L'homelie du dimanche

27 décembre 2016

Devenir la Mère de Dieu

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Devenir la Mère de Dieu

Cf. également :

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

Vendredi Saint : la déréliction de Marie

Une sainte famille « ruminante »

Une famille réfugiée politique

Fêter la famille, multiforme et changeante

La vieillesse est un naufrage ? Honore la !

Familles, je vous aime?


Homélie pour la fête de sainte Marie Mère de Dieu / Année A
01/01/2017

À Noël, nous avons lu Jean Tauler (XIV° siècle) nous inviter à engendrer le Verbe de Dieu en nous, autrement dit : à devenir la Mère de Dieu avec Marie ! C’est la troisième naissance de Noël, que nous fêtons aujourd’hui avec la fête de Marie Theotokos. Marie est Mère de Dieu en engendrant le Verbe, en croyant à sa parole et en la mettant en pratique (Mc 3,31-35). Nous engendrons avec elle si nous la suivons dans l’attitude spirituelle de l’évangile de ce dimanche : « Marie retenait tous ces événements et les gardait en son cœur ».

 

Les bergers et le fugueur

Il n’y a que deux passages dans toute la Bible, et c’est dans l’évangile de Luc, où  cette expression se retrouve : garder toutes ces choses en son cœur.

Afficher l'image d'origineLa première (2,19) est au moment de la visite des bergers à la crèche. Tous s’étonnent de ce que les bergers disent de l’enfant. Marie elle retenait tous ces événements (ces paroles) et les gardait en son cœur.

La seconde (toujours chez Luc, en 2,51) est après le pèlerinage (la visite) de la famille au Temple de Jérusalem. Tous s’étonnent de ce que Jésus dit de la Torah. Marie elle gardait tous ces événements (ces paroles) dans son cœur.

En précisant les termes grecs employés, on a donc le parallélisme suivant entre les deux séquences :

Tableau Lc 2,51

Des bergers de Bethléem au fugueur de Jérusalem, tout se passe comme si Marie (désignée comme telle en 2,19) apprenait à devenir mère (c’est ainsi qu’elle est appelée en 2,51). Comment ?

- D’abord en se laissant étonner. Étonner par ce que les bergers disent de son enfant (2,18). Étonner ensuite par son comportement étrange au Temple (2,48).

- Puis en allant plus loin que l’étonnement.

Devant les bergers, Marie rassemble précieusement toutes les paroles éparses qui ont jalonné cette grossesse et cette naissance depuis le début. C’est le sens du verbe « garder ensemble » (syne-terei  2,19) qui est renforcé dans le verbe « méditant » (symballousa), littéralement : mettre ensemble ce qui apparemment est sans lien commun.

Afficher l'image d'origineMarie devine que tous ces éléments épars doivent avoir un sens lorsqu’on les met ensemble. C’est pourquoi elle les recueille précieusement, comme les perles d’un collier dont le fil est rompu, comme les pièces d’un puzzle dans sa boîte, en se disant qu’un jour on arrivera bien à les mettre ensemble. Le mot symbole vient d’ailleurs de là : joindre ensemble des choses (événements, paroles) qui apparaissaient séparées et sans lien.

Marie est donc celle qui est capable de se laisser étonner sans cesser de croire pour autant que tout cela a un sens caché, symbolique, que Dieu dévoilera plus tard.

- La seconde fois, après la fugue de Jésus au Temple, Marie est désignée comme sa mère justement parce que, étonnée du comportement de Jésus, elle va engranger ses paroles (« ne savez-vous pas qu’il me faut être chez mon père ? ») jusqu’au jour où elle apprendra ce que veut dire sa réponse sans : « être chez mon père ». C’est d’ailleurs la première parole de Jésus dans l’Évangile de Luc, et elle est pour nommer son Père (comme s’il fallait cette reconnaissance du Père pour que Marie soit appelée mère !). Il faudra attendre sa dernière parole, lorsque – crucifié – il désigne à nouveau son père (« Père, entre tes mains, je remets mon esprit ») pour que Marie comprenne en plénitude ce qu’être sa mère veut dire… (cf. la déréliction de Marie).

Entre deux, Marie va cheminer dans la foi. Elle va faire ce que Jean Paul II appelait son pèlerinage de confiance, afin de devenir davantage ce qu’elle est depuis l’Annonciation : la Mère de Dieu.

Des bergers de Bethléem au fugueur de Jérusalem, les étapes de cette maternité divine de Marie sont encore les nôtres : se laisser étonner / rassembler précieusement tout ce qui arrive / garder tout cela à travers le temps et l’espace, tout au long des événements pour leur donner enfin leur pleine signification.

