L'homelie du dimanche

28 juillet 2019

Êtes-vous croissant ou décroissant ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Êtes-vous croissant ou décroissant ?

Homélie pour le 18° Dimanche du temps ordinaire / Année C
04/08/2019

Cf. également :

Vanité des vanités…
La double appartenance
Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !
La sobriété heureuse en mode Jésus

Êtes-vous croissant ou décroissant ? dans Communauté spirituelleRien à voir avec le petit déjeuner ! C’est l’Évangile du jour (Lc 12, 13-21) qui semble rejoindre nos questions très actuelles sur l’urgence écologique. Jésus parle de l’accumulation des richesses (des récoltes en l’occurrence) dans des greniers toujours plus nombreux et plus vastes, alors que la vie éternelle ne s’achète pas : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? ».

L’opinion publique contemporaine suit les médias et les scientifiques du climat qui nous alertent : attention, à quoi sert d’accumuler des richesses, de faire croître sans cesse le PIB [1], si c’est en pillant les ressources (limitées) de la Terre et en la rendant irrespirable ? La version sécularisée de l’histoire des greniers de Jésus en quelque sorte…

C’est d’autant plus troublant que dans les évangiles, Jésus semble à d’autres moments tout à fait partisan de la multiplication des richesses grâce au travail humain. La parabole des talents par exemple, avant d’évoquer les talents spirituels, reconnaît bel et bien la logique de l’investissement et du rendement croissant au cœur de notre économie, « jusqu’à cent pour un » comme il le dit dans l’autre parabole du semeur ! D’ailleurs, dès le premier chapitre de la Bible, l’impératif divin de la Genèse ne laisse planer aucun doute : « croissez et multipliez-vous » (Gn 1,28).

De manière étonnante, ces deux courants de pensée vis-à-vis de la création de richesses ont engendré toute une gamme de positions en débat aujourd’hui.

Il y a ceux qui pensent que la croissance peut être quasi-illimitée, grâce à la science et le progrès technique. La majorité des économistes classiques et néoclassiques misent tout sur cette croissance, seule capable de créer des emplois, de nourrir bientôt 12 milliards d’habitants, de continuer la courbe de progrès et l’amélioration du niveau de vie, de l’espérance de vie pour tous. Bien sûr les ressources naturelles sont limitées, mais l’intelligence humaine a inventé le charbon après le bois, puis la vapeur, l’électricité, l’énergie nucléaire, et chaque rareté des biens disponibles entraîne un nouveau cycle basé sur d’autres progrès techniques. Devant les critiques écologistes, les politiques tempèrent cet enthousiasme tout droit issu du mythe du progrès en parlant de développement certes mais soutenable, durable. De plus, la croissance continue à accroître le fossé des inégalités de façon dangereuse, préparant la voie à toutes les révoltes [2].

Il s’agit de garder une pente ascendante : ni trop pour ne pas épuiser la terre, ni trop peu pour ne pas compromettre notre niveau de vie et l’emploi.

croissance economique

Inoxydable oxymore le developpement durable ?Face à eux, la contestation des décroissants est radicale : l’humanité court au suicide si elle continue à vouloir remplir toujours plus de greniers en pillant la terre et en épuisant ses ressources. Alors que pendant des millénaires, la croissance n’existait quasiment pas [3]. Il faut donc donner un coup d’arrêt – et pas seulement un coup de frein – à cet appétit destructeur. Apprendre à vivre avec moins de biens matériels, apprendre à ne pas chercher à posséder toujours plus, à se contenter de ce qu’on a : voilà quelques pistes de la sobriété heureuse et de ces courants promouvant la décroissance. Ce qui n’est pas sans rappeler l’invitation à la pauvreté volontaire de Jésus (lui-même n’a pas de pierre où reposer la tête), qui a révolutionné l’Europe avec François d’Assise et sa fraternité basée sur la non-possession, avec les monastères bénédictins menant une vie simple sans chercher d’autres richesses que celles permettant à la communauté de continuer à prier et travailler (du moins au début, car la tentation de l’avoir corrompra même les meilleurs hélas !). D’ailleurs, beaucoup d’abbayes sont aujourd’hui encore dotées d’un versant de production industrielle (bière, fromage, informatique, voire même conseil en management !) qui a les traits d’un véritable business, mais dont l’objectif n’est pas de croître et de s’étendre sans cesse. Regroupés sous le label ‘Monastik’, ces activités brassent de l’argent, dégagent des bénéfices, mais seulement à raison des besoins – simples – des communautés, pour qu’elles soient libres de poursuivre leur but ultime : la louange et l’accueil, non le profit. Le profit retrouve ainsi sa place : bon serviteur, mauvais maître.

DecroiLune croissance dans Communauté spirituelle

Voilà de quoi mettre les deux courants de pensée précités en dialogue : tout dépend de l’attitude spirituelle qui est la vôtre. Si la convoitise et l’appétit de jouissance président à votre travail, vous deviendrez vos propres fossoyeurs. Si à l’inverse vous refusez la vocation humaine à régner sur le monde, vous risquez de nous faire régresser à des niveaux de vie misérables et insupportables.

