L'homelie du dimanche

11 janvier 2015

Prier pour les victimes, prier pour les assassins

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 19 h 57 min

Prier pour les victimes, prier pour les assassins


Deux messages d’autorités religieuses, parmi tant d’autres, appellent à prier bien sûr pour toutes les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo et leurs familles, mais aussi à prier pour leurs assassins. Car la pointe du christianisme, que nulle autre religion n’ose affirmer ainsi, est bien d’aimer ses ennemis : seul l’amour peut vaincre la haine.

 « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,  bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament » (Lc 6,27-28).

« Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants » (Lc 6,35).

 

« Nous avons ensemble quelque chose à défendre »

Mgr. André Vont Trois, cardinal archevêque de Paris, dans un message qui a été lu dans les paroisses de Paris ce dimanche, s’adresse en fait à toute la nation qu’il appelle à l’unité et non à « la haine ».

Initiative rare mais liée aux circonstances dramatiques que traverse la France le cardinal André Vingt-Trois a publié samedi un message qui a été lu dans toutes les paroisses du diocèse de Paris à l’issue des messes de dimanche.

 

Le cardinal André Vingt-Trois a publié un message qui sera lu dans toutes les paroisses

A r c h e v ê c h é d e P a r i s
Aux catholiques de Paris
Paris, le 10 janvier 2015

Notre pays, notre ville de Paris en particulier, ont été cette semaine le théâtre d’actes de violence et de barbarie inouïes. Depuis de nombreuses années pour nous, la guerre, la mort, c’était toujours ailleurs même si, pendant ce temps, des soldats français étaient engagés en différents pays pour essayer d’apporter un peu de paix. Certains l’ont payé de leur vie.
Mais la mort violente s’est invitée brusquement chez nous. En France, et bien au-delà de nos frontières, tous sont en état de choc. La majeure partie de nos concitoyens ont vécu cette situation comme un appel à redécouvrir un certain nombre de valeurs fondamentales de notre République comme la liberté de religion ou la liberté d’opinion. Les rassemblements spontanés
de ces derniers jours ont été marqués par un grand recueillement, sans manifestation de haine ni de violence. La tristesse du deuil et la conviction que nous avons ensemble quelque chose à défendre unissent les Français.

Une caricature, même de mauvais goût, une critique même gravement injuste, ne peuvent être mises sur le même plan qu’un meurtre. La liberté de la presse est, quel qu’en soit le coût, le signe d’une société mûre. Que des hommes nés dans notre pays, nos concitoyens, puissent penser que la seule réponse juste à une moquerie ou une insulte soit la mort de leurs auteurs place notre société devant de graves interrogations.

Que des Français juifs paient encore une fois un tribut aux troubles qui agitent notre communauté nationale redouble encore leur gravité. Nous rendons hommage aussi aux policiers morts en exerçant jusqu’au bout leur fonction.

J’invite les catholiques de Paris à prier le Seigneur pour les victimes des terroristes, pour leurs conjoints, pour leurs enfants et leurs familles. Prions aussi pour notre pays : que la modération, la tempérance et la maîtrise dont tous ont fait preuve jusqu’à présent se confirment dans les semaines et les mois qui viennent ; que personne ne se laisse aller à l’affolement ou à la haine ; que nul ne se laisse aller à la facilité d’identifier quelques fanatiques avec une religion tout entière. Et prions aussi pour les terroristes qui découvrent la vérité du jugement de Dieu. Demandons la grâce d’être des artisans de paix. Il ne faut jamais désespérer de la paix, si on construit la justice.

+ André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

Source : 

http://www.paris.catholique.fr/IMG/pdf/message_du_cardinal_vingt-trois_aux_paroisses_-_messes_du_10_et_11_janvier_2015.pdf

 

  L’église épiscopalienne anglaise a également publié ce message :   We Are All Charlie’  

Thursday, January 8, 2015

Via Episcopal News Service and the Convocation of Episcopal Churches in Europe, the Rt. Ret. Pierre Whalon writes about the terrorist attack on Charlie Hebdo:

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Alors même que j’écris ces mots, des manifestations spontanées pour les victimes se déroulent partout en France, montrant que cette tentative de division et d’intimidation a échoué. Charlie Hebdo est un journal satirique, certes, une revue qui se moque des religions, y compris la mienne. Mais il se moque également de toutes sortes de sujets et de personnalités. Ils sont dans leurs droits. La liberté d’expression est le seul garant de la liberté elle-même, y compris la liberté de culte.

