L'homelie du dimanche

20 août 2018

Sur quoi fonder le mariage ?

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Sur quoi fonder le mariage ?


Homélie pour le 21° dimanche du temps ordinaire / Année B
26/08/2018

Cf. également :

Voulez-vous partir vous aussi ?
La liberté de partir ou de rester
Le peuple des murmures
L’homme, la femme, et Dieu au milieu


Notre deuxième lecture (Ep 5, 21-32) est devenue presque illisible un dimanche ordinaire en paroisse. Ce texte est le pilier de la théologie du sacrement de mariage pour les catholiques, mais aucun couple ou presque n’ose plus le choisir pour leur liturgie de mariage. Car certaines expressions ne passent plus dans notre culture contemporaine : « femmes, soyez soumises à vos maris ». « Pour la femme, le mari est la tête (le chef) ». La réputation machiste de Paul vient de là, et son influence sur l’Église en est d’autant plus décriée.

« Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari. »

Comment interpréter aujourd’hui ces versets apparemment insupportables ?

Revenons d’abord au texte.

La première ‘soumission’ dont il est question n’est pas celle des femmes à leurs maris mais la soumission fraternelle de chacun envers chacun qui doit être la règle générale dans une communauté vraiment chrétienne : « soyez soumis les uns aux autres ». Tout le monde est concerné donc. Comme Paul l’écrit ailleurs : « que chacun estime l’autre comme supérieur à lui-même » (Ph 2,3). D’ailleurs, le texte grec original ne mentionne pas ce mots soumis la première fois qu’il évoque la relation homme / femme : il se contente de poser le parallèle (homme / femme) // (Christ / Église) :

Ep5,22

Les         femmes,         envers   leurs     maris   ,   comme envers le Seigneur (Ep 5,22)

Sur quoi fonder le mariage ? dans Communauté spirituelle ob_1a365c_le-corps-du-christ-2De plus, il ne s’agit pas de n’importe quelle ‘soumission’. Ce n’est pas celle d’un dominé envers un dominateur. Ce n’est pas celle de l’islam où le croyant doit obéir absolument à Dieu dont la volonté est censée être transcrite littéralement dans le Coran et la charia. Non : le modèle de cette soumission est la relation Christ / Église (« puisque l’Église se soumet le Christ ») dont Paul précise bien que c’est une relation d’amour. « Le Christ a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ». Se soumettre au Christ, c’est donc reconnaître l’amour premier dont il nous entoure, jusqu’à livrer sa vie pour chacun. C’est accepter ce don qui nous précède : nous sommes placés au-dessous (c’est ce que signifie le verbe grec employé ici : hypotássō = soumettre) du Christ en ce sens qu’il est avant nous, plus grand que nous, nous constituant comme sujets libres et aimants. Car nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine. Le but de cette « soumission » est que finalement Dieu soit tout en tous :

« Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. (1Co 15,28) »

Ce que complète l’autre image employée par Paul, celle de la tête et du corps : « pour la femme, le mari est la tête » (le chef, du terme latin caput = tête, qui a donné par exemple le chapeau, couvre-chef), tout comme pour l’Église le Christ est la tête. Encore une fois, on commet un contresens si on comprend ce binôme tête (chef) / corps sans le référer au binôme Christ / Église. C’est la même qualité de relations unissant le Christ à son Église qui doit unir maris et femmes.

6.PNGOn peut sans doute reprocher à Paul d’avoir trop vite identifié terme à terme les protagonistes de cette identité relationnelle, ce que la culture de son époque jugeait évident (comme il nous est évident aujourd’hui que l’égalité est première). Or, le programme de mathématiques de la classe troisième au collège nous oblige à respecter les règles de calcul des fractions ! Dans le texte de Paul, c’est une identité de rapport, et pas une identité terme à terme. Et nous avons tous appris en algèbre que (a/b = c/d) n’implique pas que a=c ou b=d !

Christ/Église = mari/femme, mais le mari n’est pas le Christ et la femme n’est pas l’Église !

La liberté de partir ou de rester dans Communauté spirituelle mariageRedisons-le c’est une identité de relation et non pas une identité terme à terme. Autrement dit : la relation entre un homme et une femme est élevée à une intensité si grande dans le sacrement de mariage qu’elle devient un signe, un sacrement de la relation Christ – Église.

La réponse est peut-être dans la comparaison que Paul fait entre la relation mari / femme et la relation Christ / Église. « Ce mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin = sacrement) est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église ». En grec, le terme mysterion (mystère) que nous traduisons par sacrement désigne une réalité inépuisable, infinie, que seule une approche symbolique peut évoquer sans la trahir. Le mariage est sacrement de l’amour Christ / Église parce qu’il la symbolise (il la rend présent) aux yeux des hommes et la désigne comme l’horizon de tout amour humain.

