L'homelie du dimanche

23 octobre 2017

La bourse et la vie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La bourse et la vie


Homélie du 30° Dimanche ordinaire / Année A

29/10/2017

Cf. également :

Le cognac de la foi

L’amour du prochain et le « care »

Trompez l’Argent trompeur !

La 12° ânesse

 

 La question du prêt à intérêt

La question du prêt à intérêt en Europe est fascinante.

Elle a paradoxalement stigmatisé les juifs en leur réservant les métiers de l’argent jusque dans le haut Moyen Âge. Elle a du coup nourri un antisémitisme profane – distinct de l’antisémitisme religieux – qui perdure encore aujourd’hui (dans les pays musulmans par exemple). Elle est à l’origine de l’invention du purgatoire – mais oui ! – qui marque les esprits depuis des siècles. Elle a contribué à la défiance catholique envers l’argent et les métiers de l’argent, alors que les protestants, par un retour à l’Ancien Testament, y verront plutôt une source de bénédiction divine. Par son évolution au sein de l’Église catholique, la question du prêt à intérêt montre avec force que le sens de la foi des fidèles a finalement raison des raideurs idéologiques et institutionnelles de l’appareil ecclésial.

Tout cela à partir des quelques lignes de l’Exode (Ex 22, 20-26) :
« 
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. » 

Sans trop entrer dans le détail, évoquons à grands traits la postérité économique et sociale de la première lecture de ce dimanche.

 

Les métiers de l’argent réservé aux juifs

Dans le texte de l’Exode comme dans ses parallèles, l’interdiction du prêt à intérêt n’existe que pour « quelqu’un de mon peuple », un « frère ». Il est donc permis un juif de prêter à un non-juif. Alors que les chrétiens, élargissant la notion de peuple élu à toute l’humanité, ne peuvent prêter à personne – du moins tant qu’on se cantonne à une interprétation très littérale du texte – car tous ne sont qu’un seul peuple sauvé en Christ. Voulant respecter à la lettre cet interdit de l’Exode, les chrétiens ont donc demandé aux juifs d’assurer pour eux le prêt à intérêt, et par extension les métiers de la finance et de la banque. Des Lombards de Gênes aux Rothschild aujourd’hui, l’Europe s’est remplie de dynasties familiales juives régnant sur la finance parce que les chrétiens se croyaient interdits de les pratiquer !

La bourse et la vie dans Communauté spirituelle

Un antisémitisme profane

Histoire de l'antisémitisme - couverture livre occasionOn comprend alors qu’un certain sentiment de jalousie (car être banquier rend riche) et de méfiance (ce monopole ne s’exerce-t-il pas à nos dépens ?) ou de soupçon (que font-ils de tout ce pouvoir ?) a peu à peu envahi le corps social. Il y avait dès l’origine – hélas – un antisémitisme chrétien, relayé par certains Pères de l’Église, qui accusaient les juifs d’être un « peuple déicide ». Vint s’ajouter un autre antisémitisme, profane celui-là : on accuse les juifs d’être perfides, exploiteurs de la précarité des pauvres, tribu financière dangereuse répandue dans tous les pays, échappant à tout contrôle. La rencontre de ces haines alimentera les pogroms, les discriminations, et plus tard le terrifiant fantasme hitlérien de la « juiverie internationale ».
Déminer la question du prêt à intérêt, c’est donc combattre l’antisémitisme !

 

Le mépris catholique pour l’argent

Déléguant aux juifs les métiers du prêt et de la finance, les reléguant par la même dans un ghetto professionnel qui engendrera les autres ghettos, les chrétiens se sont radicalisés très vite au sujet de l’argent. Ils voulaient suivre davantage le choix de Jésus pour la pauvreté volontaire et ses invectives contre les riches que les vieux textes bibliques parlant de la richesse comme d’une bénédiction divine. La vie monastique qui a révolutionné l’Europe en se répandant comme une traînée de poudre était basée sur cet idéal évangélique de pauvreté. Interdire le prêt à intérêt aux chrétiens, c’était leur désigner une autre voie que « l’argent sale » de Mitterrand ou le « fumier du diable » du Pape François, et dévaloriser tout ce qui était tourné vers l’accroissement des richesses. Les protestants au XVI° siècle tournèrent le dos à cette interprétation notamment grâce au retour à l’Ancien Testament où le salut se lit dans la prospérité matérielle accordée par Dieu [1].