Le Christ appelle à la fois la multiplication des richesses pour tous et à l’esprit de pauvreté qui rend libre de toute attache, de possession ou de convoitise. Il manie l’image de la moisson abondante, mais lui ne possède rien ni personne. Il sait bien que l’envie d’accumuler sans cesse est un piège mortel, et il appelle à ce que chacun ait de quoi vivre dignement de son travail.

le chat et l'humilitéLe sage Qohélet de notre première lecture appelait déjà il y a 3000 ans à se débarrasser de l’illusion de la réussite matérielle :

« Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal ! En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité » (Qo 2, 21-23).

Après Pâques, les Églises locales seront partagées entre ces deux grands courants. L’Église de Jérusalem misera plutôt sur ce qu’on pourrait appeler avec anachronisme un ‘communisme intégral’ : « La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul coeur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun » (Ac 4,32). L’Église d’Antioche invitera plutôt chacun à partager son surplus de richesses qu’à abandonner ses biens. Paul sera fier de travailler de ses mains pour n’être à la charge de personne (le premier prêtre ouvrier dirait certains !). Et il encourage clairement à faire de même : « celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2Th 3, 6-13). Constatant que l’Église de Jérusalem s’est mise dans une situation catastrophique en vendant les biens de chacun, Paul va organiser une grande collecte tout autour du bassin méditerranéen (cf. 2Co 8-9) pour venir en aide à ces utopistes de la première heure qui avait renoncé à produire des richesses à cause du supposé retour imminent du Christ en gloire.

 écologiePar la suite, l’Église catholique à continuer à prôner l’esprit de pauvreté (franciscains, dominicains, ordres mendiants) et à critiquer les riches dans la lignée de saint Jacques (premier ‘évêque’ de Jérusalem) : « Vous les riches, pleurez à grand bruit sur les malheurs qui vous attendent ! Votre richesse est pourrie, vos vêtements rongés des vers ; votre or et votre argent rouillent et leur rouille servira contre vous de témoignage, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous vous êtes constitué des réserves à la fin des temps ! Voyez le salaire des ouvriers qui ont fait la récolte dans vos champs : retenu par vous, il crie et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur Sabaoth. Vous avez eu sur terre une vie de confort et de luxe, vous vous êtes repus au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez assassiné le juste : il ne vous résiste pas » (Jc 5, 1-6). L’aversion des pays du sud de l’Europe pour l’argent sale, la corruption, les milliardaires etc. vient de leurs racines catholiques. Dans les années 60-80, Frère Roger de Taizé prolongeait cette ligne en appelant à une « dynamique du provisoire » inversant la logique de l’accumulation : « une des pures joies d’Évangile est d’avancer encore et toujours vers une simplicité du cœur qui entraîne à une simplicité de vie ».

L'éthique protestante et l'esprit du capitalismeLes Églises protestantes du nord ont plutôt suivi l’autre courant biblique, reconnaissant dans la croissance des richesses un signe de la bénédiction divine. C’est la fameuse thèse de Max Weber sur « l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme » (1904-1905) : les héritiers de Calvin considèrent comme un devoir et une bénédiction de faire fructifier la terre grâce à l’activité humaine, de s’enrichir et d’augmenter le volume des affaires, sous condition de frugalité du mode de vie et de partage avec les pauvres. La philanthropie légendaire des milliardaires américains vient de là, ainsi que le rapport décomplexé à l’argent aux USA et ailleurs. On a vu ainsi récemment 18 milliardaires américains demander à être taxés sur leur fortune ! « Nous écrivons à tous les candidats à la présidence, qu’ils soient républicains ou démocrates, pour apporter notre appui à une taxe modérée sur les fortunes de un dixième des 1% des Américains les plus riches, sur nous » [4]. Ils sentent bien que l’accroissement des inégalités de patrimoine peut engendrer une situation socialement explosive et révolutionnaire. Warren Buffet vient par exemple de donner 3,6 milliards à des œuvres, amenant ainsi le montant total de ses dons à 34,5  milliards [5] !

À l’extrémité de l’arc-en-ciel des positions sur la croissance, les survivalistes prédisent le proche effondrement (collapse en anglais) final de la civilisation occidentale, victime de ces contradictions énergétiques, sociales, écologiques. Ces collapsologues construisent des abris « pour l’après », apprenant à cultiver pour vivre en autosuffisance, se regroupant en cercles de convaincus pour s’encourager à préparer la survie de leur famille après le cataclysme imminent. Cela fait irrésistiblement penser à l’annonce de la fin du monde (Armageddon) par les Témoins de Jéhovah, d’abord prédite pour 1918, puis 1942, 1975, puis prudemment « avant 1994 »… La sécularisation des grands thèmes religieux n’en finit pas de produire des résurgences sociales étonnantes !

