L'homélie du dimanche (prochain)

4 février 2015

Sortir, partir ailleurs…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Sortir, partir ailleurs…

cf. également :
Avec Job, faire face à l’excès du mal

Homélie du Dimanche / 5° Dimanche du temps ordinaire – Année B
08/02/2015

Un humoriste mettait ainsi en scène l’envoi des disciples par Jésus :

Le Christ leur dit : « allez voir ailleurs si j’y suis ».
Ils y allèrent … et effectivement il y était !

C’est bien cet ailleurs qui fascine Jésus dans notre évangile.

Il échappe à la recherche de ses compagnons et du village entier : « Partons ailleurs, dit-il, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 29-39). Et de fait Jésus n’arrête pas de sortir dans l’Évangile de Marc.

Il sort de la synagogue : passage symbolique du judaïsme à l’Église.

Il sort de Capharnaüm pour prier et choisir ses disciples.

Il sortira à nouveau pour proclamer l’Évangile.

En lien avec le désert, c’est tout le thème de l’Exode qui est présent en filigrane. Le leitmotiv qui revient sans cesse dans l’Exode, c’est ce refrain que Dieu scande : « C’est moi ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte ». Dieu fait sortir le peuple de l’Égypte, où les marmites pleines pouvaient endormir sa faim de Dieu.

Comme la naissance fait sortir l’enfant du ventre maternel où pourtant il était si bien.

Comme l’adolescence le fera sortir de la maison familiale et quitter l’enfance.

« Proclamer la Bonne Nouvelle, c’est pour cela que je suis sorti » dit Jésus.

Cela nous rappelle la parabole du semeur : « Écoutez : le semeur est sorti ». Comme un nouvel Exode.

L’amour n’est-il pas sortie de soi ? À travers ce décentrement de soi-même, à travers ce refus du succès facile qui l’aurait immobilisé à Capharnaüm, c’est tout le mouvement pascal du Christ qui est déjà présent et que nous célébrons tout à l’heure dans l’Eucharistie. La résurrection est évoquée dans le texte au moment de la sortie de Jésus : car Jésus se lève (c’est le verbe de la Résurrection: se lever d’entre les morts, comme la belle-mère de Simon que Jésus fait se lever) bien avant l’aube, c’est-à-dire au matin de la Résurrection.

Comment aimer quelqu’un sans sortir de soi, sans mourir à soi-même ? Sans sortir à la rencontre de l’autre ? Le Christ le premier est sorti de sa divinité pour se faire l’un de nous.

Rappelez-vous Moïse : il avait été élevé confortablement à la cour de Pharaon. Le livre de l’Exode nous le montre à un moment où il regarde ailleurs que cet univers de luxe et de prestige :« Moïse, qui avait grandi, sortit vers ses frères et vit ce qu’étaient leurs corvées » (Ex 2, 11). Moïse sort de son palais, de lui-même, il refuse de traverser la vie en 1ère classe alors que ses frères sont dans les compartiments de 3ème et 4ème classe. Au lieu du confort du palais égyptien et de sa condition de privilégié, Moïse sort vers ses frères et voit leur souffrance [1]. De même, Jésus, nouveau Moïse, Verbe de Dieu, sort de sa divinité, se vide de lui-même et devient l’un des nôtres : c’est le mouvement de kénose que décrit St Paul dans la lettre aux Philippiens : « Jésus, de condition divine, ne retint pas également le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est vidé de lui-même… » La kénose du Christ, c’est ce mouvement de sortie de soi qui révèle le cœur de la vie en Dieu. C’est le mouvement trinitaire où chaque personne divine n’est vraiment elle-même qu’en étant hors d’elle-même.

Sortir, partir ailleurs… dans Communauté spirituelle poussin1N’est-ce pas d’ailleurs le mouvement de tout amour : entre parents et enfants, entre amis, entre un homme et une femme ? Sortir de soi pour aller à la recherche de l’autre, sans cesse, car l’être aimé est insaisissable. C’est pourquoi le Christ refuse de se laisser saisir : il nous blesse d’amour et il disparaît. « Tout le monde te cherche » dit Simon. C’est-à-dire : « Tout le monde a été bouleversé parce que tu as fais et dis hier. Ils ont soif de toi ». Mais Jésus se dérobe : « Partons ailleurs ».

 

C’est le thème inépuisable de la recherche de Dieu et de son visage en Jésus.

St Augustin exprimait l’infini de cette quête inachevée par cette phrase géniale :

« chercher Dieu avec le désir de le trouver, le trouver avec le désir de le chercher encore ».

Un autre Père de l’Église, Grégoire de Nysse, écrivait :

« Trouver Dieu, c’est le chercher sans cesse. En effet, chercher ici, n’est pas une chose, et trouver une autre. Mais le gain de la recherche, c’est de chercher encore. Le désir de l’âme est comblé par là-même qu’il demeure insatiable. C’est-à-dire que c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer.

« Partons ailleurs » dit Jésus, pour nous rappeler que l’amour est un mouvement d’Exode, de sortie de soi. C’est bien cela : au moment où j’ai trouvé Jésus, il me désinstalle et me renvoie ailleurs. « Allez voir ailleurs si j’y suis ! ». Et de fait, c’est là qu’il est !

