L'homelie du dimanche

1 novembre 2015

Ton absence…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Ton absence…


Homélie pour le jour des fidèles défunts
2 Novembre

Je me souviens de parents du catéchisme qui ont débattu longtemps entre eux pour savoir quelle attitude adopter : fallait-il ou non laisser leur enfant voir son grand-père qui venait de mourir ? fallait-il ou non l’emmener avec eux pour la célébration des obsèques à l’église ? au cimetière ?

Ne répondons pas trop vite… Eux avaient finalement opté pour dire la vérité et la vivre avec leur enfant de 8 ans, en l’emmenant avec eux, en lui parlant, en lui permettant de pleurer, mais aussi de porter une fleur, une bougie, un dernier baiser… Et ils n’ont pas regretté d’avoir eu ce courage : le deuil a été plus humain, plus vrai, mieux traversé grâce à cela.

Quand nous prions pour ceux qui nous ont précédé, parents, oncles et tantes, grands-parents, nous leur rendons grâce pour ce qu’ils nous ont transmis.

Reconnaître ce que nous leur devons, c’est si important !

Nous ne nous sommes pas faits tout seuls, à partir de rien.

Le monde n’a pas commencé avec nous.

Un certain sens de l’histoire, familiale, communale, nous aide à ne pas oublier d’où nous venons. Nos cimetières disent d’ailleurs l’histoire de nos familles, de nos communes, avec gravité, parfois avec humour…

Quand nous évoquons ceux qui ne sont plus là, nous éprouvons à nouveau qu’ils nous manquent.

Ils font partie de nous. Ils ont laissé leur trace et leur empreinte au plus intime de notre coeur, de notre mémoire, de notre identité. Nous mesurons encore davantage qu’avec les vivants que nous sommes faits pour vivre en lien, en relation, en communion les uns avec les autres. Non pas repliés sur nous-mêmes, mais reliés aux autres, parce qu’ils sont une partie de nous-mêmes. Dans la foi, ce manque, cette absence des êtres aimés n’est pas désespérante ou déprimante : redécouvrir dans la prière que tel visage me manque, c’est un double appel à aimer et à espérer.

 

Appel à aimer :

car il s’agit d’être fidèle à ce que la personne aimée à ouvert en moi de capacité à me donner, à me livrer. Il s’agit de ne pas rater mes relations avec mes proches en me laissant enfermer dans une nostalgie qui ne fera pas revivre l’être disparu, mais qui par contre me coupera de mes proches.

C’est toute l’importance de ce que l’on appelle le « travail de deuil ». J’ai connu les parents d’un très bon ami de collège tué sur sa mobylette à 14 ans, fils unique ; des années après, ils avaient laissé intacte sa chambre, ressassaient toujours le même chagrin, et leur maison tout entière était sous la domination de la douleur, les empêchant de vivre… Mon ami Jean-Yves, de l’ailleurs où il se tient désormais, pourrait-il être heureux de la longue descente de ses parents au fond du désespoir ?

Appel à aimer, donc à tisser de nouvelles relations, car c’est ainsi que l’on devient fidèle à ses disparus.

 

Appel à espérer aussi :

car dans la foi chrétienne nous croyons que les liens d’amour qui nous ont unis sont, en Jésus-Christ, plus forts que la mort !

Alors, fêter les défunts, c’est nous rappeler à nous-mêmes le terme, le but de notre route. « Si nous avons mis notre espérance dans cette vie-ci seulement, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes » (1 Co 15,9). Mais non, le Christ est ressuscité, et le but de notre vie n’est pas ici-bas uniquement.

Alors la mort peut changer de signe, quelque soient les circonstances qui l’ont accompagné… Elle peut devenir attente, comme le grondement sourd de la vague qui approche…

 

Mourir, c’est rencontrer

Notre espérance est placée en Dieu, lui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, et non en notre souvenir. Car jamais le souvenir n’a fait revivre quelqu’un. Alors que Dieu est capable de donner la vie là où pour nous c’est impossible, même à ceux que les hommes ont oublié et délaissé… Ce que nous appelons la mort n’est jamais que la rencontre en plénitude de Celui qui est la source vivante de tous les liens qui nous relient les uns aux autres, au-delà de l’espace et du temps.