Dans l’histoire, souvent l’Église a « trompé » le Christ (et elle continue…) : en s’égarant à la recherche du pouvoir politique ou financier, en enfouissant ses trésors culturels par peur de déplaire, en n’incarnant pas les valeurs évangéliques etc. Les Pères de l’Église la décrivaient comme une prostituée, capable de se vendre à ceux qui lui promettaient le plus… mais une « prostituée que le Christ ré- épouse tous les jours ».

La relation Christ – Église est réellement indissoluble, parce que sans cesse Dieu vient séduire et reconquérir l’humanité tentée par les idoles. « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2Ti 2,12).

On touche là une des limites du Nouveau Testament : il contient de quoi dynamiter et révolutionner les évidences des cultures de tous pays et de tous temps, mais les auteurs n’osent pas à en tirer toutes les conséquences, notamment sociales, économiques et politiques.

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur.
Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur.
Enfants, obéissez en tout à vos parents, c’est cela qui est beau dans le Seigneur.
Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.
Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas, non d’une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais en simplicité de cœur, dans la crainte du Maître. (…)
Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au ciel ». (Col 3,19-4,1)

Ainsi pour l’esclavage, que Paul n’ose pas appeler à abolir, alors que pourtant il met le ver dans le fruit en appelant à traiter les esclaves comme des frères. Ainsi pour la séparation juifs / païens, que Jésus n’ose pas abolir de son vivant (« je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » Mt 15,24) alors même qu’il la transgresse en pratique assez souvent. Il faudra la Pentecôte pour que les apôtres découvrent que l’Esprit du Christ abolit les séparations sociales antérieures. Et là, Paul est à la pointe du combat : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, » (Ga 3,28).

Lapinbleu668C-Jn16_13C’est peut-être cela la promesse du Christ : « l’Esprit vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Autrement dit : avec le temps, avec l’inspiration divine, vous découvrirez les conséquences (personnelles, sociales, politiques, économiques…) de l’Évangile. Car les textes seuls ne peuvent contenir la vérité tout entière.

Pour en revenir à notre lecture, l’équivalence (homme / femme) = (Christ / Église) est posée  avec force, sans que Paul en tire toutes les conséquences que nous y voyons actuellement. D’ailleurs, dans quelques siècles, on en tirera sûrement d’autres conséquences encore !

Reste que cette équivalence est posée, établissant le mariage comme un sacrement (mysterion en grec = mystère) de la relation Christ / Église.

Du coup, Paul – il n’est pas idiot ! – prend soin de développer longuement tout ce que cela implique pour le mari vis-à-vis de sa femme. Il emploie environ deux fois plus de mots pour les maris que les femmes ! Dans ce paragraphe deux fois plus long, il parle d’aimer sa femme, de se livrer pour elle, d’en prendre soin et de s’en occuper comme de son propre corps. C’est sans doute parce qu’il a bien conscience que la tâche sera deux fois plus ardue du côté des hommes que des femmes…

Qu’en conclure ?

- Paul affirme que le mariage est un sacrement (mysterion) parce qu’il symbolise la relation Christ / Église : la relation mari / femme se nourrit de la relation Christ / Église et la rend présente au milieu de nos contemporains. En voyant les gens mariés s’aimer, on devrait comprendre comment le Christ aime l’Église (et réciproquement).

- Nous ne sommes pas obligés de suivre Paul lorsqu’il identifie terme à terme les partenaires de ces deux relations, comme le faisait sa culture liée à son époque.

amour_nonpartag%C3%A9 détachement dans Communauté spirituelle- Par contre, nous devons en tirer toutes les conséquences, et pas seulement celles conformes à la culture de notre époque et de notre continent. Il y a bien sûr l’égalité fondamentale, le principe de l’amour mutuel et la symétrie des obligations dans ce que Paul dit du mariage. Mais il y a également d’autres conséquences plus ‘piquantes’ pour un occidental du XXI° siècle : le mariage ne se réduit pas au seul sentiment, il suppose une volonté de se livrer pour l’autre, inconditionnellement, ce qui implique l’indissolubilité, à l’image de l’amour du Christ pour l’Église et chacun d’entre nous.

Le texte d’Éphésiens 5 est un bon exemple du danger qu’il y a à lire un texte trop rapidement en plaquant les évidences de son siècle. Qui sait si dans mille ans les observateurs ne jugeront pas très sévèrement les relations homme / femme de nos sociétés postmodernes ? Je me souviens par exemple de la figure épouvantée d’amis africains venus pour la première fois en France. « À voir les femmes sur vos affiches, disaient-il, sur vos écrans, la publicité partout, à parler avec tant de mères célibataires galérant pour élever seules leurs enfants, à entendre la souffrance de tant de couples qui explosent en plein vol après quelques années de mariage ou de vie commune, à écouter les femmes si nombreuses qui ont connu un IVG, ne venez pas nous dire que l’avenir de la femme est chez vous ! Nous ne voulons pas de ce modèle de société individualiste engendrant plus de solitude que de couples heureux de vieillir ensemble ! »