Après l’attentat couard ici à Paris aujourd’hui contre la revue, avec l’exécution à bout portant d’un policier blessé, les premières voix à s’élever pour exprimer leurs colères étaient les imams musulmans. Parmi eux se trouvait l’Imam Hassen Chalghoumi, que je connais et que j’admire depuis des années. Je le rejoins pour déplorer cette attaque impie, “indigne de l’islam,” et je répète son appel de ne pas faire l’amalgame entre ces “criminels” et l’islam.

J’appelle toute personne de bonne volonté de prier pour le repos des victimes, pour leurs familles et leurs amis, dont la vie a changé ce matin pour toujours.

Il nous faut aussi prier pour les assassins, qu’ils se retournent contre la violence et se rendent. Et nous devons aussi accompagner nos prières par l’action, pour que la nation puisse guérir et la solidarité se renforcer.

 ‘Nous sommes tous Charlie.’

Source : http://www.livingchurch.org/we-are-all-charlie

 

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15 août 2014

Maison de prière pour tous les peuples

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 5 h 00 min

Maison de prière pour tous les peuples

Homélie du 20° Dimanche du temps ordinaire / Année A
17/08/2011

 Quelle place donner aux étrangers dans la vie sociale, culturelle, religieuse d’un pays ?

Faut-il leur accorder le droit de vote ? À quelles élections ? Quelle place peuvent-ils prendre dans les associations, dans les Églises ? Faut-il une politique d’intégration, d’assimilation, ou bien un multiculturalisme intelligent ?

Ces questions sont de toujours à toujours, et nos politiques ne sont ni les premiers ni les derniers à instrumentaliser ou au contraire à fuir ces réels enjeux du vivre ensemble. 

Isaïe transmet une prise de position courageuse, sans doute à contre-courant de l’opinion majoritaire des coreligionnaires juifs de son époque. « Je ferai bon accueil aux étrangers qui se sont attachés au service de mon Nom. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière » (Is 56).

Bien sûr la condition exprimée semble restrictive (« s’attacher au service du Nom » = se détacher du polythéisme et devenir un craignant-Dieu). Mais pour l’époque c’est déjà révolutionnaire d’universaliser ainsi le salut et le bonheur offerts dans le Temple de Jérusalem. La conclusion est encore plus stupéfiante : « ma maison s’appellera : maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7). Salomon ira encore plus loin en demandant à Dieu d’exaucer les prières des étrangers qui viendront prier ici (1R 8)…

Que quelques tribus d’ex-nomades, d’ex-esclaves aient prétendu détenir la vérité sur le seul vrai Dieu est déjà un tournant unique de l’histoire humaine. Qu’ils aient élargi leur position religieuse jusqu’à en conclure logiquement que ce dieu – puisqu’il est unique – est aussi le dieu des païens, des étrangers, de l’univers tout entier, est un autre tournant tout aussi important.

 

Maison de prière pour tous les peuples dans Communauté spirituelle 16950555 

Les prophètes ne font pas de Jérusalem une capitale ethnocentrée. Elle est « maison de prière pour tous les peuples ». Le Vatican, en demandant un statut international pour la ville de Jérusalem, serait paradoxalement plus juif que les politiques juifs, dans la ligne prophétique d’Isaïe !

Paul : le souci des locaux

conf-car-paris-2009-saint-paul prière dans Communauté spirituellePaul réfléchit lui aussi à ce mystère d’Israël au milieu des nations (Rm 11). Le scandale de la croix du Christ a opéré un chassé-croisé surprenant. Ceux qui étaient loin (les étrangers) sont désormais devenus proches, et les enfants de famille (les juifs) semblent être devenus des ennemis irréductibles, alors que Jésus est l’un d’entre eux, ainsi que Paul et tous les premiers chrétiens.

