L'homelie du dimanche

25 juin 2018

Petite théologie du football

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Petite théologie du football


Homélie pour le 13° dimanche du temps ordinaire / Année B
01/07/2018

Cf. également :

La générosité de Dieu est la nôtre
Les matriochkas du 12
Coupe du monde de rugby : petit lexique à usage théologique
Petite théologie du rugby pour la Coupe du Monde


« Le football est un jeu très simple : 22 hommes courent après une balle pendant 90 mn, et à la fin ce sont les Allemands qui gagnent »
 : cette boutade de Gary Lineker (ancien international anglais) nous plonge d’emblée dans une atmosphère quasi-biblique pendant cette Coupe du Monde, avec cette notion de peuple élu que serait l’Allemagne (ou le Brésil) pour incarner le dieu football…

Puisque la coupe du monde de football bat son plein en Russie, essayons – comme nous l’avons fait pour le rugby – de reconsidérer quelques éléments de ce sport sous un éclairage philosophique et théologique.

Il y a d’abord tous les éléments communs aux sports en général. Et en premier lieu la ritualisation de la violence : plutôt que d’en venir aux mains entre bandes rivales, mieux vaut mettre en jeu la rivalité en la mettant en scène sur un terrain de manière régulée, régulière, et la ritualiser avec quelques-uns représentant tout le groupe. Le jeu de balle se pratique depuis environ 3000 ans, et on a des exemples célèbres où il a permis de désamorcer les conflits.
Petite théologie du football dans Communauté spirituellePar exemple au Mexique au XVI° siècle. Deux rois de la triple alliance aztèque Nezahualpilli (Roi de Texcoco) et Motecuzoma II (Roi de Tenochtitlan et empereur des aztèques) se sont livrés en 1519 un combat singulier : un partie de jeu de balle (jeu connu à Chichen Itza dans l’actuel Mexique depuis le VI° siècle av JC 
[1]). Le match-duel se termina par la victoire sans conteste du roi de Texcoco (pourtant moins puissant que l’empereur). Il fit passer la balle dans l’anneau scellé au mur, exploit suprême. L’empereur se retrouva contraint de céder au vœu de pacifisme du roi de Texcoco formulé avant le match en cas de victoire. Le récit du match se trouvait aussi bien dans les annales de Texcoco que de celle de Tenochtitlan.

Exorciser la violence en la ritualisant, en la codifiant, en la symbolisant est une fonction quasi religieuse. Les sacrements font-ils autrement autre chose dans la foi chrétienne que d’exorciser la mort par le baptême, la violence sacrificielle par l’eucharistie, la guerre des sexes par le mariage ?

Dans les sports collectifs il y a bien d’autres éléments qui relèvent du religieux.
On peut évoquer rapidement le désir de se dépasser, témoin de la transcendance qui habite en nous, la ferveur qui unit les supporters touche à la communion au sens le plus fort et le plus spirituel du terme (on sait que le sport est un opérateur de convivialité, autour d’un apéro entre le voisin, famille, amis ou d’un barbecue…). Les manifestations d’unité en 1998 en France lorsque nous avons été champions du monde sont encore dans toutes les mémoires. On peut évoquer encore l’apprentissage de l’échec et l’humilité qui en découle ; le rôle si important du juge arbitre, référence inconsciente au jugement dernier où chacun est sanctionné pour ses fautes et salué lorsqu’il atteint son but etc.

Essayons de repérer quelques éléments propres au football.

 

Une quasi-religion, plus populaire et universelle que les grandes religions

Le football parle à tous, mais avec prédilection aux plus pauvres. Il leur fait entendre une promesse de gloire, une fierté d’appartenance, une espérance de salut hors de la misère quotidienne. Comme avec la religion : ce qui fait dire au théologien protestant Paul Tillich que le football est une quasi-religion, populaire, mondiale. Par exemple, la Coupe du Monde de la FIFA 2014 a attiré plus de 3,2 milliards de téléspectateurs ; 1 milliard ont suivi tout ou partie de la finale selon les chiffres définitifs de la FIFA et de KantarSport… Quelle religion peut en dire autant ?

 

La main interdite
Curieuse, cette interdiction de toucher le ballon avec les mains !

argentine-1986-away-main-de-dieu-et-but-du-siecle coupe dans Communauté spirituelleC’est ce qui oblige chacun à déployer des trésors de virtuosité avec ses pieds, sa tête, ses genoux, sa poitrine. C’est comme si le rôle fondateur de l’interdit était discrètement rappelé, alors que jouer à la main est aussi désirable que le fruit de l’arbre de la Genèse ! Heureusement, Daniel Webb Ellis en 1823 transgressera cet interdit, et le rugby fera jouer tout le corps humain (mais avec d’autres interdits, comme l’en-avant ! Comme quoi on ne peut pas se passer d’interdit…).
Le gardien est le seul à être dispensé de cet interdit : joueur à part, situation unique dans les sports collectifs. Un peu comme les cohen (prêtres juifs) qui seuls avaient le droit de rentrer dans le parvis réservé et le sanctuaire. Le gardien est le seul à pouvoir mettre la main sur le ballon dans la surface de réparation. D’ailleurs, faire entrer la balle dans les filets adverses ne revient-il pas à prendre possession du Temple de Jérusalem comme le firent Nabuchodonosor et l’empire romain en leur temps ? Il s’agirait alors de déposséder le Dieu de l’autre de son prestige et de sa force.

 

La notion de réparation

shoot 2 goal ligue mondiale 2018 jeu de foot capture d'écran 2En Israël, il y avait des sacrifices d’animaux en guise de réparation d’une faute commise envers Dieu. En football, il y a une surface pour cela, dont le but tient lieu de Temple. Toute faute commise dans cet espace donne lieu à un penalty (pénalité en anglais) car sa gravité est proportionnelle à la proximité du lieu saint ! Le penalty est un peu le sacrifice de réparation après une grave entorse au règlement de la violence codifiée. La surface de réparation est le parvis symbolique où l’on sacrifie les animaux pour rétablir la paix avec Dieu.