On est toujours le ‘sauvage’ d’un autre…

Puissions-nous continuer à scruter les Écritures, pour que l’Esprit du Christ nous conduise à la vérité tout entière. Or, sur la question des relations homme / femme, notre société comme les autres a encore bien du chemin à parcourir.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

Deuxième lecture
« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ep 5, 21-32)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

Évangile
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 60-69) Alléluia. Alléluia.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Patrick BRAUD

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28 mai 2018

Les deux épiclèses eucharistiques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les deux épiclèses eucharistiques


Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année B
03/06/2018

Cf. également :

Les trois blancheurs
Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédek
 

- « Elle était bien, votre messe, M. l’Abbé ! »
Le paroissien enthousiaste croit faire plaisir au prêtre qui présidait l’eucharistie de dimanche.
Une autre paroissienne renchérit :
- « J’aime bien quand c’est vous qui célébrez. »
La mine renfrognée, le prêtre se dit qu’il est temps de se lancer dans une catéchèse solide  sur l’eucharistie… Car qui célèbre, sinon l’Église tout entière ? Qui consacre, sinon l’Esprit Saint lui-même ? Qui fait l’eucharistie sinon l’Église !

Alors, en cette fête du Saint-Sacrement, dite également du Corps et du Sang du Christ, reprenons quelques éléments théologiques fondamentaux sur l’eucharistie.

 

La théologie des trois corps

Où est le corps du Christ ?
Nous en avons perdu l’habitude, mais le Moyen Âge avait popularisé une très belle conception du corps du Christ appelé théologie des trois corps.

Les deux épiclèses eucharistiques dans Communauté spirituelle 119299804_oEn effet, il y a d’abord le corps personnel de Jésus ressuscité.

Celui avec lequel il a été élevé dans la gloire du père. Ce corps glorieux, ou spirituel, est ajusté au monde de la Résurrection. Il est à la fois radicalement nouveau (les apôtres ne le reconnaissent pas tout de suite) et fidèlement hérité de sa vie humaine (cf. les traces des clous qu’exige de voir Thomas). Ce corps-là du Christ ressuscité est absent, invisible. Il échappe à notre espace-temps car il appartient au monde nouveau à venir.

Il y a ensuite le corps ecclésial du Christ.

« Vous êtes le corps du Christ » ne cesse de répéter Saint-Paul, plaçant le Christ à la Tête de cet organisme vivant dont nous sommes membres les uns des autres, reliés par le lien de la paix et de la charité dans l’Esprit. Ce corps ecclésial a pour vocation d’être uni au Christ-Tête pour rayonner de son amour à travers le monde.

Il y a enfin le corps sacramentel du Christ, sous les espèces eucharistiques du pain et du vin. C’est ce corps que nous fêtons aujourd’hui. Notons au passage qu’au Moyen Âge, on appelait corps vrai le corps ecclésial, et corps mystique le corps eucharistique. Puis, sous l’influence de crises successives contestant la transformation eucharistique, on a (malheureusement) inversé les deux termes.

On peut par exemple lire chez Guillaume de St Thierry (XI°-XII° siècles) :

Chaque fois que le prudent lecteur trouvera dans les livres quelque chose concernant la chair ou le corps du Dieu Jésus, qu’il ait recours à cette triple définition de sa chair ou de son corps, telle que je ne l’ai pas trouvée dans ma présomption ni forgée par mon sens propre, mais telle que je l’ai tirée des sentences des Pères…
Il faut en effet se représenter autrement cette chair ou ce corps qui pendit au bois et est sacrifié sur l’autel, – autrement sa chair ou son corps qui est Vie demeurant en celui qui l’a mangé, – autrement enfin sa chair ou son corps, qui est l’Église : car l’Église est dite la chair du Christ…  […]
Car le corps du Christ pour autant qu’il est en lui, se livre à tous en nourriture de vie éternelle, et il fait que ceux qui le reçoivent fidèlement vivent en unité avec lui, et par l’amour spirituel et par le partage de sa propre nature, à lui qui est la Tête du Corps de l’Église [1].

L’eucharistie sym-bolise, c’est-à-dire met ensemble, réunit les deux autres corps du Christ, personnel et ecclésial, de façon à ce que le Christ soit réellement présent en plénitude dans notre humanité sans quitter pour autant sa divinité.

On peut voir une trace de ce travail sacramentel de l’eucharistie dans les deux épiclèses  des prières eucharistiques. On appelle épiclèse une invocation de l’Esprit au-dessus de personnes ou d’objets. Or, écoutez bien : il y a deux épiclèses dans les prières eucharistiques (sauf le canon romain, la Prière eucharistique n° 1, qui illustre ainsi le déficit d’importance accordée à l’Esprit en Occident pendant des siècles).

La 1° épiclèse est faite sur le pain et le vin : « Dieu notre Père, nous te prions : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur » (Prière Eucharistique n° 2).

La 2°est faite sur l’assemblée (sur l’ekklèsia = l’Église) : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps » (PE n° 2).