Un philosophe, Bergson je crois, disait :
« Le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais ».

Dites cela à des couples qui s’aperçoivent après 20 ans de mariage qu’il leur faut redécouvrir et réinventer leur relation commune une fois les enfants partis : « sortons de nous-mêmes ; partons ailleurs ».

Ou bien quelques années après, au moment de la retraite professionnelle.

Dites cela aux amoureux qui voudraient s’installer dans le ravissement illusoire de la période amoureuse.

Dites-le à ceux à qui une rupture, une dépression ou un chômage viennent murmurer la tentation de se replier sur soi-même : « Partons ailleurs. Sors de toi-même ».

Dites-le encore à une paroisse, à une équipe, à une Église ou un groupe qui ronronnerait sur lui-même. « Partons ailleurs, car pour proclamer l’Évangile, il faut sortir de soi ».

« Tout le monde te cherche » dit Simon à Jésus.

Y-a-quelquun ailleurs dans Communauté spirituelleBlessé d’amour pour avoir été saisi à un moment de notre vie par l’amour, puissions-nous nous mettre à sa recherche de toutes nos forces, comme la bien-aimée du Cantique des cantiques parcourant les rues de la ville à la recherche de son bien-aimé. Alors nous découvrirons que l’Exode est au cœur même de la vie de Dieu. Quand je cherche Dieu, je reçois de lui la possibilité d’aller vers lui. Or se rendre vers Dieu, c’est l’être même de Dieu Trinité ! Dieu n’est rien d’autre que celui qui sort de lui-même et qui se rend vers lui-même parce qu’il se donne à lui-même la possibilité d’aller vers soi. Aller vers Dieu et aller vers soi sont ainsi un seul et même mouvement… qui commence par le mouvement de sortie de soi, pour aller vers l’autre.

Le Père donne au Fils, en l’engendrant, la possibilité de revenir vers lui dans ce retour qu’est l’Esprit Saint. Ainsi, en sortant de nous-mêmes par l’amour, nous devenons Dieu, et nous devenons nous-mêmes. En Dieu, sortir de soi et aller vers l’autre, aller vers soi, ne sont pas contradictoires : c’est le même mouvement, celui de l’identité trinitaire.

« Partons ailleurs, dit Jésus, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle. Car c’est pour cela que je suis sorti ».

Eh bien : sortons de nous-mêmes, avec le Christ !

 


 


[1]. Le dernier film de Ridley Scott (2014) : Exodus, Gods and Kings, est en ce sens assez infidèle à l’esprit des textes bibliques. Son Moïse ne sort de son palais d’Égypte qu’à cause de sa charge royale, et il ne voit pas la souffrance de son peuple. Le film ne fait pas le lien entre la sortie de soi et la compassion, qui va amener à l’engagement. La rivalité personnelle entre Moïse et Pharaon y est surdimensionnée.

 

1ère lecture : Détresse de l’homme qui souffre (Jb 7, 1-4.6-7)
Lecture du livre de Job
Job prit la parole et dit :
« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée, il fait des journées de man?uvre. Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre, comme le manoeuvre qui attend sa paye, depuis des mois je n’y ai gagné que du néant, je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : ’Quand pourrai-je me lever ?’ Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand, ils s’achèvent quand il n’y a plus de fil.
Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur. »

Psaume : Ps 146, 1.3, 4-5, 6-7
R/ Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures !

Il est bon de fêter notre Dieu,
il est beau de chanter sa louange :
il guérit les coeurs brisés
et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom ;
il est grand, il est fort, notre Maître :
nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles
et rabaisse jusqu’à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce,
jouez pour notre Dieu sur la cithare !

2ème lecture : L’Apôtre se fait tout à tous (1Co 9, 16-19.22-23)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
si j’annonce l’Évangile, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
Certes, si je le faisais de moi-même, je recevrais une récompense du Seigneur. Mais je ne le fais pas de moi-même, je m’acquitte de la charge que Dieu m’a confiée.
Alors, pourquoi recevrai-je une récompense ? Parce que j’annonce l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, ni faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile.
Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible.
J’ai partagé la faiblesse des plus les faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns.
Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut.

Evangile : Une journée de Jésus au milieu des malades (Mc 1, 29-39)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus a pris sur lui notre faiblesse, il s’est chargé de nos douleurs. Alléluia. (cf. Mt 8, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En quittant la synagogue, Jésus, accompagné de Jacques et de Jean, alla chez Simon et André.
Or, la belle-mère de Simon était au lit avec de la fièvre. Sans plus attendre, on parle à Jésus de la malade. Jésus s’approcha d’elle, la prit par la main, et il la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit toutes sortes de malades, il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait.
Simon et ses compagnons se mirent à sa recherche.
Quand ils l’ont trouvé, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. »
Mais Jésus leur répond : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti. »
Il parcourut donc toute la Galilée, proclamant la Bonne Nouvelle dans leurs synagogues, et chassant les esprits mauvais.
Patrick BRAUD

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13 juin 2014

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

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Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Homélie pour la fête de la Trinité / Année A
15/06/2014

Même la famille a du mal?

