel ; celui qui s’engage par passion et avec confiance sera traité avec grâce. Et en français la grâce signifie la gratuité, l’élégance, le pardon (gracier), le remerciement (action de grâces), les faveurs bienveillantes (obtenir les grâces de quelqu’un).

Grace_wordle chômqageLes croyants qui veulent obtenir de Dieu des avantages en échange de leur foi choisissent eux-mêmes de s’embaucher sous le signe du contrat. Ils comptent bien obtenir de Dieu (par la prière, les pèlerinages, les actions morales etc.) la santé, la réussite, la prospérité etc. Maître Eckhart disait d’eux avec humour : « ils aiment Dieu comme on aime une vache : pour le lait et la viande qu’on peut en tirer… ». Ils réduisent la foi à une relation marchande; c’est pourquoi Jésus constate amèrement : « ils ont touché leur récompense » (Mt 6,2;5), et donc ils ne recevront plus rien…

Les « derniers » de la parabole ignorent tout de ces arguties contractuelles. Ce n’est plus leur question. Au chômage depuis trop longtemps, ils désespèrent, et voient dans l’appel du maître de la vigne une opportunité pour sortir de leur condition. Ils n’ont pas le cœur à marchander, à négocier : trop heureux de retrouver une utilité sociale, ils font confiance à ce maître dont la réputation est d’être bon en plus d’être juste.

Les Pères de l’Église verront dans ces derniers de la parabole les païens, les non-juifs à qui le Christ propose de rejoindre les juifs dans la nouvelle Alliance. Ou bien ils interpréteront les différentes embauches comme les âges de la vie, de la jeunesse le matin (6h) à la vieillesse la 11° heure (17 h), signifiant par là qu’à tout âge on peut se convertir. Ajoutons à ces interprétations celle du contrat et de la grâce : il dépend de nous de choisir comment et pourquoi aller travailler à la vigne du Seigneur.

Certains le feront par calcul, par intérêt. Soyons de ceux qui vont travailler « sans pourquoi », selon la sublime image d’Angélus Silesius (« la rose fleurit sans pourquoi »), sans attendre de récompense. Tout ce qui sera reçu le sera alors en surabondance, « par-dessus le marché » comme dirait Jésus lui-même.

Et si nous faisons l’expérience pour notre foi de vivre sous le signe de la grâce plutôt que sous le régime du contrat, peut-être cela déteindra-t-il sur nos autres relations de travail professionnel, associatif, citoyen, voire même familial, amical… ?

Choisissons les pizzas plutôt que les dollars !

 

 

Lectures de la messe
Première lecture
« Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55, 6-9)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Psaume
(Ps 144 (145), 2-3, 8-9, 17-18)
R/ Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent. (cf. Ps 144, 18a)

Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n’est pas de limite.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Deuxième lecture
« Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 20c-24.27a)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens
Frères, soit que je vive, soit que je meure, le Christ sera glorifié dans mon corps. En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire.
Quant à vous, ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ.

Évangile
« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20, 1-16)
Alléluia. Alléluia. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres : tous acclameront sa justice. Alléluia. (cf. Ps 144, 9.7b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : ‘Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.’ Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?’ Ils lui répondirent : ‘Parce que personne ne nous a embauchés.’ Il leur dit : ‘Allez à ma vigne, vous aussi.’
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : ‘Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’ Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?’
C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Patrick BRAUD

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29 avril 2015

Que veut dire être émondé ?

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Que veut dire être émondé ?

