L'homelie du dimanche

16 juin 2019

Bénir en tout temps en tout lieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 42 min

Bénir en tout temps en tout lieu

 

Homélie pour la fête du Saint Sacrement, Corps et sang du Christ / Année C
23/06/2019

Cf. également :

Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

 

La bénédiction, moteur de l’action juive et chrétienne

Dans l’évangile de ce dimanche (Lc 9, 11b-17), Jésus accomplit le geste à la fois liturgique et familial de la bénédiction avant le repas : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit… ».

Bénir en tout temps en tout lieu dans Communauté spirituelleUne légende juive illustre le pouvoir qu’induit la bénédiction (berakah en hébreu) sur le monde [1]. Elle raconte qu’au moment de la création du monde, les 22 lettres de l’alphabet hébreu vinrent une à une supplier l’Éternel de créer l’univers par elles.

Après que les revendications de toutes ces lettres eurent été rejetées s’approcha du Saint – Béni soit-Il – la lettre Bet (B) qui Lui fit cette prière : « Seigneur de l’univers ! Crée le monde, je T’en prie, par moi – pour que tous les habitants du monde puissent Te louer chaque jour par moi, comme il est dit : Béni soit le Seigneur chaque jour à jamais. Amen. Amen ! Le Saint, Béni soit-Il, accueillit aussitôt la demande de Bet, et il dit : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur ». Et il créa le monde au moyen de Bet, comme il est écrit : « Bereshit Dieu créa le ciel et la terre ». Une seule lettre s’était abstenue de faire des revendications : c’était la lettre ’Alef (A), la petite. Dieu l’en récompensa plus tard : il la plaça en tête du Décalogue.

Le sens de cette parabole de l’alphabet est clair : le monde a été créé par Bet parce que c’est l’initiale du mot berakah (bénédiction). Une façon de dire que le monde s’appuie sur la berakah : elle révèle l’identité du monde, et en entrouvre le sens à celui-là seul qui sait la prononcer. C’est pourquoi la tradition juive enjoint de prononcer une bénédiction en présence de toute réalité. Bénir Dieu traduit alors une connaissance fondamentale, un savoir radical, qui est le fondement et la condition épistémologique (epi-steme : un savoir au-dessus) des autres savoirs sur le monde et sur l’homme. C’est en quelque sorte la condition de possibilité de l’exploration humaine de l’univers, par l’intelligence et la pensée. Einstein s’en faisait l’écho lorsqu’il déclarait : « ce qui m’étonne, c’est que le monde soit intelligible ». La bénédiction célèbre la cohérence interne du créé, porté par l’amour de Dieu. « Sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques – écrivait encore Einstein – sans la croyance en l’harmonie interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science. Cette croyance est et restera toujours le motif fondamental de toute création scientifique » [2].

 

Bénir Dieu, en tout temps et en tout lieu.

Le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme nous rappelle que l’idéal du juif pieux est de réciter chaque jour 100 bénédictions… ! « Il est interdit de goûter quoi que ce soit avant de faire une bénédiction », dit le Talmud (Ber 35a). Pour se rendre compte de l’importance de cette pratique dans la vie quotidienne, il faut lire ce que le Talmud prescrit de réciter, depuis le lever du matin jusqu’au coucher du soir, en passant par toute la journée, et aussi en cas d’événements particuliers comme la maladie, le voyage ou la mort….

SAJ38-03 bénédiction dans Communauté spirituelleAinsi par exemple, avant de manger du pain, le fidèle doit dire : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi de l’univers, qui fais germer le pain de la terre » ;

avant de boire du vin : « Béni sois-tu… qui crées le fruit de la vigne »;
en regardant des épis de blé : « Béni sois-tu… qui crées la nourriture de la terre »;
quand on se parfume : « Béni sois-tu… qui crées les herbes parfumées »;
à l’approche du shabbat : « Béni sois-tu… qui nous as fait don du shabbat »;
en lisant la Torah : « Béni sois-tu… qui nous sanctifies par tes préceptes »;
en contemplant les collines, les montagnes et les fleuves : « Béni sois-tu… qui accomplis l’œuvre de la création »;
en découvrant l’océan : « Béni sois-tu,… toi qui as fait le grand océan »;
en construisant une nouvelle maison ou en en achetant le mobilier : « Béni sois-tu… lui nous as fait subsister et nous as fait arriver à ce moment »;
en revoyant un ami après trente jours : « Béni sois-tu… qui nous as gardés en vie et fait arriver jusqu’à ce jour »;
lorsqu’on rencontre un singe, un éléphant ou une chouette : « Béni sois-tu… qui rends les créatures si variées » etc…

Il existe même une bénédiction récitée à l’occasion des besoins physiologiques quand on va aux toilettes, et qui fait partie du Siddour (Livre de prières) : « Béni sois-tu… toi qui as formé l’homme avec sagesse et as créé en lui des orifices et des cavités. Il est bien évident devant ton trône glorieux que si l’un d’entre eux s’ouvrait ou se fermait, nul ne pourrait subsister et exister devant toi. Béni sois-tu, médecin de tout être créé, qui opères des prodiges ».