Trinité : ne faire qu'un à plusieurs dans Communauté spirituelle bd35feca-201d-11e1-b53a-82616b81bcadUn repas de famille comme toutes les familles en vivent, à l’occasion de Noël, d’un anniversaire, d’une communion? La discussion à table en arrive aux impôts : la fameuse pression fiscale. Une des soeurs présentes part dans une longue diatribe véhémente sur le thème :

- regardez tout ce qu’on nous prend !

Je vois le visage d’une autre soeur se durcir et ses yeux se remplir de colère :

- tu as de la chance de payer des impôts. Nous on aimerait bien en payer, mais on n’est pas assez riches pour cela.

Le débat avec tout le monde enfle, s’envenime, au point que l’une des soeurs quitte la table en pleurant :

- on n’est vraiment pas du même monde !

Silence gêné et consterné évidemment après ce coup d’éclat : la fête est gâchée ; la joie de se retrouver en famille s’est évaporée à l’épreuve des différences trop grandes entre les modes de vie de chacun.

 

L’être humain est trinitaire

Dieu que c’est dur d’être unis en étant différents !

Dieu que c’est difficile de s’aimer alors que tout nous sépare !

C’est pourtant l’enjeu de cette fête de la Trinité : Dieu ne fait qu’un à trois, et il nous introduit dans cette intimité-là.

trinite2 amour dans Communauté spirituelleTrois personnes distinctes, une circulation d’amour entre elles les liant indissolublement : l’unité trinitaire est ce à quoi nous aspirons le plus profondément, parce que à son image nous avons été créés. Nous sommes faits pour vivre par de tels liens d’échanges réciproques où l’un et l’autre deviennent inséparables. Nous portons-nous la trace de cette communion divine, comme la cire garde en creux l’empreinte du sceau royal qui lui a donné sa forme.

Entre le Père et le Fils, dans l’Esprit, circule une telle intensité de relations que l’un n’est pas sans l’autre, et que chacun se reçoit et se donne en même temps, ne faisant plus qu’un dans ce don mutuel (les chrétiens grecs appellent périchorèse  cette joyeuse danse où l’amour circule entre les trois).

 

Ne faire qu’un à plusieurs : c’est bien cela notre vocation la plus fondamentale. Nous l’approchons lorsque l’amitié nous fait vibrer à l’unisson.

Nous la pressentons lorsque la ferveur sportive nous entraîne dans un même enthousiasme (la coupe du monde de football en témoigne !).

Nous la devinons lorsque la musique nous fait expérimenter une harmonie indicible. Nous l’expérimentons avec émotion devant la beauté de la création dont nous sommes issus.

Rien à voir avec la poupée de sel qui se dissout dans l’océan ! Non : l’unité trinitaire respecte le jeu de chacun. Distinguer pour mieux unir (Jacques Maritain) reste une maxime authentiquement chrétienne. Le Père n’est pas le Fils, l’Esprit est distinct des deux, et pourtant les trois ne font qu’un.

C’est en devenant profondément soi-même qu’on s’ouvre à la communion avec l’autre, et réciproquement. La communion divine exalte l’individualité de chacun en la mettant en relation avec la sienne.

L’adjectif chrétien est d’ailleurs synonyme de trinitaire en fait. Le Christ (chrestos en grec = oint) est l’oint, c’est-à-dire celui qui a reçu de Dieu le Père de l’onction de l’Esprit Saint. Le chrétien est donc celui qui, en suivant Jésus-Christ, reçoit du Père la force de l’Esprit pour vivre sa vie d’homme en communion (avec Dieu / les autres / lui-même / la nature…).

Pourquoi alors est-il si difficile d’être unis et différents ? Pourquoi tant de couples ne peuvent-ils pas durer jusqu’au bout sur ce chemin de communion (qui est trinitaire, au fond) ? Pourquoi tant de familles se déchirent-elles entre personnes de même sang ? Et les familles des peuples répercutent à l’infini ces divisions anti-trinitaires : entre catholiques et protestants autrefois, entre Hutus et Tutsis  récemment, entre palestiniens et israéliens toujours, hindous et musulmans encore…

Nous avons perdu la capacité de nous réjouir de ce que l’autre est vraiment autre. Au lieu de nous émerveiller de ce qu’il a et que je n’ai pas, nous jalousons, nous voulons lui ressembler à tout prix (cf. la violence mimétique analysée par René Girard). Au lieu de louer Dieu pour les talents et la personnalité de l’autre, nous cherchons à lui prendre, à le dominer, à le dévorer. Nous travestissons nos différences en inégalités, nous avons peur qu’elles soient source de domination.

 

reiser Dieu 

La Trinité au travail !

Fêter la Trinité est donc un sacré antidote à notre violence inhumaine, et un beau rappel de l’avenir qui nous est promis. Si on y réfléchit, tout notre univers est façonné par cette structure trinitaire. On a parlé de l’amitié, du couple, du sport, de la musique, de la beauté du monde. Parlons aussi de notre univers au travail.