 

cf. également

La parresia, ou l’audace de la foi

Homélie du 5° dimanche de Pâques / Année B
03/05/2015

 

Dans l’image de la vigne employée par Jésus, le mot émonder pose problème. Car il renvoie à l’action de tailler, de couper, de faire souffrir (même si c’est pour du mieux après). Ressurgit alors le spectre d’un Dieu prenant plaisir à nous mutiler, ou au moins à nous envoyer toutes sortes d’épreuves soi-disant pour notre bien. Avec l’inénarrable argument : « qui aime bien châtie bien » (He 12,6), utilisé tant de fois comme alibi pour le dolorisme chrétien. « Plus tu souffres, plus tu te rapproches de Dieu ». « Si Dieu t’éprouve ainsi, c’est qu’il doit aimer beaucoup ». Ce genre de phrases pieuses à l’emporte-pièce sont moins courantes qu’au siècle dernier, mais elles continuent à polluer l’inconscient collectif. C’est une tentative un peu naïve – mais tragique – de concilier l’amour de Dieu et le malheur innocent qui s’abat sur nous. Comme était magique autrefois une certaine conception de la Providence où Dieu était censé nous protégé des aléas de la vie moyennant un cierge, une médaille ou un pèlerinage.

Que veut dire alors : être émondé ?

 

La taille du martyre

Que veut dire être émondé ? dans Communauté spirituelle doc8martyrLes premiers chrétiens y ont vu assez naturellement la figure du martyre, qui a frappé l’Église naissante pendant ses trois premiers siècles.

Frappés par le glaive, mis en croix, livrés aux bêtes, au feu, nous demeurerons fidèles au Christ. Mais plus les tourments se multiplient, plus par le nom de Jésus-Christ se multiplient les croyants, plus leur fidélité et leur piété deviennent parfaites : comme une vigne, plus elle est taillée, plus elle multiplie les branches qui portent du fruit.
(saint Justin : « Dialogue avec Tryphon », CX).

L’image de la vigne taillée et coupée, qui pourtant porte toujours plus de fruits,  permet à ces premiers chrétiens de déchiffrer les persécutions dont ils sont les victimes comme des opérations-vérité permettant à l’Église de grandir tout autour du bassin méditerranéen. Devant le danger et la menace romaine ou juive, certains baptisés renient leur foi au Christ (les lapsi) : ce sont les sarments se détachant du cep. Les autres, au prix de leur vie, rendent un si beau témoignage de pardon et d’amour qu’il bouleverse le coeur de leurs bourreaux et suscite de nombreuses conversions dans tout l’empire. Ainsi la vigne-Église, au lieu d’être décapitée par la violence s’exerçant contre elle, croît et fructifie de plus belle.
« Le sang des martyrs est semence de chrétiens » constatait fort justement Tertullien à la fin du II° siècle.

 

Appliquez cela à ce que vivent les chrétiens aujourd’hui au Moyen-Orient, en Égypte ou en Éthiopie, au Yémen, au Kenya, au Nigéria et dans tant d’autres pays : la justice et les massacres commis contre ces croyants ne pourront empêcher à terme l’Évangile de porter des fruits dans ces pays.

 

La méprise de l’ascèse

Tentation de St AntoineDans les siècles suivants, pour retrouver la ferveur des martyrs, beaucoup de chrétiens sont partis au désert explorer le combat intérieur. Une autre façon de continuer la résistance spirituelle face à une religion d’État devenue très mondaine. À leur suite, d’innombrables auteurs ont cru qu’il fallait s’imposer à soi-même cette violence qu’on ne subissait plus des autres, puisque l’Église vivait enfin en paix. D’où l’idée qu’émonder la vigne pouvait être une invitation à l’ascèse.

Toute vigne qui n’est pas taillée devient sauvage. Le Verbe est un glaive qui retranche les branches luxuriantes : il force toutes les passions à ne pas convoiter et à porter du fruit
Saint Clément d’Alexandrie : le « Pédagogue », I 8

Tailler dans ses passions, purifier le terreau de la fois, lutter contre l’égoïsme et l’orgueil : le but de l’ascèse est en effet cohérent avec l’image de la vigne émondée. Il s’agit bien d’empêcher les feuilles et les longs bois d’étouffer les grappes à naître. C’est la manière qui pose question. En effet, dans la bouche de Jésus comme dans la réalité viticole, la vigne ne s’émonde pas elle-même. Elle est émondée par un autre.

