L'homélie du dimanche (prochain)

25 décembre 2025

Joseph sur le divan

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Joseph sur le divan

 

Homélie pour la Fête de la Sainte Famille / Année A
28/12/25

Cf. également :

La vieillesse est un naufrage ? Honore la !

Une famille réfugiée politique

Aimer nos familles « à partir de la fin » 

Fêter la famille, multiforme et changeante

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait

Sois attentif à tes songes…

 

De l’intérêt de rêver

Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller la nuit en plein milieu d’un rêve, et de vous dire : « il faudrait que je note ce que j’ai rêvé » ? Vous avez là l’intuition que quelque chose de vrai et de profond se joue pour vous dans les méandres de votre inconscient. Entraînez-vous à écrire à la volée les bribes de vos imaginaires nocturnes. Vous verrez qu’avec un peu d’entraînement, vous y arriverez de mieux en mieux. Les histoires – même les plus délirantes apparemment – seront plus précises, les personnages plus identifiables, la trame du rêve plus lisible.

En ce jour de la Sainte Famille, il n’est pas iconoclaste de penser que Joseph a fait ce travail sur lui-même. Par trois fois dans notre Évangile (Mt 2,13-15.19-23) il rêve à ce qu’il doit faire, comme il avait déjà rêvé au moment de prendre Marie chez lui (Mt 1,20). Il a interprété ses rêves comme des messages divins, et c’est pourquoi Matthieu les appelle des songes, ναρ (onar) en grec, de qui vient le français onirique, évoquant tout un monde intérieur.

 

Le songe biblique est un rêve où l’éveillé pourra lire une parole de Dieu. La Genèse l’appelle également « vision nocturne », comme celle faite à Jacob-Israël pour l’inviter lui aussi à descendre en Égypte : « Dieu parla à Israël dans une vision nocturne. Il dit : “Jacob ! Jacob !” Il répondit : “Me voici.” Dieu reprit : “Je suis Dieu, le Dieu de ton père. Ne crains pas de descendre en Égypte, car là-bas je ferai de toi une grande nation. Moi, je descendrai avec toi en Égypte. Moi-même, je t’en ferai aussi remonter…” » (Gn 46,2-4).

 

L'interprétation des rêves - Freud  -  - Editions BréalDepuis Sigmund Freud et son « Interprétation des rêves » (Die Traumdeutung) en 1900, on sait que le rêve est un travail de l’inconscient qui, une fois la barrière du contrôle levée grâce au sommeil, rumine et digère les événements du jour, du passé, pour pouvoir les assumer. En termes psychanalytiques, rêver c’est se mettre en quête d’unification intérieure, en recombinant les instances du sujet (le Ça, le Moi et le Surmoi) de façon apaisée, afin de résoudre les conflits déchirant le Je du dormeur. C’est un itinéraire de réconciliation du sujet avec ses forces inconscientes.

 

L’approche freudienne ne détruit pas la dimension religieuse du texte : elle en révèle la profondeur anthropologique. Ce que Matthieu appelle « l’ange du Seigneur » pourrait être compris comme la voix du Surmoi apaisé, médiateur entre le Ça et le Moi. Les songes de Joseph deviennent alors la parabole du travail de l’inconscient, où la parole divine et la parole intérieure se rejoignent. Lire Matthieu avec Freud, c’est comprendre que la révélation peut être aussi intériorisation : Dieu parle dans le rêve parce que le rêve est le lieu où l’inconscient rejoint le spirituel, là où la Loi et le désir cessent de s’opposer et deviennent, dans le langage symbolique du songe, une même promesse de paix.

 

Tentons alors une interprétation de type psychanalytico-théologique des trois rêves–songes de Joseph en cet évangile de la Sainte Famille.

 

1. « Fuis en Égypte » : le déplacement de la peur

La Fuite en Egypte. Miniature, vers 1450« Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.” » (Mt 2,13).

La menace d’Hérode est bien réelle. Dans son rêve, Joseph reconnaît avoir peur ; et il l’assume. Ce qui est signe d’acceptation du réel, sans bravade ni déni du danger. Il a le courage d’avoir peur, en quelque sorte !

Dans une lecture freudienne, Hérode pourrait incarner la figure du Père terrifiant, image du Surmoi archaïque, persécuteur des désirs interdits. Le rêve met en scène la peur d’une punition paternelle (comme dans le mythe d’Œdipe, que Freud relie à l’angoisse du fils menacé par le père).       

La fuite vers l’Égypte représente un mouvement de régression : retour au « ventre maternel » symbolique, lieu d’origine, de sécurité primitive.

L’« enfant » (Jésus) peut symboliser le Moi nouveau à protéger, le produit du désir refoulé, que Joseph doit sauver du Surmoi destructeur.

Le rêve traduit la peur de la répression du désir et le besoin de le mettre à l’abri en le refoulant dans un espace protégé (Égypte = inconscient maternel).

En interprétant cette fuite comme un message divin, Joseph trouve paradoxalement le courage d’avoir peur, et de faire face à sa peur en la déplaçant, en mettant l’objet de son désir (sa famille ici) en lieu sûr.

 

Nous avons donc le droit nous aussi d’avoir peur.

Nous avons même le devoir de fuir parfois, de déplacer notre peur en mettant notre désir à l’abri de ce qui le menace.

Ce songe de Joseph nous invite à mettre le danger à distance, à le transformer en récit. Ce récit transforme la fuite en accomplissement de la prophétie : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : d’Égypte, j’ai appelé mon fils ».

Déplacer ma peur implique de trouver une Égypte où je pourrai me sentir en sécurité, et continuer ainsi à nourrir le désir vrai qui m’anime. Ce refuge du Moi menacé peut être un lieu, une musique, une littérature, un voyage, un climat de prière etc. Si l’Écriture me permet de transformer ce déplacement en récit, alors c’est la trace d’un appel divin à déplacer ma peur comme mon songe m’y invite.

 

Æ Mais quelle est donc mon Égypte où je peux fuir pour protéger ce qui m’anime ?

 

2. Deuxième songe : la levée du refoulement

Giuseppe Arcimboldo (1527-1593), Chef d'Hérode (huile sur toile, 1566)« Ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant sont morts ». En raison de la mort de ses persécuteurs, Joseph lève la barrière qui lui interdisait le retour au pays avec sa famille.

