L'homélie du dimanche (prochain)

7 décembre 2025

Jean-Baptiste, ou l’égalité à l’envers

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jean-Baptiste, ou l’égalité à l’envers

 

Homélie pour le 3° Dimanche de l’Avent / Année A
14/12/25

Cf. également :

Le lac des signes
Le doute de Jean-Baptiste
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
L’Église est comme un hôpital de campagne !
Du goudron et des carottes râpées
Gaudete : je vois la vie en rose
La revanche de Dieu et la nôtre

 

1. Les raisons d’un succès foudroyant

On devrait s’en étonner : comment se fait-il que la doctrine des disciples d’un obscur condamné à mort – crucifié qui plus est – se soit répandue aussi rapidement tout autour du bassin méditerranéen dans les trois premiers siècles ? D’autant plus qu’ils étaient persécutés par les Juifs et les Romains, que les intellectuels de l’époque les tournaient en dérision, et que les polythéismes officiels semblaient installés pour toujours !

L’islam s’est diffusé à la pointe du sabre et des conquêtes militaires arabes. La foi chrétienne n’avait pas la force pour elle : pourquoi et comment a-t-elle finalement conquis la première place dans la tête et les cœurs de l’empire romain ?

Impossible de détailler ici les réponses des historiens. Ils insistent à raison sur une combinaison originale de plusieurs facteurs : le témoignage des martyrs (« semence de chrétiens » selon Tertullien, vers 197) qui impressionnaient par leur courage et leur paix intérieure ; l’idée monothéiste qui s’écartait des cultes des idoles ; le réseau fraternel solidaire des petites communautés urbaines disséminées dans l’empire ; un message d’amour où le salut personnel était offert à tous ; un comportement moral exemplaire, dans les familles chrétiennes notamment etc. Le tout sur fond de déliquescence morale et politique des élites, et de crise des cultes païens très formels mais vides de sens.


Jean-Baptiste derrière JésusParmi toutes les raisons du succès du christianisme naissant, la figure de Jean-Baptiste ce dimanche (Mt 11,2-11) nous invite à pointer un facteur décisif : la soif d’égalité des peuples. Selon la parole de Jésus d’aujourd’hui, dans le royaume de son Père le plus grand devient le plus petit : « Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » (Mt 11,11)

 

Ce renversement hiérarchique est décisif : joint aux autres renversements promis et accomplis en Christ, il a emporté l’adhésion enthousiaste des multitudes qui espéraient un tel message d’égalité universelle, rendant leur dignité à tous les méprisés de la société, si nombreux.

Voyons pourquoi retrouver en notre siècle cette force d’attraction si puissante du christianisme : le plus grand devient le plus petit, le plus petit devient le plus grand !

 

2. La promesse d’un renversement général

Ce renversement est le cœur du message. Jean-Baptiste a les deux pieds dans l’histoire d’avant la Résurrection : il en est le maillon ultime, le point d’orgue. Mais, comme Moïse voyant la Terre promise depuis le désert  sans pouvoir y entrer, Jean-Baptiste a vu le royaume se profiler en son cousin Jésus sans pouvoir y entrer, étant décapité par Hérode avant que la résurrection du Christ n’inaugure les temps nouveaux. Alors que Marie – elle – fait corps avec ce royaume depuis la conception de son enfant en elle, et est associée à la résurrection de Jésus d’une manière unique et immédiate. Elle est donc déjà de plain-pied dans le royaume : à ce titre, elle est plus grande que Jean-Baptiste qui n’y est pas encore (de son vivant). C’est encore plus vrai de Jésus qui ‑lui – est « né d’en haut » (Jn 3,3) depuis toujours, et appartient tout entier au royaume de Dieu. À ce titre, il est bien évidemment « plus grand » que Jean-Baptiste.

Les Pères de l’Église ont amplement développé cette dissymétrie Jean-Baptiste / Jésus.

Icône Jean Baptiste qui baptise Jésus au Jourdain« Jean est le plus grand né d’une femme, car il résume toute la vertu de la Loi et des prophètes. Mais celui qui est né de Dieu dans le Royaume, fût-il le plus petit, lui est supérieur, car il participe à une naissance nouvelle. » (Origène)

« Jean est plus grand que tous ceux qui le précèdent, mais moindre que ceux qui sont déjà nés de l’Esprit. » (Augustin).

« Jean est grand sur la terre, mais il n’a pas encore vu le ciel ouvert ; il annonce le Roi, mais n’est pas encore citoyen du Royaume. » (Chrysostome)

« Jean montre le Christ du doigt, mais il ne Le contemple pas encore en gloire. Ceux qui sont dans le Royaume Le voient face à face. » (Grégoire le Grand)

« Le plus petit dans le Royaume, c’est celui qui, ayant cru en la résurrection, possède la vie éternelle ; Jean n’a pas encore reçu ce don, car le Christ n’est pas encore mort ni ressuscité. » (Hilaire de Poitiers)

 

Matthieu n’avait pas ces objections en tête en écrivant son récit du Précurseur au désert. Il voulait seulement soulever l’immense espérance qui se fait jour dans le passage de Jean-Baptiste à Jésus, d’un monde à l’autre : le plus petit peut devenir le plus grand !

Cette annonce révolutionnaire sera magnifiée et chantée par Marie dans son Magnificat : « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles » (Lc 1,52). Également par Jésus dans ses Béatitudes : « Heureux vous les pauvres, les doux, les persécutés… car le royaume des cieux est à eux ». Son enseignement sur l’inversion des valeurs dans le royaume va dans le même sens : Jésus promeut la pauvreté et non la richesse, le service et non la domination, la douceur et non la violence, l’amour des petits et non la flatterie des puissants, le pardon et non la vengeance, la recherche de la dernière place et non de la première etc.

 

Jean-Baptiste, ou l’égalité à l’envers dans Communauté spirituelle 500px-Pyramide_%C3%A0_renverserCe renversement radical des hiérarchies communément admises a suscité un immense espoir chez les populations de l’empire, qui était profondément inégalitaire. La société romaine reposait sur la dignitas (la dignité) des élites, la potestas (le pouvoir) des dirigeants, la domination patriarcale etc. Ces inégalités étaient légitimées par les religions païennes, qui racontaient qu’elles étaient voulues et instaurées par les dieux. Les cultes païens célébraient l’ordre établi, la puissance, la réussite (de quelques-uns). Les séparations et différences de statut minaient l’équilibre social : esclaves et affranchis, citoyens et non-citoyens, hommes et femmes, riches et pauvres etc. La liste des inégalités était longue…

Hélas, les Églises par la suite sont souvent revenues à ce triste héritage, et sont tombées dans ce piège inégalitaire mortel (légitimer les puissants) après Constantin…

 

Le christianisme naissant introduisait dans ce système ultra rigide un discours inédit, renversant l’échelle des hiérarchies habituelles. Le Dieu de Jésus n’est pas du côté des puissants, mais des petits, des pauvres, des humiliés. La vraie grandeur n’est plus sociale, militaire ou autre, mais spirituelle. La vraie noblesse est morale et intérieure : une prostituée ou un docker n’ont rien à envier aux patriciens ou aux philosophes, un criminel peut entrer le premier en Paradis. La dernière place devient le lieu de la grâce.

