L'homélie du dimanche (prochain)

12 avril 2026

Ces décompositions qui nous travaillent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ces décompositions qui nous travaillent

 

Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques / Année A 

19/04/26 


Cf. également :
Emmaüs : une catéchèse de cheminement
Et nous qui espérions…
Le courage pascal
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Le premier cri de l’Église
La grâce de l’hospitalité

 

1. L’image du fondeur

Ces décompositions qui nous travaillent dans Communauté spirituelle AdobeStock_39664366« Quand vous voyez une statue d’or qui a été souillée par la rouille ou dont la forme a été défigurée par le temps, que fait l’artiste ? Il ne la laisse pas ainsi, mais il la jette dans la fournaise pour qu’elle y soit fondue. Il la réduit en liquide, il détruit sa forme actuelle, mais ce n’est pas pour l’anéantir, c’est pour la faire ressortir de la fournaise plus brillante, plus pure et plus magnifique qu’auparavant.

Il en est de même pour notre corps. Dieu ne permet pas que nous mourions et que nous retournions à la poussière pour nous perdre, mais pour nous purifier de la rouille du péché. La mort est cette fournaise où le corps est « fondu » afin qu’au jour de la résurrection, il reprenne sa forme, non plus corruptible et fragile, mais éclatante et immortelle. » (St Jean Chrysostome, Homélie 11 sur les Statues, §2)

 

« Tu ne peux m’abandonner à la mort  ni laisser ton saint (חָסִיד en hébreu, ὅσιος en grec) voir la corruption » (Ps 15,10). Pour Chrysostome, le saint du psaume Ps 15 est bien Jésus en personne : son corps humain est comme une statue d’or parfaitement pure, sans aucune rouille (péché). Il n’a donc pas besoin d’être fondu, c’est-à-dire de subir la décomposition du  cadavre. Il est passé par la mort, mais son corps est demeuré intact car il n’y avait rien à purifier en lui.

Le psaume 15 de ce dimanche annonce la victoire finale de la vie sur la mort. Le Christ l’a vécu immédiatement, car il était entièrement pur. Nous, notre ‘or’ (notre nature humaine) est mélangé à la rouille de nos péchés.

Notre corps subira la décomposition. Qu’l soient incinéré et dispersé dans le jardin du souvenir ou recueilli dans une urne funéraire, ou qu’il soit enfermé dans un cercueil, les molécules de notre chair, de nos os, de nos tissus retourneront à la terre, et seront recyclées dans l’immense mélange énergie-matière de l’univers… 

Alors, à quoi nous sert que le corps du Christ n’ait pas connu la décomposition puisque c’est de toute façon le sort qui nous attend ?

 

C’est par l’union au corps du Christ que nous espérons traverser les dégradations qui nous  travaillent déjà. Et tout particulièrement dans l’eucharistie, qu’Ignace d’Antioche appelait « remède d’immortalité »

« rompant un même pain qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ, pour toujours » (Éphésiens XX,2)

 

Inscription de Pectorius (Autun)Une très ancienne inscription grecque (dite ‘de Pectorius’) de la fin du II° siècle, découverte en 1839 à Autun, comporte le symbole du poisson Ictus (Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur). C’est ce poisson que les chrétiens doivent manger et boire. Ce nom a une efficacité sur la mort; il est dit être « source immortelle des eaux divines ». La nourriture eucharistique prise durant la vie terrestre est gage d’immortalité. Cette inscription gravée sur la pierre d’un tombeau atteste de l’espérance en la résurrection, célébrée dans l’eucharistie.

 

Comme le chante la divine liturgie de St Jean Chrysostome : « Prenez le corps du Christ, et buvez à cette boisson d’immortalité ». Chaque fois que nous livrons notre vie en vérité pour les autres avec le Christ, nous entrons un peu plus dans cette vie éternelle, nous construisons notre corps de résurrection, nous préparons la Venue définitive du Seigneur dans la gloire, selon le mot de St Paul : « chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11,27).

 

Notre psaume 15 d’aujourd’hui tient une place particulière dans l’apologétique des Apôtres : ils l’utilisent pour démontrer aux juifs que la résurrection du Christ accomplit pleinement les Écritures. Pierre cite textuellement le texte du psaume pour montrer que c’est bien de Jésus il est question, puisque David lui est bel et bien mort et enterré, et que son corps a connu la décomposition : 

« En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton saint voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence

christian-cross-nature-scaled mort dans Communauté spirituelleFrères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption » (Ac 2,25-31).

 

Paul utilise exactement la même structure argumentaire pour montrer que la résurrection est comme la signature du Père en bas de l’œuvre de Jésus : il ratifie tout ce qu’a été, fait et dit Jésus en ne l’abandonnant pas dans la mort où se dissolvent les chairs et les liens qui nous unissent :

« C’est pourquoi celui-ci dit dans un autre psaume : Tu donneras à ton fidèle de ne pas voir la corruption. En effet, David, après avoir, pour sa génération, servi le dessein de Dieu, s’endormit dans la mort, fut déposé auprès de ses pères et il a vu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n’a pas vu la corruption » (Ac 13,35–37).

 

2. La corruption purificatrice

Reprenant le fil de l’image du fondeur de Chrysostome, plusieurs théologiens ont développé ce thème de la refonte, du reforgeage de notre humanité à travers ce qui pourtant semble la décomposer.

  • La douleur bénie (Ratzinger)

Ainsi Joseph Ratzinger (le futur Benoît XVI) y a consacré un chapitre entier de son ouvrage de référence : Eschatologie : mort et vie éternelle, publié en 1977, mais qui reste la base de son enseignement papal sur le sujet. Il s’appuie précisément sur l’exégèse du psaume 15.

Ratzinger explique que si le Christ ne voit pas la corruption, c’est parce qu’en lui, la Vie est identique à son Être. Pour nous, la résurrection n’est pas un « miracle magique » qui survient à la fin, mais une conséquence de notre union à Lui.

« La résurrection n’est pas un simple retour à la vie biologique, mais la victoire de l’Amour sur la mort. Parce que le Christ est « un » avec Dieu, il ne peut tomber dans le néant. En étant unis à Lui par la foi, nous entrons dans cet espace d’invulnérabilité » (ch. 6).

corps en décomposition cercueilLa décomposition corporelle est ainsi une métamorphose : la mort physique (la fonte du vase chez Chrysostome) est le moment où l’homme perd son support matériel qui retourne à  l’univers, mais son identité relationnelle est ancrée Christ, qui en assume la continuité en Dieu à travers la mort.

« Le Psalmiste pressent que l’amitié avec Dieu ne peut pas s’arrêter à la tombe. Si Dieu est fidèle, Il ne peut abandonner son ami au Shéol. Le Christ réalise ce pressentiment de manière absolue. Nous, nous le réalisons « en Lui » ».

 

La vraie matière de notre être n’est pas l’amas de cellules sans cesse changeant qui constitue notre corps, mais l’ensemble des relations de communion qui nous unissent à Dieu, aux autres, par le Christ, avec lui et en lui. Toutes ces relations d’amour, d’amitié, de solidarité authentiquement vécues nous greffent en Christ. Nous sommes ainsi en quelque sorte ‘sauvegardés’ dans la mémoire de Dieu, en qui nos relations essentielles demeurent, nouvelle « matière » à partir de laquelle Dieu pourra recréer la vie aussi sûrement qu’il l’a déjà fait en Jésus le Christ. Ratzinger parle alors de « douleur bénie » pour caractériser la métamorphose s’opère ainsi avec la destruction des scories du péché en nous :

« Certains théologiens récents sont d’avis que le feu qui brûle et qui sauve en même temps est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard, toute fausseté s’évanouit. C’est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes.

Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, pur orgueil, et s’écrouler. Mais dans la douleur de cette rencontre, où ce qui est impur et malsain en nous devient manifeste, se trouve le salut. Son regard, le battement de son cœur nous guérissent par une transformation certainement douloureuse, « comme par le feu » ».

 

Pour Benoît XVI, la « décomposition » n’est pas seulement un phénomène biologique, c’est l’image de ce qui se passe spirituellement. Notre « Moi » qui s’écroule : comme le vase de Chrysostome qui doit être brisé, notre ego, nos fausses sécurités et notre « rouille » (le péché) doivent être détruits. La mort physique est la manifestation ultime de cet écroulement nécessaire.

Le pape ne nie pas que la mort et la corruption soient douloureuses. Mais il affirme que c’est une « douleur bénie ». Pourquoi ? Parce qu’elle nous « libère pour nous permettre de devenir vraiment nous-mêmes ».

En regardant le Christ du Psaume 15 (celui qui n’a pas connu la corruption), nous voyons ce que nous allons devenir. Sa pureté « brûle » ce qui est impur en nous pour que notre chair puisse, elle aussi, « reposer dans l’espérance ».

Ce que le Psaume 15 dit du Christ (l’immortalité immédiate), Benoît XVI l’applique à nous sous la forme d’une immortalité donnée au travers d’une épreuve purificatrice. La décomposition du corps est le « feu » qui prépare la résurrection : « Mourir, c’est tomber dans les mains de Dieu ».

C’est une lecture pleine d’espérance : la fin de notre corps biologique n’est pas un échec, mais le « nettoyage » final opéré par l’amour de Dieu pour que nous puissions entrer dans la « plénitude de joie » promise au verset 11 du psaume : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! »

 

  • La brûlure joyeuse (Varillon)

Le Père François Varillon (1905-1978), jésuite et grand pédagogue de la foi, a renouvelé la vision du Purgatoire en l’éloignant de l’imagerie d’une « prison » ou d’une « chambre de torture » pour en faire une étape de maturation amoureuse.

Pour lui, la « décomposition » du vieil homme est la condition de l’éclosion de l’homme nouveau. 

Jérôme BoschIl rejette l’idée d’une peine infligée par Dieu. Pour lui, la douleur du Purgatoire naît de la rencontre entre notre impureté et l’Amour absolu.

« Le purgatoire n’est pas une peine infligée du dehors par un juge irrité ; c’est la souffrance même de l’amour qui se sent indigne de l’Objet aimé. C’est la souffrance de ne pas aimer assez » (L’Abrégé de la foi).

Il développe alors la métaphore de la « Brûlure Joyeuse ». Rejoignant l’image du « fondeur » de Chrysostome, Varillon explique que cette brûlure est désirée par l’âme, car elle est libératrice.

« C’est une souffrance joyeuse, parce que c’est une souffrance qui guérit. L’âme, en présence de Dieu, voit ses propres scories, ses égoïsmes, ses refus de don. Elle veut alors en être délivrée. Le feu du purgatoire, c’est le feu de l’Esprit Saint qui brûle en nous ce qui n’est pas amour ».

La mort est l’instant où l’on est enfin placé devant la Vérité de notre être. La « corruption » des fausses apparences est nécessaire pour que la « chair » (notre identité profonde) repose vraiment en Dieu, comme le dit le Psaume 15.

« Le purgatoire, c’est l’achèvement de notre liberté. C’est le temps — qui n’est plus du temps chronologique — où l’homme liquide ses derniers refus pour s’ouvrir totalement à l’Invasion divine »

La mort est la transformation qui nous permet de « devenir ce que l’on est ».

 

Si l’on relit le Psaume 15 à la lumière de Varillon, le verset « Tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption » prend une dimension existentielle pour nous : le Christ est celui en qui l’Amour était total : aucune « scorie » à brûler, donc pas de « purgatoire » (pas de corruption). Pour nous, la corruption biologique et spirituelle est le processus par lequel Dieu « nettoie » notre capacité d’aimer.

 « Dieu ne nous juge pas, Il nous illumine. Et cette illumination est, par elle-même, une purification. »

 

3. Nos corruptions anticipées

Comment cela peut-il nous aider à traverser les « corruptions », les décompositions qui nous travaillent tout au long de notre existence ? 

C’est ici que la théologie rejoint la psychologie et le vécu quotidien. Les « petites morts » que nous subissons — deuils, échecs, vieillissement, trahisons, maladies — sont ce que les Pères et les théologiens comme Varillon appellent des « corruptions anticipées ».

Traverser ces épreuves avec le Psaume 15 et la vision de la « fonte du vase » change radicalement notre regard sur la dégradation que subit notre corps et tout notre être. 

Voici comment cela peut devenir un levier de vie :


- Ne plus voir la « perte » comme un anéantissement

L’image du vase de Chrysostome nous dit que pour être restauré, il faut parfois accepter d’être « déconstruit ». Quand une partie de notre vie s’effondre (un projet, une relation, une capacité physique), nous avons l’impression de disparaître. La foi nous suggère que ce n’est pas une destruction, mais un reforgeage. Ce qui « pourrit » ou s’en va, c’est souvent ce qui faisait obstacle à une version plus profonde et plus vraie de nous-mêmes. C’est la « rouille » qui s’en va pour laisser l’or apparaître.

 

- Vivre le « dépouillement » comme une libération 

Se laisser dépouiller, comme un oignon qu'on épluche...François Varillon insistait sur le fait que nous passons notre vie à construire des « moi » de rechange (notre image sociale, nos possessions, notre orgueil). Ces couches sont ce qui subira la corruption. En acceptant les renoncements successifs de l’existence, nous pratiquons notre « purgatoire » par avance, comme un oignon que l’on épluche en enlevant les pelures successives… Chaque « décomposition » d’une fausse sécurité ou d’une fausse réussite nous rapproche de la « part d’héritage » du Psaume 15 : Dieu seul.
« On ne possède vraiment que ce que l’on a accepté de perdre par amour » (Varillon).

 

- L’espérance comme « poids de gloire »

Le verset 9 du Psaume 15 dit : « ma chair elle-même repose en confiance ». Le mot hébreu  traduit ici par confiance (בֶּ֫טַח) suggère une attente confiante, en toute sécurité, pas un souhait incertain. C’est cette confiance que nous pouvons apprendre en vieillissant, ou en combattant la maladie. Dans la maladie ou la vieillesse, le corps semble nous trahir. Nous pouvons le laisser « reposer en Dieu », anticipant notre mise au tombeau confiante…

Regarder sa propre « décomposition » biologique ou morale non comme un gouffre, mais comme une germination, est le chemin que la foi trace en nous pour transfigurer ces décompositions qui nous travaillent. Saint Paul disait : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4,16). Le Psaume 15 nous assure que le « Saint » (le Christ) est déjà de l’autre côté de la rive et qu’il tient notre main droite (v.8).

