L'homélie du dimanche (prochain)

23 mars 2025

Le 3° fils de la parabole

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le 3° fils de la parabole

 

Homélie pour le 4° Dimanche de Carême / Année C
30/03/25


Cf. également :

Une parabole contre le séparatisme
Souper avec les putains
Servir les prodigues
Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non
Fréquenter les infréquentables
La commensalité du Jeudi saint


Tu es le père

Le 3° fils de la parabole dans Communauté spirituelle darth_vader_-_i_am_your_father_star_war--i:1413857292081413851;x:1;w:520;m:1C’est sans doute la réplique-culte la plus célèbre de toute l’histoire du cinéma : « Je suis ton père ». Prononcée à travers le masque noir, d’un souffle rauque et quasi mécanique, cette phrase a résonné comme un coup de tonnerre dans l’immense saga de la guerre des étoiles (Star Wars).

La scène se déroule à la fin de L’Empire contre-attaque, deuxième épisode de la saga, réalisé par Irvin Kershner en 1980. Espérant trouver refuge sur la planète Bespin, la princesse Leia et ses compagnons sont pris en embuscade par les troupes impériales. Volant à leur secours, Luke Skywalker se retrouve soudain seul face au redoutable Dark Vador, dans les entrailles de la Cité des Nuages. Alors qu’il l’avait déjà affronté à bord de son X-Wing à la fin de l’épisode précédent, le Jedi en herbe dégaine pour la première fois son sabre laser face à son ennemi juré. Le duel est impitoyable, et les deux adversaires ne retiennent pas leurs attaques. Mais c’est à la fin de la confrontation, après lui avoir tranché la main, que Vador assène à Luke son coup le plus terrible en lui décochant non pas une estocade, mais une simple réplique, qui résonne encore 40 ans après dans les souvenirs de tous les spectateurs : « Je suis ton père. » Refusant cette sombre filiation, Luke se laisse tomber dans le vide…

Depuis, Dark Vador incarne à jamais le côté obscur de la paternité humaine.

C’est bien la figure du père négatif qui se dissimule derrière le masque de ce modèle essoufflé. Dark Vador hante les cauchemars de ceux qui ont été confrontés à une figure paternelle qui a mal tourné, du côté obscur de la Force…

 

Il y a quelque chose du conflit d’Œdipe revisité dans ce conflit opposant Luke Skywalker et son père Dark Vador. Luke (lucky = le chanceux) est littéralement « celui qui marche dans le ciel » (sky-walker) et son père est qualifié d’envahisseur, paternel invasif qui empêche son fils d’être lui-même (le nom original anglais est Darth Vader, et a été imaginé par Lucas comme une contraction de dark et death + invader = envahisseur sombre et mortel).

Oui, c’est bien la figure du père négatif qui se dissimule derrière le masque de ce modèle essoufflé…


Un père étouffant et un fils qui veut être libre : c’est une musique familière aux auditeurs de l’Évangile, particulièrement avec la parabole ultra connue de ce dimanche (Lc 15,1-32) dite du fils prodigue, ou mieux : des deux fils. Il ne s’agit pas comme Œdipe de tuer le père pour résoudre une rivalité amoureuse, mais de reconnaître qui est vraiment le Père de la parabole : « tu es le Père, celui qui fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux », selon le reproche que les pharisiens et les scribes font à Jésus.

 

De quoi les deux fils sont-ils le nom ?

D’innombrables commentaires de cette parabole ont bien explicité les deux attitudes qui nous guettent en tant qu’enfants de Dieu : la soumission ou la révolte, la frustration ou le gaspillage.

 fils dans Communauté spirituelle
- Frustré, le premier fils l’est à plus d’un titre : il n’avait jamais osé demander sa part d’héritage, et vivait chichement en attendant la mort du paternel. Imaginant sans doute un père ennemi du plaisir, il ne festoyait jamais avec ses amis. Même après avoir obtenu sa part d’héritage grâce à l’insolence de son cadet, lui n’a jamais rien dépensé. Le reproche qu’il fait au sujet des prostituées que son frère s’est payées montre qu’il aurait bien voulu  en faire autant… On reproche toujours aux autres ce qu’on aurait voulu faire soi-même ! Ni veau gras, ni escort girl : son existence de frustré était plutôt morne et terne, soumis aux ordres, cantonné aux contraintes de l’exploitation familiale. « Un bon fils de famille », disait-on au XIX° siècle.


Combien de croyants – de toutes religions ! – sont-ils aujourd’hui comme cet aîné pas vraiment né à son désir, obéissant et frustré, pratiquant mais malheureux, attendant la mort pour être enfin récompensé ? 