C’est une conversion radicale de la logique de domination du monde antique. Dans une culture qui admirait la force, la richesse, le pouvoir, la virilité, l’esthétisme des corps, le Christ glorifie la faiblesse, le service, la pauvreté, la dignité de chacun quel que soit son sexe, son apparence, sa fortune son intelligence.

« Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » (Ga 3,28)

Cette affirmation est sans précédent dans le monde antique. Elle a soulevé l’enthousiasme des laissés-pour-compte de l’empire. Paul le constate dans la petite communauté de Corinthe :

« Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. » (1Co 1,26-28)

 

L’idée que chaque être humain est créé à l’image de Dieu et sauvé en Jésus-Christ fonde une nouvelle anthropologie de la dignité universelle. Cette idée, absente du polythéisme gréco-romain, deviendra plus tard le socle de la notion de personne humaine (plus grand que l’individu, non soluble dans le collectif) et des Droits de l’Homme.

Cette promesse d’égalité et de justice divine a eu un pouvoir de séduction immense :

  • les esclaves y voyaient une espérance de liberté spirituelle ;
  • les pauvres, une dignité nouvelle ;
  • les femmes, un rôle actif et reconnu dans la communauté ;
  • même certains riches étaient touchés par la pureté et la sincérité de cette fraternité.

250px-The_Rise_of_Christianity égalité dans Communauté spirituelleRodney Stark (The Rise of Christianity, 1996) a montré que cette dimension communautaire et égalitaire fut un facteur déterminant de conversion dans les milieux urbains.

Il faut noter que cette égalité était avant tout spirituelle. Le christianisme primitif n’a pas renversé l’ordre social, mais il en a transformé la signification morale. Il a en quelque sorte miné de l’intérieur les structures injustes en introduisant l’égalité universelle comme un ver dans le fruit…

Sur le long terme, cette idée d’égalité devant Dieu servira de ferment intellectuel et moral aux grandes mutations de l’Occident :

  • affranchissement des esclaves,
  • reconnaissance de la dignité humaine pour chacun et chacune,
  • égalité morale et politique des sexes,
  • critique du pouvoir arbitraire, de la domination, de la gloire, de la richesse,
  • aide mutuelle, partage des biens.

 

3. Le rêve d’une égalité « à l’envers »

Dans le Royaume, tout est inversé : les premiers deviennent les derniers, les petits sont les grands, le serviteur est le maître, la force se manifeste dans la faiblesse. Ce principe de renversement est constant chez Jésus : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé. » « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume. » « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. » Jean-Baptiste, par son ascèse, représente le sommet de la justice humaine, mais le Royaume n’est pas une compétition morale : c’est un don. Ainsi, le “plus petit” – celui qui reçoit humblement la grâce, fût-il sans prestige, sans mérite – entre dans une communion que le plus grand des hommes ne peut atteindre par lui-même. Ce n’est pas que Jean soit “abaissé”, mais c’est la mesure de la grandeur qui change d’ordre : on ne mesure plus la vertu humaine, mais la participation à la vie divine, dans l’Esprit du ressuscité.

 

Le christianisme promeut une égalité renversée, non pas par nivellement, mais par élévation des petits. Dans l’ordre du Royaume, personne n’a de mérite propre : le salut ne dépend ni de la naissance, ni du savoir, ni de la puissance, ni même du degré de sainteté atteint par effort personnel. Tout vient de la grâce gratuite de Dieu. Le plus humble pécheur pardonné devient “plus grand” que le plus grand des ascètes. C’est une révolution anthropologique ! Elle détruit toute hiérarchie de nature ou de mérite pour la remplacer par une égalité devant l’amour de Dieu. Cette grandeur passe par l’abaissement. Jean-Baptiste lui-même en a conscience : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » (Jn 3,30) Cette parole condense l’esprit du Royaume : la vraie grandeur consiste à s’effacer pour laisser place à Dieu. C’est le modèle du service, non du pouvoir. Ainsi, Jean n’est pas un contre-exemple, mais un symbole de transition : il atteint la plus haute grandeur humaine, il s’abaisse devant le Christ, et par cet abaissement, il ouvre la voie à la grandeur nouvelle, celle des “petits du Royaume”. 

 

Dans ce renversement, le prophète et le pécheur sont appelés à la même sainteté, Le mérite est remplacé par la foi, la hiérarchie est remplacée par la fraternité. C’est exactement le même esprit que le Magnificat : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Le Royaume de Dieu n’est donc pas un nivellement, mais un ordre inversé où la valeur se mesure à l’humilité et à la réception de la grâce, et non à la puissance ou au mérite. Ainsi, la parole de Jésus devant Jean-Baptiste illustre à la perfection le principe évangélique d’égalité “à l’envers” ; dans le Royaume, l’humilité vaut plus que la grandeur, et la grâce dépasse le mérite. L’ordre ancien des hiérarchies s’efface devant une égalité fondée sur l’amour gratuit de Dieu. Le royaume de Dieu, en survenant dans le cœur de chacun, « au milieu de nous », abolit la hiérarchie du mérite : la sainteté ne se conquiert plus, elle se reçoit. Ainsi, la parole de Jésus ne rabaisse pas Jean : elle abolit la pyramide où il occupait le sommet, pour instaurer un cercle fraternel de fils et de filles de Dieu.

C’est l’accomplissement parfait du rêve d’égalité spirituelle “à l’envers” : les plus petits deviennent les plus grands, non par renversement social, mais par la logique de la grâce.

 

Cette utopie d’une égalité à l’envers a gardé toute sa force d’attraction pour les chercheurs de sens de notre siècle. dilexi-te Jean BaptisteÊtre missionnaire, c’est d’abord mettre en pratique ce renversement spirituel, en actes et en paroles, car le témoignage de la promotion des plus petits est l’un des plus puissants moteurs d’adhésion à la foi chrétienne. Le pape Léon XIV vient de le rappeler dans sa première exhortation apostolique (Dilexi te = Je t’ai choisi) : faire corps avec les petits et les pauvres n’est pas une conséquence sociale de la foi, c’est le lieu même où se révèle Jésus-Christ, le pauvre de Dieu. Léon XIV ne signe pas un texte social de plus, il renverse une hiérarchie implicite : on ne peut plus dire : « J’ai la foi donc je m’engage pour les pauvres ». C’est précisément l’inverse : la rencontre avec le Christ, but de toute vie chrétienne, a lieu en priorité dans la rencontre avec les pauvres. « Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation », insiste Léon XIV (n° 5). L’engagement pour les précaires, les migrants, les malades, les personnes âgées isolées, ceux qui vivent dans la rue, n’est pas une conséquence sociale de la foi : c’est la foi elle-même. L’« option préférentielle pour les pauvres », expression souvent réduite à un courant ou une sensibilité dans l’Église, retrouve ici sa signification première, théologique : ce n’est pas une option humaine, c’est un choix de Dieu. C’est Lui qui les préfère. « Dieu montre en effet une prédilection pour les pauvres : c’est d’abord à eux que s’adresse la parole d’espérance et de libération du Seigneur… » (n° 21). Et les autres ? La Parole leur est, bien entendu, également adressée mais à travers les plus pauvres. Léon XIV franchit ainsi un seuil doctrinal : il ne demande pas aux catholiques de faire preuve de générosité, mais de reconnaître là où Dieu habite, là où ils peuvent le rencontrer. Être catholique, c’est marcher aux côtés des pauvres, c’est faire partie de ce peuple de pauvres en esprit.