C’est justement parce que les bénédictions occupent, dans la tradition juive, une place si importante que leur est consacré le premier des trente (et plus) volumes du Talmud, tant babylonien que palestinien, les deux recueils de la science juive encyclopédique, rédigés aux environs des Vème et VIème siècles de l’ère chrétienne.

Cette coutume de réciter les bénédictions ne remonte pas seulement à un passé lointain, elle est encore vivante et bien actuelle, même chez bon nombre d’intellectuels. On raconte que S. Agnon (1888-1970), à l’annonce qu’il allait recevoir le prix Nobel, en 1966, a récité la bénédiction que voici : « Béni sois-tu… toi qui es bon et qui fais le bien »; et que, à la vue du roi de Suède, à l’occasion de la remise du prix, il prononça cette autre bénédiction : « Béni sois-tu… toi qui rends les mortels participants de ta gloire ». On raconte également qu’à l’École rabbinique de Paris, un orage ayant éclaté au moment où il donnait son cours, le professeur abandonna précipitamment sa chaise et s’approcha de la fenêtre pour réciter cette bénédiction : « Béni sois-tu… toi dont la force et la puissance remplissent la création » [3].

 

Genou

toddler girl sleeping on planeLe terme hébraïque de bénédiction (berakah) provient de la même racine que le terme bèrekh (genou), car le geste de plier le genou accompagnait la prière, les remerciements et les louanges adressées à Dieu (Is 45,23 : devant moi tout genou fléchira (// Rm 14,11); Ps 95,6 : à genoux devant YHWH qui nous a faits; Dn 6,11; 2 Ch 6,13… Cf. Mc 15,19 et l’hommage des mages; Lc 5,8 : Pierre aux genoux de Jésus; Lc 22,41 : fléchissant les genoux, il priait en disant…; Ac 7,60; 9,40; 20,36; 21,5; Rm 11,4; Ep 3,14; He 12,12…). En ce sens, la berakah rejoint l’étymologie grecque d’eu-logia , et celle latine de bene-dictio : il s’agit, en ployant les genoux devant Dieu, de lui rendre toute gloire en disant du bien de lui, en proclamant tout le bien qu’il fait pour l’homme.

La racine hébraïque : ‘tenir sur ses genoux’ est l’expression corporelle traduisant la bénédiction. Bénir quelqu’un signifie lui exprimer, quasi-physiquement, la tendresse de Dieu pour lui, comme une mère chérit son nouveau-né sur ses genoux (Gn 30,3; 50,23), selon la promesse transmise par Isaïe : « Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux » (Is 66,12).

 

Nappe d’eau

Sans-titre2 eucharistieBerekah veut également dire ‘nappe d’eau’, près de laquelle on s’agenouille pour boire. La bénédiction est un don, et l’expression et la reconnaissance de ce don par la parole. On peut faire ici une distinction entre bénédiction et action de grâces : on bénit Dieu pour lui-même, pour ce qu’il est, de même que Dieu le premier bénit l’œuvre de sa création (Cf. le leitmotiv de Gn 1 : et Dieu vit que cela était bon… Gn 1,22.28 : Dieu les bénit…); alors qu’on rend grâces à Dieu pour tel don bien précis reçu de lui (ex : le pharisien en Lc 18,11 : je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes…). Le bien qu’apporte la bénédiction n’est pas un objet précis, un don défini, parce qu’il n’est pas de l’ordre de l’avoir, mais de celui de l’être. Bénir, c’est dire le don créateur et vivifiant. Le terme le plus proche en français serait peut-être celui de louange, qui connote bien une notion de gratuité et de désintéressement : on loue Dieu pour lui-même.

La bénédiction, remontant du particulier au Dieu créateur, prend toujours une dimension universelle, tandis que l’action de grâces part d’un événement historique, ponctuel et précis, même si elle s’ouvre à l’infini de Dieu à partir de cet événement.

Les doxologies du Psautier représentent une forme développée de la bénédiction [4] : chacun des cinq livres du Psautier se termine par un tel cri de louange. Le livre I se termine par (Ps 41,13) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, depuis toujours et à jamais (litt : depuis le monde jusqu’au monde). Amen ! Amen ! » Le livre II par (Ps 72,18-19) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, qui seul fait des merveilles. Et béni soit à jamais son nom glorieux, que sa gloire remplisse toute la terre ! Amen ! Amen ! » Le livre III par (Ps 89,52) : « Béni soit le Seigneur à jamais ! Amen ! Amen ! » Le livre IV par (Ps 106, 49) : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël depuis toujours jusqu’à toujours ! Et tout le peuple dira : Amen, célébrez YHWH ! » Le livre V par le Ps 150, magnifique doxologie finale où culmine tout le mouvement de louange du Psautier.