Ce n’est pas ces enfants-là que Dieu désire. Ils confondent piété religieuse et servitude volontaire, obéissance et frustration, fidélité et puritanisme…

 

19e553cc9d8382b8e53ac3d377370542 parabole- Gaspilleur, le cadet l’est à l’excès. Il a d’abord très symboliquement tué son père, en lui demandant sa part d’héritage. Car de qui hériter sinon d’un mort ? Comme s’il vidait d’un coup le réservoir familial des années à venir. Puis il a tout dépensé, jouissant au maximum des plaisirs de la chair, enivré par ses excès. Il se croyait enfin libre, débarrassé de son père et de son ombre portée. La chute n’en fut que plus dure. L’apprentissage de la difficile liberté lui apporte des lendemains de gueule de bois. Ouvrier agricole, moins bien considéré et nourri que les porcs, ces animaux impurs. Son retour à la maison est bassement intéressé, avec des motivations très matérielles : avoir du pain au moins, comme les ouvriers du domaine paternel, et ne pas mourir de faim.


Combien de croyants – de toutes religions ! – sont-ils aujourd’hui comme ce cadet révolté, gaspillant leur richesse à courir après une jouissance immédiate (pouvoir, argent, drogue, sexe…) et s’étourdissant dans les vanités de ce monde ? Ils ont pour dieu leur intérêt, veulent être libres alors qu’ils s’aliènent dans le gaspillage et l’éphémère. 

Ce n’est pas ces enfants-là que Dieu désire. Ils confondent liberté et individualisme, plaisir et désir, indépendance et rupture.

 

1648306166440563-0 prodigue- La rupture ou la soumission ; le révolté ou l’esclave. Il est bien à plaindre ce pauvre père qui ne trouve en face de lui qu’un fuyard et un domestique quand il voudrait des fils !

La pointe de la parabole n’est pas dans la critique de l’aîné faussement fidèle ni dans l’éloge du cadet follement prodigue. Elle est dans la révélation de la manière dont le maître du domaine est vraiment père des deux. Il ne répudie pas le frustré en colère : « toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et ce qui est à moi est à toi ». Et il ne rejette pas l’insolent revenu par nécessité ; au contraire, « il fait bon accueil au pécheur et mange avec lui ». D’où l’idée qu’un tel père mérite mieux que des enfants frustrés ou révoltés, soumis ou rebelles, esclaves ou prodigues ! 

N’y aurait-il pas une autre manière d’être enfant de Dieu, une troisième voie pour devenir libre sans être seul, enfant sans être dominé ?

 

Jésus, le 3° fils

41Kqz6w7zPL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ VadorIl y a bien un fils caché dans ce récit de Luc ! À aucun moment ce fils caché n’est évoqué par le texte, si ce n’est par le seul fait de raconter cette parabole. Autrement dit, le locuteur est peut-être le message principal. « Medium is message » (« le message c’est le messager »), comme dirait Mc Luhan. Car celui qui raconte cette histoire incarne justement une autre façon d’être enfant, une troisième voie entre rébellion et servitude. C’est cette voie du milieu – comme diraient les bouddhistes – que Jésus nous propose de suivre avec lui et en lui, pour entrer dans la filiation nouvelle que Dieu nous offre.

 

- Au prodigue, Jésus emprunte plusieurs libertés, dangereuses et difficiles certes puisqu’elles ont conduit le 2° fils à sa perte, mais émancipatrices et fécondes depuis qu’elles ont été assumées en Jésus le Fils unique. 

Comme le prodigue, Jésus quitte la maison paternelle et ose s’aventurer en terre étrangère : « de condition divine, Jésus ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est vidé de lui-même… » (Ph 2,6–11). La kénose du Christ est l’audace divine pour aller vers ceux qui ne sont pas Dieu. 

Comme le prodigue, le Verbe venu habiter chez nous a festoyé, que ce soit aux noces de Cana ou aux banquets donnés en son honneur, à tel point qu’on l’a traité de glouton et d’ivrogne (Mt 11,19) ! 

Comme le prodigue, il semble dilapider l’héritage paternel en se compromettant avec les pécheurs et les impurs, gaspillant la Parole de Dieu avec eux.

Comme le prodigue, il a fréquenté les prostituées, les adultères, dépensé de l’argent avec elles (comme par exemple pour l’onction à Béthanie en Jn 12,1-11, ce que Judas lui reprochera avec force).

