L'homélie du dimanche (prochain)

23 novembre 2025

Si je t’oublie, Jérusalem…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Si je t’oublie, Jérusalem…

Homélie pour le 1° Dimanche de l’Avent / Année A
30/11/25

Cf. également :
La venue. Quelle venue ?
L’Apocalypse, version écolo, façon Greta
Encore un Avent…
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Ce déluge qui nous rend mabouls
L’absence réelle
Le syndrome du hamster
Dans l’évènement, l’avènement
L’évènement sera notre maître intérieur
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?


1. Down by the riverside

Comment nourrir l’espérance de la liberté sans verser dans la haine de l’oppresseur ? Les esclaves noirs déportés d’Afrique aux 16°–18° siècles et leurs descendants cherchèrent à sortir du malheur, les uns par la violence (Malcom X), les autres par la non-violence (Martin Luther King). Ceux qui étaient chrétiens lisaient et relisaient l’Exode pour y trouver le chemin vers la Terre promise. Ils relisaient également Isaïe (notre première lecture notamment : Is 2,1-5) pour y puiser le courage d’annoncer un temps où « les peuples feront de leurs épées des socs, et de leurs lances des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée. On n’apprendra plus la guerre ».
Si vous avez déjà vu Louis Armstrong gonfler ses grosses joues pour trompetter ces paroles, si vous avez entendu sa grosse voix de basse érailler la promesse d’Isaïe, vous n’oublierez pas de sitôt la folle prophétie qui accompagne l’attente du Messie : « jamais nation contre nation ne lèvera l’épée. On n’apprendra plus la guerre ».
En anglais, ce negro spiritual « Down by the riverside » a inspiré – depuis bien avant la guerre de Sécession – la démarche vers le baptême de millions d’esclaves renonçant à la violence au nom de leur foi.

Gonna lay down my burden, Down by the riverside
I ain’t gonna study war no more
Je vais déposer mon fardeau le long de la rivière
et jamais plus je n’étudierai la guerre…

Voilà une portée sociale immense pour ce petit verset d’Isaïe 2,4 !
Les pacifistes ont repris ce chant dans leurs manifestations contre la guerre du Vietnam dans les années 60. Même le pape Paul VI l’a repris en son compte avec son célèbre cri devant l’assemblée générale de l’ONU : « Jamais plus la guerre ! » (le 04/10/1965)

Rien de naïf, aucun doux pacifisme bêlant dans ces mots d’Isaïe : même en nous préparant à la guerre contre la Russie, nous pouvons éduquer nos cœurs et nos peuples à désirer la paix, à ne pas haïr ceux qu’il nous faudra combattre.
La défense contre l’agresseur est légitime.
L’attente du Messie – n’est-ce pas le début de l’Avent en ce dimanche ? – nous oblige seulement à toujours penser « le coup d’après », le moment où l’on pourra arrêter de fabriquer des armes, des missiles, des drones et des bombes, parce qu’un accord pérenne et juste aura été trouvé.

2. Tous à Jérusalem !
Il est quand même fou de constater que l’avenir de la paix mondiale se joue en partie sur ces quelques kilomètres carrés coincés entre le Jourdain et la mer ! Et la ville de Jérusalem concentre sur elle tous les enjeux, toutes les tensions, aspirations et contradictions des conflits à venir.
Si je t’oublie, Jérusalem… dans Communauté spirituelle dd8e90d_afp-32bj3kv

Isaïe pressentait déjà que la ville de David jouerait un rôle essentiel dans les relations internationales ! Il annonce une ère messianique, que nous croyons inaugurée en Jésus, où « le loup habitera avec l’agneau… » (Is 11,6), c’est-à-dire où Palestiniens et Israéliens vivront en frères, où l’Europe sera source de paix et non plus de guerres mondiales comme au XX° siècle, où chinois, américains et indiens s’entendront sur l’avenir de la planète etc…. Et dans notre première lecture (Is 2,1-5, repris en Mi 4,1-3), il annonce que Jérusalem deviendra la capitale mondiale de la paix, centre de pèlerinage pour tous les peuples.

Utopique ? Naïf ? Peut-être. Mais ceux qui ont cru à ce genre d’utopie ont réconcilié la France et l’Allemagne après 1945, ont créé l’Europe pour la paix, ont aboli les lois raciales aux États-Unis, l’apartheid en Afrique du Sud… : la liste est trop longue !

L’universalisme d’Isaïe dans ce texte est toujours une formidable source d’action politique et sociale.
C’est un universalisme « centripète » en fait : « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux ». La prière de Salomon pour consacrer le premier Temple en témoigne :
« Si donc, à cause de ton nom, un étranger, qui n’est pas de ton peuple Israël, vient d’un pays lointain – on entendra parler de ton grand nom, de ta main forte et de ton bras étendu – prier dans cette Maison, toi, dans les cieux où tu habites, écoute-le. Exauce toutes les demandes de l’étranger. Ainsi, tous les peuples de la terre, comme ton peuple Israël, vont reconnaître ton nom et te craindre. Et ils sauront que ton nom est invoqué sur cette Maison que j’ai bâtie. » (1R 8,41-43)
28-En-route-vers-Jerusalem guerre dans Communauté spirituelleLes psaumes insistent sur le rôle central de Jérusalem et de son roi-Messie :
« Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront » (Ps 72,10-11)

Le Temple de Jérusalem est une maison de prière pour tous les peuples : « Je les conduirai à ma montagne sainte je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera “Maison de prière pour tous les peuples” » (Is 56,7).