‘Que vient faire la Trinité au travail ?’ railleront certains, en rajoutant avec cynisme : ?en entreprise, on n’est pas dans le monde des Bisounours’.

Pourtant, à moins d’être un ultralibéral partisan de la concurrence à mort, où l’un des derniers marxistes exaltant la lutte des classes, la plupart des travailleurs aspirent à des relations professionnelles faites de collaboration, de solidarité, d’estime, de reconnaissance mutuelle.

Tous les sondages réalisés auprès des salariés français ou européens redisent que l’attente des travailleurs tourne bien sûr autour de la rémunération, mais aussi de la considération, du respect, de l’ambiance et de la qualité des relations au travail.

 

Le secret de l’unité trinitaire réside dans le mouvement : se recevoir/se donner. Cette dynamique de l’échange à la manière divine peut transformer toute activité professionnelle.

Pas question alors d’imposer son autorité hiérarchique à une équipe en faisant claquer ses galons : l’autorité se reçoit, avec humilité, de bas en haut, d’une équipe qui reconnaît à quelqu’un le rôle et la mission de la conduire à sa réussite.

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Plus question entre collègues de rivaliser par la force ou la tromperie : la coopération fera gagner tous ensemble (ce qui ne supprime pas l’émulation, mais la met au service de la réussite commune). Se recevoir inclura également la relation client/usagers/élèves : un grand professionnel est d’abord reconnu comme tel par ses clients, un bon fonctionnaire par les usagers du service public, un professeur génial dans l’admiration de ses élèves.

Se donner marquera en retour l’activité professionnelle du sceau du service. Le grand commerçant est celui qui veut d’abord le meilleur service pour son client (qualité, prix, délai…). Il fait son métier par passion. C’est la passion de se donner qui anime également le scientifique qui cherche et expérimente, le professeur qui déploie des trésors de pédagogie etc.. Même les travaux apparemment les plus ingrats peuvent être vécus dans cet état d’esprit de service. Refaire des centaines de fois les mêmes gestes devant une machine ne peut pas se vivre sans solidarité avec les autres opérateurs, avec ceux de la maintenance des machines, avec le souci de la qualité finale pour le client etc. La manière d’accomplir sa tâche lui donne un autre sens, une dimension plus humaine parce que reliée à d’autres. Cela ne supprime pas la pénibilité physique, le côté mécanique, répétitif – voire abrutissant – de certaines tâches. Cela permet de résister à la déshumanisation qui guette toujours le monde du travail. Mais peut-être aussi d’éviter que des traders deviennent fous, des patrons arrogants, des équipes démotivées parce que divisées et sans aventure commune.

 

Une économie de communion (chère aux Foccolaris) ira puiser dans la Trinité une source d’inspiration pour transformer les relations au travail, et le travail lui-même.

Fêter la Trinité le dimanche permet donc de revenir le lundi matin à son bureau/usine/école/commerce avec le goût de la communion eucharistique (qui est trinitaire) encore dans la bouche. Tout peut devenir matière à se recevoir/se donner. Toute activité (si elle est orientée vers le bien commun) peut engendrer de l’unité entre des gens différents.

Relisons donc nos responsabilités à la lumière de cette vocation trinitaire : ne faire qu’un à plusieurs.

 

 

1ère lecture : Le Dieu tendre et miséricordieux se révèle à son peuple (Ex 34, 4b-6.8-9)

Lecture du livre de l’Exode

Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné.
Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer auprès de Moïse. Il proclama lui-même son nom ; il passa devant Moïse et proclama :
« YAHVÉ, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. »
Aussitôt Moïse se prosterna jusqu’à terre, et il dit :
« S’il est vrai, Seigneur, que j’ai trouvé grâce devant toi, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la tête dure ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous un peuple qui t’appartienne. »

Psaume : Ps Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56

R/ À toi, louange et gloire éternellement!

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni soit le nom très saint de ta gloire :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu sur le trône de ton règne :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu au firmament, dans le ciel :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

2ème lecture : Dans l’amour trinitaire (2Co 13, 11-13)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.
Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix. Tous les fidèles vous disent leur amitié.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous.

Evangile : « Dieu a tant aimé le monde…» (Jn 3, 16-18)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick BRAUD 

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10 mai 2013

Poupées russes et ruban de Möbius…

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Poupées russes et ruban de Möbius..

Homélie du 7° Dimanche de Pâques / Année C
12/05/2013

Les poupées russes de l’évangile de Jean…

Connaissez-vous les poupées russes ?

C’est d’abord un bel objet en bois peint, représentant une femme en habit traditionnel, très fleuri, venant à coup sûr des pays de l’Est. On l’appelle « matriochka » là-bas = petite mère.

Surprise : cette figurine s’ouvre par le milieu ! Elle laisse apparaître, en elle, une 2° matriochka, identique, plus petite, tout aussi souriante, pomponnée et chamarrée.

Et bien sûr ce n’est pas terminé : cette 2° matriochka s’ouvre car elle contient en elle une 3° figurine, plus petite, mais égale.