 

 

Le génie individuel, ou le messianisme sécularisé

Un hat trick, ou coup du chapeau en françaisUn seul joueur peut renverser le cours d’un match. Le doublé d’un Antoine Griezmann, le coup du chapeau (triplé consécutif) d’un Christiano Ronaldo peuvent à eux seuls décider de l’issue incertaine d’un match. C’est comme si un seul individu, soudain revêtu de grâce (charisme en grec) et de talent, pouvait devenir le sauveur de son équipe, et finalement de son peuple. La nature même du sport et en particulier du football, où une carrière et une vie peuvent basculer grâce un but, semble propice au recours au sacré. Dans nul autre sport collectif le rôle de l’individuel n’est aussi décisif (sauf peut-être le basket-ball). Impossible par exemple pour un rugbyman de faire basculer à lui tout seul le score d’une partie. Même les buteurs fameux comme Wilkinson ont besoin que les autres joueurs poussent les autres à la faute pour pouvoir tranquillement enquiller pénalité sur pénalité. Et d’ailleurs justement, même ici, on retrouve les origines footballistiques du rugby, car ce sont des coups de pied arrêtés, et non des jeux de mains…

L’héroïsme qui distingue l’un des Onze d’une équipe de foot (les Douze moins Judas ?) comme le sauveur, le Messie de tous n’est pas loin du messianisme juif ou chrétien. Un seul homme, Jésus, peut en effet inverser le sort humain. Là où tous ont échoué depuis Adam, il a suffi que lui réussisse (par la croix) pour que tous deviennent vainqueurs en lui et grâce à lui. La concentration sur la figure d’un seul au milieu de tous a bien des affinités avec la mise à part du Christ comme seul sauveur, seul médiateur entre Dieu et les hommes (la fameuse main de Dieu de Maradona en est un exemple poussé à l’extrême !). Il y a donc quelque chose de christique dans la légende vivante qui entoure les héros du football, de Just Fontaine à Lionel Messi, en passant par Pelé et autres Zidane…

 

Un vecteur de l’identité nationale et de la communion entre les peuples

France 10 - T-shirt contrasté HommeÀ l’heure de la globalisation à tout-va, chanter l’hymne national (souvent guerrier) pour se démarquer de l’autre partie du stade qui chantera l’autre l’hymne national, c’est presque une provocation. Le thème de l’identité d’un peuple, renforcé par le drapeau, les couleurs du maillot (la Squadra azzura, les Bleus, les Oranges…) revient ici en force, incompressible, irrépressible. Seuls les nationaux jouent en coupe du monde : pas de mercenaires étrangers, pas d’équipe sans nation. Un pays riche comme le Qatar peut certes s’acheter des stars du ballon rond à coups de milliards pour les naturaliser ensuite, cela ne fait toujours pas une sélection nationale. Renforcer l’identité des participants tout en l’ouvrant à la différence, voilà une belle opération symbolique que le football réussit à merveille, quelquefois bien mieux que les religions établies.

 

Tout gamin de la rue a sa chance

Pelé - naissance d’une légendePelé est la figure de l’ascension sociale fulgurante que peut provoquer le football. Sans école ni formation préalable, un gamin de la rue qui sait d’instinct taper dans le ballon pourra peut-être avoir un avenir exceptionnel. Le football fait la promesse d’élever les humbles et d’offrir à leurs chances aux petits. Le Magnificat n’est pas loin ! Cette promesse n’est pas sans harmoniques évangéliques, même si l’Évangile la fait à tous et pas seulement à quelques vedettes. Reste que la possibilité d’inverser le cours d’une existence, autrement promise à la pauvreté, fait partie du pouvoir de séduction du football. Un peu comme le loto. L’espérance d’une vie meilleure est si fortement chevillée au corps que les pauvres admirent et adulent ceux qui réussissent grâce au football, en s’identifiant à eux. Or c’est également un rôle un des rôles sociaux de la religion que de promouvoir chaque membre de la communauté à une vie meilleure, sur tous les plans, même matériel. Les catholiques ont beaucoup pratiqué ce lien entre baptême et ascension sociale, notamment dans les pays de mission. Actuellement, dans les banlieues et les zones de pauvreté, ce sont plutôt les évangéliques qui relèvent ce défi toujours actuel.

 

La tentation superstitieuse

Plus que les autres sports, le football donne lieu à des manifestations publiques de religiosité étonnantes. Olivier Giroud, l’attaquant de l’équipe de France, s’est tatoué un psaume en latin sur le bras (« le Seigneur est mon Berger, je ne manque de rien »). Une foi affichée et assumée qui devrait engager aussi à l’extérieur des terrains de football…

 footballLe 6 juin 2016, le jeune brésilien Neymar, vainqueur de la ligue des champions avec le FC  Barcelone, revêt le bandeau « 100% Jésus » pour célébrer la victoire. Une inscription plus tard censurée par la FIFA dans une vidéo pour la cérémonie du ballon d’or. Après leur victoire en 2002, l’équipe brésilienne tout entière s’est agenouillée en cercle pour une prière collective intense. Quelques joueurs enlevaient leurs maillots pour laisser apparaître leur T-shirts où était écrit : « J’appartiens à Jésus » (« I belong to Jesus »). L’influence évangéliste sur ce genre de pratiques publiques est manifeste.

Le risque est grand d’utiliser Dieu pour la victoire. « Dieu avec nous » est hélas un vieux slogan que l’on peut trouver chez les meilleurs comme chez les pires. Instrumentaliser Dieu pour le succès a été le péché d’Israël : il croyait que Dieu sortait avec ses armées, et il a fallu une énorme défaite (1 Samuel 4) -  avec pourtant l’arche d’Alliance comme emblème – pour que le peuple redécouvre le commandement du Décalogue : « tu ne prononceras pas le Nom de ton Dieu en vain » (Dt 5,11). La superstition (ou la magie) consiste justement à invoquer des force invisibles pour expliquer ou favoriser le cours des évènements…

 