Jésus lui-même se réfère à cet universalisme pour dénoncer les trafics polluant le Temple :
« Il enseignait, et il déclarait aux gens : “L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits” » (Mc 11,17).

On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme du rassemblement : rassemblement eschatologique de toutes les nations à Jérusalem pour Isaïe et Salomon, rassemblement de toutes les cultures dans la communion ecclésiale pour nous aujourd’hui.
Ce modèle centripète de la mission a déjà porté de très beaux fruits : la vitalité des premières communautés chrétiennes tout autour du bassin méditerranéen dans les premiers siècles (cf. Actes des Apôtres), l’évangélisation par les monastères au Moyen Âge en Europe etc…

L’autre conception de la mission de l’Église sera sans surprise un universalisme « centrifuge ».

La présence de Paul à Rome, loin de Jérusalem, l’oblige à décentrer sa perspective : « les nations païennes peuvent rendre gloire à Dieu. Comme le dit l’Écriture : je te louerai parmi les nations » (Rm 15,4-9). Il ne s’agit plus là d’attirer le monde entier à Jérusalem (ou dans l’Église), mais d’être dispersés au milieu des peuples pour leur permettre d’entrer en communion avec Dieu chacun selon son génie propre. On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme de l’envoi.

Dans cette époque qui est la nôtre, tous les problèmes – sinon tous les peuples – semblent converger vers Jérusalem, ville de discorde, symbole de désunion.
Les juifs religieux enragent de ne pouvoir construire le troisième Temple sur le mont Sion, à cause de la mosquée Al Aqsa et des accords internationaux.
Les musulmans considèrent que c’est leur lieu saint, annexant au passage Abraham et changeant Isaac en Ismaël.
Les chrétiens voudraient que cette ville soit à tous, en fidélité au souhait du Christ qui y a subi sa Passion.
Autrement dit : le dossier de la paix à Jérusalem, en Palestine et en Israël, est avant tout un dossier religieux. C’est un aveuglement bien occidental de n’y voir que tractations politiques, pétrodollars et lobbys américains !

 3. Blasphème, substitution, falsification et annexion : les trois monothéismes au banc des accusés
Avant les bombardements de Gaza, il y eut l’hostilité entre juifs et chrétiens pendant des siècles. Paul et les Pères de l’Église racontent les persécutions violentes dont les premiers chrétiens – encore assimilés aux juifs – furent victimes au début.

deux statues de femmes, l'une en reine couronnée, et l'autre aux cheveux dénoués et aux yeux couverts d'un bandeau

L’Église et la synagogue

Ce n’est qu’après 90 que les chrétiens furent expulsés des synagogues, et tombèrent sous le coup de deux accusations de blasphème, méritant la mort aux yeux des juifs : faire de Jésus un Dieu, et délaisser les prescriptions rituelles de la Loi de Moïse (circoncision, alimentation, ablutions, shabbat etc.). Ce sont eux qui ont exclu les chrétiens des synagogues, les poussant à « faire Église » en quelque sorte. En réaction, certains chrétiens pensèrent que Dieu avait rejeté Israël, et que c’était maintenant à l’Église de prendre sa place. C’est ce que l’on appelle la théorie de la substitution. Une version primitive du grand remplacement, en quelque sorte.

Les dons et les promesses de Dieu à l’« ancien Israël » sont transférés à l’Église, qui devient le « nouvel Israël », le « nouveau peuple de Dieu ». Il s’ensuit que le judaïsme n’a plus qu’une valeur toute relative, en fonction du christianisme, dont il n’est que l’imparfaite préfiguration et le témoin dépassé, rejeté par Dieu à cause du « déicide » opéré sur Jésus de Nazareth.

Aujourd’hui, l’Église a répudié toute « théologie de la substitution » et reconnaît l’élection actuelle du peuple juif, « le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance qui n’a jamais été révoquée » selon l’expression du pape Jean-Paul II devant la communauté juive de Mayence le 17 novembre 1980. Le chapitre 11 de l’épître aux Romains est désormais relu à la lumière de cette persistance de la Première Alliance : « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Pas du tout ! Moi-même, en effet, je suis Israélite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n’a pas rejeté son peuple, que, d’avance, il connaissait » (Rm 11,1-2).
Tant que l’Occident chrétien s’est pensé comme le véritable Israël, il n’y avait guère de légitimité à accorder aux juifs la possibilité de se trouver une terre. Israël n’existait plus comme peuple de l’Alliance, remplacé par l’Église, donc l’aspiration à retrouver l’ancien territoire perdu (perte considérée comme une punition à cause de leur déicide, comme l’Église le disait à l’époque) était nulle et non avenue.

 Jérusalem

Manuscrit persan du Moyen Âge représentant le prophète Mahomet conduisant Jésus, Moïse et Abraham à la prière

