L'homelie du dimanche

6 octobre 2019

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Homélie du 28ème dimanche du Temps Ordinaire /  Année C

18/10/2019

Cf. également :

De la santé au salut en passant par la foi
Faire miniane
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le principe de gratuité
Le potlatch de Noël
La 12° ânesse

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Cadeau de janvier, ingratitude de février dans Communauté spirituelle gratitude-cartoonCe vieux proverbe français fait le constat – un peu désabusé – du peu de reconnaissance dont les êtres humains sont capables. Chacun de nous en a fait l’expérience : on donne de bon cœur, et l’autre s’en va avec son cadeau sans un merci ni même un regard … On se dit alors : OK, c’est un bon test de notre désintéressement ! Voulions-nous donner pour être flatté en retour, ou simplement pour faire plaisir, ou parce que l’autre en avait vraiment besoin ? Celui qui fait dépendre son don de la reconnaissance reçue en retour deviendra pingre et avare ! Fénelon disait : « Il ne faut rien attendre des hommes que de l’ingratitude, et les servir sans intérêt ». Et le sage observe : « le pécheur dilapide les biens de son garant ; dans son ingratitude, il abandonne celui qui l’a sauvé » (Sg 29, 16-17).

Reste que le pincement au cœur est toujours là : si ce cadeau a fait plaisir, pourquoi l’autre ne l’exprime-t-il pas ?
Par goujaterie et manque d’éducation, diront certains. Ils n’auront pas tout à fait tort, Tant il est vrai que dire merci n’est pas inné, mais s’apprend, par la famille, l’école, l’Eglise…
Par pudeur et timidité, diront les autres. Et ils n’auront pas tort, car c’est très intimidant de recevoir.

A cause d’un certain sentiment de honte et d’humiliation, diront d’autres encore. Et ils n’auront pas tort, car cela peut être très humiliant d’être obligé d’accepter des dons pour survivre. Revoir le donateur peut alors réactiver le sentiment de domination éprouvé  envers celui qui a tout alors que je n’ai rien. Corneille écrivait : « On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tout ».

Jésus dans notre évangile des dix lépreux guéris (Lc 17, 11-19) s’affronta ce constat d’ingratitude : comment !? un seul sur les dix est revenu remercier ? et un étranger (samaritain) en plus ?  et un hérétique !

 

Donner-recevoir-rendre

Homélie sur la guérison des dix lépreux (dimanche 18 décembre 2012)Jésus perçoit d’instinct que quelque chose manque à la guérison qu’il désire apporter à ces dix lépreux. Marcel Mauss, célèbre anthropologue français, a théorisé le circuit symbolique emprunté par le don pour circuler dans une communauté et entre communautés [1].

Tout commence avec l’acte de donner. Ici, c’est à la manière du Christ : généreusement, sans calcul, sans même les gestes et paroles théâtrales dont les chamanes et autres sorciers aiment entourer leurs pratiques. Il répond à leur supplication parce qu’il est saisi de pitié devant leur maladie et ses conséquence physiques, sociales, religieuses.

Vient ensuite l’acte de recevoir.

Il n’est pas si évident. Beaucoup refusent de recevoir : soit ils n’expriment pas leur demande, soit ils ne veulent pas du cadeau offert. Peut-être par orgueil, pour ne plus dépendre d’un autre, pour y arriver tout seul à la force du poignet… Savoir recevoir, ça s’apprend, comme savoir donner. Trop de fierté compromet le premier. Trop de condescendance dénature le second. Avoir le sentiment d’être humilié gâte le premier. Vouloir se faire aimer en retour transforme le second en manipulation. Jésus n’assortit son don de guérison aux dix lépreux d’aucune condition le concernant. Il demande juste d’aller faire constater par les prêtres que la lèpre est partie, afin que les dix ex-lépreux soient réintégrés de plein droit dans la communauté juive. Apparemment, ces hommes acceptent le don de Jésus puisqu’ils se mettent aussitôt en chemin vers le Temple de Jérusalem. Mais un seul ira jusqu’au bout de la logique du don que Marcel Mauss a formalisé : le contre-don.