On a donc la structure suivante pour les prières eucharistiques, où se joue liturgiquement l’union du Christ et de son Église :

a) 1° épiclèse sur les dons (épiclèse consécratoire)

b) récit de l’Institution (+ anamnèse)

c) 2° épiclèse, sur l’assemblée – ekklèsia (épiclèse de communion)

d) intercession-supplication dans la communion de toute l’Église, du ciel et de la terre.

On pourrait faire une lecture ecclésiologique de cette structure fondamentale, en se souvenant de la théologie des trois corps qui présidait à la compréhension de l’Église.

3 corps 2 épiclèses

d) intercession

a) La première épiclèse invoque l’Esprit pour sanctifier les dons, le pain et le vin, « afin que le Christ Jésus réalise au milieu de nous la présence de son corps et de son sang ». Le repas va « prendre corps », grâce à l’Esprit, afin que l’offrande de Jésus, son unique sacrifice accompli une fois pour toutes, continue de s’actualiser dans et par son Église, l’ekklèsia localement rassemblée. En rigueur de termes, c’est donc l’Esprit-Saint qui est l’acteur principal de la transformation des espèces eucharistiques. Le lien Église-Esprit est ici évident, et le sera encore plus en c), soulignant la dimension épiclétique de l’assemblée qu’est l’Église.

b) le récit de l’Institution est bâti comme une sorte de contraction et d’arrangement des quatre textes principaux (Mt, Mc, Lc, 1Co). Il fait donc partie intégrante de la PE. Impossible d’être chrétien sans cet ancrage historique.

c) la deuxième épiclèse a une portée ecclésiologique capitale. L’Église invoque le Christ pour qu’elle devienne une seule offrande avec le Christ. Elle désire être envahie par l’Esprit, afin de se laisser entraîner dans l’offrande sacrificielle de son Sauveur, dans la communion avec le Père. L’Église, par la puissance de l’Esprit, devient une seule offrande, dans le Christ, à la louange de la gloire du Père. C’est l’enlacement symbolique du Christ et de l’Église qui s’effectue ainsi dans l’eucharistie, selon la si belle formule de St Augustin: « soyez ce que vous voyez, recevez ce que vous êtes ». C’est l’Esprit qui fait de l’Église le corps ecclésial du Christ, « rassemblée par l’Esprit-Saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire » (PE 4). On ne peut donc séparer le corps eucharistique du corps ecclésial : celui-ci est fait pour celui-là, celui-là devient lui-même grâce à celui-ci. Les conséquences, notamment pour le culte de l’eucharistie en-dehors de la messe, sont énormes : toute césure entre l’eucharistie et l’Église serait « meurtrière », pour reprendre l’expression du Père de Lubac.

19237_apercu corps dans Communauté spirituelle

 Qui consacre, qui célèbre ?

L’épiclèse souligne avec une précision superbe l’humilité du ministère sacerdotal. Parfois on dit que le prêtre consacre. En rigueur de termes, l’affirmation ne tient pas. L’épiclèse révèle en tout cas très exactement ce que fait le prêtre : il dit la prière par laquelle la communauté célébrante demande au Père d’envoyer son Esprit Saint sur le pain et sur le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang de Jésus.

La Prière eucharistique III dit explicitement : « Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons. Sanctifie-les par ton Esprit pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils. » C’est donc le Père qui consacre par son Esprit. Il revient au prêtre de dire la prière, au nom de la communauté, pour qu’il en soit ainsi.

Pie XII, citant Bellarmin dans Mediator Dei (20/11/1947), redit la foi commune de l’Église depuis les origines : « le sacrifice est offert principalement dans la personne du Christ. C’est pourquoi l’offrande qui suit la consécration atteste en quelque sorte que toute l’Église consent à l’oblation faite par le Christ et offre avec Lui ». L’hésitation de la Prière eucharistique n° 1 (« nous t’offrons pour eux, ou ils t’offrent pour eux-mêmes ») est la trace de cette conviction, malgré la survalorisation sacrificielle du rôle du prêtre.

D’ailleurs, le « nous » de la PE n’est pas un pluriel de majesté : même s’il est seul ministre ordonné, le prêtre dit « nous » pour exprimer qu’il dit la prière de l’Église, au nom de l’Église et avec elle. Encore une fois; répétons que tous célèbrent, mais pas de la même manière. Le Catéchisme de l’Église catholique est là-dessus très clair : « La liturgie est ‘action’ du ‘Christ tout entier’ (Christus totus). Ceux qui dès maintenant la célèbrent au-delà des signes sont déjà dans la liturgie céleste, là où la célébration est totalement communion et Fête. » (CEC n° 1136, question : Qui célèbre ?)

Les numéros suivants développent l’argumentation, qui est eschatologique : parce que la liturgie anticipe la louange finale, tous y sont associés, et tous célèbrent.

