L'homelie du dimanche

24 novembre 2012

Non-violence : la voie royale

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Non-violence : la voie royale

Homélie pour la fête du Christ Roi
25/11/2012

La preuve suprême de la puissance, c’est de ne pas l’utiliser

« Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. » (Jn 18,36)

La preuve suprême de la royauté de Jésus réside ici dans sa non-violence.

« Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? » (Mt 26,53)

Le refus d’utiliser la force armée, la contrainte, la puissance pour se faire reconnaître cause à la fois sa perte et sa grandeur.

À la différence des rois d’Israël qui voyaient dans leurs succès militaires la preuve de l’élection divine, à la différence de Mahomet qui imposa par l’épée l’islam aux pays arabes, Jésus – lui – a préféré perdre son procès plutôt que de s’imposer, être rayé du monde des vivants plutôt que de tuer lui-même, être assimilé à un maudit plutôt que de maudire.

Or il avait cette puissance, et il aurait pu l’exercer pour dominer ses accusateurs. Mais il préfère garder le silence, se laisser maltraiter, éliminer, plutôt que d’obliger Hérode à croire en lui grâce à des prodiges époustouflants, plutôt que de forcer Pilate à s’incliner devant lui en se montrant dans toute sa gloire.

Étonnante stratégie que cette non-violence royale.

Seul les forts qui n’ont pas de doute sur leur identité peuvent ainsi accepter de ne pas recourir à la violence pour l’imposer.

Seul les forts ne se sentent pas déstabilisés par l’agression d’autrui, au point de n’avoir pas besoin de rétablir la vérité qui finira toujours par triompher d’elle-même tôt ou tard.

Cette non-violence fut caractéristique des premiers témoins du Christ : les martyrs dans l’arène romaine ne criaient pas leur haine et ne se débattaient pas violemment contre leurs ennemis. Non : ils chantaient, ils priaient pour ceux qui les persécutaient. Ils ne prêchaient pas le soulèvement armé pour résister à Néron, car ils savaient que la violence n’aurait alors fait que changer de maître, pas de nature. À la différence des djihadistes et autres kamikazes qui croient servir leur Dieu à travers des attentats, des suicides explosifs, des violences terroristes, les martyrs chrétiens témoignent depuis 2000 ans que la violence ne sert finalement à rien. Elle est non seulement inefficace, mais également contre-productive : la violence nourrit le sentiment de revanche, la force nourrit la haine, la victoire des armes prépare la défaite dans les coeurs.

Et surtout, la violence est contraire à la royauté du Christ : la façon dont le Christ désire régner est celle de l’amour, librement choisi et donné.

Explorons le rôle qu’a joué la violence dans la vie de Jésus, en pensant à la nôtre bien sûr.

 

La violence comme réponse à l’Évangile

Dès sa naissance, Jésus semble déchaîner la violence autour de lui par sa seule présence. Non-violence : la voie royale dans Communauté spirituelle massacre-des-innocents-poussinLe massacre des innocents rapporté par Luc a sûrement pour but de faire un parallèle inversé entre la naissance de Jésus et la libération d’Égypte marquée par la 10° plaie où les premiers-nés égyptiens sont exterminés par l’ange de la mort. Quoi qu’il en soit de la réalité historique, la réaction du roi Hérode à la bonne nouvelle de la naissance du Messie est passée rapidement de la curiosité à la jalousie meurtrière.
Voilà donc un roi qui envoie ses gardes contre celui qui refusera de faire de même…

Par la suite, les paroles et les actes de Jésus susciteront tellement de crainte de la part des puissants qu’ils vont s’allier pour conspirer contre lui, et le faire tomber sous de fausses accusations. Plusieurs fois on veut lapider ce prophète si radical ; plusieurs fois on lui manifeste mépris et exclusion. Et bien sûr, toute cette opposition culminera lors du procès et de la Passion en violence physique, morale, religieuse d’une intensité indicible.

 

La violence de l’Évangile

Jésus refuse de s’imposer par la force, et pourtant il n’hésite pas à utiliser une certaine forme de violence au service de l’Évangile. Quand il chasse les vendeurs du Temple de Jérusalem à coups de fouet (Jn 2,15), on est loin d’un doux Jésus sulpicien et un peu guimauve. Quand il traite les pharisiens d’hypocrites (Mt 23, 13-29) et les scribes de sépulcres blanchis (Mt 23,27) on ne peut pas dire qu’il soit mièvre ou « peace and love » ; quand il défie Hérode, « ce renard » (Lc 13,32), ou les juifs qu’il accuse d’avoir le diable, le menteur pour Père (Jn 8,44), il est plus proche du Jésus de Pasolini (dans le film l’Évangile selon Matthieu, 1964) que de celui de Zeffirelli (dans le film Jésus de Nazareth, 1977).