L’apôtre des païens n’oubliera jamais la vocation singulière du peuple de l’Alliance. Tout en parcourant la Méditerranée, jusqu’à faire arriver le premier l’Évangile en Europe, Paul n’aura de cesse de rappeler que les fils de famille ne doivent pas être délaissés ni méprisés sous prétexte d’ouverture aux païens.

Si nous avions gardé cette tension féconde, nous n’aurions jamais regardés les juifs comme les nouveaux étrangers du christianisme. Nous aurions empêché les pogroms, les conversions forcées, peut-être même la Shoah…

Jésus : l’étranger est surprise

Jésus est juif jusqu’au bout des ongles. Alors qu’il fait un peu de camping touristique, ou du moins alors qu’il prend du repos le long de la côte libanaise (Tyr et Sidon), il semble camper dans un complexe de supériorité si courant chez les rabbins juifs. « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël » (Mt 15,21-28). Autrement dit : les étrangers, ce n’est pas mon problème. Isaïe a dû se retourner dans sa tombe ! Heureusement, la ténacité de cette libanaise qui lui réclame des miettes va ébranler l’autosuffisance juive qui n’a pas épargné même Jésus : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître ». Là, Jésus stupéfait est obligé de reconnaître que cette femme a raison : les étrangers sont bien invités au festin, et pas que pour des miettes ! C’est sans doute un déclic dans la conscience de Jésus.

À partir de la rencontre de cette étrangère, il défendra jusqu’au bout l’universalité de sa mission. Il annoncera de salut pour tous. L’écriteau INRI, rédigé en latin, grec et araméen témoignera de son désir de « rassembler dans l’unité des enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52), étrangers et juifs enfin réunis.

Peut-on conclure quelque chose de ce bref parcours sur la place des étrangers dans la vie d’Israël et de l’Église ?

Pas un programme politique détaillé.
Pas un catalogue de mesures répressives ou libérales.

Plutôt un état d’esprit, qui aura des conséquences énormes à la longue.

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Avec Isaïe nous continuons de proclamer que tous les étrangers ont leur place dans la maison de prière qu’est l’Église, pour tous les peuples.

Avec Paul, nous rappelons en même temps il ne faut pas oublier les fils de la maison, ceux qui accueillent, et qui ont besoin de ne pas devenir symétriquement les étrangers des autres.

Avec Jésus, nous voulons nous laisser surprendre dans la rencontre de l’étranger, qui a tant de choses à nous apprendre sur Dieu.

Ce n’est qu’un socle sur lequel bâtir une vraie politique d’accueil des étrangers. Il faudrait d’ailleurs relire tous les textes bibliques accordant aux étrangers un statut d’égalité avec les juifs dans le Royaume d’Israël (ex: « la loi sera la même pour le citoyen et pour l’étranger en résidence parmi vous » Ex 12,49 etc.)

Mais ce socle pourrait déjà changer bien des choses dans nos têtes, dans nos coeurs, dans notre porte-monnaie.

 

 

 

1ère lecture : Dieu accueille les étrangers qui viennent le prier (Is 56, 1.6-7)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur :
Observez le droit, pratiquez la justice. Car mon salut est approche, il vient, et ma justice va se révéler.

Les étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur pour l’amour de son nom et sont devenus ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et s’attachent fermement à mon Alliance, je les conduirai à ma montagne sainte. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière, je ferai bon accueil, sur mon autel, à leurs holocaustes et à leurs sacrifices, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

 

Psaume : Ps 66, 2b-3, 5abd, 7b-8

R/ Dieu, que les peuples t’acclament !
Qu’ils t’acclament, tous ensemble !

Que ton visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

 

2ème lecture : Le rôle des Juifs dans la nouvelle Alliance (Rm 11, 13-15.29-32)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
je vous le dis à vous, qui étiez païens : dans la mesure même où je suis apôtre des païens, ce serait la gloire de mon ministère de rendre un jour jaloux mes frères de race, et d’en sauver quelques-uns.
Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l’écart, qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts !

Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables.
Jadis, en effet, vous avez désobéi à Dieu, et maintenant, à cause de la désobéissance des fils d’Israël, vous avez obtenu miséricorde ; de même eux aussi, maintenant ils ont désobéi à cause de la miséricorde que vous avez obtenue, mais c’est pour que maintenant, eux aussi, ils obtiennent miséricorde.
Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous les hommes.

 

Evangile : Jésus exauce la prière d’une étrangère (Mt 15, 21-28)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur protège l’étranger. Heureux qui met en lui son espoir !Alléluia. (Ps 145, 5.8-9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 

Jésus s’était retiré vers la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. ? C’est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Patrick BRAUD

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11 juillet 2014

La lectio divina : galerie de portraits

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La lectio divina : galerie de portraits

Homélie du XV° dimanche du temps ordinaire / Année A
13/06/14

Il existe une méthode toute simple pour ruminer un texte biblique.

Vous faites la liste des acteurs intervenant dans ce texte. Puis vous vous identifiez un à un à ces différents acteurs. Tant que cette identification à un personnage nourrit votre réflexion, votre prière, vous restez fixés sur lui, savourant ce qu’il vous révèle, actualisant son message pour vous aujourd’hui. Puis, lorsque votre attention faiblit, vous passez au personnage suivant, avec la même qualité de contemplation et d’actualisation. Et ainsi de suite jusqu’au dernier.

C’est d’autant plus facile à faire lorsque le texte est court, comme notre parabole du semeur (Mt 13,1-23), avec des acteurs bien identifiables.

Allons-y ! Faisons l’exercice ensemble.


La liste des acteurs.

La lectio divina : galerie de portraits dans Communauté spirituelle ATO15Lapinbleu403-Mt13_3

Il suffit de relire le texte, stabilo en main, et de surligner ceux qui apparaissent en cours de route : Jésus, la foule, le semeur, les grains, la terre (sous toutes ses formes). Il y a d’autres acteurs mineurs que l’on peut quand même relever : les oiseaux, le soleil, les ronces.

Bigre : pas moins de 8 acteurs ! Vous voyez que si vous prenez ne fût-ce que cinq minutes par personnage, vous pouvez aisément prier 40 minutes sur ce texte sans vous ennuyer une seconde !

Disons quelques mots de la contemplation et de l’actualisation possible pour chaque acteur.

 

Jésus.

S’identifier à Jésus, quelle audace !

Et pourtant, c’est celle de notre baptême, qui par l’onction de l’Esprit Saint fait de nous « d’autres Christs » pour agir et parler en son nom aujourd’hui.

Jésus sort de la maison (de Pierre à Capharnaüm, qui est devenue sa maison, au sens où il y est  comme chez lui). Savoir sortir de chez soi (de son univers, et sa culture…) est donc essentiel pour nourrir les foules.

Jésus s’assoit au bord du lac, puis dans la barque à quelques encablures du rivage. Il sait que là, porté par l’eau calme, sa voix résonnera loin et sera audible par tous. Se préoccuper des conditions, des modalités de son message est au moins aussi important que le message lui-même. D’autant plus que Jésus n’a envoyé aucun tweet pour convoquer les journalistes. Il laisse les foules venir à lui sans les contraindre ni les manipuler. Il laisse le bouche à oreille fonctionner. Il se laisse trouver par ceux qui le cherchent.

Nous pourrions nous inspirer de ce type de parole publique pour nourrir les débats de société. Et parler nous aussi en paraboles à la manière de Jésus. Tout le monde savait à l’époque ce qu’étaient les semailles. Dans une société agraire, le geste du semeur à tout vent ne s’inscrivait pas comme le logo du dictionnaire Larousse, mais comme une scène quotidienne aussi connue que la montée dans le RER B à La Défense aujourd’hui. Partir des réalités culturelles communes à ses contemporains est la base de la pédagogie des paraboles. Si on y était fidèle, on ne parlerait plus semailles ou rendement d’épis de blé, mais carnet de commandes, rentabilité financière, ou fécondité sportive pour l’équipe de football qui réussira à soulever la coupe du monde !

Parler en paraboles est toujours d’actualité. Comment nous inspirons-nous du monde du travail, de la famille, de nos réseaux sociaux et autres marqueurs sociétaux pour y annoncer l’Évangile ?