L’annonce de la mort d’Hérode équivaut à la disparition du Surmoi punitif : la censure se relâche. Le rêve manifeste le désir du retour à la vie consciente, à la réalisation de soi après la période de refoulement. Symboliquement, il correspond à un travail de deuil : la mort du Père archaïque libère le Moi de l’interdit qui pesait sur lui. Le retour d’Égypte devient ainsi le retour du refoulé : ce qui avait été mis à l’abri dans l’inconscient peut désormais réapparaître, transformé. Le rêve traduit ici la renaissance du Moi après la mort du Père censeur, une phase d’intégration et de maturité psychique.

Ce rêve marque la levée du refoulement : le désir de porter sa famille n’est plus soumis à l’interdit. La peur est apaisée. Le Moi renaît. Le retour d’Égypte devient la renaissance du sujet à lui-même.

 

Nous pouvons donc espérer – avec Joseph – que les censures et les interdits pesant sur notre désir le plus vrai finissent un jour par se lever. Le moment vient toujours de ne plus refouler l’élan vital qui est propre à chacun, et de se libérer des ordres impossibles sous lesquels nous étouffions.

Bonne nouvelle donc : Hérode est mortel, mon désir de vivre peut renaître !

 

Æ Mais quel est donc cet Hérode qui m’empêche de revenir « chez moi » ?

Le nommer, le décrire, ne serait-ce pas déjà le faire périr ?

 

3. Troisième songe : la prudence du Moi

Map of Upper Galilee and Lower Galilee - Roman Galilee Map« Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée » (Mt 2,22).

Car tout n’est pas effacé : Archélaüs, fils d’Hérode, règne encore. Le danger subsiste sous une forme atténuée. Le rêve révèle ici la maturation du Moi, qui apprend à composer avec les forces inconscientes plutôt qu’à les nier. Joseph ne fuit plus, mais s’installe ailleurs : la Galilée devient le symbole du compromis psychique où le désir peut s’exprimer sans provoquer le retour du refoulé. Il ne s’agit plus de fuir, mais de s’installer dans un équilibre entre le désir et la Loi.

Freud notait que le rêve, loin d’être pure fantaisie, est une « tentative de résolution de conflit » : ici, le Moi n’est plus dominé par la peur, mais il connaît ses limites. L’itinéraire de Joseph se clôt sur cette stabilité : non plus le conflit entre Loi et désir, mais leur équilibre harmonieux.

Le déplacement vers la Galilée illustre un compromis psychique : Freud dirait que le rêve manifeste la stabilisation du conflit : l’énergie pulsionnelle a trouvé un lieu d’expression possible sans danger.

Le rêve exprime une maturation psychique : Joseph intègre les forces inconscientes au lieu d’y obéir ou de les fuir.

La Galilée est cet espace intermédiaire entre Jérusalem et le Liban, où tout reste possible, sans risque démesuré.

 

Nous avons donc nous aussi – avec Joseph – à trouver de manière réaliste comment composer avec le réel sans renier notre idéal. Nous devons pour cela renoncer à notre Judée d’origine et chercher quel Nazareth pourra à la fois protéger notre désir, à l’abri des injonctions autoritaires, et le faire grandir pour le manifester à tous.

En Galilée, l’enfant de Joseph apprendra son métier d’homme, et pourra guetter en toute sécurité le moment, l’opportunité pour se manifester au monde. Cette Galilée où Joseph s’installe est le lieu de maturation psychique et spirituelle de la Sainte famille. Et comme toute maturation d’un bon cognac en fût de chêne, elle demande d’y durer, d’y séjourner, avec patience, 30 longues années… À l’ombre d’une province reculée, loin des projecteurs de la vie publique (Nazareth est à l’époque un obscur patelin), le fruit adoptif de Joseph pourra mûrir, grandir en taille et en sagesse, sous la veille prudente de son père.

 

Là encore, cette prudence est transformée en récit qui permet de la légitimer et de la transmettre : «Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen ».

 

Æ Quelle sera ma Galilée intérieure, entre Jérusalem et Liban, entre vie cachée et ministère public ?

 

Les autres songes du Nouveau Testament

Pour être complet, il faudrait également évoquer :

Saint Joseph rêvant– le premier songe de Joseph (Mt 1,20) où se joue la réconciliation de la Loi et du désir

– le songe des mages (Mt 2,12) qui les fait passer du calcul (astronomique) au don (l’or, l’encens et la myrrhe), du savoir au désir, et les transforme jusqu’à les faire revenir « par un autre chemin ».

– le songe de la femme de Pilate (Mt 27,19) où se révèle la culpabilité devant l’innocent persécuté.

 

Nous avons ainsi les six usages du mot songe (ναρ = onar) dans la Bible, qui résonnent comme autant d’invitations à faire attention à nos propres rêves : ils peuvent devenir des songes, des messages divins, si nous savons comme les patriarches Jacob et Joseph les interpréter avec sagesse. Le rêve nous ramène toujours à nos désirs les plus profonds, sous le voile du symbole et de l’imaginaire nocturne.

Joseph a reçu ses rêves comme de vraies consignes qu’il a suivies pour protéger le Messie et permettre que l’Évangile nous parvienne. Nous pouvons à présent lire ses songes comme une invitation à accueillir les nôtres, qu’ils soient bons ou mauvais, à les consigner par écrit, éventuellement les partager avec nos proches. Leur donner une véritable place nous permet, à mon tour, de les envisager non pas comme des cauchemars à évacuer au plus vite mais comme des ordres de mission, nécessaires à notre survie, au moins spirituelle et mentale.

 

Aujourd’hui, nous découvrons avec Joseph que la vérité ne s’atteint pas en suivant la logique du pouvoir, mais en écoutant la voix de l’inconscient, c’est-à-dire la part désirante, vibrante, fragile mais vivante de l’âme humaine.

 

Alors, déposez un petit carnet et un stylo sur votre table de nuit. En cas de réveil en plein rêve, hâtez-vous d’écrire, de raconter, de décrire. Puis, à tête reposée le lendemain matin, demandez-vous : « qu’est-ce que Dieu pourrait vouloir me dire à travers cela ? »

 

 


LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : Les vertus familiales (Si 3, 2-6.12-14)

 

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants, il renforce l’autorité de la mère sur ses fils.
Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes,
celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor.
Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé.
Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère.
Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie.
Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.
Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché.

Psaume : Ps 127, 1-2, 3, 4.5bc

R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur !

 

Heureux qui craint le Seigneur 
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains : 

Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison 
comme une vigne généreuse, 
et tes fils, autour de la table, 
comme des plants d’olivier. 

