L'homélie du dimanche (prochain)

10 mai 2013

Poupées russes et ruban de Möbius…

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Poupées russes et ruban de Möbius..

Homélie du 7° Dimanche de Pâques / Année C
12/05/2013

Les poupées russes de l’évangile de Jean…

Connaissez-vous les poupées russes ?

C’est d’abord un bel objet en bois peint, représentant une femme en habit traditionnel, très fleuri, venant à coup sûr des pays de l’Est. On l’appelle « matriochka » là-bas = petite mère.

Surprise : cette figurine s’ouvre par le milieu ! Elle laisse apparaître, en elle, une 2° matriochka, identique, plus petite, tout aussi souriante, pomponnée et chamarrée.

Et bien sûr ce n’est pas terminé : cette 2° matriochka s’ouvre car elle contient en elle une 3° figurine, plus petite, mais égale.

En lisant l’Évangile de Jean d’aujourd’hui, je me disais que ces 3 poupées russes pouvaient nous aider à visualiser ce qui est en jeu.

« Demeurez dans mon amour » : c’est la plus petite poupée russe qui vient se blottir à l’intérieur de la poupée du milieu.

« Comme moi je demeure dans l’amour du Père » : c’est la matriochka du milieu qui vient se loger à l’intérieur de la grande, qu’on pourrait appeler « Patriochka », en référence au Père.

Les grands discours de l’évangile de Jean déclinent cette image des poupées russes : « Qu’ils soient en moi comme moi en toi » dit Jésus.

« Qu’ils soient un, comme toi et moi, Père, nous sommes un ».

La dynamique du Baptême fait de même : baptiser, c’est plonger quelqu’un en Christ, pour qu’il devienne grâce au Christ, un véritable enfant de Dieu, fils ou fille adoptive du Père.

La dynamique de la messe relève aussi de cette même intériorité mutuelle.

La prière eucharistique culmine dans la grande acclamation (doxologie) :

« Par Lui, avec Lui, et en Lui  (la petite figurine dans la moyenne)

à Toi Dieu le Père tout Puissant,dans l’unité du Saint Esprit (les 2°  figurines dans la grande),

tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles ».

On voit alors que communier, ce n’est pas tant « laisser entrer Jésus dans son coeur » (comme on aime souvent dire aux enfants) que laisser Jésus nous faire entrer dans son corps (qu’est l’Église).

Comme l’écrivait le génial Augustin : « Je suis la nourriture des forts : grandis, et tu me mangeras. Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais c’est toi qui te changeras en moi » (Confessions ; Livre 7,X, 16).

Ce n’est pas le Christ qui devient du pain et du vin : c’est du pain et du vin qui basculent dans le monde du Christ, le monde de la Résurrection.

Ce n’est pas nous qui assimilons le Christ, c’est le Christ qui nous assimile à Lui.

La poupée russe du milieu (le Christ) englobe la petite (moi) et non l’inverse !

Dans la communion, c’est donc notre « christification », et finalement notre divinisation qui est en jeu : nous recevons celui que nous devenons, nous devenons celui que nous recevons.

Le ruban de Möbius

Si les matriochkas ne vous parlent guère, peut-être serez-vous sensibles au ruban de Möbius : prenez un ruban, tordez son rebord de manière à faire un huit qui boucle sur lui lui-même. Ce ruban a bien deux bords, mais en suivant celui de dessus entre votre pouce et votre index, vous vous retrouvez mystérieusement sur celui du dessous, sans pouvoir distinguer quand vous passez de l’un à l’autre. Cette intériorité mutuelle des deux bords du ruban de Möbius a intrigué bien des mathématiciens et des philosophes : comment deux surfaces distinctes peuvent-elles ne faire qu’un à ce point ?

« Moi en lui et lui en moi », disait Jésus en parlant de son Père?

Poupées russes et ruban de Möbius... dans Communauté spirituelle ruban-mobius

C’est cette unité essentielle qu’il nous offre de partager. Le Fils unique nous donne de devenir enfants adoptifs. En nous unissant à lui, ou plutôt en le laissant nous unir à lui, nous pourrons aimer comme lui, parce que avec lui et en lui.

 

Les martyrs, ces autres Christs

Ainsi Étienne, le premier martyr (et diacre) de l’Église : le récit des Actes des Apôtres de notre première lecture prend bien soin de noter ses attitudes et ses paroles comme suivant de très près celles du Christ dans sa Passion. « En face de ses accusateurs », Étienne regarde vers le Christ, et trouve ainsi la force de se remettre avec confiance entre ses mains (« reçois mon esprit ») comme le Christ l’a fait avec son Père (« Père entre tes mains je remets mon esprit »). Plus encore, avec quasiment les mêmes paroles, il va jusqu’à pardonner comme lui à ses bourreaux : « ne leur compte pas ce péché ». Étienne inaugure ainsi la longue lignée de martyrs tellement unis au Christ qu’ils reproduisent en leur chair, en paroles et en actes, la Passion du Christ uni à son Père.

la_lap11 matriochka dans Communauté spirituelle 

Avant même le baptême ou l’eucharistie, le martyr était la voie véritable par laquelle on devenait uni au Christ et à son Père. Étienne était un autre Christ, dans l’offrande de lui-même qu’il faisait par amour, jusqu’au bout. Ne plus faire qu’un avec le Christ est le but de l’aventure spirituelle. Comme gémissait Paul : « ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi ». (Ga 2,20)

 

Si nous demeurons « en Christ », puisque lui-même est uni à son Père, nous sommes comme la petite matriochka tout entière accueillie au sein de la grande « patriochka »?

