L'homelie du dimanche

24 mars 2019

Souper avec les putains

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

SOUPER AVEC LES PUTAINS

Homélie pour le 4° dimanche de Carême / Année C
31/03/2019

Cf. également :

Servir les prodigues
Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non
Fréquenter les infréquentables
La commensalité du Jeudi saint

L’expression est volontairement provocatrice ! Elle vient de Jacques Pohier, jésuite et exégète, en 1973. Il entendait ainsi actualiser le côté scandaleux et inconcevable de l’attitude de Jésus, qui devrait être la nôtre aujourd’hui : « il est allé manger chez des pécheurs ».

L’accusation maintes fois portée contre Jésus ne fut pas de souper avec les putains mais de manger avec les pécheurs. Mais quelqu’un peut difficilement-imaginer au XX° siècle l’immoralité, religieuse et civile, qu’il y avait alors pour un juif de bonne moralité à manger avec les pécheurs. Dire aujourd’hui que Jésus a mangé avec les pécheurs, c’est édulcorer ce qui est en cause, à quoi je rends la virulence qui convient en disant : souper avec les putains, et en écartant volontairement le mot plus pudique de prostituée. (Jacques Pohier, texte de Juin 1973)

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Manger à la même table que quelqu’un, à l’époque, c’est bien plus qu’un repas. C’est une identité commune, un héritage en partage (celui d’Abraham), une solidarité assurée. La commensalité nourrit la fraternité, si bien que les juifs religieux considèrent comme péché de s’attabler avec des païens, qui mangent une nourriture impure, ou des pécheurs publics qui sont impurs eux-mêmes. En plus, ils sont obligés de manger kasher, et cet interdit alimentaire - comme le halal pour les musulmans - aboutit en pratique à un communautarisme religieux basé sur la pureté rituelle. En allant manger chez les pécheurs (comme nous devrions le faire), Jésus fait sauter en éclats ce séparatisme culinaire, ces barrières inventées par des traditions humaines, trop humaines.

On l’oublie trop souvent, la pointe de la parabole du fils prodigue de ce Dimanche (Lc 15, 1-32) n’est pas la repentance du fis ingrat, mais l’explication de la conduite morale de Jésus : il va « souper avec les putains » parce que le premier son Père festoie et se met à table avec son vaurien de fils parti dépenser son héritage au loin en compagnie des filles de petite vertu…

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

C’est le banquet final de la parabole qui légitime l’action du Christ : il est l’image parfaite du Père lorsqu’il se compromet avec les impurs, lorsqu’il festoie avec les pécheurs, lorsqu’il ne respecte ni le casher ni le halal qui le sépareraient de ceux qu’il aime. Le fils aîné ne s’y trompe pas hélas !, lui qui refuse d’entrer dans la maison familiale pour prendre part au repas de fête qui célèbre le retour de son frère.

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La sainteté des pharisiens – comme de tous les ultrareligieux de tous bords – est une sainteté par séparation. C’est d’ailleurs le sens premier du mot pharisien : séparé ; à tel point qu’ils faisaient attention dans la rue à n’être touchés par personne de peur de contracter quelque impureté religieuses au passage. Pas facile dans les rues étroites de Jérusalem ! D’où leur regroupement dans des quartiers à eux, entre eux (l’entre-soi n’est pas nouveau !). C’est pourquoi le pharisien refuse de toucher un blessé dans la parabole du bon samaritain.

La sainteté de Jésus n’est pas une sainteté de séparation, mais de communion. Il quitte la divinité pour faire corps avec notre humanité (c’est la kénose), mais en plus il va faire corps avec les pécheurs, jusqu’à être identifié aux pires d’entre eux sur la croix, car il veut « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10).

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Par cette parabole du fils prodigue, Jésus manifeste que devenir Dieu – par lui, avec lui et en lui – c’est prendre dans nos bras les lépreux de notre temps, s’attabler avec ceux qui sont peu recommandables, fréquenter les infréquentables, bref : « souper avec les putains ».