 

L’invention du Purgatoire

Jacques Le Goff - La Bourse et la vie - Economie et religion au Moyen Age.Au fur et à mesure des siècles, l’Europe a quitté l’économie de subsistance, celle de l’époque de Jésus, pour se lancer dans une économie de croissance, d’abondance, de progrès, de multiplication des activités de production, de commerce et d’échanges. Impossible de développer cette économie sans des banques solides, sans des financiers habiles. Pourquoi laisser cette manne aux seuls juifs ? Très vite, de plus en plus de chrétiens se sont lancés dans des techniques de lettres de change, d’avoirs, de documents en tout genre pour contourner l’interdiction (papale) du prêt à intérêt tout en agrandissant leurs affaires. Ces pratiques se généralisèrent tellement, et de bonne foi, que Rome ne pouvait plus continuer à les ignorer ou à les condamner. Pouvait-on persister à affirmer que les banquiers iraient en enfer, seraient damnés à cause du prêt à intérêt ? Des théologiens ont eu une trouvaille astucieuse pour menacer toujours les banquiers du feu de l’enfer sans les y expédier en fait : le Purgatoire ! En effet, où mettre ces pécheurs publics dans l’au-delà ? En enfer ? Mais l’opinion publique ne comprend plus, et les intéressés n’ont plus conscience de violer la loi de Dieu en faisant leur métier. Au paradis comme les autres ? Mais il faut marquer le coup pour leur lancer un sérieux avertissement. C’est donc en purgatoire, ce lieu intermédiaire imaginé spécialement pour eux, qu’on les mettra [2]. Pas tout à fait sauvés parce qu’en attente du Paradis, ils souffriront à cause de leur amour de l’argent sur cette terre. Pas damnés non plus car dans l’antichambre du ciel, ils seront reconnaissants à l’Église de les avoir finalement inclus dans le nombre des élus… Ainsi, ils pouvaient garder et la bourse et la vie (éternelle) !

La notion de purgatoire a connu un tel succès – et on comprend pourquoi – qu’elle s’est généralisée à d’autres catégories de pécheurs. Mais c’est aux banquiers enfreignant l’interdiction du prêt à intérêt qu’on le doit. Comme quoi la théologie et la spiritualité se nourrissent des évènements de la vie économique…

 

Le sens de la foi des fidèles

Le Sensus fidei dans la vie de l'EgliseOn l’a dit : l’opinion publique dans l’Église s’est peu à peu convertie à un usage raisonné du prêt, de la finance, des banques. Et cela sans y voir de péché. La raideur doctrinale de Rome condamnant tout métier d’argent devenait intenable devant la bonne foi du peuple. Des théologiens – encore eux – opérèrent alors une distinction fondamentale entre le prêt et l’usure. Dans une société statique comme Israël après l’Exode, le prêt et l’usure peuvent être confondus. Dans une économie dynamique comme celle des marchands du capitalisme naissant aux X°-XIII° siècle, les chrétiens ont senti d’instinct que prêter pour anticiper et soutenir la création de richesses étaient fort différents d’exploiter les pauvres en leur prêtant à des taux usuriers (des taux de 30 % et plus n’étaient pas rares à l’époque). Distinguant le prêt de l’usure, l’Église a pu encourager le premier tout en continuant à condamner la deuxième. Les théologiens ajoutèrent à cette distinction cinq bonnes raisons [3] - bibliquement compatibles – de rémunérer un prêt, et le tour était joué !

Il fera cependant attendre le XIX° siècle, et le XX° siècle explicitement, pour que l’interdit soit levé ! Comme quoi le sens de la foi des fidèles défini par le concile Vatican II [4] finit toujours par vaincre les raideurs de l’institution ecclésiale.

Une application de ce même principe pourrait d’ailleurs transformer la position de l’Église sur la contraception ou la PMA. Les couples qui pratiquent en toute bonne foi une contraception chimique ont conscience de ne pas pécher. La position officielle est alors contrainte d’évoluer, sous peine d’un divorce grandissant…

 

Nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet avec ces quelques flashes sur l’histoire du prêt à intérêt depuis l’Exode ! Il faudrait y adjoindre les débats sur le temps (prêter, c’est vouloir maîtriser le temps qui n’appartient qu’à Dieu, pensaient les théologiens) ou sur la nature de l’argent (il ne peut ni ne doit faire des petits par lui-même, pensaient les Anciens) etc.

