L'homelie du dimanche

15 octobre 2018

Premiers de cordée façon Jésus

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Premiers de cordée façon Jésus


Homélie pour le 29° dimanche du temps ordinaire / Année B
21/10/2018

Cf. également :

On voudrait être un baume versé sur tant de plaies…
Donner sens à la souffrance
Jesus as a servant leader
Exercer le pouvoir selon le cœur de Dieu
Une autre gouvernance
À quoi servent les riches ?
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?


L’image lui colle à la peau : le président français Emmanuel Macron a un jour comparé la société à une expédition montagnarde où ceux qui sont devant ouvrent la voie aux autres :

« Je crois à la cordée. Il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre [...] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole », a plaidé le chef de l’État le 15/10/2017 sur TF1 dans une tirade visiblement préparée.

Premiers de cordée façon Jésus dans Communauté spirituelle Premier-de-cordeeIl se souvient sans doute d’un roman de Frison-Roche, best-seller des étagères familiales dans les années 40, intitulé justement : « Premier de cordée ». Mais dans ce roman, le père du héros était guide de haute montagne, mort foudroyé après avoir amené un client américain au sommet malgré des conditions météo orageuses qui auraient dû normalement annuler l’ascension. Le client américain avait insisté : « j’ai payé pour monter ! » Et le premier de cordée avait cédé sous sa pression, perdant ainsi la vie à vouloir monter à tout prix… Son fils découvre alors qu’il a le vertige, honte suprême à Chamonix. Il se bat contre lui-même afin de devenir malgré tout guide comme son père.

L’emprunt à Frison-Roche ne « colle » donc pas : Macron veut montrer que les riches (identifiés au premier de cordée) sont utiles à tous, alors que Frison-Roche avertit que les riches (le client américain) peuvent manipuler les premiers de cordée (le guide) et finalement causer la perte de toute expédition…

Pour que les riches soient utiles, il faudrait qu’une corde les relie aux autres. Or toutes les études montrent que les classes les plus aisées font inexorablement sécession sociale d’avec les classes les plus pauvres [1] : les premiers de cordée habitent entre eux, ne croisent plus les autres au service militaire, ni à l’école, ni au sport, ni en vacances, ni même dans les églises, mais développent des modes et lieux de vie coupés de tous.

Pour que la cordée avance, il faut que chacun produise son effort. C’est la vision libérale de cette image. Car celui du haut ne peut pas hisser ceux du bas qui sont trop lourds. Il peut juste ouvrir la voie. À chacun de se débrouiller donc, et faire chuter le premier ne servirait pas aux autres sinon à les déstabiliser lors de sa chute.

La vision critique de cette image rappelle cependant que le premier lui aussi est ‘assuré’ par les autres dans la cordée : s’il tombe, il sera retenu par tous ; l’inverse n’est pas vrai. De plus, s’il caracole en tête sans attendre les autres, en rallongeant la corde à l’excès, personne n’en profitera. Au contraire, en le perdant de vue, ceux d’en bas se décourageront vite… « À quoi servirait un premier de cordée qui s’envolerait allègrement vers les sommets, si la corde était cassée et ses équipiers en perdition ? » [2]

etude-oxfam

John Rawls, penseur américain de la justice sociale, essaie quant à lui de légitimer les inégalités en faveur des riches : l’important n’est ni la vitesse de la cordée, ni la distance entre les personnes (les inégalités), ni la hauteur de la falaise finalement, mais uniquement la position atteinte par le dernier de cordée. Et si pour cela, nous dit Rawls, il faut laisser les coudées franches aux intrépides pour qu’ils arrivent deux heures avant les autres, tant pis, du moment que les ceux d’en-bas en profitent. C’est le fameux principe du minimax (très différent de la théorie du ruissellement) : les inégalités en faveur des riches (max) seraient légitimes si et seulement si elles permettent l’accroissement du niveau de vie des plus pauvres (mini). Le problème est qu’en réalité les écarts se creusent tellement entre riches et pauvres sur la planète que ces derniers ne profitent plus de l’ascension sociale des happy few (de moins en moins nombreux, mais de plus en plus fortunés).