 

Relisons cette semaine le psaume 15 de ce dimanche, afin que notre prière y puise le courage de consentir aux pertes inévitables que la vie nous impose :

 

Prière d’Abandon au Fondeur

Seigneur Jésus, Toi le Saint qui n’as pas connu la corruption, 

Toi dont la chair, au matin de Pâques, a resplendi d’une vie nouvelle, 

Tourne ton regard de lumière vers notre humanité fragile.

 

Hans-Op-de-Beeck-My-bed-a-raft-2019-©-SABAM-Belgium-2025-Studio-Hans-Op-de-Beeck_bewerkt-1024x683 pasaumeQuand nos forces s’épuisent et que nos corps nous trahissent, 

Quand la décomposition du doute ou de l’âge travaille nos cœurs, 

Accorde-nous la grâce de ne pas céder à l’effroi. 

Donne-nous de voir, au-delà de la poussière qui retombe, 

La main du divin Potier qui nous refaçonne avec amour.

 

Seigneur, nous t’offrons nos « petites morts » quotidiennes : 

Nos renoncements, nos échecs et nos dépouillements. 

Fais-en une brûlure joyeuse, un feu qui purifie la rouille de notre orgueil, 

Pour que l’or de notre âme, lavé de tout égoïsme, 

Brille enfin de ton éclatante clarté.

 

Apprends-nous à poser notre chair dans l’espérance, 

Non comme celui qui perd tout, mais comme celui qui sème pour l’éternité. 

Que ta présence à notre droite nous garde inébranlables, 

Afin que, traversant l’épreuve de la transformation, 

Nous parvenions, avec Toi, sur le chemin de la Vie, 

Là où la joie est plénitude, là où les délices sont éternels.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche :il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

PSAUME

(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)
R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

ÉVANGILE
« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

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19 mai 2024

Trinité : le triangle amoureux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Trinité : le triangle amoureux

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année B 

26/05/24

 

Cf. également :

Trinité : quelle sera votre porte d’entrée ?
La structure trinitaire de l’eucharistie
La Trinité est notre programme social
Trinité économique, Trinité immanente
Les trois vertus trinitaires
Vivre de la Trinité en nous
La Trinité, icône de notre humanité
L’Esprit, vérité graduelle
Trinité : Distinguer pour mieux unir
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Les bonheurs de Sophie
Trinité : au commencement est la relation
La Trinité en actes : le geste de paix
La Trinité et nous

 

Dieu triangle

Les superstitionsPourquoi tant de gens ont-ils peur de passer sous une échelle ? Pourquoi est-ce la même forme géométrique qui signale sur les panneaux de la route un danger, une sortie d’école, un chantier, un risque de chute de pierres, une sortie fréquente de camions ou de sangliers… ?

Plusieurs explications sont avancées par les spécialistes [1]. La plus fréquente fait référence à la Trinité, symbolisée par un triangle. Passer sous une échelle c’est entrer à l’intérieur du triangle divin, ce qui résonnait au Moyen Âge comme une profanation, susceptible d’attirer le malheur sur celui qui oserait s’y risquer. Passer sous l’échelle, c’est entrer en Dieu et « nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20). Dangereux ! On se souvenait également que les condamnés à la pendaison passaient sous l’échelle du gibet avant de glisser leur cou  dans le nœud coulant. Passer sous l’échelle était là encore une annonce de malheur. La symbolique de l’échelle était encore associée à celle du Golgotha que les soldats ont adossée à la croix du Christ afin de le hisser pour le crucifier, puis pour le descendre. Poser une échelle était donc associé à l’image de la trahison de Judas et la mort de Jésus. Du coup, l’allusion du triangle à la mort s’est généralisée sur nos panneaux routiers, signalant les multiples dangers qui nous menacent.

 

Pourtant, fondamentalement, le triangle est une figure éminemment symbolique et positive dans la culture occidentale. Sans doute parce que, très tôt, les réflexions sur la Trinité que nous fêtons ce dimanche ont puisé dans le triangle une métaphore particulièrement bien adaptée, et simple à comprendre. Un triangle ne fait qu’un alors qu’il a 3 côtés distincts. Mieux : un triangle équilatéral affiche l’égalité entre ses 3 branches inséparables. Facile d’y voir l’image du Père, du Fils et de l’Esprit intimement liés les uns aux autres sans pourtant se confondre l’un avec l’autre, et ne formant qu’un. Les 3 personnes divines sont unies « sans séparation ni confusion », selon le vieil adage christologique qui s’appliquait déjà aux deux natures du Christ, l’humaine et la divine.

Comme par ailleurs le triangle est un élément incontournable en architecture, on le retrouve partout, sur le fronton de nos églises, de nos tableaux de peinture, de nos symboles religieux. Les francs-maçons, du moins ceux qui croient au Grand Architecte, l’ont gardé en souvenir, avec l’œil au centre pour évoquer leur conception du salut par la connaissance : Dieu connaît tout, et tout connaître rend pareil à Dieu.

 

triangle, instrument de musiqueSi l’on est mélomane, on peut méditer sur la Trinité à partir du petit instrument de musique qui s’appelle justement triangle, le plus humble de tous les instruments du mastodonte orchestre symphonique au grand complet.

En effet, le son ne se propage dans le triangle et au-delà que si chaque branche vibre sans retenir la vibration pour elle-même, mais en la communiquant aux deux autres. Chaque branche du triangle reçoit la vibration des deux autres et leur transmet en même temps. Ce faisant, le triangle fait résonner sa note claire et limpide au-delà de lui-même. Cette circulation du son musical à l’intérieur du triangle fait irrésistiblement penser à la périchorèse trinitaire, cette rotation, cette danse-autour (en grec) qui caractérise la circulation de l’amour en Dieu, cette circumincessio (se tenir autour ensemble, en latin) qui fait du mouvement la substance divine. Saint Thomas d’Aquin ne disait-il pas qu’« en Dieu la relation est substantielle » ? Il n’y a de notes émises par le triangle que si le son circule sans entraves autour de ses 3 branches.

Par nature, ce son se diffuse à toute la salle de concert, comme l’amour de Dieu se diffuse à toute sa Création, « naturellement ». « Bonum diffusuvum sui », écrivait encore saint Thomas d’Aquin. La nature du Bien/Bon est de se diffuser, de se communiquer lui-même, sans calcul, gratuitement, sans nécessité, sans condition.

 

D’ailleurs, le triangle de l’orchestre symphonique n’est pas clos sur lui-même : il a cette petite ouverture, ce vide, ce sommet manquant qui est comme un appel à prendre notre place dans cette circulation trinitaire. Sans cette ouverture, la diffusion du son est étouffée. Avec elle, avec ce manque inscrit dans la structure du triangle, la communication du son est assurée pour tout l’entourage. Telle une circoncision du cœur ouvert à l’autre, l’ouverture du triangle manifeste l’auto-communication de Dieu, qui fait partie de sa nature même. Il faut donc oser affirmer qu’en Dieu Trinité il y a une brèche, une faille, une ouverture, un manque, depuis que sa Création a surgi de son amour. Grâce au philosophe juif Emmanuel Levinas, nous savons que la totalité (être sans failles) est diabolique, alors que l’infini (de la circulation de l’amour) est divin [2]. Un dieu qui n’est qu’Un comme celui de l’islam est une totalité enclose sur elle-même, et cela engendre une société/religion totalitaire. Un Dieu ‘circoncis’ fait circuler l’amour à l’infini, en lui et hors de lui, et cela engendre (normalement !) une société/religion ouverte.