Mais contrairement au prodigue, ce n’est pas pour se perdre avec eux dans des beuveries ou des coucheries, mais c’était pour les sauver, en venant les prendre là où ils en étaient pour les conduire plus loin, plus haut : « Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10).

 

- À l’aîné trop sage de la parabole, Jésus emprunte plusieurs attitudes de l’enfant proche de son Père. 

These-Antithese-Synthese-Dialektik-768x508Il sait que le lien de communion entre eux est indestructible : « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30). 

Et donc que l’héritage lui est non seulement promis, mais déjà donné : « Le Père aime le Fils et il a tout remis dans sa main » (Jn 3,35) ; « Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu… » (Jn 13,3). 

Cette part d’héritage, c’est l’Esprit qui le guide et le garde en communion avec son Père, quoi qu’il arrive, jusqu’à la croix. Il nous partage cet héritage en nous donnant l’Esprit, ce qui représente la synthèse des deux fils [1], l’un gardant précieusement l’héritage, l’autre le ‘dilapidant’ avec les pécheurs : « Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16,15).

 

Le dépassement des contradictions engendrées par les excès des deux fils s’opère en la personne de Jésus : quand il quitte le Père, c’est en communion avec lui ; quand il est « identifié au péché », c’est pour nous en libérer (2Co 5,21 : « il a été fait péché pour nous ») ; quand il revient vers son Père, c’est en nous prenant sous son bras ; quand il festoie avec le veau gras, c’est pour nous inviter au festin eucharistique…

 

Enfants de Dieu, nous le sommes de par notre baptême. 

Devenons réellement cet enfant que nous sommes en Christ, empruntant aux deux fils de la parabole le meilleur de leur obéissance et de leur révolte, assumant les transgressions nécessaires à notre libre communion avec le Père…

______________________________

[1]. Hegel parlerait de Aufhebung, synthèse plus haute incluant le meilleur des deux fils en surmontant leurs contradictions.

 

LECTURES DE LA MESSE


1ère lecture : L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)


Lecture du livre de Josué
En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué :
« Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. »
Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.


Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9a)


Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

 

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

 

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

 

2ème lecture : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

 

Évangile : « Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

 

 

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24 mars 2019

Souper avec les putains

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

SOUPER AVEC LES PUTAINS

Homélie pour le 4° dimanche de Carême / Année C
31/03/2019

Cf. également :

Servir les prodigues
Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non
Fréquenter les infréquentables
La commensalité du Jeudi saint

L’expression est volontairement provocatrice ! Elle vient de Jacques Pohier, dominicain et exégète, en 1973. Il entendait ainsi actualiser le côté scandaleux et inconcevable de l’attitude de Jésus, qui devrait être la nôtre aujourd’hui : « il est allé manger chez des pécheurs ».

L’accusation maintes fois portée contre Jésus ne fut pas de souper avec les putains mais de manger avec les pécheurs. Mais quelqu’un peut difficilement-imaginer au XX° siècle l’immoralité, religieuse et civile, qu’il y avait alors pour un juif de bonne moralité à manger avec les pécheurs. Dire aujourd’hui que Jésus a mangé avec les pécheurs, c’est édulcorer ce qui est en cause, à quoi je rends la virulence qui convient en disant : souper avec les putains, et en écartant volontairement le mot plus pudique de prostituée. (Jacques Pohier, texte de Juin 1973)

Souper avec les putains dans Communauté spirituelle 1079px-Henri_de_Toulouse-Lautrec_012-e1459959578895-1079x423

Manger à la même table que quelqu’un, à l’époque, c’est bien plus qu’un repas. C’est une identité commune, un héritage en partage (celui d’Abraham), une solidarité assurée. La commensalité nourrit la fraternité, si bien que les juifs religieux considèrent comme péché de s’attabler avec des païens, qui mangent une nourriture impure, ou des pécheurs publics qui sont impurs eux-mêmes. En plus, ils sont obligés de manger kasher, et cet interdit alimentaire - comme le halal pour les musulmans - aboutit en pratique à un communautarisme religieux basé sur la pureté rituelle. En allant manger chez les pécheurs (comme nous devrions le faire), Jésus fait sauter en éclats ce séparatisme culinaire, ces barrières inventées par des traditions humaines, trop humaines.