INFf68776b0-b5cd-11e4-a4b1-57fbe53c538f-800x422.85 Jésus dans Communauté spirituelle

Dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 10, 35-45), Jésus emploie une autre image pour évoquer le rôle des premiers dans la société (et dans l’Église !) :

« Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Avouons que l’image de l’esclave ou du serviteur est aux antipodes de celle du premier de cordée. Les uns sont à genoux pour laver les pieds ; les autres sont au-dessus pour ouvrir la voie. Les premiers sont en bas dans l’échelle sociale (et Jésus manifeste paradoxalement qu’il est le maître en allant rejoindre les plus petits), les autres sont en haut, et adulés comme tels. Les serviteurs écoutent, et cherchent à accomplir le désir des autres. Les premiers de cordée ordonnent et se font servir.

Bref, la manière dont Jésus compte être le premier est à contre-courant des aspirations libérales !

Pourtant, certains leaders économiques ou politiques ont choisi une voie qui y ressemble, mûs par la foi ou non.

- Ainsi « Pépé Mujica », ex-président uruguayen de 2010 à 2015 : il se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle. Délaissant le palais, il habite la petite ferme de son épouse, « au bout d’un chemin de terre » en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec elle, Lucía Topolansky, à des fins commerciales, et donne environ 90 % de son salaire présidentiel à un programme de logement social, conservant pour lui-même l’équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 € par mois). Mujica n’a comme seul bien qu’une voiture Coccinelle de 23 ans.
Son engagement va encore beaucoup plus loin : lors de la vague de froid qu’a subie le pays en juin 2012, il a immédiatement inscrit la résidence présidentielle sur la liste des refuges pour les sans-abris. Il quitte son poste de président le 1er mars 2015, en laissant l’économie du pays en relativement bonne santé, et avec une stabilité sociale meilleure que celle des pays voisins. Il est retourné à la terre, et continue à vivre sobrement et proche de son peuple.

- Bill Gates à sa manière choisit un style de vie plus simple que les autres milliardaires  américains. Et surtout il donne la moitié de sa fortune à une fondation qui se bat contre le paludisme. Et il invite (sans grand succès hélas) ses petits camarades milliardaires à faire de même.

- Les plus jeunes d’entre nous se souviennent que Charles De Gaulle, tout en maintenant la verticalité de la fonction présidentielle, avait une simplicité de vie qui l’empêchait de se laisser happer par des honneurs, le pouvoir ou l’argent.

- Sans oublier les figures légendaires comme Gandhi ou Mandela qui nous ont montré qu’on pouvait être grand sans être au-dessus.

Se mettre au service des autres est la marque du leader pour Jésus.

Servant as Leader 600 x 600- Robert K. Greenleaf va en tirer dès les années 70 un principe de management qu’il enseigne aux USA : le servant leader est le premier de cordée le plus utile et le plus authentique ! Être serviteur lorsqu’on est un grand patron requiert de solides convictions pour affronter les préjugés sur ce que serait l’autorité, la hiérarchie, les avantages et les mérites liés à la position sociale etc. C’est pourtant une voie féconde que des courants de management français comme « l’entreprise libérée » rejoignent en grande partie : le rôle du chef n’est pas de commander, mais de rendre ses équipes capables de donner le meilleur d’elles-mêmes. Il lui faut pour cela lâcher prise sur les attributs classiques de sa position dominante, et faire confiance, donner de l’autonomie, responsabiliser, accompagner, soutenir…

Il n’y a pas qu’en entreprise que cet évangile de Jésus peut transformer les rôles.
Dans la famille également : être parent consiste à faire grandir ses enfants, à servir leur capacité  à devenir eux-mêmes en plénitude.
À l’école, être éducateur demande certes de l’autorité, mais justement de cette autorité (en latin augere = augmenter, accroître) qui veut libérer les potentialités de l’élève et lui permettre d’aller plus loin que son maître.
Francois-d-Aise leaderEn Église : si le pape actuel se fait appeler François, c’est pour contester tout cléricalisme et abus d’autorité qui gangrène l’exercice du pouvoir ecclésial. François d’Assise en effet a refusé d’être ordonné prêtre : il a voulu demeurer diacre (en grec diakonos = serviteur)  et est ainsi devenu le premier des réformateurs de son siècle. La vraie réforme de l’Église passera toujours par un retour à l’esprit d’humilité et de service que Jésus a incarné dans le lavement des pieds et sa Passion.