 

Voilà comment sera béni 
l’homme qui craint le Seigneur. 
Tu verras le bonheur de Jérusalem 
tous les jours de ta vie.

2ème lecture : Vivre ensemble dans le Christ (Col 3, 12-21)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères,
puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience.
Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même.
Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection.
Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. 

Vivez dans l’action de grâce.
Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse ; par des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance.
Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. 
Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient.
Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle.
Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau.
Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager.

 

Evangile : La Sainte Famille en Égypte et à Nazareth (Mt 2, 13-15.19-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu parmi les hommes, Jésus Sauveur ! Alléluia. (cf. Is 45, 15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Après le départ des mages, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »
Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

Après la mort d’Hérode, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et reviens au pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »

Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et rentra au pays d’Israël.

Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.
Patrick Braud

 

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14 décembre 2025

AdopteUnChrist.com !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

AdopteUnChrist.com !

 

Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent / Année A
21/12/25

Cf. également :

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait

Marie, vierge et mère

Sois attentif à tes songes…

Deux prénoms pour une naissance

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

 

1. Le meilleur site de rencontre

Logo de AdopteUnMecConnaissez-vous AdopteUnMec.com ? C’est une success story française depuis fin 2007. Ce site de rencontre en ligne se propose de redonner aux femmes la liberté de choisir l’homme avec qui elles veulent échanger (ou plus si affinité !). Pour cela, l’inscription des femmes est gratuite (29,90 € par mois pour les hommes !). Ce site connut un succès fulgurant, et comptait en 2015 plus de 10 millions d’abonnés (à parité égale hommes-femmes), symptôme de la difficulté de se faire adopter comme partenaire dans notre société pourtant ultra connectée…

 

Dans l’évangile de ce dimanche (Mt 1,18-24), c’est Dieu lui-même qui cherche à se faire adopter en la personne de Jésus, fils de Marie. Il n’a même pas besoin d’un site de rencontre pour trouver son père adoptif : Joseph, sur la base de l’engagement de ses fiançailles avec Marie, va accepter l’enfant avec sa mère, nous ouvrant ainsi la voie à une adoption spirituelle dont l’adoption physique de Nazareth était la figure.
Le meilleur site de rencontre entre Dieu et l’homme, c’est l’homme…

 

2. La réticence de Joseph et la nôtre

Certains textes apocryphes font de Joseph un veuf âgé, sans doute pour rendre plus crédible le fait de vivre « comme frères et sœurs » avec Marie après leur mariage. Mais cela n’explique pas pourquoi Joseph envisage la rupture de ses fiançailles : « il décida de la renvoyer en secret ». Pourquoi refuser dans un premier temps de jouer la carte de l’adoption ?

Joseph et MarieLa plupart des commentateurs essaient d’expliquer la rupture des fiançailles par une infidélité supposée de Marie : si Joseph ignorait d’où venait l’enfant – sinon que ce n’était pas de lui – il pouvait logiquement en conclure que Marie avait trahi sa promesse de fiançailles, et donc qu’il lui fallait rompre avec elle. 

Problème : Joseph « était un homme juste » ; et à ce titre il connaissait et appliquait la Torah. Or, que commande la Loi juive lorsqu’une jeune fille vierge fiancée à un homme couche avec un autre homme ? : « Vous les amènerez tous les deux à la porte de la ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’ensuive » (Dt 22,23-24). Si Marie était adultère, il aurait été « juste » pour Joseph de la faire lapider. Alors que si Marie est innocente, il faut la sauver à tout prix.

Saint Jérôme concluait que la réticence de Joseph ne venait pas d’une supposée faute de Marie, mais de la grandeur du mystère qui le dépassait :

« Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie. Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il [perçoit le grand] mystère » (sur Mt 1. 1, PL 26, 24).

Et saint Bernard renchérissait :

« Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement » (Homélie 2 sur le Missus est, PL 183, 68).


Aujourd’hui, en langage de coach, on dirait que Joseph souffre du 
syndrome de l’imposteur : il ne veut pas faire d’ombre à la paternité divine de Jésus en laissant croire aux autres que c’est lui le père de l’enfant. Les professionnels du coaching définissent ainsi ce syndrome de l’imposteur qui nous guette tous, à l’instar de Joseph, dans notre vie spirituelle :

AdopteUnChrist.com ! dans Communauté spirituelle 31999-large_default« Mécanisme psychologique qui consiste à mettre en doute, de façon permanente ses capacités et à entraîner un profond sentiment d’illégitimité. Il combine autodénigrement, peur de l’échec et doute de soi. Lorsque des individus souffrent de ce complexe, ils font preuve d’une grande modestie car ils ont tendance à être dans le déni de leur propre valeur, s’estiment incompétents et de fait, ne s’approprient pas leurs réussites ou succès qu’ils soient d’ordre professionnel ou personnel. Ils attribuent le mérite de ces derniers, à des facteurs extérieurs tels que le hasard, la chance, les opportunités, etc. Persuadés de tromper leur entourage comme leur hiérarchie, leurs collègues, leurs amis, leur famille… sur leurs compétences/qualités et se considérant comme des imposteurs, ils mettent en place des stratégies de défense comme l’auto-sabotage, de peur d’être démasqués » [1].

 

Tout se passe comme si Joseph craignait de ne pas être légitime dans son rôle de père de Jésus, en se disant en lui-même : ‘Les gens vont croire que c’est moi le vrai père, et donc que Jésus n’est pas le fils de Dieu. Je risque de faire échec à la volonté de Dieu qui est de manifester son fils à Israël et au monde. Je ne serai pas à la hauteur du rôle qu’on veut me faire jouer. Je dois donc m’effacer…’ Il ne veut pas s’approprier l’œuvre du Christ en laissant croire que cela vient de lui.

 

Voilà bien notre réticence à nous aussi : nous avons du mal à imaginer que Dieu veut à ce point avoir besoin de nous que nous puissions l’adopter comme notre enfant. Nous nous persuadons  ne pas être à la hauteur d’une telle demande : appeler Dieu « mon enfant » !

Comme le remarquait saint Bernard, c’est ce syndrome de l’imposteur qui fait dire à Pierre à genoux devant Jésus : « éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8 après la pêche étonnante dans les eaux du lac de Génésareth). Il a conscience d’une telle disproportion entre la grandeur de Jésus et sa propre petitesse de pêcheur-pécheur qu’il ne se croit pas légitime à être le proche, l’ami.