 

Que ce double appel, à aimer et à espérer, nous aide à faire mémoire de nos défunts dans la paix et la sérénité.

 

 

 

1ère lecture : La vie de tout homme est dans la main de Dieu(Sg 2,23; 3,1-6.9)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même.
La vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n’a de prise sur eux.
Celui qui ne réfléchit pas s’est imaginé qu’ils étaient morts ; leur départ de ce monde a passé pour un malheur ; quand ils nous ont quittés, on les croyait anéantis, alors qu’ils sont dans la paix.
Aux yeux des hommes, ils subissaient un châtiment, mais par leur espérance ils avaient déjà l’immortalité.
Ce qu’ils ont eu à souffrir était peu de chose auprès du bonheur dont ils seront comblés, car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui.
Comme on passe l’or au feu du creuset, il a éprouvé leur valeur ; comme un sacrifice offert sans réserve, il les a accueillis.
Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comprendront la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront avec lui dans son amour, car il accorde à ses élus grâce et miséricorde.

Psaume : 30 (31), 2-3a, 3bc.6, 11.15

R/ En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit.

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
Dans la justice, libère-moi ;
écoute, et viens me délivrer.

Sois le rocher qui m’abrite,
la maison fortifiée qui me sauve.
En tes mains, je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Deiu de vérité.

Ma vie s’achève dans les larmes,
et mes années, dans les souffrances.
Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »

Evangile : « Maintenant tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix » (Lc 2, 25-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui demeuraient à l’ombre de la mort, il a fait resplendir la lumière.Alléluia. (cf. Lc 1, 68-69.79)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui.L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur.Poussé par l’Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l’enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient.
Syméon prit l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes,
et gloire d’Israël ton peuple. »
Patrick Braud

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28 octobre 2015

Toussaint alluvionnaire

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Toussaint alluvionnaire

 

Homélie pour la fête de la Toussaint 2015

 

Cf. également :

Les cimetières de la Toussaint 

Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église… 

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas 

Toussaint : le bonheur illucide 

 

Une alluvion, qu’est-ce que c’est ?

Afficher l'image d'origineC’est un dépôt de sédiments d’un cours d’eau constitué, selon les régions et la force des courants, de galets, de graviers, de boues et de limons. Dans certaines vallées ces alluvions constituent une couche géologique qui peut contenir de l’eau sous forme de nappe phréatique.

Autrement dit, le limon présent dans une terre raconte l’héritage que cette terre doit à la rivière qui l’a façonnée, ainsi qu’aux terres en amont venues enrichir le sol dans ces dépôts successifs.

En outre, les terrains alluvionnaires sont très fertiles. Le delta du Nil est le plus célèbre exemple de cette fécondation d’une terre par d’autres grâces à l’intermédiaire du fleuve qui coule, en arrachant, charriant puis déposant sur son passage. Sur les bords du Nil poussent toutes sortes de plantes, légumes, céréales. Le phénomène alluvionnaire, régulièrement entretenu par les crues du Nil, produit un terreau d’une fertilité exceptionnelle.

 

À y réfléchir, il y a quelque chose d’alluvionnaire dans la fête de la Toussaint, associée au jour des défunts le jour d’après.

En effet, les morts de nos familles, de nos amis, ont été emportés par le grand fleuve de la vie vers un océan inconnu. Mais au passage, ils ont laissé en nous des traces indélébiles. Leur absence nous fait mieux mesurer encore ce que nous leur devons. Les sédiments dont ils ont nourri notre sol se déposent en strates serrées. À tel point qu’avec l’âge, nous sommes davantage débiteurs des absents que des vivants qui nous entourent !

