L'homelie du dimanche

12 janvier 2020

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Homélie pour le 2° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
12/01/2020

Cf. également :

Lumière des nations
Révéler le mystère de l’autre
Pour une vie inspirée
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?

Le Silence des agneauxC’est la dernière réplique d’Hannibal Lecter à l’inspectrice du FBI qu’il a aidé dans l’identification du meurtrier en série qu’elle poursuivait. La jeune Clarice Starling (Jodi Foster) est en effet hantée dans ses nuits par les cris quasi-humains des agneaux qu’on égorgeait dans la ferme paternelle. L’effrayant psychopathe mais néanmoins brillant psychiatre Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) avait tout de suite décelé de sa cellule qu’il y avait une faille béante dans la vie de cette jeune femme. Il monnaye la confession de Clarice contre des renseignements sur celui qu’elle veut arrêter (sinistrement surnommé Buffalo Bill, car il découpe la peau de ses victimes) avant qu’il ne massacre une autre fille récemment kidnappée. Elle accepte de lui ouvrir ses cauchemars, et il parvient à la guérir en faisant le rapprochement avec le meurtre de son père, shérif du comté, mort en service, sacrifié sur l’autel de la sécurité de la communauté. Quand on sait que les agneaux qu’on égorge hurlent comme des enfants, il y a largement de quoi traumatiser n’importe qui. Et quand ces cris nous hantent la nuit ou nous réveillent le matin, on peut imaginer à quel point ça rend fou et ce qu’on pourrait donner pour avoir un peu de paix. Alors Clarice se raconte. Et, de fait, « le silence des agneaux » revient pour Clarice à la fin, alors qu’Hannibal arrive à s’échapper de manière spectaculaire et sanglante.

Évidemment, Jean le Baptiste n’a pas vu ce film culte (de 1991) ! Il ne peut mettre cette dose d’horreur et de guérison tout à la fois dans l’expression « agneau de Dieu » par laquelle il désigne son cousin au Jourdain (Jn 1, 29-34). Mais, comme tous les juifs pratiquants, il a vu l’abattoir du Temple de Jérusalem fonctionner à plein régime dans des flots de sang lors des fêtes pascales ou du Yom Kippour notamment. Il a peut-être encore à l’oreille les bêlements apeurés de ces petits de quelques mois, trop proches du hurlement humain pour les oublier vite… Mettre fin à ces rituels meurtriers où de jeunes vies sont sacrifiées soi-disant ‘au nom de Dieu’, voilà une tâche messianique que Jean-Baptiste annonce bientôt réalisée en Jésus. « Voici l’agneau de Dieu » : en substituant la personne de Jésus à l’animal rituel, le prophète du Jourdain accomplit l’intériorisation largement commencée par les autres prophètes avant lui. Ce n’est pas quelque chose d’extérieur à soi qu’il convient d’offrir à Dieu, mais soi-même. Rien ne sert d’égorger des agneaux lors de la Pâque juive, des moutons lors de l’Aïd musulmane, comme l’exprime le psaume de ce dimanche : « tu n’as voulu ni sacrifice ni holocauste. Alors j’ai dit : voici, je viens pour faire ta volonté » (Ps 40,7 ; He 10,8). Certes le gigot pascal aux flageolets demeure le plat familial de ralliement pour le dimanche de Pâques, lointain souvenir du sacrifice des agneaux durant la nuit de l’Exode, dont le sang marquait le linteau des portes juives à épargner. D’ailleurs, les juifs continuent encore à mettre dans leur assiette symbolique du Seder Pessah un os d’agneau rôti, en mémoire de la nuit de l’Exode, à côté des herbes amères, de la compote, du pain azyme etc. Et les musulmans continuent d’égorger le mouton en souvenir de l’animal substitué à Isaac (Ismaël selon eux) pour exprimer la soumission d’Abraham à la volonté divine.

La substitution est inverse en christianisme : pas besoin d’égorger des brebis, des agneaux ou des bœufs comme dans les religions animistes, juive ou musulmane, car c’est à l’homme de s’offrir lui-même en présent à Dieu, sans se défausser sur un animal ou une offrande extérieure. L214 appréciera ce refus d’instrumentaliser un animal à des fins religieuses ! Comme l’exprimera Jésus avec des mots si simples : « aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices » (Mc 12, 28-34). En tant qu’agneau de Dieu, Jésus conteste radicalement tous les systèmes religieux (ou politiques) qui mettent à mort d’autres vivants pour obtenir le salut, au lieu d’inviter chacun à faire mourir en lui ses pulsions inhumaines.