« C’est à cette liturgie éternelle que l’Esprit et l’Église nous font participer lorsque nous célébrons le mystère du salut dans les sacrements. C’est toute la Communauté, le Corps du Christ uni à son Chef (Caput = sa Tête) qui célèbre. ‘Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est le ‘sacrement de l’unité’, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. C’est pourquoi elles appartiennent au Corps tout entier de l’Église, elles le manifestent et elles l’affectent; mais elles atteignent chacun de ses membres, de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions et de la participation effective’ (SC 26).

C’est pourquoi aussi ‘chaque fois que les rites, selon la nature propre de chacun, comportent une célébration commune, avec fréquentation et participation active des fidèles, on soulignera que celle-ci, dans la mesure du possible, doit l’emporter sur leur célébration individuelle et quasi privée’ (SC 27).

L’assemblée qui célèbre est la communauté des baptisés qui, ‘par la régénération et l’onction de l’Esprit Saint, sont consacrés pour être une maison spirituelle et un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels’ (LG 10).

Ce ‘sacerdoce commun’ est celui du Christ, unique Prêtre, participé par tous ses membres. » (CEC nos 1139-1141)

« Ainsi, dans la célébration des sacrements, c’est toute l’assemblée qui est ‘liturge’, chacun selon sa fonction, mais dans ‘l’unité de l’Esprit’ qui agit en tous. ‘Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques’ (SC 28). » (CEC n° 1144)

Au Moyen-Âge, on affirmait avec audace: « Le prêtre ne sacrifie pas seul, ne consacre pas seul, mais toute l’assemblée des fidèles qui assistent consacre avec lui, sacrifie avec lui [2] ». Le Père Congar confirme : « Toute l’assemblée liturgique est célébrante et consacrante. » Et il ajoute : « Mais ce serait une erreur ecclésiologique et une hérésie liturgique de faire dire les paroles de la consécration par toute l’assemblée. Elle a son président, qui y fonctionne comme président. Et cependant elle est tout entière sacerdotale et célébrante [3]. »

Fêtons donc le Saint Sacrement, en ne séparant pas l’eucharistie de l’Eglise, en nous impliquant dans chaque messe en tant que concélébrants, grâce au prêtre qui préside…

 

 


[1]. Guillaume de Saint-Thierry, Sur le sacrement de l’Autel, ch. 12 (P. L. 180, 361-362) in Catholicisme, Les aspects sociaux du dogme, Œuvres complètes VII, pp. 345-346, tr. fr. Henri de Lubac, Cerf, Paris, 2003.

[2]. Attribué à Guerric d’Igny, Sermo 5,15; PL 185,87 AB : cité par CONGAR Y., Vatican II, Cerf, coll. Unam Sanctam 66, Paris, 1967, p. 252.

[3]. CONGAR Y., Le Concile de Vatican II, Cerf, coll. Théologie Historique 71, Paris, 1984, p. 113.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

PSAUME
(Ps 147 (147 B), 12-13, 14-15, 19-20)
R/ Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! (Ps 147, 12a)

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

DEUXIÈME LECTURE
« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1 Co 10, 16-17)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

SÉQUENCE
Cette séquence (ad libitum) peut être dite intégralement ou sous une forme abrégée à partir de : « Le voici, le pain des anges ».
Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs ! C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. * Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères. Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

ÉVANGILE
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)
Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.

Alléluia. (Jn 6, 51.58)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
 En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs :  « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »  Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »  Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.  De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.  Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD

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3 juin 2015

Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite

 

Fête du Corps et du Sang du Christ
Dimanche 04/06/2015 / Année B

cf. également :
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?

Donnez-leur vous-mêmes à manger

Impossibilités et raretés eucharistiques

Je suis ce que je mange

L’eucharistie selon Melchisédek


C’est la première 
fois que je le remarque !

Pourtant j’ai bien du lire ce texte d’évangile de Marc des dizaines de fois, mais cette semaine, en méditant ce récit, cela m’a sauté aux yeux : Jésus donne le pain en livrant immédiatement sa signification (« prenez, ceci est mon corps »), alors qu’il donne la coupe, attend qu’ils en boivent tous et après seulement leur livre la clé : « ceci est mon sang, le sang de l’Alliance… ».

 

Petit détail, me direz-vous ! C’est vrai. Et pourtant, comme tous les détails, il fait sens.

À y réfléchir en effet, le Christ nous fait souvent faire des choses que nous ne pouvons pas comprendre sur le moment, mais qui s’éclairent après…

Pensez à telle décision professionnelle, à tel événement familial, à telle sollicitation d’un ami ou d’une association etc.

Là c’est flagrant : il est inconcevable pour un Juif de boire du sang, car le sang c’est la vie, et la vie appartient à Dieu. D’où les interdits alimentaires qui régissent encore aujourd’hui la cuisine juive casher (et la cuisine musulmane hallal également) : pas de boudin ! pas de sauce mélangeant du sang et du vin… (cf. Dt 12, 23-35). Boire du sang est « péché » comme diraient les musulmans aujourd’hui !