En lisant l’Évangile de Jean d’aujourd’hui, je me disais que ces 3 poupées russes pouvaient nous aider à visualiser ce qui est en jeu.

« Demeurez dans mon amour » : c’est la plus petite poupée russe qui vient se blottir à l’intérieur de la poupée du milieu.

« Comme moi je demeure dans l’amour du Père » : c’est la matriochka du milieu qui vient se loger à l’intérieur de la grande, qu’on pourrait appeler « Patriochka », en référence au Père.

Les grands discours de l’évangile de Jean déclinent cette image des poupées russes : « Qu’ils soient en moi comme moi en toi » dit Jésus.

« Qu’ils soient un, comme toi et moi, Père, nous sommes un ».

La dynamique du Baptême fait de même : baptiser, c’est plonger quelqu’un en Christ, pour qu’il devienne grâce au Christ, un véritable enfant de Dieu, fils ou fille adoptive du Père.

La dynamique de la messe relève aussi de cette même intériorité mutuelle.

La prière eucharistique culmine dans la grande acclamation (doxologie) :

« Par Lui, avec Lui, et en Lui  (la petite figurine dans la moyenne)

à Toi Dieu le Père tout Puissant,dans l’unité du Saint Esprit (les 2°  figurines dans la grande),

tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles ».

On voit alors que communier, ce n’est pas tant « laisser entrer Jésus dans son coeur » (comme on aime souvent dire aux enfants) que laisser Jésus nous faire entrer dans son corps (qu’est l’Église).

Comme l’écrivait le génial Augustin : « Je suis la nourriture des forts : grandis, et tu me mangeras. Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais c’est toi qui te changeras en moi » (Confessions ; Livre 7,X, 16).

Ce n’est pas le Christ qui devient du pain et du vin : c’est du pain et du vin qui basculent dans le monde du Christ, le monde de la Résurrection.

Ce n’est pas nous qui assimilons le Christ, c’est le Christ qui nous assimile à Lui.

La poupée russe du milieu (le Christ) englobe la petite (moi) et non l’inverse !

Dans la communion, c’est donc notre « christification », et finalement notre divinisation qui est en jeu : nous recevons celui que nous devenons, nous devenons celui que nous recevons.

Le ruban de Möbius

Si les matriochkas ne vous parlent guère, peut-être serez-vous sensibles au ruban de Möbius : prenez un ruban, tordez son rebord de manière à faire un huit qui boucle sur lui lui-même. Ce ruban a bien deux bords, mais en suivant celui de dessus entre votre pouce et votre index, vous vous retrouvez mystérieusement sur celui du dessous, sans pouvoir distinguer quand vous passez de l’un à l’autre. Cette intériorité mutuelle des deux bords du ruban de Möbius a intrigué bien des mathématiciens et des philosophes : comment deux surfaces distinctes peuvent-elles ne faire qu’un à ce point ?

« Moi en lui et lui en moi », disait Jésus en parlant de son Père?

Poupées russes et ruban de Möbius... dans Communauté spirituelle ruban-mobius

C’est cette unité essentielle qu’il nous offre de partager. Le Fils unique nous donne de devenir enfants adoptifs. En nous unissant à lui, ou plutôt en le laissant nous unir à lui, nous pourrons aimer comme lui, parce que avec lui et en lui.

 

Les martyrs, ces autres Christs

Ainsi Étienne, le premier martyr (et diacre) de l’Église : le récit des Actes des Apôtres de notre première lecture prend bien soin de noter ses attitudes et ses paroles comme suivant de très près celles du Christ dans sa Passion. « En face de ses accusateurs », Étienne regarde vers le Christ, et trouve ainsi la force de se remettre avec confiance entre ses mains (« reçois mon esprit ») comme le Christ l’a fait avec son Père (« Père entre tes mains je remets mon esprit »). Plus encore, avec quasiment les mêmes paroles, il va jusqu’à pardonner comme lui à ses bourreaux : « ne leur compte pas ce péché ». Étienne inaugure ainsi la longue lignée de martyrs tellement unis au Christ qu’ils reproduisent en leur chair, en paroles et en actes, la Passion du Christ uni à son Père.

la_lap11 matriochka dans Communauté spirituelle 

Avant même le baptême ou l’eucharistie, le martyr était la voie véritable par laquelle on devenait uni au Christ et à son Père. Étienne était un autre Christ, dans l’offrande de lui-même qu’il faisait par amour, jusqu’au bout. Ne plus faire qu’un avec le Christ est le but de l’aventure spirituelle. Comme gémissait Paul : « ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi ». (Ga 2,20)

 

Si nous demeurons « en Christ », puisque lui-même est uni à son Père, nous sommes comme la petite matriochka tout entière accueillie au sein de la grande « patriochka »?

 

 

L’intériorité mutuelle

Cette notion si johannique de l’intériorité mutuelle a eu une fécondité remarquable dans l’histoire des idées.

- Elle a d’abord été utilisée en théologie, pour décrire les relations intra-trinitaires.

