L'homelie du dimanche

27 mars 2013

La table du Jeudi saint

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La table du Jeudi saint

Homélie pour le Jeudi Saint / Année C
28/03/2013

Ce n’était sans doute pas une table qui trônait dans la salle préparée pour la Pâque juive réunissant Jésus et ses disciples ce jeudi-là. C’était plus vraisemblablement un aménagement de coussins ou de divans, plus ou moins en cercle. Les convives s’allongeaient, couchés sur le côté de façon à pouvoir se parler. Ils mangeaient à un plat commun en y puisant à tour de rôle. C’est ce qui explique la fameuse bouchée commune par laquelle Jésus désigne Judas comme celui qui va le livrer (Mc 15). C’est ce qui explique également le geste du lavement des pieds, non pas à quatre pattes sous une table, mais bien au cours du repas au pied de chaque disciple allongé sur les coussins à même le sol. C’est ce qui explique encore le geste de l’onction de Béthanie, où une femme pleure sur les pieds de Jésus et les essuie de ses cheveux : geste impossible si c’était une table classique, mais accessible si Jésus est allongé pour le repas, selon la coutume de son époque.

La table du Jeudi saint dans Communauté spirituelle repas-10

Bref, la table du Jeudi saint n’était sans doute pas une table.

Pourtant, en vertu des lois de l’inculturation, les générations ultérieures ont bâti des tables-autels dans leurs églises pour y célébrer le dernier repas du Christ. Avec raison. Essayons de parcourir quelques usages du mot table en français pour voir comment l’eucharistie assume ou non tous les sens de ce mot nous reliant au Jeudi saint.

 

« À table ! »

plateaux-service-de-table-a-table Jeudi dans Communauté spirituelle

Cette expression familière retentit toujours à l’heure du repas. Pour rassembler la famille dispersée chacun dans sa chambre, il faut soit crier, soit sonner une clochette, soit compter sur la bonne odeur de cuisine se répandant dans l’escalier jusqu’aux étages pour faire bouger les petits et les grands.

Crier « à table » est l’office de la cloche de l’église. Elle sonne à travers les airs pour arracher chacun à sa quotidienneté et lui transmettre une joyeuse invitation. « Viens, tu es attendu ; la table est prête ».

L’eucharistie comme convocation et rassemblement du Peuple de Dieu tient là un symbole fort : c’est l’appel de Dieu qui constitue l’Église ; c’est l’invitation au festin qui fait l’assemblée (l’ekklèsia) et non les sympathies naturelles existantes ou non entre les uns et les autres.

L’Église n’est pas un club, parce que l’eucharistie s’adresse à tous : « à table ! »

 

Faire table ouverte

51YZ5FW5CNL._SL500_AA300_ tableL’eucharistie assume facilement cette jolie expression : il y a toujours de la place pour le passant, l’étranger, l’esseulé. Comme autrefois dans les familles on laissait toujours une place vide pour la « part du pauvre », au cas où un nécessiteux frapperait à la porte pour demander à manger.
Il devrait toujours y avoir dans nos messes cette vigilance pour garder ouvert le cercle des habitués. Quel contre-témoignage lorsqu’une assemblée paroissiale semble fermée, ne sait pas accueillir les nouveaux, ou laisse repartir les inconnus sans même leur adresser une parole, un regard, un sourire !

L’eucharistie fait table ouverte, sinon ce n’est pas l’eucharistie.

 

Table d’hôte

L’hospitalité eucharistique n’est pas un vain mot dans la tradition de l’Église. Dans les premiers siècles, lorsque les prêtres se déplaçaient dans une autre Église locale, ils montraient leurs « lettres de communion » (koïnonia grammatica) rédigées par leur évêque, et était alors admis à la table eucharistique pour célébrer avec le clergé local. La coutume continue, plus juridique hélas, avec le celebret, document qu’un prêtre doit normalement fournir pour pouvoir célébrer ailleurs que dans son diocèse comme s’il était chez lui.