Bénir des objets ?

51zeAR6DESL._SX331_BO1,204,203,200_ grâceCette bénédiction n’a rien de magique, contrairement aux invocations païennes sur les objets pour les ‘protéger’ des maléfices ou pour en faire une sorte de talisman. D’ailleurs, en rigueur de termes, c’est toujours quelqu’un et non quelque chose qui est béni.. La bénédiction s’adresse d’abord à Dieu, et ce, non pas pour qu’il envoie sa grâce sur nous ou sur nos biens, mais pour nous référer à lui-même comme la source de la vie et de l’amour, dans une perspective foncièrement désintéressée (Cf. Dn 3, 24-90 : la louange des trois enfants dans la fournaise). La formule la plus classique par laquelle commencent toutes les berakhot est : ‘Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’univers…’. Rien à voir donc avec une formule magique qui conférerait un pouvoir à des objets. On peut cependant remarquer que l’action de bénir a pour complément d’objet, sinon des choses, du moins des hommes (et Dieu en premier, mais au passif : béni sois-tu). En Gn 32, 26, Jacob implore cette bénédiction : « je ne te laisserai pas aller que tu ne m’aies béni ». La bénédiction paternelle accordée pour l’héritage ou le voyage des enfants s’applique de même à ceux qui sont l’objet de la sollicitude familiale.

L’habitude chrétienne de bénir des objets doit donc sérieusement se purifier en retrouvant la source de la berakah juive : Dieu le premier est béni, il nous bénit lui-même, et permet ainsi à l’homme de jouir de toutes les réalités créées, à l’intérieur de la relation d’Alliance et comme une réponse à cette Alliance, comme des signes de la tendresse et de l’amour de Dieu à notre égard.

 saint sacrementLe Livre des Bénédictions de l’Église catholique, traduit en français en 1988, en garde la trace. Il est divisé en 6 grands chapitres, qui commencent, fort heureusement, par les bénédictions concernant directement les personnes, puis celles concernant les bâtiments et autres ouvrages; viennent ensuite celles concernant les objets du culte et les objets de dévotion populaire; puis celles liées aux fêtes et aux saisons, et enfin celles pour des nécessités et occasions diverses. Dans ce Livre des Bénédictions, l’Église met en garde contre des pratiques purement mécaniques dont on ne donnerait pas oralement l’interprétation : ‘Les signes extérieurs de bénédiction, et particulièrement le signe de la croix, sont eux-mêmes des manières de prêcher l’Évangile et d’exprimer la foi; mais afin d’assurer une participation active à la célébration et d’éviter tout danger de superstition, il n’est pas permis ordinairement de bénir quelque chose et ou quelque lieu que ce soit par le signe seul de la bénédiction, sans l’accompagner en même temps de la Parole de Dieu ou de quelque prière’ .

Le danger de s’attacher à des détails sans importance est un problème constant de la religion. Le fait que les Grecs aient appelé ‘phylactères’ (amulettes) les tefillin des juifs montre, par exemple, que certaines personnes (des Gentils peut-être) attribuaient une puissance particulière à ces étuis contenant des textes sacrés. S’il est extrêmement important de répondre au besoin qu’ont les êtres humains de symboles et de gestes, les responsables de communautés religieuses doivent constamment veiller contre la tendance, chez le peuple, à attribuer une puissance particulière aux signes extérieurs eux-mêmes. Tout comme le bon roi Ezéchias dut détruire le serpent de bronze Nehushtan qu’avait fait Moïse (2 R 18,4; cf. Nb 21,9), les responsables religieux doivent, à chaque génération, purifier la foi de leurs communautés. « Les richesses de cette tradition biblique intégrées dans les cérémonies et rituels de ce Livre des Bénédictions devraient amener les fidèles catholiques à reconnaître toujours davantage l’amour et l’action de Dieu dans leur vie. » [5]

La bénédiction sacerdotale de Nb 6, 24-26 toujours en vigueur exprime cela mieux que toute autre : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde; que le Seigneur fasse luire sa face sur vous et vous soit favorable; que le Seigneur fasse lever sur vous son visage et vous apporte la paix ! »

 

Une vie eucharistique

La bénédiction que Jésus fait sur le pain et le vin en ce dimanche du Saint Sacrement peut devenir la nôtre : bénir, dire du bien en tout temps en tout lieu, de Dieu, de la Création, de nos proches, de nos collègues… Voilà une existence authentiquement eucharistique !

 


[1]. Cf. DI SANTE C., Le sens de la berakha juive, in SIDIC XXVI/1, 1993, pp 42-45.
[2]. EINSTEIN A. / INFELD L., L’évolution des idées en physique, Flammarion, coll. Champs n° 119, Paris, 1983, p. 276.
[3]. Cf. DI SANTE C., op. cit., pp. 11-12.
[4]. Cf. LOEWE H., Le concept juif de bénédiction, in SIDIC XXVI/1, 1993, 2-10.
[5]. FRIZZELL L.E., Réflexions sur le nouveau Livre Catholique des Bénédictions, in SIDIC XXVI/1, 1993, 18.