C’est ce syndrome de l’imposteur qui fait reconnaître au centurion romain : « Je ne suis pas digne de de te recevoir… » (Mt 8,8). Il n’ose pas croire qu’un prophète juif puisse avoir pitié de lui, incarnation de l’oppression militaire de l’occupant romain.

C’est ce même syndrome de l’imposteur qui nous paralyse à notre tour pour adopter le Christ « en le prenant chez nous », en le faisant grandir en nous comme notre enfant bien-aimé : qui pourrait se croire à la hauteur d’une telle paternité ?

 

3. Qu’est-ce qu’adopter ?

Ce qui est en jeu, c’est bien d’adopter Jésus. Nous le savons avec les enfants nés de père inconnu : adopter, c’est donner un nom qui enracine dans une lignée familiale, dans une histoire, une généalogie, une culture, un pays. Dieu a besoin de Joseph pour que Jésus soit reconnu « fils de David » (Mt 1,1), donc de la descendance messianique annoncée par les prophètes d’Israël et de Juda.

700-1160576-Certificat-officiel-d-adoption-simple adoption dans Communauté spirituelleAdopter le Christ, c’est l’inscrire dans notre famille, dans notre histoire personnelle et collective, en faire l’égal et le parent de ceux qui portent le même patronyme que le mien.

Adopter, c’est également donner des droits à cet enfant, et notamment le droit d’hériter de ses parents. Jésus hérite de Joseph le droit d’être de la descendance de David : il hérite de moi le droit de recueillir mon patrimoine, mes œuvres et mes réalisations, ma richesse et mes  succès. Si j’accumule, c’est pour lui transmettre. Si je porte du fruit, c’est pour qu’il récolte.

Adopter, c’est encore « prendre chez soi », c’est-à-dire établir avec lui une intimité pleine d’affection et de respect, d’amour et de proximité, comme seul un père peut en avoir avec son fils.

 

Laisser le Christ habiter « chez moi » ; le laisser patiemment grandir en moi ; l’accoutumer à mes manières tout en le laissant prendre toute sa place ; l’éduquer à ma personnalité tout en acceptant qu’il soit autre : l’adoption est une aventure de compagnonnage mutuel, où rien n’est garanti par avance (il y a tant d’adoptions qui se passent mal à l’adolescence ou après !).

 

En un sens, tout père est adoptif.

pere-portant-son-fils_954184-6 Joseph« Un ami m’avouait un jour : « J’ai toujours eu pitié de saint Joseph qui me semblait un personnage falot chargé d’un mauvais rôle. Il n’était pas tout à fait un mari ni tout à fait un père. Mais j’ai découvert la force de sa mission quand je suis moi-même devenu père. À la naissance de mon premier enfant, j’ai été saisi d’un sentiment étrange. Ma femme tenait dans ses bras le bébé qui venait de sortir de son sein. Il faisait partie d’elle-même. Ce n’était pas mon cas. Le bébé s’interposait maintenant entre la femme que j’aimais et moi. Recouvert de sang, ses cris ne me le rendaient pas attirant. Je me suis dit intérieurement qu’il me fallait l’accepter, l’ « adopter » et le reconnaître comme mon enfant. Et, à ce moment-là, j’ai pensé à saint Joseph. Me voilà en train de vivre sa propre démarche d’ « adoption ». Quand mon deuxième enfant est arrivé, j’ai été de nouveau habité par les mêmes sentiments, et par la nécessité d’accomplir « l’adoption », même si je n’avais aucun doute sur ma paternité. »

Au fond, toute personne se trouve face au dilemme de l’adoption d’une manière ou d’une autre. Pas d’adoption, pas d’engagement, pas d’amour. Il me semble possible de parler d’adoption dans les différentes situations de l’existence : notre corps, notre famille, notre histoire, notre pays, notre sexe, nos travaux et missions … Nous avons à les adopter, sous peine de vivre en contradiction stérile avec nous-mêmes. À quoi bon rêver d’un autre corps, d’une autre famille et d’un autre pays ou d’une autre Église que la nôtre ? » [2]

 

4. Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. Avec Joseph, nous l’adoptons chez nous.

Le plus difficile pour nous est sans doute d’inverser (sans la répudier pour autant !) la spiritualité de la filiation à laquelle nous sommes tant habitués. « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » (1Jn 3,2), comme ne cesse d’en témoigner, émerveillés, les compagnons du Christ.

« Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi » (Ga 3,26).

« Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6)

« Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté » (Ep 1,5).

Cette filiation adoptive est non seulement personnelle – par le baptême notamment – mais également communautaire, comme YHWH le rappelle sans cesse à son peuple : « N’est-ce pas lui, ton père, qui t’a créé, lui qui t’a fait et affermi ? » (Dt 32,6).

 

Joseph, en cet ultime dimanche avant Noël, nous invite à inverser cette symbolique de la filiation : nous pouvons devenir le père adoptif du Christ, chacun et chacune !

Maître Eckhart : Sur la naissance de Dieu dans l'âme : sermons 101-104Les mystiques nous avaient déjà familiarisé avec la symétrique : avec Marie, nous pouvons devenir la mère de Dieu, chacun et chacune, selon la parole de Jésus : « Qui est ma mère ? Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12,50).

Saint Augustin (IV° siècle) s’écriait : « Que cette naissance se produise toujours, à quoi cela me sert-il si elle ne se produit pas en moi ? » 

Maître Eckhart (XIV° siècle) prêchait que l’enjeu véritable de Noël est « la naissance du Verbe dans l’âme » : « Voici que nous entrons dans le temps de la naissance éternelle, par laquelle Dieu le Père a engendré dans l’éternité et ne cesse d’engendrer, afin que cette même naissance se produise aujourd’hui, dans le temps, dans la nature humaine » (sermon 101).

Angélus Silésius (XVII° siècle) affirmait : « C’est en toi que Dieu doit naître. Que Christ naisse mille fois à Bethléem, et non en toi, tu restes perdu pour jamais ».

 

Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. 

 songeAvec Joseph, nous l’adoptons.

Ces deux expériences sont spirituelles et symétriques. 

Spirituelles, car c’est l’œuvre de l’Esprit en nous, comme dans la chair de Marie et dans le songe de Joseph. 

Symétriques, car c’est dans la mesure où je me réjouis, où je me reçois tout entier de Dieu comme son enfant que je peux en réponse le « prendre chez moi », l’adopter, lui donner mon nom, l’inscrire dans mon histoire, ma famille, en faire mon héritier.