Croissance illimitée, développement durable, développement soutenable, décroissance douce ou radicale, survivalistes : la bataille idéologique s’est déplacée de la lutte des classes au conflit des croissances. Et tout dépendra de ce que chacun veut finalement choisir pour son mode de vie. L’Évangile de ce dimanche va clairement dans le sens du deuxième courant : à quoi sert à l’homme de posséder tant de richesses si c’est pour le payer de sa vie ? « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu ». Jésus dit ailleurs : « là où est en trésor, là aussi est ton cœur » (Mt 6,21). Et les psaumes le répétaient : « si tu amasses des richesses, n’y met pas ton cœur » (Ps 61,11). Si le plus important pour toi est de gravir les échelons professionnels, d’acheter une résidence secondaire après la maison principale, de multiplier les placements pour être à l’abri de tout, alors tu seras absorbé par cette obsession d’avoir plus, toujours plus, et tu oublieras d’être avec.

Reste libre vis-à-vis de ce que tu possèdes, sinon ce sont tes biens qui te posséderont.

Qu'est-ce qu'un chef ?Le général Pierre de Villiers raconte que, quand il était chef d’état-major des armées, il se gardait toujours son mardi matin libre de toute réunions afin de préparer le Conseil de défense avec le président de la République le mercredi matin. Et quand on lui objectait : ‘comment pouvez-vous libérer une demi-journée par semaine sur l’agenda d’un responsable de votre niveau ? C’est impossible’. Il répondait : ‘c’est moi qui suis maître de mon agenda et non l’inverse. Il est là pour me servir, pas pour me commander’. Comme quoi la non-possession par les biens s’étend aux biens immatériels comme le temps. Mitterrand confiait d’ailleurs ne pas prendre de réunions le soir pendant son deuxième mandat de président. Il avait besoin de cette plage disait-il pour lire, se ressourcer, relire la journée écoulée, prendre de la hauteur, ne pas subir…

Alors, quels sont les greniers où nous entassons un tas de richesses inutiles ? Sur quoi se fixe notre obsession d’accumuler sans raison ? Pourquoi refuser de méditer sur la vanité de cette course à la possession : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? ».

Frugalité, sobriété heureuse, esprit de pauvreté, simplicité volontaire : à quelle conversion cela nous appellerait-il concrètement ?

 

 


[1]. L’indicateur du PIB pourrait être abandonné pour laisser place à de nouveaux outils de mesure du progrès réel de l’humanité, qui tiendraient compte de l’adéquation du développement économique et matériel avec la capacité biologique de la terre et du bien-être social. De nouvelles approches voient le jour : PID (Produit Intérieur Doux), IBH (Indice de Bonheur Humain), IDH (Indice de Développement Humain).

[2]. La croissance économique se calcule de manière globale sans prendre en compte le niveau d’équité de répartition des richesses entre individus. L’idée qu’elle serait un vecteur de réduction des inégalités n’est désormais plus recevable. Bien au contraire, 20% des habitants de la planète s’accaparent 80% des ressources ; les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux. Selon les Nations Unies, les 225 personnes les plus riches ont une fortune supérieure à ce que gagnent chaque année les trois milliards d’individus les plus pauvres (soit près de la moitié de l’humanité !). Les inégalités au sein d’un même pays ne cessent de croître également. En Europe centrale et de l’Est, malgré un fort taux de croissance ces dernières années, la proportion d’habitants vivant avec moins de un dollar par jour est passée de 0,5% en 1990 à 3,5% en 2005.

[3]. Est-ce qu’on a toujours connu la croissance ?
Anne-Laure Delatte : « Il y a des historiens de l’économie qui nous montrent que depuis la nuit des temps jusqu’à la révolution industrielle on a une croissance quasiment nulle. C’est-à-dire que la population augmentait mais le gâteau n’augmentait pas, voire augmentait un peu moins que la population ou à peu près au même niveau. Par exemple en France, on a les chiffres entre 1200 et 1800, la croissance du PIB par tête est de 30% en 600 ans, ce qu’on est capable de faire aujourd’hui en 15 ans environ. » Source : https://www.franceculture.fr/economie/la-croissance-est-elle-necessaire

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Que reste-t-il à l’homme de toute sa peine ? » (Qo 1, 2 ; 2, 21-23)

Lecture du livre de Qohèleth

Vanité des vanités, disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !
Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal !
En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos. Cela aussi n’est que vanité.

Psaume
(Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)

R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge. (Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ; tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ; dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

Deuxième lecture
« Recherchez les réalités d’en haut ; c’est là qu’est le Christ » (Col 3, 1-5.9-11)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous : vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir, et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle sans cesse en vue de la pleine connaissance. Ainsi, il n’y a plus le païen et le Juif, le circoncis et l’incirconcis, il n’y a plus le barbare ou le primitif, l’esclave et l’homme libre ; mais il y a le Christ : il est tout, et en tous.

Évangile
« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 13-21)
Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Patrick BRAUD

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21 septembre 2016

Le pauvre Lazare à nos portes

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le pauvre Lazare à nos portes

Homélie du 26° Dimanche du temps ordinaire / Année C
25/09/2016

Cf. également :

La bande des vautrés n’existera plus

Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

 

Une parabole géopolitique

lepauvrelazareetlweb.gifDans les années 60, la parabole du riche et du pauvre Lazare avait des résonances très politiques. Il suffit de relire le concile Vatican II dans son analyse des rapports Nord-Sud pour voir l’interprétation qui en était faite alors : le riche, c’était les pays du Nord (PIB, croissance, colonialisme…), et le pauvre Lazare c’était le Sud, particulièrement l’Afrique noire :

« Pour en venir à des conséquences pratiques et qui présentent un caractère d’urgence particulière, le Concile insiste sur le respect de l’homme: que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme « un autre lui-même », tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement, et se garde d’imiter ce riche qui ne prit nul souci du pauvre Lazare.