 

Lectures de la messe

Première lecture
Melkisédek offre le pain et le vin (Gn 14, 18-20)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il bénit Abram en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Psaume

(Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4)
R/ Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melkisédek.
(cf. Ps 109, 4)

Oracle du Seigneur à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

De Sion, le Seigneur te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

Le Seigneur l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

Deuxième lecture
« Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Séquence

Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants.
Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer.
Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges.
Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères.
Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs !
C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution.
À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne.
L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit.
Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui.
Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut.
C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.
Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.
L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.
Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.
On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier.
Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.
Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort.
Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent !
Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout.
Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué.

* Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.
D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.
Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants.
Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

Évangile
« Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés » (Lc 9, 11b-17)
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu, et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.
Patrick BRAUD

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28 mai 2018

Les deux épiclèses eucharistiques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les deux épiclèses eucharistiques


Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année B
03/06/2018

Cf. également :

Les trois blancheurs
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédek
 

- « Elle était bien, votre messe, M. l’Abbé ! »
Le paroissien enthousiaste croit faire plaisir au prêtre qui présidait l’eucharistie de dimanche.
Une autre paroissienne renchérit :
- « J’aime bien quand c’est vous qui célébrez. »
La mine renfrognée, le prêtre se dit qu’il est temps de se lancer dans une catéchèse solide  sur l’eucharistie… Car qui célèbre, sinon l’Église tout entière ? Qui consacre, sinon l’Esprit Saint lui-même ? Qui fait l’eucharistie sinon l’Église !

Alors, en cette fête du Saint-Sacrement, dite également du Corps et du Sang du Christ, reprenons quelques éléments théologiques fondamentaux sur l’eucharistie.

 

La théologie des trois corps

Où est le corps du Christ ?
Nous en avons perdu l’habitude, mais le Moyen Âge avait popularisé une très belle conception du corps du Christ appelé théologie des trois corps.

Les deux épiclèses eucharistiques dans Communauté spirituelle 119299804_oEn effet, il y a d’abord le corps personnel de Jésus ressuscité.

Celui avec lequel il a été élevé dans la gloire du père. Ce corps glorieux, ou spirituel, est ajusté au monde de la Résurrection. Il est à la fois radicalement nouveau (les apôtres ne le reconnaissent pas tout de suite) et fidèlement hérité de sa vie humaine (cf. les traces des clous qu’exige de voir Thomas). Ce corps-là du Christ ressuscité est absent, invisible. Il échappe à notre espace-temps car il appartient au monde nouveau à venir.

Il y a ensuite le corps ecclésial du Christ.

« Vous êtes le corps du Christ » ne cesse de répéter Saint-Paul, plaçant le Christ à la Tête de cet organisme vivant dont nous sommes membres les uns des autres, reliés par le lien de la paix et de la charité dans l’Esprit. Ce corps ecclésial a pour vocation d’être uni au Christ-Tête pour rayonner de son amour à travers le monde.

Il y a enfin le corps sacramentel du Christ, sous les espèces eucharistiques du pain et du vin. C’est ce corps que nous fêtons aujourd’hui. Notons au passage qu’au Moyen Âge, on appelait corps vrai le corps ecclésial, et corps mystique le corps eucharistique. Puis, sous l’influence de crises successives contestant la transformation eucharistique, on a (malheureusement) inversé les deux termes.

On peut par exemple lire chez Guillaume de St Thierry (XI°-XII° siècles) :

Chaque fois que le prudent lecteur trouvera dans les livres quelque chose concernant la chair ou le corps du Dieu Jésus, qu’il ait recours à cette triple définition de sa chair ou de son corps, telle que je ne l’ai pas trouvée dans ma présomption ni forgée par mon sens propre, mais telle que je l’ai tirée des sentences des Pères…
Il faut en effet se représenter autrement cette chair ou ce corps qui pendit au bois et est sacrifié sur l’autel, – autrement sa chair ou son corps qui est Vie demeurant en celui qui l’a mangé, – autrement enfin sa chair ou son corps, qui est l’Église : car l’Église est dite la chair du Christ…  […]
Car le corps du Christ pour autant qu’il est en lui, se livre à tous en nourriture de vie éternelle, et il fait que ceux qui le reçoivent fidèlement vivent en unité avec lui, et par l’amour spirituel et par le partage de sa propre nature, à lui qui est la Tête du Corps de l’Église [1].

L’eucharistie sym-bolise, c’est-à-dire met ensemble, réunit les deux autres corps du Christ, personnel et ecclésial, de façon à ce que le Christ soit réellement présent en plénitude dans notre humanité sans quitter pour autant sa divinité.