 economie-du-don

Normalement, pour que l’échange de symbolique soit complet, la troisième étape du contre-don s’impose à ceux qui ont reçu comme une évidence non obligatoire mais essentielle pour que la logique du don continue à irriguer toute la communauté. En indonésien, Merci se dit Terima-Kasih (littéralement Recevoir-Donner) et l’on répond Sama-Sama (littéralement Ensemble). Le contre-don peut être fait à quelqu’un d’autre que le donateur, ou plus tard, ou autrement. L’enjeu est de ne pas figer la circulation de l’échange symbolique qui unit les membres d’un groupe ou des groupes entre eux. Le fait de rendre (rendre grâce, remercier) au donateur confère à celui-ci une importance sociale, une reconnaissance de la part de tous. Comme celui qui reçoit sera un jour celui qui donne, il ne voit nulle humiliation à reconnaître la grandeur de son donateur. S’il ne peut lui rendre en personne, il le rendra quelqu’un d’autre, provoquant ainsi une circulation généralisée du don / contre-don dans toute la communauté. C’est ce que fait le samaritain de l’autre parabole de Jésus, Il est cette fois-ci celui qui soigne. Il fait héberger le blessé rencontré sur la route. Puis il disparaît de sa vie sans chercher de retour, espérant que le dan reçu provoque chez le blessé le désir de devenir à son tour le sauveur d’un autre : « va et fais de même ». Ne pouvant manifester sa reconnaissance au sauveur du jour, il le rendra à un autre blessé, et ainsi de suite : le don ne cessera jamais de circuler sans jamais boucler sur lui-même.

En constatant – un peu surpris, voire navré – que seul un sur dix revient rendre grâce, Jésus ne ressent pas d’amertume pour lui-même. Il ne remet pas en cause l’utilité de son geste. Il n’arrêtera pas de guérir pour autant. Il s’applique à lui-même ce qu’il observe chez son Père : « faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants »(Lc 6,35). Non : il constate avec tristesse que 9 sur 10 ont interrompu l’élan vital qui leur aurait permis d’aller au bout de leur guérison. Car seul le contre-don permet d’atteindre la plénitude du don reçu. La guérison physique est bien donnée, mais seule l’action de grâce permet de l’accomplir en salut intégral : « va, ta foi t’a sauvé ». Pour les 9 autres, on dirait au rugby qu’ils ont bénéficié d’un essai… non transformé ! Il manque quelque chose à leur humanité guérie, quelque chose qui les fait passer à côté du salut tout proche. Ce quelque chose, c’est le contre-don : savoir rendre,  (rendre grâce, rendre la pareille, renvoyer l’ascenseur…).

Nous sommes sans cesse en dette envers ceux qui nous font grandir et aller mieux d’une manière ou d’une autre. Et c’est tant mieux, car cela nous incite à notre tour à donner (et même par-donner) de la même manière. Celui qui interrompt ce flux vital s’abîme lui-même en empêchant le lien de la reconnaissance de l’unir à ses semblables. « L’espoir de l’ingrat fondra comme le givre hivernal, il s’écoulera comme une eau qui se perd »(Sg 16,29).

Plus encore : ne pas rendre grâce abime le donateur, en le privant d’une forme de réassurance sur son rôle et sur sa place au sein de la communauté. Les neuf lépreux, sans le savoir, enlèvent ainsi à Jésus sa part de reconnaissance dont il aurait pourtant bien besoin pour poursuivre sa mission grâce au soutien des témoins de la scène ! Exprimer sa reconnaissance, c’est en même temps attribuer une importance sociale au donateur dont on se porte garant.

 

Au-delà du légal et du religieux.

Jésus dans un premier temps semble cautionner le système religieux du Temple de Jérusalem. Il demande aux dix d’aller se montrer aux prêtres (cohens) de Jérusalem. Le but évidemment d’obtenir leur pleine réintégration sociale après la guérison physique (Lv 13-14). Comme un label apposé sur leur nouvel état de santé, la visite aux prêtres officialisera leur  retour dans le monde des vivants, d’où la lèpre les avait exclus. Ils retrouvent leurs papiers d’identité en somme !

sanctuary-stairs don dans Communauté spirituelleLe piège serait de se satisfaire de cette obligation rituelle : comme si les démarches juridiques suffisaient, comme si le certificat religieux rétablissait les choses comme avant, comme s’il ne s’était rien passé. Un seul ose s’affranchir de ce système juridico-religieux : le samaritain. Parce qu’il est ‘hérétique’ aux yeux des juifs sans doute. Car pour les samaritains, c’est le mont Garizim qui est important et non le mont Sion de Jérusalem avec son Temple. Bienheureuse hérésie qui lui permet de s’affranchir des obligations du Temple ! C’est la religion du Lévitique qui avait parqué à l’écart ces hommes à cause de leur lèpre. C’est la reconnaissance envers Jésus qui a libéré le samaritain de cet assujettissement à la Loi auquel les neuf autres continuent de consentir. Il y a donc un certain éloge de la rébellion contre les obligations juridico-religieuses dans l’éloge que Jésus fait du dixième lépreux guéri ! En revenant sur ses pas pour remercier, cet homme échappe au pouvoir des prêtres, et revendique que les rites du Temple sont caduques. Non il ne se soumettra pas aux rituels compliqués inventés par les hommes pour dominer les autres au nom de Dieu ! Oui, il découvre que l’accueil du salut rend libre par rapport à toutes les obligations et convenances admises. Parce que c’est un étranger, il relativise les coutumes que les juifs croient essentielles. Parce que c’est un ‘hérétique’, il ne sacralise pas absolument ce qui est absolument incontestable pour un juif : le mont Sion, Jérusalem, le sacerdoce lévitique. Il revient vers Jésus, au-delà du juridique et du religieux, pour lui exprimer sa reconnaissance, le remercier, et reconnaître face contre terre la grandeur de son bienfaiteur.