La situation s’est compliquée davantage encore avec les conquêtes militaires de l’islam dès le VII° siècle. L’islam prétend que les juifs ont falsifié l’Ancien Testament, et les chrétiens le Nouveau Testament. Cette « théorie de la falsification » des Écritures conduit logiquement à la théorie de l’annexion pure et simple : ni Abraham ni Moïse ni David n’étaient juifs, Jésus n’était pas chrétien, tous étaient soumis à Dieu, musulmans (c’est le sens étymologique du nom). Et le Coran prétend rétablir la vérité première de leur message qui aurait été déformé par les juifs et les chrétiens. L’islam voit dans le judaïsme et le christianisme des déformations, des trahisons du message monothéiste. C’est la conséquence du dogme de la déformation (tah.rīf) des Écritures antérieures, fondé notamment sur quelques versets du Coran (II,75 ; IV,46 ; V 13,41). Ces versets ne sont pas très clairs, mais selon l’interprétation la plus courante, ils indiquent que les textes sacrés ont été trafiqués, notamment parce que l’annonce de la prophétie de Mohamed aurait été gommée des textes juifs et chrétiens. Les juifs imaginent posséder la Torah révélée à Moïse, et les chrétiens l’Évangile, fruit de la prédication de Jésus ; mais les deux livres ont été falsifiés (selon le Coran), respectivement par les juifs et par les chrétiens, ce qui leur ôte toute authenticité et autorité. Le contenu authentique des révélations faites à Moïse et à Jésus a heureusement été préservé, précisément dans le Coran. La disparition de la version authentique de la Torah et de l’Évangile perd donc de sa gravité, puisque le Coran les remplace (substitution).
Pour les musulmans il n’y a pas trois Alliances, trois religions, mais un seul message que Mohammed a enfin restauré dans sa pureté originelle. Difficile de nier davantage l’altérité des croyants se réclamant du judaïsme ou du christianisme !

 paix- Appliquez la théorie du blasphème à Jérusalem : seuls les juifs fidèles à la Torah ont droit d’y habiter. C’est leur héritage. Sion demeure la capitale éternelle d’Israël. Les autres croyants ont trahi et sont infidèles.

- Appliquez la théorie de la substitution à Jérusalem : les juifs n’ont droit à aucune exclusivité. Ils doivent laisser la place, ou au mieux la partager avec chrétiens et musulmans. Jérusalem doit obtenir le statut de ville internationale. Aujourd’hui, les catholiques diraient plutôt que Jérusalem est universelle non pas bien que juive mais parce que juive.

- Appliquez la théorie de la falsification/annexion à Jérusalem : seuls les musulmans savent ce qui s’y est passé (le prétendu voyage céleste de Mohamed à la mosquée Al Aqsa exprime au plus haut point cette volonté d’annexion). C’est une ville sainte de l’islam, la plus importante après la Mecque et Médine. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’universalisme d’Isaïe annonçant le rassemblement de tous les peuples à la maison du Seigneur a été transposé par Mohamed à la Kaaba de La Mecque : toute l’Oumma (la communauté musulmane mondiale, c’est-à-dire potentiellement toute l’humanité) doit converger vers la pierre noire et tourner autour pour en faire le centre du monde…

Tant qu’on ne prendra pas conscience que la paix à Gaza, en Palestine et en Israël est avant tout un débat théologique, on ne pourra pas trouver de solution durable.
L’Occident est encore fasciné par la tentative de l’immense Emmanuel Kant de fonder une paix perpétuelle entre les nations sur la seule raison. Son traité de paix perpétuelle (1795) a nourri les rêves de tous les pacifistes européens. Ultime tentative de se débarrasser de la question religieuse, afin qu’elle n’interfère pas dans les débats, tant elle est explosive…
Mais le réel revient au galop : impossible d’éliminer YHWH, le Christ ou Allah de l’équation au Moyen-Orient comme ailleurs, des débats sur les guerres en cours et à venir ! Il faudra que les responsables européens suivent des cours de théologie et d’histoire des religions. Il faudra que les peuples d’Europe se ressaisissent de leur patrimoine spirituel, afin de que par exemple les orthodoxes russes ne les considèrent plus comme décadents, afin que la coexistence des trois monothéismes en Israël comme en Europe permette à chacun d’exister en vérité. Le même effort intellectuel sera à demander aux musulmans et aux juifs, aux orthodoxes et protestants.
Pas de paix sans vérité ! La vérité est à chercher plus qu’à posséder ; elle échappe aux doxas poutiniste ou wokiste ; elle n’est pas dans le djihad du Hamas ou du Hezbollah ; elle n’est pas dans les mensonges trumpistes ni dans les délires des complotistes de tous bords.

Reprenons les paroles du psaume de ce dimanche pour prier sur Jérusalem, comme Jésus l’a fait lui-même, en pleurant :

800px-Jerusalem-2013%282%29-Aerial-Temple_Mount-%28south_exposure%29 TempleAppelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

« Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie !
Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem, au sommet de ma joie. » (Ps 137,5-6)



LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du royaume de Dieu (Is 2, 1-5)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.
Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur.
Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre.
Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.

PSAUME
(Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9)
R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur. (cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus,
les tribus du Seigneur.

C’est là qu’Israël doit rendre grâce
au nom du Seigneur.
C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.

Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais ! »

À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : « Paix sur toi ! »
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien.

DEUXIÈME LECTURE
« Le salut est plus près de nous » (Rm 13, 11-14a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.

ÉVANGILE
Veillez pour être prêts (Mt 24, 37-44)
Alléluia. Alléluia. Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Patrick BRAUD

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2 décembre 2018

Réinterpréter Jean-Baptiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Réinterpréter Jean-Baptiste

Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année C
09/12/2018

Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Devenir des précurseurs
Le courage pascal
Yardén : le descendeur

 