La tentation du divertissement

« Les hommes, ayant perdu le paradis, se mirent à courir après une balle. »

 rugbyCette citation attribuée à Blaise Pascal nous met sur la piste de l’utilisation du football comme divertissement, au sens pascalien du terme, c’est-à-dire quelque chose qui nous divertit, nous détourne de l’essentiel. Les pouvoirs publics utilisent le football et le sport comme force de légitimation (cf. Hitler et les jeux de Berlin, ou l’URSS et le dopage). Ils savent également que le peuple qui a la tête au football ne manifestera pas dans la rue, et oubliera ses problèmes le temps de la compétition et après. Les individus quant à eux vont chercher à s’étourdir dans l’euphorie des supporters, pour oublier leurs problèmes. Poutine en Russie ou Macron en France n’ont pas laissé passer cette occasion d’instrumentaliser la réussite de leur équipe nationale…

Cette vision pessimiste du plaisir des supporters est très puritaine ! Les catholiques préfèreront voir dans ce divertissement un jeu proprement humain, qui n’est pas sans rappeler le plaisir du jeu dont la Sagesse se délectait auprès du Créateur à l’origine du monde (Proverbes 8)…

 

La tentation du mercenaire

Le revers de cette médaille de réussite est le risque de vendre son âme au succès et à la richesse qui l’accompagne. Plus que tout autre sport, le football actuel est envahi par l’argent. Chaque année, le mercato fait monter le prix de transfert des joueurs pour les clubs à des sommets de plus en plus extravagants. La FIFA estime à 4 milliards d’€ le chiffre d’affaires à réaliser autour de la Coupe du Monde 2018, dont 2 milliards de bénéfices.

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En bon marxiste, Mélenchon s’en étonne : « comment voulez-vous que je me passionne pour un sport ou des smicards viennent applaudir des milliardaires ? » Devenir footballeur professionnel est un rêve d’enrichissement et de gloire qui hélas transforme la vie des milliers d’enfants, notamment africains, en long exil décevant à travers l’Europe. Pour ceux qui réussissent (en proportion assez rare), l’ascension est fulgurante. Des gamins de 18 ans se retrouvent à amasser des fortunes qui leur brûlent les doigts et leur tournent la tête. Certains deviennent délinquants, voire criminels ; la plupart flambent leur argent en voitures, boîtes de nuit, filles, alcool etc. Sur le terrain, ils ressemblent plus à des mercenaires qu’à des amoureux du ballon rond et d’une identité locale. Ils sont prêts à se vendre au plus offrant. Heureusement, le PSG avec l’argent du Qatar et ses stars si coûteuses ne vaut pas encore le Real Madrid entraîné par Zidane… Reste que le budget d’un club est proportionnel à son succès en Ligue 1 ou Ligue 2, et vice versa hélas. Le mythe du petit Poucet détrônant les pros se réalise de temps en temps en Coupe de France (Guingamp, les Herbiers…). Mais la dure loi de l’argent règne sur les performances des clubs.

Comment ne pas entendre le Christ tonner : « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ? » Ou bien saint Jacques : « malheur à vous les riches. Vos richesses sont pourries ». Quand taper dans un ballon permet à quelqu’un de gagner en un mois plus qu’un ouvrier pourra jamais économiser tout au long de sa vie, on se dit qu’il y a effectivement quelque chose de pourri au royaume du football…

Le pape François a reçu une délégation de footballeurs lundi au Vatican.

Ce ne sont là que quelques linéaments dans le désordre, quelques briques d’une relecture théologique bien incomplète, à affiner davantage.

L’important est dans l’acte même de prendre du recul sur le spectacle de la Coupe du monde qui nous est offert. L’important est de prendre le temps de réfléchir sur ce jeu et sur cet événement mondial : Dieu n’est certes pas absent des stades (le diable non plus !), de la ferveur qui unit des peuple pacifiquement, de l’envie sportive de se dépasser témoignant de la transcendance etc.

Posons un autre regard sur ces réjouissances : un regard de bienveillance qui cherche à discerner les vraies attentes de nos contemporains derrière les enthousiasmes faciles, agréables et fragiles.

 


[1]. On pense, en s’appuyant notamment sur les grandes fresques en bas-reliefs qui entourent le grand terrain de Chichen Itza au Mexique, que lors des grandes fêtes une équipe représentant les forces de l’inframonde (le monde souterrain où les morts se rendaient – symbolisées par des jaguars) affrontait une équipe représentant la lumière (sous la forme d’aigles) avec une balle en caoutchouc (ils maîtrisaient la vulcanisation). Le match pouvait s’étendre sur plus d’un jour et selon les explications des guides sur place, la tête du capitaine de l’équipe perdante était tranchée par le capitaine de l’équipe gagnante et son sang était répandu sur le sol. Les Mayas associaient le sang à la vie et pensaient qu’il permettait donc une fertilisation du sol, améliorant les récoltes. Pour les Mayas, c’était un grand honneur ; on versait la tête était ensuite empalée dans le mur prévu à cet effet juste à côté du stade de ce jeu de balle.

 

 

 

Lectures de la messe
Première lecture
« C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

Psaume
(29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

Deuxième lecture
« Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15) 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop, celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien.

Évangile
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)
Alléluia. Alléluia. Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
Patrick BRAUD

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31 janvier 2017

Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire / année A
05/02/2017

Cf. également :

On n’est pas dans le monde des Bisounours !
L’Église et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?
Le coup de gueule de saint Jacques
La bande des vautrés n’existera plus
Maison de prière pour tous les peuples
Nourriture contre travail ?


Demandez le programme !

Lisez à haute voix la première lecture de ce dimanche, en y mettant quelques intonations « de bruit et de fureur » :

Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. (Is 58, 7-10)

Vous croiriez presque avoir en main le programme de Mélenchon pour les élections présidentielles de 2017 ! Il y a bien des résonances entre ce que le prophète Isaïe met sur les lèvres de Dieu lui-même et les propositions politiques des révoltés d’aujourd’hui : partager avec les pauvres, délivrer de la domination financière, accueillir les sans-abri, rétablir la justice…

Une différence – majeure – est qu’Isaïe s’adresse à chacun en l’appelant à pratiquer lui-même, chez lui en premier, la justice et le respect de la liberté de chacun envers les pauvres, alors que les programmes l’attendent de la fiscalité, de l’État, des réformes institutionnelles, bref : des autres.