 

Rappelez-vous : la Trinité économique n’est pas différente de la Trinité immanente. C’est le même son qui circule dans les 3 branches du triangle pour lui-même et dans la salle de concert pour les auditeurs ravis.

 

La Trinité, source et sommet de tout amour humain

Le concile Vatican II a parlé de l’eucharistie comme « source et sommet de la vie chrétienne » (LG 11). C’est le mouvement trinitaire : se recevoir pour se donner, sans cesse. En définissant le mariage comme un sacrement, les Églises catholiques et orthodoxes affirment que l’amour humain est un signe privilégié, efficace, pour contempler l’amour trinitaire à l’œuvre. Car l’amour humain prend sa source en Dieu, et y ramène. En contemplant Dieu Trinité, l’homme et la femme apprennent à s’aimer. En s’aimant, à la manière trinitaire, ils deviennent une icône de l’amour divin. Si bien que l’on peut transposer de l’eucharistie à la Trinité la phrase de Vatican II : la Trinité est bien source et sommet de tout amour humain.

 

On est bien loin de l’amour fusionnel qui continue de faire des ravages ! « Être un couple, c’est ne faire qu’un. Oui mais lequel ? » Cette boutade d’Oscar Wilde [3] exprime la difficulté de conjuguer la communion et l’altérité. L’amour suppose l’autre (hetero en grec) et le promeut comme tel. l’égoïsme promeut le même (homo en grec), quitte à absorber l’autre.

 

Laissons au jésuite François Varillon, qui a écrit des pages incandescentes à ce sujet, le dernier mot sur ce triangle amoureux qui n’a rien à voir avec celui du théâtre de boulevard !

 

La Trinité réalise parfaitement le vœu de l’amour

François Varillon Joie de croire joie de vivreC’est d’amour qu’il s’agit. On risque d’errer quand on cherche l’intelligence du mystère de Dieu par d’autres voies que celle de l’amour. Il nous faut réfléchir à partir de l’expérience humaine de l’amour et à partir de la déception que, tous, plus ou moins, nous expérimentons dans l’amour.

En effet, quel est le vœu profond de l’amour que nous vivons dans le mariage, l’amour fraternel ou filial, l’amitié ou la vie de communauté ? Le vœu de l’amour est de devenir l’autre, tout en restant moi, de telle sorte que l’autre et moi, nous ne soyons pas seulement amis mais que nous soyons véritablement un. L’expérience humaine de l’amour est joie et souffrance mêlées. Joie prodigieuse de dire à celui ou à celle que l’on aime : toi et moi, nous ne sommes pas deux, mais un. Souffrance d’être obligé de reconnaître qu’en disant cela, on dit, non pas ce qui est, mais ce que l’on voudrait qu’il soit et qui ne peut pas être. Car si l’aimant et l’aimé n’étaient plus deux, il n’y aurait plus d’autre, et, du coup, l’amour serait aboli. Comme disent les braves gens, pour aimer, il faut être deux.

Écoutez dialoguer deux personnages de Gabriel Marcel dans ‘Le cœur des autres’ : « Toi et moi, dit Daniel à sa femme, nous ne sommes pas deux ». Sa femme, qui est une fine mouche, répond : « C’est justement ce qui m’effraie quelquefois ; tu n’as jamais l’air de me considérer comme quelqu’un d’autre. Quand on est plus qu’un seul… comment expliquer cela ? On ne se donne plus rien… et c’est terrible, parce que cela peut devenir un prétexte pour ne penser plus qu’à soi ». Si toi et moi nous ne faisons qu’un, nous nous aimons nous-même. Mais l’amour de soi n’est pas l’amour, il est complaisance en soi, il n’est pas don ni accueil.

L’amour veut à la fois la distinction et l’unité. Dans la condition humaine, ce vœu profond : être non seulement uni à l’autre mais un avec lui, tout en restant soit, est incoercible et irréalisable. C’est pourquoi nul n’entre sans souffrance au royaume de l’amour. Mais en Dieu, le vœu de l’amour est éternellement exaucé : c’est le mystère même de la Trinité. Le Père, le Fils et le Saint Esprit se distinguent réellement l’un de l’autre, de telle sorte qu’aucune confusion ne soit possible : le Père ne disparaît pas dans le Fils, le Fils ne disparaît pas dans le Père, le Père et le Fils ne disparaissent pas dans le Saint Esprit. Ils sont un, tout en étant parfaitement distincts.

La Trinité, ce n’est pas trois personnes juxtaposées mais trois générosités qui se donnent l’une à l’autre en plénitude. Chacune des trois personnes n’est elle-même qu’en étant pour les deux autres. Le Père n’existe comme Père distinct du Fils qu’en se donnant tout entier au Fils ; le Fils n’existe comme fils distinct du Père qu’en étant tout entier élan d’amour pour le Père. Le Père n’existe pas d’abord comme personne constituée en elle-même et pour elle-même : c’est l’acte d’engendrer le Fils qui le constitue personne. S’il n’y avait pas le Fils, il ne serait pas Père, c’est bien évident. Chaque personne n’est soit qu’en étant hors de soi. Elle est posée dans l’être en étant posée dans l’autre. Dans le Père, dans le Fils, dans le Saint Esprit, il y a impossibilité absolue du moindre repliement sur soi. Dieu ne fait pas « attention à soi », comme l’écrivait Maurice Zundel.

 

Trois personnes en un seul Dieu

La Sainte Trinité (2) : branchez-vous sur un courant d’amourPourquoi 3 personnes (et non pas 4 ou 10, comme le demandait le philosophe Kant) ? 

On peut proposer deux approches du mystère de l’Esprit Saint. 

La première à partir de l’exigence de réciprocité, essentielle à la perfection de l’amour. Dans l’amour humain, cette réciprocité, nous ne la percevons que par le truchement des signes ; en elle-même, elle échappe à ceux qui s’aiment. « Je t’aime, toi, ma femme et je vois que tu m’aimes par les mots que tu me dis, par les gestes que tu fais, par ton comportement envers moi. Mais je ne vois pas ton amour lui-même. D’où ma souffrance, cette tentation du doute, à certaines heures, quand ces mots, ces gestes, ce comportement semblent moins ardents, moins spontanés. Si je voyais l’amour, ces fluctuations n’existeraient pas, mais je ne vois que les signes. C’est pour cela qu’il y a en moi ce violent désir de connaître ton amour autrement que par ses signes, dont la présence m’enchante et fait mon bonheur, mais dont la diminution me meurtrit et dont l’absence me désespère ». Saint-Augustin a écrit là-dessus une de ces phrases amies de la mémoire dont il avait le génie : « elle le voit, il la voit, personne ne voit l’amour ».

