Le bon berger dans nos tombeaux
Le bon berger dans nos tombeaux
Homélie pour le 4° Dimanche de Pâques / Année A
26/04/26
Cf. également :
Allez ouste, sortez ! du balai !
Jésus abandonné
Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
Prenez la porte
Le berger et la porte
1. Le Bon Berger des premiers siècles
Dans une civilisation essentiellement rurale, agricole, la silhouette du pasteur conduisant paître ses troupeaux était familière à tous. On savait bien que grâce à lui, les troupeaux resteraient groupés, trouveraient leur pâturage et seraient protégés du loup et autres prédateurs. En reprenant cette figure favorablement connue de tous, Jésus sait qu’on ne confondra pas sa mission avec celle d’un révolutionnaire politique ou d’un roi à la manière des hommes. Le Messie qu’il veut être est plus à l’aise dans ce rôle pastoral que dans le rêve théocratique de ses contemporains.
Dès lors, le bon berger du chapitre 10 de l’Évangile de Jean de ce dimanche (Jn 10,1–10) a connu une popularité extraordinaire pendant les trois premiers siècles de l’expansion chrétienne. En témoigne notamment une découverte récente (août 2025) a Iznik, dans l’actuelle Turquie, près de l’antique Nicée qui fut la ville du premier concile œcuménique de l’histoire en 325. Une fresque dans un tombeau daté des I°-II° siècles représente un Jésus imberbe, portant une chèvre sur ses épaules au milieu du troupeau. L’allusion à la parabole de la brebis égarée (Lc 15,3–7) que le bon berger va chercher et ramener est claire. Du moins pour les initiés (les baptisés). Pour les non-chrétiens, la scène peut paraître anodine, s’inspirant de l’art romain païen : l’appartenance ecclésiale des défunts est donc discrète, car il fallait échapper à la curiosité des persécuteurs éventuels. D’autres symboles joueront ce même rôle : l’ancre dans les cieux gravée ou peinte, le poisson (ictus), le chrisme (Χ (khi) et Ρ (rhô), les deux premières lettres du mot Christ) etc. Mais ce thème du bon Pasteur est le plus reproduit et le plus célèbre des trois premiers siècles des débuts de l’Église au milieu des persécutions romaines et juives. En Italie surtout, les mosaïques et les fresques des catacombes représentant Jésus sous les traits du Bon Berger sont nombreuses :
- Basilique Patriarcale d’Aquilée (Italie) : Dans les mosaïques de pavement du IVe siècle, on trouve une représentation du Bon Berger au milieu d’un décor symbolique complexe.
- Domus dei Tappeti di Pietra (Ravenne, Italie) : Cette « Maison des tapis de pierre » contient également des mosaïques de sol représentant le Bon Pasteur.
- Mausolée de Galla Placidia (Ravenne, Italie) : Réalisée vers 425-450, c’est l’une des représentations les plus célèbres et les plus tardives. Jésus y apparaît jeune, imberbe, vêtu d’une tunique d’or et d’une pourpre impériale, assis dans un paysage bucolique entouré de ses brebis. Sa croix remplace le traditionnel bâton de berger.
Fresques des Catacombes :
Les catacombes de Rome contiennent environ 150 images du Bon Berger, symbole d’espoir et de salut.
- Catacombes de Priscille (Rome) : Une fresque célèbre (IIIe siècle) située au plafond du « Cubiculum de la Velata ». Jésus y porte une chèvre sur ses épaules, entouré de deux brebis et d’oiseaux dans des arbres.
- Catacombes de Domitille (Rome) : Présente des scènes du Bon Berger dans un style classique romain.
- Catacombes de Saint-Callixte (Rome) : Contient plusieurs représentations de cette figure pastorale, souvent placée au centre de plafonds décorés.
- Catacombes de Prétextat (Rome) : On y voit le berger défendant son troupeau contre des animaux sauvages (représentant le mal).
- Nécropole de Hisardere (Iznik/Nicée, Turquie) : Cette fresque du IIIe siècle montre un Jésus jeune, imberbe, portant une chèvre. C’est le seul exemple connu de ce motif en Anatolie à cette époque.
La fresque d’Iznik représente elle aussi un Jésus jeune homme imberbe, portant la tunique courte des bergers romains. Elle illustre bien la christianisation des symboles païens transposés sur la personne du Christ.
Aujourd’hui, l’image du bon Berger conduisant ses brebis ne parle plus guère aux générations urbaines saturées de technologie et de numérique… Il faut pourtant se souvenir que la figure du Christ pasteur de l’Église a été la plus employée pendant les trois premiers siècles ! Voyons pourquoi.