La foi au Christ en personne sera à toujours plus grande que la nécessaire médiation des institutions et des appareils des Eglises. Sans disqualifier un certain fonctionnement religieux auquel il renvoie,  le Christ salue dans l’action de grâce du samaritain guéri la priorité de la foi sur les obligations provenant de la Loi ou du sacré. Pas étonnant qu’il se soit fait autant d’ennemis chez les fonctionnaires de Dieu de l’époque !

 

Cette semaine, méditons donc cette parabole en nous identifiant tour à tour à chaque personnage : Jésus le donateur, les 9 lépreux guéris et ingrats, le 10° : le samaritain sauvé, la foule spectatrice …

__________________________________________

[1] Marcel Mauss , Essai   sur  le  don.  Forme  et   raison  de  l’échange  dans   les   sociétés   archaïques, Article originalement publié dans l’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

 

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15 janvier 2018

Il était une fois Jonas…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Il était une fois Jonas…


Homélie pour le 3° Dimanche du temps ordinaire / Année B
21/01/2018

Cf. également :

De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie
Ruptures et continuités : les conversions à vivre pour répondre à un appel
Quand Dieu appelle
Rousseur et cécité : la divine embauche !
Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible

 

Il était une fois Jonas…

Il était une fois Jonas… dans Communauté spirituelle 9783314214134FSÇa commence comme une histoire que l’on raconte aux enfants, le soir, avant de s’endormir. Et c’est tout à fait cela : l’histoire de Jonas, c’est ce que les Juifs appellent un « midrash », c’est-à-dire un récit mi-réel mi-fictif, une de ces histoires qui font réfléchir petits et grands. Vous l’avez entendu dans la première lecture, et il faut le relire en entier (10’ minutes montre en main pour lire le livre de Jonas !) : quand les juifs racontent l’aventure de Jonas à leurs enfants, c’est pour leur faire découvrir que Dieu est plus grand que le peuple juif ; que le salut de Dieu est pour Ninive aussi, pour toutes les nations. Quand des chrétiens racontent Jonas à leurs enfants, c’est pour leur annoncer Jésus-Christ, le vrai Jonas ; et pour parler du baptême, le vrai poisson…

Rappelez-vous : Jonas est un prophète juif à qui Dieu demande d’aller avertir Ninive, la grande ville étrangère et païenne, pour qu’elle change de vie et soit sauvée. Or Jonas veut garder jalousement pour les Juifs le salut offert au peuple juif, et n’a aucune envie que Ninive soit sauvée… Alors il fuit ; il prend un bateau pour aller plus loin, à l’opposé de Ninive. Mais la tempête secoue le navire. Les marins réveillent Jonas qui dormait et lui demandent de l’aide. Il voit bien que c’est à cause de lui que la tempête se déchaîne, et demande librement à l’équipage de le jeter par-dessus bord pour apaiser l’océan déchaîné. Aussitôt fait. Un gros poisson qui passait par là avale Jonas, le préservant jonas baleine dans Communauté spirituelleainsi dans son ventre pendant 3 jours et 3 nuits. Puis il le recrache… comme par hasard sur la plage juste en face de Ninive ! Jonas comprend alors que Dieu est têtu pour sauver les païens. Il crie dans toute la ville : « Convertissez-vous ! ». Les gens l’écoutent. À la grande fureur de Jonas, Dieu accorde le salut à Ninive. C’est le fameux épisode de ricin : Jonas est dégoûté que Dieu soit si bon avec les méchants. Assis sous un plant de ricin, il contemple la ville en liesse. Le ricin se dessèche. Jonas attrape une insolation et maudit Dieu d’avoir laissé mourir le ricin. Alors Dieu lui dit : « Comment, Jonas, mon fils, tu pleures parce que le ricin s’est desséché, et tu n’aurais pas pleuré parce que Ninive aurait été détruite ? Sache que moi Dieu, j’ai plus de peine pour un humain qui se perd que pour une plante qui se fane »

2_j conversionVoilà l’histoire. Et vous devinez dans quel esprit les Juifs la racontent aujourd’hui : Jonas préfigure pour eux le peuple juif chargé d’annoncer à toutes les nations de se convertir au Dieu unique. Ce peuple a la nuque raide et n’obéit pas facilement à Dieu, mais c’est finalement grâce à lui que le salut parvient jusqu’aux extrémités de la terre.