 

Se laisser étonner

pink%20question%20mark%20clipartDéjà la visite des bergers à Bethléem était surprenante ! Mais en plus, ils racontent  de drôles de choses sur le bébé, en l’appelant sauveur, Christ, Seigneur… Et puis au Temple de Jérusalem, les parents ont de quoi s’étonner – voire se mettre en colère – en constatant que leur gamin de 12 ans est resté là depuis trois jours sans s’inquiéter de leur inquiétude à son sujet !

C’est donc qu’il est impossible d’engendrer le Verbe en nous sans nous laisser étonner, surprendre à la manière de Marie. La vie spirituelle – et la vie tout court – est remplie de ces moments où l’interrogation est profonde : pourquoi nous fais-tu cela ? Que ce soit devant la Shoah ou le cancer d’un proche, l’injustice injustifiable ou la violence incompréhensible… Nos pourquoi sont ceux de Marie, la mère de Dieu, qui ne comprend pas sur l’instant.

C’est par exemple l’étonnement que nous devrions avoir devant les bergers d’aujourd’hui, migrants et réfugiés d’Orient, d’Afrique, qui nous révèlent les points forts et les points faibles de notre civilisation occidentale …

 

Rassembler les pièces éparses du puzzle

Marie ne comprend pas. Elle n’abandonne pas pour autant. Elle recueille précieusement (she treasured up, traduit joliment l’anglais) toutes les paroles, les gestes, les événements liés à son fils, pour ne pas en perdre une miette. Sur l’instant, comme les 10 000 morceaux du puzzle mis en boîte, cela ne dessine pas grand-chose. Mais plus tard…

C’est ce qu’elle espère, et nous avec elle. D’où l’importance du récit, de la mémoire, pour se dire à soi-même et aux autres. Si Anne Frank et Etty Hillesum n’avaient pas dans leur journal intime patiemment écrit ce qui leur arrivait, elles n’auraient pas pu accoucher de l’immense figure spirituelle que chacune est devenue à travers cela.

Le travail d’engendrement qui nous configure à la Mère de Dieu passe par un travail d’écriture, de parole, de récit, de mémoire…

Il s’agit de ne rien perdre de ce qui nous est donné à travers l’apparente incohérence des événements du moment.

 

Méditer toutes ces choses en son cœur à travers le temps et l’espace

Une fois réunies, les pièces du puzzle commencent à s’assembler, deux par deux, sous-ensemble avec sous-ensemble… Avec les années, si nous gardons comme Marie ce trésor au cœur pour y puiser régulièrement des associations nouvelles, nous pourrons déchiffrer ce qui nous arrive. Il faudra souvent attendre comme elle la fin de l’histoire – la croix, et plus encore la résurrection – pour comprendre enfin, pour avoir enfin une vue d’ensemble du paysage, du tableau, du portrait que les 10 000 pièces du puzzle forment ensemble.

L’unité intérieure d’un être vient de sa capacité à relier constamment son passé et son présent, à y deviner les lignes de force qui s’y dessinent, les grandes tendances où Dieu l’emmène, bref sa vocation la plus personnelle.

Devenir la Mère de Dieu dans Communauté spirituelle gif-puzzle-spectrum-1786418

Marie la première a parcouru ce chemin, en rassemblant et méditant précieusement tout ce qui arrivait à son fils, du début à la fin, et au-delà.

À nous, en cultivant notre étonnement, notre mémoire, notre rumination intérieure quoi qu’il arrive, à nous d’engendrer dans l’Esprit Saint Celui qui désire prendre chair de notre chair.

 

1ère lecture : « Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai » (Nb 6, 22-27)
Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit :« Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras :Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :Que le Seigneur te bénisse et te garde !Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,qu’il te prenne en grâce !Que le Seigneur tourne vers toi son visage,qu’il t’apporte la paix !”Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël,et moi, je les bénirai. »

Psaume : Ps 66 (67), 2-3, 5, 6.8
R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse ! (Ps 66, 2)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Ga 4, 4-7)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères,lorsqu’est venue la plénitude des temps,Dieu a envoyé son Fils,né d’une femmeet soumis à la loi de Moïse,afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loiet pour que nous soyons adoptés comme fils.Et voici la preuve que vous êtes des fils :Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs,et cet Esprit crie« Abba ! », c’est-à-dire : Père !Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils,et puisque tu es fils, tu es aussi héritier :c’est l’œuvre de Dieu.