On l’oublie trop souvent, la pointe de la parabole du fils prodigue de ce Dimanche (Lc 15, 1-32) n’est pas la repentance du fis ingrat, mais l’explication de la conduite morale de Jésus : il va « souper avec les putains » parce que le premier son Père festoie et se met à table avec son vaurien de fils parti dépenser son héritage au loin en compagnie des filles de petite vertu…

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

C’est le banquet final de la parabole qui légitime l’action du Christ : il est l’image parfaite du Père lorsqu’il se compromet avec les impurs, lorsqu’il festoie avec les pécheurs, lorsqu’il ne respecte ni le casher ni le halal qui le sépareraient de ceux qu’il aime. Le fils aîné ne s’y trompe pas hélas !, lui qui refuse d’entrer dans la maison familiale pour prendre part au repas de fête qui célèbre le retour de son frère.

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La sainteté des pharisiens – comme de tous les ultrareligieux de tous bords – est une sainteté par séparation. C’est d’ailleurs le sens premier du mot pharisien : séparé ; à tel point qu’ils faisaient attention dans la rue à n’être touchés par personne de peur de contracter quelque impureté religieuses au passage. Pas facile dans les rues étroites de Jérusalem ! D’où leur regroupement dans des quartiers à eux, entre eux (l’entre-soi n’est pas nouveau !). C’est pourquoi le pharisien refuse de toucher un blessé dans la parabole du bon samaritain.

La sainteté de Jésus n’est pas une sainteté de séparation, mais de communion. Il quitte la divinité pour faire corps avec notre humanité (c’est la kénose), mais en plus il va faire corps avec les pécheurs, jusqu’à être identifié aux pires d’entre eux sur la croix, car il veut « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10).

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Par cette parabole du fils prodigue, Jésus manifeste que devenir Dieu – par lui, avec lui et en lui – c’est prendre dans nos bras les lépreux de notre temps, s’attabler avec ceux qui sont peu recommandables, fréquenter les infréquentables, bref : « souper avec les putains ».

Notons bien que l’initiative vient de Dieu et non du pécheur. La brebis égarée ne fait rien d’autre que de bêler au secours, mais nulle trace évidemment de pénitence en elle. Le Père du fils prodigue le guette chaque jour au loin sur la route bien avant que celui-ci ne décide de revenir. D’ailleurs le Père ne lui laisse pas le temps de débiter son acte de contrition appris par cœur. Il lui coupe la parole et lui dit : « viens festoyer ; tu es mon fils. Tu auras bien le temps de voir comment vivre de nouveau après le festin ».

Jacques Pohier précise à juste titre que l’attitude de Jésus avec les pécheurs n’est pas de l’ordre du mérite : pénitence puis pardon, mais bien l’inverse !

En se comportant avec tous ces gens de telle sorte qu’il lui fut si souvent reproché de « manger avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs » (Mt 9, 11), d’être « un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs » (Mt 11, 19), de « faire bon accueil (chez lui) aux pécheurs et manger avec eux » (Lc 15, 2), et en rétorquant aux Pharisiens : « En vérité, je vous le dis, collecteurs d’impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu » (Mt 21,31), Jésus ne se soucie certes pas d’abord de morale, car c’est avant tout d’une révélation sur Dieu qu’il s’agit. Il s’agit pour lui de montrer qui est son Dieu, et qu’il n’est pas tel que sa manifestation et sa rencontre soient soumises aux restrictions et aux exclusives qui faisaient que, selon les docteurs et les prêtres d’alors comme de toujours ces gens n’avaient pas droit à Dieu sous prétexte de leur conduite morale ou de leur ignorance religieuse. Mais s’il ne s’agit pas d’abord de morale, il s’agit aussi de morale, et même de formation morale.

Voilà de quoi transformer nos propres réconciliations. Non pas d’abord exiger que l’autre change pour que je puisse l’aimer à nouveau, mais l’aimer à nouveau et il pourra librement changer, à sa guise (ce n’est pas mon problème). La conversion est une conséquence de la grâce et non un préalable. La communion avec le Christ est donnée gratuitement, inconditionnellement, et elle fait son œuvre en nous transformant de l’intérieur. Mais elle ne se mérite pas, au contraire.

Le schéma n’est pas :
a) le pécheur dit qui il est en confessant son péché,
b) il fait pénitence,
c) en conséquence, Dieu peut de nouveau être Dieu avec lui,

mais le schéma est exactement le contraire :
a) Jésus dit qui est Dieu, montre comment Dieu est Dieu avec cette femme, avec cet homme,
b) le pécheur se retrouve du coup avec Dieu,
c) le pécheur confesse son péché et fait pénitence.