Vous devinez également la lecture que nous, chrétiens, nous en faisons. Jonas, c’est Jésus qui est envoyé pour le salut du monde entier. Jonas endormi au fond sur le bois du bateau préfigure Jésus endormi dans la mort sur le bois de la Croix. L’interrogatoire de Jonas par les marins préfigure la comparution du Christ devant ses juges. Jonas se sacrifie librement : « Prenez-moi et jetez-moi à la mer » : Jésus donnera librement sa vie dans sa Passion choisie volontairement. « C’est lui, Jésus, le vrai Jonas, qui a donné sa vie pour nous racheter » (Ambroise de Milan, sur le psaume 43,85). La répugnance des marins de jeter Jonas à la mer annonce celle de Pilate qui hésite à livrer Jésus à la mort.


Plus encore, le séjour de Jonas dans le ventre du poisson, au milieu de la mer, préfigure la Passion-Résurrection du Christ et notre propre baptême ! Ecoutez St Augustin : « Jonas a été précipité du navire dans le ventre du monstre marin ; de même le Christ a été précipité du bois de la Croix dans le sépulcre, dans les profondeurs de la mort » (Epître 102, 6, 34 ) « Pourquoi Jonas fut-il reçu dans le ventre du monstre, puis rejeté le 3ème jour, sinon pour préfigurer le Christ revenant le 3ème jour des profondeurs de l’enfer ? » (Cité de Dieu, 18, 30, 2 ).

Jésus lui-même nous met sur la voie de cette lecture symbolique (Mt 12, 38-41 ) :
« Tout comme Jonas fut dans le monstre du ventre marin 3 jours et 3 nuits, ainsi le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre 3 jours et 3 nuits. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront avec cette génération et ils la condamneront, car ils se sont convertis à la prédication de Jonas. Eh bien ! Ici, il y a plus que Jonas ».

Et on a lu dans l’immersion de Jonas 3 jours et 3 nuits la triple immersion des nouveaux baptisés dans l’eau pascale : par 3 fois, ils sont plongés, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Pieter_Lastman_-_Jonah_and_the_Whale_-_Google_Art_Project Jonas

Comme beaucoup de prénoms dans la Bible, Jonas a une signification très belle. Jonas veut dire « colombe » en hébreu.
La colombe qui annonce la paix et l’Alliance. Et le bateau de Jonas ressemble à l’arche de Noé d’où s’est élancée la colombe de la paix.
La colombe annonce l’Esprit Saint. Et la prière de Jonas ressemble à la prière de Jésus sur qui repose la colombe de l’Esprit de Dieu lorsqu’il est plongé dans les eaux du Jourdain, lors de son baptême.
C’est ce même Esprit de Jésus qui nous rassemble, grand-parents, parents et petits-enfants, blancs ou noirs, sachant écrire ou sachant dessiner, pour faire de nous une seule famille, un seul corps, le Corps du Christ.

JonastempeteHure NiniveQuant à Ninive, c’est la figure de notre propre conversion : comme les païens de l’époque, cela nous arrive de courir après les idoles (l’argent, le pouvoir, le plaisir, l’individualisme…). Par le baptême, nous pouvons mourir à notre péché pour renaître à une vie nouvelle. Il n’est jamais trop tard pour écouter l’appel que nous lancent les prophètes d’aujourd’hui à changer de vie. À ne pas vouloir la guerre. À ne pas détruire notre planète. À bâtir une mondialisation où la réconciliation serait offerte à tous. Ninive, c’est l’Église, issue de toutes les nations sous le ciel. « Car il devait arriver que le monde entier serait transformé en une seule cité, quand croiraient au Christ des peuples de toutes nations » (Zénon, homélie 1,14.3).

Mondialisation spirituelle…

Nous sommes peu habitués à lire l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau, à déchiffrer comment le Christ accomplit (et non pas abolit) cette première Alliance : le bateau de Jonas évoquait l’Église, la tempête apaisée par le sacrifice de Jonas annonçait la tempête apaisée sur le lac de Tibériade par la parole de Jésus, son plongeon annonçait le baptême, son rejet sur le rivage la Résurrection, Ninive symbolisait le passage de l’Église aux païens etc… Le fait qu’André et Pierre soient les fils d’un père nommé Jonas (Mt 16,17) n’est sans doute mentionné par hasard : Pierre fera passer l’Évangile au monde romain (cf. Pierre et le centurion romain Ac 10), André le fera passer au monde grec (cf. Jn 12, 20-24). Tous deux sont bien les enfants de Jonas, sauveur de la cité païenne de Ninive.

jpg_19._Mise_au_tombeau_petit poissonTapisserie de l’abbaye de la Chaise-Dieu :
le baptême, la mort de Jésus, Jonas jeté du bateau dans la gueule du poisson

Que Jonas nous aide à faire mémoire des baptêmes que nous avons vécu ensemble, dans notre paroisse, et de notre propre baptême. Par 3 fois nous avons été plongés sous l’eau, c’est pour renaître aujourd’hui à une nouvelle manière de vivre, à une conversion de nos existences. N’attendons pas la tempête ou la baleine ou l’avertissement de Jonas : c’est aujourd’hui que nous pouvons accueillir le Christ dans nos vies. Il est lui le vrai Jonas, englouti dans la mort mais victorieux de la mort, offrant à tous les peuples le salut et la vie.