C’est le même mouvement d’intériorisation qui guide Jésus lorsqu’il déclare tous les aliments purs (le porc, les volailles ou les reptiles interdites par la cacherout), car c’est du dedans et non du dehors que provient l’impureté des pensées, des paroles, du désir :

« Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. […]
Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.
Il leur dit encore : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur.
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (Mc 7, 15-23)

« Voici l’agneau de Dieu » sonne donc le glas des systèmes sacrificiels où il faudrait tuer un autre un autre – animal ou humain – pour se rapprocher de l’absolu.

Jean-Baptiste ajoute que cet agneau de Dieu « enlève le péché du monde ». Il y a sans doute superposition dans ses paroles de l’agneau pascal avec le bouc émissaire, cet animal à qui l’on imposait les mains pour le charger de tous les péchés commis par Israël, avant de l’envoyer au désert, séparant ainsi symboliquement le peuple des péchés qu’il avait commis, lui permettant de retrouver sa sainteté originelle (Lv 16). Dans sa Passion, le Christ a revêtu l’humiliation et la dérision réservées aux pires criminels et aux séditieux les plus dangereux aux yeux des Romains. Sur le bois de la croix, « il a été fait péché pour nous » (2 Co 5,21), il incarnait le péché aux yeux des passants. C’est comme s’il s’identifiait à tous les pécheurs de tous les temps, comme s’il portait le péché du monde sur ses épaules avec le patibulum de la croix infamante. Il dénonce le mécanisme du bouc émissaire comme proprement infernal.

Il est bien « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », mis à l’écart comme le bouc émissaire, mais faisant corps avec les pécheurs pour les introduire au cœur de la communion divine. Une sainteté par communion, non par séparation. Unis au Christ, ses amis – quel que soit leur péché – goûterons à l’intimité d’amour qui l’unit à son Père dans l’Esprit. Le bon larron en est témoin. Jean-Baptiste également, dont le texte assure par deux fois qu’il est prêt à témoigner en faveur de Jésus dans le procès qui l’oppose au monde :

« Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

C’est donc que nous pouvons nous aussi – nous devons – prendre parti pour les innocents injustement massacrés, témoigner pour ceux qu’on accuse de tous les péchés par peur de les trouver en soi.

Témoigner pour ces chrétiens d’Orient que l’islam opprime (on pense aux chrétiens de Gaza interdits de célébration de Noël à Bethléem, ou aux centaines de milliers de chrétiens persécutés ou exilés d’Irak, d’Iran, du Liban etc. à cause de l’arrogance islamique).

Témoigner pour ces 220 000 enfants non-nés chaque année en France, sous couvert de Droits de l’homme ou de progrès social.

Témoigner devant les puissants en faveur des plus pauvres facilement sacrifiables sur l’autel du progrès néolibéral.

Témoigner pour le respect de toute vie, de toute dignité, des arbres aux animaux jusqu’aux plus fragiles d’entre nous.

Proclamer que Jésus de Nazareth est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » nous engage à la suite de Jean-Baptiste à déposer comme témoin des innocents à la barre des procès qu’on leur intente. Quitte à prendre des risques pour cela. Quitte à y laisser la vie. Le martyre éthique de Jean-Baptiste nous avertit : appeler mal ce qui est mal peut nous coûter cher, mais notre vocation prophétique nous pousse à ne pas se taire, à crier comme Jean au désert : « voici l’agneau de Dieu ! » Si nous nous taisons, les pierres crieront à notre place… (Lc 19,40).

Et Jésus ?

À la différence des agneaux de Clarice qui hurlaient dans sa mémoire, il n’ouvre pas la bouche lorsqu’il est injustement condamné et supplicié. Par son silence devant ses bourreaux, il apporte en lui une paix que rien ne peut troubler. Par son amour de ses ennemis, il offre une réconciliation qui fera taire la haine. Par sa non-violence, il désarme la fureur des persécuteurs d’aujourd’hui. Par sa victoire sur la mort, il éteint les cris hantant le passé de ceux qui ont fait le mal.

Isaïe l’avait pressenti :

« Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris.
[…] Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. […]
C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. » (Is 53, 2-12)

Cet agneau de Dieu peut exorciser les frayeurs terrifiantes qui peuplent nos regrets, nos remords, nos péchés les plus impardonnables.

Alors, cher(e) lecteur(rice), les agneaux de tes cauchemars se sont tus ?…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 3.5-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

PSAUME

(Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. (cf. Ps 39, 8a.9a)

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

DEUXIÈME LECTURE

« À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (1 Co 1, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.
À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)
Alléluia. Alléluia.« Le Verbe s’est fait chair, il a établi parmi nous sa demeure. À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » Alléluia. (cf. Jn 1, 14a.12a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Patrick Braud

 

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