Ce passif c’est toute la différence.

L’ascèse croit qu’on peut s’auto-purifier en quelque sorte à la force du poignet, à l’aide d’exercices spirituels de plus en plus tranchants. Cette doctrine de l’auto-rédemption resurgit d’ailleurs aujourd’hui dans les courants prônant le bien-être, l’harmonie, l’équilibre etc. grâce à des techniques de méditation, de relaxation, de respiration et bien d’autres ascèses modernes.

Or c’est le vigneron qui taille sa vigne.

Nul ne peut (ni ne doit) choisir la façon dont vont lui être enlevées les parures, la gloire, les artifices l’empêchant de porter davantage de fruits. C’est a posteriori, en relisant l’épreuve et sa traversée, qu’on y devine le travail de purification qui a pu s’y accomplir. Mais l’épreuve ne vient pas de soi, sinon ce n’est que de l’orgueil au carré, s’abritant derrière une fausse humilité. D’ailleurs il n’est pas sûr du tout qu’émondage rime avec épreuve : le cep est reconnaissant au sécateur du vigneron de l’alléger de ce qui l’alourdit, l’asphyxie et le stérilise.

La méprise de l’ascèse, c’est de choisir par soi-même ce qui doit être coupé, taillé, au lieu de l’accueillir en laissant Dieu le faire en nous.

Être émondé doit rester un passif, sinon l’orgueil est de retour !

 

Le dépouillement intérieur

Les mystiques ont contesté cette interprétation ascétique dangereuse de l’émondage comme auto-progression. Pour Maître Eckhart, Jean de la Croix ou Thérèse d’Avila, l’émondage divin ne correspond pas à l’ascèse, mais au lâcher-prise intérieur, à l’acceptation d’un certain dépouillement qui nous est imposé par la vie et l’intimité avec Dieu.

Il faut non seulement ôter les mauvais désirs, mais ôter le trop qui se trouve souvent dans les bons : le trop agir, l’excessive activité qui se détruit et se consume elle-même, qui épuise les forces de l’âme, qui la remplit d’elle-même et la rend superbe. Âme chrétienne, abandonne-toi aux mains, au couteau, à l’opération du céleste vigneron ; laisse-le trancher jusqu’au vif. Le temps de tailler est venu ; dans le printemps lorsque la vigne commence à pousser, on lui doit ôter jusqu’à la fleur, quand elle est excessive. Coupez, céleste ouvrier ; et toi, âme chrétienne, coupe aussi toi-même, car Dieu t’en donnera la force et, c’est par toi-même qu’il te veut tailler. Coupe non seulement les mauvaises volontés, mais le trop d’activité de la bonne qui se repaît d’elle-même (J.-B. Bossuet : « Méditations sur l’Evangile », la Cène, seconde partie, IV).

La vigne sera dépouillée progressivement de ses fruits (les fruits ne sont pas pour elle), de sa belle parure de feuille automnales (le paraître), de ses sarments (les traces de sa gloire) par l’émondage. 

Ce nettoyage de la vigne se pratique après les vendanges et généralement pendant le repos de la végétation, soit à la fin de l’hiver, quand les grandes gelées en principe ne sont plus à craindre et avant que la sève du printemps commence à faire éclore de nouveaux bourgeons. Sinon lorsque la sève commence à monter, après l’émondage le sarment va « pleurer », des gouttes vont tomber sur la terre. 

Si l’émondage de la vigne n’est pas incessant, il est tout de même régulier. Pour la vigne, c’est une fois par an, une fois qu’elle a porté du fruit et après un temps de repos. Pour nous, probablement après chaque belle production de fruits !

Il s’agit alors, à chaque étape de la vie, après chaque vendange, de constater ce qui doit partir, être séparé, enlevé, et de s’en réjouir pour préparer les vendanges suivantes. Quand des enfants quittent la maison familiale, quand ils se marient, quand ils vous font grands-parents, quand la retraite vient tout changer… : à chaque âge de la vie, juste après les fruits récoltés et engrangés, vient le travail pour consentir à perdre à nouveau afin de croître à nouveau. Ce mouvement est incessant, d’étape en étape, jusqu’à la vendange ultime qu’est la mort physique.