De nos jours surtout, nous avons l’impérieux devoir de nous faire le prochain de n’importe quel homme et, s’il se présente à nous, de le servir activement: qu’il s’agisse de ce vieillard abandonné de tous, ou de ce travailleur étranger, méprisé sans raison, ou de cet exilé, ou de cet enfant né d’une union illégitime qui supporte injustement le poids d’une faute qu’il n’a pas commise, ou de cet affamé qui interpelle notre conscience en nous rappelant la parole du Seigneur: « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40) ». Gaudium et Spes n° 27 (1965)

Paul VI pratiquait cette exégèse en appelant au développement intégral de tous les peuples ensemble, pas les uns sans les autres :

« Il ne s’agit pas seulement de vaincre la faim ni même de faire reculer la pauvreté. Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant. Il s’agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d’une nature insuffisamment maîtrisée; un monde où la liberté ne soit pas un vain mot et où le pauvre Lazare puisse s’asseoir à la même table que le riche. Cela demande à ce dernier beaucoup de générosité, de nombreux sacrifices, et un effort sans relâche. À chacun d’examiner sa conscience qui a une voix nouvelle pour notre époque. Est-il prêt à soutenir de ses deniers les œuvres et les missions organisées en faveur des plus pauvres ? À payer davantage d’impôts pour que les pouvoirs publics intensifient leur effort pour le développement ? À acheter plus cher les produits importés pour rémunérer plus justement le producteur ? À s’expatrier lui-même au besoin, s’il est jeune, pour aider cette croissance des jeunes nations ? » Popularum Progressio n° 47 (1967)

Aujourd’hui, fort heureusement, l’écart Nord-Sud s’est considérablement réduit, surtout grâce au décollage économique de la Chine, de l’Inde et du Brésil (cf. graphique).

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Où est Lazare ? 

Est-ce à dire qu’il n’y a plus de Lazare couché devant nos portes ?

Évidemment non. L’Afrique reste sans eau potable, sans électricité et sans agriculture vivrière dans la plupart de ses pays. La démographie y explose. Conjuguée aux questions ethniques, aux exactions islamiques et aux guerres imposées par l’Occident (Syrie, Libye…), les problèmes économiques en Afrique – qui sera trois fois plus peuplée que l’Europe en 2050 – vont engendrer crises, migrations, conflits.

Mais la nouveauté du contexte géopolitique est que désormais le pauvre Lazare est couché devant les portes de nos villes françaises (et européennes). C’est d’abord la misère des 150 000 SDF en France. Chaque hiver on s’émeut, on en parle, on ouvre les hébergements d’urgence (métro, gymnases, locaux associatifs etc.). Mais chaque hiver on s’aperçoit qu’ils n’ont pas même les miettes de la richesse française, pas de logements, pas d’hygiène, pas de revenus de survie pour beaucoup, et pis encore : pas de dignité reconnue. Ces Lazare-là aimeraient bien se rassasier des miettes qui tombent de nos tables. Pourtant l’assistanat ne fait pas diminuer leur nombre, et la machine à exclure fonctionne à plein régime (cf. par exemple le nombre de mères célibataires vivant au seuil de pauvreté).

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Le Christ aurait secoué nos consciences sur ce drame, comme l’Abbé Pierre a su le faire en hiver 1957. Il y rajouterait également les sans-papiers, les migrants légaux ou illégaux de nos centres de rétention à peine humains, les parias de tous bords, invisibles aux yeux des nantis qui font bombance à côté sans leur adresser la parole.

Réactualiser notre lecture politique de cette parabole est indispensable. Sinon, nous risquons de verser à nouveau dans le piège de l’aide individuelle, de la mauvaise conscience impuissante, ou de la leçon morale complètement inefficace.

Afficher l'image d'origineLe Christ dans l’Évangile ne s’intéresse guère à la création des richesses (dommage !). Il ne fait pas d’ « enquête sur la nature et les causes des richesses des nations » (Adam Smith en 1776). Il observe ce que la richesse produit chez ceux qui la courtisent. Il constate la transformation qui a lieu la plupart du temps dans les cœurs des riches s’endurcissant : leurs yeux ne voient plus Lazare, leurs oreilles n’entendent pas ses plaintes, leurs tables ne sont pas ouvertes. Alors que les juifs (comme les protestants) voient dans la richesse un signe de la bénédiction divine, Jésus sait d’expérience qu’il y a un piège à posséder beaucoup : devenir de moins en moins fraternel. Il ne condamne pas la richesse en tant que telle [1], mais avertit les riches que cela va être difficile pour eux d’entrer dans le royaume de Dieu !