 

Comment puis-je m’engager concrètement, dans mon métier comme dans mes autres activités, à réaliser cette égalité à l’envers que Jésus promettait devant Jean-Baptiste ?

 

 

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Dieu vient lui-même et va vous sauver » (Is 35, 1-6a.10) 

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

 

PSAUME

(Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a)
R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous ! ou : Alléluia ! (cf. Is 35, 4)

 

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,


le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Tenez ferme vos cœurs car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)

 

Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

 

ÉVANGILE
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-11)
Alléluia. Alléluia. L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61,1)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »
Patrick BRAUD

 

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16 novembre 2025

Le jardin ou le royaume ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le jardin ou le royaume ?


Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année C
23/11/25
 
Cf. également :

Christ-Roi : Comme larrons en foire
Un roi pour les pires
Église-Monde-Royaume
Le préfet le plus célèbre
Christ-Roi : Reconnaître l’innocent
La violence a besoin du mensonge
Non-violence : la voie royale
Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures
Roi, à plus d’un titre
Divine surprise
Le Christ Roi fait de nous des huiles

D’Anubis à saint Michel
Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
Roi, à plus d’un titre
Les trois tentations du Christ en croix


1. La réponse du Christ au bon larron
- « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. »
- « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. »
Le royaume et le jardin
Le décalage entre la demande du bon larron et la réponse de Jésus devrait nous sauter aux yeux (Lc 23,35‑43) ! Le criminel parle de royaume, et Jésus lui promet un jardin ! Car en grec, le paradis (παρδεισος = paradeisos) désigne d’abord un jardin clos, un parc, une réserve de chasse. C’est d’ailleurs la langue perse et sa philosophie – le zoroastrisme – qui est à l’origine de ce nom qui nous fait rêver : le paradis…

Jésus promet le paradis quand le larron espère le royaume : les deux seraient-ils équivalents ?

Condamné par le roi Hérode, Jésus sait bien comme tout le peuple juif que les royaumes sont rarement paradisiaques ! Et, à l’inverse, le paradis (jardin) de la Genèse n’est pas royal, mais bien plutôt filial (Dieu Père créateur) et sponsal (Adam et Ève).
Il faut donc entendre dans la réponse de Jésus le déplacement qu’il opère : tu demandes un royaume, je te donne un jardin. Et ce n’est pas la même chose !
Voyons pourquoi Jésus est si méfiant envers la royauté – alors que l’Église le proclame roi de l’univers en ce dimanche – et à quelles conditions ce titre pourrait peut-être être accepté par lui.
 
2. Les ambiguïtés de la royauté
Il a fallu quelques siècles avant qu’Israël n’ait un roi. Et cela fait quelques siècles qu’il n’en a plus. Cette figure singulière de l’exercice du pouvoir apparaît au temps de David. Avant, les Juges suffisaient à régler les différends et à maintenir l’unité des 12 tribus. Mais tout autour, les empires et les puissances militaires se levaient pour conquérir et se couvrir de gloire, avec des rois à leur tête : Mèdes, Élamites, Hittites, Égyptiens, Perses etc.

Le jardin ou le royaume ? dans Communauté spirituelle le-d-sir-mim-tique-dtLe désir mimétique des fils d’Israël les attira dans le piège monarchique : c’est pour devenir « comme les autres nations » que les anciens vinrent trouver le prophète Samuel afin qu’il leur donne un roi (1S 8). Or, effacer la différence entre Israël et les autres nations est le péché par excellence ! C’est s’aligner sur les idolâtres, c’est fuir la différence, c’est rendre un contre-témoignage à l’altérité : puisque YHWH est le Tout-Autre, son peuple lui aussi doit être autre, sinon il n’est plus signe de l’unique transcendance divine.
La première ambiguïté de la royauté en Israël est donc l’affaiblissement de la spécificité juive, et le risque de faire de YHWH un Dieu « comme en ont toutes les nations ».
 
La deuxième ambiguïté est fortement soulignée par Samuel, lorsqu’il avertit les anciens du peuple que ce roi tant désiré leur fera subir les pires avanies : le pouvoir corrompt toutes choses, le roi finira par se servir au lieu de servir. Lisez la longue liste des conséquences néfastes que la royauté va imposer au peuple :

“Tels seront les droits du roi qui va régner sur vous. Vos fils, il les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers de millier et comme officiers de cinquante hommes ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars. Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. Les meilleurs de vos champs, de vos vignes et de vos oliveraies, il les prendra pour les donner à ses serviteurs. Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, 93759652 jardin dans Communauté spirituelleainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra pas !” (1S 8,11-18)


C’est le portrait en négatif de la royauté que pourrait accepter Jésus…

La fable de La Fontaine : « Les grenouilles qui demandent un roi », s’inspire du livre de Samuel, signe que cette tentation monarchique est commune à bien des peuples :
« Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue ! »
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et Grenouilles de se plaindre…

Louis-IX larronLa troisième ambiguïté que les prophètes reprochent à la royauté est d’obturer parfois le canal de la gouvernance du peuple par YHWH lui-même. Même aussi grand que David, même aussi sage que Salomon, le roi d’Israël n’est jamais que le lieu-tenant de YHWH. Or il prend trop souvent la place de celui qu’il devrait représenter. Si bien qu’aujourd’hui encore, pour de nombreux rabbins, avoir un roi – ou un État juif version moderne de la royauté – est un péché contre l’Alliance, puisque seul YHWH doit régner sur son peuple, et la Torah suffit pour cela. Paradoxalement, les plus antisionistes sont souvent des rabbins ultra-religieux ! Car ils voient dans le gouvernement d’Israël une volonté de se substituer au gouvernement de YHWH en direct sur son peuple.
 
À la suite de Samuel, les prophètes ne cesseront de réprimander les rois qui deviennent infidèles, se gavent d’impôts, installent leur famille, et se sauvent dès que l’ennemi approche. Jésus s’inscrit dans cette lignée prophétique : il se méfie du « renard » Hérode, il refuse qu’on le fasse roi et fuit la foule qui veut le couronner : « Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul » (Jn 6,15).

Pourtant, dans sa prédication, le prophète de Galilée n’en a que pour le royaume de Dieu. Pas moins de 65 occurrences dans le Nouveau Testament ! Cependant, à y regarder de près, le royaume prêché par Jésus n’a pas grand-chose à voir avec ceux d’Hérode, de Tibère ou de Pharaon.


Ce royaume est intérieur : pas d’administration, pas d’armée, pas d’impôts, pas de frontières. Il se donne, plus qu’on ne le mérite. On reconnaît qu’il s’approche de nous lorsque nous devenons plus libres, lorsque nos démons personnels sont expulsés : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous » (Lc 11,20).