 

Se laisser émonder par la parole

Émonder en grec se dit « kathairos » et signifie : purifier, nettoyer, enlever les impuretés, enlever les pousses inutiles, purifier par le feu, libérer des désirs corrompus.
Pourquoi le Père émonde-t-il seulement les sarments qui portent du fruit ?
Afin qu’ils en portent davantage.
Sans émondage, l’année suivante, les sarments ne produisent que de petits raisins ne présentant guère d’intérêt pour la production du vin. L’émondage limite la croissance démesurée du bois, pour régulariser la production des raisins en qualité et en quantité. Dans le but d’obtenir des raisins plus gros qui contiennent plus de jus ou de vin.

Le même vigneron qui a émondé la vigne, est celui qui ensuite s’occupe de nous, prend soin de nous, nous protège, veille sur nous. Il met l’engrais au temps voulu, surveille, il soigne les maladies, traite les parasites afin que l’ensemble de ses soins aboutisse à une abondante et belle production de fruits.
L’émondage n’est ni continuel ni inconsidéré. Une fois la vigne émondée, le vigneron ne guette pas la moindre pousse de bourgeon pour la couper à nouveau. Une fois émondée, ce qui intéresse le vigneron, c’est la pousse, la croissance, la maturité, la production.

Il y a un temps où, par son feuillage, ses rameaux, le cep n’est plus très visible (risque d’orgueil) ; alors le dépouillement est de nouveau nécessaire, l’émondage aussi, afin que ce soit le cep (le Christ), et lui seul, source de vie, qui soit vu.
Le but de l’émondage, ce n’est donc pas de souffrir comme si c’était un but en soi ; c’est seulement un traitement nécessaire. Le but de l’émondage, c’est que nous soyons protégés… de l’orgueil, de la suffisance, de l’arrivisme etc., et qu’ensuite nous portions davantage de fruits.

0000000760L ascèse dans Communauté spirituelleUne fois émondée, le vigneron va tout faire pour que la vigne croisse, devienne belle : c’est Lui l’auteur de la vie, pas nous !

Le Christ fournit lui-même une interprétation de ce travail d’émondage de la vigne : « déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. »

Sa parole est plus tranchante que le glaive (He 4,12). Elle opère en nous un discernement, une crise qui révèle ce qui est fécond et ce qui stérilise.
En écoutant cette parole, Zachée ou Marie-Madeleine mettent de l’ordre dans leur vie, et quittent ce qui les empêche de suivre Jésus.
En écoutant cette parole, Paul acceptera de laisser tomber son fanatisme pharisien, Augustin son manichéisme intransigeant, François d’Assise sa richesse de parentale, Mère Teresa son école bien tranquille…

Se laisser émonder va de pair avec la rumination de la Bible, pour laisser la parole du Christ nous alléger de ce qui alourdit notre marche, tailler et couper en nous ce qui ne porte pas un fruit meilleur encore.

 

Mais que veut dire porter du fruit ?

Ceci est une autre histoire, qui demandera d’y revenir plus longuement…

 

 

 

1ère lecture : « Barnabé leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur » (Ac 9, 26-31)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres ; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque, et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. Mis au courant, les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée et le firent partir pour Tarse.

 L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elle se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur ; réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait.

Psaume : 21 (22), 26b-27, 28-29, 31-32

R/ Tu seras ma louange, Seigneur, dans la grande assemblée. ou : Alléluia !  (cf. 21, 26a)

Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent :
« À vous, toujours, la vie et la joie ! 

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,
chaque famille de nations se prosternera devant lui :
« Oui, au Seigneur la royauté,
le pouvoir sur les nations ! »

Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
Voilà son œuvre !