Oui, la filiation et la paternité s’impliquent mutuellement : je suis réellement enfant de Dieu ; il est à son tour réellement mon enfant !

 

L’adoption en Jésus fait de nous les enfants adoptifs de Dieu.

L’adoption de Jésus fait de nous les pères adoptifs du Verbe de Dieu.
Chacun et chacune de nous peut faire cette double expérience spirituelle. Elle n’est pas réservée aux hommes, ni aux femmes. Elle n’est pas une entreprise héroïque (sinon nous serions des imposteurs) mais l’œuvre de l’amour gratuit de Dieu en nous.

 

Tu peux devenir la mère du Christ.

Tu peux également l’adopter comme ton enfant, avec Joseph.

C’est l’Esprit qui fait cela en toi, souvent sans que tu t’en rendes compte, sans que tu le saches, parce que tu te laisses faire, sans calcul ni intérêt.

Si tu es à l’écoute de tes songes – comme Joseph à Nazareth ou son patriarche homonyme en Égypte (Gn 37,5) – tu prendras le Christ chez toi, avec Marie sa mère, c’est-à-dire l’Église, et tu le feras grandir en toi, comme un père éduque et prend soin de son enfant.

Qu’à cela l’Esprit de Dieu nous aide tous !

____________________________

[1]. Cf. https://revue-europeenne-coaching.com/numeros/numero-16-09-2023/le-coaching-et-le-syndrome-de-limposteur-dans-la-prise-de-poste-du-middle-manager/ 

[2]. https://jevismafoi.com/saintjoseph-2/

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE

« Voici que la vierge est enceinte » (Is 7, 10-16)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)

R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire ! (cf. Ps 23, 7c.10c)

 

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

 

DEUXIÈME LECTURE

Jésus-Christ, né de la descendance de David, et Fils de Dieu (Rm 1, 1-7)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David (Mt 1, 18-24)
Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia. (Mt 1, 23)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».  Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Patrick BRAUD

 

 

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9 juin 2024

Dieu comble son bien-aimé quand il dort

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dieu comble son bien-aimé quand il dort

 

Homélie pour le 11° Dimanche du Temps ordinaire / Année B 

16/06/24

 

Cf. également :

La croissance illucide
Un Royaume colibri, papillon, small, not big
Le management du non-agir
L’ « effet papillon » de la foi
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le pourquoi et le comment
Le semeur de paraboles
Foi de moutarde !
Maintenant, je commence


Dors là-dessus…

Dieu comble son bien-aimé quand il dort dans Communauté spirituelle vue-dessus-femme-souriante-se-detendre-dormir-canape-maison_225067-100Avez-vous déjà fait cette expérience ? Au lycée ou en prépa, lorsqu’un exercice de maths bien difficile m’avait torturé de longues heures sans que j’arrive à le résoudre, je le laissais volontairement de côté pour le lendemain. Mais, avant de m’endormir, j’orientais ma pensée et mon imagination vers ses symboles, ses courbes, ses équations. Le lendemain matin, comme par magie, tout s’était dénoué, et je pouvais avant mon petit déjeuner coucher sur ma copie la solution au problème d’un seul trait, devenue évidente entre-temps.

La nuit porte conseil, dit à raison la sagesse populaire. Que ce soit pour un problème de maths, une décision importante ou un choix crucial, mieux vaut ne pas agir trop vite et laisser la difficulté décanter durant la nuit.

 

Jésus avait peut-être lui aussi résolu ses problèmes de maths du lycée de Nazareth en dormant sur sa copie… En tout cas, il avait observé la croissance des plantes et des végétaux dans les champs et combien l’agriculteur y était pour peu de choses :

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé” » (Mc 4,26-29).

 

Il semblerait donc qu’être un gros dormeur soit un avantage spirituel conséquent…

L’énergie vitale de la plante / du royaume de Dieu se déploie d’elle-même, que nous y collaborions ou pas. Et en plus, elle nous échappe, non maîtrisable : « il ne sait pas comment ».

Le sommeil est le lieu emblématique où il devient manifeste que cela ne vient pas de nous, mais de Dieu. « En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 127,2)

Le riche compte sa puissance, ses forces, son argent, et en conséquence dort mal. Le pauvre fait confiance car il compte sur Dieu. « Le travailleur dormira en paix, qu’il ait peu ou beaucoup à manger, alors que, rassasié, le riche ne parvient pas à dormir » (Qo 5,11).

 

14-565337 Eckhart dans Communauté spirituelle

L’échelle du songe de Jacob

On n’en finirait pas d’égrener les sommeils bibliques où quelque chose de du royaume de Dieu s’est joué, à notre insu, sans que nous y soyons pour grand-chose.

 

Péguy devait être lui aussi un gros dormeur, car il fait l’éloge du sommeil dans « Le Porche de la deuxième vertu » :

Celui qui a le cœur pur, dort. Et celui qui dort a le cœur pur.
C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant.
D’avoir comme un enfant cette force dans les jarrets.
Ces jarrets neufs, ces âmes neuves
Et de recommencer tous les matins, toujours neuf,
Comme la jeune, comme la neuve Espérance. 

Or on me dit qu’il y a des hommes
Qui travaillent bien et qui dorment mal.
Qui ne dorment pas. Quel manque de confiance en moi ! […]

Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes
Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas. 

Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu. C’est bien fait pour eux. Des grands pécheurs. Ils n’ont qu’à travailler.

Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas.
Je les plains. Je parle de ceux qui travaillent, et qui ainsi
En ceci suivent mon commandement, les pauvres enfants. 

Et qui d’autre part n’ont pas le courage, n’ont pas la confiance, ne dorment pas.

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.

Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point,

Innocents, dans les bras de ma Providence. 

Ils ont le courage de travailler. Ils n’ont pas le courage de ne rien faire.

 

Ne pas dormir signifie alors se crisper sur sa seule action, croire que tout dépend de soi, et faire obstacle au travail de Dieu en voulant se substituer à lui ! Laisser Dieu agir n’implique pas de se tourner les pouces, mais de collaborer sans entraver, d’accompagner sans tout vouloir contrôler, de faire confiance sans tout planifier.