- Puis en ecclésiologie, car cette expression s’applique également avec bonheur aux relations entre Église universelle et Église locale.

943134_5124231 TrinitéEn effet, pour les Pères de l’Église comme pour ceux du concile Vatican II, l’Église de Dieu se réalise dans et à partir des Églises locales. Le texte majeur de Vatican II est la définition du diocèse donnée en Christus Dominus 11:

« Un diocèse est une portion (portio) du peuple de Dieu, confiée à un évêque, pour qu’avec l’aide de son presbyterium, il en soit le pasteur; ainsi le diocèse, lié à son pasteur et par lui rassemblé dans l’Esprit-Saint, grâce à l’Évangile et à l’Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique. » Les premières versions du texte employaient le mot pars  et non  portio : or la nuance est capitale! En effet, une partie d’une table n’est pas une table; alors qu’une portion d’un gâteau est encore du gâteau, avec les mêmes propriétés que l’ensemble. On retrouve cette fameuse propriété d’intériorité mutuelle qui interdit de considérer l’Église locale comme une subdivision de l’Église universelle. L’Église locale est déjà une présence et une manifestation plénière de l’Église du Christ, aux conditions que le texte énumère : l’accueil de l’Évangile, de l’Esprit et de ses dons, la célébration de l’Eucharistie, le ministère pastoral.

Un deuxième texte conciliaire majeur est en Lumen Gentium 23, à propos de la collégialité épiscopale: chaque Église particulière est « constituée à l’image de l’Église universelle », et c’est « en elles » (les Églises particulières) « et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique, une et unique ».

Chaque Église locale a les mêmes propriétés que l’Église prise dans son ensemble. Le Concile ne s’est pas engagé sur des questions d’antériorité ou de supériorité à propos du rapport Église universelle – Églises locales, mais il a caractérisé ce rapport comme un rapport d’intériorité mutuelle . Hervé Legrand défend ainsi cette position: « Une telle articulation entre Églises locales et Église entière représente bien une révolution copernicienne par rapport à l’ecclésiologie jusque là courante, puisqu’on cesse de voir les Églises locales comme des réalisations partielles, et subordonnées, de l’Église entière. Plus justement, on affirme désormais que, l’Église de Dieu étant pleinement présente dans l’Église locale-diocésaine, l’Église entière doit être comprise à partir des réalisations locales de l’Église: concrètement l’Église entière se réalise dans la communion entre les Églises et dans ce qui manifeste leur réception mutuelle.

Une Église locale a  le tout  de l’Église, mais elle n’est pas toute l’Église. Elle est catholique  parce que  locale, à condition toutefois d’être en communion avec toute les autres Églises locales (avec une place spéciale pour la communion avec l’Église de Rome), qui sont des Églises différentes  mais non pas  autres  (thème des Églises-soeurs) 2.

 

- En psychologie également, l’intériorité mutuelle évoque les relations entre amis, entre amants. Le nous trinitaire est structurant du nous amoureux et familial, créés à son image et à sa ressemblance.

 

- En anthropologie, le rapport de l’homme à son corps peut être pensé sur ce mode de l’intériorité mutuelle (‘j’ai un corps’, et ‘je suis mon corps’).

- En métaphysique, St Thomas d’Aquin (suivant Aristote, et dépassant son dualisme âme-emc2corps) pensait que l’âme et le corps étaient unis par un double rapport d’inclusion réciproque : l’âme est la forme du corps (hylémorphisme), à tel point que seule la résurrection dite ?générale’ à la fin des temps correspond intégralement à l’espérance chrétienne, car l’âme y recevra alors un nouveau corps ?spirituel’ adapté à ce monde nouveau, sans qu’il y ait dissociation entre la ?chair’ de ce moi ressuscité et sa forme nouvelle.

 

- Il n’est jusqu’à la physique contemporaine qui ne puisse jouer de cette dualité ? unité : la double nature de la lumière (ondes et corpuscules), l’intériorité mutuelle de la matière et de l’énergie dans la relativité d’Einstein (E=mc² !), la courbure de l’espace-temps, ou la mystérieuse superposition des états quantiques?

 

Les choses et les êtres sont faits pour l’unité, mais une unité trinitaire où la différence n’est pas abolie. Le concept d’intériorité mutuelle, développé comme un leitmotiv obsédant dans l’évangile de Jean, est sans doute le plus adapté pour décrire ce que nous sommes appelés à devenir, par nature et par vocation : des relations vivantes aux autres, où le lien de communion conjugue l’altérité et l’intimité, sans séparation ni confusion.

 

Comme les matriochkas russes, comme le ruban de Möbius, désirons-nous cultiver cette intériorité mutuelle qui est la marque de l’amour, aussi bien dans nos relations familiales, que professionnelles ou amicales ?

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1. L’expression est de Jean-Paul II: Discours à la Curie Romaine du 20/12/1990, AAS 83 (1991) 745-747.

2. Cf. TILLARD J.M.R., L’Église locale. Ecclésiologie de communion et catholicité,  Cerf, coll. Cogitatio Fidei n° 191, Paris, 1995, pp. 76-144, pour les développements autour de ces thèmes.