 

 

L’intériorité mutuelle

Cette notion si johannique de l’intériorité mutuelle a eu une fécondité remarquable dans l’histoire des idées.

- Elle a d’abord été utilisée en théologie, pour décrire les relations intra-trinitaires.

- Puis en ecclésiologie, car cette expression s’applique également avec bonheur aux relations entre Église universelle et Église locale.

943134_5124231 TrinitéEn effet, pour les Pères de l’Église comme pour ceux du concile Vatican II, l’Église de Dieu se réalise dans et à partir des Églises locales. Le texte majeur de Vatican II est la définition du diocèse donnée en Christus Dominus 11:

« Un diocèse est une portion (portio) du peuple de Dieu, confiée à un évêque, pour qu’avec l’aide de son presbyterium, il en soit le pasteur; ainsi le diocèse, lié à son pasteur et par lui rassemblé dans l’Esprit-Saint, grâce à l’Évangile et à l’Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique. » Les premières versions du texte employaient le mot pars  et non  portio : or la nuance est capitale! En effet, une partie d’une table n’est pas une table; alors qu’une portion d’un gâteau est encore du gâteau, avec les mêmes propriétés que l’ensemble. On retrouve cette fameuse propriété d’intériorité mutuelle qui interdit de considérer l’Église locale comme une subdivision de l’Église universelle. L’Église locale est déjà une présence et une manifestation plénière de l’Église du Christ, aux conditions que le texte énumère : l’accueil de l’Évangile, de l’Esprit et de ses dons, la célébration de l’Eucharistie, le ministère pastoral.

Un deuxième texte conciliaire majeur est en Lumen Gentium 23, à propos de la collégialité épiscopale: chaque Église particulière est « constituée à l’image de l’Église universelle », et c’est « en elles » (les Églises particulières) « et à partir d’elles qu’existe l’Église catholique, une et unique ».

Chaque Église locale a les mêmes propriétés que l’Église prise dans son ensemble. Le Concile ne s’est pas engagé sur des questions d’antériorité ou de supériorité à propos du rapport Église universelle – Églises locales, mais il a caractérisé ce rapport comme un rapport d’intériorité mutuelle . Hervé Legrand défend ainsi cette position: « Une telle articulation entre Églises locales et Église entière représente bien une révolution copernicienne par rapport à l’ecclésiologie jusque là courante, puisqu’on cesse de voir les Églises locales comme des réalisations partielles, et subordonnées, de l’Église entière. Plus justement, on affirme désormais que, l’Église de Dieu étant pleinement présente dans l’Église locale-diocésaine, l’Église entière doit être comprise à partir des réalisations locales de l’Église: concrètement l’Église entière se réalise dans la communion entre les Églises et dans ce qui manifeste leur réception mutuelle.

Une Église locale a  le tout  de l’Église, mais elle n’est pas toute l’Église. Elle est catholique  parce que  locale, à condition toutefois d’être en communion avec toute les autres Églises locales (avec une place spéciale pour la communion avec l’Église de Rome), qui sont des Églises différentes  mais non pas  autres  (thème des Églises-soeurs) 2.

 

- En psychologie également, l’intériorité mutuelle évoque les relations entre amis, entre amants. Le nous trinitaire est structurant du nous amoureux et familial, créés à son image et à sa ressemblance.

 

- En anthropologie, le rapport de l’homme à son corps peut être pensé sur ce mode de l’intériorité mutuelle (‘j’ai un corps’, et ‘je suis mon corps’).

- En métaphysique, St Thomas d’Aquin (suivant Aristote, et dépassant son dualisme âme-emc2corps) pensait que l’âme et le corps étaient unis par un double rapport d’inclusion réciproque : l’âme est la forme du corps (hylémorphisme), à tel point que seule la résurrection dite ?générale’ à la fin des temps correspond intégralement à l’espérance chrétienne, car l’âme y recevra alors un nouveau corps ?spirituel’ adapté à ce monde nouveau, sans qu’il y ait dissociation entre la ?chair’ de ce moi ressuscité et sa forme nouvelle.