Cet avertissement vaut pour les sociétés occidentales aujourd’hui. Et ce n’est pas l’émotion suscitée par une photo d’un enfant migrant mort sur une plage ou d’un enfant syrien hébété assis sur le siège rouge d’une ambulance après un bombardement qui va résoudre le problème. Être fraternel n’est pas une question d’émotion, mais de conscience. Conscience d’appartenir à une humanité commune où « la terre est à tous » comme aimaient le répéter les Pères de l’Église :

« La terre a été établie pour l’usage commun de tous, riches et pauvres ; pourquoi, vous les riches, vous attribuez-vous un droit personnel sur le sol ? La nature ne connaît pas les riches, elle qui nous met tous au monde pauvres. (…) La terre nous met au jour nus, démunis de nourriture, de vêtement, de boisson, et elle reprend nus ceux qu’elle avait fait naître, elle ne sait pas enfermer dans un tombeau l’étendue de nos propriétés. (…) (La nature) ne sait donc pas distinguer entre nous quand nous naissons, et elle ne le sait pas quand nous mourons. Elle nous crée tous semblables, elle nous enferme tous semblables dans le sein du sépulcre. »
Ambroise de Milan, sur Naboth

Alors, n’utilisons pas cette parabole pour des catéchèses sur l’au-delà ! Jésus n’est pas ici en train de décrire l’enfer ou le paradis : il utilise le croyable disponible de son époque (le feu, la soif, l’abîme…) pour avertir les riches d’être fraternels maintenant. Demain il sera trop tard.

 

L’antithèse du gérant astucieux

Afficher l'image d'origineD’ailleurs, la parabole du riche et du pauvre Lazare vient après celle du gérant habile (Lc 16,1-13). Et ce n’est pas par hasard. La première parabole s’adressait aux disciples. La deuxième aux pharisiens. La première met en scène un riche qui sait investir dans l’amitié pour préparer le lendemain difficile. La deuxième montre un riche qui ne vit que dans le présent : fête, bombance, nouba, bling-bling, au jour le jour, sans se poser la question du lendemain ni celle de son prochain. Alors que le gérant astucieux se fait des alliés en renonçant à un profit immédiat, le riche insensé ne vit que dans l’instant, prêt à marcher sur les pauvres, au sens propre comme au sens figuré, pour rejoindre sa table du festin.

Les disciples sont ainsi invités à devenir astucieux et habiles comme le premier gérant. Les pharisiens sont avertis eux que leur richesse (richesse d’argent, mais aussi richesse de suffisance quant à leur respect de la Loi) les expose à devenir aveugles et stériles devant la détresse de leurs frères.

 

Rajoutons en finale que le riche de la parabole veut faire jouer la solidarité familiale – la mafia dirait-on aujourd’hui – pour épargner à ses cinq frères le feu de l’enfer. La préférence familiale en quelque sorte… Pourquoi ne pense-t-il pas à tous les autres ? N’a-t-il pas appris de Lazare que les liens du sang ne sont pas sacrés s’ils détournent du pauvre ? Si le riche avait intercédé pour tous, un peu comme Abraham intercédait pour Sodome, qui sait si sa prière n’aurait pas été entendue ?

« Il se parle en lui-même et semble complètement isolé dans ses rêves mégalomanes, notre riche ne parvient pas à adresser une seule parole à Lazare, et lorsqu’il l’aperçoit, c’est uniquement pour imaginer quel service il pourrait bien lui rendre. Tout tourne autour de lui, et il ne parvient pas à sortir de cet égocentrisme mortifère. » [2]

 

« Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent ! »

Et nous chrétiens qui avons la chance d’avoir en plus le Verbe de Dieu en personne, écoutons-le nous ouvrir les yeux sur les Lazare couchés devant notre porte…

 


[1]. « S’il souffre de si cruels tourments, ce n’est point parce qu’il était riche, mais parce qu’il a été sans pitié » (saint Jean Chrysostome; homélie 2, sur l’épître aux Philippiens)

[2]. LEFRANC Agnès, « Luc 16.19-31 : un grand abîme », Lire et dire 89 (2011/3), p. 29-38.


1ère lecture : « La bande des vautrés n’existera plus » (Am 6, 1a.4-7)
Lecture du livre du prophète Amos

Ainsi parle le Seigneur de l’univers : Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Psaume : Ps 145 (146), 6c.7, 8.9a, 9bc-10

R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur !
ou : Alléluia ! (Ps 145, 1b)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

2ème lecture : « Garde le commandement jusqu’à la Manifestation du Seigneur » (1 Tm 6, 11-16)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Toi, homme de Dieu, recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins.

Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu, Souverain unique et bienheureux, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, lui seul possède l’immortalité, habite une lumière inaccessible ; aucun homme ne l’a jamais vu, et nul ne peut le voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Evangile : « Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance » (Lc 16, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.
Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : ‘Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.’ Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !’ Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’ Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ »
Patrick BRAUD

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15 février 2014

Donne-moi la sagesse, assise près de toi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Donne-moi la sagesse, assise auprès de toi

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
16/02/2014

Connaissez-vous le jugement de Salomon ? (1R 3, 16-28)

Donne-moi la sagesse, assise près de toi dans Communauté spirituelle 3solomon

On présente au roi Salomon un nouveau-né dont deux femmes se disputent la maternité, car elles ont accouché en même temps et l’un des deux bébés est mort-né. À l’époque, on ne mettait pas un bracelet aussitôt après l’accouchement aux nourrissons, et il n’y avait pas de test génétique pour dépister la vraie mère ! Que faire en un cas pareil ? La loi ne permet pas de décider, les prophètes non plus. Salomon, dans sa grande sagesse, a recours à un stratagème. Puisque la loi demande l’égalité, il demande d’amener l’enfant, de le couper en deux et de donner une moitié à chacune des deux femmes qui revendiquent d’être sa mère. Évidemment, sa vraie mère préfère renoncer à son droit pour que l’enfant vive, alors que l’autre se satisfera de ce compromis légal. Ce qui permet à Salomon de rendre justice en manifestant qui est vraiment la mère de cet enfant.