Notons bien que l’initiative vient de Dieu et non du pécheur. La brebis égarée ne fait rien d’autre que de bêler au secours, mais nulle trace évidemment de pénitence en elle. Le Père du fils prodigue le guette chaque jour au loin sur la route bien avant que celui-ci ne décide de revenir. D’ailleurs le Père ne lui laisse pas le temps de débiter son acte de contrition appris par cœur. Il lui coupe la parole et lui dit : « viens festoyer ; tu es mon fils. Tu auras bien le temps de voir comment vivre de nouveau après le festin ».

Jacques Pohier précise à juste titre que l’attitude de Jésus avec les pécheurs n’est pas de l’ordre du mérite : pénitence puis pardon, mais bien l’inverse !

En se comportant avec tous ces gens de telle sorte qu’il lui fut si souvent reproché de « manger avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs » (Mt 9, 11), d’être « un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs » (Mt 11, 19), de « faire bon accueil (chez lui) aux pécheurs et manger avec eux » (Lc 15, 2), et en rétorquant aux Pharisiens : « En vérité, je vous le dis, collecteurs d’impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu » (Mt 21,31), Jésus ne se soucie certes pas d’abord de morale, car c’est avant tout d’une révélation sur Dieu qu’il s’agit. Il s’agit pour lui de montrer qui est son Dieu, et qu’il n’est pas tel que sa manifestation et sa rencontre soient soumises aux restrictions et aux exclusives qui faisaient que, selon les docteurs et les prêtres d’alors comme de toujours ces gens n’avaient pas droit à Dieu sous prétexte de leur conduite morale ou de leur ignorance religieuse. Mais s’il ne s’agit pas d’abord de morale, il s’agit aussi de morale, et même de formation morale.

Voilà de quoi transformer nos propres réconciliations. Non pas d’abord exiger que l’autre change pour que je puisse l’aimer à nouveau, mais l’aimer à nouveau et il pourra librement changer, à sa guise (ce n’est pas mon problème). La conversion est une conséquence de la grâce et non un préalable. La communion avec le Christ est donnée gratuitement, inconditionnellement, et elle fait son œuvre en nous transformant de l’intérieur. Mais elle ne se mérite pas, au contraire.

Lapinbleu270C-Eph2_5-copie-1 JésusLe schéma n’est pas :
a) le pécheur dit qui il est en confessant son péché,
b) il fait pénitence,
c) en conséquence, Dieu peut de nouveau être Dieu avec lui,

mais le schéma est exactement le contraire :
a) Jésus dit qui est Dieu, montre comment Dieu est Dieu avec cette femme, avec cet homme,
b) le pécheur se retrouve du coup avec Dieu,
c) le pécheur confesse son péché et fait pénitence.

C’est la manifestation de la façon dont Dieu est amour qui engendre la conversion, et non pas la conversion qui permet à Dieu de donner libre cours à son amour.
C’est là le contraire, exactement le contraire de la façon dont nos morales, dont nos sociétés, dont nos religions, mais aussi dont nos réactions psychiques personnelles - conscientes ou non - croient devoir traiter la culpabilité.

Cette inversion quasi blasphématoire de la conversion et de la grâce devrait nous empêcher de réduire le christianisme à une morale. En Christ, la morale est seconde (non secondaire). La grâce est première. Elle suscite une morale de réponses et non de préalable. Et cela change tout ! « Souper avec les putains », ce n’est pas faire de Dieu une récompense pour les justes mais faire de ceux qui étaient perdus une récompense pour Dieu.

Les Invisibles : AfficheC’est l’expérience bouleversante de voir Dieu ainsi à nos côtés, goûter avec nous les mêmes plats, qui fera naître en nous l’irrépressible désir de vivre autrement, en accord avec le don reçu. Ainsi Zachée a rendu quatre fois ce qu’il a volé après et non avant que le Christ s’invite chez lui. La femme adultère n’est appelée à la fidélité qu’après avoir été pardonnée. Lévi quitte ses pots-de-vin de fonctionnaire sous occupation d’une armée étrangère après qu’il ait été appelé par Jésus et non avant. Marie elle-même est comblée de grâce dès sa naissance non pas en raison de ce qu’elle aurait fait, mais en raison du Verbe faisant corps en elle, gratuitement.