Et dire que notre première lecture abordait également les questions – oh combien actuelles ! - de la place des migrants dans de société, de l’option préférentielle pour les pauvres (défendre la veuve et l’orphelin)…

L’amour dont parle la Bible est autant économique, social et politique qu’affectif et personnel !

Prêt à intérêt

 


[1]. Cf. Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905.

[2] . cf. J. Le Goff, La Bourse et la Vie, éd. Hachette Littératures, 1986.

[3] . Deux excuses sont liées à la notion d’intérêt : le lucrum cessans (cessation d’un bénéfice) et le damnum emergens (préjudice subi) ; la troisième fait ressortir la notion de rémunération d’un travail bancaire (stipendium labori) ; les deux dernières innovent en parlant du risque encouru : le periculum sortis (risque de perdre le prêt) et le ratio incertitudinis (danger de perdre le capital).

[4] . « La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs »(8) elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu (cf. 1Th 2,13), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre. » Lumen Gentium n°12

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu accables la veuve et l’orphelin, ma colère s’enflammera » (Ex 22, 20-26)
Lecture du livre de l’Exode

Ainsi parle le Seigneur : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

PSAUME
(Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab)
R/ Je t’aime, Seigneur, ma force. (Ps 17, 2a)

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse,

Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.

Lui m’a dégagé, mis au large,
il m’a libéré, car il m’aime.

Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !
Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire !

Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles afin de servir Dieu et d’attendre son Fils » (1 Th 1, 5c-10)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien. Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves, avec la joie de l’Esprit Saint. Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de Grèce. Et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Grèce qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout que nous n’avons pas besoin d’en parler. En effet, les gens racontent, à notre sujet, l’accueil que nous avons reçu chez vous ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

 

ÉVANGILE
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 34-40)
Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui.
Alléluia. (Jn 14, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Patrick BRAUD

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28 décembre 2015

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

 

Homélie pour le 1° Janvier, fête de Marie « Mère de Dieu »

 

Émeutes populaires à Constantinople

Nous sommes en 428. Nestorius, évêque de Constantinople – ville impériale s’il en est – Marie Theotokos, ou la force de l'opinion publique dans Communauté spirituelleprovoque un vif émoi parmi le peuple. En effet, dans ses homélies et à la cathédrale, il refuse d’appeler Marie « Mère de Dieu » (Theotokos en grec) et ne lui accorde que le titre de « mère du Christ ». Il est tellement préoccupé de sauvegarder la grandeur de Dieu qu’il ne peut aller jusqu’à penser que Dieu en la personne de Jésus ait voulu avoir une mère en la personne de Marie. Cette opinion influencera fortement la rédaction du Coran d’ailleurs deux siècles plus tard. Or le peuple chrétien vénère Marie comme Theotokos, et n’accepte pas que son évêque ne professe pas la même foi que lui. La foule allait même jusqu’à coller des placards sur les murs de la cathédrale et de l’archevêché en signe de protestation! En refusant de donner à Marie le titre de Theotokos, Nestorius se heurte au sens de la foi (sensus fidei) de son Église locale.

 

Tout cela provoque un tel tintamarre que l’empereur Théodose II convoque un concile à Éphèse pour Pentecôte 431 afin de trancher la question. Nestorius y est désavoué : puisque le Christ est vrai Dieu et vrai homme, « sans séparation ni confusion », la mère de l’homme Jésus est donc en même temps la Mère de Dieu, la Theotokos. Sinon, cela reviendrait à dire qu’en Jésus la divinité et l’humanité ne sont pas vraiment unies l’une à l’autre.

 

Pourquoi ce rappel historique ? Pour montrer l’importance du sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) et de la réception dans l’Église : l’enseignement de Nestorius n’est pas reçu dans son Église locale, et cela suffit pour, sinon invalider, du moins soupçonner cet enseignement, et appeler à un débat au plus haut niveau d’autorité de l’Église. Appeler Marie Mère de Dieu, c’est se souvenir que la piété mariale du Peuple de Dieu a été dans l’histoire un lieu théologique important.