Evangile : « Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né.Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus » (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
À bien des reprises, Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;à la fin, en ces jours où nous sommes,il nous a parlé par son Fils. Alléluia.  (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem,et ils découvrirent Marie et Joseph,avec le nouveau-nécouché dans la mangeoire.Après avoir vu,ils racontèrent ce qui leur avait été annoncéau sujet de cet enfant.Et tous ceux qui entendirent s’étonnaientde ce que leur racontaient les bergers.Marie, cependant, retenait tous ces événementset les méditait dans son cœur.Les bergers repartirent ;ils glorifiaient et louaient Dieupour tout ce qu’ils avaient entendu et vu,selon ce qui leur avait été annoncé.  Quand fut arrivé le huitième jour,celui de la circoncision,l’enfant reçut le nom de Jésus,le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick BRAUD

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20 décembre 2016

Les 3 naissances de Noël

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Les 3 naissances de Noël

Homélie pour la fête de Noël 2016 / Année A
24/12/2016

Cf. également :

Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…

Le mot français Noël vient du latin natal, natalis = naissance. Le vieux français disait Naël. L’espagnol ou l’italien s’en souviennent : on se salue avec un Feliz Navidad, qui vient du latin nativitatem = naissance. La plupart des langues européennes font dériver Noël de la naissance (sauf l’Allemand Weihnachten = nuits de veille et l’anglais Christmass = messe du Christ).

Afficher l'image d'origineÀ regarder l’enfant déposé dans la crèche cette nuit, on devine que c’est bien la naissance physique de Jésus de Nazareth qui est en jeu. Mais à bien y réfléchir, il n’y a pas une seule mais trois naissances en jeu à Noël. La mystique rhénane, ce courant spirituel du XIV° siècle, a popularisé cette conception de Noël. Jean Tauler par exemple commente ainsi le sens de la fête :

« On fête aujourd’hui, dans la sainte chrétienté, une triple naissance où chaque chrétien devrait trouver une jouissance et un bonheur si grands qu’il en soit mis hors de lui-même ; il y a de quoi le faire entrer en des transports d’amour, de gratitude et d’allégresse ; un homme qui ne sentirait rien de tout cela devrait trembler.
- La première et la plus sublime naissance est celle du Fils unique engendré par le Père céleste dans l’essence divine, dans la distinction des personnes.
- La seconde naissance fêtée aujourd’hui est celle qui s’accomplit par une mère qui dans sa fécondité garda l’absolue pureté de sa virginale chasteté.
- La troisième est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une bonne âme.
Telles sont les trois naissances qu’on célèbre aujourd’hui par trois messes. »
Jean Tauler, sermon pour la nuit de Noël.

Examinons rapidement les conséquences de ces trois naissances pour nous.

1. L’engendrement éternel du Verbe en Dieu

La première naissance est la plus mystérieuse, celle qui nous échappe radicalement.
Comment décrire avec des Afficher l'image d'originemots humains ce qui appartient à l’essence divine : se partager sans se diviser ? La clé de la naissance du Verbe en Dieu est sans doute l’amour. Un Dieu unique et solitaire pourrait être tout-puissant, créateur, rédempteur comme dans le judaïsme et l’islam, mais il ne pourrait être amour en lui-même. Parce que Dieu est amour, pas seulement pour l’homme mais en lui-même, il suscite une altérité au plus intime de son être. « Engendré non pas créé », le Verbe est de toute éternité le résultat de l’amour qui se donne sans se diviser. Et le mouvement de cet élan mutuel, c’est l’Esprit de Dieu, vivante relation tissant la communion trinitaire.

Quelles conséquences pour nous ?

Puisque nous sommes à l’image de Dieu, l’engendrement éternel du Verbe au nom de l’amour nous pousse à engendrer nous-mêmes, non pas en copiant (c’est impossible !) mais en participant à cet élan de don et de réception dans toutes nos relations humaines. Donner sans contrepartie est le propre du Père. Se recevoir inconditionnellement quoi qu’il arrive est la marque du Fils. Ne pas interrompre cette circulation du donner et du recevoir est le sceau de l’Esprit.

La structure de l’engendrement éternel du Verbe appliqué à l’humain pourrait donc ressembler à une circulation du don, une économie du don comme disent les Pères grecs : demander /donner / recevoir /rendre.

Nous passerons ainsi de la première « naissance » à un système d’échanges économiques où ce qui est échangé n’est pas des biens (argent, richesses, choses matérielles) mais des relations sociales (être alliés, solidaires, pouvoir compter les  uns sur les autres etc.). Rien que pour cela, il serait dommage de fêter Noël à rebours de cette économie du don ! Nos cadeaux ne sont pas là pour nous faire plaisir, ni faire pression ou exiger du donnant-donnant. Les paquets enrubannés sous les sapins témoignent que nous sommes faits pour engendrer et être engendrés,  ainsi que cela se passe au cœur de la Trinité. Les réveillons à côté de la crèche ne seront pas parjures s’ils nourrissent l’affection partagée, la communauté de destin réaffirmée, le désir de faire un tout en restant plusieurs.

