L'homélie du dimanche (prochain)

26 juillet 2026

Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?

 

Homélie pour le 18° Dimanche du Temps ordinaire / Année A 

02/08/26 


Cf. également :

Les inséparables
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie
La 12° ânesse
Éveiller à d’autres appétits
Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !
Le principe de gratuité
Multiplication des pains : une catéchèse d’ivoire
Donnez-leur vous mêmes à manger
La soumission consentie


Vous est-il déjà arrivé de ressentir en vous un vide, une amertume, une insatisfaction radicale, alors que pourtant tout allait normalement dans le plus normal des mondes ?

Quand l’argent lui-même vous laisse un goût d’inachevé, quand le bilan de votre activité vous laisse sur votre faim, quand votre réussite soudain vous semble creuse, alors vous êtes prêts à écouter le prophète Isaïe de notre première lecture (Is 55,1-3) : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? »

 

Vous ne serez pas le premier à éprouver un tel désenchantement. Parmi vos prédécesseurs illustres que ce constat de vanité a bouleversés, voici le témoignage de deux grandes figures, l’une littéraire et l’autre spirituelle.

 

1. Les deux souris, le miel et le dragon

À la fin des années 1870, l’écrivain russe Léon Tolstoï a la cinquantaine. Il est au sommet de sa gloire littéraire après avoir publié Guerre et Paix et Anna Karénine. Il est immensément riche, propriétaire d’un grand domaine (Iasnaïa Poliana), marié, père de famille nombreuse et en parfaite santé physique. Pourtant, au milieu de cette normalité idyllique, il est saisi d’un vertige absolu. Il réalise que tout ce pour quoi il travaille « ne rassasie pas ».

Il a consigné cette crise spirituelle dans un texte autobiographique bouleversant : Ma Confession (1882). Dans ce passage, Tolstoï décrit comment sa vie, vue de l’extérieur, était un modèle de réussite, alors qu’à l’intérieur, la machine s’était arrêtée, révélant un gouffre.

Tolstoï : Ma confession par Tolstoï« C’est ce qui m’arriva à une époque où j’étais de tous points ce qu’on appelle un homme heureux : j’avais une excellente femme qui m’aimait et que j’aimais ; de beaux enfants ; de grands biens qui, sans aucun effort de ma part, augmentaient continuellement ; j’étais respecté de mes proches et de mes connaissances ; je recevais des louanges de la part des étrangers et je pouvais, sans exagération, me croire célèbre. De plus, je n’étais ni fou ni malade…

Et, dans ces conditions, j’en arrivai à ceci : que je ne pouvais plus vivre. [...]

Ma vie s’était arrêtée. Je pouvais respirer, manger, boire, dormir ; je ne pouvais pas faire autrement que de respirer, manger, boire, dormir ; mais il n’y avait pas de vie en moi, parce qu’il n’y avait aucun désir dont la satisfaction me parût raisonnable. [...] Si une fée était venue m’offrir de réaliser mes souhaits, je n’aurais pas su quoi lui demander. [...]

Les questions semblaient m’attendre, toujours les mêmes : « Pourquoi ? À quoi bon ? Et après ? » » (Léon Tolstoï, Ma Confession, chapitre III).

 

Pour décrire ce vide intérieur, il reprend une vieille fable orientale qui illustre la condition de l’homme moderne s’étourdissant dans de petites jouissances matérielles alors qu’il est suspendu au-dessus du vide.

« Un voyageur est surpris dans la steppe par une bête féroce. Pour lui échapper, il se laisse glisser dans un puits desséché ; mais il voit au fond un dragon, la gueule ouverte pour le dévorer. Le malheureux, n’osant sortir de peur d’être déchiré par la bête, n’osant sauter au fond pour ne pas être englouti par le dragon, se cramponne aux branches d’un buisson sauvage qui a poussé dans les fentes du puits.

Ses mains s’affaiblissent, il sent qu’il va bientôt devoir lâcher prise… mais il s’accroche encore. C’est alors qu’il voit deux souris, l’une blanche, l’autre noire, qui tournent régulièrement autour du tronc du buisson et le rongent. [...]