D’ailleurs Jésus a diagnostiqué que le royaume de Dieu souffre violence : « le Royaume de Dieu est annoncé, et tous s’efforcent d’y entrer par violence » (Lc 16,16).

S’il est non violent, Jésus n’en est pas pour autant dépourvu de combativité : son fighting spirit se traduit en gestes symboliques perçus comme scandaleux et en paroles tranchantes.

 

Le roi non-violent

Reste que la formidable puissance dont il dispose, Jésus n’a jamais voulu l’utiliser contre ses détracteurs. Il a déçu nombre de ses disciples à cause de cela, en refusant de les lancer dans la lutte armée contre l’occupant romain. Judas en sera tellement meurtri qu’il le livrera aux chefs du peuple.

Piètre révolutionnaire qui n’organise pas ses troupes pour la conquête du pouvoir !

Sans doute Jésus sait-il d’expérience – la longue expérience d’Israël remplie de sang et de vengeance – que l’usage de la force n’engendre qu’injustice et ressentiment de génération en génération : « Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. » (Mt 26,52)

Plus encore, parce qu’il reçoit sa royauté de son Père, Jésus est non violent par nature.

Car Dieu règne lorsque la libre adhésion de ses amis les fait entrer dans son intimité. Pas lorsqu’on veut imposer la foi en forçant les consciences et les libertés.

9782873564599 Christ dans Communauté spirituelleLa non-violence de Jésus, en ce sens, ne ressemble pas à celle de Gandhi ou de Martin Luther King : c’est plutôt l’inverse. La non-violence du Christ est à la source de notre courage non-violent. C’est en le contemplant que nous pouvons trouver la force de ne pas céder à la violence. C’est en le suivant que nous pouvant endurer sans répondre au mal par le mal. C’est en communiant à son être que nous adopterons une juste attitude vis-à-vis de ceux qui nous font souffrir.

Ni vengeance ni lutte armée : la royauté du Christ nous indique une autre voie pour régler nos conflits, nos inévitables dissensions.

Alors, devant Pilate, Jésus est lucide : la violence de la justice romaine va le broyer, il le sait bien ; la haine des responsables juifs va l’humilier, il en a transpiré du sang à Gethsémani ; l’aveuglement de la foule va demander sa crucifixion, il y est préparé. Ce n’est pas en luttant par les armes que lui ou ses disciples pourraient renverser la situation. C’est en aimant jusqu’au bout ceux qui le détestent que la royauté du Christ vaincra le déferlement de violence qui s’abat sur lui.

Le concile Vatican II le dira en une formule-clé : « le Concile déclare [?] que la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Dignitatis Humane 1)

 

La non-violence évangélique est encore une idée neuve dans notre humanité.

De nos familles aux peuples des nations, en passant par nos entreprises ou nos quartiers, c’est la voie royale pour devenir avec le Christ de véritables artisans de paix autour de nous. 

 

1ère lecture : La royauté du Fils de l’homme (Dn 7, 13-14)

Lecture du livre de Daniel

Moi, Daniel,
je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui.
Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Psaume : 92, 1abc, 1d-2, 5

R/ Jésus Christ, Seigneur, tu règnes dans la gloire.

Le Seigneur est roi ;
il s’est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force. 

Et la terre tient bon, inébranlable ;
dès l’origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.

2ème lecture : Le sacerdoce royal des sauvés (Ap 1, 5-8)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père, à lui gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen.
Voici qu’il vient parmi les nuées, et tous les hommes le verront, même ceux qui l’ont transpercé ; et, en le voyant, toutes les tribus de la terre se lamenteront. Oui, vraiment ! Amen !
Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, je suis celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.

Evangile : « Je suis roi » (Jn 18, 33-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Lorsque Jésus comparu devant Pilate, celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? »
Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? »
Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. »
Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »
Patrick Braud

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19 novembre 2011

Roi, à plus d’un titre

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Roi, à plus d’un titre

 

Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année A / 20/11/2011

 

La figure du Christ-Roi est le point d’orgue final de toutes nos années liturgiques. La célébrissime parabole du jugement dernier de Mt 25 met en scène un roi qui sépare, qui répartit l’héritage paternel entre les élus, et qui envoie les damnés en enfer.