Une terre alluvionnaire sait qu’elle n’est rien sans le grand courant de la vie qui la parcourt. Et ce courant a d’abord arraché, détruit, enlevé, avant de déposer, enrichir, laisser reposer.

 

Afficher l'image d'origineFêter la Toussaint, c’est reconnaître tout ce que je dois à ceux qui m’ont précédé et qui ont laissé quelque chose d’eux-mêmes en moi. Eux sont devant, auprès du  Christ (cf. les foules de l’Apocalypse dans la deuxième lecture). Mais décantent en nous les moments partagés avec eux. Moments de joie, de bonheur simple où ils ont été des compagnons devenant uniques. Moments difficiles, de conflit ou de séparation, dont l’alluvion peut être acide, stérile, ou au contraire finalement pleine d’espérance. Moments de souffrance pour l’un et de compassion pour l’autre, qui nous laissent un arôme de communion durant très longtemps en bouche…

 

Et vous, quels sont les morts qui vous ont le plus marqué ?

Par mort on peut entendre à la fois la personne disparue et la manière dont elle est partie.

Si vous prenez le temps de réfléchir à cette question, vous pouvez fêter Toussaint les palmes à la main !

 

Pour moi, vient immédiatement le visage de Jean-Yves. En années de collège, on veut d’abord rire, faire les fous, braver quelques limites. Jean-Yves est un de ces amis d’insouciance avec lequel il faisait bon partager ces moments. Par exemple lorsqu’il faisait le pitre avec sa mobylette, voulant épater la galerie avec ses acrobaties. Monter sur le porte-bagages arrière tout en poussant la mobylette à fond droit debout était son exploit préféré. Il nous en imposait grâce à cela ! Mais un jour, son deux-roues n’a pas été aussi stable, ou la route était plus défoncée, ou le porte-bagages mal fixé, ou… Toujours est-il que Jean-Yves est tombé, à pleine vitesse, sans casque. Mort quelques heures après. Ce fut mon premier contact réel avec ce  rendez-vous mystérieux souvent évoqué, mais virtuel. Plus de 40 ans après, je peux dire que l’amitié, l’accident et la disparition de Jean-Yves ont laissé en moi plus d’alluvions que je ne l’aurais cru. Je revois encore son rire, mon malaise devant dans sa chambre d’enfant unique sanctuarisée par ses parents, notre visite sur sa tombe avec des amis et nous n’avions pas pu nous empêcher de raconter ses blagues préférées jusqu’aux larmes… Je crois que je lui dois beaucoup.

 

Afficher l'image d'origineChacun de nous pourrait ainsi raconter, égrener les noms des morts qui l’ont marqué. Et la Toussaint nous invite à réciter à nouveau ce chapelet-là, dont les grains sont des visages disparus. Cette litanie des saints n’est pas triste. Elle donne du poids à tous les sédiments qui se sont déposés en nous grâce à eux, elle ouvre un avenir dont ils participent déjà. Puisqu’ils nous ont tant marqués dès ici-bas, combien plus encore après ! Puisqu’ils ont tant fertilisé notre humus intérieur, comment ne pas rendre grâce de leur passage et de ce que le fleuve de la vie a charrié à travers eux pour nous ?

Alors, racontez-vous à vous-mêmes les morts qui ont été importants dans le lit de votre existence.

Devenez cette terre capable de porter du fruit grâce aux multiples alluvions qu’elle a su accueillir et transformer en terreau fertile.

 

Afficher l'image d'originePuisque la Toussaint est alluvionnaire, laissez-la décanter, puis sédimenter en vous tout ce que le grand fleuve de la vie a charrié de vos disparus.

Vous pourrez à la fois vous réjouir de leur passage, rendre grâce pour leur limon, et devenir vous-même alluvions pour d’autres.

En attendant que le courant nous emporte nous aussi vers l’océan inconnu…

 

 

 

 

 

 

1ère lecture : « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean,     j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer :     « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. »     Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.     Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »     Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu.     Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »     L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »     Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

Psaume : Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui cherchent la face de Dieu de Jacob !