Comment dès lors pourrions-nous poser des conditions aux chercheurs de Dieu d’aujourd’hui ? Au lieu de les soumettre à une morale trop mêlée de traditions humaines comme celle des pharisiens, ne vaut-il pas mieux mettre en premier l’expérience spirituelle, l’expérience bouleversante du Christ com-pagnon de toutes nos routes mêmes les plus tortueuses ?

Méditons donc cette semaine sur cette promiscuité du Christ avec les impurs, les prostituées, les publicains.

Que voudrait dire pour nous aujourd’hui : « manger avec les pécheurs » ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué : « Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. » Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !
(cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

Deuxième lecture
« Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Évangile
« Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

 

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2 mars 2016

Servir les prodigues

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Servir les prodigues

Homélie du 4° dimanche de carême / Année C
06/03/1016

Cf. également :

Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale

Ressusciter, respirer, se nourrir…

Changer de regard sur ceux qui disent non

 

Reprenons une des méthodes toutes simples pour méditer, étudier, et prier un texte biblique. Lorsqu’il s’agit d’un récit ou d’une parabole, on peut s’identifier successivement à chaque personnage, et tranquillement éprouver ce qu’il éprouve, voir ce qu’il voit etc. tant que cela nourrit la méditation.

Attardons-nous dans cette parabole du fils prodigue à une catégorie de personnages souvent ignorés et passés sous silence : les serviteurs, autrement dit les domestiques de la maison paternelle.

Ils nous disent quelque chose de notre responsabilité envers ceux qui sont loin comme envers ceux qui sont proches.

Ils nous rappellent la vocation d’accueil et de lien qui doit exister au sein de nos assemblées chrétiennes.

 

Laisser partir ceux qui veulent

Les serviteurs du domaine n’entrent en scène apparemment dans notre parabole qu’au verset 22, lorsque le père les appelle pour faire fête au fils prodigue.
Pourtant, on devine qu’ils sont là depuis le début. Ils ont sans doute été navrés, comme le père, de voir partir ce fils cadet avec sa part d’héritage (prodigue vient du latin prodigere  = « pousser devant soi » et « dépenser avec profusion » : le  prodigue est donc celui qui dissipe son héritage follement). Ils ont dû être obligés de préparer ce partage, d’aider à le réaliser, et d’aider le fils à rassembler  ses affaires afin de partir.
Ils apprennent ainsi du père à ne pas retenir ceux qui veulent transgresser, ceux qui apparemment renient leur famille, humaine ou spirituelle.

Nous sommes ces serviteurs si nous acceptons ainsi de laisser partir hors de l’Église ceux qui veulent chercher leur liberté ailleurs, un sens à leur vie autrement.

Non sans craindre pour eux.

Non sans trembler pour les détresses et les impasses dans lesquelles ils vont s’enfermer eux-mêmes.

Non sans veiller, comme le père, matin après matin, et guetter les signes du retour du fils sur la route au loin…

L’Église serait une secte si elle retenait de force ceux qui veulent en sortir.
Sans les abandonner, elle préfère la liberté de partir à la pression pour rester en faisant semblant ou en y étant obligé.

Afficher l'image d'originePanneaux en ivoire d’un coffret : histoire du fils prodigue – Paris, vers 1250-1270 

Faut-il inclure dans ces départs de fils prodigues les départs des enfants d’aujourd’hui pour Daech, vers la Syrie, la Libye, voulant rejoindre un prétendu califat islamique ? La question est douloureuse. Instinctivement, les parents cherchent à retenir leurs enfants et à les empêcher de partir (l’autorisation parentale de sortie de territoire pour les mineurs vient heureusement d’être rétablie pour garantir cette autorité). Instinctivement, la république française cherche à réprimer et punir ceux qui s’engagent sur cette voie (cf. le débat sur la déchéance de nationalité…).