On peut voir une trace de ce travail sacramentel de l’eucharistie dans les deux épiclèses  des prières eucharistiques. On appelle épiclèse une invocation de l’Esprit au-dessus de personnes ou d’objets. Or, écoutez bien : il y a deux épiclèses dans les prières eucharistiques (sauf le canon romain, la Prière eucharistique n° 1, qui illustre ainsi le déficit d’importance accordée à l’Esprit en Occident pendant des siècles).

La 1° épiclèse est faite sur le pain et le vin : « Dieu notre Père, nous te prions : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur » (Prière Eucharistique n° 2).

La 2°est faite sur l’assemblée (sur l’ekklèsia = l’Église) : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps » (PE n° 2).

On a donc la structure suivante pour les prières eucharistiques, où se joue liturgiquement l’union du Christ et de son Église :

a) 1° épiclèse sur les dons (épiclèse consécratoire)

b) récit de l’Institution (+ anamnèse)

c) 2° épiclèse, sur l’assemblée – ekklèsia (épiclèse de communion)

d) intercession-supplication dans la communion de toute l’Église, du ciel et de la terre.

On pourrait faire une lecture ecclésiologique de cette structure fondamentale, en se souvenant de la théologie des trois corps qui présidait à la compréhension de l’Église.

3 corps 2 épiclèses

d) intercession

a) La première épiclèse invoque l’Esprit pour sanctifier les dons, le pain et le vin, « afin que le Christ Jésus réalise au milieu de nous la présence de son corps et de son sang ». Le repas va « prendre corps », grâce à l’Esprit, afin que l’offrande de Jésus, son unique sacrifice accompli une fois pour toutes, continue de s’actualiser dans et par son Église, l’ekklèsia localement rassemblée. En rigueur de termes, c’est donc l’Esprit-Saint qui est l’acteur principal de la transformation des espèces eucharistiques. Le lien Église-Esprit est ici évident, et le sera encore plus en c), soulignant la dimension épiclétique de l’assemblée qu’est l’Église.

messegif-5cd5cd1 corps dans Communauté spirituelle

b) le récit de l’Institution est bâti comme une sorte de contraction et d’arrangement des quatre textes principaux (Mt, Mc, Lc, 1Co). Il fait donc partie intégrante de la PE. Impossible d’être chrétien sans cet ancrage historique.

c) la deuxième épiclèse a une portée ecclésiologique capitale. L’Église invoque le Christ pour qu’elle devienne une seule offrande avec le Christ. Elle désire être envahie par l’Esprit, afin de se laisser entraîner dans l’offrande sacrificielle de son Sauveur, dans la communion avec le Père. L’Église, par la puissance de l’Esprit, devient une seule offrande, dans le Christ, à la louange de la gloire du Père. C’est l’enlacement symbolique du Christ et de l’Église qui s’effectue ainsi dans l’eucharistie, selon la si belle formule de St Augustin: « soyez ce que vous voyez, recevez ce que vous êtes ». C’est l’Esprit qui fait de l’Église le corps ecclésial du Christ, « rassemblée par l’Esprit-Saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire » (PE 4). On ne peut donc séparer le corps eucharistique du corps ecclésial : celui-ci est fait pour celui-là, celui-là devient lui-même grâce à celui-ci. Les conséquences, notamment pour le culte de l’eucharistie en-dehors de la messe, sont énormes : toute césure entre l’eucharistie et l’Église serait « meurtrière », pour reprendre l’expression du Père de Lubac.

19237_apercu Eglise

 Qui consacre, qui célèbre ?

L’épiclèse souligne avec une précision superbe l’humilité du ministère sacerdotal. Parfois on dit que le prêtre consacre. En rigueur de termes, l’affirmation ne tient pas. L’épiclèse révèle en tout cas très exactement ce que fait le prêtre : il dit la prière par laquelle la communauté célébrante demande au Père d’envoyer son Esprit Saint sur le pain et sur le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang de Jésus.

La Prière eucharistique III dit explicitement : « Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons. Sanctifie-les par ton Esprit pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils. » C’est donc le Père qui consacre par son Esprit. Il revient au prêtre de dire la prière, au nom de la communauté, pour qu’il en soit ainsi.

Pie XII, citant Bellarmin dans Mediator Dei (20/11/1947), redit la foi commune de l’Église depuis les origines : « le sacrifice est offert principalement dans la personne du Christ. C’est pourquoi l’offrande qui suit la consécration atteste en quelque sorte que toute l’Église consent à l’oblation faite par le Christ et offre avec Lui ». L’hésitation de la Prière eucharistique n° 1 (« nous t’offrons pour eux, ou ils t’offrent pour eux-mêmes ») est la trace de cette conviction, malgré la survalorisation sacrificielle du rôle du prêtre.

D’ailleurs, le « nous » de la PE n’est pas un pluriel de majesté : même s’il est seul ministre ordonné, le prêtre dit « nous » pour exprimer qu’il dit la prière de l’Église, au nom de l’Église et avec elle. Encore une fois; répétons que tous célèbrent, mais pas de la même manière. Le Catéchisme de l’Église catholique est là-dessus très clair : « La liturgie est ‘action’ du ‘Christ tout entier’ (Christus totus). Ceux qui dès maintenant la célèbrent au-delà des signes sont déjà dans la liturgie céleste, là où la célébration est totalement communion et Fête. » (CEC n° 1136, question : Qui célèbre ?)