Voilà comment le roi Salomon est entré dans l’histoire comme la figure de la sagesse par excellence.

Le Christ s’inscrit dans cette lignée, car « il y a en lui bien plus que Salomon » (Lc 11,31).

Qu’est-ce qui a permis en effet au Christ d’accomplir la Loi et les prophètes (selon l’évangile de ce dimanche Mt 5, 17-37) ? Et nous, qu’est-ce qui va nous permettre d’articuler le droit de la loi et la justice de prophètes dans notre société française ?

Si on laisse le droit et la justice en face à face, les contradictions deviennent vite inextricables (summum ius, summa injuria disaient nos anciens). Car ce qui est juste est bien souvent contraire aux lois actuelles, et le droit oblige les prophètes à ne pas rêver d’un monde irréel (cf. « on n’est pas dans le monde des Bisounours ! »).

Le Christ est venu « accomplir et non pas abolir » (Mt 5,17).

La Loi et les prophètes ne suffisent pas pour accomplir la Loi et les prophètes, pour lever les contradictions entre éthique de responsabilité et éthique de conviction. Il faut un troisième terme, qui permettra d’aller de l’un à l’autre. Appelez cela dialectique hégélienne ou structure trinitaire, peu importe : l’essentiel est de retrouver la sagesse comme le troisième terme, le chemin d’humanisation du droit autrement trop dur, le chemin d’incarnation du sens prophétique autrement trop virtuel.

Quelle est donc cette sagesse ?

Les Grecs l’ont recherché pendant des siècles, et leur amour de la sagesse (philo-sophia) a forgé des fondements philosophiques puissants à la civilisation occidentale. Les juifs lui ont consacré plusieurs livres de la Bible (les Kettoubim = autres Écrits, dont notamment notre livre de Ben Sirac de ce dimanche), l’ont formalisée à travers le Talmud, cette Torah orale sans laquelle la Loi – la Torah écrite – est invivable.

Les chrétiens ont bénéficié de ce double héritage : ils ont baptisé la philosophie grecque et accompli la sagesse juive en Christ, suivant en cela la voie indiquée par Paul dans la deuxième lecture : « Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses » (1Co 2,10).

C’est donc une vision spirituelle du monde qui nous permettra d’articuler la Loi et les prophètes. Sans l’Esprit, la lettre de la loi tue. Les intégrismes religieux de tous bords continuent hélas à en faire la démonstration : si les textes religieux sont pris au pied de la lettre, dans une lecture fondamentaliste qui exclut toute interprétation spirituelle, alors le Coran comme la Bible conduiront à des guerres sans fin, à des dominations injustes, à des régimes inhumains.

Sans l’Esprit, la justice des prophètes n’est qu’une incantation, une parole en l’air. Car l’Esprit est celui qui unit la parole et la chair : la sagesse spirituelle est l’art du discernement qui situe l’appel prophétique ici et maintenant, qui l’incarne selon ce qui est possible effectivement actuellement.

Voilà donc les trois piliers de l’art de vivre biblique : la loi, les prophètes, la sagesse.

clip_image010 richesse dans Communauté spirituellePas seulement l’un ou l’autre, ni même les deux. Il faut les trois pour vivre ensemble. Or parmi les trois, il semble bien que ce soit la sagesse qui soit devenue la grande inconnue pour nos contemporains. La faute peut-être à l’enseignement de la philosophie : peu d’élèves de Terminale ressortent du lycée avec une soif de chercher la sagesse? La faute également à la perte du sens proprement spirituel de l’existence : lorsque l’Europe vit de plus en plus comme si Dieu n’existait pas, la vie se réduit alors à un horizon matériel très limité. S’il n’y a que nos années sur terre comme seul horizon d’action, la poursuite de l’intérêt immédiat prend le dessus. Le droit se durcit en défense des égoïsmes, les appels des prophètes deviennent violemment révolutionnaires.

La sagesse est d’introduire une vision venue d’ailleurs dans notre réalité, pour la transformer à l’image de ce qu’elle est appelée à devenir. « Ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le c?ur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu » (1Co 2,6-10).

Concrètement, le Christ se révèle maître de sagesse en interprétant la loi juive de manière radicalement nouvelle en Mt 5.

« Tu ne tueras pas » ne se limite pas au meurtre physique, mais s’étend à la violence verbale ou mentale de l’insulte, de la malédiction, de la colère.

« Tu ne commettras pas d’adultère » va plus loin que la seule tromperie physique, car il y a tant de façons d’être infidèle à son conjoint (même le travail ou le football peuvent y contribuer…).