Pourquoi vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? dans Communauté spirituelleLe voyageur voit cela et comprend qu’il va périr de toute façon. Mais pendant qu’il est ainsi suspendu, il regarde autour de lui et trouve sur les feuilles du buisson quelques gouttes de miel ; il les atteint avec sa langue et les lèche.


C’est ainsi que je m’accrochais aux branches de la vie, sachant que le dragon de la mort m’attendait inévitablement [...]. Et je léchais ce miel qui autrefois me consolait ; mais maintenant, ce miel ne me donnait plus de plaisir… Je voyais clairement le dragon, et les souris rongeaient mon appui, et je ne pouvais détacher mes yeux du dragon et des souris. Ce n’était pas une fable, c’était la vérité pure, simple, intelligible pour chacun » (chapitre IV).

 

Le « miel » dont parle Tolstoï, ce sont ses chefs-d’œuvre littéraires, sa fortune, l’entretien de ses terres : tout ce travail qui occupait ses journées.

Tant que la machine sociale tournait, ces activités passaient pour du « pain ». Mais dès que la lucidité est arrivée, Tolstoï a vu que ce pain ne nourrissait pas son âme face à l’immensité de la question du sens de la vie. Il s’est rendu compte qu’il avait passé sa vie à accumuler des abstractions (la gloire, l’argent) qui, au moment de vérité, se révélaient être des coquilles vides.

Sa sortie de crise passera, tout comme le suggère la fin du verset d’Ésaïe (« Écoutez-moi donc… »), par un dépouillement radical, un retour à la terre, à la simplicité évangélique et à la rupture avec la vanité de sa classe sociale.

 

2. Le grand vide du fêtard fortuné

Avant de devenir le « frère universel » et de se retirer dans le désert du Sahara, Charles de Foucauld (1858-1916) a mené une jeunesse d’officier de cavalerie particulièrement dissolue, oisive et fortunée. Héritier d’une immense fortune à sa majorité, il est alors connu à Nancy puis à Alger pour ses fêtes somptueuses, son goût de la haute gastronomie (on le surnomme « Fatou » en raison de son embonpoint) et son ennui profond.

C’est dans sa correspondance et ses écrits spirituels postérieurs, notamment sa célèbre lettre à son ami Henry de Castries ou ses méditations à Nazareth, qu’il livre un témoignage saisissant sur ce vide existentiel, cette « fatigue pour ce qui ne rassasie pas ».


Dans une lettre mémorable écrite en 1901 à Henry de Castries, il jette un regard lucide sur ses années de jeunesse (entre 1874 et 1886) où il cherchait à combler le vide par les plaisirs mondains, sans y parvenir.

Avant de devenir prêtre, Charles de Foucauld a fait ses armes à l’École de la cavalerie à Saumur, où il faisait venir de Paris des prostituées, mangeait considérablement, buvait plus encore.

Avant de devenir prêtre, Charles de Foucauld
a fait ses armes à l’École de la cavalerie à Saumur,
où il faisait venir de Paris des prostituées,
mangeait considérablement, buvait plus encore.

Je faisais le mal, mais je ne l’approuvais ni ne l’aimais… Vous avez éprouvé cette tristesse de la jeunesse mondaine : on rit, on s’étourdit, on fait le fou, et au fond on est triste, on sent un grand vide, une amertume amère.

J’éprouvais cette tristesse douloureuse, ce vide, mais je ne savais d’où cela venait. C’était la main de Dieu qui se faisait sentir, mais je ne le savais pas. Je cherchais à m’étourdir, à remplir ce vide par de nouveaux plaisirs, et le vide ne faisait que s’agrandir. »

 

Plus tard, dans ses méditations écrites à Nazareth, alors qu’il est devenu domestique chez les Clarisses et qu’il vit dans un dénuement total, il revient sur cette période de doute intellectuel et de détresse morale qui a précédé sa conversion en octobre 1886. Il décrit l’incapacité des cercles parisiens et des salons à étancher sa soif.

« Pendant douze ans, j’ai vécu sans aucune foi : rien ne me paraissait assez prouvé ; la foi égale de religions si diverses est la condamnation de toutes [...]. Je restai douze ans ainsi, ne niant rien, ne croyant rien, désespérant de la vérité, et ne croyant pas même en Dieu, aucune preuve ne me paraissant assez évidente. [...]

Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse que je n’ai jamais éprouvée que lors, chaque soir, quand je me trouvais seul dans mon appartement… Elle me tenait muet et accablé pendant ce qu’on appelle des fêtes : je les lançais, mais avec une fraîcheur de glace et une mélancolie infinie » (Écrits spirituels, Notes de retraite, Nazareth, novembre 1897).

 

Le parcours de Charles de Foucauld illustre parfaitement la trajectoire d’une rupture avec la vanité de l’existence mondaine dénoncée par Isaïe : l’argent pesé inutilement, ce sont les banquets, les maîtresses, le prestige de l’uniforme et les dépenses extravagantes. Tout ce système de gratification sociale ne fait, selon ses mots, que « grandir le vide ».


Sa conversion s’amorce lorsqu’il commence à fréquenter l’église Saint-Augustin à Paris, répétant pendant des semaines cette prière désespérée : « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse ». Sa réponse à l’invitation d’Ésaïe (« mangez ce qui est bon ») sera radicale : il passera du faste des mess d’officiers à la subsistance quotidienne d’un ermite, trouvant dans le silence du désert et l’écoute de la Parole la satiété que toute la fortune de son aristocratie n’avait pu lui offrir.

Comme quoi les plus grands fêtards sont peut-être les plus grands saints en puissance ! Car eux au moins, ils cherchent autre chose.

 

3. Qu’est-ce qui est capable de dilater votre cœur ?

Une nourriture qui nourrit les foules – celle que Jésus a multiplié sur les rives du lac dans notre évangile (Mt 14,13–21) – n’est pas l’abondance de renommée et de biens de Tolstoï ni la joie creuse des fêtes mondaines du jeune De Foucauld ; c’est bien plutôt les cinq pains et les deux poissons qui suffirent à la foule pour rester auprès de Jésus au lieu d’être renvoyée loin de lui.

Là, c’était la compassion et la guérison émanant de cet homme qui a rassasié les villageois à sa suite.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous rassasie ? Au point de vous sentir pleinement vous-même, pleinement à votre place, pleinement aligné sur ce qui est essentiel pour vous ?

 

Lisez cette histoire vraie.

Un jeune diplômé d’une prestigieuse école de commerce vient trouver son ancien professeur de marketing qu’il aimait bien :

 de Foucauld dans Communauté spirituelle– Je viens vous demander conseil. Ma boîte me propose un poste prestigieux, bien payé, et prometteur. C’est à Singapour : il faut-il partir au moins 3 ans et cravacher pour mériter la suite. Dois-je accepter ?

- Quels serait pour toi les avantages et les inconvénients de dire oui ?

- Les avantages : la paye, la promesse d’évolution, le dépaysement, les responsabilités. Les inconvénients : je ne suis pas sûr de vouloir faire carrière dans cette boîte, et c’est beaucoup de sacrifices pour de l’argent.

- Qu’est-ce qui pourrait te faire choisir autre chose ?

- Si je trouvais plus intéressant ailleurs ?

- Réfléchis à ton parcours depuis ta sortie d’école… : quand ton cœur s’est-il dilaté lors d’une activité professionnelle ?

Désarçonné par la question, le jeune homme demeure un long moment en silence, le front plissé, interdit, puis cherche dans sa mémoire. Son visage s’éclaire enfin :

- « Je sais. Je n’ai jamais été si bien avec moi-même que lorsque je conduisais des chantiers de développement pendant mes deux années de coopération militaire en Afrique Noire ». Il avait même une larme discrète lorsqu’il ajouta : « Là, c’était moi. J’étais pleinement en accord avec ce que je faisais ».

Le professeur, ému, n’a pas eu besoin d’en dire plus, et encore moins de lui donner un conseil. Le jeune homme avait pris conscience que son moteur le plus intime pour agir, c’était le sens humain de son action et la qualité des relations avec les équipes. Il déclina finalement l’offre pour Singapour, et chercha une entreprise qui permettrait à nouveau à son cœur de se « dilater » en exerçant son métier.