 

- Il n’est jusqu’à la physique contemporaine qui ne puisse jouer de cette dualité ? unité : la double nature de la lumière (ondes et corpuscules), l’intériorité mutuelle de la matière et de l’énergie dans la relativité d’Einstein (E=mc² !), la courbure de l’espace-temps, ou la mystérieuse superposition des états quantiques?

 

Les choses et les êtres sont faits pour l’unité, mais une unité trinitaire où la différence n’est pas abolie. Le concept d’intériorité mutuelle, développé comme un leitmotiv obsédant dans l’évangile de Jean, est sans doute le plus adapté pour décrire ce que nous sommes appelés à devenir, par nature et par vocation : des relations vivantes aux autres, où le lien de communion conjugue l’altérité et l’intimité, sans séparation ni confusion.

 

Comme les matriochkas russes, comme le ruban de Möbius, désirons-nous cultiver cette intériorité mutuelle qui est la marque de l’amour, aussi bien dans nos relations familiales, que professionnelles ou amicales ?

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1. L’expression est de Jean-Paul II: Discours à la Curie Romaine du 20/12/1990, AAS 83 (1991) 745-747.

2. Cf. TILLARD J.M.R., L’Église locale. Ecclésiologie de communion et catholicité,  Cerf, coll. Cogitatio Fidei n° 191, Paris, 1995, pp. 76-144, pour les développements autour de ces thèmes.

1ère lecture : Étienne, pendant son martyre, voit Jésus à la droite de Dieu (Ac 7, 55-60)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l »Esprit Saint, il regardait vers le ciel ; il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu.
Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts : le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu. »
Ceux qui étaient là se bouchèrent les oreilles et se mirent à pousser de grands cris ; tous à la fois, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et commencèrent à lui jeter des pierres. Les témoins avaient mis leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul.
Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »
Puis il se mit à genoux et s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume : Ps 96, 1-2b, 6.7b, 9

R/ Élevé dans la gloire, Christ est Seigneur !

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
Justice et droit son l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.
À genoux devant lui, tous les dieux !

Tu es, Seigneur, le Très-Haut
sur toute la terre :
tu domines de haut tous les dieux.

2ème lecture : « Viens Seigneur Jésus » (brève : 12…17) (Ap 22, 12-14.16-20)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il aura fait. Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements pour avoir droit aux fruits de l’arbre de vie, et pouvoir franchir les portes de la cité. 

Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Je suis le descendant, le rejeton de David, l’étoile resplendissante du matin. »

L’Esprit et l’Épouse disent :« Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise aussi : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il approche. Celui qui le désire, qu’il boive l’eau de la vie, gratuitement.

Et moi, je témoigne devant tout homme qui écoute les paroles de la prophétie écrite dans ce livre : si quelqu’un inflige une addition à ce message, Dieu lui infligera les fléaux dont parle ce livre ; et si quelqu’un enlève des paroles à ce livre de prophétie, Dieu lui enlèvera sa part des fruits de l’arbre de vie et sa place dans la cité sainte dont parle ce livre.

Et celui qui témoigne de tout cela déclare : « Oui, je viens sans tarder. » ‘Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Evangile : La grande prière de Jésus : « Qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17, 20-26)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ne vous laisse pas orphelins : il reviendra vers vous, alors votre c?ur connaîtra la joie. Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant même la création du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi, je sois en eux.»

Patrick Braud

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2 juin 2012

Trinité : au commencement est la relation

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« Au commencement est la relation »

 

Homélie pour la fête de la TRINITÉ

03/06/2012

 

« Au commencement est la relation »

Ce mot d’un philosophe des sciences, Gaston Bachelard, situe bien l’enjeu de cette fête de la Trinité. 

Au commencement de Dieu lui-même (si j’ose dire !) est la relation.

Trinité : au commencement est la relation dans Communauté spirituelle borromeeEn effet, c’est l’Esprit, vivante relation d’amour entre le Verbe et le Père qui constitue Dieu comme Dieu.

Chez nous les humains, un garçon devient d’abord un homme puis un père. Jésus nous a révélé qu’en Dieu c’est l’inverse : c’est parce qu’il est Père que le Père de Jésus est Dieu. Il n’est pas d’abord Dieu puis ensuite Père, à la manière humaine. C’est le fait de donner la vie à un autre, d’engendrer perpétuellement le Verbe, qui fait exister Dieu comme Dieu.

Comme l’écrivait le vieux St Thomas d’Aquin : « en Dieu, la relation est subsistante », c’est-à-dire : c’est le fait de se donner par amour à un autre qui donne sa consistance divine au Père.

 

D’ailleurs sans la Trinité, comment Dieu pourrait-il être amour ?

Aimer, c’est vivre une relation passionnée avec un autre.

S’il était solitaire, qui d’autre Dieu pourrait-il aimer avant le « commencement » ?

Vous voyez : il y a un lien très fort entre la Trinité et l’amour.