2ème lecture : « Voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de Jésus Christ et nous aimer les uns les autres »(1 Jn 3, 18-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.
Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux. Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Evangile : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jn 15, 1-8)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Demeurez en moi, comme moi en vous, dit le Seigneur ; celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. Alléluia. (Jn 15, 4a.5b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
 Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

Patrick BRAUD

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18 septembre 2014

Personne ne nous a embauchés

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Personne ne nous a embauchés

Homélie du 25° dimanche du temps ordinaire / année A
21/09/2014

Dieu au Pôle Emploi

Les commentaires de cette parabole des ouvriers de la 11° heure sont innombrables (cf. par exemple : Les ouvriers de la 11° heure).

Personne ne nous a embauchés dans Communauté spirituelle Byzantine_agriculture

Centrons-nous aujourd’hui sur l’interrogation à la fois étonnée et douloureuse du maître de la vigne : « pourquoi restez-vous là à rien faire toute la journée ? »

On y trouve l’écho d’une conception du travail très parlante pour la mentalité du XXI° siècle.

« Personne ne nous a embauchés » : en formulant comme un reproche au monde du travail de n’avoir pas proposé à ces chômeurs de s’insérer dans l’œuvre commune (symbolisée de manière si noble par la vigne), cette parabole plaide pour une conception très personnaliste et sociale du travail.

Ne pas être embauché, c’est être exclu de la société humaine.

Aller travailler à la vigne, c’est devenir pleinement soi-même, en transformant le monde, en gagnant dignement sa vie, en faisant partie d’un corps social qui par son activité apporte joie et bonheur aux autres (le vin de la vigne !). À tel point que l’oisiveté (otium en latin) est devenue la mère de tous les vices : rester là à rien faire toute la journée est déshumanisant. On peut y lire en filigrane l’éloge du négoce (neg-otium en latin) qui se définit justement comme la négation de l’oisiveté, permettant à l’homme de répondre à l’appel de Dieu.

L’interrogation divine, et sa volonté d’embaucher coûte que coûte, même pour une heure seulement, même à prix d’or, nous rejoint par l’importance majeure que nous donnons au travail dans la réalisation de soi.

 

LES 7 SENS DU TRAVAIL

En s’inspirant des travaux de Fragnière [1] on peut distinguer 7 significations attribuées au travail tout au long de l’histoire. Le judaïsme et le christianisme à sa suite ont largement influencé ces conceptions du travail, mais pas seulement.

1. Le travail comme vocation sociale et épanouissement personnel

Quoi qu’en dise moult commentaires (partisans), c’est la première signification du travail que l’on trouve dans la Bible. Dans le jardin de la Genèse en effet, Dieu place l’homme pour le cultiver, dès l’origine, avant la chute : « Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder » (Gn 2,15).

C’est donc que le travail humain participe à l’achèvement de la Création, et qu’il est fondamentalement bon pour l’homme de travailler. C’est en travaillant que l’homme réalise sa vocation de transformer le monde, d’en être le co-créateur, avec Dieu et à son image.

Cette vision très enthousiasmante du travail se retrouvera en partie dans la conception luthérienne et calviniste. Pour les réformateurs, c’est dans l’activité professionnelle que se pratique la véritable ascèse (et non pas hors du monde dans les monastères). Si quelqu’un est appelé à être sauvé, cela se vérifiera dans son travail. Le mot métier en allemand (Beruf) désigne à la fois le travail et la vocation : les réformés cherchent dans la réussite matérielle de leur business les signes de l’élection divine. Sauvés gratuitement, ils vérifient en gagnant de l’argent qu’ils sont bien bénis de Dieu [2].

Certains courants actuels réhabilitent la conception optimiste de la Genèse.
Ainsi Isaac Getz se fait le chantre des entreprises « libérées » où les collaborateurs s’épanouissent en devenant responsables, libres et autonomes dans leur travail [3].
 Et le courant du « bonheur au travail » [4] veut à nouveau rendre possible l’épanouissement personnel à travers cette révolution du management. La « fun theory » expérimente que le plaisir au travail décuple les énergies et les résultats économiques [5] !
 