2. La naissance historique de Jésus de Nazareth

La deuxième naissance est la plus facile apparemment à percevoir. Le fils né de Marie, dans une mangeoire Afficher l'image d'origine(prémonitoire ! car il est à croquer ce divin enfant qui deviendra pain de vie…) : scène de famille à la rue, hélas familière sur nos écrans de télévision et dans nos villes. Pourtant, ces quelques kilos de chair recèlent une équation impossible : beaucoup verront dans cet homme quelqu’un qui partage une intimité unique avec Dieu. Jésus se révélera à la fois comme entièrement de Dieu, et pleinement humain. Jamais un homme n’aura été aussi proche de Dieu, au point de faire un avec lui. Noël passa inaperçu aux yeux de la société juive de l’époque, car cette double appartenance ne se voyait pas encore. La naissance du Verbe en notre histoire nous appelle ainsi à ouvrir les yeux sur ces commencements obscurs où l’humain et le divin se rencontrent, en des ébauches improbables.

Dans l’art, le désintéressement, la sortie de soi, l’innovation véritable…

Il y a tant de façons pour Dieu de s’incarner !

3. La naissance du Verbe en nous

Cette troisième dimension de Noël est sans aucun doute la plus méconnue des foules de la nuit du 24 décembre. C’est pourtant un thème constant de la spiritualité chrétienne que la mystique rhénane a porté au plus haut. Chacun de nous en effet peut devenir la mère de Jésus, selon sa parole en Mc 3,31 35 : « quiconque fait la volonté de mon père est pour moi un frère, une sœur, une mère ». Les témoignages des Pères de l’Église sur cette maternité spirituelle sont innombrables. Ainsi la lettre à Diognète (III° siècle) se termine en mentionnant « le Logos toujours renaissant dans le cœur des  Saints ».

« Par  Dieu  seul  se  réalise  cette  naissance.  Et  elle  s’accomplit lorsque, comme une mère,  quelqu’un conçoit,  dans  le fond  vivant  de son  cœur,  l’immortalité  de  l’Esprit.  Il enfante  par  suite  sagesse  et justice,  sainteté  et  pureté  intérieure.  Et ainsi  chacun  peut  devenir mère de  Celui  qui,  par essence,  est  tout cela,  ainsi  que le  Seigneur lui-même  l’a dit  :  ‘quiconque  fait  la volonté  de mon  Père  des  cieux, celui-là m’est une mère’ »[1].

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Maître Eckhart a creusé jusqu’à l’incandescence cet appel à engendrer le Verbe au-dedans de soi :

« À la source la plus profonde, je sourds dans l’Esprit Saint ; là n’est plus qu’une vie, qu’un être, qu’une œuvre. Tout ce que Dieu met en œuvre est unité. 

«  Le Père engendre dans l’éternité le Fils, comme son image.  » Le Verbe était auprès de Dieu et Dieu était le Verbe  » : comme le même que lui et de la même nature. Mais je vais plus loin et je dis : il l’a engendré dans mon âme ! [3]C’est pourquoi il m’engendre en tant que son Fils, sans restriction. [2] »

Engendrer le Verbe en nous : qu’est-ce à dire ?

- En se tournant vers Marie, on comprendra davantage ce que cet engendrement demande de confiance (« qu’il me soit fait selon ta parole »), de silence (les neuf mois de Nazareth), de relations à réordonner (cf. la crise avec son fiancé Joseph), de déplacements à opérer (dont celui de Nazareth à Bethléem est le symbole), d’exclusion à traverser (« il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune »).

Former le Christ en nous relève de cette attention maternelle de tous les instants, pour ne pas mettre en danger mais conforter ce début de vie si intime et si différent.

- En se tournant vers le Père, on découvrira sa capacité à se donner qui est l’engendrement véritable. La troisième naissance de Noël, intérieure, nous appelle à nous donner plutôt qu’à donner des choses, des cadeaux, des subsides. À nourrir ce germe de vie divine qui s’émerveille, se reçoit, s’alimente de toute parole venant de Dieu.