 

La foule.

Elle est « immense ». Pas d’élitisme donc à avoir en Église. La foule accepte de se laisser rassembler telle qu’elle est, mélangée, sur le rivage. Les chrétiens qui rechignent aux grands rassemblements, aux assemblées bigarrées des communions ou des mariages n’aimeraient pas cette foule pourtant bien évangélique, et ils auraient bien tort ! Manifestement cette foule écoute de toutes ses oreilles (au point d’en oublier de manger, découvrira-t-on plus loin). Et c’est bien ce à quoi nous sommes appelés lors de chaque rassemblement (Église = ekklèsia = assemblée).

Le semeur.

Quelle naïveté ! Ou plutôt telle générosité !

Il sème à tout vent, sachant bien que le pourcentage de réussite ne sera pas terrible. Cela ne le décourage pas pour autant. Les bons professeurs qui se décarcassent pour une classe de 25 ou 30 élèves le savent d’expérience, surtout en ZEP : tous n’en profiteront pas, loin de là. Pourtant s’il n’y en avait qu’un qui pourrait grâce à leur enseignement prendre goût à la matière et faire un beau parcours professionnel ensuite grâce en partie à cela, cela vaudrait la peine. La conviction  du semeur, du pédagogue, du prédicateur ou du leader d’équipe, c’est qu’il faut semer beaucoup pour que un peu soit productif.

Avec le semis en ligne puis les machines, on a rationalisé et optimisé ce geste auguste, et donc l’image ne parle plus. La générosité de l’éducateur - elle - demeure. Ainsi que la conviction de leader en entreprise ou du prêtre en paroisse : il faut livrer beaucoup pour que un peu réussisse, mais ce peu là fait de grandes choses !

 

Les grains.

Drôle d’acteurs me direz-vous ! Mais ils ont au moins le mérite de se laisser faire, de se laisser envoyer un peu n’importe où, au petit bonheur la chance. Les missionnaires qui au XVIII° ou XIX° se sont laissés envoyer en Corée ou en Afrique Noire étaient ainsi. Le matin même de leur départ pour de longs mois en bateau, ils découvraient dans une enveloppe leur destination sans rien en connaître : Séoul, Chandernagor, Conakry…

Dès qu’elles le peuvent, les graines se développent, lèvent au soleil, sans calculer le risque de se dessécher ou d’être picorées. Elles croissent, un point c’est tout, parce que c’est leur nature de donner le meilleur d’elles-mêmes pour manifester la vie, pour donner de la nourriture, de la prospérité. « La rose est sans pourquoi » (Angélus Silésius). Nos graines ne se posent pas de questions. Quels que soient les dangers, elles se livrent, et à Dieu vat ! N’est-ce pas aujourd’hui encore cette gratuité et cette disponibilité qu’on attend des chrétiens plantés dans leur milieu professionnel, associatif ou autre ? « Fleuris là où Dieu t’a planté » aimait à répéter Saint François de Sales…

 

La terre (sous toutes ses formes).

Bord du chemin, sol pierreux ou couvert de ronces, bonne terre : tous ces humus peuvent refléter les différents terrains de l’évangélisation. Certains milieux professionnels sont plus durs à transformer que d’autres (pensez à la corruption, habituelle dans certains métiers), certains milieux sociaux également (pensez aux mafias), sans compter certaines sociétés apparemment très fermées (pensez aux États islamiques).

Cette diversité de terreau peut également refléter différents moments de notre histoire personnelle. À une certaine époque, nous étions peut-être superficiels, sans racines. À une autre, le succès et l’aisance matérielle nous ont peut-être rendu pierreux, desséchés. Et les ronces de la vie se sont peut-être chargées d’étouffer bien de nos désirs les plus vrais…

À quel type de terreau correspondons-nous aujourd’hui ?

Cette diversité peut d’ailleurs exister encore en nous : tel aspect de notre vie est fécond, tel autre est en jachère, tel autre est dur et sec, tel autre est étouffé et encombré par tant de superflu…

 Bible dans Communauté spirituelle 

Les acteurs mineurs.

- Les oiseaux viennent tout manger.