C’est en Amérique latine que cette lecture d’Isaïe et les autres textes bibliques parlant des pauvres a produit la forme la plus aboutie d’engagement social, qu’on appelle la théologie de la libération.

 

Qu’est-ce que la théologie de la libération ?

Les théologiens les plus marquants de ce courant la définissent comme une pratique de libération des opprimés :

« La théologie de la libération cherche à articuler une lecture de la réalité à partir des pauvres et en vue de la libération des pauvres ; elle utilise en fonction de cela les sciences de l’homme et de la société, elle médite théologiquement et postule des actions pastorales qui facilitent la marche des opprimés » (Léonardo Boff, De la libération, 1984)

On pourrait dire que c’est notre texte d’Isaïe traduit en réformes sociales et politiques, suite à une analyse des inégalités et injustices se produisant dans la société actuelle. Plus qu’une idéologie, ce courant se voulait au départ porté par les pauvres et pour eux, par le biais notamment des multitudes de communautés ecclésiales de base (CEB) où la Bible est élue et interprétée par tous dans le sens de la libération des opprimés.

Le moment fondateur fut la Conférence de l’épiscopat latino-américain à Medellin en 1968, où l’on utilisa allègrement le terme libération. Selon Leonardo Boff, cette époque était marquée par « une indignation éthique devant la pauvreté et la marginalisation de grandes masses ». D’où la nécessité d’une théologie vécue et écrite « de l’envers de l‘histoire », d’après l’expression de Gustavo Gutierrez. De très nombreux religieux, des prêtres, prirent fait et cause pour les classes paupérisées, n’hésitant pas à joindre des mouvements sociaux et politiques. Ils mirent en place la création des communautés ecclésiales de base, organisèrent des systèmes d’éducation populaires etc.

Benoit XVI et la théologie de la libération dans 2 P Benoit XVI theologie-de-la-liberation-2-300x224On se souvient que des dérives sont alors apparues, liées à l’utilisation de la grille marxiste (on est dans les années 60) pour analyser les causes de la pauvreté en termes de classes antagonistes et de rapports de force à inverser. L’image de Jean-Paul II réprimandant Ernesto Cardenal en 1983 à sa descente d’avion (prêtre et ministre sandiniste) au Nicaragua reste dans la mémoire comme un avertissement fait à une déviation idéologique insupportable, où la théologie de la libération perdait sa saveur biblique en s’inféodant au marxisme.

Le premier texte officiel romain (1984) sur la théologie de la libération fut logiquement très négatif, allumant un contre-feu pour stopper cette dérive. La Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par un certain cardinal Ratzinger, y accusait la théologie de la libération d’introduire, sans recul critique, l’analyse marxiste à l’intérieur du discours théologique. « Cet emprunt à l’idéologie totalisante du marxisme a pour conséquence une perversion de la foi chrétienne », expliquait Mgr Ratzinger, en faisant référence à la politisation radicale des affirmations de la foi (Jésus aurait été un leader révolutionnaire) et aux jugements théologiques, notamment la théorisation de l’Église du peuple de Dieu comme Église de classe.

Une fois ces premiers excès écartés, les pauvres d’Amérique latine ont pourtant continué à lire les prophètes bibliques invitant à la libération de toute forme de servitude, et ont continué à s’engager pour le respect des droits des pauvres. Avec des figures remarquables : Dom Helder Camara (archevêque d’Olinda et de Recife au Brésil : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste »), Mgr Oscar Romero (assassiné en 1980 pour avoir dénoncé la répression de l’armée et l’oligarchie au pouvoir alors qu’il célébrait l’eucharistie) etc.

Du coup, un deuxième texte romain (1986) est paru, faisant une relecture beaucoup plus positive de cette expérience populaire. Le cardinal Ratzinger pouvait y reconnaître désormais un apport fondamental au trésor commun de toute l’Église : l’option préférentielle pour les pauvres. C’est devenu un des concepts clés de la Doctrine sociale de l’Église.

« Il faut réaffirmer, dans toute sa force, l’option préférentielle pour les pauvres : C’est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l’Église. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu’il imite la vie du Christ, mais elle s’applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l’usage des biens. Mais aujourd’hui, étant donné la dimension mondiale qu’a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu’il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d’un avenir meilleur ». (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église n° 182)

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Construire la société (droit, justice, économie, politique…) à partir des plus pauvres, traduire en actes – individuels et collectifs – cette option (ou amour) préférentielle  (mais non exclusive des riches !) est donc l’honneur du politique. Il est juste de lire Isaïe devant les candidats de 2017 et de leur demander : êtes-vous d’accord avec ces priorités ? Comment comptez-vous nous aider à les mettre en œuvre ? Et les mettre en œuvre au sein de l’État ?

 

Un drôle de crucifix

Le pape François est-il un théologien de la libération ? Un cadeau a fortement intrigué – voire scandalisé - beaucoup d’observateurs : le président bolivien Evo Morales a offert au pape François lors de sa visite en Amérique du Sud un crucifix en forme de faucille et de marteau [1]. Les conservateurs romains eurent vite fait de propager la fausse rumeur : le pape serait-il marxiste sous couvert de défendre les pauvres ?

En Argentine, le cardinal Bergoglio a longuement fréquenté et vécu avec les communautés ecclésiales de base. En tant que provincial jésuite, il a parcouru une bonne partie de l’Amérique latine et pris le temps de voir, d’écouter les paysans, les ouvriers, les chrétiens de la base réclamant des réformes au nom du dieu d’Isaïe. C’est pourquoi le pape François parle plus volontiers de théologie du peuple que de la libération. Cette théologie « recherche les chemins de la libération intégrale de notre peuple, en mettant en avant la nouveauté évangélique, sans tomber dans les réductions idéologiques » disait le futur pape François. Car le peuple a ce sens de la foi (sensus fidei) qui lui fait lire les prophètes bibliques, les Évangiles et toute la foi chrétienne comme un appel à la réconciliation de tous dans le respect des plus petits (et non à la lutte des classes remplaçant une dictature par une autre). Alors que les théologiens de la libération identifient le Peuple de Dieu au peuple comme classe, la théologie du peuple entend le « Peuple de Dieu » comme les peuples de la terre, chacun avec sa culture propre et son enracinement. En Amérique latine, les garants de la culture et des valeurs de chaque peuple sont avant tout les pauvres. Ce sont eux qui maintiennent vivante la notion de peuple, qui sont le plus attachés à leur culture. D’où une sollicitude et une attention supplémentaires aux pauvres. D’où l’importance, pour la théologie du peuple que prône le pape, de l’évangélisation de la culture, et de l’inculturation de l’Évangile. En plus de la justice sociale et de la lutte évangélique pour le respect des plus humbles.

