L'homélie du dimanche (prochain)

18 novembre 2015

La violence a besoin du mensonge

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La violence a besoin du mensonge

 

Homélie pour la fête du Christ Roi / Année B
22/11/2015

Cf. également :

Divine surprise

Le Christ Roi fait de nous des huiles

Non-violence : la voie royale

Un roi pour les pires

 

« La violence n’exige de nous que notre obéissance au mensonge »

Afficher l'image d'origine« Quand la violence fait irruption dans la vie paisible des hommes, son visage flamboie d’arrogance, elle porte effrontément inscrit sur son drapeau, elle crie : « JE SUIS LA VIOLENCE ! Place, écartez-vous, ou je vous écrase ! » Mais la violence vieillit vite. Encore quelques années et elle perd son assurance, et pour se maintenir, pour faire bonne figure, elle recherche obligatoirement l’alliance du mensonge. Car la violence ne peut s’abriter derrière rien d’autre que le mensonge, et le mensonge ne peut se maintenir que par la violence. Et ce n’est ni chaque jour, ni sur chaque épaule que la violence pose sa lourde patte : elle n’exige de nous que notre obéissance au mensonge, que notre participation quotidienne au mensonge et c’est tout ce qu’elle attend de ses loyaux sujets.

Et c’est là justement que se trouve, négligée par nous, mais si simple, si accessible, la clef de notre libération : LE REFUS DE PARTICIPER PERSONNELLEMENT AU MENSONGE ! Qu’importe si le mensonge recouvre tout, s’il devient maître de tout, mais soyons intraitables au moins sur ce point : qu’il ne le devienne pas PAR MOI !

Et cela, c’est une brèche dans le cercle imaginaire de notre inaction, pour nous : la plus facile à réaliser, pour le mensonge : la plus destructrice. Car lorsque les hommes tournent le dos au mensonge, le mensonge cesse purement et simplement d’exister. Telle une maladie contagieuse, il ne peut exister que dans un concours d’hommes. »

Alexandre Soljenitsyne, à Moscou le 12 février 1974 [1] 

L'opium des intellectuelsL’avertissement de Soljenitsyne valait pour le système communiste, bâti sur un mensonge.

Comment ne pas y voir un avertissement pour nous aujourd’hui face à la violence inhumaine des attentats de Paris ? Faute d’avoir analysé et compris la complicité de l’Occident avec le mensonge communiste, nous risquons fort de reproduire des aveuglements semblables, et lourds de conséquences.

Ce mensonge communiste concernait d’abord la personne humaine, réduite à n’être qu’un élément de la classe ouvrière seule digne d’intérêt et à qui on pouvait sacrifier bien des individus (les millions de morts des purges staliniennes et des goulags en témoignent).

Ce mensonge concernait également l’économie, réduite à une planification collective finalement inefficace et terriblement appauvrissante.

Ce double mensonge s’est écroulé en 1989. Pourtant, pendant des décennies, l’intelligentsia française et au-delà a été fascinée par la pensée marxiste, au point de l’ériger en clé ultime de l’histoire. On a oublié aujourd’hui les positions effarantes de Sartre (le marxisme est l’« indépassable philosophie de notre temps »), Althusser, Edgar Morin (jusqu’en 1951), Louis Aragon, Annie Kriegel et tant d’autres maîtres à penser des années 60 à 90. Raymond Aron était bien seul, dissident parmi ces intellectuels, à dénoncer le mensonge.

Se souvenir permettrait pourtant de mettre en pleine lumière les complicités actuelles de bien d’autres intellectuels français avec des idéologies pour potentiellement dangereuses, reposant elles aussi sur un mensonge.

 

Pilate le politique face à Jésus le roi dissident

L’avertissement de Soljenitsyne doit être renouvelé aujourd’hui.

Il fait écho au témoignage de Jésus devant Pilate (Jn 18, 33-37). Jésus pose la question de la vérité, et y répond en personne : « je suis venu pour rendre témoignage à la vérité ». Ailleurs il dit même : « je suis la vérité ». C’est donc que la vérité en christianisme est une personne vivante et non pas une idéologie.