L’esprit et la lettre

Mu'tazila - use of reason in early Islamic theology (English Edition) par [Martin, Matthew]A-t-on le droit de revisiter les grandes figures bibliques pour en actualiser le message ?
Peut-on discerner les prophètes d’aujourd’hui à partir des prophètes d’il y a 2000 ou 3000 ans ?
Ceux qui sont attachés à la lettre des écrits répondront par la négative. Ainsi les sunnites  ont dit non à la tentative des mutazilites [1] au IX° siècle pour interpréter le Coran en le replaçant dans son contexte, ce qui permettait d’en relativiser la lettre et de rejeter la doctrine du Coran incréé. Aujourd’hui encore, nombre d’Églises protestantes refuse cette herméneutique : pour elles, le texte se suffit à lui-même, pas besoin de l’interpréter. Ce fondamentalisme engendre des positions aberrantes sur les questions de société contemporaines, non prévues évidemment par les textes bibliques. Ou des positions ultraconservatrices sur la peine de mort, l’économie, la sexualité, et autrefois l’esclavage, l’apartheid, la condition des femmes etc. Beaucoup d’orthodoxes sont tentés quant à eux par un rigorisme similaire, au nom de la sacro-sainte tradition des Pères de l’Église, qu’ils répètent inlassablement sans vouloir y aménager quelque nouveauté ou changement. Les catholiques ultras sont dans cette même veine : confondant la Tradition et les traditions, ils ne veulent de vérité qu’immobile, et ne peuvent discerner l’Esprit à l’œuvre dans les bouleversements actuels.

Or il n’en a pas toujours été ainsi…

Au contraire : dès l’origine, les traditions orales des premières communautés chrétiennes ont relu les événements fondateurs à la lumière de leur situation particulière. Le cas de Jean-Baptiste en ce deuxième dimanche de l’Avent est à ce titre très instructif. La version de Luc que nous avons lue (Lc 3, 1-6) diffère par bien des points de celle de Marc, de celle de Matthieu ou encore de Jean. Examinons rapidement deux différences et deux points communs entre ces quatre versions, en essayant de les transposer à notre époque.

 

1. Le souci de l’historicité

Réinterpréter Jean-Baptiste dans Communauté spirituelle 9782755000122Luc parle à des non-juifs, qui n’ont pas connu les Écritures, ni Jean-Baptiste, et ne savent pas où est le Jourdain. Par contre, ils savent leur histoire de Rome, de son empire, de son administration. D’où les détails historiques que Luc mentionne à l’égard de ses lecteurs païens, sachant bien que cela sera pour eux le gage d’une véracité éprouvée.

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. »

Nos contemporains ont eux aussi besoin de preuves historiques, pour que l’Évangile ne soit pas rangé au rayon des contes pour enfants. Passer au feu de la critique scientifique les traces de l’existence de Jésus, de Pilate, Tibère ou Hérode est indispensable pour donner du crédit au message évangélique. Plus généralement, accepter l’analyse scientifique des textes et des croyances ne peut qu’être salutaire. Cela demande une solide exégèse d’un côté et une rigoureuse critique scientifique de l’autre. Au final, c’est bien d’inculturation qu’il s’agit : annoncer le Christ en faisant appel au surnaturel et à l’incompréhensible comme autrefois ruinerait toute crédibilité du message (sauf auprès de ceux qui réduisent la fois à la magie !).

 

2. Crier dans la ville et non dans le désert.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLà c’est plus surprenant. Matthieu nous a habitués à appliquer Isaïe au pied de la lettre : « une voix crie dans le désert… ». Au point que c’en est devenu une expression proverbiale en français. Or Luc ne dit pas la même chose. Selon lui, Jean-Baptiste prêche « dans toute la région autour du Jourdain ». Il va donc inviter à son baptême de repentance les villes autour du fleuve : Béthanie, Jéricho, les villes de la Transjordanie et de la Décapole… Bref, il élargit son rayon d’action pour ne pas toucher que les juifs pieux venus le voir au désert. Luc insiste un peu plus loin, en citant Isaïe plus longuement que les autres pour y introduire une touche d’universalisme que Matthieu, Marc et Jean ne mentionnent pas : « toute chair  verra le salut de Dieu ». Grâce à cet ajout, les Romains, les Grecs ou les Syriens lisant cela se sentent concernés et s’incluent dans la promesse se réalisant en Jean-Baptiste, et c’est  majeur pour la prédication chrétienne.

Aujourd’hui encore, cet universalisme est attendu, à condition qu’il respecte les cultures locales et le génie propre de chaque peuple. Le salut de Dieu est pour tous : occidentaux ou asiatiques, arabes ou africains, hétérosexuels ou homosexuels, pauvres ou riches, enfants ou adultes, hommes ou femmes… Décliner ce que contient l’expression « toute chair » d’Isaïe permettra à Luc dans le livre des Actes des Apôtres de faire sauter le verrou de la circoncision, des interdits alimentaires juifs, des barrières sociales ou sexuelles. Ce même travail est toujours d’actualité : l’homme et la femme sont loin d’être à égalité dans les Églises qui ont besoin de se réformer radicalement pour répondre à cette aspiration légitime, véritable signe des temps inspiré par l’Esprit dans l’histoire. De même pour la place des plus pauvres : comment annoncer le salut pour « toute chair » si l’Église est perçue comme l’Église des riches ? Comment annoncer le salut pour toute chair si justement la place de la chair reste taboue ou suspecte dans l’enseignement et les pratiques ecclésiales ? Comment enfin annoncer que le salut est pour tous si la foi demeure romaine et occidentale dans une expression unique, dans sa discipline ou ses rites uniformes ? Comment l’Église pourrait-elle incarner un mondialisme écrasant les identités et liquidant les frontières alors que les quatre Évangiles font un travail d’inculturation remarquable au service de la particularité de chaque Église dans sa culture locale ? Les premières assemblées synodales inventaient un chemin entre démocratie et structure apostolique. Les premiers synodes provinciaux alliaient autonomie locale et communion entre évêchés bien distincts. Les premiers conciles se voulaient symphoniques, par une reconnaissance réciproque des us et coutumes des autres patriarcats, avec des lettres de communion et des hospitalités croisées pour maintenir l’unité dans la diversité. Il est urgent de réinventer un tel chemin aujourd’hui, à l’heure où la mondialisation libérale ou le repli sur soi nationaliste et religieux triomphent. Comme Luc, il nous faut tirer du neuf à partir de l’ancien pour répondre aux défis actuels sans répéter, mais en innovant dans la fidélité à l’Esprit agissant dans l’histoire. Et que dire du caractère urbain de la prédication chrétienne qui plus que jamais dans nos mégalopoles devrait retentir d’une manière qui soit adaptée aux modes de vie, aux logements et aux médias contemporains ?