C’est la manifestation de la façon dont Dieu est amour qui engendre la conversion, et non pas la conversion qui permet à Dieu de donner libre cours à son amour.
C’est là le contraire, exactement le contraire de la façon dont nos morales, dont nos sociétés, dont nos religions, mais aussi dont nos réactions psychiques personnelles - conscientes ou non - croient devoir traiter la culpabilité.

Cette inversion quasi blasphématoire de la conversion et de la grâce devrait nous empêcher de réduire le christianisme à une morale. En Christ, la morale est seconde (non secondaire). La grâce est première. Elle suscite une morale de réponses et non de préalable. Et cela change tout ! « Souper avec les putains », ce n’est pas faire de Dieu une récompense pour les justes mais faire de ceux qui étaient perdus une récompense pour Dieu.

Les Invisibles : AfficheC’est l’expérience bouleversante de voir Dieu ainsi à nos côtés, goûter avec nous les mêmes plats, qui fera naître en nous l’irrépressible désir de vivre autrement, en accord avec le don reçu. Ainsi Zachée a rendu quatre fois ce qu’il a volé après et non avant que le Christ s’invite chez lui. La femme adultère n’est appelée à la fidélité qu’après avoir été pardonnée. Lévi quitte ses pots-de-vin de fonctionnaire sous occupation d’une armée étrangère après qu’il ait été appelé par Jésus et non avant. Marie elle-même est comblée de grâce dès sa naissance non pas en raison de ce qu’elle aurait fait, mais en raison du Verbe faisant corps en elle, gratuitement.

Comment dès lors pourrions-nous poser des conditions aux chercheurs de Dieu d’aujourd’hui ? Au lieu de les soumettre à une morale trop mêlée de traditions humaines comme celle des pharisiens, ne vaut-il pas mieux mettre en premier l’expérience spirituelle, l’expérience bouleversante du Christ com-pagnon de toutes nos routes mêmes les plus tortueuses ?

Méditons donc cette semaine sur cette promiscuité du Christ avec les impurs, les prostituées, les publicains.

Que voudrait dire pour nous aujourd’hui : « manger avec les pécheurs » ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué : « Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. » Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !
(cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

Deuxième lecture
« Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Évangile
« Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

 

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2 mars 2016

Servir les prodigues

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Servir les prodigues

Homélie du 4° dimanche de carême / Année C
06/03/1016

Cf. également :

Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non

Reprenons une des méthodes toutes simples pour méditer, étudier, et prier un texte biblique. Lorsqu’il s’agit d’un récit ou d’une parabole, on peut s’identifier successivement à chaque personnage, et tranquillement éprouver ce qu’il éprouve, voir ce qu’il voit etc. tant que cela nourrit la méditation.
Attardons-nous dans cette parabole du fils prodigue à une catégorie de personnages souvent ignorés et passés sous silence : les serviteurs, autrement dit les domestiques de la maison paternelle.
Ils nous disent quelque chose de notre responsabilité envers ceux qui sont loin comme envers ceux qui sont proches.
Ils nous rappellent la vocation d’accueil et de lien qui doit exister au sein de nos assemblées chrétiennes.

Laisser partir ceux qui veulent

Les serviteurs du domaine n’entrent en scène apparemment dans notre parabole qu’au verset 22, lorsque le père les appelle pour faire fête au fils prodigue.
Pourtant, on devine qu’ils sont là depuis le début. Ils ont sans doute été navrés, comme le père, de voir partir ce fils cadet avec sa part d’héritage (prodigue vient du latin prodigere  = « pousser devant soi » et « dépenser avec profusion » : le  prodigue est donc celui qui dissipe son héritage follement). Ils ont dû être obligés de préparer ce partage, d’aider à le réaliser, et d’aider le fils à rassembler  ses affaires afin de partir.
Ils apprennent ainsi du père à ne pas retenir ceux qui veulent transgresser, ceux qui apparemment renient leur famille, humaine ou spirituelle.

Nous sommes ces serviteurs si nous acceptons ainsi de laisser partir hors de l’Église ceux qui veulent chercher leur liberté ailleurs, un sens à leur vie autrement.
Non sans craindre pour eux.
Non sans trembler pour les détresses et les impasses dans lesquelles ils vont s’enfermer eux-mêmes.
Non sans veiller, comme le père, matin après matin, et guetter les signes du retour du fils sur la route au loin…
L’Église serait une secte si elle retenait de force ceux qui veulent en sortir.
Sans les abandonner, elle préfère la liberté de partir à la pression pour rester en faisant semblant ou en y étant obligé.