C’est leur métier d’oiseaux ! Il n’y a pas à leur reprocher ! Au moins ils évitent que les graines soient gaspillées… Nous pouvons être ces oiseaux si nous savons aller grappiller avec astuce les trésors que d’autres négligent paresseusement, mais que nous voyons exposés sur le bord de leur chemin.

Oiseaux de tous pays, unissons-nous pour picorer tout ce qu’il y a de bon à prendre chez ceux qui le dédaignent (cf. les petits chiens qui se nourrissent des miettes tombant de la table de leur maître Mt 15,27).

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- Le soleil se lève et grille les épis naissants qui n’ont pas de racines.

Là encore, rien à lui reprocher. Il assume sans le savoir son rôle de bêta-testeur de la qualité du produit. Nous pouvons jouer ce rôle en invitant comme le soleil les autres (collègues, paroissiens, amis, proches) à se développer, à grandir. Et ce n’est pas notre responsabilité si leur manque de racines leur brûle les ailes en cours de route. En tout cas, ce n’est pas une raison pour ne pas briller.

- Les ronces étouffent et recouvrent tout.

Pour la mission, leur rôle est plutôt négatif. Prenons garde à ne pas endosser ce triste rôle en égratignant et en bloquant les autres !

- Un dernier acteur pourrait être le fruit produit par la bonne terre. Plus qu’un résultat cherché avec obstination, il apparaît plutôt ici comme une résultante. C’est de l’action conjuguée du semeur généreux, de la graine qui se livre sans pourquoi, du sol assez profond et dégagé, et du soleil imperturbable que de tout cela naît un épi, multipliant en lui-même à l’infini la générosité dont il est issu : 30, 60 ou 100 pour un ! Accueillir le fruit produit comme une résultante, « par dessus le marché », permet d’être terriblement efficace, presque sans le vouloir.

Vous le voyez : nous n’avons fait qu’effleurer par écrit ce qu’une longue méditation intérieure vous fera savourer autrement plus en profondeur.

Pratiquez cette galerie de portraits dans votre Lectio Divina (méditation biblique) et vous verrez que vous vous mettrez à régulièrement produire des fruits, sans même le vouloir, sans même vous en apercevoir…

 

 

 

1ère lecture : La parole de Dieu fait germer la terre (Is 55, 10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Psaume : Ps 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 12b.14

R/ Tu visites la terre, Seigneur, tu bénis ses semences.

Tu visites la terre et tu l’abreuves,
tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau,
tu prépares les moissons.

Ainsi, tu prépares la terre,
tu arroses les sillons ; 
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, 
tu bénis les semailles.

Tu couronnes une année de bienfaits,
sur ton passage, ruisselle l’abondance.
Au désert, les pâturages ruiselle,
les collines débordent d’allégresse.

Sur ton passage ruiselle l’abondance.
Les herbages se parent de troupeaux 
et les plaines se couvrent de blé. 
Tout exulte et chante !

2ème lecture : La création tout entière participe au salut (Rm 8, 18-23)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
j’estime donc qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.
En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu.
Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu’elle l’a voulu, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.
Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.
Et elle n’est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.

Evangile : Les paraboles du Royaume. Le semeur (brève : 1-9)(Mt 13, 1-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Semeur est sorti pour semer la Bonne Nouvelle. Heureux qui la reçoit et la fait fructifier ! Alléluia. (cf. Mt 13, 4.23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer.
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde.
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
D’autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
D’autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit :
« À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné.
Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a.
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le c?ur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur c?ur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris !
Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son c?ur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.

Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.

Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.

Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Patrick BRAUD

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12 octobre 2013

Faire miniane

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Faire miniane

Homélie du 28° Dimanche du temps ordinaire / Année C
13/10/2013

Avec qui vous assemblez-vous pour les démarches importantes de votre vie ?

Qui constitue votre garde rapprochée pour vous défendre en cas de coup dur ?

Quels sont vos associés lorsqu’il faut entreprendre de longues démarches compliquées, administratives, professionnelles ou même spirituelles?