Restent deux points communs entre les quatre Évangiles au sujet de ce passage de Luc 3,1 6: le kérygme et l’accomplissement des Écritures.

 

3. Le kérygme

RO30078665 criLe kérygme, c’est l’action publique du héraut qui proclame dans les rues un événement capital. Le verbe kerussein (proclamer, annoncer) est devenu si important dans le Nouveau Testament qu’il symbolise la mission chrétienne, kérygmatique par nature.

Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant (du verbe grec kerussein) un baptême de conversion pour le pardon des péchés

Kerussein : crier, proclamer, c’est dans les Actes des Apôtres annoncer la Pâque du Christ. Il y a plus d’une vingtaine de kérygmes formellement rapportés par Luc dans les Actes, attribués à Étienne, Pierre, Paul ou autres apôtres. Et Luc fait participer Jean-Baptiste à l’annonce de la Résurrection, en employant ce même verbe pour sa prédication et son baptême. En plongeant les pénitents dans le fleuve, Jean-Baptiste les associe sans le savoir à la mort/résurrection du Christ. Mourir au péché en étant plongée sous l’eau, renaître au souffle de la vie nouvelle en émergeant hors de l’eau : la symbolique du baptême de Jean est pascale. Elle s’affronte au mystère du mal et du péché en nous. Elle nous donne de lutter contre les forces de mort pour que la vie de Dieu triomphe en nous. Impossible d’annoncer l’Évangile aujourd’hui encore sans cette dimension tragique au cœur de la foi. Annoncer le Christ ne se réduit pas aux thérapies en tout genre qui pullulent autour de nous. Ni aux leçons de morale auquel on voudrait parfois le réduire. Évangéliser, c’est toujours s’affronter au mystère du mal et de la mort qui prolifère à chaque époque sous des masques nouveaux. Évangéliser produira tôt ou tard une centration sur le dynamisme pascal : veux-tu mourir à ton péché pour renaître à une vie nouvelle ? Une prédication qui éviterait cet affrontement crucial deviendrait rapidement des enfantillages, des mythes pour nostalgiques du sacré. Le péché prend des allures de désastre écologique, de crise financière, de complicité avec l’individualisme et son cortège de solitudes… Mourir à ce péché est l’invitation des Jean-Baptiste d’aujourd’hui. Édulcorer ou éviter ce combat central enlève à la mission de l’Église sa pertinence et son efficacité.

 

4. Accomplir les Écritures

CE-182 L'accomplissement des EcrituresLes quatre évangélistes citent Isaïe 40 et sa fameuse voix criant dans le désert. Même si chacun le fait à sa manière, avec ses versets en plus ou en moins, le tronc commun est bien là : le baptême de Jean-Baptiste accomplit la prophétie d’Isaïe. Autrement dit, le christianisme n’est pas la religion des promesses d’abord, elle est d’abord l’annonce des accomplissements. Ce qui était attendu arrive. Ce qui était espéré s’accomplit. Plus besoin de promettre que demain on rase gratis, puisque le salut de Dieu est pour maintenant, vraiment gratuit. Ce qui doit se voir en actes dans la vie de l’Église.

Si nous n’apportons pas avec nous les preuves tangibles de l’accomplissement des Écritures, surtout en ce qui concerne le salut des plus petits, alors mieux vaut rester chez soi et se taire. Si notre prédication avec les quatre évangélistes est une prédication de l’accomplissement, alors passons plus de temps à révéler les merveilles de Dieu déjà là qu’à stigmatiser les péchés des autres encore marquants. Accomplir, c’est relire les Écritures pour comprendre ce qui nous arrive maintenant, et montrer à tous comment les promesses de Dieu sont en train de se réaliser sous nos yeux. Nous sommes les receleurs de l’immense émerveillement devant le Verbe prenant chair, devant l’amour des ennemis rendu possible, devant la communion unissant sans séparation ni confusion, le pardon restaurant la relation, la paix du cœur plus forte que l’épreuve… À nous de discerner de tels accomplissements autour de nous, et de les proclamer haut et fort !

Que cette version de Jean-Baptiste par Luc - si semblable et si différente des autres - nous inspire un témoignage fort et puissant auprès de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ.