Noël résonne ainsi comme notre vocation à devenir le père du Verbe, au sens de l’engendrement éternel de l’amour se communiquant. Noël nous appelle par le même mouvement à devenir la mère du Christ, comme un liquide amniotique est un écosystème où notre vie, notre identité divine puise de quoi grandir, s’épanouir, sortir vers autrui et revenir en Dieu sans jamais le quitter ni se quitter soi-même.

Le Père engendre le Fils, de toute éternité à toute éternité : c’est la première naissance de Noël.
Par amour des hommes, le Verbe est engendré en Marie : c’est la deuxième naissance de Noël.
Par amour de Dieu, je participe à l’engendrement du Verbe en moi : c’est la troisième naissance de Noël.

Que ces trois engendrements transforment notre manière de donner la vie et de la recevoir !


[1] . Saint Grégoire de Nysse, Sur la  Virginité  (2  et 13), P.G. XLVI, 324 B et  380 D.
[2] . Les justes qui se dépouillent totalement deviennent Dieu, sermon 6.
[3] . La grâce divine de l’accomplissement, sur Lc 1,26.

 

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ; ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie.
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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12 octobre 2016

À temps à contretemps

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À temps et à contretemps

Homélie du 29° Dimanche du temps ordinaire / Année C
16/10/2016

Cf. également :

Ne baissez pas les bras !

La grenouille qui ne se décourageait jamais

L’effet saumon

Quand faut-il parler, et quand faut-il se taire ?
Vaut-il mieux compatir ou réagir ?

Devant un ami qui vient de perdre un proche, devant un collègue en souffrance ou un jeune à la dérive, vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions.

Discerner quel est le moment favorable pour une parole forte est un art difficile. Qui n’a jamais regretté d’avoir risqué un encouragement ou un reproche alors qu’il aurait mieux valu attendre ? À l’inverse, ne rien dire ou ne rien faire risque de passer pour de la complicité ou de la lâcheté…

Paul tranche la question avec autorité : « annonce la Parole à temps et à contretemps ». Essayons de voir ce que ce que cela peut vouloir dire pour nous aujourd’hui.

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À temps

Il est des événements, des cultures, des peuples où la Parole de Dieu est attendue, plus ou moins consciemment. La Bible apparaît alors comme un achèvement, une plénitude, un accomplissement. Dans beaucoup d’ethnies africaines par exemple, il y a depuis des siècles une sagesse qui trouve dans les Psaumes, les Proverbes, Qohélet et tous les écrits sapientiaux de l’Ancien Testament une résonance quasi naturelle. Leur conception du monde contient déjà l’intuition d’un dieu créateur. Pour ces cultures, la mort permet de rejoindre les ancêtres. Annoncer la résurrection du Christ et la nôtre dans cet univers est ‘simple’, au sens où la Parole de Dieu s’inscrit dans la continuité et le parachèvement des valeurs traditionnelles.

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Pierres d’attente

Dans notre culture occidentale, et particulièrement française, il y a également des « pierres d’attente » sur lesquels greffer l’annonce de l’espérance chrétienne. Les questions sociales notamment : défendre la dignité des exclus, lier le combat pour la justice et la fraternité à l’Évangile, révéler la beauté de la Création et l’écologie chrétienne qui en découle…

La Doctrine sociale de l’Église est toujours une idée neuve en Europe, qui vient rencontrer et magnifier les attentes de tant d’acteurs économiques et sociaux !

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Semences du Verbe

Annoncer la Parole à temps demande donc de s’appuyer sur ce que les Pères de l’Église appelaient les « semences du Verbe » :

St Justin par exemple dès le II° siècle voyait dans les philosophes une pré-annonce évangélique : « les Stoïciens ont établi en morale des principes justes : les poètes en ont exposé aussi, car la semence du Verbe est innée dans tout le genre humain ». « De fait, tous les écrivains pouvaient, grâce à la semence du Logos implantée en eux, voir la réalité, d’une manière indistincte (…) ». « Tout ce que philosophes et poètes ont dit de l’immortalité de l’âme, des châtiments après la mort, de la contemplation des choses célestes et des doctrines semblables, c’est pour en avoir repris les principes chez les prophètes qu’ils ont pu le concevoir et l’exposer. De là vient que chez tous, apparemment, il y a des semences de vérité… » (Apologie II).

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Le Verbe de Dieu, avant même d’avoir pris chair en Jésus, était mystérieusement à l’œuvre dans les siècles antérieurs, et jusque dans le monde des nations.