 

En vue des élections de 2017

Afficher l'image d'origineLe Christ nous appelle à être sel de la Terre et lumière du monde dans l’évangile de ce dimanche. Cela vaut pour notre participation au débat politique ! Avons-nous à cœur de relire Isaïe et tous nos prophètes pour préparer cette échéance ? Serons-nous discerner les exigences concernant chacun individuellement et tous collectivement ? Aurons-nous le courage d’interpeller les candidats à la présidentielle – et aux législatives ! – sur le partage avec les pauvres, l’accueil des sans-abri, le combat contre toute forme d’oppression, de servitude et de haine [2] ?

La Fondation Abbé Pierre publie son 22° rapport sur le mal logement en France. Elle va rencontrer tous les candidats à la présidentielle pour leur soumettre ses propositions sur le logement

cf. http://www.fondation-abbe-pierre.fr/nos-actions/comprendre-et-interpeller/31-janvier-2017-22e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-de-la-fondation 

Voilà une action exemplaire qui montre comment la foi chrétienne peut être active pour transformer la condition des plus démunis.

Au-delà de notre vote, si nécessaire, porterons-nous l’option préférentielle pour les pauvres au cœur de nos responsabilités professionnelles et nos engagements associatifs ? de notre vie familiale, de quartier… ?

 


[1] . Le crucifix offert par le président bolivien Evo Morales est une réplique de celui en bois que tailla, dans les années 1970, le jésuite espagnol Luis Espinal, en forme de faucille et marteau, sur lequel il fixa le Christ de ses premiers vœux de religieux (il fut ordonné en 1962 en Catalogne). Il mena à partir de 1968, date de son arrivée en Colombie, un apostolat engagé auprès des pauvres, comme journaliste et réalisateur de films qui dénonçaient les injustices et les abus de la dictature militaire. Il participa également aux grèves des mineurs et des travailleurs. Le 21 Mars 1980, il fut enlevé, torturé, et finalement abattu sur ordre du dictateur luis Garcia Meza Tejada. Avant son entretien avec le président Morales, le pape François alla se recueillir devant la croix érigée à l’entrée du quartier d’Achachicala, à La Paz, où fut retrouvé le corps supplicié du prêtre, et loua le courage de ce défenseur du droit des opprimés: « Il prêcha l’évangile, cet évangile qui nous apporte la liberté, qui nous rend libre, comme tout enfant de Dieu ».

[2] . cf. Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Octobre 2016.

 

 

1ère lecture : « Ta lumière jaillira comme l’aurore » (Is 58, 7-10)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

Psaume : Ps 111 (112),.4-5, 6-7, 8a.9

R/ Lumière des cœurs droits, le juste s’est levé dans les ténèbres. ou : Alléluia ! (cf. Ps 111, 4)

Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ;
il mène ses affaires avec droiture.

Cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.
Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.

Son cœur est confiant, il ne craint pas.
À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire

2ème lecture : « Je suis venu vous annoncer le mystère du Christ crucifié » (1 Co 2, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Evangile : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-16)
Acclamation :Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur. Celui qui me suit aura la lumière de la vie.
Alléluia.(cf. Jn 8, 12)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi sera-t-il salé ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Patrick BRAUD

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11 novembre 2015

Lire les signes des temps

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Lire les signes des temps

 

Homélie du 33° dimanche du temps ordinaire / Année B
15/11/2015

 

Comment Dieu intervient-il dans notre histoire ?

À quoi pouvons-nous reconnaître son action, son passage ?

 

La météo appliquée à l’histoire

Sycone:fruit-fleur du figuier

Lorsque Jésus parle de sa venue, il emploie les images de son temps. Et notamment celle du figuier dans l’Évangile de ce dimanche :

« Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. »

Ailleurs, il précise encore cette comparaison du figuier :

« Voyez le figuier et les autres arbres. Dès qu’ils bourgeonnent, vous comprenez de vous-mêmes, en les regardant, que désormais l’été est proche. Ainsi vous, lorsque vous verrez cela arriver, comprenez que le Royaume de Dieu est proche. » (Lc 21, 29-31).

Il s’appuie sur la science météo empirique de son époque pour inviter à une science historique équivalente :

« Le soir venu vous dites ‘Beau temps, car le ciel est rouge’, et au matin ‘aujourd’hui tempête, car le ciel est rouge sombre’. Le visage du ciel, vous savez l’interpréter, mais les signes des temps, vous ne le pouvez » (Mt 16,2 3).

 

Vatican II et les signes des temps

Dans les années 80, et encore davantage lors du concile Vatican II, les théologiens ont vu dans ces passages d’évangile une clé de lecture de l’histoire. Si nous croyons vraiment que l’Esprit du Christ est à l’oeuvre en ce monde, alors nous pourrons discerner les traces de son travail dans certains événements, certaines personnes inspirées qui nous rapprochent du royaume de Dieu venant au-devant de nous.

C’est ce qu’on a appelé la théologie des signes des temps, en référence au texte de Vatican II décrivant cette lecture croyante de l’histoire habitée par l’Esprit de Dieu :

Afficher l'image d'origine« … L’Église a le devoir, à tout moment de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relation réciproques » (Gaudium et Spes 4,1).
« Mû par la foi, se sachant conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, le peuple de Dieu s’efforce de discerner dans les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence du dessin de Dieu » (GS 11).