Ce qui a provoqué ce déclic fut la question du professeur après un échange confiant et ouvert : quand ton cœur s’est-il dilaté ? Cette question fut puissante par la prise de conscience qu’elle suscita, et l’énergie qu’elle libéra en même temps pour chercher autre chose.

 

Groeicyclus Isaïe

 

Voilà comment multiplier les cinq pains et les deux poissons de Tibériade : cherchez ce qui dilate votre cœur ; découvrez ce à quoi cela vous appelle ; allez jusqu’au bout de cet appel à devenir vous-même.

Si vous avez réellement et soif de cet essentiel, vous ferez l’expérience de la gratuité promise par Isaïe : « Venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer ». Car le désir véritable – comme l’amour – ne s’achète pas : il se reçoit, il se donne, pour rien.

Trouver cette veine du saint désir en vous, et plus jamais vous ne vous fatiguerez pour ce qui ne rassasie pas…

 

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Venez acheter et consommer » (Is 55, 1-3)


Lecture du livre du prophète Isaïe
Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David.


PSAUME
(Ps 144 (145), 8-9, 15-16, 17-18)
R/ Tu ouvres ta main, Seigneur : nous voici rassasiés. (cf. Ps 144, 16)


Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.


Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main :
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.


Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.


DEUXIÈME LECTURE
« Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ » (Rm 8, 35.37-39)


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.


ÉVANGILE
« Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés » (Mt 14, 13-21)
Alléluia. Alléluia. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alléluia. (Mt 4, 4b)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
Patrick Braud

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8 février 2026

Pas de serment, nom de Dieu !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pas de serment, nom de Dieu !

 

Homélie pour le 6° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
15/02/26

Cf. également : 

50 nuances de oui ?
La nécessaire radicalité chrétienne
Tu dois, donc tu peux
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Accomplir, pas abolir
Qu’est-ce que « faire autorité » ? 

 

1. Le refus radical de Jésus

Pas de serment, nom de Dieu ! dans Communauté spirituelle« Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites : je le jure ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette injonction au tribunal dans les films et séries américaines ? Il faudrait jurer pour que notre parole soit crédible…

Jésus refuse radicalement de se plier à ce genre de commandement, et il nous invite clairement dans l’Évangile à faire de même : « Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,34–36).

Pourquoi une dénonciation aussi véhémente d’une pratique qui est assez courante toutes les cultures ? Quelle importance pour nous aujourd’hui ?

 

Les arguments de Jésus sont multiples :

 

– « Que ton oui soit oui » : si ta parole quotidienne est fiable, pourquoi lui ajouter un serment ? Si quelqu’un doit jurer, mensonge+ou+ve%25CC%2581rite%25CC%2581 jurer dans Communauté spirituellec’est que sa parole ordinaire est suspecte de mensonge. Le serment est un contrefort apposé contre un mur qui penche et menace de s’écrouler. Mais c’est justement le symptôme que ce mur est malade et va tomber en ruines. Jurer, c’est supposer que la vérité a besoin d’un artifice pour tenir debout.
Clément d’Alexandrie (II°-III°) s’en fait l’écho : le chrétien doit mener une vie si pure que sa simple présence vaut garantie. « Le chrétien doit mener une vie si exemplaire qu’il n’ait jamais besoin de jurer. Sa parole doit être un serment par sa vérité constante. Il ne doit pas jurer, car il est interdit de prendre le nom de Dieu en vain » (Stromates, VII, 8). Et  Chrysostome renchérissait : « Celui qui ne ment jamais n’a pas besoin de jurer ».

 