1ère lecture : Étienne, pendant son martyre, voit Jésus à la droite de Dieu (Ac 7, 55-60)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l »Esprit Saint, il regardait vers le ciel ; il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu.
Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts : le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu. »
Ceux qui étaient là se bouchèrent les oreilles et se mirent à pousser de grands cris ; tous à la fois, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et commencèrent à lui jeter des pierres. Les témoins avaient mis leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul.
Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »
Puis il se mit à genoux et s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume : Ps 96, 1-2b, 6.7b, 9

R/ Élevé dans la gloire, Christ est Seigneur !

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
Justice et droit son l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.
À genoux devant lui, tous les dieux !

Tu es, Seigneur, le Très-Haut
sur toute la terre :
tu domines de haut tous les dieux.

2ème lecture : « Viens Seigneur Jésus » (brève : 12…17) (Ap 22, 12-14.16-20)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il aura fait. Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements pour avoir droit aux fruits de l’arbre de vie, et pouvoir franchir les portes de la cité. 

Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Je suis le descendant, le rejeton de David, l’étoile resplendissante du matin. »

L’Esprit et l’Épouse disent :« Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise aussi : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il approche. Celui qui le désire, qu’il boive l’eau de la vie, gratuitement.

Et moi, je témoigne devant tout homme qui écoute les paroles de la prophétie écrite dans ce livre : si quelqu’un inflige une addition à ce message, Dieu lui infligera les fléaux dont parle ce livre ; et si quelqu’un enlève des paroles à ce livre de prophétie, Dieu lui enlèvera sa part des fruits de l’arbre de vie et sa place dans la cité sainte dont parle ce livre.

Et celui qui témoigne de tout cela déclare : « Oui, je viens sans tarder. » ‘Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Evangile : La grande prière de Jésus : « Qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17, 20-26)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ne vous laisse pas orphelins : il reviendra vers vous, alors votre c?ur connaîtra la joie. Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant même la création du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi, je sois en eux.»

Patrick Braud

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2 juin 2012

Trinité : au commencement est la relation

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Au commencement est la relation »

 

Homélie pour la fête de la TRINITÉ

03/06/2012

 

« Au commencement est la relation »

Ce mot d’un philosophe des sciences, Gaston Bachelard, situe bien l’enjeu de cette fête de la Trinité. 

Au commencement de Dieu lui-même (si j’ose dire !) est la relation.

Trinité : au commencement est la relation dans Communauté spirituelle borromeeEn effet, c’est l’Esprit, vivante relation d’amour entre le Verbe et le Père qui constitue Dieu comme Dieu.

Chez nous les humains, un garçon devient d’abord un homme puis un père. Jésus nous a révélé qu’en Dieu c’est l’inverse : c’est parce qu’il est Père que le Père de Jésus est Dieu. Il n’est pas d’abord Dieu puis ensuite Père, à la manière humaine. C’est le fait de donner la vie à un autre, d’engendrer perpétuellement le Verbe, qui fait exister Dieu comme Dieu.

Comme l’écrivait le vieux St Thomas d’Aquin : « en Dieu, la relation est subsistante », c’est-à-dire : c’est le fait de se donner par amour à un autre qui donne sa consistance divine au Père.

 

D’ailleurs sans la Trinité, comment Dieu pourrait-il être amour ?

Aimer, c’est vivre une relation passionnée avec un autre.

S’il était solitaire, qui d’autre Dieu pourrait-il aimer avant le « commencement » ?

Vous voyez : il y a un lien très fort entre la Trinité et l’amour.

Nous sommes les seuls au monde à proclamer que Dieu est Amour en lui-même. Non pas seulement amour pour les hommes, comme le disent les juifs ou les musulmans, mais Amour en lui-même, « avant » toute création. Comme disait Maurice Zundel : « Dieu est amour parce qu’il trouve en soi l’Autre à qui se donner ».

Impossible si Dieu est solitaire !

Du coup, le but de la création apparaît très clairement trinitaire : Jésus nous révèle que l’Esprit de Dieu nous est donné pour entrer dans la relation d’intimité qui l’unit à son Père. Il s’agit ni plus ni moins que de devenir Dieu ! Ou plus exactement de laisser l’Esprit transformer toutes nos relations pour qu’elles deviennent trinitaires, c’est-à-dire des relations de communion, où l’on ne fait plus qu’un tout en restant deux, ou trois?

En termes spirituels, Maurice Zundel écrivait : « L’immense clarté de la Trinité, c’est que la vie de l’Esprit apparaît comme une virginité et une désappropriation totale, où l’on est soi dans un pur regard vers l’autre, et où on ne subit plus son être, parce qu’on l’assimile et le saisit en se donnant ».

 

Parce que nous sommes créés à l’image de Dieu qui est Dieu, alors nous sommes faits pour la relation. Traduisez en termes plus concrets : la solitude n’est pas divine, donc elle n’est pas humaine. Nous sommes appelés à rompre ces mauvaises solitudes qui isolent, ces enfermements qui cassent toute relation.