Afficher l'image d'originePilate lui est un politique en même temps que militaire d’occupation. L’historien juif Flavius Josèphe le décrit comme « un gouverneur qui n’hésite pas à recourir à la manière forte pour rétablir l’ordre ». S’embarquer dans un dialogue philosophique à propos de la vérité avec ce prophète charismatique peut devenir dangereux. Pendant ce temps-là, les responsables juifs risquent de fomenter des troubles, des émeutes, car ils savent manipuler les foules. Peu importe finalement que Jésus soit ou non du côté de la vérité : l’important est que Jérusalem ne se soulève pas contre l’armée romaine. L’important est de maintenir un semblant de paix. Maintenir la pax romana, même au prix du mensonge, vaut mieux que de chercher où est le vrai.

D’ailleurs, lorsque ce peuple juif occupé et décidément rebelle recommencera à contester le pouvoir impérial, Pilate le soldat utilisera la violence armée pour mater la révolte (cf. Lc 13,1 et la mention des « Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices »), comme toute occupation militaire ou idéologique. En 36, il fait réprimer avec cruauté un rassemblement de Samaritains sur le mont Garizim. À l’instigation d’un homme qui selon Flavius Josèphe « considérait le mensonge comme sans importance et usait de toutes sortes de manœuvres pour plaire au peuple », les plus convaincus « prirent les armes » et s’installèrent dans le village de Tirathana pour accueillir la masse des samaritains et « faire en grand nombre l’ascension de la montagne ». Cet homme leur avait promis de leur montrer « des vases sacrés enfouis par Moïse ». À la suite de ce massacre des samaritains, Pilate fut contraint par l’empereur Tibère de quitter la Judée.

La violence a besoin du mensonge dans Communauté spirituelle 51XTilBAikL._SX301_BO1,204,203,200_Préférer le mensonge à la vérité [2] pour avoir la paix (mais quelle paix ? !) : la tentation politique de Pilate est encore celle de nos politiques. Que ce soit sur des questions sociales brûlantes comme le drame des migrants ou le mal-logement des français, ou sur des questions éthiques comme l’avortement et l’euthanasie, ou sur les guerres en Irak, en Iran, en Syrie, en Lybie et ailleurs, ou sur des enjeux complexes comme la laïcité, la place de l’islam etc., rares sont les politiques qui osent raisonner et argumenter en termes de vérité et de mensonge. Ils parleront consensus, opinion majoritaire, règlements internationaux. Beaucoup seraient aussi sceptiques que Pilate si on leur demandait quelle est leur conception de la vérité sur ces sujets. Souvenons-nous des mensonges américains sur de soi-disant armes de destruction massive qui ont été l’alibi pour intervenir militairement en Irak : ils ont finalement engendré la montée en puissance d’Al Qaïda, et maintenant de Daech. La violence que l’Etat Islamique tire du Coran provient d’ailleurs pour une large part d’un autre mensonge, qui présente le texte arabe du Coran comme « incréé », directement dicté par Dieu (donc s’imposant comme tel, sans aucune possibilité d’interprétation).

Hannah Arendt avait déjà étudié, dans les années 70, cette liaison dangereuse entre mensonge et violence, par exemple en analysant les « documents du Pentagone » révélant l’envers de la guerre du Vietnam [3].

Sans le mensonge, la violence n’a plus aucun fondement légitime.

 

« Qu’est-ce que la vérité ? »

Cette interrogation en forme de fuite permet à Pilate d’éviter de se prononcer pour ou contre Jésus.

Nos politiques renvoient cette question de la vérité à la sphère privée, et s’interdisent de déchiffrer les évolutions sociales à la lumière de cette interrogation. Et la violence se nourrit de ces mensonges. La violence a besoin du mensonge ; c’est pourquoi la vérité qui est Jésus en personne engendre la non-violence, jusqu’à préférer être tué que tuer.

Que chacun de nous, en entreprise, au travail comme en famille, n’élude pas la question du vrai, quitte à prendre des risques pour combattre le mensonge, quitte à devenir un dissident, comme l’était Soljenitsyne en 1974…

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[1]. Soljenitsyne, interdit d’habiter Moscou, où demeure Natalia Svetlova, une mathématicienne engagée dans la dissidence avec laquelle il vit maritalement (et qu’il épousera après son divorce), trouve refuge chez le violoncelliste Rostropovitch. Le prix Nobel vient le récompenser en 1970. Mais il est hors de question de se rendre à Stockholm, de peur de ne pas être autorisé à revenir dans son pays.
L’étau du KGB se resserre autour de lui et en 1973, une de ses collaboratrices, Élisabeth Voronianskaïa, qui avait dactylographié L’Archipel (du Goulag), est retrouvée pendue chez elle : interrogée pendant trois jours par les guébistes, elle a craqué et avoué où elle avait caché un exemplaire du manuscrit qu’elle avait conservé à l’insu de Soljenitsyne. Ce dernier rend la nouvelle publique et demande que L’Archipel soit publié en Occident. Ce qui est fait en décembre. La presse soviétique se déchaîne, mais Soljenitsyne est décidé à répondre coup pour coup. Le 12 février 1974, il lance son appel de Moscou, exhortant ses compatriotes à « ne plus vivre dans le mensonge ». Le lendemain il est arrêté, déchu de sa nationalité soviétique et expulsé. Ce n’était plus arrivé depuis… Trotski en 1929.