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Au-delà des seuls ministres, pratiquer l’hospitalité eucharistique entre Églises diverses est une nécessité interne à l’eucharistie. Comme pour une table d’hôte où chacun est chez lui chez l’autre, nos messes devraient être un lieu d’accueil, d’hospitalité, où nous nous mettons à disposition de ceux qui viennent d’ailleurs. Est-ce vraiment le cas ? N’est-ce pas une des raisons pour lesquelles nos assemblées n’attirent plus guère ?

 

Table ronde

Organiser une table ronde, par exemple avec des clients ou des fournisseurs en entreprise, c’est réunir sur un pied d’égalité des gens situés différemment, pour faire circuler entre eux une parole plus féconde que la succession de N discours individuels.

L’eucharistie assume également cette signification (à condition que ronde ne veuille pas dire fermée !). D’autant plus que autour d’une table ronde, personne ne domine contrairement à une forme rectangulaire ou en V. Dans une réunion en cercle, si l’un préside, c’est au service de l’échange entre tous. En rectangle ou en V, celui qui se situe à une extrémité détient de ce fait un pouvoir de domination sur le groupe. Regardez les salles de réunion en entreprise ou en paroisse ou à l’école : l’organisation physique des tables et des chaises en dit long sur les rapports de pouvoir.

Or dans l’eucharistie, le Christ interdit toute domination : « les rois des nations païennes commandent en maîtres. ». Hélas, prêtres et évêques ont parfois oublié cet ordre du Christ, et ont subtilement réintroduit des dominations sur ceux qu’ils sont censés servir. On aura beau répéter le geste du lavement des pieds le Jeudi saint, si cela ne s’incarne pas dans la vie de l’Église par une réelle égalité entre tous, par une conception du ministère comme service, alors la contradiction sera si flagrante qu’il ne faudra pas s’étonner de devenir inaudibles, non crédibles…

 

Table rase

« Du passé faisons table rase ! »

Ce célèbre slogan révolutionnaire convient mal à l’eucharistie. Du moins dans un premier temps. En effet l’eucharistie fait mémoire, et donc s’enracine dans ce Jeudi de Palestine en voulant y être fidèle. Dans un deuxième temps cependant, faire table rase du passé pourrait quand même renvoyer à la dimension eschatologique de la Cène. Le dernier repas du Christ inaugure un monde réellement nouveau, une nouvelle création du monde. Le pain et le vin basculent tout entier du côté de ce monde de la résurrection (c’est le sens du vieux mot transsubstantiation) pour nous y entraîner à notre tour en y communiant. Isaïe le disait fort justement : « ne vous souvenez plus du passé… »

 

Le côté révolutionnaire de l’eucharistie est donc de nous ouvrir à l’avenir de Dieu, sans préjuger de notre passé humain. C’est en s’appuyant sur le passé du Christ (sa passion, sa résurrection) que nous pouvons enfin être libérés des pesanteurs de notre propre passé, et nous ouvrir à des perspectives radicalement nouvelles. La tabula rasa de l’eucharistie est celle de nos efforts/faiblesses trop humains. Celui qui vient à l’autel reçoit entre ses mains son avenir, pas la prolongation de son passé.

« Souviens-toi de ton futur… »

 

Tabler sur Dieu

En français, tabler sur quelqu’un, c’est s’appuyer sur lui comme on s’appuie sur une table pour refaire ses forces. L’eucharistie nous apprend à tabler sur Dieu, à compter sur lui plus que sur nous-mêmes. Radical lâcher-prise qui n’est pas de la résignation, du renoncement ou du fatalisme. Comme le disait St Ignace de Loyola : « Tout faire comme si cela ne dépendait que de moi seul ; mais tout attendre de Dieu seul ».

Nous ne venons pas à la messe célébrer une réussite (sinon que ferait celui qui n’en a pas ?). Nous venons nous ouvrir à l’avenir absolu qui peut faire irruption dans nos vies.
Nous ne comptons pas sur nos efforts, nous tablons sur Dieu qui fait toute chose nouvelle. Réduire l’eucharistie à une autocélébration d’un groupe motivé transformerait l’Eglise en club privé.

Il y a encore d’autres expressions françaises utilisant le mot table et assumées plus ou moins dans l’eucharistie. Que celles que nous venons d’évoquer nous aident à regarder d’un autre oeil les tables qui nous rassemblent en famille, en entreprise etc.