Il s’approche, il se fait proche : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15) ; « Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” [...] Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché » (Lc 10,9.11).
Il demande à être accueilli et non conquis, et pour cela nous devons redevenir comme des enfants pour apprendre à le recevoir : « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » (Lc 18,17).
royaume+parabole+du+tr%25C3%25A9sor+cach%25C3%25A9 paradisIl n’a pas de lieu, pas de territoire, car il est plus intime à nous-même que nous-même : « On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21).
Il n’a pas de date, imprévisible, et nul ne sait quand il surgit : « Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il prit la parole et dit : “La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous.” » (Lc 17,20–21).
Parce qu’il est au-delà de nos représentations humaines, ce royaume ne se laisse connaître qu’en paraboles : le grain jeté en terre, le semeur, l’ivraie, le levain dans la pâte, le sel de la terre et la lumière du monde, le trésor caché, la perle fine, le filet des pêcheurs, le figuier, le serviteur éveillé, les vierges sages, les talents, la brebis perdue, la drachme perdue, le fils prodigue, l’intendant malhonnête…

Grâce au détour qu’opère la parabole chez les auditeurs, la pédagogie de Jésus nous emmène « ailleurs », pour chercher le royaume là où nous n’aurions jamais pensé le trouver. Saint Augustin caractérisera fort justement cette pédagogie du royaume comme négative : « Si tu comprends, c’est que ce n’est pas Dieu ». Je peux discerner ce qu’il n’est pas, mais ce qu’il est m’échappera toujours, ce qui augmente encore davantage mon désir de le chercher. C’est pour cela qu’il me faut l’esprit d’enfance : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18,3), et l’esprit de pauvreté, pour me laisser posséder par ce royaume : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,3).

 
Le paradis promis par Jésus au larron est un non-lieu, une utopie au sens littéral du terme. Il n’est pas sur un continent inexploré comme on l’a cru longtemps au Moyen Âge ou en lançant les grandes expéditions du XVI° siècle. Il n’est pas au ciel comme l’a naïvement constaté l’astronaute communiste russe Gagarine, premier homme dans l’espace en 1961. Il n’est pas sous terre, ni sur une autre planète. Il est « au-dedans » de nous.
Une histoire du paradis

« Dès lors le paradis ne peut plus être défini que comme une « utopie », c’est-à-dire, au sens étymologique de ce mot forgé par Thomas More, comme un « non-lieu ». Est-ce à dire qu’il n’a pas de réalité ? Et redoublement de l’interrogation : les espérances que recouvre le mot « utopie »- cette fois, dans le sens courant- sont-elles toutes des chimères ? L’humanité peut-elle vivre sans utopie ?

Notre mot « paradis » englobe désormais tous les sens de l’« utopie ». Selon la foi chrétienne, il désigne non pas un lieu mais un avenir par-delà la mort ou, plus précisément, par-delà la résurrection. Car le « diamant » de l’espérance née des Évangiles, ce n’est pas que les hommes sont immortels, mais que les défunts, à l’appel de Dieu qui les prend par la main, sortent du trou noir de la mort. Ils entrent alors dans une seconde vie, cette fois éternelle, mais se déroulant dans des conditions encore infigurables par nous.

S’éloignant de la tentation du merveilleux, le croyant d’aujourd’hui doit accepter le vide des représentations relatives à l’au-delà.
Perte sévère certes, mais compensée par l’espoir « utopique » d’une réalisation des « béatitudes » dans le monde à venir.
Ces « béatitudes » sont en effet des « utopies » comme le paradis lui-même et il existe un lien étroit des unes à l’autre. La face cachée du monde sera celle où la prophétie de Jésus deviendra réalité : ceux qui pleurent seront consolés ; ceux qui ont faim et soif de justice seront rassasiés ; les miséricordieux obtiendrons miséricorde, etc. (Mt 5 et Lc 6). Le paradis sera l’actualisation de ces rêves fous sans la présence desquels la vie sur terre tourne à l’enfer.» [1]

Laissons-nous surprendre à nouveau en entendant Jésus répondre paradis–jardin là où le criminel demandait un royaume : dans cet écart réside notre chance d’entrer « aujourd’hui » en paradis avec Christ. Dans cette distance réside l’intime révélation de la présence de Dieu en nous, tout proche.
« Le royaume de Dieu s’est approché ; il est là, au milieu de vous ».

____________________

[1]. Jean Delumeau, Une histoire du paradis, Fayard, 1992, tome 3, pp.467-468.


LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël » (2 S 5, 1-3)

Lecture du deuxième livre de Samuel
En ces jours-là, toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Vois ! Nous sommes de tes os et de ta chair. Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, c’est toi qui menais Israël en campagne et le ramenais, et le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le berger d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.’ » Ainsi, tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël.

PSAUME
(Ps 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6)
R/ Dans la joie, nous irons à la maison du Seigneur. (cf. Ps 121, 1)

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Paix à ceux qui t’aiment ! »

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé » (Col 1, 12-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.  Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

ÉVANGILE
« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23, 35-43)
Alléluia. Alléluia.
 Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père. Alléluia. (cf. Mc 11, 9b.10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Patrick BRAUD

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29 septembre 2024

Le Royaume, l’enfant, et l’accueil

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le Royaume, l’enfant, et l’accueil

 

Homélie pour le 27° Dimanche du Temps ordinaire / Année B
06/10/24

Cf. également :
À deux ne faire qu’Un
Le semblable par le semblable
L’adultère, la Loi et nous
L’homme, la femme, et Dieu au milieu
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir
L’Esprit, vérité graduelle
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
 

 

Vers un hiver démographique en Europe

Les statistiques sont formelles : l’Europe ne renouvelle plus ses générations. Depuis 1975, la baisse du taux de fécondité touche tous les pays du continent, même la catholique Irlande autrefois championne des naissances. Si bien que le taux de renouvellement des générations, estimée à 2,1 enfant/femme, n’est plus atteint en France depuis longtemps.

Avec 1,67 enfant/femme, même en rajoutant le solde migratoire, la population française va inexorablement décliner d’ici la fin du siècle : 650 000 naissances environ pour 800 000 décès, soit un déficit annuel de 150 000 habitants.

Évolution du taux de fécondité en France

Évolution du taux de fécondité en France

Solde annuel naissances/décès en France

Solde annuel naissances/décès en France

 

 

À ce rythme-là, les prévisions annoncent sans coup férir ce que certains appellent un hiver démographique européen : le continent passera de 750 millions à 590 millions d’ici 2100. Les autres continents seront relativement stables, à la différence notable de l’Afrique qui gagnera 2,3 milliards d’habitants d’ici la fin du siècle ! 

Évolution de la population mondiale par continent

Évolution de la population mondiale par continent

Une étude de la revue The Lancet du 20/03/2024 donne une claire direction pour la population mondiale… Que l’on applique des politiques natalistes ou non. L’étude, clairement intitulée « La baisse spectaculaire des taux de natalité va transformer la planète d’ici à 2100 » entreprend la tâche de définir, pays par pays, région du monde par région du monde, comment les taux de fécondité vont évoluer. Et le tableau dressé s’énonce simplement : en 2100, il n’est pas un continent dont le taux de fertilité suffira à assurer le renouvellement des générations. Autrement dit, la décroissance démographique s’annonce, pour tous.

Évolution du taux de fertilité par continent

Évolution du taux de fertilité par continent

Devant ce constat inquiétant, le Président Emmanuel Macron a parlé de « réarmement démographique » dans sa conférence de presse télévisée du début d’année (16/01/2024). Évidemment, l’expression a fait bondir les féministes ! Non sans raison, car instrumentaliser la démographie comme une « arme » nous rappelle de mauvais souvenirs de « chair à canon » ou de « chair à usine ». Les États guerriers encouragent les naissances  pour grossir leurs armées, et hélas leurs cimetières.

