L'homelie du dimanche

25 août 2012

La liberté de partir ou de rester

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La liberté de partir ou de rester

Homélie du 21° dimanche ordinaire / année B
26 août 1012

Il y a comme un paradoxe dans la juxtaposition des lectures de ce dimanche. La première lecture (Jo 24,1-18) met en scène le choix libre des tribus d’Israël.

- « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ».

- « Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu ».

Le peuple aurait pu retourner à ses anciennes idoles : il en avait la possibilité. Josué (dont le nom a la même racine que Jésus = Dieu sauve) laisse donc à Israël le libre choix de rester dans l’Alliance ou de la quitter.

Jésus sera dans la droite ligne de Josué dans l’évangile : « voulez-vous partir vous aussi ? » Il s’expose ainsi à la libre réponse, positive ou négative, des Douze. Dans une secte, il est très difficile de quitter le groupe. Jésus a voulu qu’il soit très facile de quitter son Eglise… Ses disciples peuvent le quitter à ce moment-là, sans que Jésus les retienne de force.

Mais, au milieu de ces deux textes prônant la liberté de rester ou de partir, on lit le fameux passage fondateur du mariage chrétien (Ep 5,31-37) : « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un », à la manière de l’union du Christ et de l’Église : indissoluble.

Là, une fois engagé dans l’alliance, la liberté est de rester, pas de partir…

Comment résoudre cette contradiction apparente : servir Dieu, suivre le Christ  relève d’une libre décision qui a souvent besoin d’être réitérée alors que s’allier à son  mari / à sa femme relève d’une décision irrévocable?

On pourrait objecter que le mariage est à part, et que les cas de divorce si nombreux dans la vie conjugale n’ont guère de chance de se produire avec le Christ ! Pourtant, Jean prend bien soin de décrire la « scène de ménage » entre les disciples de Jésus et leurs maîtres. « Ce qu’il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ». C’est le même malentendu qui brise bien des couples : ce que dit l’un n’est plus compris par l’autre, et plus rien ne devient audible dans ce contexte d’incompréhension. Jésus le voit bien : « cela vous heurte ? » Et pourtant il en rajoute : « qu’est-ce que ce sera lorsque vous me verrez suspendu au bois de la croix, puis élevé dans la gloire ? » Un vrai divorce s’amorce entre Jésus et ses disciples, qui préfèrent le quitter sur la pointe des pieds. Judas, qui n’usera pas de cette liberté, sera tellement déçu par la suite qu’il livrera Jésus pour 30 pièces d’argent : il eût mieux valu qu’il parte à ce moment-là !

Dans tous les évangiles, ce divorce semble même aller grandissant : les chefs du peuple veulent éliminer Jésus, les romains s’en lavent les mains, les foules lui jettent des pierres et veulent le lapider, puis bientôt le crucifier.

Décidément, rechoisir régulièrement de rester ou de partir semble être une attitude de sagesse voulue par Dieu lui-même. Alors, pourquoi pas pour le couple ?

La réponse est peut-être dans la comparaison que Paul fait entre la relation mari / femme et la relation Christ / Église. « Ce mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin = sacrement) est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église ».

 

Dans le texte de Paul, c’est une identité de rapport, et pas une identité terme à terme. Souvenez-vous des fractions lors de vos découvertes algébriques en classe de troisième : a/b = c/d, mais a est différent de c, et b est différent de d !

Christ/Église = mari/femme, mais le mari n’est pas le Christ et la femme n’est pas l’Église ! Redisons-le c’est une identité de relation et non pas une identité terme à terme. Autrement dit : la relation entre un homme et une femme est élevée à une intensité si grande dans le sacrement de mariage qu’elle devient un signe, un sacrement de la relation Christ – Église.

La liberté de partir ou de rester dans Communauté spirituelle mariage

Dans l’histoire, souvent l’Eglise a « trompé » le Christ : en s’égarant à la recherche du pouvoir politique ou financier, en enfouissant ses trésors culturels par peur de déplaire etc. Les Pères de l’Église la décrivait comme une prostituée, capable de se vendre à ceux qui lui promettaient le plus… mais une « prostituée que le Christ ré- épouse tous les jours ».

La relation Christ – Église est réellement indissoluble, parce que sans cesse Dieu vient séduire et reconquérir l’humanité tentée par les idoles. « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2Ti 2,12)
Comment un homme et une femme pourrait-il devenir le sacrement vivant de cette Alliance s’ils la réduisaient à un CDD non reconductible ?

 

« Si c’est ainsi, il n’y a pas d’avantage à se marier » (Mt 19,10) osent dire les disciples en entendant Jésus rappeler cette exigence d’indissolubilité. C’est la même réponse, somme toute logique et libre celle-là, que font bon nombre de couples aujourd’hui. À quoi bon se marier à l’église si je veux rester libre de partir quand il n’y aura plus d’amour ? De fait, il est plus logique qu’aujourd’hui très peu se marient religieusement, car comment porter cette symbolique de la relation Christ/Église s’il l’on n’est pas soi-même un disciple du Christ, si l’on n’a pas fait le libre choix de l’adopter comme clé de voûte de tous ses amours ? Le mariage chrétien suppose la foi (et la nourrit en retour). Sinon, c’est comme demander à un sportif de porter une ceinture de sumo sans savoir à quoi il s’expose dans le cercle des combats à venir…

D’ailleurs, Jésus répond à l’objection de ses disciples sans baisser la garde de son exigence : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné ». Le tout, c’est de s’ouvrir à ce qui est donné…

Le libre choix de partir ou de rester est d’abord vis-à-vis du Christ. Les chrétiens, minoritaires de fait en France aujourd’hui, expérimentent à nouveau la liberté de choisir sur quoi, sur qui construire leur vie. Devenir chrétien n’est plus automatique comme autrefois, et c’est tant mieux. Ce n’est plus une identité héritée, mais librement choisie, assumée, portée par une communauté.

La liberté de choix la plus fondamentale est bien ici : « choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ». Une fois cette base solidement posée, le reste de l’édifice s’élève en cohérence avec ces fondations. Choisir son conjoint « pour la vie » s’appuie sur ce choix initial. Sinon, effectivement, il vaut mieux ne pas se marier pour pouvoir partir quand cela devient « intolérable » comme le dit Saint-Jean.

Paul a raison finalement de dire que le mariage est un mystère, c’est-à-dire une réalité si riche qu’elle brille de la réalité divine elle-même. Il rajoute : « ce mystère est grand ; je le dit en pensant au Christ et à l’Église ».

 

Quelle est notre liberté de partir/de rester (dans le couple, dans le travail, dans nos amitiés, nos engagements divers…) ?
Comment en faisons-nous usage ?
Sur quoi fondons-nous nos choix d’arrêter ou de durer ?

 

1ère lecture : Fidélité des tribus au Dieu unique (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)
Lecture du livre de Josué

Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les commissaires ; ensemble ils se présentèrent devant Dieu.
Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. »
Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a opéré tous ces grands prodiges et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume : 33, 2-3, 16-17, 20-21, 22-23
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes, 
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants 
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste, 
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os : 
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ; 
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs : 
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

2ème lecture : Le grand mystère du Christ, époux de son Église (Ep 5, 21-32)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères,
par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ;
car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps.
Eh bien ! si l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ;
il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ;
il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable.
C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même.
Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture :
À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.
Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église.

Evangile : Fidélité des Douze et confession de foi de Simon-Pierre (Jn 6, 60-69)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tes paroles, Seigneur, sont pour nous l’esprit et la vie. Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63.68)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s’écrièrent : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! »

Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?…
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.
Patrick Braud

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