2ème lecture : « Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,     voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu.     Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.     Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)

 Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,
dit le Seigneur, et moi, je vous procurerai le repos. Alléluia.  (Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,     voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.     Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :     « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.     Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.     Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.     Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.     Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.     Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.     Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.     Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.     Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.     Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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28 octobre 2014

Les cimetières de la Toussaint

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Les cimetières de la Toussaint

Homélie pour la fête de Toussaint
01/11/2014

 

Les cimetières de la Toussaint dans Communauté spirituelle 20244386-0136-11e1-afe1-443c06db2b7bLa prochaine fois que vous avez un après-midi à perdre à Paris, allez rejoindre l’étonnante visite guidée du cimetière du Père Lachaise que l’Officiel du Spectacle vous renseignera sans coup férir. Pendant trois à quatre heures, vous naviguerez sur les différents sentiments engendrés par l’omniprésence de la mort à travers les âges. Vous verrez, c’est fascinant, plein d’humour et d’amour, de nostalgie et de douceur, d’humanité la plus commune. De la tombe d’Héloïse et Abélard, fidèles même dans la séparation, à celle de Jim Morrison, la plus fréquentée, rendez-vous des routards en pèlerinage, jusqu’au granit industriel et insipide, jusqu’aux portes des placards à cendres du columbarium en fin de visite…  le génie funéraire s’est renouvelé sans cesse, gravant l’inconscient collectif de chaque époque au sujet de la mort dans la pierre, les monuments artistiquement sculptés à la gloire de.

Lorsque vous voulez connaître un village, un peuple, visitez ses cimetières. Ils vous en diront plus long sur les vivants que les journaux locaux. Ils vous raconteront les drames, les espoirs, les valeurs de ceux qui continuent de marquer cette terre.

Si vous y allez un jour de Toussaint, vous pourrez en être éblouis. Autrefois, il y avait une seule sorte de chrysanthème, assez lugubre en fait. Sous notre soleil de début novembre éclatent désormais une multitude de nuances, chaudes, joyeuses, extrêmement variées. Les chrysanthèmes ont revêtu le marron, l’or, le jaune, le bleu même, les gerbes sont de vraies compositions florales, les plantes déposées là pour durer ne se ressemblent pas. Il règne sur ses allées bien quadrillées un air de réjouissance familiale bien loin de la corvée obligatoire de la visite aux aïeuls oubliés.

Certains tordent le nez devant cette piété populaire en accusant la foule de la Toussaint de confondre le 1° et le 2 novembre, la fête de tous les saints et le jour de prière pour les défunts. Mais cette confusion est somme toute légitime : que servirait de fêter les saints si nos cousins, nos parents, nos oncles et tantes ne pouvaient pas en faire partie ? Nos familles, nos amis déjà partis vers l’autre rive ne pourraient-ils pas faire partie de ces 144 000 [1]symboliquement évoqués par l’Apocalypse ?

 

Le rapport à la mort dans l’histoire

 

Les rituels funéraires, berceaux de l’humanité

Les recherches en anthropologie convergent vers un constat majeur pour nous aujourd’hui : l’humanité a émergé de l’animalité en même temps que les rites funéraires et sans doute grâce à eux, en même temps que l’expression artistique (cf. la grotte de Chauvet) et sans doute grâce à elle.

C’est donc qu’enterrer nos morts, codifier leurs sépultures, les entourer de gestes, de paroles, d’objets symboliques est une des conditions pour ne pas vivre de manière animale.

 

La mort redoutée

Autrefois, il y a plus de 2000 ans, la loi romaine interdisait d’enterrer les morts dans la cité, par peur du mélange entre les deux populations, afin d’éviter que les défunts reviennent hanter les vivants et troubler leur vie commune.

 

La mort apprivoisée

9782020047364 chrysantème dans Communauté spirituelleLes martyrs chrétiens ont changé la donne : les disciples du Christ se rassemblaient sur le lieu où les restes des martyrs avaient été recueillis, et ils y célébraient l’eucharistie clandestinement.