 

Une récupération nostalgique

Arrêtons-nous sur cette image du roi qui a donné son nom à la fête liturgique.

En France, parler du Christ-Roi peut susciter un certain malaise. L’extrême droite catholique ne s’est jamais remise du « meurtre du père » que représente pour elle Roi, à plus d'un titre dans Communauté spirituelle parle_commande_regnel’exécution de Louis XVI en 1793. L’Action Française (condamnée en cela par Rome) a toujours cherché à exploiter ce thème du ?règne social du Christ’ pour constituer une contre-société soi-disant catholique, où tout serait régi par les lois de l’Église. Du coup, parler du Christ-Roi a souvent un parfum d’intégrisme, ou au moins d’intégralisme, c’est-à-dire d’une vision de la société où le religieux commanderait au politique. « Parle, commande, règne » chantaient nos aînés en réaction contre les violences de la loi de 1905…

 

Avouons-le : en régime présidentiel largement plébiscité malgré ses faiblesses, dire que Jésus est roi ne simplifie pas le dialogue avec les non chrétiens.

On peut essayer de contourner la difficulté en repoussant cette royauté à la fin des temps seulement, ce qui permet d’échapper au soupçon de totalitarisme religieux pour aujourd’hui. Ou bien en élargissant cette royauté à l’univers entier, ce qui dilue son impact local.

 

Le roi a plus d’un titre

Ne pourrait-on pas replacer cette appellation Christ-Roi dans l’ensemble des autres appellations utilisées pour dire qui est Jésus ?

Car ce roi a plus d’un titre. Le seul titre royal ne peut suffire à le définir, et les autres titres qui lui sont décernés empêchent d’absolutiser ce titre royal, tout en lui redonnant son importance réelle.

Nous sommes un peu ainsi. Pour dire qui est votre collègue de travail, vous emploierez plusieurs titres : Monsieur, mari de, père de, responsable de, chef, président, secrétaire, trésorier, cousin, grande gueule, chouchou, roi de la combine ou tête de Turc de l’équipe etc…

Il nous faut plusieurs titulatures pour approcher le mystère d’une personne.

À plus forte raison pour Jésus : le titre de roi ne s’éclaire qu’en faisant système avec les autres titres qu’on lui attribue.

 

Titulature royale

Si le titre de roi vous fait peur par excès d’autorité, souvenez-vous qu’on appelle également Jésus « Rabbi », c’est-à-dire : enseignant plein de sagesse et de pédagogie, formant ses disciples dans une relation d’initiation, sans domination aucune.

Si décidément vous n’êtes pas royalistes, quittez votre représentation politique en appelant Jésus « Berger » (Jn 10), Agneau de Dieu (Jn 1) ou serviteur (Jn 13, cf. Is 42 ; 49 ; 52-53).

Si roi vous semble un titre obsolète, appelez-le « l’Alpha et l’Oméga » (Ap 1,8 ; 21,6 ; 22,13).

Si roi est un titre qui vous parle, enrichissez-le de « prince de la paix » (cf. Is 9), « prince de la vie » (Ac 3,15), « rejeton de David » (Ap 5,5), « roi des rois » et « seigneurs des seigneurs » (Ap 17,14 ; 19,16).

Ce roi-là est Sauveur, Emmanuel, Dieu avec nous (Lc 2,11). Il est en même temps prophète, grand prêtre (cf. la lettre aux Hébreux). Sa grandeur est telle qu’on le compare au Logos des Grecs : le Verbe en personne (Jn 1).

 

Sa manière d’être roi sera celle d’un consolateur, d’un avocat (1Jn 2,1), d’un époux (Mt 9 ; 25), d’un témoin fidèle (Ap 1,5).

Il est le nouvel Adam (Rm 5), le lion de la tribu de Judas (Ap 5,5), le Messie (= l’Oint = le Christ), la porte (Jn 10), le premier-né (Col 1,18 ; Ap 1,5) etc…

Son intimité avec Dieu est telle qu’on l’appelle fils de Dieu (Lc 1,35 etc.) et fils de l’homme (Jn 1,51 ; 6 cf. Dn7,13).

 

Bref, c’est de manière royale que Jésus exerce les autres titres qu’on lui décerne. Et ces titres renvoient à une royauté unique et paradoxale où Jésus se révèle plus roi que les rois humains.