Nous sommes les seuls au monde à proclamer que Dieu est Amour en lui-même. Non pas seulement amour pour les hommes, comme le disent les juifs ou les musulmans, mais Amour en lui-même, « avant » toute création. Comme disait Maurice Zundel : « Dieu est amour parce qu’il trouve en soi l’Autre à qui se donner ».

Impossible si Dieu est solitaire !

Du coup, le but de la création apparaît très clairement trinitaire : Jésus nous révèle que l’Esprit de Dieu nous est donné pour entrer dans la relation d’intimité qui l’unit à son Père. Il s’agit ni plus ni moins que de devenir Dieu ! Ou plus exactement de laisser l’Esprit transformer toutes nos relations pour qu’elles deviennent trinitaires, c’est-à-dire des relations de communion, où l’on ne fait plus qu’un tout en restant deux, ou trois?

En termes spirituels, Maurice Zundel écrivait : « L’immense clarté de la Trinité, c’est que la vie de l’Esprit apparaît comme une virginité et une désappropriation totale, où l’on est soi dans un pur regard vers l’autre, et où on ne subit plus son être, parce qu’on l’assimile et le saisit en se donnant ».

 

Parce que nous sommes créés à l’image de Dieu qui est Dieu, alors nous sommes faits pour la relation. Traduisez en termes plus concrets : la solitude n’est pas divine, donc elle n’est pas humaine. Nous sommes appelés à rompre ces mauvaises solitudes qui isolent, ces enfermements qui cassent toute relation.

Rester en relation, même avec des amis qu’on ne voit pas souvent, même avec des frères et s?urs dispersés dans toute la France et au-delà, même avec des voisins parfois pénibles, même avec le père ou la mère de ses enfants après un divorce, même avec un fils, une fille qui a claqué la porte?

Dieu que c’est dur parfois de garder des relations vivantes !

Et pourtant nous sentons que nous sommes faits pour cela : être liés, reliés, alliés les uns aux autres.

Le Père Cantalamessa décrivait ainsi l’école de relation qu’est pour nous la Trinité :

« La théologie s’est servie du terme nature, ou substance pour indiquer en Dieu l’unité, et du terme cordee relation dans Communauté spirituellepersonne, pour indiquer la distinction. C’est pour cela que nous disons que notre Dieu est un Dieu unique en trois personnes. La doctrine chrétienne de la Trinité n’est pas une régression, un compromis entre le monothéisme et le polythéisme. Elle est au contraire un pas en avant que seul Dieu pouvait faire accomplir à l’esprit humain.

La contemplation de la Trinité peut avoir un impact précieux sur notre vie humaine. Elle est un mystère de relation. Les personnes divines sont en effet définies par la théologie « relations subsistantes ». Cela signifie que les personnes divines n’ont pas de relations, mais sont des relations. Nous, les êtres humains, nous avons des relations – de fils à père, de femme à mari, etc. – , mais nous ne finissons pas dans ces relations ; nous existons également en dehors d’elles et sans elles. Il n’en est pas ainsi du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous le savons, le bonheur et le malheur sur terre dépendent dans une large mesure de la qualité de nos relations. La Trinité nous révèle le secret pour avoir de bonnes relations. Ce qui rend une relation belle, libre et gratifiante, c’est l’amour dans ses diverses expressions. On voit ici combien il est important que Dieu soit vu tout d’abord comme amour et non comme pouvoir : l’amour donne, le pouvoir domine. Ce qui empoisonne une relation c’est de vouloir dominer l’autre, le posséder, l’instrumentaliser, au lieu de l’accueillir et de se donner. »

 

« Au commencement est la relation » : les scientifiques le découvrent davantage à chaque progrès de la physique notamment. C’est l’interaction entre 2 particules qui fait exister chacune, à tel point que la relativité générale nous redit à sa manière : tout est relation, et c’est la relation qui nous façonne.

         Notre relation à l’univers (où l’on retrouve l’écologie).

         Notre relation à nous-même, (où l’on retrouve l’intériorité).

         Notre relation aux autres (où l’on retrouve la fraternité).

         Notre relation à Dieu (qui est la source de toutes les autres).

Sommes-nous vraiment des êtres relationnels dans notre manière de vivre ?

Quelles sont les relations qui influent notre personnalité ?

Les parents mettent bien en garde leurs enfants sur « les mauvaises relations » qu’ils peuvent avoir : mais nous ?…

En contemplant Jésus qui se reçoit sans cesse de son Père, et qui ne veut exister sans lui ni hors de lui, en admirant ce Père qui sans cesse donne sa vie et son Amour à ceux qu’il engendre en son Fils, en laissant l’Esprit nous unir à Dieu, nous faire entrer dans l’intimité qui unit Jésus à son Père, nous pouvons deviner que toutes nos relations, familiales, amicales, professionnelles et autres vont être transformées à l’image des relations trinitaires.

« Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’unité du Saint Esprit… » : le point d’orgue (trinitaire) de la prière eucharistique en dit bien l’enjeu : il s’agit, en faisant Corps avec le Christ, d’entrer dans l’unité qui le relie au Père, et c’est l’Esprit qui est le lien vivant de cette unité.

 

Ne plus s’appartenir, vivre pour les autres, et en même temps être réconcilié avec soi grâce au regard de l’autre ?. : la Trinité, c’est vraiment une manière de vivre comme Dieu, en attendant de le vivre en Dieu totalement. Car, si « au commencement est la relation », au terme de l’histoire sera également la relation. Lorsque « Dieu sera tout en tous », nous participerons pleinement à cet échange trinitaire où chacun devient lui-même en étant tendu vers un autre, par amour.

De temps en temps, cela nous arrive de frôler cette intensité relationnelle trinitaire : par l’amitié, la musique, la solidarité, la communion des corps et des c?urs.

Alors nous percevons que nous sommes faits pour la relation, parce que en définitive nous sommes des êtres trinitaires.

Puissions-nous voir autrement toutes nos relations actuelles, grâce à cette fabuleuse perspective trinitaire?

 

1ère lecture : Notre Dieu est le Dieu unique (Dt 4,32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : « Interroge les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants ? comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton c?ur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre. Tu garderas tous les jours les commandements et les ordres du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. »

 

Psaume : 32, 4-5, 6.9, 18.20, 21-22

R/ Bienheureux le peuple de Dieu !

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour. 

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour.
Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre c?ur vient de lui,
notre confiance est dans son nom très saint.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : Notre adoption filiale dans l’Esprit Saint (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : « Abba ! » C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

 

Evangile : Le baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Mt 28, 16-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Au temps de Pâques, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick Braud

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26 mai 2012

Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?

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Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?

 

Homélie pour la fête de Pentecôte

27/05/2012

 

Si l’Esprit Saint n’existait pas, est-ce que cela changerait quelque chose à votre existence ?

En cette fête de Pentecôte, la question n’est pas seulement une provocation pleine d’humour. C’est une question vitale. Beaucoup de chrétiens en effet vivent comme si l’Esprit Saint n’existait pas, alors qu’au contraire et paradoxalement beaucoup de non-chrétiens vivent en pratique en se laissant conduire par ce même Esprit.

 

Que veut dire vivre comme si l’Esprit Saint n’existait pas ?

C’est par exemple ne le prier jamais.

Nous sommes tellement habitués à dire « Seigneur, Seigneur » dans nos prières que nous ne savons plus très bien à qui elle s’adresse : au Père ? au Fils ? Mais l’Esprit également est Seigneur (cf. le credo : « il est Seigneur et il donne la vie »). Alors, pourquoi s’adresser à lui aussi rarement ?

Heureusement la liturgie a gardé les trésors où l’élan vers l’Esprit est porté par celui-là même qu’il implore : notre séquence de Pentecôte (« Viens Esprit Saint en nos coeurs »), le Veni Creator Spiritus qui accompagne toute ordination, les deux épiclèses (invocation à l’Esprit Saint) qui accompagnent normalement toute prière eucharistique (sauf la numéro 1 à qui elles manquent cruellement) etc.

Fêter Pentecôte, c’est d’abord retrouver cette place de la prière à l’Esprit Saint : avant la prière mariale, bien avant la prière confiante dans l’intercession des saints, la prière à l’Esprit Saint est la marque caractéristique de la prière chrétienne. C’est  une exultation de joie telle que l’a connue Jésus (« il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint » Lc 10,21) ou Marie dans son Magnificat.

Elle est une supplication pour se laisser entraîner dans une vie « spirituelle » :

« Lave ce qui est souillé,

baigne ce qui est aride,

guéris ce qui est blessé.


Assouplis ce qui est raide,

réchauffe ce qui est froid,

rends droit ce qui est faussé ». (séquence de Pentecôte)

Elle est le trait d’union entre une conduite purement humaine et une aventure inspirée.

 

Que signifie encore : vivre comme si l’Esprit Saint n’existait pas ?

C’est en pratique assimiler Dieu à une vague déité sans visage, où l’on croit en une force toute-puissante, impersonnelle. Sans l’Esprit Saint, notre Dieu est au mieux celui du judaïsme (bien que la tradition juive parle de la Ruah YHWH = souffle de Dieu, et ait bien des intuitions de l’existence de cette figure divine), au pire celui des religions païennes environnantes, et au milieu le Dieu de l’islam, solitaire à force d’être unique.

Si notre foi n’est pas trinitaire, alors toute la révélation accomplie en Jésus-Christ n’est qu’anecdotique.

Et si l'Esprit Saint n'existait pas ? dans Communauté spirituelle trinite01

Sans l’Esprit, pas de communion en Dieu, et donc pas de communion entre les hommes. Car c’est lui qui est le lien vivant unissant le Père et le Fils, « en un seul baiser d’amour » osaient dire les Pères de l’Église.