Cette lecture des événements permet à l’Église d’éviter la posture de prophètes de malheur dénoncé par Jean XXIII dans le célèbre discours d’ouverture du concile :

Afficher l'image d'origine« Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de notre ministère apostolique nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les moeurs et la juste liberté de l’Église. Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires. »

D’ailleurs, Jean-Paul II a clairement fixé l’ordre des priorités de la doctrine sociale de l’Église : annoncer d’abord, dénoncer ensuite, jamais l’inverse ! Car ce n’est qu’en relation à une promesse que l’on peut mesurer les écarts actuels.

« L’accomplissement du ministère de l’évangélisation dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique de l’Église, comprend aussi la dénonciation des maux et des injustices. Mais il convient de souligner que l’annonce est toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable fondement et la force de la motivation la plus haute. » (Sollicitudo Rei Socialis n° 41).

Au lieu de souligner tous les dysfonctionnements des sociétés humaines, la mission de l’Église est d’abord de s’attacher à valoriser tout ce qui est inspiré par un esprit de justice, de liberté, de fraternité, largement au-delà de ses frontières visibles.

Jean XXIII mentionnait ainsi les signes des temps qui émergeaient sur lui dans les années 60 : une régulation mondiale sur le plan politique (l’ONU, les droits de l’homme), la décolonisation, l’émancipation des femmes…

Jean Paul II n’a eu aucun mal à prolonger cette liste : l’effondrement du communisme en 1989, une certaine mondialisation porteuse d’espérance, le recul de la pauvreté dans le monde…

 

Cette lecture est toujours à poursuivre.

C’est peut-être une critique que l’on peut adresser à la belle encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato si. Il insiste tellement sur les catastrophes écologiques à venir si on ne fait rien qu’on risquerait presque d’oublier tous les efforts déjà porteurs de renouveau et d’espérance en la matière.

 

Quels sont les signes des temps actuels ?

Rappelons encore une fois que dans le langage de Vatican II, il s’agit d’événements positifs manifestant la venue du royaume de Dieu, déjà parmi nous.

On peut alors repérer les évolutions porteuses de cette dimension eschatologique :

Afficher l'image d'origine- la libération des femmes, dans les cultures où elles sont encore opprimées, particulièrement dans les pays musulmans.

- la révolution numérique car, même si elle a des aspects inquiétants, elle contient un formidable potentiel pouvant servir le projet divin : rapprocher les peuples, augmenter les capacités humaines, transformer le travail pour qu’il soit plus humain, moins pénible et moins mécanique.

- l’aspiration écologique, car elle peut conduire à une plus grande sagesse dans la consommation (la sobriété heureuse), dans le rapport au temps, dans la solidarité entre pays et générations.

- la fin des dictatures : l’effondrement du mur de Berlin en 1989 nous a redit que tout système fermé sur lui-même finit par imploser. Les révolutions des printemps arabes ont pris le relais : même si elles ont été confisquées ensuite, pour un temps, par des pouvoirs religieux intégristes, elles finiront par porter des fruits au Maghreb et ailleurs. Et la Corée du Nord s’ouvrira un jour. Et la liberté religieuse parviendra à gagner sur l’intolérance musulmane, hindoue ou athée. Etc.

Afficher l'image d'origine 

Repérer ces forces de l’Esprit à l’oeuvre dans notre histoire ne relève ni de la naïveté ni de l’optimisme. Cela s’accompagne d’ailleurs du combat contre les régressions de toutes sortes qui s’opposent violemment à ces évolutions. Cela ne dispense pas, au contraire, de dénoncer les risques majeurs encourus par l’humanité dans ces profondes mutations sociales. Mais cette lecture des signes des temps nous oblige à parler sur fond de bienveillance, au sens premier du terme : voir d’abord le bien à l’oeuvre avant que de manifester ce qui s’y oppose. Nous n’avons vraiment pas vocation à être des prophètes de malheur, mais des sentinelles d’espérance.

 

Ajoutons que cette lecture des signes des temps vaut sur le plan individuel également. Notre histoire personnelle est une histoire sainte, où l’Esprit de Dieu est à l’oeuvre. Si nous prenons le temps de relire les événements qui nous marquent, si nous savons rendre grâce pour les personnes qui sont pour nous de vrais cadeaux, nous pourrons nous écrier comme Jacob à Béthel : « Dieu était là, et je ne le savais pas ! »

 

Il y a bien des figuiers qui produisent des fruits dans notre histoire personnelle et collective : ils annoncent la venue du Christ, dans cette ‘fin’ des temps qui est l’accomplissement aujourd’hui de la plénitude promise.

La liste de tout ce qui n’y va pas s’allonge chaque jour dans les journaux télévisés, les débats sociaux ou autour de la machine à café au bureau.

Sachons apporter à ces débats la juste espérance à laquelle nous invite la lecture des signes des temps chère à Vatican II.

 

 

 

1ère lecture : « En ce temps-ci, ton peuple sera délivré » (Dn 12, 1-3)
Lecture du livre du prophète Daniel

En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent, jusqu’à ce temps-ci. Mais en ce temps-ci, ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais.

Psaume : Ps 15 (16), 5.8, 9-10, 11
R/ Garde-moi, mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge. (Ps 15, 1)

Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : « Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie » (He 10, 11-14.18)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l’ancienne Alliance, tout prêtre, chaque jour, se tenait debout dans le Lieu saint pour le service liturgique, et il offrait à maintes reprises les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais enlever les péchés.
Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie.
Or, quand le pardon est accordé, on n’offre plus le sacrifice pour le péché.

Evangile : « Il rassemblera les élus des quatre coins du monde » (Mc 13, 24-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Restez éveillés et priez en tout temps :
ainsi vous pourrez vous tenir debout devant le Fils de l’homme.
Alléluia. (cf. Lc 21, 36)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. »
Patrick Braud

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21 septembre 2015

Coupe du monde de rugby : petit lexique à usage théologique

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Coupe du monde de rugby :
petit lexique à usage théologique

 

 

Cf. également :

En joug, et à deux !
Petite théologie du rugby pour la Coupe du Monde

 

Avant que la coupe du monde de rugby ne se termine, continuons la tentative de relecture Coupe du monde de rugby : petit lexique à usage théologique dans Communauté spirituellethéologique que nous avions commencée ici.