[2]. Il est à noter que dans la Bible, le contraire de la vérité n’est pas l’erreur, mais le mensonge.

[3]. Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, Éditions Pocket – coll. Agora, Paris, 2002.

 

 

1ère lecture : « Sa domination est une domination éternelle »(Dn 7, 13-14)
Lecture du livre du prophète Daniel

Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Psaume : Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5

R/ Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence. (Ps 92, 1ab)

Le Seigneur est roi ;
il s’est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ;
dès l’origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.

2ème lecture : « Le prince des rois de la terre a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu » (Ap 1, 5-8)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

À vous, la grâce et la paix, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen !
 Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers.

Evangile : « C’est toi-même qui dis que je suis roi » (Jn 18, 33b-37)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Alléluia.  (Mc 11, 9b-10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »
Patrick BRAUD

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11 mars 2015

Démêler le fil du pêcheur

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Démêler le fil du pêcheur…

 

cf. également :

Visage exposé, à l’écart, en hauteur

La vraie beauté d’un être humain

Figurez-vous la figure des figures

Homélie du 4° Dimanche de Carême / Année B
Dimanche 15 Mars 2015

 

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière… »

Quand j’étais enfant, mon père m’apprenait à pêcher en mer.
Démêler le fil du pêcheur dans Communauté spirituelle kone6
Bien souvent, quand on pêche à la traîne, le fil de nylon se vrille, s’entortille, et la remontée d’un poisson à l’arrière du bateau se transforme en une grosse pelote de fil avec des nœuds dans tous les sens. J’ai appris à aimer ce patient travail qui consiste alors à démêler la ligne de pêche, en défaisant un à un les nœuds que le fil s’était fait à lui-même. Pour cela, il faut sans hâte ni colère pour chaque nœud refaire en sens inverse le parcours où le fil s’est  emberlificoté en se vrillant sur lui-même. Travail minutieux, austère, parfois très long, où la tentation de couper des pans entiers de la ligne ou de la jeter par dessus bords compromet régulièrement l’opération de sauvetage de la ligne…

Faire la vérité sur sa vie, c’est un peu cela : re-parcourir à l’envers les nœuds qui m’étranglent, qui m’empêchent de filer droit. Et ainsi, en acceptant d’exposer ces nœuds aux mains habiles du pêcheur, le fil retrouve peu à peu sa vraie puissance d’action…

« Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud, en sorte que les premières boucles soient défaites grâce à des secondes et qu’inversement les secondes libèrent les premières : il se trouve de la sorte qu’un premier lien est dénoué par un second et que le second tient lieu de dénouement à l’égard du premier. » (Irénée de Lyon,  Adversus Haereses, Livre III)

small_Notre%20Dame%20qui%20defait%20les%20noeuds%20fil fil dans Communauté spirituelleSt Irénée précise le rôle de Marie dans cette action où les fils de nos vies se démêlent : elle est l’archétype de l’attitude d’obéissance et de confiance qui peut nous inspirer aujourd’hui.

« Ève, par sa désobéissance, fit le nœud du malheur pour l’humanité;
alors qu’au contraire, Marie, par son obéissance, le dénoua.»

 

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière… »

Voilà une petite phrase lourde de conséquences.  Car faire la vérité, c’est un travail exigeant. Et c’est toujours complexe de faire la vérité sur une affaire ténébreuse. Pourtant je suis témoin que ce travail de clarification permet ensuite d’agir selon la volonté de Dieu. Oui : faire la vérité libère, et rend capable d’agir en vérité.

 

Mais qu’est-ce que « faire la vérité » ?