Dans la Trinité, où la réciprocité est parfaite, l’amour lui-même est une personne, le Saint Esprit : amour du Père pour le Fils, amour du Fils pour le Père. Baiser commun, si l’on veut. La réciprocité de l’amour faite personne, au sens où nous pourrions dire : Mozart est la musique faite homme. L’amour est vécu en plénitude : il y a l’aimant, l’aimé et l’amour. L’aimant est aimé, l’aimé est aimant et l’amour est le dynamisme de cet élan par lequel les deux ne sont plus qu’un, tout en étant distincts.

 

Une autre approche de ce mystère de la troisième personne peut être tentée à partir de l’exigence de pureté, essentielle elle aussi, à la perfection de l’amour. J’entends par pureté l’exclusion de tout égoïsme, de tout avoir. En Dieu, il n’y a pas de trace de propriété de soi-même, car l’amour ne peut pas être propriétaire. S’il n’y avait pas de troisième personne, le Père trouverait dans le Fils, et le Fils dans le Père, une possession de soi. L’autre serait pour chacun une projection de soi, une extension de soi. Un peu comme un père de famille qui vraiment se serait sacrifié pour son fils, lui aurait tout donné ; quand il contemple son fils, il se retrouve en lui : je suis celui qui ai tout donné à mon fils. Le père se retrouverait lui-même dans le fils ; et, également, le fils dans le père. Mais si l’amour réciproque du Père et du Fils s’ouvre sur un troisième, il y a exclusion absolue de toute forme d’avoir, de tout regard sur soi. 

C’est la pureté absolue de l’amour. 

La Pauvreté de Dieu.

François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Ed. Centurion, 1981, pp. 138-140.

 

______________________________

[1]. Cf. Laurence Caracalla, Aux origines des 100 superstitions qui hantent ou réjouissent notre quotidien, Ed. Le Figaro, 2017.

[2]. Cf. Emmanuel Lévinas, Totalité et infini : essai sur l’extériorité, M. Nijhoff, 1961.

[3]. L’homosexualité d’Oscar Wilde (il a été condamné en 1895 à deux ans de travaux forcés pour « grave immoralité ») influence-t-elle son doute sur la capacité de l’amour humain à respecter l’altérité ?….





LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« C’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4, 32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : « Interroge . Un Dieu qui n’est qu’un comme celui de l’islam est une totalité enclose sur elle-même, et cela engendre une société/religion totalitaire. Un dieu circoncis fait circuler l’amour à l’infini, en lui et hors de lui, et cela engendre (normalement !) Une société/religion ouverte. Donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Tu garderas les décrets et les commandements du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. »
 
PSAUME
(32 (33), 4-5, 6.9, 18-19, 20.22)
R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu. (32, 12a)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; en lui nous crions “Abba !”, Père ! » (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains
Frères, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.
 
ÉVANGILE
« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 16-20)
Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick Braud

 

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21 mai 2018

Vivre de la Trinité en nous

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Vivre de la Trinité en nous


Homélie pour la fête de la Trinité / Année B
27/05/2018

Cf. également :

La Trinité, icône de notre humanité

L’Esprit, vérité graduelle

Trinité : Distinguer pour mieux unir

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Les bonheurs de Sophie

Trinité : au commencement est la relation

La Trinité en actes : le geste de paix

La Trinité et nous

Une fois n’est pas coutume, laissons la parole à un commentaire trouvé sur le Net [1] pour commenter le mystère de la Trinité avec des mots lumineux et d’une réelle profondeur.

LA TRINITÉ : QU’EST-CE À DIRE ?

La Trinité : nous en a-t-on suffisamment parlé, alors que pourtant, notre destinée éternelle, notre avenir certain, c’est d’être un jour éternellement des contemplatifs de la Trinité ? On pense plus à l’avenir de nos enfants, à leurs études qu’à notre fin dernière : la vie éternelle qui sera la participation à la vie trinitaire, participation à cette circulation d’amour entre les personnes divines, à ce brasier incandescent !

La fête de la très Sainte Trinité est en outre souvent escamotée par une autre fête qui nous est chère, celle des mères. Pourtant la Trinité est un mystère central de notre foi : si Dieu est amour, c’est parce qu’il ne se regarde pas narcissiquement, mais est un être de relations, une famille !

Dieu : un mystère insondable

Un musulman en comptant les 99 noms nom d'Allah sur son chapelet Photo StockDieu est l’inaccessible, l’inconnaissable, l’insondable par définition. L’Ancien Testament le dit magistralement : « Je suis Dieu, et non pas homme » (Os 11, 9). Il est le Tout-puissant dont l’univers clame la grandeur. « Allah est grand ! » répètent inlassablement les musulmans. Le Coran donne d’ailleurs à Dieu 99 autres noms plus sublimes et plus riches les uns que les autres. Ils disent ces 99 noms comme nous disons le chapelet.

C’est Grégoire de Naziance, un évêque du IVème siècle, qui en a peut-être parlé avec le plus de justesse dans une hymne que l’on reprend à l’office de Laudes, le mercredi :

Ô Toi l’au-delà de tout,
Comment t’appeler d’un autre nom ? Quel hymne peut te chanter ?
Aucun mot ne t’exprime. Quel esprit peut te saisir ?
Nulle intelligence ne te conçoit. Seul, tu es ineffable.
Tu as tous les noms.
Comment t’appellerai-je ?
Toi le seul qu’on ne peut nommer.

Dieu est le mystère innommé, l’Absolu, la Transcendance souveraine, le Tout-Autre : « Tout ce que nous disons de Dieu apparaît aussitôt dérisoire en comparaison de ce qu’il est » (Jean Daniélou). La théologie qui use parfois de la voie négative, pour ce que n’est pas le mystère, dit de Dieu qu’il est : l’indiscernable, l’indéchiffrable, l’inexplicable, l’impeccable, l’inexprimable, l’insondable, l’ineffable, l’inestimable, l’innommable, l’inimaginable, l’impensable, l’inaltérable, l’inconnaissable, l’inclassable, l’indéfinissable, l’insaisissable, l’inépuisable, l’impénétrable, l’inconcevable. En définitive, Dieu est celui qui ne se définit que par ce qu’il n’est pas !

Jésus-Christ : le dévoilement du Père, son visage

Dieu est inaccessible et pourtant, grâce à Jésus-Christ, au mystère de l’Incarnation, un coin du voile a été soulevé, un coin du mystère a été révélé. Par Jésus-Christ Dieu est devenu quelque peu accessible, son intimité a été percée, mais seul le Fils Éternel a pu nous introduire dans son mystère.

Le Christ est venu nous dire clairement que Dieu est amour. L’amour n’est pas une qualité de Dieu, une propriété, c’est sa nature même : Dieu n’a pas l’amour, mais il est l’amour, et sa toute-puissance dont nous avons parlé en début d’année dans ce parcours, est une toute-puissance d’amour. Comment ne pas citer le père jésuite François Varillon :

Joie de croire, joie de vivre: Varillon François« Dieu n’est qu’amour ! Tout est dans le « ne que »… Dieu est-il tout-puissant ? Non, Dieu n’est qu’amour ! Dieu est-il infini ? Non, Dieu n’est qu’amour, ne me parlez pas d’autre chose ! La toute- puissance de Dieu c’est la toute-puissance de l’amour, c’est l’amour qui est tout-puissant ! »

Dieu est amour, or l’amour ne peut se vivre seul : il faut quelqu’un à aimer, l’amour ne va pas sans relation. En conséquence Dieu est en lui-même une relation d’amour, il est fondamentalement relation, il est famille avec un Père, un Fils et un échange, une vie partagée, un « nous » entre ce Père et ce Fils que l’on appelle l’Esprit Saint. Dieu est Trinité !  Voilà la révélation la plus étonnante que les hommes n’auraient pas pu deviner : l’existence d’un Dieu unique en trois personnes !