 


[1]. « Nous rejetons la foi comme seule voie vers la religion si elle rejette la raison », tel serait l’adage du mutalizisme.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Dieu va déployer ta splendeur » (Ba 5, 1-9)

Lecture du livre du prophète Baruc

Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture

« Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1, 4-6.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais, à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile. J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Évangile

« Tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 1-6) Alléluia. Alléluia.
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD

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24 août 2013

Dieu aime les païens

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dieu aime les païens

Homélie du 21° Dimanche du temps ordinaire / Année C
25/08/2013

Sans garantie du gouvernement

Dieu aime les païens dans Communauté spirituelle 618062-extremement-rare-telles-accusations-abusLes Frères musulmans d’Égypte ou les hassidims strictement orthodoxes de Jérusalem « grinceront des dents » à entendre les lectures de ce dimanche. Comment ? Faire partie du peuple élu ne suffit pas à être sûr d’être sauvé ? Comment ? Des étrangers venus d’on ne sait où viendraient nous « jeter dehors » pour prendre notre place auprès de Dieu ? Comment ? La pratique rituelle ne nous ouvre pas la « porte étroite » ? Alors, à quoi sert de pratiquer à la mosquée, à la synagogue ou à l’église ? Pourquoi chercher à être le premier dans le domaine de la foi si Dieu s’amuse à intervertir les derniers et les premiers ? (cf. Lc 13,22-30)

C’est ça qui est bien chez le Dieu de la Bible : il prend très souvent à contre-pied les certitudes des croyants trop sûrs d’eux, et ne garantit absolument aucun salut obtenu par la prière, le culte où la tradition. Renversant !

Isaïe annonce que le festin du royaume de Dieu est ouvert à tous les païens des quatre coins de l’horizon : rien ne sert d’être juif, cela ne donne aucune garantie ! Apparemment, dans la bouche d’Isaïe, les païens n’auront rien fait de spécial pour être ainsi associés au festin. Dieu ira les chercher gratuitement, sans autre condition que d’accepter de se laisser rassembler avec l’humanité enfin réconciliée. Par contre, ceux qui auront mangé et bu en présence du Christ se voient reprocher de faire le mal : un comble ! Comme quoi la pratique eucharistique n’est pas un calcul pour obtenir quoi que ce soit. La prière non plus. Prier ou communier relève de la gratuité et non du calcul. De la louange et non de la stratégie. Lorsque Dieu va chercher les païens – sans raison – pour les associer au festin à Jérusalem, il fait un pied de nez aux barbus, aux papillotes, aux soutanes impeccables qui virevoltent dans les lieux saints avec tant d’arrogance.

 

Dieu aime les païens.

Patrick BraudAu moins eux ne cherchent pas à l’utiliser.
Au moins eux seront étonnés d’être choisis et appelés.
Au moins eux auront conscience de ne rien mériter.
Au moins avec eux on est sûr que Dieu aime sans raison, à la limite de l’absurde.

Aimez-vous les païens qui vous entourent, à la manière de Dieu ?

C’est vrai, les chrétiens (et les pratiquants encore plus que les autres) sont minoritaires en France. Au travail, dans un quartier, en famille même ils sont quelques-uns noyés au milieu d’une masse d’indifférents ou d’opposants. La tentation est alors forte de se replier sur son identité religieuse menacée de toutes parts, et au pire de dénigrer ce qui ne vivent pas pareil, au mieux de les considérer avec un rien de mépris au fond des yeux.

Même les manifestants anti mariage-pour-tous sont exposés à ce piège. Sûrs de la droiture de leur opinion, ils risquent de juger les autres, leurs pratiques, leurs idées, avec dureté et intolérance.

 

Dieu aime les païens
En les invitant gratuitement à se rassembler avec les croyants, ils manifestent qui Il est : un amour inconditionnel.
À tous ceux qui se croient à l’abri à cause des multiples fidélités rituelles qu’ils observent soigneusement, l’appel des païens rappelle que c’est la miséricorde que Dieu désire, et non le sacrifice.

À tous ceux qui méprisent plus ou moins les autres parce qu’ils ne partagent pas leurs croyances et leurs pratiques, l’élection des païens résonne comme un signe : il y a beaucoup à apprendre de ceux qui vivent ailleurs ou autrement.

À tous ceux qui désespèrent des conflits religieux ensanglantant les peuples, de l’Égypte à l’Inde en passant par l’Irlande ou la Palestine, le choix par Dieu des païens annonce une immense espérance : Christ est mort pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52).

Le tout est d’aimer les païens à la manière de Dieu : tels qu’ils sont, invités au festin, associés au même étage. Les messagers (Is 66) qui sont chargés d’annoncer cette nouvelle aux nations lointaines sont chargés également de les ramener à Jérusalem, par tous les moyens possibles : chevaux, chariots, litières, mulets, dromadaires… Comme quoi tous les véhicules culturels sont bons pour ramener les nations vers Dieu ! Conception centripète de la mission d’Israël ou de l’Église, cette passion pour le rassemblement de tous dans l’unité reflète le coeur de Dieu. Jusqu’à prendre des prêtres et des lévites parmi ces païens – ose annoncer Isaïe - les fonctions les plus sacrées en Israël ! Décidément, Dieu ne respecte pas même pas son copyright, doivent penser les auditeurs du prophète…

Alors, regardez d’un autre oeil les païens avec qui vous travaillez, avec qui vous faites du sport, des repas, des sorties.
Dites-vous que ce sont vos voisins de table de demain au festin final.
Dites-vous qu’à travers eux, Dieu vous éduque à dilater votre cœur à ses dimensions à lui.
Apprenez d’eux ce qu’est la gratuité de la foi chrétienne.

1ère lecture : Dieu vient rassembler toutes les nations (Is 66, 18-21)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur : Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire :
je mettrai un signe au milieu d’eux ! J’enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont pas entendu parler de moi et qui n’ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations.
Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. Ils les conduiront jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d’Israël apportent l’offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur.
Et même je prendrai des prêtres et des lévites parmi eux. Parole du Seigneur.

Psaume : Ps 116, 1, 2

R/ Allez par le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle.

Louez le Seigneur, tous les peuples ; 
fêtez-le, tous les pays ! 

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ; 
éternelle est la fidélité du Seigneur !