Afficher l'image d'originePanneaux en ivoire d’un coffret : histoire du fils prodigue – Paris, vers 1250-1270 

Faut-il inclure dans ces départs de fils prodigues les départs des enfants d’aujourd’hui pour Daech, vers la Syrie, la Libye, voulant rejoindre un prétendu califat islamique ? La question est douloureuse. Instinctivement, les parents cherchent à retenir leurs enfants et à les empêcher de partir (l’autorisation parentale de sortie de territoire pour les mineurs vient heureusement d’être rétablie pour garantir cette autorité). Instinctivement, la république française cherche à réprimer et punir ceux qui s’engagent sur cette voie (cf. le débat sur la déchéance de nationalité…).
Ces réactions sont légitimes. Elles ne pourront jamais cependant constituer des digues étanches. Remplacer l’adhésion (à notre culture, à notre vision de société) par la contrainte ne tient qu’un temps, en état d’urgence. À terme, reconquérir le coeur de sa jeunesse est pour le monde non musulman un défi dont l’enjeu est la paix sociale. En attendant, laisser partir les prodigues qui veulent dilapider l’héritage culturel de l’Occident nous oblige à écouter, accompagner, débattre, convaincre ou non, et garder ouverte la porte, la frontière du retour pour ces enfants perdus de la république…

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Habiller et nourrir les prodigues de retour

Au retour du prodigue, les serviteurs obéissent à l’ordre paternel de tout faire pour fêter celui qui revient. Ils lui passent le plus beau vêtement, symbole de son identité filiale retrouvée, renouvelée. Ils lui mettent la bague au doigt, symbole de son alliance restaurée avec sa famille. Comme Israël est à nouveau fiancée par Yahvé après l’Exil, comme l’Église est ré-épousée par le Christ après chacune de ses forfaitures.
Les serviteurs se réjouissent de ces noces sans cesse réactualisées, et accomplissent ce geste si fort de passer l’alliance au doigt de celui qui ne se croyait plus rien.
Restaurer la dignité des moins-que-rien est la joie des serviteurs que nous sommes. Surtout lorsque cette déchéance de nationalité divine semble s’imposer à eux de l’intérieur.
Combien de SDF dans la rue en sont venus à désespérer d’eux-mêmes ?
Combien de collègues de travail n’osent croire à leur utilité sociale, à leur capacité d’évoluer, à leur droit à l’erreur ?

Tuer le veau gras pour fêter le retour, c’est apprendre à valoriser, à raconter, à célébrer toutes ces victoires, petites et grandes, où la dignité d’un être humain est enfin restaurée après un passage à vide.
Habiller les prodigues, c’est aujourd’hui revêtir de blanc les nouveaux baptisés enfant ou adultes. C’est préparer une belle célébration de mariage avec des fiancés. C’est ne pas condamner mais au contraire intégrer ceux qui autrefois étaient méprisés comme pécheurs publics (divorce, avortement, homosexualité…).

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Informer le fils fidèle

La dernière mission des serviteurs dans la parabole est d’informer le fils aîné. À sa demande, un domestique lui raconte le retour de son frère, la joie de son père et la fête pour toute la maisonnée car c’est une vraie résurrection que de retrouver ainsi son frère « en bonne santé ». On ne sait pas ce que ce serviteur a ressenti devant la colère jalouse de l’aîné qui réclame justice en raison de sa fidélité (qui n’est pas sans rappeler la jalousie de Caïn envers Abel, ou le conflit entre Jacob et Ésaü…). Il a dû être navré à nouveau de ces dissensions familiales. Peut-être s’est-il dit que ces riches ne savent pas apprécier ce qu’ils ont, car toute cette histoire n’arriverait pas dans le petit peuple des domestiques, où l’héritage ne peut diviser les familles car il n’y en a pas, où l’on n’a pas les moyens de fêtes fastueuses avec veau gras qui rendraient jaloux les uns et privilégiés les autres…

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En tout cas, il a fait son devoir en informant le fils fidèle de la merveille accomplie en son frère.
C’est ce que nous devons continuer à faire : en accueillant les catéchumènes, tenons  au courant les fidèles de la paroisse des merveilles accomplies en chaque conversion. En accompagnant ceux qui vont se marier, racontons à l’assemblée du dimanche combien l’Évangile a de la saveur quand on aime, et comment cela fait découvrir l’Église autrement. En préparant les obsèques avec les familles en deuil, la plupart du temps non pratiquantes, faisant des ponts avec la paroisse pour qu’elles s’y sentent accueillies, soutenues, lorsqu’elle viendront à la messe célébrée pour leur  défunt ou croiseront des paroissiens dans la rue. En parlant du baptême à des parents eux-mêmes souvent non catéchisés, informons les fidèles baptisés des découvertes qui lancent ces parents sur le chemin d’un lien plus familier avec l’Église. Etc. !