Le couple humain peut nous permettre d’approcher ce mystère trinitaire présent dès le commencement de la Bible, au livre de la Genèse puisque Dieu déclare : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance : Homme et femme il les fit ». La réalité du couple, tout comme ce « faisons », première personne du pluriel suivi d’un singulier disent quelque chose de cette unique nature divine en trois personnes ; mystère que l’on retrouve un peu plus loin dans la Genèse au moment de la visite des trois anges au chêne de Mambré qui a inspiré l’icône de Roublev ! Le problème de tout couple, son rêve jamais résolu c’est de n’être qu’un en restant deux, et même en restant trois, car il y a un troisième dans la relation homme-femme : l’amour. Le couple recherche l’unité dans le respect des différences, dans la diversité des personnes, chacun voulant garder sa personnalité, sa liberté, voire une certaine indépendance. En Dieu l’unité est réalisée dans la distinction des personnes divines : le Père, don ; le Fils, accueil du don ; l’Esprit, l’échange amoureux ! Voilà qui fonde d’ailleurs le sacrement de mariage, le visible du couple, doit dire l’invisible de l’amour trinitaire. Il n’y a que dans l’infini que l’on peut être un en restant trois.

La contemplation des trois personnes divines

Le Père n’existe que dans ce don de lui-même qu’il fait éternellement à son Fils. Le Père n’est que don, rien d’autre. Il n’existe que pour se donner éternellement à son Fils. Il cesserait d’être s’il cessait de donner, et son Fils cesserait d’exister ! Il est le don à l’état pur. Il est le pur diamant du don qui, sans calcul, ne vit que pour le Fils de son amour. Le Père ne se regarde pas narcissiquement : une véritable paternité est pauvreté (dépouillement), en ce sens qu’elle est acceptation de sortir de soi pour se donner à un autre. C’est du même amour qu’il fait exister son Fils, qu’il fait aussi exister le monde, que le Père nous aime comme fils adoptifs dans le Fils Éternel.

Avec l’image du Père on peut employer aussi celle de la source :

Fichier:Salles-La-Source Cascade.jpg- comme la source est au commencement de tout, du filet d’eau, de la rivière, du fleuve, le Père est au commencement de tout.

- comme la source qui ne fait que jaillir et se donner dans un chant qui est celui de la joie du don, le Père se donne éternellement à son Fils, dans une joie ineffable de contempler ce Fils bien-aimé qu’il engendre de toute éternité.

- comme la source si discrète au fond d’une vallée, au point qu’il faut être à l’écoute de son murmure pour souvent la découvrir, le Père laisse épancher vers son Fils cet amour inlassable que les hommes ignorent pour la plupart.

- comme la source qui ne garde rien pour elle, qui ne calcule pas, ne fait pas de provision pour les jours de sécheresse, le Père est le don totalement gratuit, désintéressé : « Mon Fils, tout ce qui est à moi est à toi ».

Le Fils est le reflet le plus parfait du Père, mais pas son double. Il existe par et pour le Père. Sa joie c’est d’accueillir, c’est de le contempler dans le don qu’il lui fait de lui-même. Il est le Parole du Père faite personne, le Verbe qui exprime parfaitement la plénitude de l’amour du Père. Il se reçoit éternellement du Père, accueillant le don du Père. Il est tout élan d’amour vers lui. Le Père est sa passion, et sa vie se consume dans la recherche de lui plaire.

Mais Dieu le Père n’a pas voulu en rester là : comme des époux qui s’aiment éprouvent le besoin d’être un foyer, de devenir une famille, de faire partager leur joie à des êtres issus de leur chair, Dieu le Père a voulu que des créatures spirituelles connaissent aussi la joie d’être aimés de ce même amour qu’il a porté à son Fils Éternel. Et pour réaliser cette communication, cette « transfusion » d’amour aux hommes il a envoyé son Fils sur la terre pour faire de nous ses fils adoptifs ! Jésus devient alors le « premier de cordée » chargé de montrer à ses frères en humanité ce qu’ils ont à vivre : une vie de fils de Dieu. Jésus est venu nous indiquer le chemin qui mène au Père.

Par son obéissance au Père, qui est allé jusqu’à l’offrande de sa vie pour nous, il est venu rétablir la communication entre les hommes et le Père, communication qui avait été coupée par le péché. Dans sa mort et sa résurrection il a réconcilié l’homme pécheur avec le Père, il est devenu le sauveur, du genre humain, comme signifie le nom même de « Jésus ». Cette œuvre de la croix manifeste aussi la pauvreté du Fils, parfait reflet du Père : Jésus se dépouille entièrement sur la croix, il se vide pour nous (au sens spirituel et physique du terme : l’eau et le sang coulèrent de son côté et il s’écria « J’ai soif » ce faisant mendiant du cœur de l’homme) ; dépouillement jusque dans le sacrement de l’Eucharistie, d’une pauvreté extrême qui actualise ce mystère pascal. Un théologien écrivait : « La mort de Jésus sur la croix nous révèle l’éternel et absolu dépouillement du Fils de Dieu au sein de la Trinité. »

Mieux encore, dans l’homme Jésus Dieu le Père a déversé cet amour qu’il a pour son Fils Éternel de toute éternité. L’humanité du Jésus est devenu le réceptacle de la divinité, et avec Jésus cette toute l’humanité qui est habitée par cette vie divine, qui reçoit cet amour infini issu de la source. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » s’écriait saint Irénée.

Vivre de la Trinité en nous dans Communauté spirituelle Chagall-Abraham-3Visiteurs-p

L’Esprit Saint n’est pas le gêneur venant troubler l’intimité du Père et du Fils, mais leur amour réciproque fait personne, le trait d’union de leur échange éternel. L’amour réciproque du Père et du Fils fait exister l’Esprit. Il est la communion amoureuse faite personne du Père et du Fils. Dans la Trinité, il est le baiser du Père et du Fils, le trait d’union de leur amour échangé. Il n’est pas un observateur curieux de l’intimité du Père et du Fils : il est le témoin émerveillé de cet amour mutuel qui s’exhale dans un soupir, dans un souffle embrase, l’Esprit. Deux époux qui s’aiment parlent de leur amour comme s’il s’agissait d’une personne. Ils disent : notre amour a grandi ; notre amour se porte bien. Et bien quand le Père et le Fils contemplent leur amour, cet amour devient personne : c’est l’Esprit. Il est la respiration de Dieu, le souffle de l’amour divin, le sceau de leur communion. Il est le lien d’amour qui scelle l’unité de Dieu, la « personne-Amour » selon l’expression de Jean-Paul II. Un théologien, Jean Galot, écrivait : « Il est le jaillissement de leur bonheur de se donner l’un à l’autre, ou encore l’éblouissement de leur fusion ».

Comment vivre de la Trinité Sainte en nous ?