L’enfant ne peut être une arme. Il ne peut être un objet d’exploitation comme autrefois auprès des machines dangereuses des usines du XIX° siècle, ou aujourd’hui dans les mines d’extraction du cobalt ou du lithium en Afrique et ailleurs.

 

Dans ce contexte démographique, la seconde partie de l’Évangile de ce dimanche (Mc 10,2‑16) résonne comme un appel solennel à réfléchir à l’accueil que nous réservons ou non à nos enfants, en famille, en société : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas ».

 

Pourquoi ne pas avoir d’enfant ?

Pourquoi le nombre de naissances est-il tombé aussi bas chez nous (678 000) ? Rappelons que dans le même temps, il y a environ 220 000 avortements chaque année en France : une grossesse sur 4 se termine par un IVG…

Le Royaume, l'enfant, et l'accueil dans Communauté spirituelle image-ne-pas-avoir-denfants-un-choix-qui-se-normalise-1000x1260La revues Parents a mené une enquête sur les raisons qui poussent les couples, les femmes tout particulièrement, à ne pas avoir d’enfant. Sans surprise, les raisons économiques sont déterminantes : 39 % des femmes invoquent le coût de la vie comme raison principale pour ne pas avoir d’enfant. Loin des idéologies libérales qui prétendent que l’individu fait des choix libres indépendamment de l’État, loin des philosophies féministes affirmant que chacune dispose de son corps à sa guise, force est de reconnaître que les conditions de vie matérielles priment sur les désirs individuels. Au lieu de s’en plaindre, il est plus intéressant d’y repérer un possible levier d’action : améliorer le pouvoir d’achat des familles avec enfants, les aides sociales (congés maternité, allocations, crèches, garderies  d’entreprises etc.) peuvent lever beaucoup de freins. C’est ce qu’exprimait – maladroitement ‑ le « réarmement démographique » prôné par Emmanuel Macon : l’État peut et doit agir. La France n’était-elle pas réputée au XX° siècle pour sa politique vigoureusement nataliste qui faisait d’elle (avec l’Irlande) une exception européenne en matière de fécondité ?

 

Dans une interview au magazine Elle le chef de l’État se disait interpellé par l’écart entre le taux de fécondité (1,7) et celui du désir d’enfants (2,3). « Il y a donc de nombreux couples qui souhaitent devenir parents et ne réalisent pas ce souhait. Il ne faut pas culpabiliser celles qui ne veulent pas avoir d’enfant, mais il ne faut pas que la mauvaise organisation de notre société empêche des femmes, des familles d’en avoir si elles le souhaitent », a-t-il résumé. Et il disait alors vouloir réformer les congés maternité, mais aussi lutter contre l’infertilité grandissante (check-up, PMA, conservation d’ovocytes etc.).

Agir sur les difficultés financières qui découragent d’avoir un enfant est donc un devoir d’État. Accueillir nos enfants ne relève pas que du libre arbitre de chacune.

 

La deuxième raison pour rester sans enfant qui apparaît dans l’enquête de la revue Parents est la peur de l’avenir, pour 37 % de femmes interrogées. Lorsque cette peur de l’avenir paralyse au point de ne plus vouloir inviter d’autres êtres humains à partager l’aventure de la vie, une désespérance généralisée s’installe qui conduit en pratique à un quasi suicide collectif. Par peur de vivre mal, on choisit – pour d’autres – de ne pas vivre ! La vieille Europe est ici son propre bourreau, alors que l’Afrique on l’a vu passera de 1,5 à 3,8 milliards d’habitants. Contraste étonnant : la désespérance européenne est le fait d’une population riche, éduquée, avec une espérance de vie record ; à la différence de celle du continent africain. Les raisons de cette peur de l’avenir européenne sont multiples : crainte de la précarité financière, du déclassement social, coût de l’éducation trop élevé etc.

 

À côté de ces raisons financières, nombre de femmes met également en avant des causes culturelles, philosophiques, personnelles. 28% expliquent préférer côtoyer les enfants en tant que tante plutôt que parent, 27% évoquent la surpopulation, 26% estiment qu’avoir des enfants peut rentrer en conflit avec leurs désirs ou objectifs de vie, 24% assument prioriser leur carrière professionnelle, 23% évoquent les changements climatiques (éco-anxiété), 21% un manque d’intérêt et 20% justifient leur choix par le fait de ne pas apprécier les enfants. Certaines répondantes évoquent aussi un aspect “égoïste”, une “peur d’être une mauvaise mère”, une peur des “changements dans le corps” ou de l’accouchement.

 

Faire un enfant ou l’accueillir ?

Le point commun entre toutes ces causes de la baisse de la fécondité est la volonté de maîtriser le destin de l’enfant à naître. Combien de fois n’avons-nous pas entendu cet argument apparemment généreux : pourquoi faire un enfant s’il va être malheureux ensuite ? (en raison de toutes les causes évoquées ci-dessus). Argument redoutable, qui frise l’eugénisme sans le savoir : pourquoi laisser se développer un enfant handicapé alors que son existence va être un calvaire ? Mieux vaudrait la non-vie plutôt que la douleur prévisible…

Gabrielzinho, triple médaillé paralympique

Gabrielzinho, triple médaillé paralympique

Mais qui peut prétendre maîtriser absolument le destin d’un petit être humain ? Qui peut prédire ce qu’il va devenir ? Beethoven était fils d’un alcoolique, brute notoire, et d’une mère tuberculeuse. Steve Jobs a été abandonné à sa naissance par un père syrien et une mère célibataire. Plus près de nous, les Jeux paralympiques de Paris 2024 nous ont montré des athlètes étonnants, comme ce nageur brésilien Gabrielzinho né sans bras, mesurant 1,22m, avec deux petites jambes difformes, devenu pourtant triple médaillé or paralympique à Paris…

Depuis Descartes, la culture européenne a pour projet de nous faire devenir « maître et possesseur de la nature ». Cela déteint sur l’enfant, qui devient un « projet parental » et non un être à accueillir, une réussite à programmer et non la confiance en une potentialité propre. Une certaine mentalité contraceptive nous a déjà habitué à « faire » un enfant quand nous le voulons, comme on commande sur Amazon . Si ce n’est pas le bon moment, mieux vaut l’éliminer… La peur de l’avenir nous pousse à fabriquer l’enfant à venir : il doit être à l’abri de tout risque, sa voie doit être tracée par le désir parental, la société doit répondre à certains critères pour qu’il s’y insère etc.

 

Or dans la foi chrétienne, l’enfant n’est pas à faire, mais à accueillir. Le rituel du sacrement de mariage le dit avec discrétion :

« Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donnera et à les éduquer selon l’Évangile du Christ et dans la foi de l’Église ? » (dialogue initial avec les futurs mariés).

 

Accueillir un enfant, c’est le laisser venir à la vie même lorsque les parents ne l’ont pas programmé, même s’il est handicapé, même s’il naît en milieu pauvre ou difficile. Faire un enfant, c’est le soumettre à un rêve parental, aux critères de réussite et de survie imposés  par la mère et/ou le père.

Dans notre Évangile, Jésus demande d’accueillir le Royaume de Dieu comme on accueille un enfant. Il est alors logique une culture qui accueille peu d’enfants s’éloigne d’elle-même de cet Évangile. Si nous ne savons pas accueillir, mais seulement faire, fabriquer, programmer, ne nous étonnons pas d’être très éloignés du Royaume de Dieu !