Ces réactions sont légitimes. Elles ne pourront jamais cependant constituer des digues étanches. Remplacer l’adhésion (à notre culture, à notre vision de société) par la contrainte ne tient qu’un temps, en état d’urgence. À terme, reconquérir le coeur de sa jeunesse est pour le monde non musulman un défi dont l’enjeu est la paix sociale. En attendant, laisser partir les prodigues qui veulent dilapider l’héritage culturel de l’Occident nous oblige à écouter, accompagner, débattre, convaincre ou non, et garder ouverte la porte, la frontière du retour pour ces enfants perdus de la république…

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Habiller et nourrir les prodigues de retour

Au retour du prodigue, les serviteurs obéissent à l’ordre paternel de tout faire pour fêter celui qui revient. Ils lui passent le plus beau vêtement, symbole de son identité filiale retrouvée, renouvelée. Ils lui mettent la bague au doigt, symbole de son alliance restaurée avec sa famille. Comme Israël est à nouveau fiancée par Yahvé après l’Exil, comme l’Église est ré-épousée par le Christ après chacune de ses forfaitures.

Les serviteurs se réjouissent de ces noces sans cesse réactualisées, et accomplissent ce geste si fort de passer l’alliance au doigt de celui qui ne se croyait plus rien.

Restaurer la dignité des moins-que-rien est la joie des serviteurs que nous sommes. Surtout lorsque cette déchéance de nationalité divine semble s’imposer à eux de l’intérieur.

Combien de SDF dans la rue en sont venus à désespérer d’eux-mêmes ?
Combien de collègues de travail n’osent croire à leur utilité sociale, à leur capacité d’évoluer, à leur droit à l’erreur ?

Tuer le veau gras pour fêter le retour, c’est apprendre à valoriser, à raconter, à célébrer toutes ces victoires, petites et grandes, où la dignité d’un être humain est enfin restaurée après un passage à vide.

Habiller les prodigues, c’est aujourd’hui revêtir de blanc les nouveaux baptisés enfant ou adultes. C’est préparer une belle célébration de mariage avec des fiancés. C’est ne pas condamner mais au contraire intégrer ceux qui autrefois étaient méprisés comme pécheurs publics (divorce, avortement, homosexualité…).

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Informer le fils fidèle

La dernière mission des serviteurs dans la parabole est d’informer le fils aîné. À sa demande, un domestique lui raconte le retour de son frère, la joie de son père et la fête pour toute la maisonnée car c’est une vraie résurrection que de retrouver ainsi son frère « en bonne santé ». On ne sait pas ce que ce serviteur a ressenti devant la colère jalouse de l’aîné qui réclame justice en raison de sa fidélité (qui n’est pas sans rappeler la jalousie de Caïn envers Abel, ou le conflit entre Jacob et Ésaü…). Il a dû être navré à nouveau de ces dissensions familiales. Peut-être s’est-il dit que ces riches ne savent pas apprécier ce qu’ils ont, car toute cette histoire n’arriverait pas dans le petit peuple des domestiques, où l’héritage ne peut diviser les familles car il n’y en a pas, où l’on n’a pas les moyens de fêtes fastueuses avec veau gras qui rendraient jaloux les uns et privilégiés les autres…

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En tout cas, il a fait son devoir en informant le fils fidèle de la merveille accomplie en son frère.

C’est ce que nous devons continuer à faire : en accueillant les catéchumènes, tenons  au courant les fidèles de la paroisse des merveilles accomplies en chaque conversion. En accompagnant ceux qui vont se marier, racontons à l’assemblée du dimanche combien l’Évangile a de la saveur quand on aime, et comment cela fait découvrir l’Église autrement. En préparant les obsèques avec les familles en deuil, la plupart du temps non pratiquantes, faisant des ponts avec la paroisse pour qu’elles s’y sentent accueillies, soutenues, lorsqu’elle viendront à la messe célébrée pour leur  défunt ou croiseront des paroissiens dans la rue. En parlant du baptême à des parents eux-mêmes souvent non catéchisés, informons les fidèles baptisés des découvertes qui lancent ces parents sur le chemin d’un lien plus familier avec l’Église. Etc. !