 

Pour prier avec les enfants et leurs parents à partir de l’histoire de Jonas :

·      Seigneur Jésus, comme Jonas, je suis souvent râleur !

Tu m’appelles, et moi je boude, ou je me cache.
Mais voilà qu’aujourd’hui, tu m’invite à embarquer avec toi.
Ce bateau qui a finalement emmené Jonas vers la grande ville étrangère, c’est l’Église, ton Église Seigneur Jésus.
Merci de me demander d’embarquer avec toi, avec les autres enfants, avec nos familles.

·      On dit que le gros poisson qui a avalé Jonas, c’était une baleine.

Pourquoi pas ? En tout cas, il devait être très gros pour que Jonas puisse tenir debout à l’intérieur !

- D’un côté, ce poisson, il était gentil parce qu’il a sauvé Jonas de la noyade.
Merci Seigneur pour tous ceux qui m’aiment. Merci pour tous ceux qui me consolent et me soutiennent quand j’ai besoin d’aide.

- D’un autre côté, ce poisson, il était dangereux parce que, si Dieu ne lui avait pas demandé de relâcher Jonas, il aurait fini par le manger tout entier !
Pardon Seigneur : nous aussi, parents et enfants, comme la baleine, nous avons quelquefois envie de dévorer les autres… Aide-nous à nous respecter sans nous étouffer.

·      Dans le ventre du poisson, Jonas est resté 3 jours et 3 nuits.

Il était dans le noir. Son cœur était dans la nuit. Mais la prière a été sa lumière :
« De la nuit où j’étais, j’ai crié vers Dieu, et il m’a répondu ».
C’était pour annoncer Jésus, qui a prié son père même aux heures les plus sombres, même pendant les 3 jours et les 3 nuits du tombeau.
« De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits ».
Merci Seigneur Jésus d’avoir gardé allumée cette flamme de la prière tout au long de ta Passion. 

·      Ta Résurrection est pour nous le signe d’une espérance extraordinaire : la lumière est plus forte que la nuit, l’amour est plus fort que nos divisions, le pardon est plus grand que la violence.
Seigneur Jésus, tu vois les hommes qui se font la guerre : éclaire leur cœur. Qu’ils écoutent ta parole d’amour. Qu’ils retrouvent le chemin du pardon. Qu’ils bâtissent la Justice et la Paix !

·      « Ninive était une ville divinement grande : il fallait 3 jours pour la traverser », nous dit la Bible.
Jonas l’a traversé en un seul jour ! : c’était pour annoncer le Christ, qui a hâte de traverser le cœur de chacun pour l’aider à changer. C’était l’image de l’Église, qui aujourd’hui encore parcourt toute l’humanité, toutes les grandes villes du monde pour les appeler à accueillir l’amour de Dieu, et qui a bien besoin de se convertir elle aussi.
Seigneur Jésus, viens traverser nos villes et nos villages, les Ninive de ce temps qui attendent un signe d’espérance.
Seigneur Jésus, viens vite traverser mon cœur. 

·      « Jonas s’assit à l’orient de la ville, sous une hutte. Il s’assit dessous, à l’ombre, pour voir ce qui arriverait à la ville ».
Cette hutte fait de l’ombre à Jonas pour le protéger des coups de soleil !
Tu nous donnes souvent, Seigneur, des personnes qui nous protègent, qui nous aident à ne pas nous dessécher. Donne-nous d’être des « huttes de Jonas » les uns pour les autres. Que nos familles, notre Église soit un abri plein d’amour et de paix pour grandir en ta présence.

Ah ! Seigneur, je commence à comprendre ! Et si l’histoire de Jonas, c’était un peu notre histoire à nous ?

Tantôt râleurs, tantôt prophètes ;
des fois presque engloutis par l’épreuve, mais ressuscités à l’espérance ;
rencontrant plein de poissons amis ou dangereux ;
traversant notre monde avec un mélange d’amour et de peur ;
nous plaignant pour un ricin qui meurt, et oubliant que Dieu pleure pour un seul enfant malheureux…
Le signe de Jonas, c’est ta résurrection, Seigneur Jésus, où nous sommes délivrés, comme Jonas est délivré de la baleine pour aller sur un autre rivage…
Viens nous redire cette Bonne Nouvelle, cet Évangile de salut offert à tous les hommes.

