L'homelie du dimanche

9 octobre 2017

Le festin obligé

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LE FESTIN OBLIGÉ

Homélie du 28° Dimanche ordinaire / Année A
15/10/2017

Cf. également :

Tenue de soirée exigée…

Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir

Recevoir sa mission d’une inconnue étrangère

Le Temple, la veuve, et la colère

Jésus évalué à 360°

   

Dans la foi chrétienne, l’essentiel n’est pas de donner, mais de recevoir.

Le festin obligé dans Communauté spirituelle noces

Cette affirmation peut paraître choquante. Comment ? On m’a pourtant appris qu’être chrétien c’est donner aux autres, être généreux, partager ! Elle en scandalisera beaucoup. Comment ? Celui qui n’a jamais rien fait de bien ou si peu dans sa vie, comment pourrait-il prétendre participer aux noces du fils de Dieu ?

Cette affirmation est cependant au cœur de la parabole des invités à la noce (Mt 22, 1-14). Jésus a inventé cette histoire pour nous faire réfléchir sur notre difficulté à accepter de recevoir gratuitement.

Et de fait, les refus qu’il met sur la bouche et dans les poings des invités sont surprenants.

a) Les premiers ne fournissent aucune excuse.
ob_0db26c_banchetto-di-nozze-3 donner dans Communauté spirituellePas même de ces pieux mensonges qui 
permettent diplomatiquement de conserver de bonnes relations tout en déclinant un dérangement qui nous déplaît. Non : ils traitent par le mépris les serviteurs chargés de leur carton d’invitation. Ils répondent par le silence à la parole du roi les conviant chaleureusement au festin.

Ce silence existe bien dans certaines de nos non-réponses, avouons-le. Nous sommes capables hélas de ne même pas prendre la peine de répondre aux invitations que nous recevons. Un peu comme une entreprise est capable de ne pas répondre aux CV que des chercheurs d’emploi lui envoient.

Pourquoi ces silences méprisants ? Parce que nous avons tout ce qu’il nous faut : nourriture, amis, cercle familial, salariés… Et donc aller à la noce n’ajouterait rien à ce que nous avons déjà (du moins le croyons-nous). Parce qu’il n’y a pas de place pour l’imprévu de Dieu dans nos agendas si bien tenus et planifiés. Parce que nous sommes de ceux que Jésus qualifie de « riches », c’est-à-dire de repus, n’attendant plus rien de Dieu, croyant avoir tout ou presque.

 

b) La deuxième catégorie de refus est plus explicite : « ils s’en allèrent l’un à son champ, l’autre à son commerce ».

ob_e4304f_banchetto-di-nozze-2 grâceL’excuse pour se dérober à l’invitation est ici professionnelle (agriculture, commerce). C’est vrai que nos vies professionnelles (ou retraitées, car c’est parfois tout comme !) sont contraignantes. Cédant à une certaine idolâtrie de leur dévouement au travail, certains sont prêts à sacrifier leur vie privée, l’équilibre de leur couple, pour monter plus haut dans une carrière. On peut se priver de voir grandir ses enfants, mettre son couple en péril, on peut passer complètement à côté de sa vie de citoyen, de militant associatif, de tous ces moments de gratuité qui demandent de ne pas être esclave de son métier. Au nom de la réussite, de l’argent à ramener sa famille (quitte du coup à ne plus vraiment la voir !). Les jeunes générations (les Y, les Millenials) semblent plus enclines que leurs aînées à vouloir limiter la toute-puissance d’attraction du travail. Ils se disent tentés par la sobriété heureuse, exprimant par là leur volonté initiale de brider l’emprise professionnelle pour pouvoir vivre avec moins mais mieux. On verra si dans 10, 20 ou 30 ans, ils ont su inventer une autre manière de travailler, d’autres rythmes, d’autres épanouissements personnels. Jésus en tout cas pointe une tentation aussi vieille que la civilisation : trop consacrer à son travail, au point de refuser d’être invité à un festin de noces, et pas n’importe lequel !