 

Une révélation, pas une projection

C’est d’ailleurs une règle d’interprétation des titres de Jésus. On prend une réalité  Jésus dans Communauté spirituellehumaine, sociale, politique, pour essayer d’approcher l’identité de cet homme. Mais en réalité, il faut faire un mouvement inverse.

C’est à partir de l’identité de Jésus que nous pouvons comprendre ce qu’est un roi, un prince, un berger, un leader etc…

Les titres messianiques ne sont que des images.

Mais ce sont davantage des révélations sur l’homme que des projections sur Dieu.

Celui qui veut savoir ce qu’est un roi en vérité peut lire dans la vie de Jésus une révélation proprement politique. Jésus n’est pas roi à la manière humaine. Ce sont les rois, les présidents, les responsables humains qui sont appelés à exercer leur mandat dans l’Esprit de Jésus.

 

C’est d’ailleurs un argument fort dans la controverse avec les musulmans qui nous reprochent d’appeler Jésus « fils de Dieu ». Pour eux, Dieu ne peut pas avoir de fils, car il n’a pas de femmes ! Il devrait être facile de leur montrer que ce titre n’est qu’une image, et qu’en vérité ce sont les fils humains qui sont appelés à ressembler à Jésus, beaucoup plus que Jésus ne ressemble aux enfants des hommes.

 

Fêter le Christ-Roi n’a donc à rien de nostalgique ni d’intégriste : c’est fêter ce à quoi tout pouvoir est appelé.

Et chacun d’entre nous détient du pouvoir, qui fait de lui un roi d’une manière ou d’une autre.

 

 

1ère lecture : Dieu, roi et berger d’Israël, jugera son peuple (Ez 34, 11-12.15-17)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur Dieu : Maintenant, j’irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de brouillard et d’obscurité. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice. Et toi, mon troupeau, déclare le Seigneur Dieu, apprends que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

 

Psaume : 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

 

2ème lecture : La royauté universelle du Fils (1Co 15, 20-26.28)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal. C’est lui en effet qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

 

Evangile : La venue du Fils de l’homme, pasteur, roi et juge de l’univers (Mt 25, 31-46)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 9-10)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’
Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’
Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Patrick Braud

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20 novembre 2010

Un roi pour les pires

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Un roi pour les pires

 

Homélie du Christ Roi / Année C

21/11/2010

 

Le sacre de Napoléon 1°

Un roi pour les pires dans Communauté spirituelle versailles_sacre_napoleon

 

Si vous avez vu cette immense toile (10m x 6m!) du peintre Jacques-Louis DAVID au Louvre, vous vous souvenez certainement du geste orgueilleux du nouvel empereur. Au milieu du faste de la cérémonie, il prend lui-même la couronne pour « se faire » empereur. Puis il couronne Joséphine.

Un témoin raconte :

« la couronne étant placée sur l’autel, Napoléon la prit de ses mains et la posa lui-même sur sa tête ; cette couronne était un diadème de feuilles de chêne et de laurier en or ; des diamants formaient les glands et les fruits. Cela fait, l’empereur prit également sur l’autel la couronne destinée à l’impératrice, et la mit sur la tête de Joséphine à genoux devant lui.

[... ] Puis l’empereur, assis, la couronne sur la tête, et la main sur les Saints Évangiles, prononça le serment. » (extraits de Mémoires d’une femme de qualité, Paris, 1830)

 

Le sacre du crucifié

Ce couronnement de l’empereur contraste singulièrement avec le couronnement dérisoire du Christ : une tresse d’épines, un titre ironiquement « royal » inscrit sur une pancarte de bois [1], et comme témoins d’intronisation des soldats d’occupation, deux criminels de droit commun ?

  01-INRI Christ dans Communauté spirituelle

D’ailleurs, qui parle de roi, de règne dans cet évangile ?

Les soldats : « si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ».

Et le « bon larron » – ou du moins le malfaiteur curieusement appelé ainsi par la tradition, alors qu’il n’est pas meilleur que l’autre ! - : « Jésus souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne ».

Les soldats voient la royauté du Christ comme Napoléon voyait son sacre : se couronner soi-même, se sauver soi-même. Une royauté pour soi, pour sa gloire.

Le malfaiteur voit la royauté du Christ pour les autres : il espère qu’intronisé, Jésus se souviendra de lui.