2ème lecture : Dieu corrige ceux qu’il aime (He 12, 5-7.11-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, n’oubliez pas cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il reconnaît comme ses fils. 
Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on ne se sent pas joyeux, mais plutôt triste. Par contre, quand on s’est repris grâce à la leçon, plus tard, on trouve la paix et l’on devient juste.
C’est pourquoi il est écrit : Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent, et : Nivelez la piste pour y marcher. Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; bien plus, il sera guéri.

Evangile : L’appel universel au salut et la porte étroite (Lc 13, 22-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. De l’Orient à l’Occident, tous les peuples de la terre prendront place à la table de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 13, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant.
Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » 
Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas.
Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’
Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’
Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.’ 
Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors.
Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu.
Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Patrick Braud

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4 décembre 2010

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

 

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A

Dimanche 5 Décembre 2010

 

Un souffle d’universalisme réjouissant parcourt ces trois lectures d’Avent, et cela peut aller droit au coeur des païens que nous sommes.

 

Deux universalismes

Isaïe (Is 11,1-10) annonce une ère messianique, que nous croyons inaugurée en Jésus, où « le loup habitera avec l’agneau… ». C’est-à-dire où Palestiniens et Israéliens vivront en frères, où l’Europe sera source de paix et non plus de guerres mondiales, où chinois, américains et indiens s’entendront sur l’avenir de la planète etc…. Utopique ? Naïf ? Peut-être. Mais ceux qui ont cru à ce genre d’utopies ont réconcilié la France et l’Allemagne après 1945, ont créé l’Europe pour la paix, ont aboli les lois raciales aux États-Unis, l’apartheid en Afrique du Sud… : la liste est trop longue !

 

L’universalisme d’Isaïe dans ce texte est toujours une formidable source d’action politique et sociale.

  • C’est un universalisme « centripète » en fait : « la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront ».

On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme du rassemblement : rassemblement eschatologique de toutes les nations à Jérusalem pour Isaïe, rassemblement de toutes les cultures dans la communion ecclésiale pour nous aujourd’hui.

Ce modèle centripète de la mission a déjà porté de très beaux fruits : la vitalité des premières communautés chrétiennes tout autour du bassin méditerranéen dans les premiers siècles (cf. Actes des Apôtres), l’évangélisation par les monastères au Moyen Âge en Europe etc…

  • L’autre conception de la mission de l’Église sera sans surprise un universalisme  « centrifuge ».

Notre deuxième lecture en donne un écho, à travers la présence de Paul à Rome, loin de Jérusalem : « les nations païennes peuvent rendre gloire à Dieu. Comme le dit l’écriture : je te louerai parmi les nations » (Rm 15,4-9). Il ne s’agit plus là d’attirer  le monde entier à Jérusalem (ou dans l’Église), mais d’être dispersés au milieu des peuples pour leur permettre d’entrer en communion avec Dieu chacun selon son génie propre. On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme de l’envoi.

 

Pourquoi des poils de chameau et des sauterelles ?

Les chameaux sont dans la Bible associés à la richesse des nations étrangères, que ce soit pour la reine de Saba ou pour les mages. Le chameau est lui-même un animal impur, symbole des non-juifs : « Vous tiendrez pour impur le chameau parce que, bien que ruminant, il n’a pas le sabot fourchu » (Lv 11,4).

C’est dans ce sens que saint Hilaire de Poitiers  interprète symboliquement l’étrange accoutrement de Jean le Baptiste dans notre évangile (Jn 3,1-12).

 

« Ce vêtement pris à des animaux immondes auxquels ont peut comparer les nations païennes et qu’il sanctifiait en le portant, était un symbole de la sainteté que nous pouvions recevoir par son ministère. Les hommes, dans leurs allures désordonnées, ressemblaient à ces sauterelles dont se nourrissait le Prophète, ils étaient volages, stériles dans leurs ?uvres, verbeux, agités. Et maintenant il s’est trouvé que nous sommes devenus la nourriture des saints et les délices des prophètes : et nous leur avons offert en même temps que nos personnes un miel qui provenait non des rayons de la Loi, mais des arbres sauvages (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2). »

 

L’universalisme de Jean-Baptiste se manifeste, hors de Jérusalem, dans le désert, par son accueil de tous les pénitents. Bien plus, il affirme avec force : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». C’est-à-dire : ne croyez pas que le peuple de Dieu est limité aux juifs, au circoncis, aux pratiquants des rites prescrits. Dieu est libre de se susciter une famille en Inde comme au Brésil, en Chine comme en Afrique…

 

Alors, êtes-vous plutôt centrifuges ou centripètes ?

Selon l’accent mis, l’Église et la mission n’auront pas les mêmes couleurs…

·       Dans la conception centripète, on va soigner la liturgie, la formation des laïcs à la pastorale, l’accueil fraternel (cf. le succès mérité les communautés nouvelles en ce sens, ou même des Églises baptistes et pentecôtistes en milieu populaire)…

Avec les dangers qui sont liés à cette conception centripète : la tentation de faire la leçon à tout le monde et de disqualifier le monde contemporain en faisant comme si l’Église était le seul milieu du salut ; le risque de créer une contre-culture ecclésiale spécifique mais fermée ; la seule préoccupation de l’organisation interne de l’Église etc…

 

·       Dans la conception centrifuge, on va envoyer des missionnaires dans le monde entier (avec un beau succès encore dans les siècles passés !), on va former les laïcs à l’action politique, sociale et économique, encourager le dialogue avec les cultures contemporaines.