 

Nous ne serions pas serviteurs du Père si nous n’avions pas la passion d’accueillir les enfants infidèles tout en maintenant la communion avec les chrétiens ‘de souche’.

 

Laisser partir ceux qui le veulent.
Habiller et nourrir les prodigues.
Informer les fidèles.
Ce triple rôle des serviteurs de la parabole semble mineur. Mais sans eux, le Père n’aurait pas pu manifester sa miséricorde.

Servir les prodigues tout en faisant le lien avec les fidèles : cela se joue en paroisse, au travail, en famille…

 

 

1ère lecture : L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué :
« Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. »
Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

2ème lecture : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Evangile : « Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

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25 septembre 2014

Changer de regard sur ceux qui disent non

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Changer de regard sur ceux qui disent non

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
28/09/14

Le contexte historique de cette ‘parabole des deux fils’ l’explique en partie.

À l’heure où Matthieu écrit, les disciples du Christ, juifs pour la plupart, font la douloureuse expérience de se faire exclure des synagogues et
rejeter par leurs frères juifs. À tel point que la rupture sera officialisée par le synode de Jamnia en 90, où les rabbins excluront officiellement les chrétiens des synagogues. Ils rajouteront même une malédiction anti-chrétiens [1] 
(la birkat ha-minim  ou bénédiction contre les hérétiques = les
chrétiens) à leur prière tri-quotidienne de Shemoneh Esreh (les 18 bénédictions).

Dans ce contexte d’affrontement et de ruptures, on comprend que l’ouverture aux païens que Jésus a appris à pratiquer devienne ensuite la dynamique de l’Église naissante.

Le premier fils de la parabole désigne donc le peuple de la première Alliance, qui a d’abord dit oui à Dieu, mais finalement se détourne du Christ qui lui est envoyé.

« Celui-ci figure bien le peuple hébreu qui avec tant d’empressement disait à Moïse :  » Tout ce que
Dieu nous dira nous le ferons  » ; et qui ensuite au lieu d’aller travailler à la vigne de Dieu en tua l’héritier » (Saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu).

Le deuxième fils désigne les païens, qui dans un premier temps ont dit non au Dieu unique, en pratiquant le
polythéisme et l’immoralité, mais qui finalement vont se tourner en masse vers Lui en acceptant son envoyé, Jésus de Nazareth.

Au-delà de ce contexte historique, l’intérêt de cette parabole réside dans son appel à voir autrement les refus opposés à Dieu.

Changer de regard sur ceux qui disent non est en effet le résultat de la parabole.

Le père est assez patient pour ne pas se mettre en colère contre le deuxième fils. Il lui laisse le temps de cheminer, de changer d’avis, de changer de vie. Pourtant, Jésus aime bien ceux qui ont une parole droite : « que votre oui soit oui, que votre non soit non » (Mt 5,37). Mais il n’en devient pas pour autant dur et intransigeant, au contraire.

Et nous, quel regard portons-nous sur ceux qui semblent dire non à Dieu (et dont nous faisons parfois partie !) ?

 

En famille

Toute famille a ses adolescents qui par principe commencent par s’opposer. Comme si pour exister il leur grincheuxfallait d’abord montrer qu’ils sont libres, et que s’ils obéissent c’est par eux-mêmes et non parce que cela leur est imposé. Et ce n’est pas qu’une question d’âge !