Puis, avec la paix de Constantin (313) on y bâtit des lieux de pèlerinage, des villes, si bien que les tombeaux des saints se sont retrouvés au milieu des vivants, au cœur de l’eucharistie villageoise. Il en reste quelques traces autour des églises romanes, lorsque vous devez presque marcher sur les pierres tombales pour vous diriger vers la porte de l’église. On vivait avec une forte conscience, une forte présence de la mort et des morts, au quotidien, sans peur. C’était une familiarité simple et pleine de sens, où la confiance dans l’au-delà permettait de regarder la mort en face, de l’apprivoiser, de vivre avec elle en amitié. On s’y préparait, on l’attendait, elle nous conduisait ailleurs.

 

La mort dramatisée

chartreuse+037 cimetièrePuis viennent les périodes des grandes et cruelles guerres, interminables. Les hécatombes des grandes pestes, famines et autre épidémies où un tiers de l’Occident périt dans des conditions atroces. Alors apparurent la danse macabre, la figure de la faucheuse, les requiems, les mises en scène tragiques.

 

La mort romantique

Au XVIII° siècle, le romantisme transforme l’antique sérénité en torrents de larmes, souvent hystérique. Les pleureuses lors des enterrements rivalisent de convulsions, et l’amour envers le défunt se mesure à la démesure du chagrin manifesté.

 

La mort interdite

Au XIX° siècle, l’hôpital transforme le rapport à la mort. On ne meurt plus chez soi, entouré de son village de ses proches, mais dans une chambre anonyme où des hommes en blanc combattent pour reculer cet instant fatal. La mort est depuis lors un échec, dont il vaut mieux ne pas parler pour ne pas démoraliser le malade. On ne socialise plus la mort : plus de crêpes noirs portés en signe de deuil, ni de catafalques aux  linteaux des églises et des maisons, plus de processions publiques pour marcher de l’église au cimetière. Il faut faire vite, discret, sans pleurer (pour se montrer fort) et sans prendre trop de jours de congé !

 

La mort désirée

L’allongement extraordinaire de la durée de la vie pose désormais la question du grand âge, quatrième et cinquième âge, la grande dépendance, de la terrible dépersonnalisation des Alzheimer comme on les appelle. Beaucoup sont déjà comme morts avant que de mourir, au sens où ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Même leurs proches ont déjà fait leur deuil avant la séparation ultime, car ce n’est plus la personne aimée et connue qu’ils visitent dans ces services spécialisés où le code d’entrée/sortie trace la frontière entre deux mondes.

 

La mort envisagée

226607315x LachaiseAvec ces longues maladies qui surviennent, et les traitements antidouleur qui heureusement s’améliorent, on a développé les soins palliatifs, et cette belle idée qu’accompagner les derniers mois, les derniers jours peut devenir une expérience intensément humaine, dense de rencontres, d’échanges, de confidences, de gestes et paroles si fortes… En envisageant = en donnant ainsi un visage de proximité et de compagnonnage à la mort qui approche (vs la mort impersonnelle en hôpital), on lui redonne un rôle structurant au lieu de la nier. On la regarde au lieu de la cacher [2].

 

La mort désirée

Les questions éthiques autour de l’euthanasie et du suicide assisté vont devenir de plus en plus fréquentes, inévitables en Occident avec les progrès de la médecine. Certains voudraient exercer un droit à mourir dans la dignité. D’autres choisiront le suicide, par lassitude, par manque d’espérance ou d’accompagnement, par peur de la déchéance…

 

Toutes ces strates historiques du rapport à la mort coexistent en nous et dans la société. Nous sommes un agrégat d’humanité de l’empire romain, du Moyen Âge, des Lumières, du romantisme ou de l’athéisme contemporain… Ce rapide survol historique, incomplet [3], veut surtout mettre en lumière l’importance de cette fête de la Toussaint qui réunit tant de familles aujourd’hui.