Les dangers liés à cette conception centrifuge sont eux aussi bien connus : le risque de l’enfouissement et de l’affadissement, voire de la disparition au milieu des peuples, le danger du relativisme etc…. 


·      
Vous l’avez deviné : l’Écriture ne tranche pas entre ces deux conceptions de la mission, centripète et centrifuge.

Dans toute la Bible se retrouvent ces deux dimensions de la mission: un universalisme centripète (rassemblement eschatologique à Jérusalem) et un universalisme centrifuge (de Jérusalem aux extrémités de la terre). Trop privilégier une seule de ces dimensions défigure le visage sacramentel de l’Église. La mission est envoi ; elle est aussi rassemblement, convocation, attraction universelle de la gloire de Dieu.

 

- La communion est en effet missionnaire : elle constitue en elle-même une annonce kérygmatique de la mort / Résurrection du Seigneur (Cf. Ac 2,47), car elle témoigne et réalise que le mystère pascal produit d’ores et déjà son fruit: « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). De plus, cette communion n’est pas un repli frileux et ?cocoonesque’ sur une identité ecclésiale fermée au monde. Elle est un envoi, une respiration (systole / diastole), un mouvement à la fois centripète et centrifuge, qui permet aux membres de l’ekklèsia (= assemblée) d’aller jusqu’aux extrémités de la terre (Mc 16,15; Ac 1,8), géographiquement et culturellement. L’eucharistie conjugue ces deux mouvements : rassembler le Peuple de Dieu dans l’ekklèsia, l’envoyer à la fin de la messe (missa = envoi), pour le reconvoquer après etc?

 

- On ne peut donc plus opposer communion et  mission, sacramentalisation et  évangélisation.

Car être missionnaire, c’est proposer à des personnes de faire l’expérience de la koïnonia, dont les sacrements vécus en Église sont des temps forts. À quoi servirait d’aller « rejoindre les païens », d’aller vivre l’enfouissement, de « s’ouvrir au monde », si ce n’était pas pour manifester visiblement que l’amour trinitaire est capable de transformer la vie humaine ? La mission n’est pas seulement centrifuge, elle est aussi centripète: permettre à tout homme de s’adjoindre à l’ekklèsia.

Car célébrer les sacrements, c’est aussi évangéliser. Les ministres qui président aux sacrements le font parce qu’ils président à la mission d’évangélisation de l’Église. Ce lien missionnaire est capital. Chez les Pères, la mystagogie  était un lieu symbolique pour faire naître le désir de Dieu et la soif de relations fraternelles à partir de la liturgie vécue. Aujourd’hui, l’accueil sacramentel (mariages, baptêmes, funérailles…) se doit d’évangéliser la demande religieuse de sacré, diffuse et ambiguë. Oscillant entre élitisme et braderie des sacrements, la ligne de crête de cette évangélisation par les sacrements est difficile à tenir et à mettre en oeuvre. D’où la responsabilité particulière des ministres pour dépasser les anciennes oppositions stériles.

 

·       La foi catholique fait donc le pari de tenir ensemble les deux dynamismes : à la fois lumière du monde (centripète) et sel de la terre (centrifuge), les chrétiens devraient discerner selon leur époque quel est l’accent à mettre pour devenir fidèles à cette tension constitutive de l’Église.

 

·       Il semble que notre période soit marquée par un fort retour de la conception Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ? dans Communauté spirituelle 7321950339297centripète : réflexes identitaires, surinvestissement dans la vie ecclésiale, petites  communautés chaleureuses (mais sont-elles pertinentes ou bien folkloriques dans notre culture ambiante ?)?

 

Ne faudrait-il pas redécouvrir le grand vent du large qui a poussé tant de Français aux XVIII°-XIX° siècles (avec la Terreur) et au XX° siècle (avec l’exil dû à la loi de 1905) à partir au loin, géographiquement et culturellement ?

 

N’est-il pas temps pour nous aussi de nous vêtir de poils de chameau (les sagesses des nations) et de nous nourrir de sauterelles et de miel sauvage (les semences du Verbe présentes dans toute culture) ?

 

 

 

1ère lecture : Le Messie, roi de paix (Is 11, 1-10)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur Dieu :

Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines.

Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur,

qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire.

Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant.

Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira.

La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage.

Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main.

Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

 

Psaume : Ps 71, 1-2, 7-8, 12-13, 17

R/ Voici venir un jour sans fin de justice et de paix.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,

à ce fils de roi ta justice.

Qu’il gouverne ton peuple avec justice,

qu’il fasse droit aux malheureux !

 

En ces jours-là, fleurira la justice,

grande paix jusqu’à la fin des lunes !

Qu’il domine de la mer à la mer,

et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 

Il délivrera le pauvre qui appelle

et le malheureux sans recours.

Il aura souci du faible et du pauvre,

du pauvre dont il sauve la vie.

 

Que son nom dure toujours ;

sous le soleil, que subsiste son nom !

En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;

que tous les pays le disent bienheureux !

 

2ème lecture : L’espérance offerte par l’Écriture s’étend à toutes les nations (Rm 15, 4-9)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture.

Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous selon l’esprit du Christ Jésus.

Ainsi, d’un même coeur, d’une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.

Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens.

Si le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, c’est en raison de la fidélité de Dieu, pour garantir les promesses faites à nos pères ; mais, je vous le déclare,

c’est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ; comme le dit l’Écriture : Je te louerai parmi les nations, je chanterai ton nom.

 

Evangile : Jean Baptiste annonce que le Messie vient juger le monde (Mt 3, 1-12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :

« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui,

et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.

Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?

Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,

et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.

Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.

Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ;

il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick Braud 

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