Changer de regard sur ces ados rétifs, c’est leur faire confiance, ne pas les braquer, ne pas les acculer à des conflits sans retour.
C’est savoir attendre, avec patience, qu’un conseil, une parole ou un geste d’affection finisse par faire leur effet, sans s’imposer par la force.
C’est ne pas retenir absolument (sauf danger mortel) celui qui voudra s’engager dans une autre voie que celle souhaitée.
Ce lâcher-prise éducatif n’est pas de la démission ni de l’abandon, car il suppose d’abord l’exigence d’un appel : va travailler à ma vigne, et ensuite le soutien d’un accompagnement sans faille.

 

Changer de regard sur ceux qui disent non dans Communauté spirituelle RO30105330En Église

Comme le disait Bernadette Soubirous : je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire.

La culture de l’appel qui caractérise l’Église nous demande de pratiquer l’interpellation sans nous lasser : mets-toi au service de la communauté, tout en laissant cet appel faire son chemin librement en l’autre. L’ivraie et le bon grain vont grandir ensemble, mais l’appel lancé produira du fruit, un jour ou l’autre.

Ce qui est vrai pour l’appel à servir l’Église l’est aussi pour l’évangélisation.
La première annonce de l’Évangile va souvent rencontrer des premiers refus, des oppositions. À nous de savoir patiemment accompagner, proposer à nouveau, sans imposer jamais.

 

En entreprise

Eh oui, même en entreprise nous pouvons changer de regard sur ceux qui disent non !

Nous avons tous eu des collègues Schtroumpfs grincheux, qui semblent par principe résister à toute forme de changement…
Beaucoup commencent par râler, protester. Certains vont plus loin et se mettent en embuscade pour faire échouer tel projet, tel changement, comme un renard prêt à saccager le poulailler.
Pourtant, nous avons tous fait l’expérience de voir tel collègue changer et devenir participant au lieu de se mettre hors jeu. Pourquoi ? Parce qu’on lui a laissé le temps de réfléchir, parce qu’on a nourri sa réflexion, parce qu’il y a eu des formations, des témoignages, des échanges. Et souvent ceux qui résistent ainsi rendent service au changement, car ils obligent l’entreprise à mûrir le projet, à l’améliorer, à intégrer les objections légitimes, à donner des preuves et des moyens pour que chacun ait le désir de s’y engager activement.

 

1ere_couv_EFCS3 Carême dans Communauté spirituelleUn patron d’une SSII indienne qui a révolutionné son entreprise raconte qu’il a très distingué trois groupes de salariés dans la transformation managériale qu’il a impulsée :

- les transformeurs : ceux qui sont naturellement et instinctivement d’accord avec le changement, et qui vont l’incarner facilement et vite.

- les attentistes : ceux qui ont besoin de temps et de preuve avant de basculer du côté de l’adhésion. Ils commencent par dire : oui, mais…, et grâce à leurs objections prises en compte, le projet s’affine et se bonifie, si bien qu’ils peuvent s’y engager librement, stimulés par l’exemple des transformeurs.

- les renards : ceux qui vont faire semblant de dire oui, mais ne rateront pas une occasion de démolir les premières transformations naissantes. «  On a déjà essayé  ». «  Vous voyez bien que les résultats ne suivent pas  ». «  C’était mieux avant  »... On reconnaît là l’attitude du premier fils de la parabole. Si le changement s’amplifie et devient vraiment le bien commun de l’entreprise, alors soit ces renards s’en vont d’eux-mêmes, constatant qu’ils ne sont pas faits pour cela, soit il faut les faire partir pour ne pas compromettre la réussite des autres. Dura lex…

 

Dans le monde associatif ou le voisinage

La transposition est également facile. Si vous vous arrêtez aux premières réactions des gens que vous sollicitez pour servir un quartier, une association, une démarche collective, vous risquez fort de ne persuader personne de vous suivre ! Alors que les premiers refus obligent à mieux expliquer, à mieux organiser et à mieux faire vivre le projet présenté. Et les appels réitérés trouvent toujours leur public lorsqu’ils sont justifiés et correspondent à de vrais besoins.

 

Cette parabole des deux fils peut donc radicalement changer notre perception de ceux qui nous disent non.