Les numéros suivants développent l’argumentation, qui est eschatologique : parce que la liturgie anticipe la louange finale, tous y sont associés, et tous célèbrent.

« C’est à cette liturgie éternelle que l’Esprit et l’Église nous font participer lorsque nous célébrons le mystère du salut dans les sacrements. C’est toute la Communauté, le Corps du Christ uni à son Chef (Caput = sa Tête) qui célèbre. ‘Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est le ‘sacrement de l’unité’, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent; mais elles atteignent chacun de ses membres, de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions et de la participation effective’ (SC 26).

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C’est pourquoi aussi ‘chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration commune, avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée’ (SC 27).

L’assemblée qui célèbre est la communauté des baptisés qui, ‘par la régénération et l’onction de l’Esprit Saint, sont consacrés pour être une maison spirituelle et un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels’ (LG 10).

Ce ‘sacerdoce commun’ est celui du Christ, unique Prêtre, participé par tous ses membres. » (CEC nos 1139-1141)

« Ainsi, dans la célébration des sacrements, c’est toute l’assemblée qui est ‘liturge’, chacun selon sa fonction, mais dans ‘l’unité de l’Esprit’ qui agit en tous. ‘Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques’ (SC 28). » (CEC n° 1144)

Au Moyen-Âge, on affirmait avec audace: « Le prêtre ne sacrifie pas seul, ne consacre pas seul, mais toute l’assemblée des fidèles qui assistent consacre avec lui, sacrifie avec lui [2] ». Le Père Congar confirme : « Toute l’assemblée liturgique est célébrante et consacrante. » Et il ajoute : « Mais ce serait une erreur ecclésiologique et une hérésie liturgique de faire dire les paroles de la consécration par toute l’assemblée. Elle a son président, qui y fonctionne comme président. Et cependant elle est tout entière sacerdotale et célébrante [3]. »

Fêtons donc le Saint Sacrement, en ne séparant pas l’eucharistie de l’Eglise, en nous impliquant dans chaque messe en tant que concélébrants, grâce au prêtre qui préside…

 

 


[1]. Guillaume de Saint-Thierry, Sur le sacrement de l’Autel, ch. 12 (P. L. 180, 361-362) in Catholicisme, Les aspects sociaux du dogme, Œuvres complètes VII, pp. 345-346, tr. fr. Henri de Lubac, Cerf, Paris, 2003.

[2]. Attribué à Guerric d’Igny, Sermo 5,15; PL 185,87 AB : cité par CONGAR Y., Vatican II, Cerf, coll. Unam Sanctam 66, Paris, 1967, p. 252.

[3]. CONGAR Y., Le Concile de Vatican II, Cerf, coll. Théologie Historique 71, Paris, 1984, p. 113.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

PSAUME
(Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20)
R/ Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! (Ps 147, 12a)

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

DEUXIÈME LECTURE
« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1 Co 10, 16-17)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

SÉQUENCE
Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs ! C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. * Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères. Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

ÉVANGILE
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)
Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.

Alléluia. (Jn 6, 51.58)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
 En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs :  « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »  Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »  Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.  De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.  Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD

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25 mai 2016

Comme une ancre jetée dans les cieux

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Comme une ancre jetée dans les cieux

Cf. également :

Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite

De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ? 

Donnez-leur vous mêmes à manger

Impossibilités et raretés eucharistiques

Je suis ce que je mange

L’eucharistie selon Melchisédek

 

Homélie pour la fête du Saint Sacrement, Corps et sang du Christ / Année C
29/05/2016

 

Jusqu’à ce qu’il vienne

La Fête-Dieu remplissait autrefois la mémoire des gamins de souvenirs parfumés et colorés. Les processions en quasi robe de mariée des communiantes, les pétales de roses jetés sous les pas du porteur du Saint-Sacrement, l’encens, l’ostensoir étincelant… La vitesse à laquelle se sont évaporées ces processions majestueuses après-guerre laisse songeur : l’Église s’était installée dans un triomphe eucharistique supposé éternel. La discrétion actuelle des célébrations de la fête du Saint-Sacrement en France et en Occident montre que nous sommes revenus à une position sociale plus humble, faiblesse numérique oblige. Sommes-nous pour autant à l’abri de retours triomphalistes où l’Église se servirait de l’eucharistie pour affirmer une domination sociale d’un autre âge ?

En fait, il existe une tension constitutive de l’eucharistie : tension entre le présent et l’avenir, entre le déjà-là et le pas-encore, entre le temps de l’engagement social et la « fin des temps » de l’homme. Saint Paul l’exprime dans notre deuxième lecture : « chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1Co 11, 23-26).