La question de l’équilibre vie privée / vie professionnelle se pose à chacun, et évolue avec l’âge. Mon investissement au travail m’empêche-t-il de répondre oui aux appels de Dieu à festoyer avec lui ? La question mérite au moins d’être posée. Une autre parabole, celle des chômeurs embauchés la 11° heure du jour, souligne en contrepoint que l’oisiveté n’est pas meilleure que le surinvestissement : Dieu appelle également au travail ! Le tout est de discerner le temps présent : est-ce le temps pour jouer de la flûte, danser et se réjouir ? Ou pour se retrousser les manches et transpirer sur son ouvrage ?

 

c) La troisième catégorie de refus est extrêmement violente, meurtrière : « les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent  ».

Le refus d’être invité atteint ici une forme d’être de paroxysme. Ne pas vouloir venir est une chose, massacrer les serviteurs chargés d’offrir ce cadeau en est une autre. Pourquoi tant de haine ? Est-ce déjà le déchaînement de cette fameuse violence mimétique que Jésus dénonce aussi dans la parabole des vignerons homicides ? Est-ce un début de révolution qui veut couper tous les liens avec le souverain, en attendant de lui couper la tête un peu plus tard ? Toujours est-il qu’ils signifient par-là ne plus vouloir avoir affaire au roi, préférant conquérir l’indépendance par la violence plutôt que de rester ses sujets, même invité à sa table.

vigneronshomicides morale

Dieu que c’est difficile d’accepter de recevoir ! Ces trois catégories d’invités décrivent nos propres tentations d’autosuffisance : être si repus qu’un autre désir est impossible, être si idolâtres que toute invitation de Dieu est inaudible ; être si jaloux de notre autonomie que nous mordons la main qui nous approche.

L’enjeu de la parabole est bien là : accepter d’être invités. Accepter de recevoir ce cadeau de Dieu désirant partager la joie des noces de son fils. Faire sienne cette joie qui n’était pas la nôtre ; se nourrir de mets succulents que nous n’avons pas préparés ni même mérités.

 

d) La colère du roi qui se manifeste alors est révélatrice : il est obligé de surmonter notre réticence à nous laisser aimer.

ob_1b12bb_banchetto-di-nozze-6 recevoir

Il oblige tous ceux qui sont rencontrés à remplir la salle des noces. Le terme obliger est fort. Il ne se rencontre d’ailleurs dans le Nouveau Testament que lorsque Jésus oblige ses disciples à remonter dans la barque pour traverser le lac. Notre réticence à nous laisser conduire est telle que Dieu est obligé de nous obliger ! Un peu comme un père oblige son enfant à goûter tel plat, tel sport inconnu pour lui faire découvrir ce qu’il ne découvrirait jamais autrement. Il y a des circonstances dans une vie ou Dieu – heureusement ! – nous oblige à recevoir de Lui. C’est la grâce d’un éblouissement spirituel, une rencontre bouleversante, une révélation décisive… Cette invitation est gratuite. C’est-à-dire qu’elle ne dépend pas de ce que nous avons fait. D’ailleurs le roi prend soin de préciser qu’il souhaite voir les bons comme les mauvais entrer dans la salle des noces. On retrouve le scandale évoqué au début : les mauvais eux aussi vont se régaler et se réjouir aux noces divines !

Décidément, la foi chrétienne n’est pas d’abord mener une vie morale, être bon ou mauvais. Être chrétien c’est accepté d’être invité gracieusement à entrer dans la communion au fils de Dieu qui nous unit à son Père (ce qui fait de l’éthique une réponse, et non un préalable).