GV6S4HZHN5BIXCLBGSMZJO7SO4 serment- Par quoi ou par qui vais-jurer ? sur la tête de ma mère ? de mes enfants ? sur la Bible ? par Vishnou, par Allah ou par Osiris ? La réponse de Jésus est cinglante : « ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem, ni sur ta tête ». Car à chaque fois tu utiliserais quelque chose de plus grand que toi pour ton intérêt. Ce serait instrumentaliser le nom de Dieu, ou la famille, ou le sacré, pour soi-disant garantir ma parole. L’instrumentalisation du nom de Dieu est peut-être le plus grand danger du XXI° siècle. Poutine commet ses crimes de guerre au nom de la Sainte Russie, Trump bombarde les djihadistes du Nigéria le jour même de Noël pour défendre les chrétiens persécutés, pervertissant la non-violence de Bethléem dans ses calculs électoraux auprès de sa base évangélique. Boko Aram, le Hezbollah, le Hamas et Daesh continuent de piller, violer et kidnapper au nom d’Allah. La religion fait hélas son grand retour dans les conflits planétaires, sous sa forme dévoyée la plus hideuse : servir de couverture à des intérêts inavouables, à des ambitions de conquêtes sanglantes, à des rêves d’empires retrouvés… Les prédateurs de ce siècle vous jureront la main sur le cœur agir pour défendre leur Dieu et ce qu’ils ont de plus sacré. En réalité, ils se servent du nom de Dieu pour légitimer leur violence. Ils instrumentalisent le nom de Dieu pour la poursuite de leurs intérêts. Chrysostome dénonçait : « Évitez les serments. La bouche qui prononce le nom de Dieu pour jurer est comme un vase d’or qu’on emploierait à des usages vils ».

 

– Le serment sert le plus souvent de masque au mensonge.

Le reniement de Pierre - Mc 14, 53-72Plus quelqu’un jure fort, plus on peut le soupçonner de mentir. Sinon, le oui le plus simple suffirait.

Dans les Évangiles, l’exemple flagrant de ce mensonge est… celui de Pierre lui-même ! Dans la cour du grand prêtre, il se chauffe autour du brasero en essayant de suivre ce que devient Jésus arrêté et mis aux fers. Mais une servante le reconnaît. Devant le danger d’être traité comme son maître, Pierre nie avec force connaître Jésus. Et il en rajoute : « Il se mit à protester violemment et à jurer : “Je ne connais pas cet homme.” Et aussitôt un coq chanta »  (Mt 26,74).

Le seul à faire exactement le contraire du commandement du sermon sur la montagne est Pierre en personne ! Il ne se contente pas de nier, il utilise le serment comme une arme de persuasion. Plus le mensonge est gros, plus il appelle le sacré à son secours pour masquer son imposture.

Pierre avait déjà juré lors de la Cène qu’il mourrait avec Jésus (Mt 26,35). Il pensait  maîtriser sa mission, son avenir, sa fidélité. Jésus avait justement prévenu : « Ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir » (Mt 5,36), Si tu n’as aucune maîtrise sur le vieillissement et les années qui passent, pourquoi croirais-tu pouvoir contrôler ce qui va arriver demain, tes actes, ta foi, ta fidélité ?
Quel orgueil de penser que je maîtrise mon avenir absolument au point de jurer de ce qui se fera ! Au moment du reniement, Pierre perd tout contrôle. Son serment en Mt 26,74 
« vient du Mauvais ». C’est l’aveu d’une défaillance totale : il jure par Dieu pour nier le Fils de Dieu. Il maudit, profère des jurons et des imprécations pour échapper au danger. Ce n’est pas pour rien que jurer et juron sont très proches en français !

Pierre invoque le jugement de Dieu sur lui-même s’il ment, pensant que cela convaincra ses accusateurs. C’est l’exemple parfait de la manipulation du sacré que Jésus dénonçait ! Le serment est bien un masque pour le mensonge. Jurer, c’est prétendre avoir un contrôle sur le réel, une maîtrise de l’avenir que seul Dieu possède. C’est une forme d’orgueil métaphysique qui rend aveugle. Basile de Césarée (IV° siècle) fait explicitement ce lien entre le serment et la présomption humaine : « Il est absolument interdit de jurer. [...] Celui qui jure s’engage pour l’avenir, or l’avenir n’appartient qu’à Dieu seul. Comment peux-tu engager ce qui ne t’appartient pas ? » (Sur l’Esprit Saint).