Les verbes sont au présent : prenez, mangez, buvez, sauf l’ouverture de la fin du texte : jusqu’à ce qu’il vienne.

Interrogez les pratiquants du dimanche. Combien vous diraient qu’ils attendent la venue du Christ à la fin des temps ? Combien vous parleraient de l’eucharistie comme d’une nourriture pour marcher et tenir debout « jusqu’à ce qu’il vienne » ?

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L’eucharistie, entre histoire et eschatologie

L’eucharistie relève donc d’un double engagement : transformer le présent pour qu’il reflète les valeurs célébrées dans l’eucharistie (vie livrée, pardon offert, communion fraternelle…), et relativiser ce même présent au nom de la venue du Christ qui dépasse – et de loin – le couronnement de nos efforts humains.

- L’histoire peut absorber l’eschatologie

C’est la grande tentation de l’Église à partir de Constantin (IV° siècle) : installer le règne de Dieu sur terre, prendre le pouvoir pour soi-disant gouverner le monde selon les principes évangéliques. En oubliant que le royaume de Dieu n’est pas de ce monde…

Afficher l'image d'origineLa théorie dite « des deux glaives » en Occident donnait au pape un pouvoir supérieur à celui des empereurs (cf. Henri IV à Canossa !) Le symbole de l’aigle bicéphale illustrait en Orient la théorie dite de « la symphonie des pouvoirs », masquant mal une collusion entre l’Église orthodoxe et les pouvoirs en place, quels qu’ils soient (du tsar à Poutine en passant par les tyrans communistes…).

Communier était alors, à l’Est comme à l’Ouest, un geste d’appartenance sociale, et donc de lutte contre les clans opposés.

Après 1945, les catholiques sociaux ont voulu purifier cet enracinement trop politique de l’Église, et se sont engagés dans la transformation sociale. L’époque était à la reconstruction après la guerre : l’Action catholique, les syndicats chrétiens, le patronat chrétien, la Démocratie chrétienne (toujours majoritaire au parlement européen) etc. L’Église a ainsi donné des milliers de militants aux corps intermédiaires, et forgé des générations entières dans le respect des valeurs fondamentales (la solidarité, l’altruisme, le respect de la personne etc.). Mais ces mêmes générations ont pris les valeurs sans adhérer aux fondements spirituels, si bien que les cohortes de militants qui faisaient notre fierté dans les années 50 prospèrent désormais dans des structures associatives, sociales ou politiques purement immanentes, c’est-à-dire sans aucune perspective sur l’orientation de l’histoire humaine, sans vision globale d’avenir. La redécouverte par les chrétiens du sérieux et de l’importance de la transformation du monde fait qu’on abandonne massivement le souci du ciel pour s’investir dans l’action sociale et politique. Mais, du coup, on n’ose plus rien dire sur l’au-delà, à tel point que certains croient même qu’ils n’ont plus rien à en dire…

- L’eschatologie peut absorber l’histoire

Afficher l'image d'origineLa tentation inverse a été très forte au XIX° siècle par exemple. Sous prétexte que la venue du Christ est la clé de voûte de l’histoire, on en déduisait un peu trop vite que l’engagement social était inutile parce que éphémère. Au lieu de chercher à transformer la condition des pauvres, il suffisait de les aider à attendre la venue du Christ, à supporter leur misère car ils auraient leur récompense dans l’au-delà. D’où des discours insupportables sur l’enfer, sur la résignation, sur la religion (et donc essentiellement la messe) comme fuite hors du temps.

Certains pseudo courants spirituels (et notamment chez les protestants) pratiquent toujours cette instrumentalisation de l’eucharistie pour détourner le regard du présent, en insistant sur la venue du Christ et l’urgence de se convertir, terrorisant ainsi ceux qui oseraient résister.

 

Mangez et buvez jusqu’à ce qu’il vienne

Afficher l'image d'origineS’il n’y a rien après la mort personnelle, la foi chrétienne est réduite à une morale de la fraternité et l’eucharistie n’est plus que la célébration de nos engagements militants.

Si la venue du Christ à la fin des temps est la seule perspective, alors communier relève d’une extase hors du temps, sidérés par l’événement grandiose, mais coupés de la réalisation de cette venue dès maintenant.

La réponse théorique et la plus construite à ce grand balancement entre deux extrêmes se trouve dans un document très fortement argumenté de la Commission théologique internationale en 1993. Voici quelques extraits, qui reprennent la dialectique évoquée précédemment :

On sait que le marxisme classique considère la religion comme « l’opium » du peuple puisque celle-ci, « élevant l’espérance de l’homme vers une vie future et trompeuse, la détourne de l’édification de la cité terrestre ». Une telle accusation manque de fondement objectif. À l’inverse, c’est le matérialisme qui prive l’homme de motivations véritables pour édifier le monde. Pourquoi faut-il lutter s’il n’y a rien à espérer après la vie terrestre ? « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (Is 22, 13). À l’inverse, en effet, il est certain que « l’espérance eschatologique ne diminue pas l’importance des engagements terrestres mais donne, au contraire, de nouveaux motifs pour soutenir leur accomplissement ».