 

Comme un enfant sait accueillir

La phrase de Jésus peut également se comprendre ainsi : accueillez le Royaume comme un enfant sait accueillir ce qui lui est donné, avec joie et gratitude, sans chercher à mériter le cadeau qui lui est fait, heureux d’être aimé pour lui-même et non pour ce qu’il a fait. Ce que Jésus loue dans cet enfant placé au milieu du cercle des disciples n’est pas sa soi-disant innocence ou sa soi-disant pureté. Jésus sait bien que « le cœur de l’homme est compliqué et malade » (Jr 17,9-10), dès sa naissance. Il n’idéalise pas la condition enfantine. Il sait  bien avant Freud que l’enfant a une « prédisposition perverse polymorphe », parce qu’il est  en voie de construction de lui-même. Le Christ dit que le Royaume de Dieu est ouvert aux pécheurs, que lui-même est venu non pas pour les bien-portants, mais pour les malades. Il n’y a pas besoin d’être pur pour entrer dans les Royaume, juste d’accepter la grâce.

 

COPY_istock-1209620037-1713972362 accueil dans Communauté spirituelleAccueillir un enfant, c’est accueillir une promesse. Un enfant croît et se développe. C’est ainsi que le règne de Dieu n’est jamais sur terre une réalité achevée, mais une promesse, une dynamique et une croissance inachevée. Et les enfants sont imprévisibles. Dans le récit d’Évangile, ils arrivent quand ils arrivent, et de toute évidence ce n’est pas au bon moment selon les disciples qui les rabrouent. Mais Jésus insiste qu’il faut les accueillir puisqu’ils sont là. C’est ainsi qu’il nous faut accueillir la présence de Dieu quand elle se présente, que ce soit au bon ou au mauvais moment. Il faut jouer le jeu. Accueillir le règne de Dieu comme on accueille un enfant, c’est veiller et prier pour l’accueillir quand il vient, toujours à l’improviste, à temps ou à contretemps.

L’enfant n’est pas aimé pour ce qu’il parvient à faire, mais parce qu’il est. Notre amour pour nos enfants démontre l’absurdité de la théologie des œuvres. L’accueil que Dieu nous réserve n’est pas conditionné par ce que nous avons fait ou ce que nous faisons.

 

Voilà pourquoi il nous faut « changer pour devenir comme des petits enfants », comme l’écrira Mathieu (Mt 18,3-5). Changer pour devenir, et non pas régresser pour reproduire un état initial. Enfantin n’est pas infantile. L’enfance spirituelle est devant nous, pas derrière. Elle est cette capacité à accueillir sans chercher pourquoi, sans vouloir être à la hauteur, simplement pour la joie d’être aimé inconditionnellement.

Marie est l’archétype de cet enfance-là : elle se laisse appeler alors qu’elle ne demandait rien, elle se laisse choisir alors que rien ne la distingue des autres, elle devient mère sans effort, sinon dire oui.

Cette petite voie de l’enfance spirituelle chère à Thérèse de Lisieux a de quoi révolutionner nos approches de la fécondité ! Devenir fécond n’est pas d’abord une construction, un travail, un mérite, un projet. C’est une réussite qui nous est donnée gratuitement, « par-dessus le marché » (Mt 6,33), lorsque nous savons accueillir le don qui nous a fait.

 

Le self-made-man s’enrichit, mais s’éloigne du Royaume.

Une morale vertueuse faite d’efforts, de sacrifices, d’ascèse rapproche d’un idéal mais éloigne du Royaume.

Une boulimie d’actions en tous genres (même humanitaires, associatives ou ecclésiales !) trahit l’angoisse de qui veut faire son salut au lieu de le recevoir.

Apprendre à accueillir comme un enfant remet en cause bien des courses au succès, à la réputation, au palmarès… Rien ne sert de remplir ses greniers à ras-bords (Lc 12,16-28)  pour être content de sa réussite.

Rappelez-vous : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 126,2) …

 

Cette semaine, faites cette expérience de pensée : placez visuellement dans votre tête un enfant au milieu du cercle de vos collègues (pendant une réunion, une discussion autour d’un café etc.), de votre famille, de vos amis. Laissez alors cet enfant vous questionner et interroger vos pratiques : que peut accueillir cet enfant de son entourage ? Qu’est-ce que cela va produire en lui ?

 

 

Lectures de la messe


Première lecture
« Tous deux ne feront plus qu’un » (Gn 2, 18-24)


Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. » Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde. Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.


Psaume
(Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-6)
R/ Que le Seigneur nous bénisse tous les jours de notre vie !
 (cf. Ps 127, 5ac)


Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !


Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.


Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur.
De Sion, que le Seigneur te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie,
et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël.


Deuxième lecture
« Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine » (He 2, 9-11)


Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, Jésus, qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous. Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu’à la gloire ; c’est pourquoi il convenait qu’il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères.


Évangile
« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10, 2-16) Alléluia. Alléluia.
Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous ; en nous, son amour atteint la perfection. Alléluia. (1 Jn 4, 12)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Patrick BRAUD

 

 

 

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8 octobre 2023

Quand le travail ou l’habit nous coupent de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quand le travail ou l’habit nous coupent de Dieu

Homélie pour le 28° Dimanche du temps ordinaire / Année A
15/10/2023

Cf. également :
Paul et Coldplay, façon Broken
Le festin obligé
Tenue de soirée exigée…

Allez venez, Milord
Un festin par-dessus le marché
Je vis tranquille au milieu des miens
La sobriété heureuse en mode Jésus
Ecclésia permixta


Une fois n’est pas coutume, nous reproduisons ici l’excellente prédication du Pasteur Louis Pernot du 17/06/2018, de l’Église protestante Unie de l’Étoile (75017, Paris), qui parcourt les différentes interprétations possibles de la parabole de ce dimanche (Mt 22,1-14) [1].

La parabole des noces est particulièrement difficile, il y est question de gens égorgés pour avoir refusé l’invitation du maître, et dans la version de Matthieu se trouve la difficile question du cas du pauvre invité qui n’avait pas d’habit de noce à se mettre et qui se trouve chassé dehors. Comme pour toute parabole, il n’y a pas une seule explication, mais une multitude, et on peut donc en présenter quelques-unes.

Lecture historique
Parabole des invités à la noce (Évangile)
La première est une lecture historico-critique, c’est celle que l’on trouve le plus souvent dans les commentaires protestants d’aujourd’hui, et c’est peut-être la moins intéressante. Elle consiste à replacer la parabole dans le contexte dans lequel elle a été écrite (certains pensant même qu’elle ne serait pas l’œuvre du Christ, mais d’un rédacteur postérieur issu d’une des premières communautés chrétiennes). On se trouvait donc dans une situation historique de conflit entre les juifs et les chrétiens qui ouvraient leurs portes aux non juifs. Ainsi on verrait Dieu qui inviterait d’abord les juifs dans son programme de salut lié au Christ qui est l’époux, mais ceux-ci ne voulant pas, finalement, Dieu les renvoie dans leurs ténèbres et ouvre le Royaume aux païens.

Peut-être est-ce juste, mais cela n’a aucun intérêt herméneutique pour nous aujourd’hui. Nous ne sommes plus dans cette situation, et cette lecture ne peut donner aucun sens à notre vie. Il faut donc la laisser aux historiens s’ils en veulent.