 

Le miniane

Les 10 de notre évangile (Lc 17,11-19) peuvent nous aider à réfléchir au choix de cette cellule de crise. Les évangélistes ne mentionnent jamais un nombre de manière anecdotique. Les chiffres sont toujours symboliques à cette époque. Dès qu’un juif voit 10 hommes se regrouper et émettre ensemble une prière publique, il pense immédiatement au miniane. Qu’est-ce que le miniane ? C’est précisément un groupe de 10 hommes qui se rassemblent pour prier à la synagogue. La tradition juive insiste sur la puissance de cette intercession à 10, largement plus importante que la seule prière personnelle.

Pourquoi ?

Parce que Dieu a créé l’être humain en forme communautaire, et non pour qu’il soit seul.

Parce que les 10 frères de Joseph ont réussi en l’implorant à le faire changer d’avis sur leur sort (Gn 42).

Parce que 10 est le nombre des explorateurs envoyés par José qui ont failli faire basculer l’opinion du peuple en leur décrivant le pays de Canaan comme impossible à conquérir (Nb 27,14). C’est donc que la réunion de 10 hommes est puissante pour faire changer d’avis le peuple ou Dieu lui-même !  

Puisque les 10 frères de Joseph et les 10 espions firent changer le cours des événements, la tradition en déduisit qu’une réunion de prière devait avoir au minimum 10 hommes afin de pouvoir faire changer les choses?

Faire miniane dans Communauté spirituelle 10man-minyan

Le miniane (en hébreu : compter, dénombrer) est donc le pivot de la prière à la synagogue. Son rôle est de réciter des prières à haute voix (le kaddish, la kedoucha, la lecture de la Tora etc.).

 

Les 10 lépreux

Les lépreux rencontrés par Jésus forment un miniane insolite.

 lèpre dans Communauté spirituelle

- Ils se regroupent à partir d’un même handicap pour se soutenir mutuellement, s’entraider, être solidaires. Au moins entre eux ils se comprennent, à la différence des autres. Les premières cellules d’Église ressemblent à ces camarades de cordée qui réagissent aux malheurs en se serrant les coudes. Parce qu’on parle de la même chose, parce qu’on partage la même condition, il est plus facile de s’adresser à Dieu ensemble. L’Action Catholique a bien compris cette nécessité de partir de l’entre eux de chaque condition sociale pour tisser un réseau d’Église proche des joies et des peines de chacun.

- Quand ils entament leur route vers Jérusalem, ils ne sont pas encore guéris. Ils peuvent donc légitimement trembler : ni les étrangers, ni les impurs ne peuvent accéder au Temple, et encore moins prononcer des prières rituelles en public… Leur foi est donc grande pour obéir à l’ordre du Christ sans être sûrs de ce qui va se passer en chemin !

- Ils sont bien 10, mais en Samarie et Galilée, on devine que ce sont plutôt des hérétiques (samaritains) et les païens (galiléens) que des juifs orthodoxes. Comme si aux côtés des minianes en règle, Jésus reconnaissait aux « non?conformes » le droit de se regrouper en groupe ecclésiaux ayant pignon sur rue. En plus ce sont des lépreux, donc des impurs aux yeux des juifs de l’époque. La preuve : on les exclue et ils doivent vivre à l’écart du village ; ils viennent trouver Jésus à l’extérieur. Le film Ben Hur a immortalisé ce type de rencontre entre Jésus et les lépreux de son temps.

- De plus, c’était la conviction des sages que partout où dix juifs sont assemblés, que ce soit pour le culte ou pour l’étude de la Loi, la Shekinah (Présence divine) «  habite  » parmi eux. C’est proprement révolutionnaire que d’accorder à ces 10 lépreux le rang de miniane, car c’est affirmer que la Présence de Dieu réside dans les faubourgs de l’humanité, voire dans ses décharges publiques?

En accordant ce même privilège dès le nombre de deux ou trois, Jésus pourtant ne sacralisera pas le miniane : «  là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18:15-20).

 

Faire miniane aujourd’hui

Transposez : c’est comme si Jésus reconnaissait aujourd’hui aux personnes homosexuelles par exemple, divorcées ou ayant pratiqué un avortement le droit de se constituer en Église pour intercéder auprès de lui…

Et c’est bien ce que le Pape François a lui aussi lu dans l’Évangile :

Le pape François.