Paul VI, puis Jean-Paul II, insisteront sur les conséquences missionnaires de cette action de Dieu dans le monde :

« Les religions non chrétiennes possèdent un patrimoine impressionnant de textes profondément religieux. Elles ont appris à des générations de personnes à prier. Elles sont toutes parsemées d’innombrables « semences du Verbe«  (S. Justin I Apologia 46,1-4 ; II Apologia  7,1-4 ; 10,1-3 ; 13,3-4 ; Clément d’Alexandrie Stromata I, 19,91-94) AGD 11; LG 17 et peuvent constituer une authentique « préparation évangélique«  LG 16  pour reprendre un mot heureux du Concile Vatican II emprunté à Eusèbe de Césarée (Préparation Evangelica, I,1) (Evangelii Nuntiandi n° 53, 1975). »

« À juste titre, les Pères de l’Église voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d’une unique vérité, comme des « semences du Verbe » témoignant que l’aspiration la plus profonde de l’esprit humain est tournée, malgré la diversité des chemins, vers une direction unique, en s’exprimant dans la recherche de Dieu et, en même temps, par l’intermédiaire de la tension vers Dieu, dans la recherche de la dimension totale de l’humanité, c’est-à-dire du sens plénier de la vie humaine (Redemptor Hominis n° 11, 1979). »

 

Préparation évangélique

Afficher l'image d'origineLe concile Vatican II a repris cette idée patristique pour inviter les missionnaires à s’appuyer sur ce qu’il y a de beau, de vrai, de bon et de grand chez les peuples vers qui ils sont envoyés. C’est ce qu’on appelle la préparation évangélique. Les mentalités, les coutumes déjà présentes dans une culture ou un peuple avant que l’Évangile soit annoncé, et qui pourtant sont en parfaite résonance avec lui : « le goût des sciences et la fidélité sans défaillance à la vérité dans les recherches scientifiques, la nécessité de travailler en équipe dans des groupes spécialisés, le sens de la solidarité internationale, la conscience de plus en plus nette de la responsabilité que les savants ont d’aider et même de protéger les hommes, la volonté de procurer à tous les conditions de vie plus favorables, à ceux-là surtout qui sont privés de responsabilité ou qui souffrent d’indigence culturelle. Dans toutes ces valeurs, l’accueil du message évangélique pourra trouver une sorte de préparation, et la charité divine de  celui qui est venu pour sauver le monde la fera aboutir » (GS 57).

« En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » (LG 16).

Dieu « prépare ainsi au cours des siècles la voie à l’évangile » (DV 3).

 

Pour annoncer la parole à temps, commençons donc par nous passionner pour tout ce que la société autour de nous produit d’aspirations légitimes, de justes combats, d’intuitions sur l’homme et sa vocation.
Valorisons ce que le monde professionnel sait produire en termes d’humanisme et d’intelligence.
Relayons les aspirations à plus de gratuité, de beauté et de simplicité qui se font jour actuellement etc. etc.

 

À contretemps

Afficher l'image d'originePaul sait d’expérience que l’annonce de l’Évangile peut susciter autant de résistance que d’enthousiasme, autant de rejet que d’adhésion. Il a pris des risques pour annoncer l’Évangile en osant contredire les dogmes de l’époque, en sachant que cela lui coûterait cher (fouet, prison, décapitation) parce que ses auditeurs n’accepteront pas facilement la révélation évangélique. Il y a en effet en Christ une force de contestation de toute  culture, de toute société : contestation de nos aveuglements, de nos habitudes, de nos modes de vie.

Annoncer la parole à contretemps est alors à un témoignage courageux, qui peut aller jusqu’au martyre.

À contretemps, les chrétiens romains des premiers siècles refuseront d’adorer l’empereur, de pratiquer l’avortement.

À contretemps, les martyrs africains ont dénoncé la corruption de certains royaumes.

À contretemps, alors que l’intelligentsia se laissait fasciner, les papes des XVIII° et XIX°  siècles ont dénoncé le nazisme et le communisme comme des idéologies inhumaines, « intrinsèquement perverses ».

C’est « l’effet saumon » de l’annonce de l’Évangile : oser aller à contre-courant, ne pas se modeler sur le monde présent, contester ce qu’une culture génère d’inhumanité, résister au conformisme ambiant.

 

Demandons à l’Esprit Saint dans la prière la grâce de ce discernement : quand devrai-je parler ? à temps ? à contretemps ?

 

 

 

1ère lecture : « Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort » (Ex 17, 8-13)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. » Josué fit ce que Moïse avait dit : il mena le combat contre les Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

Psaume : Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8

R/ Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. (Ps 120, 2)

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il empêche ton pied de glisser,
qu’il ne dorme pas, ton gardien.
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas,
le gardien d’Israël.

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage,
se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper,
ni la lune, durant la nuit.

Le Seigneur te gardera de tout mal,
il gardera ta vie.
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour,
maintenant, à jamais.