Exercez-vous cette semaine à porter un tel regard sur celui ou celle qui dans votre famille, vos collègues, votre quartier ressemble au deuxième fils.

 

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1. Voici le texte de la Birkat ha Minim dans sa version palestinienne la plus simple, tel qu’il a été retrouvé dans la gueniza du Caire : « Que les apostats-renégats [mashoumadim = "ceux qui ont été détruits/ anéantis"] n’aient plus aucun espoir ; que le pouvoir de malheur [malkhout zadon1, c’est-à-dire l’empire romain] disparaisse rapidement de nos jours, que les notsrim et les minim [hérétiques, c’est-à-dire les chrétiens] aillent sur l’heure à leur perte, qu’ils soient effacés du livre de vie et qu’ils ne soient pas mentionnés parmi les justes. Béni soit le Seigneur qui courbe les méchants ».

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir(Ez 18, 25-28)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c’est à cause de sa perversité qu’il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de
ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Souviens-toi, Seigneur, de ton amour.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.


Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,

ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L’unité dans l’amour à la suite du Christ (brève :
1-5)
 (Ph 2, 1-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. 

Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en
devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Se convertir non en paroles, mais en actes (Mt 21, 28-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui ne fermez pas votre cœur, mais
écoutez la voix du Seigneur. Alléluia. (Ps 94, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »
Patrick BRAUD

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9 mars 2013

Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale

Homélie du 4° Dimanche de Carême / Année C
10 mars 2013

 

« Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout » (Coluche).

Le fondateur des Restos du coeur se faisait philosophe pour souligner la difficulté de concilier des valeurs contraires comme la justice et la liberté, et en même temps pour en souligner l’urgence et l’importance sociale.

Concilier signifie : amener à un accord des personnes d’opinions contraires, d’intérêts divergents ; mettre ensemble des choses ayant des caractéristiques opposées. Le verbe vient du latin conciliare qui veut dire : unir.

La réconciliation dont parle Paul dans la deuxième lecture (1Co 5,17-21) est donc la Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale dans Communauté spirituelle toulouse-lautrec-henri-de-1864-la-ravaudeuse-1849718reprise de ce travail d’harmonisation, qui a dû être interrompu pour nécessiter un tel investissement de la part de l’Apôtre. Tout se passe comme si Dieu avait disposé les êtres et les choses avec justesse dans sa Création, c’est-à-dire de manière à être ajustés les uns aux autres. Mais la rupture introduite par le péché des origines, compilé génération après génération, fait que les êtres humains ne vivent plus en pleine harmonie les uns avec les autres, ni avec les animaux ou le cosmos qui les entourent. Réconcilier, c’est alors entreprendre le patient travail de couture qui occupait les ravaudeuses autrefois : fil après fil, pièce sur pièce, raccommoder, réunir, réajuster, retisser…

C’est constater au départ que les gens ont des intérêts contraires, des antipathies tenaces, et pourtant faire le pari de les réunir au final.

Paul parle de réconcilier Dieu avec les hommes, ou plutôt les hommes avec Dieu, car ce n’est pas la même chose. Du côté de Dieu, nul intérêt divergent avec l’homme, nulle animosité au contraire. Du côté de l’homme, une terrible méprise sur sa liberté qui lui apparaît antagoniste de celle de Dieu (à l’image de la méprise du fils prodigue de notre évangile en Lc 15,1-32).

 

Comment résoudre ce conflit ?

En fait il a déjà été résolu – nous dit Paul – et résolu une fois pour toutes. En Christ, Dieu a retourné comme un gant les accusations qu’il aurait été en droit de porter contre nous. C’est Jésus lui-même qui à été identifié au péché afin que nous soyons identifiés à la justice de Dieu. Condamné en tant qu’homme à l’humiliation de la croix, Jésus est descendu au rang des malfaiteurs, des criminels, des maudits de Dieu. Ressuscité par Dieu au plus haut, le Christ a élevé avec lui notre nature humaine.