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Les gens de Ninive se détournèrent de leur conduite mauvaise » (Jon 3, 1-5.10)

Lecture du livre de Jonas

La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. » Jonas se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur. Or, Ninive était une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser. Jonas la parcourut une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés. – Parole du Seigneur.

PSAUME
(24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9)
R/ Seigneur, enseigne-moi tes chemins. (24, 4a) 

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi,Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

DEUXIÈME LECTURE
« Il passe, ce monde tel que nous le voyons » (1 Co 7, 29-31)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons.

ÉVANGILE
« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 14-20)
Alléluia. Alléluia.
Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. Alléluia. (Mc 1, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après l’arrestation de Jean le Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.
Patrick BRAUD

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16 novembre 2016

Les trois tentations du Christ en croix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les trois tentations du Christ en croix

 

Homélie pour la fête du Christ Roi /année C
20/11/2016

Cf. également :

La violence a besoin du mensonge

Divine surprise

Le Christ Roi fait de nous des huiles

Non-violence : la voie royale

Un roi pour les pires

On est habitué aux trois tentations de Jésus au désert au début de son ministère public [1] (Mt 4, 1-11). Mais voici qu’elles réapparaissent à la fin de sa vie, comme si elles n’avaient cessé d’être en filigrane dans chaque rencontre depuis ces trois années sur les routes de Palestine.  Sur le bois de la croix, le Messie humilié s’entend dire par trois fois : « sauve-toi toi-même ». Ce n’est plus la figure mythique du diable qui assume ici le rôle du tentateur, mais les figures plus concrètes, ordinaires, des chefs juifs, des soldats romains, du malfaiteur suspendu à côté de lui. La petite voix de la tentation nous viendra plus sûrement des gens habituels que du grand Satan !

Chacune de ces trois tentations sur la croix fait écho à celle correspondante au désert :

1) ordonne à ces pierres de devenir du pain => montre-nous, à nous les chefs du peuple, que tu es l’Élu, et que tu peux nourrir ce peuple par ta puissance.

2) jette-toi en bas du Temple => montre-nous, à nous les soldats, que tu es le roi des juifs, l’équivalent de César, l’autorité à laquelle nous devons obéir.

3) prosterne-toi devant moi pour avoir le pouvoir => montre-moi, à moi le malfaiteur crucifié avec toi, que tu as le pouvoir de nous arracher à cette mort infamante, et je te reconnaîtrai comme le Messie.

 :  

La tentation centrale de l’auto-rédemption

Même si trois acteurs différents cherchent à induire Jésus en tentation (‘ne nos inducat in tentationem’ dit le Notre Père en latin), leur argument central est le même : « sauve-toi toi-même ». Ils veulent remplacer le passif par un actif. Ils préfèrent se sauver que d’être sauvés. Car le passif de l’hétéro-rédemption suppose d’accepter de recevoir d’un autre, gratuitement, humblement. Alors que l’actif de l’auto-rédemption reste narcissique : je peux me glorifier de ce que j’ai fait de bien, je suis arrivé tout seul à traverser l’épreuve, la mort.

Or Jésus est le Fils par excellence. C’est-à-dire qu’il refuse d’exister par lui-même. Il n’est lui-même qu’en se recevant d’un autre qu’il appelle analogiquement Abba, Père. L’amour consiste d’abord pour lui à recevoir, à se recevoir. Se sauver soi-même, en serrant les dents, à la force du poignet, est une illusion dangereuse et serait contraire à son identité filiale. C’est d’être aimé qui nous rend humain. Mais accepter d’être sauvé par un autre peut sembler humiliant pour ceux qui veulent être chefs, peu conforme à l’honneur militaire pour des soldats, peu efficace pour un malfaiteur habitué à ne compter sur personne.

Les trois tentations du Christ en croix dans Communauté spirituelle

 

Les visages actuels de l’auto-rédemption

Aujourd’hui, cette tentation de l’auto-rédemption prend de multiples visages :

- s’en remettre à la seule majorité démocratique pour décider ce qui est bien ou mal, sans accepter la vérité de lois transcendantes

- refuser de demander de l’aide parce que mon couple va mal ; croire que je vais pouvoir régler mes problèmes tout seul

- ne pas avoir d’autre éthique professionnelle que les règles habituelles de mes collègues et de mon milieu

- préférer éliminer les autistes, les trisomiques et autres grands handicapés moteurs et mentaux avant qu’ils naissent, en sélectionnant les naissances selon des critères utilitaristes…

- rester dans l’entre-soi d’un cocon douillet d’amis et de relations sociales qui nous ressemblent…

La petite voix nous susurrant à l’oreille de nous sauver nous-mêmes n’a pas fini de décliner cette tentation à l’infini !