2ème lecture : « Grâce à l’Écriture, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 14 – 4, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris : de cela tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l’as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien.

Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire.

Evangile : « Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui » (Lc 18, 1-8)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Elle est vivante, énergique, la parole de Dieu ; elle juge des intentions et des pensées du cœur.
Alléluia. (cf. He 4, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Patrick BRAUD

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17 décembre 2014

La dilatation du désir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 8 h 01 min

La dilatation du désir


Homélie du 4° Dimanche de l’Avent / Année B
21/12/2014

cf. également :  Laisser le volant à Dieu

 

« Que tout se passe pour moi selon ta parole… » (Lc 1, 26-38)

La dilatation du désir dans Communauté spirituelle 260px-Fra_Angelico_069Marie consent à la parole de Dieu qui lui est adressée.

Elle a d’abord été bouleversée par cette annonce qui ne ressemble à aucune autre, comme le sont souvent les annonces imprévues dans nos vies.

Elle a ensuite présenté loyalement son objection majeure : sa virginité, comme nous opposons souvent à Dieu notre manque de compétences ou nos réticences pour ce qu’il veut faire de nous.

Et finalement, elle consent.

Elle ne dit pas oui en fait dans le texte : c’est plus qu’un détail. Elle ne dit pas oui, mais « fiat » : « que tout se passe pour moi selon ta parole ». Dire oui aurait pu laisser croire qu’elle comprenait ce qui se passait et allait tout prendre en main. Il n’en est rien. Elle est loin de tout comprendre ; elle ne maîtrise rien. Mais elle agrandit son désir à la taille du désir de Dieu pour elle : « que tout se passe pour moi selon ta parole ».

Et du coup, parce que la Parole de Dieu est efficace, cette parole prend chair aussitôt en elle.

Parce que en Dieu la Parole et la Chair ne sont pas séparées, la chair elle-même de Marie s’élargit, sans le savoir encore, pour accueillir le Verbe de Dieu en son sein.

Dilater notre désir jusqu’au désir de Dieu a des répercussions sur tout notre être, notre chair même.

Le 4° Dimanche de l’Avent agrandit encore donc notre présent à tous les possibles qu’il contient. À l’image de Marie, dont le subjonctif indique l’élargissement de son corps, de son désir, de tout son être : « Que tout se passe pour moi selon ta parole ».

La Bible devient Parole de Dieu pour nous lorsqu’elle agrandit nos souhaits à l’immensité du souhait de Dieu pour nous…

 

« Que tout se passe pour moi selon ta parole… »

vierge-annonciation Annonciation dans Communauté spirituelleCe subjonctif exprime encore plus qu’un souhait : c’est un élargissement de notre désir le plus vrai, c’est une dilatation du cœur, c’est un puits creusé pour agrandir la soif, c’est une réorientation fondamentale de l’envie de vivre.

« Donne-moi quelqu’un qui aime, et il comprend ce que je dis » écrit saint Augustin.

« Donne-moi quelqu’un qui désire, qui a faim, donne-moi un homme qui voyage dans ce désert, qui a soif, qui soupire après la source de l’éternelle patrie, donne-moi un tel homme, et il comprend ce que je dis. Si je parle à un homme insensible, il ne sait pas de quoi je parle. Montre un rameau vert à une brebis et tu l’attires ; présente des noix à un enfant et il est attiré, il est attiré parce qu’il aime : c’est par la chaîne du cœur qu’il est attiré ».

 « Ne t’imagines pas que tu es attiré malgré toi : c’est par l’amour que l’âme est attirée ».
(Commentaire sur l’Évangile de Jean 26, 4-6).

 

« Que tout se passe pour moi selon ta parole… »

Marie, icône de l’Église, consent à la conversion de son désir.

En réponse à la Parole de Dieu qui lui est adressée, elle s’ouvre ainsi à tous les possibles que l’Esprit va engendrer en elle…

Comme l’écrit encore le génial Augustin, il s’agit d’élargir les aspirations de notre cœur à « plus haut », « plus vrai » que nos ambitions ordinaires :

« Toute la vie du chrétien est un saint désir.
Sans doute, ce que tu désires, tu ne le vois pas encore : mais en le désirant tu deviens capable d’être comblé lorsque viendra ce que tu dois voir.
Supposons que vous vouliez remplir une sorte de poche, et que vous sachiez les grandes dimensions de ce qu’on va vous donner. Vous élargissez cette poche, que ce soit un sac, une outre ou n’importe quoi de ce genre. Vous savez l’importance de ce que vous allez y mettre, et vous voyez que la poche est trop resserrée : en l’élargissant, vous augmentez sa capacité.
C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir.
En faisant désirer, il élargit l’âme ;
en l’élargissant, il augmente sa capacité de recevoir.