 

Le reniement de Pierre est la démonstration par l’échec de la nocivité du serment. Il naît de l’escalade dans le mensonge, car Pierre commence par nier et finit par jurer et maudire. Plus sa parole est fausse, plus il utilise des formes solennelles afin de le couvrir. Le serment révèle ainsi l’impuissance de celui qui le profère. Pierre avait juré de mourir, et il ne peut même pas tenir sa résolution devant une servante. Le serment est le masque de sa fragilité en plus de son mensonge. L’injurieux Pierre a décidément juré trop vite…

 

2. L’impact historique de Mt 5,34

Dans les trois premiers siècles, l’Église primitive ainsi que les Pères de l’Église ont observé et transmis scrupuleusement cet interdit du serment. À Jérusalem, l’apôtre Jacques répète fidèlement à sa communauté la parole de Jésus : « Avant tout, mes frères, ne faites pas de serment : ne jurez ni par le ciel ni par la terre, ni d’aucune autre manière ; que votre “oui” soit un “oui”, que votre “non” soit un “non” ; ainsi vous ne tomberez pas sous le jugement »  (Jc 5,12). Il voit dans cet enseignement une règle communautaire stricte pour garantir la confiance entre les membres de la communauté : soyez vrais entre vous, et vous n’aurez plus besoin de jurer.

Cette interdiction du serment a eu ensuite un impact immense dans l’histoire de l’Église.

 

– Les Pères de l’Église l’ont reprise intégralement, jusqu’à interdire le serment devant les tribunaux ou les princes, avec tous les risques qui en découlaient à l’époque. Justin, Basile, Clément d’Alexandrie, Origène, Chrysostome etc. : tous interprétaient Mt 5,34 de façon absolue. Ils y voyaient le refus de l’idolâtrie romaine. Le serment des citoyens romains engageait en effet une soumission à l’empereur. Le serment des soldats les obligeait à une obéissance aveugle à César. Pour les chrétiens, jurer par une divinité païenne ou un homme était une forme d’apostasie.

 

– Après le virage constantinien du IV° siècle, il fallait bien que les baptisés s’engagent dans l’armée, l’administration ou la justice. L’Église a alors assoupli sa position. Augustin par exemple a théorisé que le serment n’est pas bon en soi, mais qu’il est parfois nécessaire, à cause de la fragilité humaine. Un moindre mal quelque sorte, pour excuser les baptisés qui participent aux affaires de ce monde…

 

– Le Moyen Âge a érigé le serment en ciment social. Roi, vassal, suspens, seigneur, abbé : la féodalité repose tout entière sur le serment (foi et hommage). L’Église a développé dans sa casuistique une théologie complexe pour distinguer le serment « licite » (devant un juge) du serment « vain » ou « parjure ».

 

– Bien avant la Réforme, Pierre Valdo et ses disciples (les « Pauvres de Lyon ») prônaient un retour à l’Évangile pur (XII° siècle).

Les Vaudois et les Cathares ont été persécutés en partie parce qu’ils refusaient tout serment ; ils le considéraient comme un péché mortel en s’appuyant strictement sur Matthieu 5,34. Pour l’Inquisition, ce refus de jurer était un signe de rébellion contre l’ordre social et religieux. Dans une société féodale où le serment était le seul lien juridique, leur refus était perçu comme une menace pour l’ordre public. Cela fut l’un des principaux chefs d’accusation lors de leur condamnation par l’Église catholique (Concile de Vérone, 1184).

Inspirés par John Wycliffe, les Lollards en Angleterre (XIV° siècle) critiquaient les dérives de l’Église médiévale. Ils soutenaient que le serment imposé par les tribunaux ecclésiastiques était une invention humaine contraire à la parole du Christ. La répression catholique fut sévère : plusieurs Lollards furent brûlés vifs pour hérésie. Leur refus de jurer était souvent le « test » ultime utilisé par les inquisiteurs pour les identifier.

Les Anabaptistes (XVI° siècle) sont sans doute le groupe qui a été le plus persécuté pour ce motif. Dans la Confession de Schleitheim (1527), ils codifient leur refus du serment, et prônent pour cela la séparation de l’Église et de l’État : Pour eux, le chrétien appartient au Royaume de Dieu et ne peut engager sa parole dans les structures « démoniaques » de l’État.

Conséquence : Ne pouvant prêter le serment de citoyenneté ou de fidélité au prince, ils étaient privés de droits civiques, bannis ou exécutés (noyades à Zurich, bûchers en Allemagne).