La « Fish philosophy » s’inspire du marché aux poissons de Pike Place à Seattle aux États-Unis pour développer humour, ambiance et passion au travail [6] etc.

2. Le travail comme peine et châtiment

C’est la conséquence de la deuxième partie du texte de la Genèse, après la chute :

« À la femme, il dit : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. À l’homme, il dit:  » À force de peines tu tireras subsistance du sol tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol… » (Gn 3, 16-19).

Tant de générations ont sacralisé le sens du devoir et l’obligation du travail dans cette perspective un peu janséniste de pénibilité inévitable, mais finalement salutaire !

3. Le travail comme instrument de rédemption

Glissant du signe de l’élection divine à l’instrument pour obtenir cette élection, catholiques et protestants ont développé ensuite une vision morale du travail où il faut en quelque sorte mériter son salut à force d’acharnement et de labeur.

Dans la tradition bénédictine, la devise des moines : Ora et Labora exprime cette heureuse complémentarité de la prière et du travail comme voies de sanctification indissociables.

4. Le travail comme force impersonnelle

C’est Taylor qui va marquer cette époque. Avec l’industrialisation croissante, le centre n’est plus l’homme mais la machine, l’homme devient second et le poste de travail est central (Friedman).

Une nouvelle notion se fait jour : celle de « force de travail » qui s’organise, s’achète en terme de marché. Il y a donc concentration de cette force et en  conséquence séparation du lieu du travail et du lieu de vie. On ne s’intéresse plus à l’œuvre mais au revenu du travail et tout est compté en terme monétaire. La valeur humaine du travail tend vers zéro, seule la valeur économique compte.

5. Le travail comme emploi

Aujourd’hui, le travail prend la forme de l’emploi où le salarié obtient un statut social avec des droits. Ce changement de la représentation du travail est important. Il touche aux problèmes les plus cruciaux de la situation présente, avec la distinction entre le travail nécessaire pour produire une quantité donnée de biens et la forme concrète de l’emploi lié à un contrat de travail et au statut social de protection qu’il confère.

L’emploi devient une finalité en soi. C’est le droit au travail par lequel on affirme qu’on ne peut exclure personne : cela devient la revendication fondamentale. Et ce qui est nouveau, c’est que la notion de travail n’est plus liée à ce que l’on fait mais au seul statut contractuel qui lie l’individu au système. Il en résulte la perte du sens de « l’œuvre ».

6. Le travail comme temps contraint

Dans une civilisation construite autour du travail, le temps humain se structure autour de lui : les études sont une préparation au travail et non d’abord une recherche de vérité ou de sagesse constructive de soi ; à l’âge de travailler, succède la retraite, à un âge également déterminé. Le travail apparaît comme temps contraint par opposition à un temps pour soi. Ce menu de la vie ne saurait être modifié en fonction d’autres aspirations que celles du travail.

Cela englobe tout le temps humain : dans le déroulement de la vie (études, travail, retraite), de l’année (travail, vacances). Cette organisation du travail donne un découpage propre à la situation de travailleur et s’impose à celle des événements de la vie comme le mariage, les naissances et le vieillissement. C’est pourquoi on parle d’un temps contraint et le travail devient calculé en fonction du temps consacré au travail. D’où les revendications légitimes d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, pour éviter que le temps de travail ne soit trop envahissant.

7. Le travail comme activité socialisante

Nous recherchons aujourd’hui de nouvelles valeurs pour éviter la société duale qui se crée par suite du chômage et qui par le sens actuel donné au travail fabrique des exclus. Cela revient à découvrir des valeurs universelles qui valorisent toutes les valeurs précédentes, à savoir l’idée de peine, l’idée de récompense, l’idée de valorisation personnelle. Le travail donne une identité, une utilité sociale qui permet à l’individu d’exister et d’être reconnu. Le drame du chômage se situe justement dans cette absence de reconnaissance et de participation sociale.