« Si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu’elle est en recherche de Dieu, je ne suis personne pour la juger. Disant cela, j’ai dit ce que dit le Catéchisme [de l’Église catholique]. La religion a le droit d’exprimer son opinion au service des personnes mais Dieu dans la création nous a rendu libres : l’ingérence spirituelle dans la vie des personnes n’est pas possible. Un jour quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question : « Dis-moi : Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant ? » Il faut toujours considérer la personne. Nous entrons ici dans le mystère de l’homme.

Dans la vie de tous les jours, Dieu accompagne les personnes et nous devons les accompagner à partir de leur condition. Il faut accompagner avec miséricorde. »

Revue Études, numéro d’Octobre 2013

Dans le judaïsme, « faire miniane » est capital pour la mission d’Israël. Dépasser la seule prière individuelle, se regrouper à 10 pour faire corps dans l’intercession : voilà le rôle du miniane sans lequel il n’est pas de prière publique de la foi juive.

L’évangéliste en choisissant ce 10 souligne que le miniane a toute sa place en christianisme. Non seulement Jésus reconnaît l’importance de ce miniane, mais en plus il l’élargit trois fois :

- aux étrangers de Samarie et de Galilée, alors que seuls les juifs peuvent normalement faire miniane.

- aux hérétiques que sont les samaritains et aux païens que sont les galiléens.

- aux impurs, c’est-à-dire aux pécheurs rongés par toutes les lèpres intérieures que vous pouvez imaginer.

 

Aujourd’hui encore, les étrangers, les non-chrétiens (où les chrétiens « autrement »), les impurs aux yeux des bien-pensants ont le droit garanti par le Christ en personne de faire miniane. De s’assembler pour faire Église, pour supplier publiquement, pour rappeler à Dieu et à son Église leur devoir de miséricorde…

La seule limite que le Christ fixe à ce type d’élargissement du miniane est l’ingratitude. Si s’assembler conduit à ne pas rendre grâce, à ne rester que dans une démarche légaliste  (« allez vous montrer aux prêtres ») et/ou revendicatif, le Christ s’étonnera toujours avec le même air navré : « où sont les neuf autres ? Il n’y en a qu’un pour revenir et rendre grâce » (eucharistein en grec = eucharistie).

 

Faire miniane est essentiel pour supplier, intercéder, nourrir l’assemblée de sa présence et de sa prière.

À condition que ce groupe ne se transforme pas en lobby, mais s’ouvre à la louange, à l’action de grâces pour ce que l’Esprit du Christ opère en eux.

Et vous, avec qui faites-vous miniane ?

 

 

1ère lecture : Guéri de sa lèpre, Naaman le Syrien croit au Dieu d’Israël (2R 5, 14-17)

Lecture du second livre des Rois

Le général syrien Naaman, qui était lépreux descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à l’ordre d’Élisée ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié !

Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Je le sais désormais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. »

Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa.

Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

Psaume : Ps 97, 1, 2-3ab, 3cd-4a.6b

R/ Dieu révèle sa puissance à toutes les nations.

Chantez au Seigneur un chant nouveau, 
car il a fait des merveilles ; 
par son bras très saint, par sa main puissante, 
il s’est assuré la victoire. 

Le Seigneur a fait connaître sa victoire 
et révélé sa justice aux nations ; 
il s’est rappelé sa fidélité, son amour, 
en faveur de la maison d’Israël. 

La terre tout entière a vu 
la victoire de notre Dieu. 
Acclamez le Seigneur, terre entière.
Acclamez votre roi, le Seigneur !

2ème lecture : Être fidèles au Christ toujours fidèle (2Tm 2, 8-13)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Évangile. C’est pour lui que je souffre, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus Christ, avec la gloire éternelle.

Voici une parole sûre : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle, car il ne peut se rejeter lui-même. »

Evangile : Guéri de sa lèpre, un Samaritain rend gloire à Dieu(Lc 17, 11-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Rendez grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes. Alléluia. (Ps 106, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »
En les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » 

En cours de route, ils furent purifiés.
L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus demanda : « Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n’y a que cet étranger ! »
Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

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