 
Lecture sociale
Quand le travail ou l'habit nous coupent de Dieu dans Communauté spirituelle QWZT4GSSIVBD5CJJRDV2YVE3P4
Dans les années 70, il y a eu une mode de chercher dans l’Évangile des leçons de politique. On a alors pu faire une lecture sociale de cette parabole. Cette lecture pour séduisante qu’elle peut être est encore plus dangereuse que la précédente parce qu’elle semble donner du sens. Le banquet est alors vu comme l’image d’un pays, d’une société. Tout le monde y est bienvenu, il n’y a pas de mérite à faire partie d’un pays et il ne doit pas y avoir d’examen d’entrée, tout le monde étant accueilli, « méchants et bons ». Cela fait plaisir à ceux qui ont une sensibilité de gauche, mais les autres se réjouiront de la fin : l’invité qui est renvoyé parce qu’il n’avait pas d’habit de noces nous montre que ce n’est pas le tout d’être accueilli, il faut encore respecter les modes de vies et les manières de la société dans laquelle on prétend être, il faut en respecter le codes, sinon on s’exclue soi-même ; on ne peut pas profiter d’un pays sans en suivre les règles et les normes sociales. Cette histoire de vêtement risque de résonner particulièrement dans notre société actuelle où se pose la question du port du voile islamique, et tendrait alors à dire qu’il ne faudrait pas le tolérer.

Mais ce genre de lecture est malhonnête, elle consiste à faire dire au texte ce qu’il ne veut pas dire. Les problématiques sociales ou politiques sont différentes, les contextes ne sont pas les mêmes, il ne faut pas instrumentaliser la Bible pour la mettre au service de ses propres convictions politiques.

 
Lecture ecclésiologique
le bon grain et l'ivraie : une Eglise mélangée
Dans les débuts du christianisme, les Pères de l’Église faisaient, eux, de cette parabole une lecture ecclésiologique. Ce banquet de noces était vu comme une image de l’Église rassemblant des fidèles autour du Christ qui est l’époux. Se pose alors la question de savoir qui peut faire partie de l’Église. A priori, Dieu préférerait que ce soit les justes. Mais comme tous ne veulent pas faire partie de l’Église alors il invite largement « méchants et bons ». La condition d’appartenance à l’Église n’est donc pas un jugement moral ou sur les œuvres, mais simplement de se sentir appelé. C’est ainsi que l’Église n’est pas une communauté de purs, mais un corpus permixtum selon l’expression de saint Augustin : un corps mélangé de bons et de mauvais. Mais on voit que bon ou mauvais, il y a une seule condition pour être accepté dans l’Église : revêtir le vêtement de noces, habit que les Pères de l’Église regardaient comme étant le vêtement blanc du baptême. Ainsi pour eux, tout le monde est appelé à faire partie de l’Église, bons et mauvais, et pour en faire partie, il faut être baptisé.

 
Lecture apocalyptique
On en arrive alors à une lecture que l’on pourrait appeler apocalyptique, ou eschatologique, c’est-à-dire où l’enjeu ne serait non pas l’appartenance à l’Église comme institution ou société, mais d’être accueilli dans le Royaume de Dieu, d’avoir la chance d’être dans la présence de Dieu, et ainsi de trouver cette joie, cette communauté chaleureuse et nourrissante réunie autour du maître pour participer à une fête donnant plénitude, bonheur et communion fraternelle.

Noces festin dans Communauté spirituelleCette présentation du Royaume comme un banquet de noces est déjà en soi une affirmation importante : Dieu ne nous demande pas des privations, des renoncements, des souffrances pour mériter d’être accueilli par lui, mais simplement d’accepter de venir, et sa présence est ensuite une fête.

C’est certes une bonne nouvelle mais cela peut aussi nous interroger sur notre vie spirituelle : est-ce que la religion, la foi dans notre, vie sont vécues comme des pensum, des obligations, des contraintes ? La vérité c’est que la foi dans notre vie doit être non pas de l’ordre du devoir, mais comme une source de joie extraordinaire.

Reste donc la question de savoir comment accéder à cette joie extraordinaire d’être dans cette fête qui est la présence de Dieu, quelles sont les conditions pour en faire partie ?

Il ne faut pas aller trop vite dans l’universalisme, certes, à la fin tout le monde est invité, mais on voit au début que Dieu privilégie tout de même ceux qui sont les plus proches de lui. Il y en a tout certains qui sont invités avant les autres : ceux sans doute qui ont une vie plutôt bien réglée, ou qui sont, culturellement, familialement ou traditionnellement proches de la religion, de la foi ou de Dieu. Mais la parabole nous montre ce que nous observons souvent, c’est que ceux qui sont a priori les plus baignés dans la foi chrétienne en négligent souvent les dons et n’en reconnaissent pas les merveilles, ils les méprisent ou les sous-estiment, tout cela leur semblant ordinaire. Tant pis pour eux, ils s’excluent eux-mêmes de la joie du Royaume. Pour en bénéficier, il ne suffit pas d’être d’une famille chrétienne, il faut vouloir soi-même s’extraire un temps de son activité, de son commerce, de ses loisirs pour aller concrètement dans la présence de Dieu, prendre conscience de la chance d’être invité et entrer dans la noce.

Ce problème de notre temps était donc déjà celui du temps de Jésus et c’est pourquoi il fustige souvent les pharisiens, professionnels de la pratique religieuse, incapables de voir la joie que peut donner la grâce de Dieu, et il leur dit ainsi : « beaucoup de prostitués et de péagers vous devanceront dans le royaume de Dieu… ». Parce que ces pécheurs, eux, ils sont capables de recevoir et ils savent que Dieu a beaucoup à leur donner. La parabole va même très loin, puisqu’elle dit que ceux qui avaient le plus de raisons d’être invités en premier finalement n’étaient « pas dignes  » de ce banquet. Ainsi la seule dignité que nous pouvons avoir n’est pas notre mérite personnel ou notre bonne situation, sociale ou religieuse, notre bonne pratique, mais la disponibilité par rapport à Dieu, accepter de recevoir quelque chose de lui. La joie du Royaume ne vient pas de nos propres mérites, mais de notre capacité à nous ouvrir à ce que Dieu nous donne par grâce. C’est une révolution absolue dans la manière de voir la valeur spirituelle de notre vie.

 
Maintenant les punitions…
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Cela dit les punitions du verset 7 semblent montrer un Dieu tout à fait éloigné de l’image de bonté et de grâce que nous avons. Mais comme souvent, quand la Bible nous montre ainsi ce qui semble des punitions divines, il faut comprendre qu’il s’agit plutôt de mises en garde concernant les conséquences de certains comportements ou façons d’être ou de penser, conséquences inévitables plutôt que punitions rageuses d’un Dieu jaloux. La vérité, c’est que celui qui refuse la joie qu’on lui propose se condamne lui-même à la tristesse. Dieu veut accueillir tout le monde dans sa présence, mais celui qui refuse de répondre à cet appel, évidemment que Dieu ne le fera pas venir de force. Celui qui refuse la vie éternelle pour ne rester que dans une sorte d’égoïsme animal n’est pas tué par Dieu, mais restant dans le règne animal mourra comme un animal qu’il est. Et n’être mû que pas son propre intérêt pour ses activités matérielles, son plaisir, refusant d’entrer en relation avec d’autres, même sans utilité, pour le simple plaisir de la relation, ne permet pas de construire une « ville ». Une société ne peut pas tenir uniquement sur des motivations utilitaires et égoïstes. Il y a là quelque chose d’infiniment vrai dans l’avertissement des conséquences du refus de prendre part au banquet.