 

Comment aujourd’hui inventer l’avenir ? En donnant une valeur nouvelle au travail à partir de l’idée que c’est l’échange qui fournit la richesse et pas seulement l’activité de production de biens, mais cela s’appliquant non seulement aux échanges économiques classiques, mais aussi entre les individus et groupes d’individus. Le travail devient alors activité d’échange et non statut, et cette activité est créatrice de travail.

Le problème n’est plus de chercher à donner du travail pour tous puisqu’il semble évident que la valeur dominante emploi va s’estomper progressivement. Par contre, il peut y avoir du travail pour tous si l’on accepte l’idée que tout est activité, puisque tout peut contribuer à l’échange entre individus, communautés, pays.

 

Une brève histoire théologique du travail

On peut tenter une synthèse de l’évolution historique de ces différentes conceptions du travail dans le tableau suivant :  

PÉRIODE

ÉVOLUTION
SOCIALE 
DU TRAVAIL

CONCEPTION
RELIGIEUSE DU TRAVAIL

 

 

 

Courant optimiste

Courant  pessimiste
(ou réaliste)

 

ANTIQUITÉ

(Grèce, Rome)

 

 

 

JUDAÏSME

AT

Division sociale:
patriciens / soldats / plèbe

Le statut social
(esclave, patricien…) n’est pas lié au ‘travail’, qui n’est pas encore
‘valeur d’échange’

Les philosophes veulent
diriger la cité, et délèguent le travail manuel, considéré comme ‘servile’,
aux  inférieurs

Travail manuel = peine, contrainte

 

Avodah
= culte = travail

Valorisation du travail
manuel qui obtient la bénédiction, et qui permet à l’homme de réaliser sa vocation
d’être co-créateur avec Dieu, à son image (Adam travaille le jardin de la
Genèse avant la chute)

Le travail non manuel
concurrence l’œuvre de Dieu (villes, richesses)

La pénibilité du travail vient de la faute
d’Ada
m

Insistance sur le shabbat pour relativiser l’importance du travail

Thème du repos
eschatologique

 

 

 

PÉRIODE PATRISTIQUE
(6° siècles)

Pas de séparation entre
‘maison’ et ‘travail’

Le travail est source
de dignité

Il permet de pratiquer
la charité

Il évite l’oisiveté (otium, d’où l’éloge du neg-otium
= négoce)

Il construit l’interdépendance
sociale

MONACHISME

Il y a unité entre
travail / méditation de l’Écriture / prière

Le travail est un moyen
de croissance
spirituelle
(ascèse)

Certains métiers sont
interdits: prêtres païens, jeux du cirque, prostitution…

La réussite dans le
travail fait tomber dans le piège de l’argent et de la domination

(le travail a besoin de
la Rédemption)

 

 

 

 

 

 

MOYEN ÂGE

(en Occident)

Division sociale
féodale:

oratores / bellatores /
laboratores

opus spirituale / opus
civile / opus artificiale

Le ‘salaire’ est une
subsistance assurée et non une rétribution d’un ‘travail’

Apparition des
« paroisses », des « confréries » et des
« métiers » (avec leurs saints patrons)

MONACHISME

Ora et Labora (St
Benoît)

Consécration -
Bénédiction – Sanctification de l’univers (cf. Canon Romain) par le don ou
l’utilité sociale

La Devotio Moderna
favorise les confréries

Travail-châtiment

Sanctification par la
pénitence

(dolorisme,
eschatologie-évasion par le haut)

Pas de représentation
de Jésus‑Travailleur

Métiers interdits:
usuriers, jongleurs, arts et commerce pour les clercs

Dévalorisation du
travail non-manuel (ars mechanica = ‘adultère’) quand il n’est pas au service
de l’Église

 

 