La 1
ère lecture du rite de l’Alliance par Moïse nous a bien décrit comment le sang devait être retiré de la victime pour en asperger l’autel et le peuple, réunis ainsi en une alliance de sang. Être aspergé avec du sang, oui, mais le boire pour un Juif, c’est inconcevable ! C’est même un blasphème : car le sang appartient à Dieu, c’est la vie qui vient de Dieu. Le boire, c’est donc affirmer que la vie de Dieu coule dans nos veines : blasphème… L’eucharistie chrétienne accomplit ce blasphème jusqu’à l’extrême : en buvant au calice, c’est la vie même de Dieu-Trinité qui coule dans nos veines, nous devenons frères de sang avec lui, nous devenons Dieu…

Le sang de l’agneau pascal, qui était étalé sur les linteaux des portes des maisons des hébreux pour l’Exode, n’est désormais plus apposé à l’extérieur, mais bien à l’intérieur, au plus intime de nous-mêmes, par l’acte de boire à la coupe : c’est cette consanguinité entre Dieu et l’homme qui est en jeu dans l’eucharistie.

Souvenons-nous que pour les romains, les chrétiens des premiers siècles étaient des païens, puisqu’ils refusaient d’adorer l’empereur et les dieux ; alors que pour les juifs ils étaient des blasphémateurs, puisqu’ils osaient affirmer la communion entre Dieu et l’homme. Les caricaturistes de Charlie Hebdo savent bien que les accusations de blasphème sont dangereuses…

Jésus est donc obligé de prendre ses disciples par surprise, pour contourner leur opposition à ce geste. « Buvez, vous comprendrez après ». Comme pour le lavement des pieds, auquel Pierre voudra s’opposer; et Jésus lui dit : « tu comprendras plus tard… »
Pour la coupe, Jésus leur donne cette explication énigmatique qui ne s’éclairera que dans sa Passion et sur la Croix :
« Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude ». D’ailleurs, pour qu’ils ne restent pas là à discuter indéfiniment de la signification de la coupe de vin de l’eucharistie, il les entraîne aussitôt vers l’eucharistie en actes qui va suivre : « après le chant d’action de grâce, ils partirent pour le mont des oliviers », c’est-à-dire vers la Passion et la mort sanglante.

 

Deux pistes pour continuer cette semaine à méditer sur ce « détail » de la coupe bue d’abord puis parlée ensuite :

- Je n’ai pas besoin de tout comprendre de l’eucharistie pour me laisser porter par elle.

Il s’agit d’abord d’une expérience : manger pour faire corps avec le Christ, boire ses paroles et sa vie. Les interprétations viendront après : l’initiation à l’eucharistie se fait plus souvent par osmose que par explication, par capillarité (les chants, l’orgue, la fraternité, le silence, la joie…) plus que par démonstration théorique. Il s’agit de se laisser saisir par la liturgie de la messe, et de laisser l’Esprit du Christ nous enivrer à travers elle. Les mots viendront après. Se laisser ainsi porter par l’eucharistie (au lieu de la supporter…) permet ensuite de se laisser porter par le Christ pour aller là où je n’aurai jamais pensé aller. À l’image des disciples étonnés découvrant qu’ils viennent de boire le sang de l’alliance, nous pouvons peut-être découvrir que telle grande joie, telle grande épreuve sont en fait les signes d’une alliance extraordinaire entre Dieu et nous.

 

- Mais il faut du temps pour cela… C’est la 2° piste: il faut que la coupe de l’Alliance nous fasse partir nous aussi vers le Mont des oliviers, sitôt la messe finie.
Autrement dit : communier au Corps et au Sang du Christ le Dimanche ne s’éclaire que dans la passion vécue avec le Christ
« pour la multitude » d’aujourd’hui.
 

Osons-nous croire assez à cette vérité permanente du mystère pascal qui est le cœur de la liturgie eucharistique et de tous les sacrements ? Dans le Christ vivant, le cœur de l’Eucharistie, c’est la victoire de l’Amour de Dieu sur le mal et la violence du monde. En sorte que « seul célèbre vraiment l’Eucharistie celui qui l’achève dans le service divin de tous les jours qu’est l’amour fraternel » (Joseph Ratzinger, le nouveau peuple de Dieu, Paris, 1971, p. 17).

Rappelez-vous saint Paul, pour qui le véritable culte eucharistique est justement l’offrande de soi : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. (Rm 12,1) ».  

 

Nous étions partis du sang de la coupe et nous voici arrivés au service divin de tous les jours qu’est l’amour fraternel, au travail comme en famille…

Quel est le donc votre Mont des oliviers auquel votre communion eucharistique vous envoie ?

Quelle coupe accepterez-vous de boire, même sans comprendre sur l’instant, pour que l’Alliance soit vraiment offerte à la multitude ?