Depuis Pâques, nul criminel n’est si loin de Dieu que le Christ ne puisse se réconcilier avec lui, puisqu’il est en personne la passerelle entre les deux mondes. Il suffit de se laisser réconcilier, insiste Paul, c’est-à-dire de laisser le Christ s’unir à nous pour qu’il nous unisse à Dieu.

Mieux qu’une super glu réalisant l’adhésion solide de deux surfaces en quelques secondes, le Christ « recolle » l’homme à Dieu parce qu’il adhère aux deux. Être uni à lui (dans l’eucharistie, la prière, la relation à autrui) est alors suffisant pour à nouveau être prennent pleinement ajusté à Dieu, identifié à la justice de Dieu.

En s’éloignant de la soif de Dieu, l’Occident a pour une bonne part oublié l’urgence de cette réconciliation-là. On sent bien en Europe que la réconciliation entre les hommes est vitale : entre la France et l’Allemagne, entre nos anciennes colonies et nous, entre les générations… Nous cherchons à concilier des valeurs antagonistes : la liberté et l’égalité, la justice et la fraternité etc? Et nous avons raison. Mais nous avons perdu de vue que la réconciliation horizontale (avec les autres) découle de la réconciliation verticale (avec Dieu).

Là comme ailleurs, Dieu est le plus court chemin d’un homme un autre.

De même pour la réconciliation avec la nature environnante : le désir écologique d’une vie ajustée à notre univers vivant ignore que l’harmonie avec Dieu en est la clé de voûte. Si nous savions davantage faire le détour par Dieu, nous pourrions plus facilement retisser les liens manquants ou abîmés avec nos proches, avec notre environnement, notre planète…

À l’instar de Moïse se détournant pour voir le buisson ardent, nous ne pouvons libérer nos frères qu’en acceptant d’être d’abord rencontrés par Dieu, habités par lui, jusqu’à devenir ses ambassadeurs, comme l’écrit Paul. Un ambassadeur vient au nom d’un autre, plus grand que lui. Un ambassadeur a un pouvoir pour agir au nom de cet autre.

Tel est Paul dans son ministère de réconciliation.

Tels sont les prêtres dans le ministère de la confession.

Telle est l’Église dans le rôle sacramentel qu’elle joue au milieu des nations.
En Afrique du Sud par exemple, pour unir à nouveau les anciennes victimes de l’apartheid et leurs anciens maîtres (cf. la Commission nationale de vérité et réconciliation). En pays d’islam pour poser les pierres d’attente d’une possible harmonie entre chrétiens et musulmans. Partout où la haine a déchiré des familles, des ethnies (au Rwanda, au Libéria…), des peuples, les chrétiens inlassablement reprennent le fil de leur dévidoir pour raccommoder le lien social, les liens interreligieux etc.

 

Si nous nous laissons réconcilier avec le Christ, nous serons acteurs de cette même réconciliation autour de nous.

Et Dieu sait que ces fractures (d’argent, de séparations familiales, d’oppositions idéologiques…) sont nombreuses, auxquelles nous participons parfois hélas.

À travers le sacrement de réconciliation, grâce au jeûne, à l’aumône, à la prière, laissons le Christ patiemment réunir à nouveau ceux que tout semble opposer.

 

1ère lecture : L’arrivée en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 10-12)

Lecture du livre de Josué

Après le passage du Jourdain, les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho.
Le lendemain de la Pâque, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés.
À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient les produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33, 2-3, 4-5, 6-7

R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur.

Je bénirai le Seigneur en tout temps, 
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur : 
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur, 
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond : 
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira, 
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend : 
il le sauve de toutes ses angoisses

2ème lecture : Réconciliés avec Dieu par le Christ (2Co 5, 17-21)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né.
Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation.
Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés, et il mettait dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu.
Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.

Evangile : Parabole du père et de ses deux fils (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Comme la tendresse d’un père pour son enfant, le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ps 102, 8.13)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
Jésus disait cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’
Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.
Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.
Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick Braud

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