Nous ne pouvons cependant exclure qu’il y ait eu un certain nombre de chrétiens qui, pensant beaucoup au monde futur, aient choisi une voie piétiste, abandonnant leurs devoirs sociaux. Cette manière de procéder doit être repoussée.

À l’opposé, il n’est pas plus permis, par un oubli du monde futur, de mettre en oeuvre une version purement « temporelle » du christianisme dans la vie personnelle ou dans l’exercice pastoral. La notion de libération « intégrale » proposée par le Magistère de l’Église conserve, dans le même temps, l’équilibre et la richesse des divers éléments du message évangélique. Aussi cette notion nous enseigne-t-elle la véritable attitude du chrétien et la manière correcte de l’action pastorale, en tant qu’elle indique qu’il faut mettre de côté et surmonter les oppositions fausses et inutiles entre la mission spirituelle et la diaconie pour le monde. Enfin, cette notion est l’expression véritable de la charité à l’égard de nos frères, parce qu’elle cherche à les libérer d’une manière absolue de tout esclavage et, en premier lieu, de l’esclavage du coeur. Si le chrétien se préoccupe de libérer les autres d’une manière intégrale, il ne pourra en aucune manière se renfermer en lui-même. » [1]

Les évêques de France en 1972, dans un contexte difficile d’affrontements politiques idéologiques entre chrétiens, ont rappelé avec force la signification eschatologique de l’Eucharistie pour l’Église :

« Quand l’eucharistie sera réalisée dans de telles communautés, par des adversaires, voire des ennemis, elle témoignera, à leurs propres yeux et aux yeux de tous, de l’unité essentielle et impossible. Certes, à transcender trop rapidement, pour communier ensemble, les oppositions et les irréductibilités de l’existence politique, on risque de donner l’impression de ne pas prendre au sérieux cette existence. Mais, à l’inverse, refuser de communier ensemble, c’est sous-estimer l’impact, ici et maintenant, sur l’existence politique, de la communion eucharistique pour renvoyer sa réalisation à la fin des temps. La célébration de l’unité engage à vouloir, et donc à chercher, sa réalisation sur le terrain politique. Mais le rassemblement plural qui la conditionne démontre qu’elle ne peut être attendue que d’une grâce qui n’est pas de la terre.

Ce serait une ignoble comédie de se désintéresser de l’avènement de ce que l’on célèbre symboliquement, mais ce serait une affreuse détresse de ne pouvoir jamais, entre militants opposés, affirmer ensemble à la face du monde, dans un moment de fête, qu’arrivera le terme final où les ennemis se mueront en compagnons, où les adversaires se reconnaîtront frères. » [2]

 

Comme une ancre jetée dans les cieux

L’expression vient de la lettre aux hébreux (He 6,19). Cette image exprime de manière juste le rapport au temps qui est en jeu dans l’eucharistie. L’ancre nous rappelle que nous ne sommes pas des navires à la dérive, ballottés comme des bouchons au sommet de flots contraires. Être ancrés en Christ signifie que nous tenons de lui la capacité d’être debout, de résister, de tenir bon jusqu’au bout. Et l’eucharistie ravive notre lien avec celui en qui notre désir de vivre est ancré.

Cette ancre nous vient de l’avenir, elle s’est fichée dans les cieux plus sûrement qu’un grappin sur la roche. Parce qu’en Christ, tout est accompli, parce qu’il viendra manifester la plénitude divine pour l’offrir à tous, au-delà de la mort, l’eucharistie devient pour nous « remède d’immortalité » (lettre d’Ignace aux Éphésiens, II° siècle).

L’ancre jetée dans les cieux était si parlante pour les premiers chrétiens qu’ils la gravaient ou la peignaient dans les catacombes romaines, où ils se réunissaient pour manger et boire, pour l’eucharistie, « jusqu’à ce qu’il vienne ».

stèle sépulcrale de Licinia Amias

Que l’Esprit du Christ nous apprenne nous aussi à jeter l’ancre, chaque fois que nous communions, une ancre qui nous relie solidement à l’autre rive.


[1]. Commission Théologique Internationale, Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie, DC 2069, 4/04/1993, 311.

[2]Pour une pratique chrétienne de la politique, Ass. Pleinière de l’épiscopat français, 1972, Centurion, p. 23.

 

 

 

1ère lecture : Melkisédek offre le pain et le vin (Gn 14, 18-20)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il bénit Abram en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Psaume : Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4

R/ Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melkisédek. (cf. Ps 109, 4)

Oracle du Seigneur à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

De Sion, le Seigneur te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

Le Seigneur l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

2ème lecture : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Séquence : ()  « Lauda Sion » (ad libitum)

Evangile : « Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés » (Lc 9, 11b-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ;
si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.
Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu, et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.
Patrick BRAUD

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