Nous devons donc désirer, mes frères, parce que nous allons être comblés. (…)

 

Et nous ? À l’approche de Noël, où en sommes-nous de cet élargissement de nos désirs ?

Allons-nous laisser la Parole convertir notre énergie la plus secrète ?

Ou resterons-nous englués dans de petites envies superficielles qui rétrécissent notre soif de vivre au lieu de la dilater à l’extrême ?

Les enfants auront les yeux rivés sur les tablettes spécialement conçues pour eux, les ados sur les dernières consoles de jeux… ; les adultes sur les écrans incurvés 4K 1000 Hz…

En s’élevant un peu, on se mettra à rêver d’une famille enfin réunie autour de la table de Noël, et en paix.

Certains se demanderont s’ils n’ont pas faim d’autre chose que d’accumuler des biens matériels ou de continuer sur des rails bien tracés.

D’autres, à cause de la crise ou de difficultés personnelles, devront réorienter leur vie radicalement.

 

 Augustin 


À tous, la Parole de Dieu transmise par Gabriel s’adresse, bouleversante :
veux-tu engendrer de nouveaux possibles ? Acceptes-tu d’élargir ton désir bien au-delà de tes horizons immédiats ?’

 

Pour chacun, la réponse de Marie peut devenir votre réponse : « Que tout se passe pour moi selon ta parole… »

 

 

1ère lecture : La royauté de David subsistera toujours devant le Seigneur (2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16)
Lecture du deuxième livre de Samuel  

Le roi David habitait enfin dans sa maison.  Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité  en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient.  Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre,  et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! »  Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire,  fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là,  la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David :  Ainsi parle le Seigneur :  Est-ce toi qui me bâtiras une maison  pour que j’y habite ?  C’est moi qui t’ai pris au pâturage,  derrière le troupeau,  pour que tu sois le chef de mon peuple Israël.  J’ai été avec toi partout où tu es allé,  j’ai abattu devant toi tous tes ennemis.  Je t’ai fait un nom aussi grand  que celui des plus grands de la terre.  Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël,  je l’y planterai, il s’y établira  et ne tremblera plus,  et les méchants ne viendront plus l’humilier,  comme ils l’ont fait autrefois,  depuis le jour où j’ai institué des juges  pour conduire mon peuple Israël.  Oui, je t’ai accordé la tranquillité  en te délivrant de tous tes ennemis.   Le Seigneur t’annonce  qu’il te fera lui-même une maison.  Quand tes jours seront accomplis  et que tu reposeras auprès de tes pères,  je te susciterai dans ta descendance un successeur,  qui naîtra de toi,  et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ;  et lui sera pour moi un fils.  Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi,  ton trône sera stable pour toujours. »

Parole du Seigneur.

Psaume : 88 (89), 2-3, 4-5, 27.29
R/ Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante ! cf. 88, 2a

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.

Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

« Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours,
je te bâtis un trône pour la suite des âges. »

« Il me dira : ‘Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut !’
Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. »

 

2ème lecture : Le mystère gardé depuis toujours dans le silence est maintenant manifesté (Rm 16, 25-27)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, à Celui qui peut vous rendre forts  selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ : révélation d’un mystère  gardé depuis toujours dans le silence,  mystère maintenant manifesté  au moyen des écrits prophétiques,  selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations  pour les amener à l’obéissance de la foi, à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus-Christ,  à lui la gloire pour les siècles. Amen.

Parole du Seigneur.

 

Évangile : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils » (Lc 1, 26-38)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Alléluia.  (Lc 1, 38)  Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu  dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,  à une jeune fille vierge,  accordée en mariage à un homme de la maison de David,  appelé Joseph ;  et le nom de la jeune fille était Marie.  L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée,  et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.  L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie,  car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.  Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;  tu lui donneras le nom de Jésus.  Il sera grand,  il sera appelé Fils du Très-Haut ;  le Seigneur Dieu  lui donnera le trône de David son père ;  il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,  et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire,  puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi,  et la puissance du Très-Haut  te prendra sous son ombre ;  c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,  il sera appelé Fils de Dieu.  Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente,  a conçu, elle aussi, un fils  et en est à son sixième mois,  alors qu’on l’appelait la femme stérile.  Car rien n’est impossible à Dieu. »  Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ;  que tout m’advienne selon ta parole. »  Alors l’ange la quitta.
Patrick BRAUD

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