Qu’elles nous aident à renouveler notre sens eucharistique, pour rester fidèles au dernier repas du Christ, serviteur jusqu’à en mourir.

 

 

1ère lecture : L’agneau pascal (Ex 12, 1-8.11-14)
Lecture du livre de l’Exode

Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d’un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : Ps 115, 12-13, 15-18

R/ Bénis soient la coupe et le pain,
où ton peuple prend corps

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

Acclamation : Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus.
« Tu nous donnes un commandement nouveau :
Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus. 
(cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ?
Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick Braud

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4 avril 2012

Le pain perdu du Jeudi Saint

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Le pain perdu du Jeudi Saint

 Homélie du Jeudi Saint  05/04/2012

La recette du pain perdu

Les générations qui avaient traversé la pénurie et le rationnement sous l’occupation naziePain perdu en avait gardé un réflexe : on ne jette pas la nourriture. Même le pain dur n’était pas gaspillé. La recette était simple : on fait tremper les tartines de pain sec dans un peu de jaune d’œuf mêlé de lait, on fait griller à la poêle, et on sert bien chaud nappé de sucre en poudre (avec de la cassonade, c’est encore meilleur; et si on y ajoute un trait de chocolat fondu…)

Ce pain perdu se fait-il encore ?

En tout cas – si on pardonne la métaphore culinaire – c’est bien la recette du Christ pour le repas du Jeudi Saint.

Lui, le Pain de vie, va accepter dans sa Passion d’être perdu avec les perdus. Mais c’est pour les envelopper de l’amour du Père ; c’est pour que la chaleur de l’Esprit vienne réchauffer ce qui est dur et sec en eux ; c’est pour que tous ceux qui se croyaient perdus découvrent qu’ils sont promis à devenir Dieu, rien moins que cela !

 

Le pain de misère juif

Le pain que Jésus a entre ses mains le soir du Jeudi Saint est un « pain de misère », selon la tradition juive. C’est un pain azyme, c’est-à-dire sans levain, car les hébreux n’ont pas eu le temps de le faire lever lorsqu’ils ont fui l’esclavage de l’Égypte en toute hâte.

Aucune trace de pâte levée  (chomez qui veut dire aussi ?force’) ne doit rester dans les maisons : tout le levain doit disparaître des maisons (Ex 12,18-19) et il est interdit d’en manger pendant les sept jours de la fête juive de Pessah (Ex 12,20). La signification est claire: il s’agit d’abord de faire mémoire de la hâte avec laquelle les hébreux sont sortis d’Égypte, sans même avoir eu le temps de faire cuire leur pain; enracinement historique dans l’événement lui-même donc.

Mais c’est aussi le symbole de l’humilité dans laquelle Israël doit fêter Pessah: c’est dans Le pain perdu du Jeudi Saint dans Communauté spirituelle 1267247446m58Uivla faiblesse que Dieu l’a sauvé, l’a formé comme son peuple. Ce n’est pas à sa propre ?force’ qu’Israël est devenu un peuple, et un peuple libre. Le « pain de misère » (les pains azymes ou mazzoth) mangé à Pâque symbolise cette faiblesse et cette impuissance, dans laquelle la puissance de Dieu va se déployer.

Connaissant cette coutume, Jean prend bien soin de préciser que la mort de Jésus coïncide avec le jour de la Préparation de la Pâque (Jn 19,31), quand justement on fait cette inspection minutieuse pour éliminer toute trace d’aliment impur. Jésus est ainsi implicitement identifié à ce chomez qu’il faut mettre dehors, au rebut de l’humanité. Ce qui donne une théologie de la Croix où l’identification de Jésus au dernier des derniers, aux impurs et aux exclus de ce monde (le chomez), dans la faiblesse (mazzoth), est le véritable ?sacrifice’ pascal qui libère et fait vivre.