Les Doukhobors (Russie, XVIII°-XIX°) étaient un groupe de paysans russes dissidents (les « Lutteurs de l’Esprit ») poussant l’exégèse de Mt 5,34 à son extrême. Ils refusaient de jurer fidélité au Tsar et de porter les armes. Persécutés par l’Église orthodoxe et le pouvoir tsariste, ils ont fini par émigrer massivement au Canada à la fin du XIX° siècle, soutenus financièrement par l’écrivain Léon Tolstoï, lui-même fervent défenseur de la non-violence et de l’interdiction du serment.

 Tolstoï

Prêtre jureur

Les Quakers, Mennonites et autres mouvements protestants radicaux ont, pendant des siècles, refusé de prêter serment en justice, se basant précisément sur ces textes. Ils préféraient subir des peines plutôt que de désobéir à cet ordre du Christ. Sous la pression de ces groupes, l’Angleterre a fini par voter l’Affirmation Act (1696), permettant aux Quakers de substituer une « affirmation solennelle » au serment religieux. C’est une étape cruciale vers la liberté de conscience moderne. À tel point qu’ils ont même obtenu aux USA qu’un président nouvellement élu ne prête pas serment sur la Bible s’il le voulait, mais prononce seulement une « affirmation solennelle ». Un seul président – Franklin Pierce, 14° président des États-Unis – a usé de ce droit (1853) en utilisant le terme « affirm » au lieu de « swear » (jurer). Herbert Hoover (1929) et Richard Nixon (1969 et 1973), tous deux Quakers, auraient pu y recourir, mais la raison d’État a prévalu…
En France, on se souvient que les prêtres « jureurs » faisaient allégeance à la Constitution civile du clergé de 1790, alors que les « réfractaires » voulaient garder leur liberté, et le payèrent le plus souvent de leur vie (déportation, noyade, prison, guillotine…). La question rejaillit actuellement en Chine avec le « clergé patriotique » que le régime communiste de Pékin veut maintenir à sa botte en lui faisant jurer fidélité au régime…

 

On le voit : historiquement, le refus du serment au nom de l’Évangile n’était pas une simple querelle théologique : c’était un acte de dissidence politique.

C’est devenu l’un des fondements de la « Liberté de conscience ». En plaçant la parole du Christ au-dessus des lois de l’État, ces croyants ont forcé les sociétés modernes à inventer des solutions comme l’affirmation solennelle.

UNE-Objection-de-Conscience-3L’exégèse de Mt 5,34 pose un principe de hiérarchie des normes. En refusant de jurer, le chrétien affirme qu’il existe une autorité supérieure à celle de l’État : celle de Dieu et de sa propre conscience. Dire « Je ne peux pas jurer » revient à dire « Ma parole ne m’appartient pas, elle appartient à la Vérité ». Un véritable acte de dissidence ! C’est le moment où une personne refuse d’être un simple rouage de la machine sociale pour rester un sujet responsable devant sa propre foi. C’est une des sources de l’émergence de la notion d’individu dans le droit occidental.

Historiquement, le premier grand domaine d’application de cette objection de conscience fut le service militaire. En effet, dans l’Antiquité et sous l’Ancien Régime, l’incorporation dans l’armée exigeait un serment d’allégeance au souverain. En s’appuyant sur l’interdiction du serment (Mt 5) et celle de tuer (Mt 5,21), les groupes radicaux (Anabaptistes, Quakers, Mennonites etc.) ont soutenu qu’ils ne pouvaient pas être soldats, car ils ne pouvaient pas jurer obéissance aveugle à un homme.

L’objection de conscience est née ici : c’est le refus d’un ordre légal au nom d’une loi morale jugée supérieure.

C’est le droit de ne pas trahir ses convictions, que ce soit à propos de l’IVG, de l’euthanasie ou du maniement des armes…

 

3. Tolstoï : le serment comme abdication de la conscience

Pour Léon Tolstoï, l’interdiction du serment en Mt5, 34 n’est pas une simple recommandation morale, c’est la clé de voûte de sa philosophie politique et spirituelle. Il développe cette thèse principalement dans son essai majeur : Le Royaume de Dieu est en vous (1893).

Voici les points saillants de sa thèse, structurés par ses arguments principaux.