Ne communiez pas machinalement, surtout aujourd’hui en cette fête du Corps et du Sang du Christ. Approchez-vous du pain rompu, approchez-vous de la coupe en désirant de tout votre être ne plus vous appartenir, jusqu’à devenir ensemble une vraie nourriture et une vraie boisson pour la multitude…

 

1ère lecture : « Voici le sang de l’Alliance que le Seigneur a conclue avec vous » (Ex 24, 3-8)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »

Psaume : 115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.
ou : Alléluia !  
(115, 13)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

2ème lecture : « Le sang du Christ purifiera notre conscience » (He 9, 11-15)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères,
le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. Par la tente plus grande et plus parfaite, celle qui n’est pas œuvre de mains humaines et n’appartient pas à cette création, il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. S’il est vrai qu’une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair, le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant. Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau : puisque sa mort a permis le rachat des transgressions commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.

Séquence : « Lauda Sion » (ad libitum) ()

Sion, célèbre ton Sauveur,
chante ton chef et ton pasteur
par des hymnes et des chants.

Tant que tu peux, tu dois oser,
car il dépasse tes louanges,
tu ne peux trop le louer.

Le Pain vivant, le Pain de vie,
il est aujourd’hui proposé
comme objet de tes louanges.

Au repas sacré de la Cène,
il est bien vrai qu’il fut donné
au groupe des douze frères.

Louons-le
à voix pleine et forte,
que soit joyeuse et rayonnante
l’allégresse de nos cœurs !

C’est en effet la journée solennelle
où nous fêtons de ce banquet divin
la première institution.

À ce banquet du nouveau Roi,
la Pâque de la Loi nouvelle
met fin à la Pâque ancienne.

L’ordre ancien le cède au nouveau,
la réalité chasse l’ombre,
et la lumière, la nuit.

Ce que fit le Christ à la Cène,
il ordonna qu’en sa mémoire
nous le fassions après lui.

Instruits par son précepte saint,
nous consacrons le pain, le vin,
en victime de salut.

C’est un dogme pour les chrétiens
que le pain se change en son corps,
que le vin devient son sang.

Ce qu’on ne peut comprendre et voir,
notre foi ose l’affirmer,
hors des lois de la nature.

L’une et l’autre de ces espèces,
qui ne sont que de purs signes,
voilent un réel divin.

Sa chair nourrit, son sang abreuve,
mais le Christ tout entier demeure
sous chacune des espèces.

On le reçoit sans le briser,
le rompre ni le diviser ;
il est reçu tout entier.

Qu’un seul ou mille communient,
il se donne à l’un comme aux autres,
il nourrit sans disparaître.

Bons et mauvais le consomment,
mais pour un sort bien différent,
pour la vie ou pour la mort.

Mort des pécheurs, vie pour les justes ;
vois : ils prennent pareillement ;
quel résultat différent !

Si l’on divise les espèces,
n’hésite pas, mais souviens-toi
qu’il est présent dans un fragment
aussi bien que dans le tout.

Le signe seul est partagé,
le Christ n’est en rien divisé,
ni sa taille ni son état
n’ont en rien diminué.

* Le voici, le pain des anges,
il est le pain de l’homme en route,
le vrai pain des enfants de Dieu,
qu’on ne peut jeter aux chiens.

D’avance il fut annoncé
par Isaac en sacrifice,
par l’agneau pascal immolé,
par la manne de nos pères.

Ô bon Pasteur, notre vrai pain,
ô Jésus, aie pitié de nous,
nourris-nous et protège-nous,
fais-nous voir les biens éternels
dans la terre des vivants.

Toi qui sais tout et qui peux tout,
toi qui sur terre nous nourris,
conduis-nous au banquet du ciel
et donne-nous ton héritage,
en compagnie de tes saints.

Evangile : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » (Mc 14, 12-16.22-26)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ;
si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.
Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?” Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

 Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

 Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Patrick BRAUD

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18 février 2015

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 14 h 00 min

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !


Homélie du Dimanche 22 Février 2015 – Année B
1er Dimanche de Carême

Ne faisons pas mentir la croix du Christ ! dans Communauté spirituelle 35Christ_entier
Allons-nous faire mentir la Croix du Christ ?
Allons-nous rendre vaine sa mort ?
En nous éloignant du pardon, c’est comme si nous effacions sa Passion des tablettes de l’histoire.
Pire encore : en négligeant d’être pardonnés ou de pardonner, nous annulons la Résurrection du Christ qui devient alors inutile.

C’est Saint Pierre qui nous le dit dans sa lettre : « Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui le juste, il est mort pour les coupables, afin de vous introduire devant Dieu ».

Avons-nous vraiment pris conscience que Jésus est mort pour les coupables que nous sommes ? Si nous disons que nous n’avons pas de péché, non seulement nous faisons de Dieu un menteur (1Jn 1,10), mais en plus nous insinuons que le Christ est mort pour rien. Et sans nous en rendre compte, nous nous coupons en même temps du dynamisme de Résurrection qui est à l’œuvre dans notre baptême. « Être baptisé, martèle Pierre, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ ».