 

Le non-agir de Maître Eckhart

granumPlaca non-agirLes saints et les mystiques comprennent cela mieux que les savants, car ils se laissent guider au lieu de construire selon leur plan. Maître Eckhart au XIV° siècle a engagé la mystique rhénane dans cette quête incandescente du non-agir spirituel, à la fine pointe de la convergence avec d’autres traditions mystiques non chrétiennes : taoïstes, soufies ou bouddhistes notamment.

Maître Eckhart a entendu l’appel du Christ à laisser croître le royaume de Dieu comme un détachement radical de ses propres œuvres.

À l’image de Marie qui engendre le Verbe de Dieu en elle en laissant faire l’Esprit, chaque chrétien est appelé à engendrer le Christ en lui en se laissant façonner par Dieu dans la vie spirituelle. Il ne s’agit plus alors d’agir par soi-même (avec orgueil), ni même d’agir pour Dieu (ce qui est encore se substituer à lui), mais de laisser Dieu agir en soi et à travers soi.

« Dieu n’est en rien de rien tenu par leurs œuvres et leurs dons, à moins que de bon gré il ne veuille le faire de par sa grâce et non en raison de leurs œuvres ni en raison de leur don, car ils ne donnent rien qui soit leur et n’opèrent pas non plus à partir d’eux-mêmes, ainsi que dit Christ lui-même : ‘Sans moi vous ne pouvez rien faire’.

(…) C’est ainsi que devrait se tenir l’homme qui voudrait se trouver réceptif à la vérité suprême et vivant là sans avant et sans après et sans être entravé par toutes les œuvres et toutes les images dont il eut jamais connaissance, dépris et libre, recevant à nouveau dans ce maintenant le don divin et l’engendrant en retour sans obstacle dans cette même lumière avec une louange de gratitude en Notre Seigneur Jésus Christ (Maître Eckhart, Sermon n°1).

Le baptisé devient alors un authentique homme d’action, mais d’une action qu’il ne veut pas en propre, qui lui est donnée d’accomplir sans la rechercher particulièrement. Dieu agit en lui sans qu’il ait à se forcer pour accomplir l’œuvre de Dieu.

« Ce point est la montagne
à gravir sans agir (…)
la voie te conduit
au Désert admirable (…) ».

Maître Eckhart, Granum Sinapis

 

La procrastination structurée

procrastinate+now+and+panic+later PéguyProcrastiner, c’est remettre à demain (en latin : pro = pour / cras = demain). Contrairement à l’adage : ‘ne remet pas au lendemain ce que tu peux faire aujourd’hui’, le procrastinateur va s’ingénier à reporter à demain le plus possible de tâches ingrates, difficiles, auxquelles il n’est pas prêt, pour n’exécuter aujourd’hui que ce qu’il doit ou peut réellement faire. Dans la vie professionnelle par exemple, c’est fou le nombre de mails auxquels il est urgent de ne pas répondre ! On en reçoit des centaines par jour dans sa boîte mail, dont la plupart sont en copie (les fameux cc : copie carbone, ou cci : copie carbone cachée). Or 80 % d’entre eux se résolvent d’eux-mêmes, tout seuls, dans les 48 heures, car d’autres y répondent, ou le problème a disparu, ou ce n’est pas si pressé etc.

Il est urgent de ne pas répondre ! Dormir sur ses mails est une version sécularisée du sommeil du cultivateur de l’Évangile : ne pas croire ni vouloir tout faire tout seul tout de suite ; mais laisser Dieu agir, laisser le temps faire son œuvre à travers nous, sans le commander.

 

Carafe à décanterPrenez une belle et bonne vieille bouteille de vin enveloppée d’une poussière vénérable, datant de quelques décennies. Si vous prévoyez de la servir à vos invités ce soir, mieux vaut la déboucher à l’avance, la vider dans une carafe et la laisser ainsi décanter à l’air libre quelques heures avant le repas. L’avantage sera double : l’oxydation au contact de l’air aura redonné au vin sa vigueur, sa profondeur, et la pesanteur aura précipité les inévitables déchets au fond de la carafe, purifiant ainsi le nectar décanté. Est-ce vraiment vous qui aurez décanté le vin ? Ou bien – au mieux – l’avez-vous favorisé ?

La plante grandit par elle-même, la pesanteur décante le vin d’elle-même, le royaume de Dieu grandit par sa seule force.

Ceux qui accompagnent des catéchumènes adultes vers le baptême en font le constat joyeux : ils n’y sont pour rien, mais ils sont les témoins émerveillés de la croissance de la vie spirituelle en l’autre. Ils n’ont même pas semé, et ils vont moissonner ! Ils dormaient quand les catéchumènes s’éveillaient à l’Évangile, mais ils posent désormais la main sur leur épaule au moment de la confirmation.

 

Voilà pourquoi « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » ! Car, renonçant alors à tout diriger et contrôler, le dormeur s’abandonne aux forces plus grandes que lui qui régissent le cycle de l’univers. Le croyant s’abandonne à l’Esprit de Dieu qui renouvelle la face de la terre, jour et nuit, que je travaille ou que je me repose. Ne pas tout faire tout de suite relève de la sagesse spirituelle du cultivateur de l’Évangile, et se traduit en pratique par une procrastination structurée. Structurée, car sinon c’est de la paresse, de la démission, de l’irresponsabilité. Structurée, c’est-à-dire hiérarchisant la pile des priorités et des affaires à traiter en classant au plus bas ce qui peut attendre, ce que je ne sais pas ni ne peux faire à l’heure actuelle, ce qui n’est pas si urgent etc. Alors émerge en haut de la pile ce qui convient à mon labeur de ce jour (mais qui était en bas de la pile quelques jours avant !). Bon nombre de ces post-it ainsi savamment empilés, avec intelligence et discernement, se détruiront d’eux-mêmes dans les jours qui viennent. Les autres sont alors mûrs pour être traités (ou non !).

 

Nous serions fous de nous épuiser à croire que tout dépend de nous tout de suite, alors que Dieu comble son bien-aimé quand il dort !

La croissance illucide du royaume de Dieu est d’abord en nous : « On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous” » (Lc 17,21). L’espérance jaillit là où ne nous ne l’attendions pas, le renouveau nous surprend en fleurissant où il veut quand il veut… Et cela ne dépend pas de nous. Et nous ne savons pas comment cela se fait. Et cette docte ignorance est bienheureuse, car elle respecte l’énergie vitale de l’Esprit de Dieu à l’œuvre en nous.