 

e) Le dernier éclat de la parabole est d’ailleurs un développement de cette nécessité de recevoir.

ob_ba8acf_banchetto-di-nozze-9À l’entrée de la salle, tous ceux que les serviteurs avaient ramassés sur la route se sont vus donner un vêtement blanc, un vêtement des noces pour être à la hauteur du festin du mariage. Un des invités – on ne sait pas si c’est un bon ou un mauvais – a refusé d’endosser ce vêtement. On peut y voir l’allusion au vêtement du baptême qui conduit jusqu’au festin de nos eucharisties. Plus radicalement c’est le vêtement de la grâce dont Dieu veut habiller tout homme et que pourtant nous sommes capables de refuser. Celui qui refuse de se laisser gracier mais veut participer au festin se heurtera à cette contradiction insurmontable : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ».

 

L’essentiel de la foi chrétienne, ce n’est pas donner mais recevoir.

Participer à la joie des noces ne dépend pas de notre vie morale. Elle dépend seulement de notre désir d’ouvrir notre cœur et nos mains. Elle dépend seulement de notre capacité à dire oui à une invitation que nous n’avons pas à mériter.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-10a)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
 Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.

PSAUME (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6) R/
J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
 (Ps 22, 6cd)

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE

« Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-14.19-20) Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus.  Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

ÉVANGILE « Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)
Alléluia. Alléluia. Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel.
Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’  Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » Patrick BRAUD

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9 septembre 2015

Prendre sa croix

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Prendre sa croix

Homélie du 24° dimanche du temps ordinaire / Année B
13/09/2015

Cf. également :

Croire ou agir ? La foi ou les oeuvres ?

De l’art du renoncement

C’est l’outrage et non pas la douleur

Prendre sa croix chaque jour

  

Prendre sa croix

C’est sans doute une expression centrale du christianisme : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mc 8,34).

Prendre sa croix dans Communauté spirituelle Lapinbleu206C-Mc8_34-copie-1Malheureusement, des siècles de dolorisme ont obscurci l’interprétation de cette invitation du Christ à devenir son disciple. Dans le langage courant, prendre sa croix est devenu synonyme de résignation, d’acceptation du malheur innocent, voire de glorification de l’épreuve injuste qui soi-disant nous ferait ressembler au Christ. Quand on dit : chacun sa croix, c’est pour consoler quelqu’un en lui montrant que les autres aussi sont accablés par l’adversité. Dans cette ligne, la croix suprême pour des parents par exemple, c’est l’handicap ou la mort prématurée de leur enfant ; pour un salarié, ce sera un collègue ou un chef supportable ; pour un adulte, la croix prendra la figure d’un défaut récurrent inamissible (addiction, trait de caractère, disgrâce physique…) etc.

On n’en est même venu à glorifier ces épreuves imposées par le hasard, la méchanceté ou la nature en y voyant un peu trop vite la volonté de Dieu, qui nous unirait ainsi la Croix du Christ en nous faisant souffrir injustement

L’Évangile d’aujourd’hui s’inscrit en faux contre ces interprétations aux relents malsains.
La croix n’est pas d’abord la douleur mais la solidarité avec les exclus.
La croix n’est pas une théorie sur le malheur innocent, mais le signe de la dépossession de soi.

Regardez Pierre : il veut passer devant Jésus, c’est-à-dire décider par lui-même comment le royaume de Dieu va arriver. Au lieu de se laisser conduire, il veut être maître de sa réussite. Au lieu de lâcher prise sur ses objectifs et ses combats, il veut les imposer à Jésus :« qu’à Dieu ne plaise, cela ne t’arrivera pas », récrimine-t-il contre Jésus annonçant sa Passion. Le fameuxVade retro Satanas est très clair : tu es un obstacle Pierre à la réalisation de l’amour divin si tu veux passer devant et tout décider à ta manière.
Passer derrière le Christ veut dire : arrête d’imaginer le succès à la manière des hommes, accepte que Dieu te conduise vers lui par des chemins que tu n’imagines même pas.

pda coran dans Communauté spirituellePrendre sa croix, c’est donc renoncer à sa volonté propre, au sens où je déciderais de tout, et accepter de me laisser guider. Jésus sera encore plus explicite lorsqu’il précisera sa mission à Pierre : « quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. Il signifiait, en parlant  ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit: « Suis-moi. » » (Jn 21,18-19)