 

Le serment comme « abdication de la conscience »

61srwTPbW5L._SL1280_Pour Tolstoï, le serment est l’outil par lequel l’individu renonce à son libre arbitre et à sa responsabilité devant Dieu pour devenir l’instrument d’un autre homme (le souverain, le général, le juge). Pour lui, le serment, c’est l’engagement de faire ce que des hommes nous ordonneront de faire. Or, le chrétien ne peut s’engager d’avance à obéir à des hommes, car il ne doit obéir qu’à la volonté de Dieu.

En jurant, l’homme se lie les mains : s’il jure obéissance à l’État, il se met dans l’impossibilité de dire « non » si l’État lui ordonne de tuer.

 

Le moteur de la violence étatique et militaire

Tolstoï identifie le serment militaire comme la source du malheur des peuples. Sans le serment, les armées s’effondreraient car chaque soldat resterait juge de ses actes.

« Le serment est le moyen par lequel les gouvernements s’assurent de la docilité des peuples. [...] C’est par le serment que l’on transforme des hommes raisonnables en machines à tuer ».

Il explique que l’obéissance chrétienne est incompatible avec le serment d’allégeance. Le chrétien doit être « maître de sa parole » à chaque instant pour pouvoir rester fidèle à la charité.

 

La déconstruction de la « casuistique » religieuse

Tolstoï est très sévère envers les Églises institutionnelles qui ont, selon lui, trahi l’enseignement du Christ en justifiant le serment devant les tribunaux ou pour l’armée.

« On a interprété les paroles claires du Christ de telle sorte qu’elles ne signifient plus rien. On a dit que Jésus interdisait seulement les serments vains, mais qu’il permettait les serments utiles à l’État. C’est une tromperie consciente ».

Pour lui, ajouter des conditions à l’ordre de Jésus (« ne jurez pas du tout ») est une perversion qui permet de maintenir l’oppression sociale sous un vernis de piété.

Le lien entre vérité du langage et liberté

Tolstoï rejoint l’exégèse de la « parole nue ». Si l’homme ne jure pas, il est obligé d’être vrai. S’il jure, il crée une « vérité d’exception » qui autorise le mensonge dans la vie courante.

« Si la parole de l’homme est toujours son « Oui » et son « Non », il n’y a plus de place pour la violence. La violence a besoin du mensonge, et le mensonge a besoin du serment pour se faire passer pour la vérité ».

 

L’ordre du Christ  « Ne jurez pas du tout » est donc un impératif absolu. Celui qui jure transfère sa responsabilité à un chef. L’État peut alors exiger des crimes (guerres) au nom du serment prêté.

Le refus individuel de jurer brise la chaîne de la violence.

La thèse de Tolstoï débouche sur ce qu’on appelle l’anarchisme chrétien. Il pense que si chaque individu suivait strictement Mt 5,34, les structures de domination (tribunaux, armées, gouvernements) s’écrouleraient d’elles-mêmes, faute de sujets ayant abdiqué leur conscience par le serment.

C’est cette pensée qui a profondément influencé Gandhi dans sa stratégie de non-violence et de désobéissance civile.

 

Conclusion

Petit verset donc que ce Mt 5,34, mais grands effets !

Il résonne comme un appel personnel à être vrai, sans instrumentaliser le sacré, sans prétendre tout maîtriser, en donnant sa confiance à Dieu plutôt qu’un pouvoir humain quel qu’il soit.

Il résonne également comme un appel collectif à respecter la liberté de conscience de chacun, et pour cela à garantir l’objection de conscience, sans exiger une obéissance aveugle qui relèverait pour nous de l’idolâtrie.

Que l’Esprit du Christ nous aide à ne rien ajouter à notre oui ordinaire !

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Il n’a commandé à personne d’être impie » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage
Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes. Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher.

PSAUME
(Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34)
R/ Heureux ceux qui marchent suivant la loi du Seigneur ! (cf. Ps 118, 1)

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout cœur !

Toi, tu promulgues des préceptes
à observer entièrement.
Puissent mes voies s’affermir
à observer tes commandements !

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout cœur.

DEUXIÈME LECTURE
« La sagesse que Dieu avait prévue dès avant les siècles pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dirigent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu.

ÉVANGILE
« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis » (Mt 5, 17-37)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud

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