- Je pense à ces futurs mariés que nous accompagnons, laïcs et prêtres, vers leur engagement, pendant des mois. Avec sérieux et profondeur, beaucoup acceptent de s’interroger sur leurs motivations, osent ouvrir la Bible avec nous pour la laisser éclairer leur amour, parler de leur passé, de leur famille. Nous sommes souvent admiratifs de la confiance qu’ils nous accordent : ils sont vrais avec nous, et acceptent loyalement un travail de vérité sur leur couple, leur histoire (avec des échecs antérieurs bien souvent), leurs projets… Faire la vérité sur sa relation amoureuse, ce n’est pas rien…

- Je pense également au témoignage d’un médecin sur ce thème : « Toute vie vaut-elle la peine d’être vécue ? ». Il accueille notamment des femmes qui ont vécu un avortement et qui, quelquefois 10, 20 ans après, ont besoin de parler parce que la blessure remonte. À travers l’écoute et la compassion, sans juger, il essaie d’aider ces femmes à faire la vérité sur l’IVG qui brutalement les déstabilise à nouveau. Quelles on été les pressions : familiales ? médicales ? Quelle était leur liberté et leur volonté réelles ? Quelle conscience avaient-elles de l’acte ainsi posé ? Et le père… ? Y a-t-il eu un délai, des médiations, des soutiens… ? Vous voyez, c’est tout un travail, patient et délicat, pour faire mémoire d’un passé douloureux avec justesse et droiture, pour pouvoir enfin l’assumer, ne plus cacher, s’ouvrir à l’avenir…

- À l’inverse, quand on dissimule, quand on veut « ne plus en parler », quand on laisse dans l’ombre des côtés importants de notre histoire, alors on est assis sur une véritable bombe à retardement.

D’abord c’est épuisant de se taire, de taire ce que nous avons peur de mettre en pleine lumière. Comme dit le psaume : « Je me taisais, et mes frères s’épuisaient à gémir… » (Ps 31)

Ensuite c’est stérile, car se taire ne résout rien. Comme un abcès qui devient mauvais lorsqu’on n’a pas le courage de le percer : le pus s’accumule…

arton582 MarieJe pense à ces « secrets de famille » qui empoisonnent parfois les relations entre frères et sœurs sur des générations… Il y a « des cadavres dans le placard » – comme le dit la sagesse populaire - qui finissent par sentir mauvais… Faire la vérité demande alors de rouvrir son passé, de le relire (avec un soutien extérieur) pour le guérir et le transformer.

Je pense encore à ces affaires de corruption, de tricherie, de « dessous de table » qui défraient régulièrement la chronique. Les transactions douteuses et secrètes, les salaires fictifs qu’on voulait garder secrets, les montages financiers opaques qui ont conduit à la crise financière… Dans la vie économique, dans les responsabilités politiques, la petite phrase de Jésus est encore plus lourde de conséquences : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière… » Les paradis fiscaux ne devraient pas s’en remettre !

 

Pour nous, pendant ce Carême, que chacun s’examine : sur quel côté obscur de ma vie ais-je besoin de faire la vérité, justement pour que la lumière du Christ l’apaise, le guérisse, l’ouvre à l’avenir ?…

Ne répondons pas trop vite. Car, logiquement, nous nous sommes cachés à nous-mêmes ce que nous avons peur de voir en face. Il faudra donc accepter de nous faire aider par d’autres pour débusquer ce côté obscur. Il faudra donc humblement demander de l’écoute, du soutien ; le sacrement du pardon trouve bien sa place dans ce travail de clarification ; la Bible et la prière également…

 

Que le Christ nous donne ce courage de Carême : ne pas préférer l’obscurité à la lumière, faire la vérité sur nous-mêmes pour agir selon sa vérité, démasquer l’obscur pour ne pas dérober mon visage.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière… »

 

 

 

1ère lecture : La colère et la miséricorde du Seigneur manifestées par l’exil et la délivrance du peuple (2 Ch 36, 14-16.19-23)

Lecture du deuxième livre des Chroniques

En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabucodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposeradurant 70 ans,jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repostous les sabbats profanés.
Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit – : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! »

– Parole du Seigneur.

Psaume : 136 (137), 1-2, 3, 4-5, 6

R/ Que ma langue s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir ! 
(cf. 136, 6a)

Au bord des fleuves de Babylone
nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours
nous avions pendu nos harpes.

C’est là que nos vainqueurs
nous demandèrent des chansons,
et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils,
quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur
sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem,
que ma main droite m’oublie !

Je veux que ma langue s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem
au sommet de ma joie.

2ème lecture : « Morts par suite des fautes, c’est bien par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 4-10)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

– Parole du Seigneur.

Evangile : « Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 14-21)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !  Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »
Patrick BRAUD

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