Catherine de Sienne s’écriait :

Ô Trinité éternelle, tu es une mer sans fond où plus je me plonge, plus je te trouve, et plus je te cherche encore. De toi on ne peut jamais dire assez ! L’âme qui se rassasie dans tes profondeurs te désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de toi, toujours elle souhaite voir sa lumière dans ta lumière.

Comment vivre du Père ?
Nous qui récitons si souvent le « Notre Père » sommes-nous conscients que cette paternité divine, dont toute paternité humaine n’est qu’une faible image, est un immense jaillissement d’amour, une source vive, un geyser impressionnant que nous sommes invités à contempler ? Réalisons-nous suffisamment qu’être parfait comme notre Père céleste est parfait, ce n’est pas autre chose que de tenter de vivre cette pauvreté inlassable du don, goûter cette joie du don ? Si Dieu est Père laissons-nous aimer comme des fils ! Arrêtons de considérer Dieu comme un juge à l’affût de nos égarements. Regardons le père de l’enfant prodigue, riche en miséricorde qui attend obstinément le fils perdu. Il nous faut nous comporter en fils ayant les yeux tournés vers le Père et son regard d’amour qui espère toujours en nous.

Comment vivre du Fils ?
N’est-ce pas en découvrant sa façon d’aimer ? Le Christ n’a-t-il pas été l’icône parfaite de la générosité du Père qui n’est que don ? : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés » ; icône aussi de cet amour qui se vit dans la Trinité où chaque personne divine vit un dépouillement infini puisqu’elle ne vit que pour les autres personnes. De fait, le Christ a vécu une vie pauvre et effacée jusqu’à 33 ans : son silence discret à Nazareth ne révélait-il pas la discrétion du Père. Sa relation égalitaire avec ses apôtres qu’il considère non comme des subalternes, mais comme des amis, son geste fou de laver les pieds de ses disciples n’étaient-ils pas l’image de l’humilité, de la simplicité du Père ? Peut-être avons-nous à redécouvrir la façon d’aimer de Dieu à travers tous les gestes terrestres du Christ ? Lui seul sait vraiment aimer et nous apprendre à aimer.

Si Jésus est venu pour nous c’est pour nous sauver, alors laissons-nous sauver par lui. Nous avons à nous approcher du Christ comme de l’intermédiaire, le médiateur obligé entre Dieu et nous, car il a capté cette source d’amour du Père pour nous en révéler sa splendeur grâce à son humanité, mais aussi et surtout pour nous la communiquer. Se laisser sauver par le Christ exige que nous reconnaissions notre pauvreté. Dieu ne vient que s’il est appelé par une misère, un besoin (cf. le cheminement des confirmands adultes marqué par la pauvreté). Ceci suppose d’avoir conscience de notre péché. Aujourd’hui on est plus dans le relativisme morale, dans la sincérité et non dans la reconnaissance d’une vérité objective. Sauvés devenons enfin des sauveurs pour nos frères, des sources vives jaillissant en vie éternelle. Si notre amour est greffé branché sur l’amour du Christ, ceux que nous aimerons seront transformés, vivifiés par cette eau vive qui vient de la même source, par la mystérieuse médiation du Christ. Le chrétien se doit d’irriguer de l’amour de Dieu sa famille, ses amis, ceux qu’il rencontre sur sa route, son milieu de travail, sa paroisse… Les chrétiens sont « sel de la terre », « lumière du monde », « âme du monde » selon l’épître A Diognète.

Comment vivre de l’Esprit ?
Il faut d’abord l’identifier dans nos vies, « faire connaissance » :

- cette soif de Dieu et d’absolu qui monte parfois dans notre cœur, c’est l’action de l’Esprit ;

- ce remords, ce pincement de la conscience, c’est l’action purifiante de l’Esprit ; cette saveur que prend tout à coup la prière la plus banale, c’est l’action de l’Esprit ;

- cette paix qui s’empare tout à coup de notre cœur au milieu de turbulences, c’est l’Esprit ;

- ce pardon qui monte dans notre cœur et sur nos lèvres, c’est le miracle de l’Esprit ;

- cette illumination en lisant  l’Évangile mille fois connu, c’est l’action de l’Esprit de Jésus.

Alors laissons-nous transformer par ce maître intérieur qui nous conduit à la vérité par l’amour, « par ce sculpteur qui discrètement, et par petites touches, essaie de nous fabriquer une tête de fils de Dieu, la tête du fils de Celui qui est l’Amour » (Denis Sonet).

trinit%C3%A9+-+Copie Daniélou dans Communauté spirituelle

En conclusion :

Vivre de la Trinité sainte c’est descendre dans la « crypte de notre cœur », à la recherche de cette Présence plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes :

- « Ô toi, sublime créature, participante de la nature divine, pourquoi chercher hors de toi Celui qui est en toi, plus toi-même que toi ? » (saint Augustin).

- « Croire qu’un être qui s’appelle l’Amour, habite en nous à tout instant du jour et de la nuit, cela élève l’âme au-dessus de ce qui se passe, et la fait reposer dans la paix » (Élisabeth de la Trinité).


Lectures de la messe

Première lecture
« C’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4, 32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Tu garderas les décrets et les commandements du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. »

Psaume
(32 (33), 4-5, 6.9, 18-19, 20.22)
R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu. (32, 12a)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture
« Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; en lui nous crions “Abba !”, Père ! » (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Évangile
« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 16-20)
Alléluia. Alléluia.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick BRAUD

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24 août 2016

Plus humble que Dieu, tu meurs !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Plus humble que Dieu, tu meurs !

 

Homélie du 22° Dimanche du temps ordinaire / Année C
28/08/2016

Cf. également :

Dieu est le plus humble de tous les hommes

Un festin par dessus le marché

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

 

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Aux dernières Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de Cracovie, on a vu le pape François rouler simplement en tramway, prendre avec lui des jeunes éberlués dans sa papamobile, et toujours avoir le contact facile et joyeux qui le caractérise. Ce pape a renoncé au palais du Vatican pour vivre dans un presbytère ordinaire. Il reste accessible, et prend bien soin à chaque voyage d’aller écouter chez eux les pauvres pour entendre ce qu’ils ont à lui dire.

Nul doute qu’il a instinctivement intériorisé la recommandation de Ben Sirac le sage dans la première lecture (Si 3,17-29) : « plus tu es grand, plus il faut t’abaisser ». Et encore : « l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute ». Alors que l’orgueilleux ne veut prendre conseil auprès de personne.

L’humilité est ainsi le fil rouge de notre dimanche. « Accomplis toute chose dans l’humilité » conseille le sage. « Dieu est bon pour les pauvres » chante le psaume 67. La lettre aux Hébreux nous rappelle que Dieu le premier a fait preuve d’humilité en Jésus, « le médiateur de l’alliance nouvelle », conclue loin de tout bling-bling hollywoodien (feu, obscurité, ténèbres, ouragan, trompettes, voix terrible…). Et dans l’évangile (Lc 14,1-14), Jésus devient comme Ben Sirac, proverbial : « quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».

L’humilité de Dieu est telle qu’elle paraîtra scandaleuse pour les juifs (le scandale de l’incarnation et de la crucifixion), folie pour les païens (folie de croire qu’un homme peut porter la plénitude de la divinité, et vaincre la mort), blasphème pour les musulmans (Allah le Tout-Puissant ne peut s’abaisser jusqu’à s’incarner, laver les pieds de ses amis, et pire encore mourir sur la croix infamante).