- Charles de Foucauld a bien compris qu’il lui fallait quitter l’univers artificiel de la gentry parisienne militaire et noble de son époque pour aller rejoindre les touarègues du Sahara d’égal à égal : « Dieu a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui ravir ». Ou encore : « je ne veux pas traverser la vie en première classe alors que mon sauveur a choisi la dernière ». Charles de Foucauld est devenu le « frère universel » parce qu’il s’est dépouillé des insignes de la gloire militaire et de la richesse ou des honneurs de la noblesse pour aller rejoindre un peuple oublié.

Les vrais premiers de cordée sont ceux qui font corps avec les derniers, et non ceux qui s’en éloignent.

Et puis, finalement, le but ultime de la vie est-il de monter toujours plus haut ? Si Dieu est également « le Très-Bas » selon le joli mot de Christian Bobin, ne devrions-nous pas également aspirer à descendre en nous-même, au plus bas, pour y trouver notre identité divine ?…

L’évangile de ce dimanche a une immense portée sociale.
Il inspirera encore d’autres leaders incarnant l’esprit de service qui animait Jésus.
Il produira d’autres réformes dans l’Église pour la rendre plus fraternelle et plus simple.
Il nourrira des parents, des éducateurs, des acteurs associatifs dans l’exercice de leur responsabilité.

Se faire le dernier et le serviteur des autres : qu’est-ce que cela signifie pour moi ? À quelles conversions cela m’appelle-t-il ?

 


[1]. Cf. par exemple le rapport 2018 de la Fondation Jean Jaurès : 1985-2017 : quand les classes favorisées ont fait sécession.

[2]. Michel Quoist, Construire l’homme, Éditions de l’Atelier, Paris, 1997, p. 147.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours » (Is 53, 10-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.

Psaume
(Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !
(Ps 32, 22)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture
« Avançons-nous avec assurance vers le Trône de la grâce » (He 4, 14-16)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Évangile
« Le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 35-45) Alléluia. Alléluia.

Le Fils de l’homme est venu pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Alléluia. (cf. Mc 10, 45)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. »
Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Patrick Braud

 

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1 mai 2017

Un manager nommé Jésus

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Un manager nommé Jésus

Homélie pour le 4° dimanche de Pâques / Année A
07/05/2017

Cf. également :

Des brebis, un berger, un loup

Prenez la porte

L’agneau mystique de Van Eyck

La Résurrection est un passif

Le berger et la porte

Jesus as a servant leader

Du bon usage des leaders et du leadership

 

Manager

Un manager nommé Jésus dans Communauté spirituelle bON_pASTEURLe bon Pasteur est une image rurale. Pasteur vient du latin pastor, qui a donné pâturage et pastorale : il s’agit de nourrir le troupeau en le conduisant là où il y a de l’herbe en abondance, tout en le protégeant des prédateurs environnants.

Transposez à notre contexte urbain, industriel et tertiaire. Plus de pasteurs à l’horizon, mais plutôt des managers. Le terme anglais pourrait en fait venir du vieux français : manège, qui signifie aussi bien prendre en main pour atteindre un objectif que le manège où les chevaux sont accompagnés à la main par l’éleveur ou le cavalier tenant la longe. Le management est un art sérieux, où fleurissent les conseils et théories en tout genre, les plus farfelues et les plus ésotériques, en passant par celles qui rapportent le plus aux consultants qui les inventent…

Or l’Évangile est une mine d’or pour ceux qui veulent exercer leur leadership autrement. On connaît les relectures des pratiques de Jésus en la matière, notamment en termes de servant-leadership [1], ou encore de coaching inspiré [2]. Cette parabole du bon Pasteur du quatrième dimanche de Pâques nous donne quelques éléments essentiels du management à l’école du Christ.

 

Un manager parlant en paraboles

On ne le dira jamais assez : varier ses modes de parole à une équipe, c’est faire preuve de pédagogie, de délicatesse, de bienveillance. L’art de la parabole a une place de choix dans l’enseignement de Jésus, et ce n’est pas pour rien. Raconter une histoire permet à chacun de faire son propre chemin d’interprétation, sans subir le discours imposé du chef. Une parabole est toujours polysémique : elle intrigue, elle suscite des infinités d’interprétations  possibles, la plupart du temps légitimes. La parole directe, d’ordre ou de sanction, peut  générer de la violence, et provoquer le repli sur soi, la rébellion, la soumission. Parler en paraboles permet à Jésus de susciter l’interrogation de ses auditeurs (qu’a-t-il voulu dire à travers cette histoire de berger et de brebis ?) et leur propre travail d’interprétation (c’est ce que l’on appelle l’herméneutique).