La réponse du Christ est étrangement princière, et semble davantage provenir d’un trône que d’une croix infamante :

« Dans la promesse qu’il lui fait, Jésus s’élève au-dessus de la condition de l’homme : il parle en Dieu. Il est là, sur la Croix, semblable à un esclave, au dernier des esclaves ; mais il y a conservé la nature divine ; et parlant d’un haut d’un trône plutôt que d’une croix, il fait acte d’une puissance souveraine : il distribue le Ciel ». 

(saint Léon le Grand : sermon II sur la Passion, 1)

 

N’oublions jamais la malédiction qui s’attachait à un crucifié : « maudit soit quiconque pend au gibet de la croix » (Dt 21,23 // Ga 3,13).

Transformer la croix, ce symbole de l’exclusion, du rejet par les hommes et par Dieu, en un trône royal : voilà ce que fait la parole du criminel à qui Jésus révèle le vrai sens de sa royauté : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis »

C’est donc une royauté qui sauve ceux qui font confiance. « Nous avons ce que nous méritons » : eh bien non ! Avec le Christ ce n’est pas « au mérite » ! C’est « à la grâce », à la « merci » d’un don gratuit…

« On lui a infligé cette injure nouvelle de l’associer, lui, l’innocent, à des scélérats. Nous, nous avons tué des hommes qui voulaient vivre, lui a ressuscité des morts ; nous avons pris le bien d’autrui, lui, il a ordonné de distribuer ce que l’on possède ».
(saint Jean Chrysostome : sermon II sur le Bon Larron, 3)

 

Notre royauté baptismale

Par le baptême, nous sommes configurés au Christ, prêtre, prophète et roi.

Retrouvons notre dignité royale à l’image du crucifié, maudit de tous, et pourtant ouvrant aux coupables la porte du paradis.

 

Voilà une piste solide pour exercer notre royauté avec le Christ : offrir gratuitement aux pires d’entre nous une solidarité, une communion réelle (« avec moi ») qui transforme leur présent (« aujourd’hui », « dans le paradis »).

 

- En entreprise, cette royauté baptismale va transformer l’exercice de l’autorité hiérarchique (indispensable) en une farouche volonté de promouvoir ses collaborateurs, de donner sa chance à celui que tous condamnent, de dépasser les rapports marchands pour respecter la personne qui est en face. Et une personne humaine est toujours plus grande que ses actes, les meilleurs comme les pires.

 

- En famille, cette royauté baptismale va mettre enfants et parents à l’école d’une même générosité d’attention à l’autre, pour apprendre à vivre ensemble.

 

- En Église même, cette royauté baptismale devrait faire voir les « titres » et les responsabilités autrement ! Un évêque comme une catéchiste devraient « royalement » se ficher des honneurs et des titres, et ne se passionner que pour le salut des brebis perdues, des enfants « difficiles », des « mécréants » proches du bon larron…

 

Le premier acte du roi Jésus est « aujourd’hui » d’inviter un criminel à partager son paradis (avant Marie elle-même…).

Nous serons rois par lui, avec lui et en lui, si nous répercutons cette invitation à tous les damnés de la terre qui se croient maudits des hommes, maudits de Dieu.

 

 


[1]. INRI = ‘Jésus de Nazareth Roi des Juifs’, en trois langues, ce qui annonce malgré tout l’universalité de cette  étrange royauté ; cf. saint Augustin : « c’était les trois langues qui avaient la prééminence à cette époque : la langue hébraïque, la langue de ceux qui avaient la gloire de posséder la Loi de Dieu ; la langue grecque, la langue de la sagesse humaine, et la langue latine, la langue de ceux qui commandaient à l’univers »

 


1ère lecture : David reçoit l’onction royale (2S 5, 1-3)

Lecture du second livre de Samuel

Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Nous sommes du même sang que toi !
Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de l’armée d’Israël, et le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.’ »
C’est ainsi que tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël.

 

Psaume : Ps 121, 1-2, 3-4, 5-6a.7a

R/ Ton règne, Seigneur, est un règne de paix

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Que la paix règne dans tes murs ! »

2ème lecture : Dieu nous a fait entrer dans le royaume de son Fils (Col 1, 12-20)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères,
rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint.
Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés.
Lui, le Fils, Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui.
Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui.
Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté.
Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,sur la terre et dans les cieux,en faisant la paix par le sang de sa croix.

 

Evangile : Le Roi crucifié (Lc 23, 35-43)

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Patrick Braud 

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