Donc, confesser son péché, c’est donner raison à la Croix du Christ, lui qui a cloué sur le bois de la Croix le billet de la dette qui nous étranglait, disait St Paul (Col 2,14). À l’image du bon larron :« Pour nous, c’est juste : nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal… Jésus souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi » (Lc 23,41)

« S’il n’y avait pas eu la croix, le Christ n’aurait pas été crucifié (…) Les sources de l’immortalité n’auraient pas jailli de son côté, le document reconnaissant le péché n’aurait pas été déchiré, nous n’aurions pas reçu la liberté, nous n’aurions pas profité de l’arbre de vie, le paradis ne se serait plus ouvert. S’il n’y avait pas eu la Croix, la mort n’aurait pas été terrassée, l’enfer n’aurait pas été dépouillé de ses armes » (homélie de St André de Crête, 660-740).

La contemplation du Christ en croix peut donc nous amener à nous rapprocher du sacrement du pardon avec confiance : s’il a donné sa vie pour nous tels que nous sommes, avec nos grandeurs et nos misères, nos élans et nos contradictions, pourquoi refuser d’être pécheurs ?

Pourquoi nous cacher derrière de faux alibis : ‘je n’ai pas le temps, on ne trouve jamais un prêtre disponible (c’est faux !), je ne sais plus comment faire (c’est peut-être vrai, mais c’est facile à rattraper !)’ ?

Pourquoi nous dissimuler derrière de faux arguments : ‘pas besoin de passer pour un prêtre, j’ai pas tué, j’ai pas volé, je dis toujours la même chose’… ?

Il suffit de camper devant la Croix du Christ, et de la laisser nous redire : « c’est pour toi que Jésus a souffert, c’est pour toi que le Christ est mort. Vas-tu accepter le cadeau de vie qu’il te fait ainsi, ou lui répondre que tout va bien pour toi et que tu n’as pas besoin d’un tel sacrifice ? »

Je me souviens de Laetitia, la fille de bons amis, qui avait 5 ans. Elle arrivait dans une maison qu’elle ne connaissait pas, où on passait le week-end ensemble. On la laisse découvrir sa chambre. Quand on revient 10 mn plus tard, une grosse larme roule sur sa joue alors qu’elle fixe le crucifix accroché au mur.

- « Laetitia, tu pleures ? »
- « Regarde celui qui est accroché là : pourquoi on lui a fait tant de mal ? »
Il faudrait retrouver la Laetitia qui est nous et pleurer nous aussi sur le mal commis, pour le confier au Christ. Un peu comme Marie-Madeleine qui pleure sur les pieds de Jésus, et deviendra le premier témoin de la Résurrection.
Heureux ceux qui pleurent sur leur péché !
Heureux ceux qui participent ainsi à la Résurrection de Jésus-Christ !

La mode actuelle serait dit-on à éliminer toute forme de culpabilité pour essayer d’aller mieux. Si le mal arrive, on vous dit que c’est la faute d’un coupable qu’il faut traquer et faire payer. Ou bien on vous dit que c’est la faute de vos parents, de votre  passé traumatisant. Ou bien encore c’est la faute de la société qui vous manipule et vous empêche d’être libre etc.

782034 Carême dans Communauté spirituelleEh bien, redisons avec force que le sentiment de culpabilité peut être utile. Sans lui, les bourreaux nazis, staliniens ou cambodgiens font leur travail en toute bonne conscience  (relisez Les Bienveillantes  de Jonathan Littell) ; sans lui les djihadistes de tous bords assassinent des innocents en croyant honorer leur Dieu…

C’est lui qui devrait nous réveiller avant de nous habituer à notre péché.
C’est lui qui nous  pousse à faire la lumière en nous au lieu de tout rejeter sur les autres.
C’est lui qui nous fait découvrir que « nous n’avons droit » à rien vis-à-vis de Dieu ; tout ce que nous recevons de lui est gracieux, gratuit.
La foi chrétienne appelle à la responsabilité personnelle : impossible de se défausser en disant toujours : ‘c’est les autres…’

« Le Christ est mort pour les coupables afin de les introduire devant Dieu ».
Celui qui ne se reconnaît jamais coupable ne pourra pas être introduit devant Dieu. Puissions-nous réapprendre à plaider coupable grâce à un tel médiateur qui ne veut que notre salut !

Cette semaine, contemplez davantage la Croix du Christ : à votre travail (discrètement !), dans votre chambre, ou la croix de votre chapelet dans votre poche. Qu’elle vous fasse méditer la phrase de Pierre :

« Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui le juste, il est mort pour les coupables, afin de vous introduire devant Dieu ».

 

 

 

1ère lecture : Alliance de Dieu avec Noé qui a échappé au déluge (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. »

Psaume : 24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9

R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance. (cf. 24, 10)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances.

Evangile : « Jésus fut tenté par Satan, et les anges le servaient » (Mc 1, 12-15)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.  Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Patrick BRAUD

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