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L’autre pratique courante de Jésus est de poser des questions à ceux qui lui demandent quoi faire. À tel point que répondre à une question par une autre question est qualifié de jésuite ! Mais les questionnements et la parabole sont bien deux traits caractéristiques de la pédagogie de Jésus Pasteur nourrissant ses disciples.

Un manager aujourd’hui devrait réfléchir à l’utilisation de cette façon d’exercer son autorité, non pas en l’imposant, mis en allant chercher le désir de l’autre, ses moteurs d’engagement, et en osant raconter des histoires pour faire réfléchir…

Résultat de recherche d'images pour "histoire de Léo Hermann Hesse : "Journey to the East""C’est par exemple l’histoire de Léo dans le roman d’Hermann Hesse : « Journey to the East » qui a été à l’origine du servant leader chez Greenleaf :

« La figure centrale de l’histoire est Léo, qui accompagne l’équipe en tant que serviteur qui fait ses tâches subalternes, mais aussi soutient le groupe avec son esprit et sa chanson. Il est une personne d’une présence extraordinaire. Tout va bien jusqu’à ce que Léo disparaisse. Ensuite, le groupe tombe dans le désarroi et le voyage est abandonné. Ils ne peuvent pas aller au bout du voyage sans ce serviteur Léo. Le narrateur, l’un des membres du groupe, après quelques années d’errance, retrouve Léo et est introduit dans l’Ordre qui avait parrainé le voyage. Là, il découvre que Léo, qu’il avait connu en tant que serviteur, était en fait le grand maître de l’Ordre, son inspirateur, un grand et noble leader. » [3]

D’autres paraboles managériales existent, à foison, tirées de la sagesse des nations et de l’expérience des entreprises. Par exemple, Kodak est passé à côté de l’invention de la photographie numérique lorsque l’entreprise n’a pas voulu écouter un de ses salariés lui présentant une idée géniale révolutionnaire, mais qui sapait le support argentique sur lequel Kodak faisait ses profits. Raconter cette histoire suscite les questionnements sur les  propres aveuglements actuels d’une entreprise, peu encline à accueillir le disruptif, l’inattendu dans ses métiers, ses marchés d’activité etc.

 

Un manager-porte

« Je suis la porte », ose dire Jésus. À son image, un responsable d’équipe ne cherchera pas à se dérober, à fuir son rôle personnel. Car il existe mille manières de se défausser de ce rôle de porte, sous prétexte de déléguer, de faire confiance, de donner de l’autonomie etc. Déléguer n’est pas abandonner ! Quand il se définit comme porte, Jésus sait qu’il devra être tout entier impliqué dans son discours aux disciples : par son exemplarité, par la communication de son expérience, par le passage de témoin pour qu’ils aillent plus loin que lui.

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Une porte ne conduit pas à elle-même, elle est un point de passage obligé pour passer de l’autre côté. Le manager joue ce rôle de passeur : par la qualité de sa relation personnelle avec chacun, par son accompagnement du passage de chacun, par sa capacité à faire corps un moment pour conduire l’autre plus loin…

 

Un manager marche en tête

C’est le sens du mot leader, en anglais. Les généraux prudents conduisent leurs batailles  depuis les lignes arrières. Bonaparte au pont d’Arcole passe devant, au grand dam de ses soldats craignant pour lui. Le manager qui ne s’expose pas, qui ne sait pas ce que ‘être en première ligne’ signifie pour ses équipes, sera naturellement peu suivi. Marcher en tête  implique d’expérimenter pour soi ce que l’on demande aux autres (la rigueur, l’excellence, l’ouverture…). Marcher en tête, c’est défricher le chemin pour l’équipe derrière, leur ouvrir la voie, en déblayant notamment tous les obstacles hiérarchiques ou financiers qui empêcheraient son équipe d’avancer etc. C’est également protéger son équipe en prenant sur soi les coups qui lui sont destinés. À l’image de Jésus à Gethsémani protégeant ses disciples pour qu’ils ne soient pas arrêtés à sa place.

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Manager demande de connaître chacun personnellement

Le bon Pasteur connaît chaque brebis par son nom ; il les appelle, il les fait sortir (comme un Exode, une Pâque).