Rester en relation, même avec des amis qu’on ne voit pas souvent, même avec des frères et s?urs dispersés dans toute la France et au-delà, même avec des voisins parfois pénibles, même avec le père ou la mère de ses enfants après un divorce, même avec un fils, une fille qui a claqué la porte?

Dieu que c’est dur parfois de garder des relations vivantes !

Et pourtant nous sentons que nous sommes faits pour cela : être liés, reliés, alliés les uns aux autres.

Le Père Cantalamessa décrivait ainsi l’école de relation qu’est pour nous la Trinité :

« La théologie s’est servie du terme nature, ou substance pour indiquer en Dieu l’unité, et du terme cordee relation dans Communauté spirituellepersonne, pour indiquer la distinction. C’est pour cela que nous disons que notre Dieu est un Dieu unique en trois personnes. La doctrine chrétienne de la Trinité n’est pas une régression, un compromis entre le monothéisme et le polythéisme. Elle est au contraire un pas en avant que seul Dieu pouvait faire accomplir à l’esprit humain.

La contemplation de la Trinité peut avoir un impact précieux sur notre vie humaine. Elle est un mystère de relation. Les personnes divines sont en effet définies par la théologie « relations subsistantes ». Cela signifie que les personnes divines n’ont pas de relations, mais sont des relations. Nous, les êtres humains, nous avons des relations – de fils à père, de femme à mari, etc. – , mais nous ne finissons pas dans ces relations ; nous existons également en dehors d’elles et sans elles. Il n’en est pas ainsi du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous le savons, le bonheur et le malheur sur terre dépendent dans une large mesure de la qualité de nos relations. La Trinité nous révèle le secret pour avoir de bonnes relations. Ce qui rend une relation belle, libre et gratifiante, c’est l’amour dans ses diverses expressions. On voit ici combien il est important que Dieu soit vu tout d’abord comme amour et non comme pouvoir : l’amour donne, le pouvoir domine. Ce qui empoisonne une relation c’est de vouloir dominer l’autre, le posséder, l’instrumentaliser, au lieu de l’accueillir et de se donner. »

 

« Au commencement est la relation » : les scientifiques le découvrent davantage à chaque progrès de la physique notamment. C’est l’interaction entre 2 particules qui fait exister chacune, à tel point que la relativité générale nous redit à sa manière : tout est relation, et c’est la relation qui nous façonne.

         Notre relation à l’univers (où l’on retrouve l’écologie).

         Notre relation à nous-même, (où l’on retrouve l’intériorité).

         Notre relation aux autres (où l’on retrouve la fraternité).

         Notre relation à Dieu (qui est la source de toutes les autres).

Sommes-nous vraiment des êtres relationnels dans notre manière de vivre ?

Quelles sont les relations qui influent notre personnalité ?

Les parents mettent bien en garde leurs enfants sur « les mauvaises relations » qu’ils peuvent avoir : mais nous ?…

En contemplant Jésus qui se reçoit sans cesse de son Père, et qui ne veut exister sans lui ni hors de lui, en admirant ce Père qui sans cesse donne sa vie et son Amour à ceux qu’il engendre en son Fils, en laissant l’Esprit nous unir à Dieu, nous faire entrer dans l’intimité qui unit Jésus à son Père, nous pouvons deviner que toutes nos relations, familiales, amicales, professionnelles et autres vont être transformées à l’image des relations trinitaires.

« Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’unité du Saint Esprit… » : le point d’orgue (trinitaire) de la prière eucharistique en dit bien l’enjeu : il s’agit, en faisant Corps avec le Christ, d’entrer dans l’unité qui le relie au Père, et c’est l’Esprit qui est le lien vivant de cette unité.

 

Ne plus s’appartenir, vivre pour les autres, et en même temps être réconcilié avec soi grâce au regard de l’autre ?. : la Trinité, c’est vraiment une manière de vivre comme Dieu, en attendant de le vivre en Dieu totalement. Car, si « au commencement est la relation », au terme de l’histoire sera également la relation. Lorsque « Dieu sera tout en tous », nous participerons pleinement à cet échange trinitaire où chacun devient lui-même en étant tendu vers un autre, par amour.

De temps en temps, cela nous arrive de frôler cette intensité relationnelle trinitaire : par l’amitié, la musique, la solidarité, la communion des corps et des c?urs.

Alors nous percevons que nous sommes faits pour la relation, parce que en définitive nous sommes des êtres trinitaires.

Puissions-nous voir autrement toutes nos relations actuelles, grâce à cette fabuleuse perspective trinitaire?

 

1ère lecture : Notre Dieu est le Dieu unique (Dt 4,32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : « Interroge les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants ? comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton c?ur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre. Tu garderas tous les jours les commandements et les ordres du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. »

 

Psaume : 32, 4-5, 6.9, 18.20, 21-22

R/ Bienheureux le peuple de Dieu !

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour. 

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour.
Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre c?ur vient de lui,
notre confiance est dans son nom très saint.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : Notre adoption filiale dans l’Esprit Saint (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : « Abba ! » C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

 

Evangile : Le baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Mt 28, 16-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Au temps de Pâques, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick Braud

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