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La résistance du Christ à la tentation

La réponse du Christ à cette invocation répétée trois fois sera par trois fois le silence…

Afficher l'image d'origineEn fait sa vraie réponse est de rester Fils jusqu’au bout. Jusqu’à crier, dans une déréliction extrême, qu’il ne comprend pas par quel chemin Dieu le fait passer, mais que pourtant il veut se recevoir de lui, même dans le néant et l’absurde : « Eloï, Eloï, lama sabbactani ! » 

Cette réponse du Christ peut devenir la nôtre, par lui, avec lui et en lui : nous battre contre Dieu, nous révolter, le traîner en justice devant tant d’injustices, mais jusqu’au bout rester ses enfants. Désirer tout recevoir de lui, même si nous ne comprenons pas ce qui nous est donné. Peut-être sans le savoir demandons-nous un scorpion alors que lui veut nous donner un œuf ?

La solitude du Christ abandonné sur la croix se révélera après coup être sa mission reçue du Père : aller chercher et sauver, au fond de l’enfer, ceux qui étaient perdus, et pour cela devenir avec eux le Perdu par excellence. Jésus sera ressuscité (c’est un passif, non un actif) par son Père afin que tous les perdus de la terre avec qui il fait corps dans sa Passion soient sauvés avec lui dans la force de l’Esprit.

L’ultime tentation du Christ n’a donc rien à voir avec celle de l’amour humain, comme l’ont cru avec romantisme Nikos Kazantzakis ou Dan Brown ! Ce n’est pas la possibilité d’une aventure supposée avec Marie-Madeleine qui déchire le cœur du crucifié, mais bien le combat spirituel contre le mal désigné par trois fois comme la volonté de se sauver soi-même.

 

Et nous ?

Réfléchissez bien : quand êtes-vous exposé à cette petite voix de l’auto-rédemption : « sauve-toi toi-même » ?

Quand êtes-vous tenté de réussir tout seul, sans l’aide des autres, sans l’aide de Dieu ?

Que veut dire pour vous : compter sur Dieu, et non sur vos seules forces ?

 



[1]. Rappelons que, justement, Marc ne détaille pas ces tentations au désert (Mc 1,13), sans doute en cela au plus près de l’évènement. C’est sur la Croix que se manifeste selon lui le vrai pouvoir du tentateur, par ces trois suggestions d’auto-rédemption.

 

 

1ère lecture : « Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël » (2 S 5, 1-3)

Lecture du deuxième livre de Samuel

En ces jours-là, toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Vois ! Nous sommes de tes os et de ta chair. Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, c’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais, et le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le berger d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.’ » Ainsi, tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël.

Psaume : Ps 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6

R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur.

(cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment ! »

2ème lecture : « Dieu nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (Col 1, 12-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.

 Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.

 Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

Evangile : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23, 35-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père.
Alléluia. (cf. Mc 11, 9b.10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »  Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »  Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Patrick BRAUD

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29 octobre 2016

Toussaint : un avenir urbain et unitaire

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Toussaint : un avenir urbain et unitaire

Homélie pour la fête de Toussaint / Année C
01/11/2016

Cf. également :

Toussaint alluvionnaire

Les cimetières de la Toussaint 

Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église… 

Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas 

Toussaint : le bonheur illucide 

 

Chaque année, pour cette fête de Toussaint, nous lisons la grandiose vision de saint Jean dans son Apocalypse, où notre avenir commun est évoqué à grand renfort d’images spectaculaires. La figure de la ville y est centrale : l’humanité ne sera pas rassemblée dans un jardin, mais dans une ville, la Jérusalem céleste, selon le langage imagé de saint Jean. Pas question de « jardin des délices », d’un Éden retrouvé, ou même des descriptions très rurales du Coran. L’histoire humaine ne revient pas à son origine, mais va vers sa plénitude, fort différente du début.

 

La cité ultime

La plupart des religions païennes prônent ce que Mircea Éliade appelle le « mythe de l’éternel retour ». Le rôle de la religion serait de rétablir l’ordre des origines, en se plaçant symboliquement en ce temps-là (in illo tempore), grâce à des sacrifices d’animaux ou humains. L’islam intégriste défend un semblable retour à la révélation soi-disant originelle (salaf = les ancêtres : le salafisme veut revenir à la parole du début, un peu à la manière du protestantisme au XVI° siècle). L’apôtre Jean – lui - nous indique un avenir radicalement différent de nos origines : non pas revenir au « jardin jadis perdu » (comme on le chantait autrefois), mais se rassembler dans une cité. Car la ville est le lieu de la promiscuité et de la proximité (positive ou négative), le lieu de l’échange, des commerces, de la rencontre, du mélange.