2. Pourquoi le berger et non le crucifié ?
Eh oui ! Cela devrait nous surprendre ! Pourquoi la croix, le crucifix n’ont-ils pas été les signes de reconnaissance des chrétiens dès le début ?
Pourquoi ? D’abord parce que la crucifixion était un supplice horrible et infamant, pire que le bagne ou la chaise électrique. Le supplice était réservé aux inférieurs (humiliores, en latin), aux esclaves, alors que les citoyens romains comme Paul échappaient à cette déchéance en étant décapités, ce qui était plus noble. Pas question donc d’arborer cette marque honteuse, que ce soit sur des vêtements ou des tombeaux.
Représenter son Dieu sur une croix aurait été incompréhensible, voire ridicule, pour les contemporains, comme en témoigne le célèbre graffiti d’Alexamenos, une caricature païenne montrant un homme adorant un crucifié à tête d’âne.
Ce graffiti est une caricature gravée dans la pierre, découverte en 1856 dans le palais impérial de Rome. Il pourrait être la plus ancienne représentation de la crucifixion de Jésus, mais aussi le plus ancien dessin de la croix comme symbole du christianisme, puisqu’il est daté de la période entre le I° siècle et le III° siècle. Mais l’intérêt est aussi la présence de cette tête d’âne du crucifié, attestant de la présence toujours en cours d’une dérision antichrétienne. Cette curieuse caricature représente un garçon en situation de prière, vraisemblablement devant un Christ en croix avec une tête d’âne. Sans doute une allusion à l’entrée de Jésus à Jérusalem monté sur un âne.
À côté du personnage qui lève la main gauche, on peut y déchiffrer l’inscription suivante : Αλέξαμενος Céβετε Θεn « Alexamènos adore son Dieu ». À droite, au-dessus de la croix, on distingue le signe Y, peut-être la première lettre de ὑιέ = Fils, se moquant du titre de Fils de Dieu donné à Jésus. À l’évidence, il s’agit d’une moquerie faite à un chrétien. Moquerie à laquelle Alexamènos aurait répondu en écrivant dans une pièce voisine de la même maison : « Alexamènos est fidèle ». Ce dessin peut nous permettre de comprendre les insultes et les moqueries auxquels les chrétiens avaient à faire face, les luttes qu’il leur fallait affronter même chez les enfants comme ceux qui furent probablement les auteurs de cette caricature. On peut imaginer la scène suivante : d’un côté des enfants païens qui se moquent de la foi de leur camarade devenu chrétien, tandis qu’un peu plus haut, le jeune chrétien, assume fièrement, sa foi, en réponse sur le mur.
Minutius Félix, écrivain païen du II°-III° siècle, se faisait l’écho de cette rumeur anti chrétienne : « J’entends dire que les chrétiens, par une sottise qu’on ne peut expliquer, adoreraient la tête d’un âne, animal immonde ».
Ce n’est qu’avec la conversion de l’empereur Constantin, l’Édit de Milan de 313 et enfin l’abolition du supplice de la croix du même Constantin en 337 que la croix perd peu à peu sa connotation criminelle et maudite pour devenir un signe du triomphe impérial. Il faut attendre le V° siècle (comme au mausolée de Galla Patricia) pour voir le berger tenir une croix. Cependant, même là, il ne s’agit pas encore d’un crucifix (Jésus n’est pas cloué dessus) : c’est une croix de triomphe, tenue comme un sceptre impérial en or.
Le passage du bon berger à la croix puis au Pantocrator (le Tout-Puissant) répond à trois évolutions historiques :
- Le besoin de légitimité impériale
Sous Constantin et ses successeurs, le christianisme devient la religion de l’Empire. Le Berger était une figure d’humilité, adaptée à une Église clandestine et persécutée. Le Pantocrator est une figure de pouvoir. Puisque l’Empereur est le représentant de Dieu sur terre, le Christ doit être représenté comme un Empereur céleste. On lui donne les attributs de la majesté romaine : le trône, la pourpre, et le geste de bénédiction qui ressemble au salut impérial.
- La lutte contre les hérésies
Aux IV° et V° siècles, de grands débats (comme l’Arianisme) secouent l’Église sur la nature de Jésus : est-il seulement humain ou vraiment Dieu ? Le « Bon Berger » insistait sur l’humanité et la douceur de Jésus. Le « Pantocrator » affirme sa divinité absolue. Le terme grec Pantokratôr signifie « Celui qui maintient tout en main ». Il est le Créateur et le Juge à la fin des temps. On lui donne alors les traits de Zeus ou de Jupiter (la barbe, les cheveux longs, le regard sévère) pour signifier sa toute-puissance.