La croissance illucide du royaume de Dieu vaut également pour notre monde, travaillé par des germes de résurrection là où nous ne l’aurions pas imaginé. À contre-courant des flux d’information en continu de nos médias, le regard chrétien espère toujours discerner la grâce des commencements à l’œuvre en ce monde. La « Lettre aux catholiques de France » de 1996 nous invitait à pratiquer « une lecture pascale des événements », c’est-à-dire à discerner ce qui naît de ce qui meurt, ce qui grandit du royaume de Dieu autour de nous et en nous, en refusant de nous laisser fasciner par le fracas des effondrements inévitables.

 sommeil« La crise que traverse l’Église aujourd’hui est due, dans une large mesure, à la répercussion, dans l’Église elle-même et dans la vie de ses membres, d’un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes et qui ont une dimension mondiale.

Nous sommes en train de changer de monde et de société. Un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe aucun modèle préétabli pour sa construction. Des équilibres anciens sont en train de disparaître, et les équilibres nouveaux ont du mal à se constituer. Or, par toute son histoire, spécialement en Europe, l’Église se trouve assez profondément solidaire des équilibres anciens et de la figure du monde qui s’efface. Non seulement elle y était bien insérée, mais elle avait largement contribué à sa constitution, tandis que la figure du monde qu’il s’agit de construire nous échappe ».

La Lettre continue en invitant les catholiques à pratiquer une « lecture pascale » des évènements, c’est-à-dire à percevoir l’annonce de la Résurrection à travers les effondrements actuels (ce qui rappelle la « destruction créatrice » chère à Schumpeter) :

« Nous devons apprendre à pratiquer davantage cette lecture pascale de tous les évènements de notre existence et de notre histoire. Si nous ouvrons les Écritures, comme Jésus le fait avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,27), c’est pour comprendre comment dans les souffrances du temps présent se prépare la gloire qui doit se révéler un jour ».

 

C’est vrai que beaucoup d’indicateurs sont au rouge pour l’Église en France : à peine 6 % de pratiquants, un taux de catéchisation en chute libre, moins de 100 ordinations sacerdotales par an, des finances en péril etc… On peut (et on doit) allonger cette liste des signes du déclin : ce n’est pas en niant la chute qu’on la conjure. Ce n’est pas en se bouchant les oreilles devant le fracas de ce qui s’écroule qu’on va entendre ce qui naît. Ce n’est pas par des discours lénifiants et moralisants qu’on va éviter l’effondrement de ce qui doit mourir. Rien ne sert non plus rejeter la faute à la société environnante : ce serait se mettre hors-jeu du renouvellement contenu en germe dans l’effondrement actuel.

Mieux vaut courageusement prendre acte de ce qui meurt, et se rendre disponible pour ce qui naît. « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, suis-moi » (Lc 9,60).

Mieux vaut scruter attentivement la flore environnante pour y reconnaître les jeunes pousses pleines de promesses, les tendres branches du figuier à côté des tiges desséchées. Les 7000 baptêmes d’adultes en France en 2023 sont à cet égard une heureuse surprise qui devrait nous convertir à ce type de « lecture pascale »…

Des petites choses éclosent ; des signaux faibles clignotent enfin ; des nuages gros comme le poing montent à l’horizon (1R 18,44), annonciateurs de pluie prochaine ; des renouveaux côtoient les ruines ; des moissons se préparent en secret et en silence…

 

Péguy nous appelle à porter ce regard d’espérance sur nous-même et sur le monde.

Jésus nous invite à faire confiance à la puissance intrinsèque du royaume de Dieu en croissance.

Maître Eckhart nous indique la voie paradoxale du non-agir pour collaborer à cette croissance qui nous est donnée sans mérite aucun de notre part.

Alors, dans chacune de nos actions, abandonnons-nous avec confiance aux forces spirituelles sans cesse à l’œuvre : Dieu comble son bien-aimé quand il dort

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »


PSAUME
(91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)

R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »
 
DEUXIÈME LECTURE
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

 
ÉVANGILE
« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)

Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ;le semeur est le Christ ;celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
Patrick Braud

 

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11 décembre 2022

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait

 

Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent / Année A 

18/12/2022 

 

Cf. également :

Marie, vierge et mère

Sois attentif à tes songes…

Deux prénoms pour une naissance

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

 

Un dimanche où l’on parle de Joseph, c’est rare !

Le mariage de Joseph et MariePourtant, chaque dimanche on cite son nom dans la prière eucharistique, en tant qu’époux de Marie.

Par exemple dans la Prière eucharistique II : « Permets qu´avec la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, avec saint Joseph, son époux, les Apôtres et tous les saints qui ont fait ta joie au long des âges nous ayons part à la vie éternelle… ». C’est relativement récent en fait. La décision d’introduire le nom de saint Joseph dans le Canon romain date du motu proprio de Jean XXIII, le 13 novembre 1962. Le texte est entré en vigueur le 8 décembre 1962. Puis la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a émis un décret le 1er mai 2013, demandant que le nom de saint Joseph soit mentionné dans les prières eucharistiques II, III et IV.

 

En quoi cette figure de Joseph peut-elle nous inspirer aujourd’hui ?

Laissons la parole au pape François, qui début 2020 a réalisé une catéchèse suivie sur Joseph [1].

 

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait 

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait dans Communauté spirituelleChers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais méditer sur la figure de saint Joseph comme un homme qui songe. Dans la Bible, comme dans les cultures des peuples anciens, les songes étaient considérés comme un moyen à travers lequel Dieu se révélait [2]. Le songe symbolise la vie spirituelle de chacun de nous, cet espace intérieur, que chacun est appelé à cultiver et à garder, où Dieu se manifeste et souvent nous parle. Mais nous devons aussi dire qu’en chacun de nous, il n’y a pas seulement la voix de Dieu : il y a beaucoup d’autres voix. Par exemple, les voix de nos peurs, les voix des expériences passées, les voix des espoirs ; et il y a aussi la voix du malin qui veut nous tromper et nous confondre. Il est donc important d’arriver à reconnaître la voix de Dieu parmi d’autres voix. Joseph démontre qu’il sait cultiver le silence nécessaire et, surtout, prendre les bonnes décisions devant la Parole que le Seigneur lui adresse intérieurement.

Aujourd’hui, il serait bon que nous reprenions les quatre songes de l’Évangile dont il est le protagoniste, afin de comprendre comment nous placer devant la révélation de Dieu. L’Évangile nous relate quatre songes de Joseph.