 

Notre rapport à la mort reflète nos valeurs et les façonne.
Notre façon d’honorer nos défunts dit qui nous sommes.
Notre art funéraire fait partie du génie d’un peuple.
Nos chrysanthèmes, nos bouquets, nos gerbes florales, nos ex-voto déposés dans le cimetière nous aident à devenir plus humains.

Alors, n’ayons pas honte de superposer le 1° et le 2 novembre : après tout, c’est la même espérance !

chrysanthemes05 mort 

Qu’au moins cette fête de la Toussaint soit l’occasion de nous arrêter, de faire une pause, pour nous interroger : et moi, où en suis-je de mon rapport à la mort ?

 


[1]. 12×12 = la plénitude des 12 tribus d’Israël x 1000 = élargie à l’humanité entière.

[2]. Cf. Marie de Hennezel, La mort intime.  Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre, coll. Essai (poche), 2006.

[3]. Pour une étude plus détaillée, cf. l’ouvrage désormais classique de Philippe Ariès : Essais sur l’histoire de la mort en Occident, Du Moyen Age à nos jours, coll. Essai (poche),1977.

 

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Ap 7, 2-4.9-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. 

Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! »
Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. »

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ? 
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, 
qui ne livre pas son âme aux idoles.Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, 
et de Dieu son Sauveur, la justice. 
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui recherchent la face de Dieu !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (Mt 5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent.Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD
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31 octobre 2013

Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…

 

Homélie pour la fête de Toussaint
01/11/2013

 

« Je crois à la communion des saints ».

Depuis la mort de mon père, cette phrase du Credo m’est devenue  extraordinairement concrète…


- Si je vais sur sa tombe, cela m’aide à penser à lui, cela me rapproche un peu ; je vois son nom sur la plaque de granit, je sais que ses restes sont là, mais ce n’est déjà plus lui ; et ce n’est pas encore être en communion.

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- Si j’accroche sa photo, son portrait au milieu des étagères, je pense souvent à lui en passant devant, mais ce n’est pas encore être en communion.


- Si je ferme les yeux pour retrouver son air bonhomme et son sourire, çà se rapproche mais ce n’est encore que la trace qu’il a laissée dont il a marqué ma vie.
Ce n’est pas encore lui vivant.


- J’ai cherché où il pouvait me donner rendez-vous : des lettres, la mer, le bateau? jusqu’à ce qu’une évidence m’aveugle :


Puisqu’il est dans le Christ, sur le chemin de la rencontre éblouissante avec le Christ qu’on appelle Purgatoire, le plus sûr moyen d’être en communion avec lui est encore d’être en communion avec le Christ.

Dans l’hostie au creux de la main, le lien d’amour d’un père à son fils reprend, solide, en passant par le Christ.

Dieu a toujours été le plus court chemin d’un homme à un autre, mieux que la ligne droite.

À travers la mort, la relation avec nos défunts découle de notre communion au Christ.

- Et si la communion des saints que nous fêtons à la Toussaint était aussi simple que cela ?

Comme autrefois il suffisait de passer par le standard ou l’opératrice pour avoir l’international, il suffit de passer par le Christ pour être relié à ceux qui sont sur l’autre rive. Pas besoin de soi-disant médiums ou voyants qui inquiètent les vivants en leur faisant croire qu’ils sont en communication avec les morts ! Il est bien plus sûr de passer par le Christ, vrai homme et vrai Dieu, pour baisser le pont-levis entre eux et nous.

 

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La communion des saints, nous l’expérimentons déjà partiellement ici-bas, lorsque de vrais liens de prière, d’affection, de solidarité nous font vibrer à l’unisson. Alors imaginez ce qu’est cette communion en Dieu même ! Imaginez la force qu’a réellement cette chaîne d’amour qui nous relie à tous ceux qui partagent la sainteté même de Dieu !