Sans l’Esprit pas de diversité en Dieu, pas d’altérité chez le tout-Autre. Et l’amour promeut la différence, en l’homme comme en Dieu. Dieu ne peut pas être amour s’il n’est pas communion de deux personnes ouvertes sur une autre qu’elles-mêmes, et c’est l’Esprit qui est ce flux intime assurant l’échange permanent entre le Père et le Fils, comme entre Dieu et nous.

 

C’est donc non seulement notre identité proprement chrétienne (et pas seulement croyante) qui est en jeu dans la fête de Pentecôte et de la Trinité qui s’ensuit, mais aussi notre capacité à entrer en communion profonde les uns avec les autres, avec le monde créé, avec Dieu.

Le phénomène des langues étrangères qui sont comprises et se comprennent dans Ac 2 relèvent de cette annonce : l’effet de l’effusion de l’Esprit est de rendre possible la communication entre ceux qui étaient étrangers les uns aux autres. Toute activité humaine qui contribue à ce résultat est sans aucun doute inspirée par l’Esprit : la musique lorsqu’elle rassemble au-delà des barrières et des frontières, la science (et singulièrement le langage mathématique qui est universel) lorsqu’elle stimule le génie de chaque scientifique à s’unir aux autres pour progresser, l’économie même lorsqu’elle favorise une mondialisation respectueuse de la différence de chaque peuple.

 

Que voudrait dire encore vivre comme si l’Esprit ça n’existait pas ?

L’Esprit « souffle où il veut » (Jn 3,8) et il se moque des étiquettes ecclésiales. Si la foi en l’Esprit Saint s’affaiblit (comme chez les intégristes où elle est remplacée par l’obsession de la tradition à répéter), alors on devient incapable de reconnaître qu’il y ait du salut en dehors de l’Église. On se crispe sur des replis identitaires où seuls les purs seraient sauvés. Mais Moïse lui-même a reconnu que l’Esprit du Seigneur pouvait agir librement en dehors de lui (cf. l’épisode avec Eldad et Médad [1]), et Jésus a bien été obligé de reconnaître cette même liberté de l’Esprit (cf. l’épisode où quelqu’un libère au Nom de Jésus sans faire partie du groupe des disciples  [2]). Sans l’Esprit, l’histoire humaine n’est plus le lieu d’une aventure commune où Dieu et l’homme inventent ensemble un pas de danse propre à chaque génération. Si l’histoire n’est plus spirituelle, elle devient idéologique (à la manière des idéologies meurtrières du XX° siècle) ou traditionnelle (au sens le plus fixiste du terme : il n’y a plus d’histoire lorsqu’il faut seulement observer ce qui a été commandé, et répéter ce qui a été fait).

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Vous le voyez, les enjeux de Pentecôte sont impressionnants.

Prier l’Esprit, le laisser nous révéler un Dieu trinitaire, le laisser inspirer des liens de communion entre nous, le laisser être le partenaire d’une histoire vivante : nous n’en serons pas quitte avec une seule fête par an ; mais qu’au moins elle nous mène sur un chemin plus inspiré…

 


[1]Moïse sortit pour dire au peuple les paroles de Yahvé. Puis il réunit 70 anciens du peuple et les plaça autour de la Tente. Yahvé descendit dans la nuée. Il lui parla, et prit de l’Esprit qui reposait sur lui pour le mettre sur les 70 anciens. Quand l’Esprit reposa sur eux ils prophétisèrent, mais ils ne recommencèrent pas. Deux hommes étaient restés au camp; l’un s’appelait Eldad et l’autre Médad. L’Esprit reposa sur eux; bien que n’étant pas venus à la Tente, ils comptaient parmi les inscrits. Ils se mirent à prophétiser dans le camp. Un jeune homme courut l’annoncer à Moïse: « Voici Eldad et Médad, dit-il, qui prophétisent dans le camp. » Josué, fils de Nûn, qui depuis sa jeunesse servait Moïse, prit la parole et dit: « Moïse, Monseigneur, empêche-les! » Moïse lui répondit: « Serais-tu jaloux pour moi? Ah! puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son Esprit! » Puis Moïse regagna le camp, et avec lui les anciens d’Israël. (Nb 11, 24-30)

 

[2]Jean lui dit: « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit: « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous. (Mc 9,38-40)

 

1ère lecture : La venue de l’Esprit Saint sur les disciples (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux. Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d’eux les entendait parler sa propre langue. Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

 

Psaume : Ps 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes ?uvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens. 

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière. 
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre. 

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses ?uvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

 

2ème lecture : « Laissons-nous conduire par l’Esprit » (Ga 5, 16-25)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu ; alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair.
Car les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez.
Mais en vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi.
On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité,
idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme,
rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Mais voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi,
humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n’y a plus de loi qui tienne.
Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes.
Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit.