Les termes du rugby sont techniques, complexes, subtils. Beaucoup de dictionnaires en ligne ou sur papier peuvent vous guider. Je vous recommande particulièrement le très savoureux ‘Dictionnaire amoureux du rugby ‘ de Daniel Herrero, Plon, 2003.

Essayons juste de repérer quelques termes, avec humour et légèreté, quelques expressions rugbystiques qui ont une tonalité ou des harmoniques proprement théologiques.

 

Terre promise

C’est l’espace du terrain qui se situe au-delà de la ligne d’essai. Aller en Terre promise, c’est bien sûr aplatir la balle au-delà des poteaux. Symbole biblique qui assimile le jeu à un exode, les règles du jeu au Décalogue de l’Alliance, le franchissement de la ligne à celui du Jourdain par Josué… Et au rugby, on va souvent en Terre promise, mais on ne s’y installe jamais.

La théologie chrétienne aime bien cette dimension eschatologique, où l’au-delà est déjà présent sans être encore pleinement réalisé.

 

Demis

Être appelé demi est lourd de signification (au rugby, pas au bar…). Un demi n’existe qu’avec son alter ego, de mêlée ou d’ouverture. Il reconnaît en son nom l’appel à l’autre, l’incomplétude radicale qui marque finalement tout être humain. Ne parle-t-on pas de sa moitié pour désigner son mari ou sa femme ? Un demi de mêlée sait qu’il n’est rien sans son pack qui collecte les balles, ni sans son demi d’ouverture qui va déclencher l’attaque.

Dieu a peut-être créé l’homme à l’image de cette paire de demis : radicalement incomplet, pour l’obliger à faire équipe ; devant plonger dans les mêlées de la vie pour en extraire des balles propres, comme le demi de mêlée ; capable d’élargir le jeu en lançant ses partenaires vers la terre promise, comme le demi d’ouverture.

 

Charnière

C’est le nom donné à cette paire de demis. Stratégique, la charnière est comme son nom l’indique ce qui permet à l’équipe d’articuler l’effort des avants à la vista des arrières. L’équipe des 15 incarne elle aussi ce que Paul faisait porter à l’image du corps humain : « le Corps tout entier reçoit nourriture et cohésion de sa Tête, par les jointures et ligaments, pour réaliser sa croissance en Dieu » (Col 2,19 Ep 4,16).

Jouer un rôle charnière fait sans aucun doute partie de la vocation des baptisés. La charnière de demis nous rappelle que nous avons besoin de médiateurs pour articuler les rôles de chacun. Le Christ est le Médiateur par excellence, vrai Dieu et vrai homme. De là à penser qu’il aurait fait un bon demi d’ouverture, il n’y a qu’un pas, ou plutôt une passe…

 

Trois-quarts

Mêmes remarques que pour les demis : incomplétude, appel à l’autre. On peut y rajouter un sens certain de la gratuité : patienter des quarts d’heure entiers sans avoir aucun ballon d’attaque, plaquer à tour de bras en attendant, être jugé sur un ou deux ballons à ne pas manquer… Malgré l’arithmétique des fractions, les trois-quarts ne sont pas plus que les demis des héros solitaires. Mais leur nom nous rappelle que l’être humain est capable de ces grandes courses aux ailes à l’instar de ces gazelles (autre nom donné aux ailiers), où ils semblent s’envoler vers la Terre promise.

 

Maul

C’est une technique de progression où un avant, debout, est protégé par les autres avants pour avancer sans être plaqué. Pénétrant ou déroulant, le maul traduit la solidarité à laquelle nous sommes tous appelés. Pour que l’un d’entre nous puisse avancer protégé, il faut que d’autres lui fassent escorte, avec abnégation.

« Faire maul » autour des plus faibles, voilà une traduction rugbystique de l’option préférentielle pour les pauvres, chère à la doctrine sociale de l’Église…

 

Placage cathédrale

Placage qui soulevait l’adversaire à la verticale (comme une cathédrale dressée vers le ciel) avant de le faire retomber à la renverse. Extrêmement dangereux pour les cervicales, il est maintenant interdit.

Comme quoi ce qui est le plus spectaculaire peut s’avérer le plus dangereux, et c’est vrai même en religion…

 

Ascenseur

En touche, faire l’ascenseur, c’est aider un joueur à s’élever plus haut pour prendre le ballon, en le soulevant par le short ou les aisselles. Cette technique était autrefois interdite, mais aujourd’hui autorisée (à l’inverse du plaquage cathédrale : comme quoi les règles sont vivantes au rugby, comme elles devraient l’être en religion !), pour obtenir des touches plus spectaculaires.

Pour s’élever vers le ciel, il faut pouvoir compter sur des soutiens qui vous portent à bout de bras. Une autre version de la communion des saints en somme. L’ascenseur vers Dieu, c’est la force de l’Église qui vous porte et vous supporte.

Aider l’autre à s’élever, accepter d’être aidé pour monter plus haut : quelle plus belle image que l’ascenseur en touche pour traduire la quête spirituelle et le soutien de la communauté dans cette quête ?

 

Essai

Drôle de nom pour ce qui est en réalité une réussite ! Au début de l’histoire de rugby, on avait le droit de tenter de passer la balle entre les poteaux lorsqu’on l’aplatissait en terre promise. On avait donc droit à un essai (try), c’est-à-dire à une tentative. Ensuite on a trouvé le geste si beau qu’on a décidé de lui accorder des points pour lui-même : trois, puis cinq, en plus du coup de pied qui s’ensuit et qui est appelé ‘transformation‘. On a gardé le mot ‘essai’ alors que son enjeu était déjà partiellement réalisé.

Curieusement, ce déjà-là (les cinq points de l’essai) et ce pas encore (les deux points de la transformation) font penser aux gestes sacramentels : communier le dimanche par exemple, c’est déjà anticiper le passage au-delà de la ligne, et pourtant attendre la transformation de ce geste, qui doit encore rapporter des points dans la semaine à venir.

 coupe dans Communauté spirituelle 

Un essai n’est validé que si le ballon est aplati de haut en bas par le joueur, avec un contact physique joueur-ballon-terrain (d’où l’arbitrage vidéo souvent, pour vérifier que rien ne s’est interposé entre le ballon et la pelouse, et que le joueur a bien exercé une pression de haut en bas).