Prendre sa croix pour Pierre l’amènera à Rome, lui qui était au départ en charge de Jérusalem, et sa mort sur la croix dans le cirque romain du Vatican sera l’aboutissement d’une vie finalement donnée aux païens où il ne se possédait plus lui-même.
Pour Paul également,
prendre sa croix n’est pas souffrir ou se résigner, mais laisser le Christ guider ses pas, uni à lui : « Je suis crucifié avec le Christ. Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi »  (Ga 2, 19-20).

 

Ne plus se posséder soi-même : cet idéal spirituel peut sembler étrange à une époque qui vante l’individualisme et l’auto-réalisation de soi. Dépendre des autres passe pour un signe de faiblesse. Ne pas décider de sa vie passe pour un signe d’impuissance. Paradoxalement, en même temps, la mondialisation de l’économie nous rend de plus en plus interdépendants, et les sciences humaines nous ramènent sans cesse à notre histoire personnelle qui nous façonne, à notre lien avec l’univers qui fait de nous la résultante de tant d’autres liens.

Nul n’est une île… mais on voudrait nous faire croire que la grandeur est de s’assumer tout seul, ou que la sagesse est d’être maître de soi.

Prendre sa croix à la suite du Christ résonne d’abord comme un immense lâcher-prise : vivre est d’abord un passif, même si cette passivité devient extraordinairement active par la suite.

Je suis désiré avant de désirer.

Je suis parlé avant de parler.

Je suis aimé avant de pouvoir aimer.

Redécouvrir ce passif structurant ma liberté et mon action est l’essence de la croix chrétienne.

 

Recevoir de se recevoir

Accepter de recevoir, c’est déjà beaucoup. Mais la croissance humaine de Jésus nous entraîne encore plus loin. Il ne reçoit pas seulement la vie. Il se reçoit lui-même, sans cesse. Jésus n’a jamais voulu se suffire à lui-même ; il ne croit pas à la sacro-sainte indépendance d’aujourd’hui, qui tourne si vite à l’individualisme ou à la solitude. Lui sait que pour devenir un homme, une femme, il faut accepter de se recevoir des autres, de ceux que l’on rencontre, qui nous façonnent, qui nous blessent, qui nous font grandir en humanité. Lui sait que recevoir de Dieu son identité la plus intime n’est pas humiliant, bien au contraire : il a l’humilité de recevoir de Dieu sa vocation, sa mission, son existence, le but de sa vie, sa raison de vivre la plus vraie (cf. Jn 4,34 ; 14,10 ; 16,32 …). Il demande à ses disciples qui il est, non pas pour leur faire passer un examen, mais pour l’aider lui-même à recevoir son identité et sa mission de ses amis (Mc 8, 27-35).

C’est pour cela qu’il ose appeler Dieu « Abba » = Père, papa ! C’est pour cela que par analogie nous l’appelons « Fils de Dieu » parce qu’il se reçoit continuellement d’un Autre que lui-même, et qu’il puise sa joie à devenir lui-même en se recevant d’un Autre qui l’aime. Tout le contraire du repli sur soi ! Tout le contraire de l’in-dépendance où je voudrais ne rien devoir à personne. L’enfant de la crèche – tout comme le crucifié abandonné – sait qu’il y a des liens d’amour sans lesquels nous ne pourrions pas devenir ce que nous sommes.

La communion d’amour trinitaire à laquelle nous sommes tous appelés n’est-elle pas le dynamisme le plus intime à la vie de Dieu : se recevoir ?

Et si l’appel à la vie divine passait par l’appel à se recevoir, ce que la Croix du Christ incarne au plus haut point ?