Orienter notre espérance de Toussaint en avant, vers un modèle de vie urbain et non en arrière, vers le jardin d’Éden, a des conséquences. C’est l’action de l’Esprit qui est en jeu : l’Esprit renouvelle la face de la Terre ; il fait toutes choses nouvelles ; il introduit la nouveauté de Dieu au milieu des hommes ; il inspire des solutions nouvelles aux questions nouvelles que ni la Torah ni Jésus n’avaient pu envisager. Le péché contre l’Esprit est justement de vouloir arrêter cette interprétation toujours en marche, de chercher à immobiliser la foi et les pratiques, de nourrir la nostalgie d’un âge d’or qui n’a en réalité jamais existé.

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Un avenir unitaire

La foule de la fin des temps que Jean décrit par sa vision est multiculturelle, « de toutes nations, tribus, peuples et langues ». « Une foule que nul ne peut dénombrer ».

L’espérance chrétienne n’abolit donc pas les différences qui actuellement nous distinguent, voire nous séparent. Pas besoin de renoncer à son identité, nationale, ethnique ou linguistique pour entrer dans la ville eschatologique. Dieu lui-même ne veut pas effacer ce qui a constitué le génie de chaque peuple. Il assume ce que chaque culture contient de « germes de vérité », de « semences du Verbe », de « préparation évangélique ».

Voilà une bonne nouvelle : marcher vers notre avenir ne signifie pas unir le monde sous une seule bannière (ce dont rêve l’islam, pas le judaïsme). Mais plutôt inventer des lieux de rencontre et d’échange où toutes les nations pourront découvrir et anticiper la communion qui les attend en plénitude en Dieu.

Avec une nuance toutefois : tous se tiendront debout (symbole de résurrection) vêtus de robes blanches. Comme la blouse des écoliers de l’après-guerre, cette robe blanche de la Résurrection remet tous les hommes à égalité : pas de privilèges réservés aux riches ou aux gens bien-nés, pas de discrimination ni de minorités, mais une commune appartenance au peuple sauvé dans le sang du Christ. C’est d’ailleurs l’étrange image que développe Jean : laver ces robes blanches et les blanchir « par le sang de l’Agneau » ! C’est évidemment le baptême, participation à la Passion-Résurrection du Christ, qui est visé par Jean.

Est-ce à dire que seuls les baptisés entreraient dans la cité ultime ? L’Église a cru autrefois devoir baptiser à tour de bras pour sauver des peuples entiers de l’enfer. Certains fondamentalistes chrétiens le croient encore. Mais l’Apocalypse ne dit pas que ces foules sont chrétiennes : le texte dit seulement que la Passion du Christ a finalement obtenu le salut pour tous ceux qui sont rassemblés ici. La preuve : tous portent cette robe blanche désormais, qu’ils ne portaient pas dans leur vie terrestre. Le baptême et la foi ne sont pas des passeports pour la vie future. Bien des êtres humains y participeront sans avoir connu Dieu ou le Christ ni même cru en eux ! Le baptême est la joie de savoir par qui chacun est aimé et sauvé. La fois est la chance de mieux connaître celui qui nous ouvre cet avenir. Ce n’est en aucun cas exclusif des non-chrétiens.

Le concile Vatican II a dû réaffirmer ce principe essentiel du salut chrétien offert à tous :

« En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel. À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. »
(Lumen Gentium n° 16)

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Portiers du Paradis

Dans sa vision apocalyptique, Jean mentionne les accès à la Jérusalem céleste. On y entre par 12 portes, comme sont 12 les tribus d’Israël et les apôtres. Donc Israël et l’Église jouent un rôle de rassemblement de cette humanité future. Juifs et chrétiens sont des portes qui doivent ouvrir à toute humanité l’unité divine qui caractérise la nouvelle Jérusalem, « ville où tout ensemble fait corps » comme le chantent les psaumes. Avec humilité (les portes ne sont pas le cœur de la cité) et générosité (laisser passer toute la foule appelée à entrer), juifs et chrétiens ont cette mission commune de préfigurer une humanité réconciliée. Chaque fois qu’ils contredisent cette vocation (et hélas c’est arrivé souvent et cela continue !), ils sont infidèles à leur rôle de portiers du paradis.

Célébrons donc la Toussaint sans nostalgie, tournés vers l’avenir qui nous est promis : une humanité réconciliée, rassemblée en Dieu, vivant de sa communion d’amour trinitaire. Travaillons à ce que cette vision d’avenir transforme notre présent en ce sens, dès aujourd’hui.

 

 

 1ère lecture : « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

Psaume : Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent,
qui cherchent la face de Dieu de Jacob !

2ème lecture : « Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)

 Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,
dit le Seigneur, et moi, je vous procurerai le repos. Alléluia. (Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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