 

- Nous ne prions pas seulement pour obtenir des choses : retrouver des objets perdus avec St Antoine de Padoue, plaider pour des causes désespérées avec Ste Rita etc… Nous prions les saints pour nous-mêmes devenir saints, par la grâce de Dieu.

 

- Nous invoquons les saints, non pour nous protéger du malheur, mais pour nous exposer avec eux au bonheur des 8 Béatitudes de l’évangile de cette fête de Toussaint.

 

- Nous portons les prénoms des saints non comme une amulette, mais comme une marque de famille ; car ils sont de notre famille, ils nous redisent que la sainteté n’est pas au-dessus de nos forces ; comme mon grand-père qui était musicien me redit que l’amour de la musique fait partie de notre culture familiale.

 

- Nous égrenons les prénoms des saints comme les grains d’un chapelet litanique, car cette prière qui court d’un grain de sainteté à un autre nous relie solidement à Celui qui en est la source : le Dieu trois fois Saint.

 

Vous le voyez à chaque ordination : lorsque le futur diacre ou prêtre ou évêque est couché par terre, sur le tapis dans le choeur de la cathédrale, l’Église chante la litanie de tous les saints comme s’ils venaient eux-mêmes le chercher et l’entraîner avec eux dans la course de l’Évangile.  C’est sans doute un des moments les plus émouvants d’une ordination que cette litanie de tous les saints chantée sur l’ordinand prostré à terre, abandonné à Dieu, porté par ces compagnons invisibles de tous les siècles et de tous les horizons.

 

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D’une certaine manière, cette communion de Toussaint illustre parfaitement ce qu’est l’Église, notre Église. 25 ans après le Concile Vatican II (en 1985) les évêques réunis à Rome en Synode relisaient dans Vatican II son apport principal, essentiel :

« L’ecclésiologie de communion est l’idée centrale et fondamentale des documents du Concile. (…)
Au lendemain du Concile, Paul VI s’adressait aux fidèles en ces termes: ?L’Église est une communion. Que signifie ici ce mot communion ? Je vous renvoie au passage du catéchisme qui parle de la communion des Saints. Église veut dire communion des Saints. Et communion des Saints signifie une double participation vitale: l’incorporation des chrétiens à la vie du Christ, et la circulation de la même charité dans toute la communauté des fidèles, en ce monde et en l’autre. Union au Christ et dans le Christ; et union entre les chrétiens dans l’Église’ (08/06/1966). »
Christifideles laïci ; Jean Paul II, 1988

Nous étions partis de la quête d’un fils cherchant le fil d’Ariane qui l’unirait à son père au-delà de la mort. Nous arrivons à la plus belle définition de l’Église qui soit, celle de Vatican II : l’Église est le sacrement de la communion trinitaire.

 

C’est donc que cette belle fête de Toussaint, pleine d’espérance, est indispensable à la vie de l’Église comme à celle de nos familles.

 

Nous sommes faits pour la communion, la communion de tous les saints en Dieu.

 

Saints et saintes de Dieu,

dont la vie et la mort ont crié Jésus-Christ sur les routes du monde,

Saints et saintes de Dieu, priez pour nous,

afin que nos liens ici-bas se laissent transformer à l’image des liens d’amour qui vous unissent en Dieu Trinité.

 

 

 

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Jn 7, 2-4.9-17)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. 

Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! » Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu.

Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »

Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau ! » 

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse, 
la terre et tous ses habitants ! 
C’est lui qui l’a fondée sur les mers 
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur 
et se tenir dans le lieu saint ? 
L’homme au c?ur pur, aux mains innocentes, 
qui ne livre pas son âme aux idoles. 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, 
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent ! 
Voici Jacob qui recherche ta face !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu ? et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (Mt 5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de coeur :
   le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : 
   ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent :
   ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :
   ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux :
   ils obtiendront miséricorde !

Heureux les c?urs purs :
   ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix :
   ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :
   le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l’on vous insulte, 
   si l’on vous persécute 
   et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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