Impossible de se croire à l’abri parce que on respecte la lettre de la loi : l’esprit de la loi nous demande d’aller beaucoup plus loin. Impossible également de mépriser la loi au nom d’un amour prophétique : « pas un iota de la loi ne disparaîtra », avertit Jésus, et cela concerne donc l’interdit du meurtre ou de l’adultère qui reste fondateur.

Aspirer à la sagesse pour articuler la loi et les prophètes est donc la prière la plus importante de celui qui veut être responsable de son action.

C’est la prière du roi Salomon : « Donne-moi la sagesse assise près de toi » (Sg 9,4).  Il aurait pu demander la richesse ou la puissance, la gloire ou la santé, il a préféré demander la sagesse pour savoir comment gouverner son peuple. Et le célèbre épisode du jugement de Salomon où un enfant a failli être coupé en deux manifeste que cette sagesse accomplit la loi en lui évitant de devenir mécanique, automatique, impersonnelle. En même temps, cette sagesse oblige le sens prophétique à trouver les moyens de défendre les plus faibles, non pas de manière violente, mais avec habileté et intelligence.

Aspirez à la sagesse !

Celle de Salomon, de Ben Sirac, de Jésus, de Paul, qui accomplit sans abolir celle des Grecs, des philosophes des Lumières, des meilleurs de nos penseurs actuels.

Pour gouverner votre famille, votre métier, vos réseaux amicaux et associatifs, la loi et les prophètes ne suffisent pas : sans la sagesse qui vient de l’Esprit de Dieu, vous serez vite ballottés d’un extrême à un autre.

« Car l’Esprit voit le fond de toutes choses… ».

1ère lecture : « Tu peux observer les commandements » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle.
Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.
La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.
Car la sagesse du Seigneur est grande, il est tout-puissant et il voit tout.
Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes.
Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a permis à personne de pécher.

Psaume : 118, 1-2, 4-5, 17-18, 33-34

R/ Heureux qui règle ses pas sur la parole de Dieu.

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout coeur ! 

Toi, tu promulgues des préceptes 
à observer entièrement. 
Puissent mes voies s’affermir 
à observer tes commandements ! 

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout c?ur.

2ème lecture : La sagesse de Dieu est ingorée du monde (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
c’est bien une sagesse que nous proclamons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent. 
Au contraire, nous proclamons la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dominent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le c?ur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Surpasser la justice des scribes et des pharisiens (Mt 5, 17-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La loi du Seigneur est joie pour le c?ur, lumière pour les yeux. Alléluia. (cf. Ps 18, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.  Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier souVous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son c?ur. Si ton ?il droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. 

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud

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28 septembre 2013

La bande des vautrés n’existera plus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La bande des vautrés n’existera plus

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
29/09/13

« La bande des vautrés n’existera plus ».

On croirait du Mélenchon dans le texte !

La bande des vautrés n'existera plus dans Communauté spirituelle Repas%20de%20romains%20(source%20La%20Documentation%20par%20l'image%201952)Il y a une telle violence dans la dénonciation d’Amos… Il ne supporte plus les inégalités sociales qui défigurent Jérusalem huit siècles avant Jésus-Christ. Il n’en peut plus de voir se pavaner les riches dans les repas mondains en ville. Il déteste leur bling-bling soi-disant culturel (« ils improvisent au son de la harpe ; ils inventent des instruments de musique ; ils se frottent avec des parfums de luxe… »). Il clame haut et fort que ces inégalités entre riches et pauvres minent la société de l’intérieur et que – conséquence logique – tout ceci va très mal se terminer : un ennemi extérieur exploitera la faille, la ville implosera faute d’unité, et cet étalage malsain de richesses sera dispersé dans l’exil et l’esclavage à Babylone.

 

Jésus n’est pas en reste.

lepauvrelazareetlweb.gifLa parabole du riche (anonyme, car ce n’est pas avoir une identité que d’être riche) et du pauvre Lazare (lui au moins à un prénom) a les mêmes accents violents que les implications d’Amos. Violence pire encore, puisqu’elle se situe pour toujours, dans la vie éternelle (ou l’enfer éternel).

S’entêter à ne pas partager, ne pas accorder même ses miettes à celui qui crève de faim sous la table : voilà qui nous rappelle l’attitude de bien des pays développés dont le nôtre ; ou le mépris de bien des parvenus vis-à-vis des mendiants d’aujourd’hui.

L’injustice est inacceptable, insupportable pour l’ami du Christ. Les inégalités inhumaines entre ceux qui ont tout et ceux qui luttent pour survivre sont injustifiables pour qui aime Dieu.