 

sequence :

Viens, Esprit-Saint, en nos c?urs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres.
Viens, dispensateur des dons.
Viens, lumière en nos c?urs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le c?ur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu
donne le salut final
donne la joie éternelle. Amen.

 

Evangile : « L’Esprit de vérité vous guidera » (Jn 15, 26-27; 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Pénètre le c?ur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour! Alléluia.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.

J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Patrick Braud

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25 février 2012

Une recette cocktail pour nos alliances

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Une recette cocktail pour nos alliances

 

1° Dimanche de Carême  / Année B

26/02/2012

 

« Quand on verra l’arc dans la nuée,  je me souviendrai de mon alliance entre moi, vous, et tout être vivant… »

 

Ce célèbre passage marque la première d’une longue série d’alliances. Il y aura après cette alliance noachique l’alliance abrahamique (la circoncision, l’alliance « entre les morceaux »), l’alliance davidique (avec l’onction d’huile pour introniser le roi) etc., jusqu’à la nouvelle Alliance en Jésus (le pain et le vin eucharistiques).

Ces alliances ont une structure commune, qui peut nous aider à faire vivre les alliances qui sont les nôtres, qu’elles soient amicales, sociales, ecclésiales, associatives etc…

Leur but ultime est finalement l’amour, à travers quatre composantes essentielles : l’amour demande des signes, une parole, une  mémoire, il est un appel à l’unité trinitaire.

 

1. Une alliance demande des signes

L’arc dans la nuée, c’est d’abord un signe, signe visible pour qui sait relever la tête et ne pas toujours rester le nez sur ses souliers. Un signe comme il nous en est souvent donné dans une relation profonde.

Que ce soit en amour, en amitié, dans une aventure professionnelle ou ecclésiale, chacun de nous a dans le coeur mille petits signes de son existence qu’après coup, nous pouvons interpréter comme des clins d’oeil divins, des clins d’yeux pourrait-on dire, si l’on craignait que Dieu n’attrape une crampe à la paupière à force de nous faire des signes… À nous de continuer sans cesse à déchiffrer les événements de notre vie pour y lire les signes de la venue de Dieu vers vous.

 

Encore faut-il savoir lever la tête et scruter le ciel pour y voir l’arc en ciel, au lieu de rester collé à la surface de soi-même, ce que trop de gens font, en croyant que c’est le matériel qui est le plus important à assurer. D’où l’importance des temps de prière, de retraite, de dialogue (le fameux « devoir de s’asseoir ») etc…

On remarque d’ailleurs qu’un arc en ciel n’est jamais seul : il y a toujours un deuxième arc, estompé, en léger décalage avec le premier. Comme si Dieu, connaissant notre tête dure, redoublait d’attention pour nous faire signe !

 

2. Une alliance demande à être parlée

L’arc-en-ciel est donc un signe, mais qui demande d’être interprété par une parole humaine, dans un dialogue entre deux partenaires d’alliance.

 

Dieu dit à Noé: « Je vais établir mon Alliance avec vous et votre descendance, et l’arc en sera un signe ». Dès lors, au lieu d’avoir peur de ce phénomène cosmique, au lieu d’être fasciné et paralysé par cet événement autrefois terrifiant, Noé, grâce à cette parole, y verra l’invitation que Dieu lui fait d’humaniser la terre par sa science et ses techniques. Les chrétiens savent depuis  longtemps combien ce « désenchantement du monde » permet de développer la responsabilité et le travail de l’homme. Le monde n’est pas Dieu: il nous parle de Dieu. Nous n’avons rien à craindre de la nature, qui nous est donnée comme une partenaire, une soeur, une amie. Les événements de notre vie non plus ne sont pas terrifiants: ils sont à interpréter à la lumière de la Parole de Dieu. C’est pourquoi Jésus n’arrête pas de dire à ses disciples : « confiance, c’est moi; n’ayez pas peur ».

 

Joindre la parole aux gestes, et les gestes à la parole… : c’est tout l’enjeu du symbole d’alliance, que le oui sacramentel du mariage symbolise au plus haut point, par l’anneau glissé au doigt l’un de l’autre.

 

3. Une alliance est un mémorial

Alors, quand il est parlé dans l’amour, ce signe d’alliance devient un mémorial.

« Je me souviendrai de mon alliance, dit Dieu, lorsque je verrai l’arc-en-ciel ». Les gens Une recette cocktail pour nos alliances dans Communauté spirituelle mariagemariés se souviennent lorsqu’ils touchent ou regardent leur anneau à leur doigt. Mais plus encore lorsqu’ils font mémoire de tout ce qui a jalonné leur vie. Leur alliance à leur annulaire est le « mémorial portatif » de la promesse d’aujourd’hui, où Dieu les donne l’un à l’autre. Le mémorial des moments heureux et des moments difficiles traversés ensemble. L’anamnèse des transformations que la parole d’amour et les gestes d’amour auront pu provoquer en eux. Graver dans sa tête et dans son coeur ces moments-là est un atout précieux lorsque l’horizon s’assombrit.