Nous ne serions pas serviteurs du Père si nous n’avions pas la passion d’accueillir les enfants infidèles tout en maintenant la communion avec les chrétiens ‘de souche’.

Laisser partir ceux qui le veulent.
Habiller et nourrir les prodigues.
Informer les fidèles.
Ce triple rôle des serviteurs de la parabole semble mineur. Mais sans eux, le Père n’aurait pas pu manifester sa miséricorde.
Servir les prodigues tout en faisant le lien avec les fidèles : cela se joue en paroisse, au travail, en famille…

 

 

1ère lecture : L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué :
« Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. »
Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

2ème lecture : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Evangile : « Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

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25 septembre 2014

Changer de regard sur ceux qui disent non

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Changer de regard sur ceux qui disent non

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
28/09/14

Le contexte historique de cette ‘parabole des deux fils’ l’explique en partie.

À l’heure où Matthieu écrit, les disciples du Christ, juifs pour la plupart, font la douloureuse expérience de se faire exclure des synagogues et
rejeter par leurs frères juifs. À tel point que la rupture sera officialisée par le synode de Jamnia en 90, où les rabbins excluront officiellement les chrétiens des synagogues. Ils rajouteront même une malédiction anti-chrétiens [1] 
(la birkat ha-minim  ou bénédiction contre les hérétiques = les
chrétiens) à leur prière tri-quotidienne de Shemoneh Esreh (les 18 bénédictions).

Dans ce contexte d’affrontement et de ruptures, on comprend que l’ouverture aux païens que Jésus a appris à pratiquer devienne ensuite la dynamique de l’Église naissante.

Le premier fils de la parabole désigne donc le peuple de la première Alliance, qui a d’abord dit oui à Dieu, mais finalement se détourne du Christ qui lui est envoyé.

« Celui-ci figure bien le peuple hébreu qui avec tant d’empressement disait à Moïse :  » Tout ce que
Dieu nous dira nous le ferons  » ; et qui ensuite au lieu d’aller travailler à la vigne de Dieu en tua l’héritier » (Saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu).

Le deuxième fils désigne les païens, qui dans un premier temps ont dit non au Dieu unique, en pratiquant le
polythéisme et l’immoralité, mais qui finalement vont se tourner en masse vers Lui en acceptant son envoyé, Jésus de Nazareth.

Au-delà de ce contexte historique, l’intérêt de cette parabole réside dans son appel à voir autrement les refus opposés à Dieu.

Changer de regard sur ceux qui disent non est en effet le résultat de la parabole.

Le père est assez patient pour ne pas se mettre en colère contre le deuxième fils. Il lui laisse le temps de cheminer, de changer d’avis, de changer de vie. Pourtant, Jésus aime bien ceux qui ont une parole droite : « que votre oui soit oui, que votre non soit non » (Mt 5,37). Mais il n’en devient pas pour autant dur et intransigeant, au contraire.

Et nous, quel regard portons-nous sur ceux qui semblent dire non à Dieu (et dont nous faisons parfois partie !) ?

 

En famille

Toute famille a ses adolescents qui par principe commencent par s’opposer. Comme si pour exister il leur grincheuxfallait d’abord montrer qu’ils sont libres, et que s’ils obéissent c’est par eux-mêmes et non parce que cela leur est imposé. Et ce n’est pas qu’une question d’âge !

Changer de regard sur ces ados rétifs, c’est leur faire confiance, ne pas les braquer, ne pas les acculer à des conflits sans retour.
C’est savoir attendre, avec patience, qu’un conseil, une parole ou un geste d’affection finisse par faire leur effet, sans s’imposer par la force.
C’est ne pas retenir absolument (sauf danger mortel) celui qui voudra s’engager dans une autre voie que celle souhaitée.
Ce lâcher-prise éducatif n’est pas de la démission ni de l’abandon, car il suppose d’abord l’exigence d’un appel : va travailler à ma vigne, et ensuite le soutien d’un accompagnement sans faille.

 

Changer de regard sur ceux qui disent non dans Communauté spirituelle RO30105330En Église

Comme le disait Bernadette Soubirous : je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire.

La culture de l’appel qui caractérise l’Église nous demande de pratiquer l’interpellation sans nous lasser : mets-toi au service de la communauté, tout en laissant cet appel faire son chemin librement en l’autre. L’ivraie et le bon grain vont grandir ensemble, mais l’appel lancé produira du fruit, un jour ou l’autre.