L’incarnation du Christ, c’est un peu ainsi : un Dieu qui s’aplatit au sol pour marquer l’essai. Il s’agissait bien pour Dieu de toucher le sol de notre humanité, ‘d’aplatir’ sa divinité pour qu’elle vienne au contact le plus physique de notre humanité. L’incarnation du Christ est un superbe essai divin, après une percée à travers les nuages déjouant les placages de l’Adversaire. À nous de le transformer, en faisant passer notre trajectoire humaine entre les poteaux plantés par Dieu (commandements, sacrements, comportements). Comme les trois arbitres d’un match de rugby se déplaçant au pied des poteaux lors des transformations, Dieu n’attend que de siffler joyeusement les deux points de notre plénitude…

 

Talonneur

Parmi les noms originaux des joueurs, cette métonymie est unique et parlante. Ce numéro 2 a pour rôle essentiel de ramener le ballon en arrière avec son talon, offrant ainsi le ballon introduit en mêlée aux deuxièmes et troisièmes lignes.

Comment ne pas penser au talon d’Ésaü, que Jacob a saisi par la main pour sortir du ventre de sa mère (Gn 25,26) ? Ou bien au talon de la première Ève que le serpent atteindra (Gn 3,15) mais grâce auquel la nouvelle Ève (Marie) pourra écraser sa tête ?

Devenir frère (Jacob et Ésaü), vaincre le mal (Ève et le serpent) : le geste obscur du talonneur dans l’intime de la mêlée, dérobé aux caméras, a peut-être plus d’ampleur qu’on ne le pense…

 

Piliers

Les numéros 1 et 3 encadrent le talonneur, et soutiennent la mêlée fermée, comme les piliers soutiennent un temple, une cathédrale. Ces forces de la nature subissent des pressions et des torsions énormes sur leur cou, leurs épaules. Ils ne crèvent pas l’écran comme les arrières, mais sans eux pas de munition pour les gazelles. Sans eux, tout s’écroule.

Dans nos communautés, s’il nous manque ces piliers, la fraternité s’écroule. Pierre a été choisi par Jésus parce qu’il était un peu comme ces colosses de la cohésion du pack : sa foi n’a jamais vacillé, et l’Église de Pierre (Rome) s’appuie sur les deux « colonnes » (Ga 2,9) de l’Église que sont Pierre et Paul, piliers avant l’heure, avec les 12.

 

French touch (ou french flair)

Style de jeu ?à la française’, où, sur une inspiration subite, une équipe est capable d’inventer des combinaisons de génie, des enchaînements époustouflants, des courses folles depuis les 22 m, pour remonter tout le terrain et marquer des essais de légende. C’est bien un phénomène d’inspiration géniale, si fréquente chez les musiciens, les peintres, les artistes.

Les chrétiens n’ont aucune peine à y discerner la trace de cet Esprit créateur largement répandu sur tout homme et tout l’univers, se moquant des frontières institutionnelles et religieuses.

Mettez un ballon dans les mains de vos joueurs avec un peu de french touch, et les élèves pratiqueront un ?rugby champagne’ où ils dépasseront leurs maîtres (« vous ferez des choses plus grandes que moi »,  promettait Jésus en Jn 14,12).

L’Esprit Saint est normalement le french touch de l’Église (à condition de ne pas l’étouffer)…

Crampons
Ces pointes de métal vissées aux semelles des joueurs sont tout un symbole. Se cramponner au terrain, c’est vouloir être solidement planté dans l’humus de la pelouse. Chausser les crampons, c’est vouloir adhérer à la réalité, être stable sur ses appuis, ne pas glisser lors des affrontements devant ou des crochets derrière. Les crampons des adversaires sont également une menace : à cause d’eux, il ne fait pas bon traîner sous les regroupements !

La vie spirituelle demande elle aussi de se cramponner, avec humilité, au réel. Les sacrements, la solidarité, la vie ecclésiale sont les crampons grâce auxquels la foi ne reste pas désincarnée, mais s’accroche et laboure le terrain de nos existences.

Alléluia

414D2CKN0WL._SX359_BO1,204,203,200_ dictionnaireCe n’est pas un cantique ni la fin du Messie d’Haendel, mais c’était au début du rugby une période un peu folle où tout était permis et où on essayait de goûter au jeu au-delà de la loi et des règles.

« Au collège de Rugby, à cette lointaine époque où le jeu de rugby tâtonnait encore à la recherche de ses lois, une règle décidée par les étudiants voulait que les matchs se terminent toujours par cinq minutes de liberté totale. (…) Une main trace en l’air un demi-cercle assuré et vient trouver le nez qu’elle cherche depuis longtemps, le bruit de branche cassée réjouit les visages : alléluia ! Un gémissement étouffé sort péniblement d’un frêle thorax d’élève arrogant, et l’écho vengeur chante : alléluia ! Coups dans les côtes, plaquages assassins, lèvres fendues, corps écrasés… Alléluia ! Alléluia ! Alléluia ! (…) Les règles officielles de 1862 interdirent les cinq minutes d’alléluia. »

(Daniel Herrero, Dictionnaire amoureux du rugby)

Quel dommage que l’alléluia rugbystique ne vienne plus répandre un air de folie sur nos pelouses (sans les excès décrits ci-dessus bien sûr?) ! Car en christianisme, la loi n’est que provisoire, et elle trouve son accomplissement dans l’Esprit, bien au-delà des règles…

 

 

Il y a encore beaucoup de termes goûteux et fleuris dans l’univers de l’ovalie (chandelle, bouchon, tampon, caramel, boîte à gifles, bouffe, pain, cravate, tortue béglaise, cocotte, ruck, pick and go, passe croisée / redoublée / sautée / chistéra, soutien, raffut, cuillère, fourchette, cadrage-débordement, tracteurs, 89, tee, casquette, drop, éponge magique, stamping, fondamentaux, joug, vendanger, fixer, trou de souris…), mais ceux-là y ont été mis « afin que vous croyiez » que ce sport est vraiment une révélation sur l’homme (cf. Jn 20, 30-31 !).

 

 

  Patrick Braud

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