C’est la première demande de la plupart des salariés : être considérés, respectés, regardés comme une personne à part entière, et pas seulement comme des bras ou une force de travail. Cela passe pour le chef par le bonjour du matin en ne détournant pas le regard, par l’intérêt porté à la santé, la vie familiale, associative etc. du salarié (et pas seulement le job effectué), les conversations informelles autour d’un café, de la badgeuse ou du parking… S’il n’y a pas cette considération minimum, chaleureuse et personnalisée, toutes les techniques de management seront stériles et perçues comme une imposture managériale !

Coach ou managerUn manager connaît ses brebis. Sa connaissance personnelle de chacun dans son équipe lui permet de les faire grandir, sortir, de les pousser dehors, comme dit Jésus. Faire grandir ses collaborateurs est l’obsession du servant-leader : ‘à quoi puis-je les appeler, chacun selon ses charismes, pour qu’ils aillent plus loin dans leur évolution professionnelle ?’ En allemand, le métier se dit Beruf, qui vient du verbe appeler (rufen en allemand, vocare en latin), et c’est le même mot que le mot vocation. Exercer son métier devrait être une vocation, notamment grâce aux responsables hiérarchiques qui doivent appeler chacun au meilleur de lui-même. Cela conduira le manager à prendre des risques, en proposant des formations, d’autres missions, d’autres périmètres, d’autres expériences, d’autres mobilités (géographique, fonctionnelle, latérale ou verticale).


Un manager désire avant tout que ses équipiers aient la vie en abondance

L’expression est forte.

Dans la bouche de Jésus, il s’agit de donner sa vie pour ses amis, afin qu’ils vivent eux-mêmes en plénitude.

Trop de chefs n’ont pour but que de se servir de leur nomination pour grimper à une autre plus élevée, le plus rapidement possible. Ils se servent de leur équipe au lieu de la servir, pour bien se faire voir, pour justifier de leur excellence, pour se rendre irremplaçables, et finalement pour gravir d’autres échelons hiérarchiques. Ils font remplir une foule de reportings à leur équipe pour inonder leurs supérieurs de preuves de leur efficacité de chefs. Ils font peser sur leur équipe la production des arguments pour leur ascension sociale à eux. Mais la plupart du temps, ils ne restent pas assez longtemps pour assumer les conséquences de leurs décisions soi-disant brillantes.

Le manager bon pasteur est au contraire décentré de lui-même. C’est la réussite de son équipe qui lui tient à cœur. Il souhaite qu’ils viennent le matin avec le sourire et non la boule au ventre. Qu’ils trouvent du plaisir, de l’épanouissement, de l’utilité, bref de la vie en abondance dans leurs 7h de travail ou plus. Bien sûr, un tel manager sait qu’il y a une vie en dehors de ces 7h, et il s’y intéresse d’ailleurs. Mais, vu l’investissement en temps et en énergie que cela représente, il fera tout pour que le travail devienne un lieu d’épanouissement et non de corvée, un temps humanisant et non aliénant.

On entend rarement un PDG, un directeur ou un manager déclarer : j’ai été nommé et je viens dans cette équipe pour qu’ensemble nous ayons la vie en abondance ! Utopique ? Allez écouter sur Youtube, TedX, Viméo et autres réseaux sociaux les vraiment grands patrons exposer leur vision à leurs salariés, et vous ne serez pas loin de penser que seuls ces visionnaires traduisent l’objectif de la vie en abondance en termes contemporains : ils suscitent l’enthousiasme, l’excellence et l’engagement autour d’eux.

La parabole du bon passeur de Jn 10 a souvent été appliquée au ministère des prêtres et des évêques. Pourquoi ne pas la transposer au management du XXI° siècle ?

Que ces quelques règles nous invitent à renouveler l’exercice de nos leaderships, quels qu’ils soient.

 


[2] . Robert K. GREENLEAF, The Servant as Leader, 1970.

[3] . cf. par exemple Sophie SORIA, Un coach nommé Jésus, Dunod-InterEditions, 2005.

[3] . Greenleaf, cité dans Spears, L. C., Insights on Leadership: Service, stewardship, spirit, and servant-leadership. New York,  Wiley,  1998, pp.15-16.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

PSAUME

(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.
ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

 

ÉVANGILE« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia.  Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
 Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

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