Ce qui est vrai pour l’appel à servir l’Église l’est aussi pour l’évangélisation.
La première annonce de l’Évangile va souvent rencontrer des premiers refus, des oppositions. À nous de savoir patiemment accompagner, proposer à nouveau, sans imposer jamais.

 

En entreprise

Eh oui, même en entreprise nous pouvons changer de regard sur ceux qui disent non !

Nous avons tous eu des collègues Schtroumpfs grincheux, qui semblent par principe résister à toute forme de changement…
Beaucoup commencent par râler, protester. Certains vont plus loin et se mettent en embuscade pour faire échouer tel projet, tel changement, comme un renard prêt à saccager le poulailler.
Pourtant, nous avons tous fait l’expérience de voir tel collègue changer et devenir participant au lieu de se mettre hors jeu. Pourquoi ? Parce qu’on lui a laissé le temps de réfléchir, parce qu’on a nourri sa réflexion, parce qu’il y a eu des formations, des témoignages, des échanges. Et souvent ceux qui résistent ainsi rendent service au changement, car ils obligent l’entreprise à mûrir le projet, à l’améliorer, à intégrer les objections légitimes, à donner des preuves et des moyens pour que chacun ait le désir de s’y engager activement.

 

1ere_couv_EFCS3 Carême dans Communauté spirituelleUn patron d’une SSII indienne qui a révolutionné son entreprise raconte qu’il a très distingué trois groupes de salariés dans la transformation managériale qu’il a impulsée :

- les transformeurs : ceux qui sont naturellement et instinctivement d’accord avec le changement, et qui vont l’incarner facilement et vite.

- les attentistes : ceux qui ont besoin de temps et de preuve avant de basculer du côté de l’adhésion. Ils commencent par dire : oui, mais…, et grâce à leurs objections prises en compte, le projet s’affine et se bonifie, si bien qu’ils peuvent s’y engager librement, stimulés par l’exemple des transformeurs.

- les renards : ceux qui vont faire semblant de dire oui, mais ne rateront pas une occasion de démolir les premières transformations naissantes. «  On a déjà essayé  ». «  Vous voyez bien que les résultats ne suivent pas  ». «  C’était mieux avant  »... On reconnaît là l’attitude du premier fils de la parabole. Si le changement s’amplifie et devient vraiment le bien commun de l’entreprise, alors soit ces renards s’en vont d’eux-mêmes, constatant qu’ils ne sont pas faits pour cela, soit il faut les faire partir pour ne pas compromettre la réussite des autres. Dura lex…

 

Dans le monde associatif ou le voisinage

La transposition est également facile. Si vous vous arrêtez aux premières réactions des gens que vous sollicitez pour servir un quartier, une association, une démarche collective, vous risquez fort de ne persuader personne de vous suivre ! Alors que les premiers refus obligent à mieux expliquer, à mieux organiser et à mieux faire vivre le projet présenté. Et les appels réitérés trouvent toujours leur public lorsqu’ils sont justifiés et correspondent à de vrais besoins.

 

Cette parabole des deux fils peut donc radicalement changer notre perception de ceux qui nous disent non.

Exercez-vous cette semaine à porter un tel regard sur celui ou celle qui dans votre famille, vos collègues, votre quartier ressemble au deuxième fils.

 

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1. Voici le texte de la Birkat ha Minim dans sa version palestinienne la plus simple, tel qu’il a été retrouvé dans la gueniza du Caire : « Que les apostats-renégats [mashoumadim = "ceux qui ont été détruits/ anéantis"] n’aient plus aucun espoir ; que le pouvoir de malheur [malkhout zadon1, c’est-à-dire l’empire romain] disparaisse rapidement de nos jours, que les notsrim et les minim [hérétiques, c’est-à-dire les chrétiens] aillent sur l’heure à leur perte, qu’ils soient effacés du livre de vie et qu’ils ne soient pas mentionnés parmi les justes. Béni soit le Seigneur qui courbe les méchants ».

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir(Ez 18, 25-28)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c’est à cause de sa perversité qu’il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de
ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Souviens-toi, Seigneur, de ton amour.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.


Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,

ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L’unité dans l’amour à la suite du Christ (brève :
1-5)
 (Ph 2, 1-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. 

Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en
devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Se convertir non en paroles, mais en actes (Mt 21, 28-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui ne fermez pas votre cœur, mais
écoutez la voix du Seigneur. Alléluia. (Ps 94, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »
Patrick BRAUD

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