L’humilité de Dieu est en quelque sorte un spécifique chrétien assez unique !
Le père François Varillon (1905-1978) a écrit là-dessus des lignes inoubliables :

Afficher l'image d'origine« Qui me voit voit le Père » (Jn 14, 9). Jésus, en prenant la dernière place (Lc 14, 14) nous révèle les profondeurs cachées de Dieu.

« Le voyant laver avec humilité des pieds d’homme, je ‘vois’ donc, s’il dit vrai, Dieu même éternellement mystérieusement serviteur avec humilité au plus profond de sa Gloire. L’humiliation du Christ n’est pas un avatar exceptionnel de la gloire. Elle manifeste dans le temps que l’humilité est au cœur de la gloire ». 

« La Toute-Puissance de Dieu est à l’extrême opposé de la potentia (puissance) qu’imaginaient les hommes dans leur faiblesse originelle et que maintenant, devenus riches et forts, ils récusent comme concurrentielle. L’humilité ne fait concurrence à rien » (p 85).

« Qu’un plus petit rende hommage à un plus grand, cela ne témoigne pas d’une exceptionnelle noblesse d’âme. Mais que le plus grand se courbe ‘respectueusement’ devant le plus petit, cela signifie l’amour en la plénitude de sa liberté et de sa puissance. François d’Assise n’est pas humble quand il s’agenouille devant le pape, mais quand il s’abaisse devant un pauvre dont il reconnaît qu’en tant que pauvre il est vêtu de majesté » (p 64). 

« ….Dieu étreint l’âme dans l’amour. Il est l’Autre mais sans distance. Et caché. Humblement caché, car on ne pourrait le voir et rester libre. L’invisibilité de Dieu est son humilité respectueuse de notre liberté. »

L’humilité de Dieu, François Varillon, Ed. du Centurion, 1974.

Devenir humble n’est alors pas pour nous un devoir moral, un effort d’ascèse. C’est le fruit joyeux de la participation à la nature divine. C’est la conséquence normale de la communion au Christ, frère, ami, serviteur. C’est la ressemblance divine enfin retrouvée.

Ainsi, qui médite en silence devant la crèche ou la croix sera conduit, à l’instar du père Antoine Chevrier à Lyon (fondateur du Prado) ou de François d’Assise à adopter la même attitude d’humilité envers ceux dont il a la charge, ou ceux qu’il rencontrera dans sa journée et son travail s’il n’a pas de responsabilités hiérarchiques.

En entreprise, cela devrait produire des dirigeants… très différents ! C’était d’ailleurs le thème des dernières assises des Équipes des Dirigeants Chrétiens (EDC) à Lille en 2016 : dirigeants, dérangeants ! Les responsables hiérarchiques chrétiens devraient détoner et étonner par leur humilité. Foin des privilèges (voiture de fonction, parking réservé, bureau fermé, I-phone dernier cri de fonction, stock-options…), foin des postures condescendantes et dominantes ; foin des attitudes suffisantes ! Dans les grandes entreprises, tant de dirigeants sont coupés de leur base, ne sont plus informés de ce qui se passe réellement car ils inspirent plus la crainte – et donc le silence – que le respect.

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Heureusement, on voit se lever, notamment à travers le mouvement des entreprises dites « libérées », de nouveaux responsables, humbles et performants (les deux vont bien ensemble) qui ne cherchent pas tant à grimper dans leur carrière personnelle qu’à réellement permettre à leurs équipes de donner le meilleur d’elles-mêmes. Ceux qui prônent le servant leadership savent bien que l’humilité fait partie des qualités d’un vrai servant leader.

 

Afficher l'image d'origineAu Moyen Âge, les sculpteurs, maçons, verriers et autres artistes signaient rarement leurs œuvres. L’anonymat était la règle, parce que l’art, surtout porté par la foi, n’a pas pour but d’élever l’artiste ou d’immortaliser son nom, mais de réjouir et de nourrir les passants, les spectateurs, le peuple des gueux à qui les cathédrales et les églises romanes ou gothiques étaient finalement dédiées. L’humilité véritable ne cherche pas à laisser une trace personnelle dans l’histoire, mais à se livrer pour le bien de tous, à servir le bien commun autant que faire se peut.

On rêverait d’avoir des figures politiques animées par cet esprit de désintéressement… Jean Monnet, Jacques Delors, Geneviève Antonioz De Gaulle, Nicolas Hulot… sont sans doute de ces humbles pour qui le pouvoir est le moyen de mieux servir, et davantage.

Il nous faut de nouvelles générations de capitaines d’industrie, de patrons de start-ups, de leaders politiques et syndicaux imprégnés de cet état d’esprit ! C’est le rôle social des églises, des temples, des mosquées, des synagogues, des universités catholiques de façonner des croyants capables d’aspirer aux plus hautes responsabilités, aux plus grandes aventures intellectuelles, scientifiques et artistiques, tout en restant d’humbles serviteurs.

 

L’humilité commence aussi… en famille. Quand des parents reconnaissent ne pas être tout-puissants, quand ils s’inclinent devant Dieu plus grand qu’eux, quand ils osent demander pardon et pas seulement l’exiger, quand ils savent être proches, à l’écoute tout en assumant leur autorité…

Encore une fois : parce qu’elle vient de Dieu - le premier et le seul humble - l’humilité n’est pas un calcul, ni une stratégie, ni même un effort moral. Elle vient sans qu’on l’ait cherchée. Elle respire en toute activité, naturellement. Elle inspire la bonté, la miséricorde, parce qu’elle comprend le chemin de l’autre au lieu de le juger.

Dans l’Ancien Testament, Moïse fut « l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12,3). Cela ne lui a pas évité de devoir s’imposer comme le leader de son peuple (cf. l’épisode du veau d’or) et d’user de son autorité pour éduquer ce peuple « à la nuque raide ». Mais tout cela, il l’a fait en sachant bien que cela ne venait pas de lui (il avait même demandé que son frère Aaron soit son porte-parole, car il avait de graves difficultés d’élocution !) et sans en tirer de gloire pour lui-même.
Jésus, « doux et humble de cœur », ira prendre la dernière place, sur la croix, pour aller chercher et relever les petits, les méprisés, les exclus… 

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En grandissant en humilité, chacun(e) de nous peut être le Moïse / le Jésus de sa famille, de son équipe de travail, de sa vie de quartier…

« Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».

 

1ère lecture : « Il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur » (Si 3, 17-18.20.28-29)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Psaume : Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11

R/ Béni soit le Seigneur : il élève les humbles.  (cf. Lc 1, 52)

Les justes sont en fête, ils exultent ;
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom.
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves,
tel est Dieu dans sa sainte demeure.
A l’isolé, Dieu accorde une maison ;
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse,
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais.
Sur les lieux où campait ton troupeau,
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

2ème lecture : « Vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant » (He 12, 18-19.22-24a)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

 Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle.

Evangile : « Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 1.7-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Prenez sur vous mon joug, dit le Seigneur ; devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur.
Alléluia. (cf. Mt 11, 29ab)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : ‘Cède-lui ta place’ ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

 Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
Patrick BRAUD

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