 

Le pain azyme chrétien

Le Nouveau Testament parle de la Pâque environ une trentaine de fois, et presque toujours dans un contexte indicatif et allusif (Lc 22, 1-11; 14-18; Jn 2,13…); en l’appelant aussi la fête des Azymes (Mt 26,17). Le rapprochement avec la mort du Christ est fortement souligné: « la Pâque, vous le savez, tombe dans deux jours, et le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié » (Mt 26,17). La réinterprétation christique du rituel de la fête viendra très vite: « Christ notre Pâque a été immolé. Ainsi donc célébrons la fête, non pas avec du vieux levain ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité » (1 Co 5,7-8). Ainsi le Christ est le nouvel Agneau Pascal, les chrétiens sont les vrais mazzoth (azymes) en qui ne reste plus le ?levain’ du péché, mais la lumière de la vérité.

 090708hostie_4 Christ dans Communauté spirituelle

Ce « pain de misère », sec et dur, est ce soir transformé en repas de fête. Le pain perdu de nos vies est transfiguré en savoureux dessert. « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. »  (Ps 118,22 ; Lc 20,17 ; Ac 4,11)

 

En recevant ce pain perdu sur la paume de nos mains ouvertes, croyons ce soir qu’il n’y a rien de si dur et si sec – en nous comme chez les autres – qui ne puisse être enveloppé de l’Esprit du Christ.

 

Ne jetez plus vos tranches de pain dur et, tout en faisant dorer ces tartines de pain perdu, méditez sur ce que fait l’eucharistie en vous…

 

1ère lecture : L’agneau pascal (Ex 12,1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d’un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : Ps 115, 12-13, 15-16ac, 17-18
R/ Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur 
de voir mourir les siens ! 
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ? 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, 
j’invoquerai le nom du Seigneur. 
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, 
oui, devant tout son peuple.

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. « Tu nous donnes un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Patrick Braud

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10 mars 2012

Une Loi, deux tables, 10 paroles

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Une Loi, deux tables, 10 paroles

 

Homélie du 3° Dimanche de Carême  11/03/2012

 

Une Loi, deux tables, 10 paroles dans Communauté spirituelle tables-lois-synagogue-tournelles

Tout le monde connaît les 10 commandements. Le peuple juif préfère les appeler les 10 paroles, justement parce que la première de ces paroles n’est pas un comman

dement, mais un acte de mémoire : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ait fait sortir du pays d’Égypte… ». La tradition juive a classé ces 10 paroles en deux groupes de 5 : les fameuses deux tables de la Loi. On peut ainsi les mettre en parallèle de manière à visualiser les liens qui existent entre les cinq premières paroles qui concernent essentiellement Dieu (sauf la parole sur l’honneur dû aux parents, mais elle fait justement la jonction entre le Dieu Père et les parents humains) et les cinq dernières paroles qui concernent les relations entre les hommes.

  

Dans chaque synagogue (juive) ou temple (protestant), les deux tables de la Loi sont ainsi représentées (vitrail, sculpture, inscription…).

 

Chaque parole sur Dieu éclaire la parole correspondante sur l’homme et réciproquement.

Essayons de parcourir ces liens.

 

1. Je suis le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte

6. Tu ne tueras pas

2. Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi

7. Tu ne commettras pas d’adultère

3. Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal

8. Tu ne voleras pas.

4. Tu feras du shabbat un mémorial

9. Tu ne feras pas de faux témoignage

5. Honore ton père et ta mère

10. Tu ne convoiteras pas

 

 

 

 

 

 

 

1 & 6

Mémoire de l’Exode á Interdit du meurtre

Oublier l’Égypte, c’est s’exposer au meurtre.

Si Israël ne fait pas mémoire de l’Exode, il finira par maltraiter ses immigrés, ses étrangers. Indirectement également, si j’oublie combien Dieu m’a libéré, je le ferai payer  cher aux autres.

La perte de mémoire de notre histoire avec Dieu conduit à la violence entre les hommes.

 

2 & 7

Idolâtrie á Adultère

L’idolâtrie est un véritable adultère. Idolâtrie de l’argent, du pouvoir, du savoir? : toutes les formes d’adoration où le culte du vrai Dieu est oublié.

Tromper Dieu avec des idoles ou tromper son conjoint, ses amis : ces infidélités se nourrissent l’une l’autre.

 

3 8

Instrumentalisation de Dieu á Vol

Utiliser le nom de Dieu pour le mal est un vol, et même la source de tout vol. L’homme qui dérobe à Dieu sa vérité hésitera pas à dérober à son prochain ce qu’il appartient.