Il ne suffit pas de s’indigner, à la manière de Stéphane Hessel. L’indignation n’a jamais sauvé personne. Le Christ ne s’est jamais contenté d’une protestation ? fût-elle noble et nécessaire ? mais l’a toujours accompagnée d’une action efficace pour renverser la pyramide de la domination sociale. Il chasse les marchands du Temple, pardonne à l’adultère, multiplie les pains pour nourrir les foules, guérit ceux qui souffrent, sauve Zachée de sa cupidité, ouvre la porte du paradis au criminel suspendu à côté de lui etc…

La colère de Jésus devant les inégalités de son temps s’est toujours conjuguée avec une action forte, immédiate, où il s’implique tout entier. Cette parabole de Lazare est l’une de ces voies pour dépasser la seule et stérile indignation : il éduque le coeur des riches en les faisant réfléchir à leur avenir éternel ; il rend leur dignité aux Lazares couverts de plaies ; il appelle à une révolution de l’intérieur, celle où les riches se convertissent et où les pauvres ne désespèrent plus.

La doctrine sociale de l’Église catholique n’a cessé de relayer ces appels afin d’éveiller les consciences et d’agir avec efficacité contre les grands écarts sociaux qui minent la fraternité de l’intérieur. Citons par exemple Léon XIII en 1891, qui a des accents quasi insurrectionnels :

collectif-encyclique-rerum-novarum-de-leon-xiii-pape-sur-la-condition-des-ouvriers-livre-ancien-876202029_ML Amos dans Communauté spirituelle« Nous sommes persuadé, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritées.

Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. » (Rerum Novarum) 

Et exactement 100 ans après, Jean-Paul II faisait le bilan suivant :

 Jean-Paul II« Au début de la société industrielle, c’est l’existence d’un « joug quasi servile » qui obligea mon prédécesseur à prendre la parole pour défendre l’homme. L’Église est restée fidèle à ce devoir au cours des cent ans qui se sont écoulés depuis. En effet, elle est intervenue à l’époque tumultueuse de la lutte des classes, après la première guerre mondiale, pour défendre l’homme contre l’exploitation économique et la tyrannie des systèmes totalitaires. Après la seconde guerre mondiale, elle a centré ses messages sociaux sur la dignité de la personne, insistant sur la destination universelle des biens matériels, sur un ordre social exempt d’oppression et fondé sur l’esprit de collaboration et de solidarité. Elle a sans cesse répété que la personne et la société ont besoin non seulement de ces biens mais aussi des valeurs spirituelles et religieuses. En outre, comme elle se rendait toujours mieux compte que trop d’hommes, loin de vivre dans le bien- être du monde occidental, subissent la misère des pays en voie de développement et sont dans une situation qui est encore celle du « joug quasi servile », elle s’est sentie et elle se sent obligée de dénoncer cette réalité en toute clarté et en toute franchise, bien qu’elle sache que ses appels ne seront pas toujours accueillis favorablement par tous. » (Centesimus annus n° 61)

Les catholiques de tous pays ont entendu ces appels ; les uns à travers le syndicalisme, les autres à travers le ‘christianisme social’ en France, ou la théologie de la libération en Amérique latine etc., d’autres encore à travers l’humanitaire, la coopération entre les peuples, les oeuvres d’urgence (mère Teresa, Emmaüs…). L’essentiel est de conjuguer la parole prophétique (« la bande des vautrés n’existera plus ») et l’action de transformation sociale. Sinon, le christianisme deviendra ? du moins en Europe ? une sympathique survivance folklorique de pratiques rituelles et de croyances magiques d’autrefois.

« La bande des vautrés n’existera plus ».

Avant de pointer trop vite cette accusation prophétique contre les autres, prenons le temps d’examiner en quoi elle pourrait nous concerner chacun.

Il y a tant de manières d’être « vautré » aux dépens des autres !

- vautré dans son intelligence (avec pour corollaire le mépris des ?non-intelligents’) ;

- vautré dans sa classe sociale qui finit par monopoliser toutes les amitiés, tous les engagements, les loisirs, les modes d’habitation, le point de vue de ses membres ;

- vautré dans sa religion, ce qui finit par interdire aux autres d’avoir leur part de vérité ;

- vautré dans le matérialisme ambiant au point de devenir sourd ou indifférent aux questions spirituelles etc.

Se vautrer est le symptôme d’un excès qui se termine toujours par la domination d’autrui.

Ayons la violence d’Amos pour dénoncer ces excès, d’abord en nous, puis autour de nous.

Ayons l’espérance du Christ : Dieu renverse les puissants, il renvoie les riches les mains vides, il élève des humbles, et nous invite à le faire avec lui, pour toujours.

 

 

 1ère lecture : Contre le gaspillage insolent des riches (Am 6, 1a.4-7)

Lecture du livre d’Amos

Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Psaume : Ps 145, 5a.6c.7ab, 7c-8, 9-10a

R/ Chantons le Seigneur : il comble les pauvres !

Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu ;
il garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain.

Le Seigneur délie les enchaînés,
le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, 
le Seigneur redresse les accablés, 
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger, 
il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera !

2ème lecture : Vivre la foi au Christ (1Tm 6, 11-16)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins.

Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui fera paraître le Christ au temps fixé, c’est le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, lui qui habite la lumière inaccessible, lui que personne n’a jamais vu, et que personne ne peut voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Evangile : Parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour qu’en sa pauvreté vous trouviez la richesse. Alléluia. (2 Co 8, 9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait cette parabole :
« Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.

Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Alors il cria : ‘Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. 
Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir.
De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.’
Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ! »
Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! 
Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’
Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ » Patrick Braud

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