L'homelie du dimanche

24 septembre 2011

Les collabos et les putains

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Les collabos et les putains

 

Homélie du 26° dimanche ordinaire / Année A / 25/09/2011

 

 

Savoir dire non

Dans certaines cultures, il est extrêmement malpoli de dire ?non’ à quelqu’un. Par souci d’harmonie, un asiatique vous dira toujours ?oui’, même s’il ne sait absolument pas ce que vous demandez. Par peur du conflit et pour préserver la paix, un africain ne dira jamais non : il se taira, restera évasif, et c’est à vous à interpréter ses silences comme autant de résistances.

 

Dans la culture de Jésus comme dans la nôtre, le ?non’ a toute sa place, noble et légitime. « Que votre oui soit oui, que votre non soit non »  (Mt 5,37 ; Jc 5,12 cf. 2Co 1,17-19).

Malgré cette volonté de clarté affichée, Jésus sait bien que partout sous le soleil les hommes ont du mal à être vrais dans leur réponse.

 

S’acheter une conduite, ou se vendre aux plus offrants ?

Certains veulent bien faire, mais se laissent détourner en cours de route. Les chefs des prêtres et les anciens sont un peu comme ça : ils désirent authentiquement servir Dieu, mais les rites religieux et leurs responsabilités hiérarchiques les bloquent finalement dans leur élan, jusqu’à les empêcher de croire à la gratuité du salut annoncé par Jésus. Qui oserait dire qu’il n’en est plus ainsi dans l’Église, les Églises, et parmi tous les responsables religieux du monde ? Prisonniers de bien des coutumes trop humaines, ils continuent trop souvent à faire peser sur les épaules des autres des fardeaux qu’eux-mêmes ne peuvent pas porter (Lc 11,46).

 

D’autres hommes nient apparemment toute existence à Dieu, semblent se perdre loin de lui, et pourtant manifestent un accueil extraordinaire à sa parole lorsqu’ils la rencontrent vraiment. Les collaborateurs des romains et les prostituées sont de ceux-là aux temps de Jésus. Se compromettre avec l’occupant romain est une des infidélités les plus graves pour un juif. Se livrer au commerce de son corps engendrait le mépris et la honte (à moins que ce ne soit l’inverse) : c’était évidemment une manière nier Dieu, pensaient les gens religieux en toute bonne foi.

Qui oserait dire que les prostitué(e)s d’aujourd’hui sont entouré(e)s de moins de mépris qu’autrefois ?

Remplacez ?publicains’ par ?banquiers’ ou ?commerçants’ : certaines professions ne sont-elles pas diabolisées a priori encore de nos jours ?

Les collabos et les putains dans Communauté spirituelleOr les témoignages abondent de prostitué(e)s ayant plus d’humanité que bien des gens respectables (cf. le mouvement « le Nid »).

Or les témoignages abondent que parmi les cadres bancaires, les grands patrons de la finance internationale ou du commerce mondial, il y a des gens capables de retournements spectaculaires et d’initiatives révolutionnaires.

 

C’est que les chefs des prêtres et les anciens cherchent la sécurité dans leurs oeuvres, leurs pratiques, d’hier à aujourd’hui. Les collaborateurs et les prostituées savent eux qu’ils ne peuvent s’appuyer sur leurs actes. Alors, quand Jésus leur annonce que le salut est gratuit, immérité, inconditionnel, les premiers grincent des dents : « à quoi ça sert que nous soyons si religieux ? », alors que les derniers exultent : « enfin quelqu’un qui nous aime au-delà de nos actes ».

 

Quand faire, c’est croire

Car le travail dont parle ici le Christ dans cette parabole est le travail de la foi, pas  collabos dans Communauté spirituellecelui du mérite. « Va travailler à ma vigne », c’est « croire en la parole » proclamée par Jean-Baptiste. « Ne pas aller » travailler à la vigne, c’est « ne pas se repentir en vue de croire à sa parole ». Mathieu rejoint ainsi un thème cher à Jean : le vrai travail, ce n’est pas d’abord de faire des choses (serait-ce pour Dieu lui-même) mais de croire. « Que  devons-nous faire pour travailler aux oeuvres de Dieu? »  Jésus leur répondit: ?L’oeuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé’ » (Jn 6,29).

 

Paradoxalement, ceux qui ont été amenés dans leur vie à se vendre (à l’occupant, aux clients…) sont plus sensibles que les autres à la gratuité de l’amour. Jésus constate que la disponibilité réelle est plutôt du côté des pécheurs publics que des gens bien. Il ose le dire devant tout le monde, et cela ne plaît pas à tout le monde. Imaginez qu’un illuminé vienne proclamer à la tribune de l’université d’été de l’UMP, du parti socialiste, du Front National ou de l’Alliance centriste : « les banquiers et les putains sont plus près de Dieu que vous » ! Beau scandale médiatique en perspective…

Et pourtant Jésus l’a fait.

En rappelant la primauté de la gratuité sur le mérite, il s’est fait tellement d’ennemis chez les responsables religieux et politiques qu’ils voudront lui faire payer très cher cette fameuse gratuité.

 

Qui sont les publicains et les prostituées de notre société, plus proches de Dieu que bien des chefs religieux et sociaux ?

Comment avec le Christ restaurer leur dignité, et manifester avec eux que croire sur parole est plus divin que faire selon la loi ?

 

  

  

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir (Ez 18, 25-28)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c’est à cause de sa perversité qu’il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

 

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Souviens-toi, Seigneur, de ton amour

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

 

2ème lecture : L’unité dans l’amour à la suite du Christ (brève : 1-5) (Ph 2, 1-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.

Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droitd’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-mêmeen prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Faire la volonté du Père, c’est croire en sa parole (Mt 21, 28-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui ne fermez pas votre coeur, mais écoutez la voix du Seigneur. Alléluia. (Ps 94, 8)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ».

Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »
Patrick Braud

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