 

4 & 9

Shabbat á Témoignage

Ne pas célébrer le shabbat est un faux témoignage porté à la face du monde. Si Israël ne célèbre plus le septième jour, il n’est plus le témoin du Dieu unique devant les nations.

 

5 & 10

Honneur des parents á Convoitise

Ne pas honorer ses parents engendre la convoitise. En effet, dès lors qu’on n’est plus dans l’héritage (accepter de recevoir ce qui est donné des parents, le meilleur comme le pire) on se met en situation d’appropriation (désirer prendre le bien d’autrui).

 

Parcourir également ces liens en sens inverse donne à penser :

 

6 1

Interdit du meurtre á Mémoire de l’Exode

Commettre un meurtre, c’est nier l’Exode. Car le véritable esclavage est bien celui qui refuse à l’autre le droit d’être lui-même.

 

7 & 2

Adultère á Idolâtrie

Commettre un adultère, c’est en fait considérer le plaisir ou l’épanouissement individuel comme beaucoup plus important que l’alliance. L’idolâtrie puise sa source ici : préférer un petit dieu à son image, à la taille de son envie, plutôt que l’alliance avec sa traversée du désert et ses moments arides.

 

8 3

Vol á Instrumentalisation de Dieu

Le lien est plus subtil : entre le vol et l’usage du nom de Dieu pour le mal, il y a pourtant cette habitude qui s’installe de justifier ses appétits par les meilleures raisons du monde. On voit des puissants légitimer leur fortune par l’ordre ou la justice.

On entend des fanatiques voler des vies au nom de Dieu.

On constate que les inégalités s’accumulent au nom de soi-disant ?lois d’airain’ incontestables, quasi divines.

La liste est longue où l’on utilise la sacralisation pour en fait voler l’autre.

 

9 & 4

Témoignage á Shabbat

Témoigner contre son prochain à tort, c’est profaner le shabbat, car la création ne peut se reposer tant que les mensonges destructeurs d’autrui compromettent la fraternité entre tous (parents, fils, filles, serviteurs, bêtes).

 

10 & 5

Convoitise á Honneur des parents

Convoiter le bien d’autrui finit toujours par engendrer le mépris de ses propres parents. On envie leur réussite, on ne voit plus en eux des racines mais des fruits à prendre. On en vient tel le fils prodigue à lorgner sur l’héritage.

 

Finalement, la disposition des 10 Paroles en 2 tables nous oblige à lier sans cesse notre comportement envers Dieu et nos relations aux autres, et réciproquement.

C’est peut-être cette réciproque qui échappe le plus à nos cultures occidentales modernes. Nos sociétés sécularisées européennes veulent bien que la religion aide à avoir une éthique altruiste et généreuse. Mais elles admettent difficilement que les défauts dans les relations sociales s’enracinent pour une bonne part dans des ruptures d’Alliance avec Dieu?

 

C’est aux croyants, et surtout aux monothéistes qui ont ces 10 Paroles en commun, de démontrer que Dieu et l’homme sont inséparables.

 

Chacun de nous peut cette semaine choisir un ligne parmi les 5 du tableau ci-dessus (1=6 / 2=7 / 3=8 / 4=9 / 5=10) et méditer sur les liens réciproques qui unissent les 2 paroles choisies?

 

1ère lecture : Dieu donne sa loi par Moïse (brève : 20,1-3.7-8.12-17) (Ex 20, 1-17)

Lecture du livre de l’Exode

Sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici :
« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.
Tu n’auras pas d’autres dieux que moi.
Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ;
mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération.
Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré.
Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ;
mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville.
Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a consacré.
Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
Tu ne commettras pas de meurtre.
Tu ne commettras pas d’adultère.
Tu ne commettras pas de vol.
Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »

 

 

Psaume : Ps 18, 8, 9, 10, 11

R/ Dieu ! Tu as les paroles de vie éternelle

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples. 

Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le c?ur ; 
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard. 

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ; 
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables : 

plus désirables que l’or,
qu’une masse d’or fin, 
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.
Patrick BRAUD

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