- Le changement de dimension architecturale
Les fresques des catacombes étaient petites, intimes et liées à la mort. Les grandes basiliques impériales demandaient des images monumentales. Le Christ ne se cache plus dans un jardin ; il trône dans l’abside ou la coupole pour dominer l’espace liturgique.
En Europe, des églises minoritaires, humbles et ouvertes au dialogue ne pourraient-elles pas retrouver dans la figure du Bon berger une source d’inspiration ? Renoncer à la puissance impériale semble une exigence de notre temps pour le témoignage évangélique…
3. Le Bon Berger dans nos tombeaux
Revenons à la fresque d’Iznik. Elle est riche en symboles, et peut nous livrer quelques pistes de réflexion.
– Dialoguer avec les cultures environnantes (inculturation)
Hors d’Israël, les premiers chrétiens étaient des citoyens romains ou grecs. Ils n’avaient jamais vu Jésus de Nazareth. Pour le représenter, ils puisaient naturellement dans leur répertoire habituel. Ainsi le Bon Berger ici est un jeune homme imberbe. Pourquoi ? Pour évoquer la jeunesse éternelle du Christ ressuscité, on a calqué son visage sur celui d’Apollon (dieu de la lumière) ou de Dionysos (dieu de l’énergie vitale). Le peindre comme un éphèbe était une marque de pureté, de vigueur, et surtout d’immortalité : un Dieu ne vieillit pas ; il n’a donc pas besoin de la barbe, signe de l’usure du temps chez l’homme.
Les premiers chrétiens voulaient montrer que Jésus apportait une Nouvelle Alliance, une jeunesse au monde. En le représentant imberbe, ils soulignaient qu’il était le Logos (la Parole) éternel, toujours jeune.
Il fallait aussi distinguer visuellement Jésus de la figure de « Dieu le Père » ou des divinités patriarcales comme Jupiter (Zeus) ou Sérapis, qui étaient toujours représentés avec de longues barbes majestueuses. Présenter Jésus comme un jeune berger permettait alors de mettre l’accent sur sa filiation (le Fils) et sur sa proximité avec les hommes, loin de la distance impressionnante du tonnerre de Jupiter.
Ce style imberbe est dit « alexandrin » car il provient des ateliers d’Égypte et d’Orient où l’influence grecque était forte. C’est un art plus souple, gracieux et naturaliste. À l’opposé, le style « syrien » (plus tardif), qui donnera le Pantocrator, privilégie les traits marqués, la barbe et une symétrie rigide pour inspirer la crainte et le respect.
Si l’on ajoute à tout cela la tradition du repas funéraire antique transposé à l’eucharistie célébrée dans les catacombes autour de la tombe du défunt, ou la profusion de plantes et d’animaux qui reprend les codes du jardin paradisiaque perse, on réalise que – même persécutés par les empires de l’époque – les premiers chrétiens voulaient dialoguer avec les cultures dominantes, en assumant le meilleur de ce qu’elles portaient en elles. Les Pères de l’Église appelait « préparation évangélique » ces intuitions qui parsemaient déjà des cultures préchrétiennes, et « semences du Verbe » ces graines de vérité, de beauté et de révélation semée dans les civilisations d’avant le Christ. L’Esprit de Dieu précède toujours l’annonce missionnaire… S’appuyer sur ces « pierres d’attente » était le moteur de l’évangélisation pour une Église persécutée, humble, petite, clandestine, qui « inculturait » le meilleur de la société environnante en le christifiant. Le modèle de la conversion était celui par accomplissement de la culture : la conversion par redressement ou par retournement viendrait ensuite, de manière seconde (et non secondaire).
N’y aurait-il pas là une intuition à reprendre pour notre évangélisation de la vieille Europe noyée dans le melting-pot des nouvelles cultures (numérique, politique, scientifique, artistique…) ?
– Une mort apaisée
Le croyant de la tombe d’Iznik n’est pas représenté dans la crainte. Il est accompagné vers l’au-delà par la figure protectrice du bon berger, selon les paroles du psaume de ce dimanche : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure »…
Cette promesse vaut d’ailleurs pour toute la famille : cinq squelettes ont été retrouvés dans cette sépulture, dont ceux de deux jeunes adultes et d’un nourrisson de six mois. Bien que la tombe ait été profanée par le passé, la conservation des peintures permet de comprendre comment les familles de l’époque intégraient leur nouvelle foi chrétienne dans leurs rites funéraires traditionnels.