 

La force de l’opinion publique

Fêter la Mère de Dieu au tout début d’une année qui préparera l’élection présidentielle charge cette fête d’une harmonie particulière. Va-t-on écouter l’opinion publique, celle des petites gens (qui gagnent environ le SMIC) qui ont des choses à dire sur les choix de société ? Ce peuple va-t-il s’organiser pour faire entendre sa voix ? Ou faudra-t-il attendre des révoltes, des colères sociales protestant devant trop d’inégalités ? Le pouvoir des urnes sera-t-il un réel pouvoir de choix ? S’il n’est pas relayé par  des associations courageuses, par des corps intermédiaires bien vivants (syndicats hélas en survie actuellement, organisations professionnelles etc.) ce pouvoir démocratique ne sera que celui d’un fusil à deux cartouches, les deux tours de l’élection.

 

Le printemps arabe de 2011 à démontré encore une fois, après la chute du communisme en  Dieu dans Communauté spirituelle1989, que l’opinion publique est capable de « renverser les puissants de leurs trônes » comme le chante Marie dans son Magnificat.

On a vu également les indignés manifester en Espagne, et donner naissance à Podemos.

Et malheureusement on a vu les partis islamistes ou les militaires engranger les bénéfices électoraux des printemps arabes…

C’est donc que l’opinion publique a la fragilité de sa force : elle peut tout emporter, mais aussi préparer pire encore…

 

Dans l’Église catholique également, la nécessité d’une opinion publique forte, structurée, constructive, est plus que jamais nécessaire. Beaucoup s’en vont sur la pointe des pieds faute de trouver un moyen de se faire entendre. Des questions  graves et douloureuses ne sont même plus sujets de débat autorisé. Des raidissements idéologiques se généralisent et la tentation du repli identitaire décourage ceux qui ne sont pas du petit cercle des initiés.

 

Afficher l'image d'origineC’est sans doute Pie XII qui a défini le plus clairement l’importance et le rôle de l’opinion publique, non seulement dans la société (d’où le rôle de l’Église pour éclairer le débat d’idées, notamment dans les médias) mais aussi dans  l’Église. Dans un discours au Congrès international de la Presse Catholique du 17/02/1950, il disait [1]:

« L’Église (…) est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie, si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les Pasteurs et les fidèles (…). Le publiciste catholique (…) aidera avec une ferme clarté à la formation d’une opinion catholique dans l’Église, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitiste et matérialisant. » 

 

Ce discours est très neuf par rapport à tout ce qui était dit avant sur les médias et le danger supposé qu’ils représentent pour l’Église. Il introduit même dans la responsabilité ministérielle la charge d’animer la communauté sur ce plan de l’opinion ecclésiale: loin de confisquer le débat et de n’être que des « haut-parleurs » de la hiérarchie, les ministres doivent veiller à ce qu’une légitime opinion publique puisse se manifester au sein d’une paroisse, d’un diocèse etc… On voit comment les consultations et enquêtes publiques pré-synodales, ou encore le courrier des lecteurs dans les journaux (catholiques ou non), ou même un certain recours judicieux aux sondages d’opinion etc… peuvent mettre en oeuvre concrètement cette intuition théologique : l’Église n’est pas une communion si la parole n’y circule pas, si la communication ne se fait que dans un sens. Les pasteurs doivent particulièrement y veiller.

« L’opinion publique dans l’Église apparaît ainsi comme une circulation de pensées dont les responsables de la communauté sont les promoteurs principaux (…). Manifestation de la sainte liberté des enfants de Dieu, l’opinion publique dans l’Église, c’est le dialogue de la famille dans l’obéissance surnaturelle, appelé par l’encyclique Ecclesiam Suam. Loin d’être une critique de l’Église, elle apparaît comme un signe d’amour à son égard. » 

 

Le sens de la foi des fidèles

Si le peuple de Constantinople a su proclamer Marie Theotokos contre l’enseignement de son évêque, ne faudrait-il pas croire qu’aujourd’hui encore le peuple chrétien a quelque chose à dire sur la vie de son Église ?

En termes théologiques, cela s’appelle le sens de la foi des fidèles.

Vatican II lui accorde une importance considérable :

« La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13 ), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre. » (Lumen Gentium n° 12)

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Vox populi, vox Dei.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

La fête de Marie Mère de Dieu nous le rappelle dès le début de cette nouvelle année.

Puissions-nous contribuer à faire entendre cette voix, dans la société comme dans l’Église !


[1]. Cf. le recueil de textes sur la question: Les médias. Textes des Églises,  Centurion, Paris, 1990.

 

 

 

 

1ère lecture : Voeux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos c?urs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

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