 

1) Dans le premier songe (cf. Mt 1,18-25), l’ange aide Joseph à résoudre le drame qui l’assaille lorsqu’il apprend la grossesse de Marie : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (v. 20-21). Et sa réponse fut immédiate : « Quand il se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit » (v. 24). Souvent la vie nous met face à des situations que nous ne comprenons pas et qui semblent sans solution. Prier en ces moments-là signifie laisser le Seigneur nous indiquer la chose juste à faire. En fait, très souvent, c’est la prière qui fait apparaitre l’intuition de la porte de sortie, comment résoudre cette situation. Chers frères et sœurs, le Seigneur ne permet jamais qu’un problème survienne sans nous donner également l’aide nécessaire pour y faire face. Il ne nous jette pas dans le four tout seul. Il ne nous jette pas parmi les bêtes. Non. Le Seigneur, quand il nous montre un problème ou nous révèle un problème, nous donne toujours la perspicacité, l’aide, sa présence, pour nous en sortir, pour le résoudre.

 

2) Le deuxième songe révélateur de Joseph survient lorsque la vie de l’enfant Jésus est en danger. Le message est clair : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr » (Mt 2,13). Joseph obéit sans hésiter : « Il se leva dans la nuit – dit l’Évangile -, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » (v.14-15). Dans la vie, tous nous sommes confrontés à des dangers qui menacent notre existence ou celle de ceux que nous aimons. Dans ces situations, prier signifie écouter la voix qui peut faire naitre en nous le même courage que Joseph, pour affronter les difficultés sans succomber.

 

Songe de St Joseph du Maitre de l'Observance (c) Musée du Louvre_Hervé Lewandowski3) En Égypte, Joseph attend un signe de Dieu pour pouvoir rentrer chez lui, et c’est le contenu du troisième songe. L’ange lui révèle que ceux qui voulaient tuer l’enfant sont morts et lui ordonne de partir avec Marie et Jésus et de retourner dans sa patrie (cf. Mt 2,19-20). « Joseph se leva – dit l’Évangile -, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël » (v. 21). Mais durant le voyage du retour, « apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre » (v. 22).

 

4) Voici donc la quatrième révélation : « Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth » (v. 22-23). La peur aussi fait partie de la vie et nécessite elle aussi notre prière. Dieu ne nous promet pas que nous n’aurons jamais peur, mais que, avec son aide, la peur ne sera pas le critère de nos décisions. Joseph éprouve la peur, mais Dieu le guide aussi à travers elle. Le pouvoir de la prière apporte la lumière dans des situations d’obscurité.

Je pense en ce moment à tant de personnes qui sont écrasées par le poids de la vie et ne peuvent plus espérer ni prier. Que saint Joseph les aide à s’ouvrir au dialogue avec Dieu, à y trouver lumière, force et paix, aide. Et aussi, je pense aux parents face aux problèmes de leurs enfants. Des enfants atteints de nombreuses maladies, des enfants malades, même avec des maladies chroniques. Quelle douleur il y a là. Les parents qui voient des orientations sexuelles différentes chez leurs enfants ; comment gérer cela et accompagner leurs enfants et ne pas se réfugier dans une attitude condamnatoire. Les parents qui voient leurs enfants partir à cause d’une maladie, et aussi – c’est plus triste, on le lit tous les jours dans les journaux – les enfants qui font une bêtise et finissent dans un accident de voiture. Des parents qui voient leurs enfants qui ne progressent pas à l’école et ne savent comment faire… Autant de problèmes de parents. Pensons-y : comment les aider. Et à ces parents, je dis : n’ayez pas peur. Oui, il y a de la douleur. Beaucoup. Mais pensez au Seigneur, pensez à la façon dont Joseph a résolu les problèmes et demandez à Joseph de vous aider.

Ne jamais condamner un enfant. Cela me révèle tant de tendresse – c’était le cas à Buenos Aires – lorsque je prenais le bus et qu’il passait devant la prison. Il y avait une queue de personnes qui devaient entrer pour rendre visite aux prisonniers. Et il y avait là les mères. Et j’ai été tellement touché par cette mère qui, face au problème d’un fils qui a commis une erreur et qui est en prison, ne le laisse pas seul, s’expose publiquement et l’accompagne. Ce courage, le courage d’un père et d’une mère qui accompagnent leurs enfants toujours, toujours. Demandons au Seigneur de donner ce courage à tous les pères et mères, comme il l’a donné à Joseph. Et prier, non ? Prier pour que le Seigneur nous aide dans ces moments. La prière, cependant, n’est jamais un geste abstrait ou intimiste comme veulent le faire ces mouvements spiritualistes plus gnostiques que chrétiens. Non, ce n’est pas ça. La prière est toujours indissolublement liée à la charité. Ce n’est que lorsque nous unissons la prière avec l’amour des enfants, pour le cas que je viens d’évoquer, ou avec l’amour pour notre prochain que nous pouvons comprendre les messages du Seigneur. Joseph priait, travaillait et aimait, – trois belles choses pour les parents : prier, travailler et aimer – et pour cela il a toujours reçu ce dont il avait besoin pour affronter les épreuves de la vie. Confions-nous à lui et à son intercession :

Saint Joseph, tu es l’homme qui songe,
apprends-nous à retrouver la vie spirituelle
comme le lieu intérieur où Dieu se manifeste et nous sauve. 

Éloigne de nous la pensée que prier soit inutile ;
aide chacun de nous à correspondre à ce que le Seigneur nous indique. 

Que nos raisonnements soient irradiés de la lumière de l’Esprit,
notre cœur encouragé par sa force
et nos peurs sauvées par sa miséricorde. 

Amen. 

 

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[1]. Cf. https://img.aws.la-croix.com/2022/02/18/1201201062/2022-recapaudiencesfrancois-saintjoseph-32563.pdf
[2]. Cf. Gn 20,3 ; 28,12 ; 31,11.24 ; 40,8 ; 41,1-32 : Nb 12,6 ; 1 Sam 3,3-10 ; Dn 2,4 ; Job 33,15.


 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE

« Voici que la vierge est enceinte » (Is 7, 10-16)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

 En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)

R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire ! (cf. Ps 23, 7c.10c)

 

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

 

DEUXIÈME LECTURE

Jésus-Christ, né de la descendance de David, et Fils de Dieu (Rm 1, 1-7)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David (Mt 1, 18-24)
Alléluia. Alléluia.Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia. (Mt 1, 23)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».  Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Patrick BRAUD

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