– Le portier ouvre l’accès au salut
La fresque est sur le mur du fond de la tombe : on la voit dès qu’on entre. Au lieu de se heurter au mur de la mort, le Bon Berger est la porte que le défunt va franchir pour passer de la mort à la vie éternelle : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » (Jn 10,2-3).
– La relation personnelle avec le Christ
Le salut chrétien est d’&bord une élection personnelle, même s’il comporte une dimension communautaire. C’est pourquoi le Berger ne regarde pas le spectateur, mais une brebis spécifique, ou bien il porte une brebis précise sur ses épaules (la « brebis perdue »). À Iznik, la présence de portraits de famille à côté du Berger renforce cette idée : il connaît ces individus (les défunts de la tombe) par leur nom.
- Le Guide et la Protection : « Il marche devant elles »
« Quand il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix » (Jn 10,4).
Le Christ n’est pas un juge distant, mais un guide qui partage le sort de son troupeau. Il « marche devant », ouvrant le chemin à travers les épreuves (et la mort). Dans la fresque, le Berger est souvent représenté en mouvement ou avec un bâton, prêt à guider. La posture du Christ portant la brebis sur ses épaules symbolise physiquement ce « portage » de l’âme humaine à travers le passage difficile du trépas.
- La Promesse de la Vie en Abondance
« Moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jn 10,10). C’est le cœur du message paléochrétien. La vie chrétienne n’est pas une contrainte, mais une plénitude. Dans la fresque, le décor entourant le Berger est presque toujours un paysage bucolique, rempli de fleurs, d’arbres verdoyants et d’eau. C’est une représentation visuelle de cette « vie en abondance » et du Paradis retrouvé (l’Éden). À Iznik, la scène de banquet (symposium) jointe au Berger illustre précisément cette joie et cette abondance éternelle.
Il ne tient qu’à nous d’esquisser le portrait du Bon Berger sur le mot mur de nos tombeaux intérieurs. Montaigne pensait que « philosopher, c’est apprendre à mourir ». Le Bon Berger nous fait découvrir que croire en lui, c’est apprendre à mourir pour vivre avec lui, dès maintenant, et pour toujours.
LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.
PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)
Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.
DEUXIÈME LECTURE
« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.
ÉVANGILE
« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

























Et puis il y a le suaire « affaissé », les bandelettes (mentonnière) « roulées à part » : ces indices, presque des détails, qui nous mettent sur la voie. Ce n’est pas d’abord du suaire de Turin dont il s’agit (d’ailleurs son historicité reste débattue, et il ne convertit que peu de monde même s’il fascine les foules). Le suaire que Dieu vient « poser à plat » dans nos tombeaux vides est sans doute plus personnel : une pacification intérieure inexplicablement donnée après une épreuve, une mauvaise habitude qui s’en va sans effort, des béquilles psychologiques sociales qui deviennent inutiles, un deuil qui enfin accepte sereinement la perte, un regard d’amitié ou d’amour qui rend le rôle de composition inutile…
Restent les bandelettes, ces franges de tissu qui entouraient la tête pour maintenir les mâchoires fermées avant que la rigidité cadavérique ne déforme le visage sinon (cf. la trace de ces bandelettes le long des joues du visage sur le suaire de Turin). Comme si on voulait faire taire les morts. Avec l’embaumement, cela faisait partie des rites funéraires relevant de la thanatopraxie : autrefois on voulait que les morts soient les plus beaux possibles. Aujourd’hui encore certes (et surtout après des attentats ou des accidents de voiture), mais la vue des corps morts est actuellement insupportable à nos mentalités occidentales. Nos sociétés cachent cette réalité : dans les maisons funéraires, à l’écart du domicile. On fait des courtes visites, mais plus de longues veillées auprès du corps. On ne fait plus de masque mortuaire ni de photos sur le lit de mort (ce qui était encore très populaire dans les années 50), on ne touche plus les morts (on les embrassait autrefois) et on interdit aux enfants de s’en approcher de peur que cela les traumatise. Les bandelettes du sépulcre traduisaient le respect et l’affection pour un visage qu’on voulait jusqu’au bout préserver de la déchéance. Lorsqu’elles sont vides et rangées à part, Jean y voit un signe de la transfiguration de Jésus, dont le visage rayonnait d’une telle gloire que rien ne peut la contenir.