 

RÉFORMES
(en Occident)

Débuts du capitalisme
marchand

Contestation de l’idée
de perfection réservée à une élite => travail = voie ordinaire vers la
sainteté

Luther: Beruf (métier =
vocation)  Calvin: Vocatio

Insistance sur
l’individu, la conscience, le libre-arbitre

La réussite dans le
travail est signe de la prédestination divine au salut (pas une récompense,
mais l’effet du salut gratuitement accordé par Dieu),
l’échec est signe de la réprobation divine

 

 

 

 

 

 

 

TEMPS MODERNES

Dissociation maison /
travail (Manufactures)

Le travail devient valeur
d’échange, et donc emploi (marché de l’emploi)

Le travail devient une
force impersonnelle

Apparition des
« corporations » (XVIII°)

puis des syndicats
(XIX°)

Mythe du Progrès
(technique) par le travail

Travail = facteur
déterminant du temps humain

Les exclus du travail
prolifèrent…

Redécouverte de la
figure de Jésus‑Travailleur

DOCTRINE SOCIALE :

Le travail comme
facteur de personnalisation : réalisation personnelle et intégration
sociale

Le travail comme voie
de sanctification, et de charité-justice

Droits du travail

VATICAN II

Le travail comme
instrument de réalisation du Royaume et accomplissement de la dimension
royale du baptême

La morale chrétienne
était surtout domestique et personnelle => difficulté d’élaborer une
morale sociale et collective du travail avant 1891

Appels à la résignation
sociale dans le monde du travail (car enfer / paradis)

Pas d’idolâtrie du
travail

(lutte pour le Dimanche
libre)

Réalité humaine
traversée par le mal, et qui a besoin de la Rédemption

 

Que dis-tu de ton travail aujourd’hui ?

Ce parcours historique nous ramène à notre responsabilité actuelle, personnelle et collective, vis-à-vis de la réalité du travail :

- à quelle vigne suis-je appelé à travailler ?

- quel sens est-ce que je donne à ce travail ?

- comment me faire l’écho du désir de Dieu d’embaucher les autres à sa vigne ?

 

____________________________________________________________ 

1. Cf. G. Fragnière, « Les sept sens du travail », Futuribles, novembre 1987.
2. Cf. Max WEBER, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1904.
3. Cf. Liberte & Cie, Brian M. Carney et Isaac Getz, Fayard, 2012.
4. Cf. Happy RH : Le bonheur au travail. Rentable et durable, Laurence Vanhee et Isaac Getz, Ed. La Charte, 2013.
5. Ex : http://www.youtube.com/watch?v=2lXh2n0aPyw
6.  Ex : https://www.youtube.com/watch?v=TbtsfyrEF_c ; https://www.youtube.com/watch?v=-ZKiJejNRtw 

 

1ère lecture : « Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55, 6-9)

Lecture du livre d’Isaïe

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme pervers, ses pensées !
Qu’il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Psaume : 144, 2-3, 8-9, 17-18

R/ Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent.

Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n’est pas de limite.
Le Seigneur est tendresse et pitié,

lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

2ème lecture : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 20c-24.27a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, soit que je vive, soit que je meure, la grandeur du Christ sera manifestée dans mon corps. En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. Quant à vous, menez une vie digne de l’Évangile du Christ.

Evangile : La générosité de Dieu dépasse notre justice (Mt 20, 1-16)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La bonté du Seigneur est pour tous, sa
tendresse, pour toutes ses œuvres : tous acclameront sa justice.Alléluia. (cf. Ps 144, 7-9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait cette parabole : « le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce ’argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : ‘Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.’ Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?’ Ils lui répondirent : ‘Parce que personne ne nous a embauchés.’ Il leur dit : ‘Allez, vous aussi, à ma vigne.’

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux qui n’avaient commencé qu’à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce
d’argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : ‘Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !’ Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ? Prends ce qui te revient, et va-t’en.
Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?’
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Patrick BRAUD

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