 
Et le plus gros problème : le vêtement de noces.
Robe de mariée traditionnelle chinoise
Mais par contre, il semble plus difficile de défendre l’attitude du maître qui après avoir invité tout le monde renvoie dehors le convive ne possédant pas l’habit de noces. On imagine l’injustice vis-à-vis de ce pauvre hère ramassé sur les chemins et n’ayant pas les moyens de se payer un habit correct. Si c’était pour le mettre dehors, le maître aurait mieux fait de ne pas l’inviter du tout.

Il y a cependant une explication assez simple que l’on entend parfois. Il paraît que le vêtement de noces était prêté par l’hôte à ses invités. Les gens venaient en effet de loin, et arrivaient souvent à pieds avec un vêtement de voyage poussiéreux, et à l’entrée de la salle des noces, il y avait donc un vestiaire où l’on offrait un vêtement de noces à chaque invité entrant dans la salle. Ainsi ce n’est pas que le convive n’avait pas eu les moyens de s’offrir un bel habit, mais il a refusé le cadeau qui lui était offert à l’entrée. Ou plutôt il a refusé de jouer le jeu de la noce, alors même que cela ne lui coûtait rien.

Ce convive représente donc le mauvais usage de la grâce : il voulait profiter simplement, mais en gardant une distance et sans s’associer à la logique du banquet qui était celle de la grâce. On reproche ainsi parfois à la théologie de la grâce des protestants d’être un peu trop facile : si tout est pardonné, si nous sommes acceptés sans condition, alors chacun peut faire n’importe quoi. Mais ce n’est pas la conception de la grâce proposée par l’Évangile, et ce n’est pas celle que nous prêchons. La grâce n’est pas un laxisme permettant de faire n’importe quoi, c’est une logique dans laquelle il faut entrer. Certes, chacun est bienvenu et accueilli, mais pour rester dans cette grâce et qu’elle devienne efficace, il faut vouloir la revêtir, en faire son habit, la montrer comme recouvrant notre vie imparfaite, en faire son identité, le cœur de sa vie, sa logique d’existence.

On ne peut pas prendre qu’une partie de la grâce, (comme le convive qui se contente d’être content de manger gratuitement au banquet), la grâce est un cadeau formidable, mais on ne peut pas en profiter indéfiniment pour faire n’importe quoi. Elle ne devient efficiente et on ne peut y rester que si on l’accepte pour qu’elle devienne une part de nous-mêmes. Il faut accepter de changer de vêtement, dépouiller le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. (Ep 4,17-24). Il n y a aucune condition pour pouvoir faire cela, aucun mérite demandé, il faut simplement le vouloir.

 
Problème du vêtement offert : un peu facile.
L’explication par le vêtement offert est séduisante, mais elle a des défauts. D’abord, les prédicateurs se la repassent comme une aubaine, mais personne ne dit d’où cela vient, ni n’est capable de citer une source, un texte antique expliquant cela. Peut-être est-ce vrai, mais cela sème le doute. Cette explication ne serait-elle pas trop plaisante pour être vraie ? Et d’ailleurs elle est dommage : elle ramollit le texte en le rendant facile et plausible. Or peut-être que précisément la difficulté du texte est intéressante. C’est tout de même souvent le cas dans la prédication du Christ, et on pourrait se demander si justement ce qui est dit là, c’est que le roi demande à son hôte quelque chose d’impossible pour lui.

On peut alors trouver plusieurs solutions. La première se trouve en regardant bien le texte. Le maître en effet voit l’hôte sans vêtement de noces, et ce n’est pas pour ça qu’il le met dehors : il lui parle, il lui dit : « mon ami, pourquoi n’as-tu pas de vêtement de noces ? ». Il n’y a aucune hostilité, au contraire, il l’appelle « ami » ce qui n’est pas rien. Et le texte dit qu’il ne répondit rien. C’est alors qu’il est mis dehors. L’hôte n’est donc pas mis dehors parce qu’il n’avait pas le bon vêtement, mais parce qu’il n’a pas parlé au maître. C’est cela qui est grave, certes il n’était pas parfait, ce qui peut être une image du péché, mais aucun de nous n’est parfait, ce qui est grave, c’est qu’il n’ait rien dit. Il aurait pu demander pardon. Personne ne nous reproche d’être imparfait, mais il faut avoir conscience de sa pauvreté, la reconnaître, la « confesser », ce qui veut dire la dire publiquement à Dieu et aux hommes. Dieu ne nous demande pas d’être sans péché, mais simplement d’accepter de rester en relation avec lui par la parole. Refuser de répondre, c’est se couper de Dieu, or c’est la relation avec Dieu qui nous sauve, c’est la parole qui s’échange entre Dieu et nous qui permet de dépasser toute notre imperfection et notre péché.

 nocesUne deuxième solution consiste à se rappeler qu’il ne s’agit pas d’une histoire vraie, mais d’une parabole, c’est-à-dire d’une comparaison. Dans la réalité, on sait bien qu’un pauvre n’a pas forcément les moyens de s’acheter un bel habit, mais là il ne s’agit pas de vêtement matériel, mais d’habit spirituel. Or tout le monde, quelle que soit sa richesse matérielle, peut s’habiller spirituellement pour rencontrer Dieu. Pour être dans la joie de la présence de Dieu, il faut s’habiller le cœur, il y a une démarche spirituelle pour essayer, tant que possible, d’élever son âme à Dieu. Ça c’est possible pour tous. Celui qui ne veut faire aucun chemin vers Dieu, mais juste se dire qu’il peut en profiter sans aucune démarche personnelle risque fort de ne pas comprendre la richesse de la grâce.

Revêtir un vêtement de noces pour rencontrer Dieu, c’est spirituellement ne pas rester en vêtement de travail, ou de voyage, mais s’habiller seulement pour la fête, pour Dieu. C’est le sens aussi du Sabbat : il faut garder du temps pour Dieu seul et ne pas toujours et sans cesse travailler, sinon on risque de passer à côté de Dieu. Il faut que dans sa vie on ne soit pas toujours en vêtement de travail, ou même en vêtements ordinaires, mais qu’on mette parfois un beau vêtement pour ne rien faire et juste se présenter devant Dieu, garder un temps pour entrer en relation avec Dieu pour la joie et la fête. Et cela n’est pas une question d’habit matériel donc, mais de disposition mentale et spirituelle, c’est possible à tous, et même aux plus pauvres.

L’Église d’une certaine manière concrétise cela, c’est un lieu où l’on va pour se reposer du chemin que l’on parcourt, ou du travail que l’on accomplit, juste pour savourer la joie et le bonheur d’être avec des frères et des sœurs. L’Église comme lieu de la présence de Dieu est un lieu de ressourcement, d’altérité par rapport au quotidien où l’on s’ouvre à l’extraordinaire. Et dans la présence de Dieu chacun est comme une mariée ou un marié à la noce, entouré de joie, de fête, d’amitié, de tendresse et d’amour. « Venez dit le Seigneur… car tout est prêt ! »

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-10a)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. (Ps 22, 6cd)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-14.19-20)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus. Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

ÉVANGILE
« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)
Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »
Patrick BRAUD

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