 

Le déni de la croix dans le Coran


On sait que pour Mohamed, la mort de Jésus – prophète d’Allah, et le plus saint de tous - sur la croix est inconcevable. Aussi Mohamed change-t-il le récit de la Passion du Christ pour un happy end – l’ascension au ciel – qui ne passe pas par la case honteuse de la crucifixion :

Coran 4, 157-158 : et à cause leur parole:  » Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah  » .. Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude: ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué. Mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage.

À la lumière de ce que nous avons dit plus haut, c’est somme toute logique. Parce que Dieu est communion d’amour trinitaire, les chrétiens découvrent en Jésus celui dont l’identité profonde est de faire la volonté du Père, qui est d’aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, dans la force de l’Esprit qui ressuscite les morts. Sans cette dynamique trinitaire, se laisser conduire par un autre redevient incompréhensible. Si Jésus ne fait pas un avec son Père, renoncer à soi, prendre sa Croix n’a aucun sens. Mohamed ressemble à Pierre traité par le Christ traité par le Christ de Satan lorsqu’il s’insurge contre la croix de Jésus. Il n’admet pas que le salut puisse venir de cette impuissance. Alors le Coran invente un prophète à sa manière, échappant à la mort infamante de la Croix, réussissant à la manière des hommes par une victoire éclatante, sans ce supplice déshonorant réservé aux esclaves et aux sans-Dieu. La croix fait d’ailleurs partie des châtiments infligés par les musulmans eux-mêmes aux mécréants :

Coran 5,33 :  La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment.

On comprend mieux pourquoi un Messie crucifié est inacceptable pour l’islam.

 

Comment renoncer à soi-même et se laisser conduire ?

Prendre sa croix est décidément au cœur de l’identité chrétienne. Non comme une résignation ni une glorification malsaine du malheur, mais comme le désir le plus fort de se laisser aimer jusqu’à se laisser conduire là où nous n’aurions pas pensé aller, par amour pour les exclus de notre temps.

Porter sa croix ne se réfère pas en premier lieu aux épreuves que nous appelons des croix, mais à un abandon de sa vie journellement répété  – à la mort à soi-même qui doit marquer le chrétien. Même si cela me dépasse, et nous dépasse, ce ne sont pas les situations les plus douloureuses qui sont pour l’être humain les plus difficiles à vivre. Le plus difficile pour vous et pour moi, est de décider chaque jour et même à chaque minute, de lâcher le gouvernail de notre vie et de le donner et de le redonner sans cesse à Jésus, le Christ qui habite en nous, pour qu’il nous conduise. Souffrir, même et surtout si c’est injuste, est un grand défi, mais accepter de ne plus être maîtres chez nous, en est un plus grand encore.

 

Comment renoncer à soi-même et se laisser conduire ?

En écoutant ce qui est dit à travers les événements, les rencontres, les lectures etc. qui jalonnent notre route.

En contemplant en soi et autour de soi les signes qui nous indiquent des directions à prendre, insoupçonnés.

En étant attentif à ce qui nous dé-route, ce qui nous surprend et nous emmène ailleurs.

En discernant à travers le bruit et la fureur de l’ordinaire ce léger bruissement, ce fin murmure ou l’Esprit de Dieu nous parle, où son souffle gonfle nos voiles vers des rivages inconnus…

 

 

 

1ère lecture : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient » (Is 50, 5-9a)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Psaume : Ps 114 (116 A), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9

R/ Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.
ou : Alléluia ! (Ps 114, 9)

J’aime le Seigneur :
il entend le cri de ma prière ;
il incline vers moi son oreille :
toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort,
retenu dans les liens de l’abîme,
j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ;
j’ai invoqué le nom du Seigneur :
« Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié,
notre Dieu est tendresse.
Le Seigneur défend les petits :
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort,
gardé mes yeux des larmes
et mes pieds du faux pas.
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.

2ème lecture : « La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (Jc 2, 14-18)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »

Evangile : « Passe derrière moi… » (Mc 8, 27-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Que la croix du Seigneur soit ma seule fierté !
Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde.
Alléluia. (Ga 6, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »
Patrick BRAUD

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