Les peuples ou les couples sans mémoire sont des peuples ou des couples fragiles.

Parce qu’ils croient que leur histoire n’a pas de poids, parce qu’ils ne voient pas la sainteté de leur histoire commune, ils risquent de sacrifier trop vite ce que des années avaient mis à construire. Dans et par le mémorial, un peuple peut non seulement se souvenir, mais aussi retrouver la confiance fondamentale en Dieu et en l’autre: nous avons déjà traversé des moments merveilleux, ne les renions pas; nous avons traversé des moments difficiles, ne les oublions pas. Ce que Dieu a fait pour nous hier, il le refait aujourd’hui, même si nous ne savons pas comment, à cet instant précis. Car Dieu est fidèle à son amour. Le mémorial eucharistique devient ici vraiment une nourriture et un chemin de vie pour le couple, qui sait associer sa propre histoire à celle du Christ, qui sait offrir sa vie avec celle du Christ dans le pain et le vin sur l’autel.

 

Dieu est fidèle. Il a d’ailleurs promis à Noé que jamais, jamais plus les eaux du Déluge ne submergeraient la terre. En voyant l’arc dans la nuée, l’homme retrouve confiance dans la bonté de la vie et de la Création. D’ailleurs, l’arc dans le ciel est justement l’arc du guerrier, mais retourné à l’horizontale, comme une arme accrochée au porte-manteau signifie que la guerre est finie. Le mal ne peut plus avoir le dernier mot. Et c’est encore plus vrai depuis la Résurrection du Christ.

 

4. L’alliance appelle à l’unité trinitaire

Une dernière interprétation symbolique de l’arc-en-ciel peut aider à deviner la beauté de nos propres alliances.

Qu’est-ce qu’un arc-en-ciel en effet, sinon le mariage du feu et de l’eau, c’est-à-dire l’union des contraires ? Le feu du soleil et l’eau de la pluie composent dans le ciel cette figure unique de plénitude et d’harmonie… C’est l’annonce que Dieu et l’homme, si différents l’un de l’autre tellement Dieu est transcendant par rapport à l’homme, sont faits pour se mêler, pour s’allier. Éloge de la différence, éloge de l’unité aussi.

 

Les sciences physiques nous disent la même chose: dans l’arc-en-ciel, l’unique lumière du soleil est diffractée en une infinité de couleurs à travers les mille gouttelettes d’eau en suspension dans l’air. Dieu, la lumière une et inaccessible, donne naissance aux mille couleurs de l’existence humaine. Le blanc n’est-il pas la somme de l’infinité de toutes les couleurs possibles, qui en dérivent et y participent ? Et inversement, quand les hommes vivent entre eux la communion de l’amour, ils deviennent eux-mêmes la lumière divine. C’est donc que l’amour humain, en conjuguant l’un et le multiple, est capable de diviniser l’homme. De cela, les couples mariés sont pour nous des sacrements vivants: en s’aimant mutuellement comme le Christ aime l’Église, ils marchent vers cette unité lumineuse dont témoigne l’arc-en-ciel. En devenant un à la manière trinitaire, ils diffractent vers l’Église, et vers l’humanité entière, leur vocation ultime: vivre pleinement la communion trinitaire, où l’amour sait conjuguer l’un et le multiple, la différence et l’identité, l’intimité et la distance, l’altérité et la proximité…

 

Dans nos engagements de tous ordres, dans nos amitiés, nos amours, nous devenons les signes vivants qu’une alliance de paix est possible entre amis, entre groupes différents, entre un homme et une femme, entre le Christ et son Église, entre l’humanité et Dieu.

 

Pendant ce Carême qui commence, revisitons les alliances qui sont les nôtres, de tous ordres, pour qu’elles retrouvent la force et la solidité de l’alliance avec Noé.

Signe, parole, mémoire, unité : où en sommes-nous ?

Entraînons à repérer ces ‘arcs-en-ciel’ dont Dieu jalonne nos routes.


1ère lecture : Dieu fait une alliance avec l’homme (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse

Après le déluge, Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec tous vos descendants, et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous : les oiseaux, les animaux domestiques, toutes les bêtes sauvages, tout ce qui est sorti de l’arche pour repeupler la terre. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »
Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous, pour toutes les générations à venir : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc-en-ciel paraîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance avec vous et avec tous les êtres vivants, et les eaux ne produiront plus le déluge, qui détruit tout être vivant. »

 

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9, 10.14

R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L’eau du baptême nous sauve de nos péchés (1P 3, 18-22)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie. C’est ainsi qu’il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort. Ceux-ci, jadis, s’étaient révoltés au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, huit en tout, furent sauvées à travers l’eau. C’était une image du baptême qui vous sauve maintenant : être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel, au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu.

 

Evangile : Jésus au début de sa mission (Mc 1, 12-15)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Patrick Braud 

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